Archive pour racisme et colonialisme

Racisme et antiracisme comme outils de la division et de l’ingénierie sociale (Thierry Meyssan)

Posted in actualité, altermondialisme, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 juin 2020 by Résistance 71

 

“Bref, ni le pouvoir et la puissance de l’État centralisé, ni les enseignements doctrinaires de la haine mutuelle et de la lutte sans merci qui vinrent parés des atours de la science, en provenance de philosophes et sociologues obéissants, n’ont pu se débarrasser du sentiment de solidarité humaine, profondément logé dans la compréhension des hommes et dans leur cœur, parce que ceci a été chéri et cajolé par toute notre évolution précédente.
[…] Et l’Homme est appelé à être guidé dans ses actes, non pas seulement par l’amour qui est toujours personnel, ou au mieux tribal, mais par la perception de son unicité, du sentiment de ne faire qu’un avec chaque être humain.”
~ Pierre Kropotkine, “L’entraide, un facteur de l’évolution” ~

L’ouvrage mentionné et cité ci-dessus est l’antidote absolu à l’idée même de hiérarchie des espèces et des “races”, un antidote au racisme qui n’est qu’une construction sociale, un artifice construit pour maintenir le rapport dominant / dominé sous toutes les coutures possibles. Analyse intéressante de Thierry Meyssan sur le sujet et dont nous adhérons à la conclusion.

~ Résistance 71 ~

 


« Les martyrs, cher ami, doivent choisir d’être oubliés,
raillés ou utilisés ; quant à être compris, jamais. »
~ A. Camus, « La chute », 1956 ~

 

Racisme et antiracisme comme mensonges

 

Thierry Meyssan

 

16 juin 2020

 

url de l’article original:

https://www.voltairenet.org/article210211.html

 

Les idéologies de l’antiracisme et du racisme se fondent sur la même imposture : il existerait des races humaines distinctes ne pouvant avoir de descendance commune en bonne santé ; postulat stupide dont chacun peut constater l’ineptie. Interrogés à ce sujet, les partisans de ces deux idéologies ne peuvent qu’assurer parler au figuré, mais reprennent peu après leur interprétation raciale de l’humanité et de son histoire. Comme le montre Thierry Meyssan, ce couple passionné n’a jamais servi que les intérêts des puissances dominantes.

Les communautés humaines ont tendance à surestimer leur mode de vie et à se méfier de celui des autres. Pour maintenir la cohésion de leur groupe, certains de ses membres ont un réflexe de rejet des nouveaux arrivants. Cependant, dès qu’ils font leur connaissance, qu’ils comprennent que ce sont des hommes comme eux, les tensions s’apaisent.

À ce fonctionnement ethnologique, des idéologies sont venues s’ajouter au XIXème et XXème siècle : le racisme et l’antiracisme. Dans le contexte de l’impérialisme britannique et du développement de la biologie et de la génétique, ces théories permettaient de justifier la hiérarchie ou l’égalité en droits des populations.

Le racisme scientifique

Suite aux théories de Charles Darwin (1809-1882) sur l’évolution des espèces animales, Herbert Spencer (1820–1903), posa qu’il existait des races humaines distinctes et que la sélection naturelle avait abouti à la supériorité des Blancs. C’était le début du « social-darwinisme ». Un cousin de Darwin, Sir Francis Galton (1822-1911), étalonna les races et relia le taux de fécondité des femmes à la dégénérescence des individus. Il put ainsi non seulement prouver la supériorité des Blancs sur les gens de couleur, mais aussi des riches sur les pauvres.

Un « consensus scientifique » établit que les accouplements interraciaux étaient à l’origine de nombreux handicaps. Dès lors, il devenait indispensable de les interdire au même titre que l’inceste pour préserver chaque race. C’était l’« eugénisme ». La mise en application de ce principe fut d’autant complexe que, quelle que soit la définition de chaque race, aucun individu n’est de race pure, par conséquent chaque situation est sujette à discussion. Aux États-Unis cette logique ne conduisit pas seulement à décourager la formation de couples entre Européens d’un côté et Indiens, Noirs ou Chinois de l’autre, mais aussi à privilégier les Blancs Anglo-Saxons sur les Blancs non-Anglo-Saxons (Italiens, Polonais, Serbes, Grecs etc.) (Immigration Act en vigueur de 1924 à 1965).

L’Institut du Kaiser Wilhelm (équivalent allemand du CNRS français) démontra que non seulement la préservation de la race exigeait de ne pas se reproduire avec des individus de race différente, mais aussi de ne pas s’accoupler du tout. En effet, dans le cas de pénétration anale, les gènes de l’un et de l’autre se mêlaient bien que n’ayant pas de descendance. D’où la prohibition de l’homosexualité par les nazis.

Il fallut attendre la chute du nazisme et la décolonisation pour que le « consensus scientifique » se retourne et que l’on prenne conscience de l’incroyable diversité au sein de chaque race supposée. Ce qui nous ressemble chez certains individus d’autres races supposées est beaucoup plus important que ce qui nous distingue d’individus de notre race supposée.

En juillet 1950, l’Unesco proclame l’inanité du « darwinisme social » et de l’« eugénisme ». Tout simplement, l’humanité est certes issue de plusieurs races d’homo sapiens préhistoriques distinctes, mais ne constitue qu’une seule race dont les individus peuvent s’accoupler sans risques. Évidemment, il n’était pas nécessaire d’être scientifique pour le remarquer, mais les idéologies impérialiste et coloniale avaient provisoirement obscurci l’esprit des « savants ».

Le racisme juridique

Alors que les scientifiques retrouvaient leur unité, les juristes se divisaient en deux manières différentes d’aborder la question. Cette fois ce ne sont pas les idéologies impérialiste et coloniale qui les séparent, mais leurs conceptions de la Nation. Pour les Anglo-Saxons, celle-ci est un rassemblement ethnique (au sens culturel), tandis que pour les Français, elle est un choix politique. Le principal dictionnaire juridique US dispose : « Nation : Un grand groupe de personnes ayant une origine, une langue, une tradition et des coutumes communes constituant une entité politique » (“Nation : A large group of people having a common origin, language, and tradition and usu. constituting a political entity,” Black’s Law Dictionary, 2014). Au contraire la France depuis la Révolution dispose : Nation : « Personne juridique constituée par l’ensemble des individus composant l’État » (Arrêté du roi Louis XVI du 23 juillet 1789).

La vision française est aujourd’hui à peu près universelle, celle des Britanniques n’est défendue que par eux et par leurs créations coloniales : les Frères musulmans et le RSS indien [1].

Ainsi malgré les progrès de la science, les Britanniques vivent aujourd’hui sous le Race Relations Act 1976 (Lois sur les relations raciales de 1976) et sont arbitrés par la Commission for Racial Equality (Commission pour l’égalité raciale), tandis que les textes officiels français parlent de « prétendue race ». Dans la pratique, les deux sociétés n’établissent pas de différences « raciales », mais de classe sociale pour les Britanniques et de niveau social pour les Français.

L’antiracisme

En Occident, l’antiracisme est désormais confondu avec l’antifascisme. Alors même qu’il n’y a plus de racisme faute de races, ni de fascisme, faute des situations économiques auxquelles cette pensée répondait. Les groupes qui se réclament de ces idées ont aujourd’hui la particularité de se réclamer de l’extrême-gauche anticapitaliste, mais d’être subventionnés par le spéculateur George Soros et de travailler pour le compte de l’Otan, champion du capitalisme. Ils disposent donc d’un entraînement militaire.

C’est non sans délectation que le président turc Recep Tayyip Erdoğan n’a pas manqué de souligner, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue US le 8 juin 2020, que l’Otan avait utilisé les Brigades internationales antifascistes à la fois contre la Syrie et contre la Turquie [2] ; les mêmes « Antifas » qui coordonnent les émeutes antiracistes actuelles aux États-Unis.

En réalité, le racisme et l’antiracisme sont les deux faces d’une même pièce. Tous deux se fondent sur le fantasme des races dont nous savons pourtant qu’elles n’existent pas. Dans les deux cas, il s’agit d’un conformisme à l’air du temps. Les racistes correspondaient aux idéologies impérialiste et coloniale, les antiracistes à la globalisation financière. Leur unique utilité politique commune est d’occuper le terrain pour masquer les authentiques luttes sociales.

Notes :

[1] « Histoire mondiale des Frères musulmans » (6 parties), Thierry Meyssan, 21 juin 2019. « Déjà 10 mois de confinement du Jammu-et-Cachemire », par Moin ul Haque, Dawn (Pakistan) , Réseau Voltaire, 10 juin 2020.

[2] « Les Brigades anarchistes de l’Otan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 septembre 2017.

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir !

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

 


Décolonisons le monde !… Croire que nous vivons
dans un monde « post-colonial »
quand la marchandise a tout colonisé est…
pure utopie ! Le racisme est un dérivé marchand…

Résistance au fléau de l’humanité: Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire ~ 1ère partie ~ (Taiaike Alfred)

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“Tous les Canadiens non-autochtones ont grandement bénéficié de politiques racistes allant du vol de la terre au reniement par le gouvernement de traités officiels et solennels. Tout ceci représente la fondation même de notre richesse. Comme dans toute relation, reconnaître que ceci fut mal et un tort, ainsi que de s’en repentir, constituent les premiers pas vers une cicatrisation et une réconciliation.”
~ Diane Engelstadt ~

“L’authentique libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt à faire dans la tête de l’Homme. La libération est une praxis: l’action et la réflexion d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer…

Ceci est une autre dimension fondamentale de la théorie de l’action oppressive, qui est aussi vieille que l’oppression elle-même. Alors que la minorité oppressive subjugue et domine la majorité, elle doit aussi la diviser et la maintenir divisée afin de parvenir à rester au pouvoir.”
~ Paolo Freire ~

 

La grande loi du changement

 

Solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire

 

Taiaiake Alfred Ph.D

Professeur de Sciences Politiques à l’université de Victoria, BC, Canada, membre du clan de l’ours de la nation Mohawk

 

Extraits du livre “Wasase, voies indigènes d’action et de liberté” (2005, seconde édition 2009)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

 

Ceci constitue la suite de ce que nous avons traduit et publié précédemment (https://resistance71.wordpress.com/2014/08/13/solutions-pour-lutter-contre-le-fleau-mondial-que-represente-le-colonialisme-a-son-apogee-avec-loccident-depuis-le-xveme-siecle-1ere-partie/ ) sur la résurgence indigène dans la lutte anticoloniale au Canada et en Amérique du Nord.

Dans cette partie, le professeur Alfred s’attache à définir, à analyser les méthodes de lutte, à déterminer une méthode d’évaluation du succès d’une quelconque décolonisation, du comment les colons essentiellement occidentaux peuvent être de quelque utilité et de déterminer quelques voies pour une solution au problème colonial et impérialiste.

Cette traduction d’extraits provient de la seconde édition du livre (2009), University of Toronto Press, à partir de la page 204.

-[]- Peut-on envisager une politique de résurgence (indigène) qui soit authentiquement culturelle, spirituellement enracinée et vouée à la non-violence dans sa stratégie et qui par là-même mènerait à la création d’une menace crédible pour l’ordre colonial ? Pour essayer de comprendre, penchons-nous sur le seul mouvement de masse qui fut fondé sur ces prérogatives: celui qui eut lieu en Inde lors de la campagne contre le règne impérialiste britannique, inspiré et mené par Mohandas K. Gandhi. La campagne Satyagraha fut construite sur le concept d’étapes progressives vers la liberté… Depuis sa base de non-coopération avec l’injustice, le mouvemenent élabora et mit en place d’autres idées stratégiques et tactiques, mais le refus individuel et collectif de légitimer le pouvoir britannique et de ses sbires locaux, fut la fondation solide de la délivrance du pouvoir impérial et de sa domination pour ces pays qui devinrent l’Inde et le Pakistan. Pour Gandhi, l’agitation au sein du contexte de la loi coloniale était la première étape nécessaire pour démontrer l’inefficacité des stratégies légales pour les gens opprimés et pour couper l’herbe sous les pieds de toute accusation de déraison qui pourrait être émise contre le mouvement par les forces réactionnaires dans et en dehors du mouvement. Alors seulement des formes plus fermes et plus intenses de contestation pourraient être justifiées.

La seconde étape du mouvement fut la désobéissance civile, une poussée massive du pouvoir indigène contre les structures d’état divisives et directives. Ces formes de résurgence prirent forme lorsque le peuple abandonna son allégeance à l’État et commença à se retirer de la bureaucratie coloniale et des bureaux locaux de structure coloniale qui étaient utilisés pour contrôler les populations locales. Ils commencèrent par boycotter les structures du gouvernement et développèrent dans le même temps des structures alternatives de gouvernement au sein des communautés (NdT: Ce que nous appelons le “contre-pouvoir autogestionnaire”…). Suivant la désobéissance civile, les fonctions du gouvernement colonial furent usurpées par des gouvernements populaires indigènes parallèles afin de terminer de défier l’autorité impériale. Ceci ne se produisit pas de manière uniforme à travers le pays. Les Britanniques furent vaincus par un mouvement de masse qui prit pas à pas la place de beaucoup de fonctions locales et qui fut dirigé contre des cibles institutionnelles qui émergèrent au fil des situations de terrain.

Cinquante ans après la défaite des Britanniques et la partition de leur ancienne colonie en deux pays que sont l’Inde et le Pakistan, nous pouvons analyser et considérer la véritable leçon du mouvement de Gandhi: Le chemin de la liberté pour les personnes colonisées passe par le renforcement personnel pour ensuite développer une capacité d’action collective. Nous apprenons aussi que le mouvement anti-colonial n’est pas une résistance systémique totale. Au lieu de cela, ses actions sont faites pour être spécifiques au mal ou aux injustices ciblés par le mouvement quelque que soit le lieu ou le moment de la lutte. Ceci implique une approche de coopération stratégique avec les parties du système colonial qui sont en fait bonnes ou qui ne sont pas impliquées dans les injustices spécifiques qui sont ciblées pour action par le mouvement. Ceci demande un leadership respecté, des guerriers disciplinés et entraînés, des populations spirituellement et culturellement en confiance et une motivation envers un objectif préalable fondamental.

Dans notre situation, en tant qu’Onkwehonwe (peuples habitants l’Île de la Grande Tortue ou Amérique du Nord), un tel but unifié inclusif unifierait la multiplicité des luttes locales et les aideraient à se joindre en une force concertée et focalisée. Le mouvement pourrait ensuite développer une vision alternative d’une relation entre Onkwehonwe et l’état, surtout une fois que le pouvoir colonial et la volonté de défendre un ordre injuste aient été brisés. Pour concevoir le succès d’une telle action, nos peuples doivent être une incarnation de la morale du guerrier à grande échelle, c’est à dire posséder une large et forte croyance dans la lutte pour un noble et juste cause. La dignité doit être une haute valeur, le sacrifice anobli et les méthodes de lutte doivent être bien connues de tous et pratiquées à la lettre.

[…]

Gandhi lui-même se référait aux activistes de la campagne comme des “soldats de la paix”. Je fus très étonné de lire le point de similarité entre l’idée de Gandhi sur le “guerrier” en le comparant au mot Kanienkeha (Mohawk) de Rotiskenhrakete, c’est à dire “celui qui porte la charge de la paix” et aussi comment le défunt shaman Tuscaroa Ours Fou décrivait dans son concept d’une existence pacifique et authentique d’Onkwehonwe, son concept du “guerrier amical”.

Il y a bien sûr des différences de philosophies entre l’Inde et Onkwehonwe. Les philosophies Onkwehonwe sont plus ancrées dans la nature…

Quelle est donc la synthèse ? Je pense que ce serait un mouvement anti-étatique qui serait orienté vers la reconnexion des gens à leur terre, la réunification de leurs communautés et la restauration de la sécurité culturelle chez les individus et dans les collectifs. Cela recréerait chez les gens une croyance en eux-mêmes et en leur héritage culturel et leur donnerait quelque chose pour quoi lutter en tant qu’Onkwehonwe. Une chose importante néanmoins serait que le mouvement ne soit pas lié au territoire (notion obsolète de propriété) mais à la terre ancestrale commune. Il transcendera les notions euro-américaines de temps et d’espace qui contraignent la reconnaissance de l’identité Onkwehonwe et les droits de ceux qui agissent dans des voies et des endroits de vie sanctionnés par l’État. La terre, n’est pas territoire, sauf au sens colonial du terme. Les résurgences Onkwehonwe agiront contre les limites que la société blanche a placé sur le fait d’être indigène et feront bouger librement sur nos terres ancestrales, car pour Onkwehonwe à Anowara, notre maison est partout et nous sommes tous inter-reliés. Les fronttières territoriales sont une insulte et un assaut à ce sens très autochtone de l’endroit et de l’être.

[…]

L’État est un artifice de rationalité euro-américaine, c’est mécanique, bureaucratique et en fait assez simple. La voie indigène est de respecter les relations et les formes d’organisation et de communication qui sont organiques et naturelles à l’expérience des gens, naturelle, complexe et parfois chaotique selon une perspective euro-américaine qui valorise la régularité et le contrôle par dessus tout. Un empire est fondé sur un procéduralisme obsessif et sur la loi, Kahwatsire (mot Kanienkeha/Mohawk qui désigne le fait que “tous nos feux sont connectés” en référence aux feux des conseils des nations) implique la confiance. Un empire recherche des solutions définies accomplissant la justice comme but ultime; Onkwehonwe est guidé par la compassion universelle et recherche l’accomplissement de connexions. L’empire mène à l’aliénation (NdT: Nous avons le meilleur exemple de tous aujourd’hui dans notre monde du XXIème siècle totalement dominé par l’empire anglo-américain, qui nous démontre au quotidien que l’impérialisme débridé total mène à l’aliénation totale) tandis que les voies autochtones natives génèrent le bonheur humain.

[…]

Ainsi, devant les défis politico-économiques, les leaders potentiels du mouvement (NdT: “leaders” ici ne veut pas dire chef au sens de “donneur d’ordre”, mais de personnalités naturellement plus charismatiques qui deviendront des portes-parole sans pouvoir, en référence à la “chefferie sans pouvoir” très bien étudiée par l’anthropologue politique Pierre Clastres) devront rester focalisés sur le véritable exercice du pouvoir et créer de nouvelles stratégies de mobilisation pour confronter le pouvoir coercitif de contrôle de l’État. En cela, la dimension économique est toujours des plus importante. Elle est le cadre du véritable pouvoir, en opposition avec des stratégies qui ne joueraient qu’un jeu politique au sein du système colonial. L’auto-suffisance individuelle et collective doit-être vue comme une nécessité absolue. C’est une situation qui voit notre dépendance économique être un atout majeur de contrôle utilisé par l’oppresseur colonial pour contrôler notre peuple (NdT: et par extension… Le peuple colon, lui-même colonisé au sein de son système, du moins du système de domination qu’il cautionne…).

A cet égard, le mouvement Zapatiste du Chiapas au Mexique (EZLN), par exemple, explique son propre succès à construire et à maintenir l’intégrité de son peuple et spécifiquement au développement de la capacité à confronter l’état, comme étant une fonction de la résistance à la cooptation, au noyautage:

Ils nous ont offert beaucoup de choses, de l’argent, des projets, de l’aide et quand nous avons tout rejeté, ils se sont mis en colère et nous ont menacé. C’est ainsi que nous avons compris qu’en refusant d’accepter l‘aide du gouvernement, en résistant, nous mettions les puissants en colère et il n’y a rien de mieux pour un combattant zapatiste que de mettre les puissants en colère. Alors, avec une joie singulière, nous sommes nous dédiés à résister, à dire NON, à transformer notre pauvreté en une arme, l’arme de la résistance.

Il y a des réalités pratiques incontournables comme celles de se nourrir, de se loger, de s’habiller et de soutenir les gens qui sont impliqués dans le mouvement de manière indépendante ou du moins sans le financement du gouvernement ou d’entités commerciales. Tant que nous ne pourrons pas mettre de la nourriture dans nos bouches, nous héberger, nous vêtir, nous fournir en médicaments de manière indépendante sans être obligés de dépendre de nos adversaires, nous n’aurons pas de véritable mouvement de liberté et d’émancipation. Historiquement, les nouvements idéologiques de libération ont toujours échoué de produire un changement réel dans la vie des gens opprimés. Le contrôle économique et l’auto-suffisance sont très importants et il y a très peu de personnes mis à part les Zapatistes du Mexique, qui peuvent dire qu’ils ont la capacité d’agir indépendemment du contrôle de l’État sur les ressources qui assurent la survie même des personnes physiques et des communautés. (NdT: Dans l’époque moderne, les communes anarchistes espagnoles entre 1868 et 1939 l’ont également fait et il a fallu une union sacrée étatiste entre les fascismes brun, rouge et une république modérée: la France, pour en venir à bout et restaurer le statu quo oligarchique…).

La plupart d’entre nous Onkwehonwe, ont été élevés dans une société coloniale et avons été corrompus par la richesse nous entourant et ne pouvons même pas imaginer rejeter le confort du monde moderne pour la liberté d’action en tant qu’Onkwehonwe. Les populations Mayas qui forment le cœur même du mouvement zapatiste au Mexique sont incroyablement pauvres en terme matériel et vivent enourés de colons qui ne sont qu’un peu plus riches qu’eux. Les Zapatistes sont capables de vivre de cette façon et en ont la volonté. Nos peuples ici ne l’ont pas, ceci représente la réalité de terrain.

L’auto-suffisance doit être conçue et réalisée dans le contexte de la vie de nos peuples…

La vaste majorité de nos gens a été déconnectée (par la société coloniale) de son environnement naturel dans les réserves mêmes ou dans des villes où il manque de connaissance et de force de caractère pour vivre le type de vie que vivait nos ancêtres. Le “retour à la terre” n’est tout simplement pas ou plus quelque chose de vital pour notre peuple.

Ces Onkwehonwe qui ont fait la démarche vers l’auto-suffisance sont parvenus à un degré d’indépendance pour eux-mêmes et ont acquis le soutien de leurs pairs non pas en se retirant du système, mais en défiant activement ce système économique. Ils ont conceptualisé le colonialisme comme une dépendance et ont attaqué ce problème de dépendance frontalement en recherchant des moyens alternatifs de se nourrir, de se loger et de subvenir à leur population en leurs propres termes. Ces dernières années, le mouvement Onkwehonwe d’auto-suffisance et de contrôle économique est virtuellement devenu synonyme d’entreprises de jeu et de l’établissement de casinos et de business associé avec les casinos dans les réserves indiennes.

[…]

Est-ce cela consistant avec une existence indigène authentique ?

Beaucoup de personnes parmi nos anciens les plus respectés de nos communautés Onkwehonwe nous disent qu’il y a des valeurs et caractéristiques essentielles à être Onkwehonwe qui ne peuvent pas être compromises, ignorées ou altérées et ce même dans une lutte à mort avec un ennemi puissant et terrifiant.

[…]

Maintenant nous sommes entourés des avocats d’un autre paradigme idéologique.

Suivant dans le sillage d’un nationalisme mal conçu et d’un traditionnalisme naïf, nous sommes dans la poigne politique d’une idéologie légaliste et non-controversive que j’appelle l’aborigénisme qui soutient que la solution aux problèmes de nos peuples consiste en la notion illusoire que l’argumentation légale en cour de justice coloniale peut déloger des siècles de racisme retranché et enraciné et le privilège impérial et ainsi transformer les sociétés coloniales en sociétés humaines. Il n’y a simplement aucun fondement expérimental pour soutenir l’hypothèse sur laquelle cela repose…

Le nationalisme autochtone a pris une base solide de vérité indéniable, nos existences collectives en tant que nations et que peuples et y a greffé une mauvaise analyse politique et en résultante un mauvais programme politique. Trente ans plus tard, nos nations ont été cooptées, noyautées, dans des mouvements “d’auto-gouvernement” et de “compensations pour revendications territoriales”, qui sont définis dans leurs objectifs par l’état colonial et qui sont en complète opposition avec nos objectifs originaux. Notre concept de nation a été corrompu en le positionnant dans un cadre idéologique et au lieu de refléter un sens authentique de l’être collectif Onkwehonwe, le cadre idéologique lui-même est devenu le véhicule dérouté par lequel la bureaucratisation et la corruption ont été amenées dans nos vies. On a promis à nos peuples qu’ils seraient reconnus en tant que nations et que leurs terres leur seraient retournées, mais au lieu de réaliser ces objectifs, on nous a laissé avec un cas particulièrement grave de métastases gouvernementalistes.

Le traditionnalisme, le mouvement pour restaurer l’intégrité politique, sociale et culturelle de nos communautés en restaurant les modèles anciens de gouvernance et d’interactions sociales s’est dégradé à un point risible de New-Age nombriliste, un spectacle cérémonieux ou écran de fumée derrière lesquels les bas abus des maîtres coloniaux continuent à un niveau personnel et collectif.

[…]

Comment confrontons-nous le pouvoir de l’État et sa capacité à battre (de toutes les manières) nos protestions contre l’injustice ?

Mettre en échec le grand mensonge des mythologies coloniales est possible. L’État capitaliste impérialiste (colonial) est une énorme machine, impossible à vaincre, ou même à confronter de force et frontalement. Il doit être confronté en angle et avoir ses forces les plus fortes retournées contre lui-même. La manière de mettre en échec l’État colonial est de lutter au moyen de contentieux créatifs pour le délégitimer et pour affaiblir les croyances et les engagements dans les esprits des colons et non pas en confrontant l’État sur ses propres termes et en jouant sur sa force: la violence. Onkwehonwe doit arrêter de manifester contre l’injustice. Les manifestations classiques doivent être mises au placard, car elles sont inutiles pour quiconque a une motivation sérieuse pour un changement politique. La protestation, rendue publique par la maifestation organisée renforce l’autorité ; pour défaire l’autorité coloniale (NdT: et ceci est valable aussi pour les peuples colons victimes de l’idéologie coloniale qui s’applique à elle en première instance…), mettons en échec les injustices coloniales, et créons les conditions d’une coexistence pacifique, il est nécessaire pour Onkwehonwe de s’embarquer dans une attaque directe sur la fondation même de la puissance de l’état et de son autorité, ceci est fait par les stratégies de contentieux créatifs, le chemin du milieu entre l’insurrection armée et la manifestation conventionnelle.

Il y a apparemment deux façons d’attaquer la légitimité des institutions gouvernantes. La première est de la confronter activement, la seconde est la stratégie de retirer son consentement et de ne plus coopérer avec les institutions, comme l’ont fait Gandhi et les Zapatistes en défense contre le colonialisme. Ceci fut développé également et mis en pratique par Vaclav Havel, le leader politique tchèque contre l’occupation et la domination soviétique…

Le défi tchèque contre l’autorité soviétique par leur retrait de participation et leur refus de coopérer activement à leur propre subjugation, fut un mouvement très puissant de contentieux créatif, qui mena à la défaite d’un empire et dont l’exemple de liberté contribua grandement à la délégitimation de l’autorité soviétique dans l’empire lui-même.

Lorsque l’État possède une force militaire très importante, les opposants doivent utiliser leurs ressources et capacités pour empêcher l’état de poursuivre ses activités et son agenda et de perturber le système. Nos corps, nos esprits et notre coopération sont tous trois importants au fonctionnement du système colonial. La force militaire peut créer une peur pour forcer l’obéissance, mais c’est une force destructive. Cela ne peut générer qu’une force coercitive et est incapable de créer les forces positives pour faire fonctionner les relations politiques et économiques du système colonial. La force militaire peut forcer les gens hors de leur terre, les déconnecter de leurs familles et leur occasionner des dommages physiques, mais elle ne peut rien générer de positif, elle ne peut donc pas être la force utilisée par l’empire pour coloniser et induire l’obéissance et la coopération, cette force est l’effet psychologique de la menace de la violence. Ainsi, si un peuple peut résister l’assaut physique de la force militaire et maintenir son courage et sa liberté d’esprit, il demeurera essentiellement non-colonisé, sujet à l’usurpation de ses droits et à l’occupation injuste des ses terres, mais demeurera spirituellement libre.

Les non-colonisés possèdent un pouvoir qui est au-delà de la poigne et hors d’atteinte des autorités coloniales. Ils demeurent enracinés dans leur authenticité malgré les assauts physiques et autres activités coloniales, qui ne peuvent pas en fait être maintenues sur le long terme sans la coopération explicite et le consentement des gens.

Les politiques de contentieux, de défis, se produisent lorsque les gens reconnaissent une chance d’affirmer leurs existences authentiques, lorsque des fêlures et des faiblesses dans le système colonial deviennent des opportunités. Reconnaître que le système colonial se nourrit de la collaboration du mensonge et de la peur induits par la menace implicite de la violence et encouragé par des avantages monnétaires ou psychologiques, les guerriers Onkwehonwe de la vérité, immunisés de la peur et éclairés des réalités du vrai pouvoir, démasquent les supercheries de l’État. Ils forcent les autorités à démontrer à la population ce que les guerriers savent déjà: qu’il n’y a aucune moralité, aucune base légale, aucune équité, aucune vérité ni justice dans quelque forme de pouvoir d’État que ce soit et que son seul pouvoir indéniable est celui d’une violence débordante, du monopole de la violence qu’il juge légitime. Une fois que le charme de la loi, de la moralité et de la fiction culturelle est brisé et que les gens peuvent voir par eux-mêmes que la seule chose sous-jacente de la relation de contrôle des colons sur Onkwehonwe est la force brute, il n’y a alors plus aucune légitimité envers l’entière entreprise coloniale. A partir de là. Il n’y a plus loin à aller pour un changement total de relation.

Cette politique est un grand jeu de l’esprit où le champ de bataille est la conscience du public, qui est formatée, manipulée par les médias et par des actions de défi programmées. Dans cet environnement, le plus important est la façon dont les ressources, l’éducation et l’entrainement sont dirigés, plutôt que leurs existences dans les communautés. Ceci est quelque chose de complètement ignoré par nos aboriginalistes qui s’imaginent que nos communautés vont survivre simplement au travers du processus de l’éducation publique et d’une formation au travail capitaliste…

Ainsi, le contentieux créatif et non-violent, le retrait de la participation aux institutions politiques de l’État et le renforcement de notre présence et de l’utilisation effective des médias de masse, sont des piliers pratiques dont nous avons besoin pour construire le support même de la décolonisation sur ce continent.

[…]

De la situation aujourd’hui, envahis par des leaders corrompus, divisés entre nous et englués dans des institutions cooptées et noyautées, je pense que nous avons besoin de quatre choses:

  • Unifier les préoccupations et les approches des différentes parties des mouvements des peuples indigènes, car il n’y a en ce moment aucune focalisation de l’activisme ni en termes d’objectifs, ni en termes de stratégies ;
  • Appeler les gens qui ne se commettent pas à donner leur soutien actif, la plupart des Onkwehonwe sont apathiques, désillusionnés et ne participent pas du tout à la vie publique ;
  • Attaquer agressivement les hypocrisies et les inconsistances de la société coloniale afin de la délégitimer ou bien même de gagner divers segments de cette société et les gens qui l’administrent et ;
  • Maintenir une constance avec les enseignements et la vision d’une coexistence pacifique qui est l’héritage de tout Onkwehonwe.

Nous devons également définir ce que représente un “succès” du mouvement pour des raisons psychologiques et stratégiques, comme quelque chose de progressif de déroulant sous différentes formes et à différents degrés. L’État concède le pouvoir sur une base de calcul coût/profit ; ainsi quand le coût d’une concession a la justice est moindre que le coût d’une maintenance d’une injustice, il fera cette concession. Donc la question est de savoir comment savons-nous que nous gagnons lorsque nous sommes dans le processus de décolonisation ?

(NdT: Ceci s’applique aussi parfaitement à nous, les victimes de l’intérieur du système colonial qui imposent sur nous ses visions et son dogme pour que tout cela soit possible en première instance, nous pouvons utiliser ces mêmes critères et stratégies pour nous émanciper et rejoindre nos frères colonisés, parce que quelque part… NOUS SOMMES TOUS DES COLONISÉS !)
Le premier signe de victoire va se produire lorsque nous définissons le terrain moral de la politique, que nous créons des normes de jugement et des attentes par lesquels les colons vont commencer à évaluer leurs propres attitudes et choix. Cette appropriation progressive du terrain moral rend la délégitimation de l’État possible. Secundo, sur un plan pratique, le succès survient lorsque Onkwehonwe se retirent et attaquent les réseaux de pouvoir institutionnels qui constituent l’État, comme des radicaux libres envahissant le corps colonial. Par l’effet cumulatif de petites résurgences et d’abdications, l’État va être rendu inutile dans ses fonctions centrales de contrôle. Un autre signe de victoire viendra lorsque le pouvoir de l’État sera dans un tel désarroi, qu’il ne pourra plus interférer avec les existences des gens, leur permettant ainsi de commencer à mettre en application et a véritablement vivre des alternatives authentiques à la réalité coloniale.

Enfin, le succès sera vu ans un sens plus ferme, lorsque les fières actions d’onkwehonwe à la confiance agressive (NdT: être sûr de soi n’est pas à confondre avec l’arrogance ou la prétention…) engendreront des réactions violentes de l’État ou de groupes organisés de protection des colons (NdT: comme cela se passe en Israël aujourd’hui et se passait en Amérique du Nord de la fin du XIXème siècle aux années 1980…)
En tant que partie intégrante de notre héritage culturel et de lutte politique, nous avons développé la défiance, la ténacité et une capacité incroyable à endurer la souffrance, ce qui a eu pour résultat de développer notre courage moral et une patience à toute épreuve. Nous avons l’héritage constitutionnel (avec Kaiakereko:wa) de briser les règles injustes de l’état colonial ; mais nous avons aussi été formés à une acceptation destructive du colonialisme.

[…]

Pour remettre les choses en perspective, la violence et la lutte armée, dans un contexte de lutte anti-impérialiste globale, ont prouvé être la voie de gagner l’indépendance nationale.

Les choses sont différentes aujourd’hui.

L’adversaire a changé. L’État s’est réformé de la première à la seconde vague et a été subjugué lui-même par le pouvoir consolidé des groupes d’entreprises transnationales et des capitalistes qui les dirigent. Dans cette seconde vague de la globalisation de l’euro-pouvoir, ce ne sont plus les politiciens et les gens qui prennent les décisions basées sur des motivations religieuses ou culturelles, mais des comités directeurs d’entreprises transnationales, d’institutions financières internationales et de cette “élite” sociétale qui possèdent des actions de ces entreprises ; tous ces gens prenant des décisions fondées sur leurs intérêts particuliers. En termes éthiques, rien n’a changé. Des hommes blancs très riches continuent de contrôler les gouvernements et d’exploiter tous ces non-blancs pauvres du monde et de la Terre pour leur propre bénéfice égoïste, qui ont maintenant mis au point une façon de ne plus rendre de comptes à quiconque si ce n’est eux-mêmes en éliminant les contrôles que les institutions “démocratiques” avaient l’habitude de placer sur leurs activités, les remplaçant par des règles financières et d’entreprises faites pour garantir que la seule logique prépondérante pour la prise de décision soit celle des “marchés”. L’histoire, le droit et la moralité deviennent toujours plus obsolètes à ces gouvernements euro-américains alors que la politique globale est reconfigurée comme un réseau ne servant que de simple arbitre aux relations commerciales entre les entreprises transnationales. La classe travailleuse blanche avait l’habitude de profiter un peu aussi avec les riches de l’exploitation des terres autochtones et de leurs ressources. Il n’y avait jamais de cris d’indignation de la part du public lorsque les seuls à souffrir de l’exploitation et de l’oppression étaient des gens de couleurs et des noirs ! Maintenant que la classe moyenne et laborieuse blanche sent le vent du boulet de la mondialisation sous la forme de pertes de revenus, d’emplois et de dissolution culturelle, nous nous rendons compte que la mondialisation a été étiquetée comme mauvaise.

Je dois dire que maintenant, lorsque je vois un bûcheron ou un pêcheur ou un ouvrier d’usine blanc, se plaindre de la douleur pour sa famille dûe à l’interférence que la mondialisation a causé dans leurs vies, j’essaie de faire passer de la sympathie et de figer dans ma mémoire (la courte) ce même blanc, blâmant les mauvaises fortunes des Indiens et leur pauvreté chronique sur leur “fainéantise”… J’essaie, mais je me retrouve toujours en train de penser quelque chose du style: “Hum… On dirait que nous sommes tous des Indiens maintenant he ?”

[…]

La seule sympathie et soutien potentiels pour les causes autochtones existe chez certaines, mais pas toutes, organisations transnationales et les mouvements qui s’opposent à la mondialisation. Les opposants domestiques à la globalisation dans des pays coloniaux comme le Canada et les Etats-Unis (NdT: et l’Australie, la Nouvelle-Zélande), sont en fait des adversaires d’Onkwehonwe parce qu’ils ne sont rien d’autre que de farouches défenseurs de la première vague de la mondialisation et sont juste contre la seconde (qui les touche négativement). Ce sont le plus souvent des nationalistes euro-américains qui ont l’intention de préserver les insitutions coloniales et les relations au pouvoir (colonial).

Où sont nos alliés alors ?
Où sont ces gens non-autochtones qui pourraient devenir partie intégrante du réseau de résurgence indigène ?
Une question classique, une qui a été posée j’en suis convaincu, à tous les leaders/conférenciers Onkwehonwe qui ont fait un discours et accepté les questios de l’audience à l’issue, est celle-ci: “Que puis-je faire en tant que blanc pour aider les peuples autochtones ?”

Je pense que la réponse la plus sérieuse à cette question trop commune est celle que fît Malcolm X en réponse à une question qui lui fut posée par le magazine Young Socialist en 1965: “Les blancs sincères devraient s’organiser entre eux et imaginer une stratégie pour briser le préjudice (racial) qui existe dans les communautés blanches. C’est là qu’ils peuvent fonctionner le plus intelligemment et le plus efficacement.
Reçu 5/5 mon frère !

A suivre…

Le fondement du colonialisme occidental d’hier et d’aujourd’hui: L’arrogance raciste eurocentrique…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 11 juin 2014 by Résistance 71

“Le gouverment défend les intérêts de la classe aisée. Il a augmenté les prix pour aider les industriels, donné des subsides aux intérêts des transports et plus de 10 millions d’acres de terre gratuits aux chemins de fer. Il a utilisé les forces armées contre les Indiens pour les expulser de leurs terres ancestrales, pour mâter la rebellion sociale, pour envahir des pays dans les Caraïbes pour le seul bénéfice des planteurs américains, des banquiers et des investisseurs. C’était et c’est toujours le gros gouvernement centralisé à l’œuvre… Comme l’a si bien dit l’oratrice populiste Mary Ellen Lease en 1890: Un gouvernement de, par et pour Wall Street.”

~ Howard Zinn, 2001 ~

 

Le juge Scalia de la cour suprême et la nature raciste de la loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

6 Juin 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/06/06/justice-scalia-and-racist-nature-federal-indian-law

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il y a quelques années, le juge de la cour suprême des Etats-Unis Antonin Scalia se trouvait à une réunion publique où se trouvait également Tom Cole, député républicain de l’Oklahoma. Apprenant que Cole était de la première nation des Chickasaw, Scalia lui dit alors: “N’oubliez-pas que vous appartenez à une race conquise.

L’utilisation par le juge Scalia du mot “race” place son commentaire dans un cadre évident de référence raciale. L’idée que les Amérindiens ont été “conquis” évoque le thème de l’infériorité (ceux voués à “être conquis”) et de la supériorité (le groupe racial qui dit avoir conquis “la race” traitée comme “inférieure”). En d’autres termes, le commentaire du juge Scalia était basé sur l’idée d’une domination raciale: “Nous sommes la race victorieuse et vous êtes inférieurs, la race ‘conquise’ “. Pour faire bref, le commentaire du juge Scalia était une expression raciste flagrante et serait en fait correctement ré-exprimée de cette manière: “N’oubliez pas que vous appartenez à une race dominée”.

Le département d’études ethniques de l’université de l’Oregon caractérise et étudie le racisme en tant que système de domination. Le racisme est structuré en termes de schéma du haut vers le bas et de supérieur et inférieur en ce qui concerne la domination et la subordination. Un exemple typique de racisme est d’automatiquement juger les gens ayant une couleur de peau sombre, avec des caractéristiques faciales “non-blanches” comme étant inférieurs aux “blancs”, aux gens avec une couleur de peau plus claire et des caractéristiques faciales européennes.

Pour un raciste, peau sombre et caractéristiques raciales non blanches sont des preuves de l’infériorité des gens plus “noirs”. Un jugement raciste d’infériorité peut également être fondé sur une autre caractérisation, comme par exemple une identification “de groupe”. Le simple fait d’être d’une “société non-blanche” et donc “plus basse” que la “norme” supposée supérieure des sociétés “blanches”, est suffisant pour être catalogué par un raciste comme “inférieur”.

Donald Sterling, le propriétaire de l’équipe de Basket-Ball de la NBA des Los Angeles Clippers a été impliqué dans une tempête de controverses au sujet de ce qui a été caractérisé comme des “commentaires racistes” faits à sa copine au sujet des noirs et des métis. Ses commentaires furent fuités anonymement dans les médias par le diffuseur de ragots TMZ et ceci eut pour résultat la condamnation du racisme dans les médias. L’attitude universelle semble être: “Comment Sterling ose t’il parler de la sorte au sujet des afro-américains pros qui jouent en NBA ?”

Les conséquences furent très rapides: Sterling va sûrement devoir vendre sa franchise des Clippers (dont il fera un gros profit sans aucun doute). Il a été banni à vie de la NBA et a eu une amende de 2,5 millions de dollars. Cela va lui faire mal et prendre une grosse portion de sa fortune estimée à 900 millions de dollars. Après l’amende, il lui restera 897 500 000 $ pour essayer de joindre les deux bouts. Ce genre de punition va sans nul doute lui donner une bonne leçon…

Un expert blanc de CNN a dit qu’il croyait que le scandale était fini et que la répudiation universelle des commentaires de Sterling ont lancé un signal clair que le racisme n’avait plus court aux Etats-Unis. Il est vrai que les africains-américains n’en sont plus au temps des toilettes publics et des fontaines séparés, des sièges dans les fonds des bus durant les jours des lois Jim Crow. Mais quoi qu’il en soit, pour les secteurs les plus pauvres de la société noire-américaine, les problèmes quotidiens issus du racisme institutionnel auxquels elle doit faire face, abondent.

Tandis que des propos racistes exprimés de manière privée à l’encontre de riches Afro-Américains qui jouent au basket professionnellement ne seront pas tolérés, spécifiquement s’il transparaît que ces vues racistes exprimées en privé sont grandement publicisées, il en va de toute autre manière lorsqu’il s’agit de l’expression d’un racisme envers les secteurs les plus pauvres de la société afro-américaine et envers d’autres soi-disants “groupes ethniques”. Un cas flagrant étant le commentaire du juge Scalia envers le citoyen de la nation Chicksaw Tom Cole. Le fait que Cole soit un membre dûment élu et qu’il siège au congrès des Etats-Unis n’a pas altéré la langue amère et raciste de Scalia.

Tandis que je refuse de penser ou d’écrire au sujet des nations originelles et de leurs peuples comme une “race” ou un “groupe ethnique”, cela n’en est pas moins un problème qu’un juge de la cour suprême des Etats-Unis avoue qu’il nous regarde comme une “race” qui est inférieure en résultante de l’affirmation que nous avons été “conquis”, ou en d’autres termes, “dominés”.

Il y a certainement une très grande différence entre Donald Sterling et Antonin Scalia. Après tout, Donald Sterling n’allait jamais être arbitre d’un match de NBA. Ce n’est pas comme s’il avait été forcé hors de la NBA pour l’empêcher de pouvoir utiliser son cadre de référence raciste pour juger des joueur de basket Afro-Américains sur le terrain ou utiliser ses vues racistes pour influencer le résultat de matches de basket spécifiques.

Quant au juge Scalia, il a siégé à la cour suprême des Etats-Unis pendant près de 28 ans et pendant cette période, il a utilisé son cadre psychique et mental raciste en ce qui concerne nos nations originelles (“Indiennes”) comme étant une race conquise (dominée) dans ses prises de décisions dans des affaires impliquant des Indiens. Pourquoi son commentaire ouvertement raciste à l’encontre de Cole n’a t’il pas rencontré une expression publique de scandale de la part des leaders du Pays Indien ? Pourquoi n’y a t’il pas eu de campagne persuasive pour faire virer Scalia de tout cas impliquant des nations et des peuples amérindiens ?

L’expert blanc de CNN qui a dit que le racisme avait généralement disparu aux Etats-Unis n’a très certainement jamais lu le livre de Robert A. Williams intitulé: “Like a Loaded Weapon: the Rehnquist Court, Indian Rights, and the Legal History of Racism in America”, 2005. Dans ce livre, le professeur Williams stipule de manière très claire que la loi fédérale américaine sur les Indiens est un secteur entier de la législation américaine qui est le produit d’une pensée fondamentalement raciste qui a été institutionnalisée aux Etats-Unis. Où est le scandale à ce sujet dans les médias américains ?

Alors que je préfère plus cadrer la discussion en termes de “racisme religieux” en me basant sur les termes de la Doctrine Chrétienne de la Découverte et de Domination, Williams démontre clairement que la loi fédérale indienne est un système d’idées structurés en termes de supériorité blanche et d’infériorité non-blanche, ce qui continue à être utilisé à la cour suprême des Etats-Unis de manière anti-indienne quotidiennement. Quiconque voudrait affirmer que le racisme n’a plus cours aux Etats-Unis aujourd’hui n’a aucune idée du fait que la cour suprême continue de prendre des décisions basées sur la loi fédérale indienne, elle-même fondée sur des précédents et une jurisprudence racistes contre nos nations et peuples originels.

En ce qui concerne la déclaration du juge Scalia, le bureau du député Cole m’a dit qu’il ne commenterait pas “sur une converstaion privée”. Son bureau n’a pas dit que l’incident ne s’était jamais produit, ou que Scalia n’avait jamais fait cette déclaration au député Cole ; son bureau l’a simplement classifié comme étant “privé”, alors même que le député raconta de manière évidente le commentaire de Scalia à une conférence d’avocats dans l’Oklahoma.