Archive pour Qui

Petit précis historique sur Cuba: Quand Fidel, Che écoutaient l’anarchiste Cienfuegos…

Posted in actualité, démocratie participative, ingérence et etats-unis, pédagogie libération with tags , , , , , , , on 11 novembre 2012 by Résistance 71

La conclusion de cet article représente  ce qui devrait être fait, mais historiquement, le communisme autoritaire d’état (les adaptations du marxisme en général) est autant l’ennemi de la liberté et de la révolution sociale que le sont la réaction fasciste ou la démocratie-sociale, tous trois chantres de l’étatisme invétéré. Rien d’étonnant après avoir lu les recherches de l’historien Antony Sutton, qui démontra que Wall Street a financé à la fois le fascisme brun, culminant avec Hitler et le fascisme rouge, culminant avec Staline et Mao.

Cette révision de l’histoire révolutionnaire cubaine est rafraîchissante !

— Résistance 71 —

 

Camilo Cienfuegos du rouge et noir à Cuba

 

I.Vergado.

 

Octobre 2012

 

url de l’article original:

http://lafourmirouge.blogspot.be/2012/10/camilo-cienfuegos-du-rouge-et-noir-cuba.html

 

« Anarchie et communisme, loin de hurler de se trouver ensemble, hurleraient de ne pas se trouver ensemble, car ces deux termes, synonymes de liberté et d’égalité, sont les deux termes nécessaires et indivisibles de la révolution. », écrivait Carlo Cafiero en 1880.(1)

Le triomphe de la révolution cubaine fut une illustration plus récente de ce constat qui fait toujours hurler tant de camarades. Lisez d’abord, hurlez ensuite.

En effet et dans les faits, les anarchistes cubains étaient une composante essentielle des réseaux de lutte politique clandestine et de la guérilla contre la dictature de Batista (comme des précédentes), qui mèneront à la victoire de 1959. Beaucoup d’entre eux rallièrent le « Mouvement du 26 juillet » mené par Fidel Castro. Mouvement dont les couleurs libertaires : le rouge et le noir, étaient toujours visibles sur ses épaulettes. Avant que le Commandant n’opte pour les chemises à carreaux, choix légitime mais discutable, surtout pour les carreaux.

La tradition libertaire de Cuba est séculaire.

Les habitants originaux de l’île, les « Indiens » Ciboney et Tainos, intégraient dans leur mode de vie plusieurs principes, tels l’absence de propriété ou d’Etat, que les anars ne renieraient pas. Vient la colonisation par les Espagnols et le génocide de ces pourtant sympathiques autochtones. Les siècles suivants, les idées et les penseurs anarchistes influenceront nombre de personnages clefs de l’histoire et de la lutte d’indépendance cubaine. Le héros national, José Marti ou les mouvements anarcho-syndicalistes du début du XXem siècle qui seront à la tête du mouvement ouvrier en sont de parfaits exemples. De même certaines traditions toujours vivantes et importées par les déportés Africains victimes de l’esclavage, véhiculent elles aussi des idées libertaires comme la solidarité et la résistance à l’oppresseur.

Bref une île fertile pour la pensée anarchiste, ce qui explique qu’au moment où la révolution s’initie dans la Sierra, les anarchistes y sont déjà, et partout ailleurs aussi : dans les syndicats, les loges, les universités, les coopératives, les confréries, les villes et les campagnes.

Le plus fameux d’entre eux est Camilo Cienfuegos, anarchiste de père (Espagnol) en fils. Il participe aux luttes étudiantes avant et lors du coup d’état de Batista. Puis à celles qui précèdent la révolution. Blessé par balle puis arrêté et fiché, il rejoint Mexico.

Avec Fidel, Raoul et le Che, il fait partie des quelques rescapés, survivants au débarquement qui les ramène sur l’île de Cuba. Précisément là où l’armée de Batista informée du projet, les attendait de pied ferme. Sur quatre-vingt deux volontaires guérilleros embarqués au Mexique, moins d’une vingtaine en réchapperont.

Ensemble ils allument le premier feu de guérilla dans la Sierra. Rapidement le mouvement prend une ampleur irrésistible. Remarqué pour ses talents, Camilo devient vite capitaine et s’illustre comme chef de l’avant-garde de la première colonne, commandée par le Che. Ses exploits lui vaudront le surnom de « Señor de la Vanguardia« . Quand vient le moment de lancer plusieurs colonnes pour libérer le pays, Fidel Castro n’hésite pas. Il confie le commandement de la seconde à son proche camarade, Cienfuegos le libertaire. Les autres étant menées par Ernesto Guevara, Raoul Castro et Juan Almedia.

Les faits d’armes de Camilo, ses victoires, son audace, toujours en première ligne, sa générosité et son humour lui valent rapidement le respect et l’amour des Cubains. Sa modestie, son charme et ses origines humbles achèvent de séduire l’ensemble de l’île.

Pour beaucoup de ses contemporains, c’est cet engagement, cette témérité frisant souvent l’inconscience qui lui furent fatals.

Quand un jour d’octobre ’59, le 28, il monte à bord de son Cezna en piteux état, son pilote est tout comme lui épuisé, pour rallier la Havane qu’il n’atteindra jamais.

Il disparaît sans laisser de trace, ce malgré les recherches massives et nationales qui seront organisées.

Certains à Cuba et ailleurs y voient la main de la CIA, que cet anarchiste radical et son influence sur Castro, inquiétaient bien plus que Fidel lui-même. Ce dernier ne s’étant à ce moment pas encore allié au camp socialiste, ni déclaré communiste.

Les USA se méfiaient de Camilo, de Raoul et du Che mais pensèrent dans un premier temps qu’ils pourraient composer avec Castro, qui cherchait une troisième voie, non alignée. Ce qui explique qu’ils furent parmi les premiers à reconnaître le nouveau gouvernement. Le ton des premiers reportages ou interviews diffusés aux USA montre même un certain engouement pour le jeune et charismatique Fidel. Ce n’est qu’ensuite qu’ils réalisèrent leur erreur et tenteront de l’assassiner plus de 600 fois(2) sans succès et imposeront à la population entière divers embargos (toujours en cours) ou attaques militaires et terroristes.

Paradoxe, à la même époque le KGB se méfiait plutôt de Castro. Des témoignages indiquent que certains y redoutaient que Fidel ne soit un « aventurier bourgeois », voire pire un libertaire et lui préféraient son frère Raoul, un marxiste labellisé.

Beaucoup ignorent qu’historiquement et contrairement aux anarchistes, le parti communiste cubain avait tardé à apporter un réel appui aux révolutionnaires du M26. Ce n’est que bien après la victoire et les premières rétorsions États-uniennes que Fidel déclarera le caractère socialiste de la révolution, et présidera le parti communiste remanié.

D’autres au contraire voient dans la disparition de Camilo, la main de Castro lui-même. Cienfuegos aurait refusé la condamnation d’un camarade, argumentent-ils. De plus sa popularité, supérieure à celle du Che et de Raoul, aurait inquiété les Castro, ajoutent-ils. (Faut-il s’étonner que ce soient les mêmes qui vous expliqueront que c’est le même Fidel qui « envoya Guevara à la mort » en Bolivie?)

Ce scénario semble peu probable et trahit une méconnaissance de la situation qui prévalait alors. D’une part l’état des avions qu’utilisaient les commandants était réellement catastrophique, le ministre de l’aviation lui-même venait d’en faire l’expérience. Lors de la disparition de son avion c’est celui de Raoul Castro qui se portait à sa recherche qui disparaît à son tour, provoquant inquiétudes et recherches en cascades.

D’autre part Camilio était un soutien indéfectible et un allié politique trop précieux pour Fidel Castro, le poste de chef de l’état major de l’armée qu’il occupait en témoigne.

Il est un fait qu’après la victoire des divergences apparurent entre le pouvoir centralisé de Castro et les anarchistes. Mais les rapports que Camilo entretenait avec les frères Castro et le Che, ses discours, ses actes et écrits, semblent indiquer qu’il faisait probablement partie des libertaires qui firent le choix de poursuivre l’expérience révolutionnaire avec le M26. Tandis que les divergences deviendront désaccords, certains anarchistes entreront dans l’opposition puis rejoindront l’exil, d’autres participeront ou iront plus tard jusqu’à rallier le parti communiste et d’autres organisations issues de la révolution.

Aujourd’hui il existe toujours plusieurs courants libertaires Cubains, autant sur l’île qu’en dehors. De simples citoyens, membres ou non du parti, expriment de l’intérêt ou de la sympathie et plus pour les thèses anarchistes.Certains opposants déclarés et résidents, d’autres émigrés ou exilés s’en réclament, beaucoup de jeunes habitants des grandes villes cubaines aussi. Il s’agit souvent chez ces derniers d’une mode superficielle visant presque exclusivement les plus pâles, mêlant musique rock et attitude anti-autoritaire. Porter du noir et du cuir par plus de 30° à l’ombre peut forcer le respect, ou pas. D’autres poussent la réflexion et la démarche plus en avant et créent des collectifs artistiques ou autres. Les scènes hip-hop et reggaeton ne sont pas en reste -et souvent plus (im)pertinentes- en ce qui concerne la critique sociale.

Exceptionnellement cela débouche sur des accrochages très limités avec la police après un concert, ou à l’opposé sur le choix d’un groupe de jeunes musiciens de rock se déclarant anarchistes de passer plusieurs mois de travail volontaire aux champs « pour suivre l’exemple de révolutionnaires authentiques comme Camilo ou le Che », sic.

Une analyse binaire ne suffit plus quand il s’agit d’aborder l’expérience cubaine.

Comme ailleurs ou ici même, il existe des opposants. Certains, très rares à présent et dont le statut exact est souvent discutable, sont toujours emprisonnés, par contre pas de disparition, de torture ou d’assassinat comme chez tant des « alliés » ou « protégés » de l’empire.

Si l’objectif des barbus et de Castro était réellement la dictature si chère aux médias occidentaux, pour quelles raisons auraient-ils pris les risques, insensés dans cette optique, d’abolir l’apartheid, d’alphabétiser, d’éduquer, de soigner ou encore d’armer le peuple?!

Ces victoires indéniables de la révolution, comme la fin du racisme et du sexisme institutionnalisés, la santé et l’éducation pour tous, sont aussi celles des libertaires qui participèrent à la lutte et la victoire.

Si de nombreux aspects du système actuel sont à l’opposé de l’idée anarchiste, il est troublant de constater sur place combien l’esprit, le caractère cubain en est pourtant emprunt.

Dans l’esprit créatif et la mise en pratique du collectivisme vécu au quotidien, qui s’accomplit autant avec que sans l’aide de l’État. Dans l’implication concrète des Cubains dans la chose politique, loin des clichés qui ont cours ici.

Camilo vivant aurait-il pu éviter cet énième divorce entre libertaires et communistes aux lendemains de la victoire, permettant à Cuba de trouver un équilibre entre le rouge et le noir?

De rompre enfin cette funeste malédiction qui se répète depuis qu’un certain Marx expulsa les anarchistes de la première Internationale?

Nombreux sont les Cubains qui se posent la question chaque 28 octobre en lançant une rose à la mer en hommage au « Señor de la Vanguardia« .

Pour conclure en dépassant le cas cubain. Face à l’offensive décomplexée que mène la réaction, la gauche, entendez : socialistes, syndicalistes et communistes sincères, ne gagnerait-elle pas à se ressourcer ou se radicaliser au contact vivifiant de ses camarades libertaires d’hier et d’aujourd’hui?

(1) Anarchie et Communisme.

(2) 638 façons de tuer Castro

Terrorisme d’État, guerre et propagande, la manipulation systématique des opinions publiques

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, politique et social, politique française, presse et média, terrorisme d'état with tags , , on 23 mars 2011 by Résistance 71

Comment les médias occidentaux ont-ils couvert les diverses guerres qui ont suivi la première guerre du Golfe ? Peut-on dresser des constats communs ? Existe-t-il des règles incontournables de la « propagande de guerre » ? Oui.

 

Par Michel Collon

 

url de l’article original: http://www.michelcollon.info/Les-regles-de-la-propagande-de.html?lang=fr

 

1. Cacher les intérêts. Nos gouvernements se battent pour les droits de l’homme, la paix ou quelque autre noble idéal. Ne jamais présenter la guerre comme un conflit entre des intérêts économiques et sociaux opposés.

2. Diaboliser. Pour obtenir le soutien de l’opinion, préparer chaque guerre par un grand médiamensonge spectaculaire. Puis continuer à diaboliser l’adversaire particulièrement en ressassant des images d’atrocités.
3. Pas d’Histoire ! Cacher l’histoire et la géographie de la région. Ce qui rend incompréhensibles les conflits locaux attisés, voire provoqués par les grandes puissances elles-mêmes.
4. Organiser l’amnésie. Eviter tout rappel sérieux des précédentes manipulations médiatiques. Cela rendrait le public trop méfiant.

 

Règle n° 1. Cacher les intérêts.

La règle la plus fondamentale de la propagande de guerre, c’est de cacher que ces guerres sont menées pour des intérêts économiques bien précis, ceux des multinationales. Qu’il s’agisse de contrôler les matières premières stratégiques ou les routes du pétrole et du gaz, qu’il s’agisse d’ouvrir les marchés et de briser les Etats trop indépendants, qu’il s’agisse de détruire tout pays pouvant représenter une alternative au système, les guerres sont toujours économiques en définitive. Jamais humanitaires. Pourtant, à chaque fois, c’est le contraire qu’on raconte à l’opinion.

La première guerre contre l’Irak a été présentée à l’époque comme une guerre pour faire respecter le droit international. Alors que les véritables objectifs, exprimés dans divers documents – même pas internes – du régime US étaient :

1. Abattre un régime qui appelait les pays arabes à s’unir pour résister à Israël et aux Etats-Unis.
2. Garder le contrôle sur l’ensemble du pétrole du Moyen-Orient.
3. Installer des bases militaires dans une Arabie saoudite déjà réticente. Il est très instructif, et cocasse, de relire aujourd’hui les nobles déclarations faites à l’époque par la presse européenne européenne sur les nobles motivations de la première guerre du Golfe.

De tout cela, zéro bilan.

Les diverses guerres contre la Yougoslavie ont été présentées comme des guerres humanitaires. Alors que, selon leurs propres documents, que chacun pouvait consulter, les puissances occidentales avaient décidé d’abattre une économie trop indépendante face aux multinationales, avec d’importants droits sociaux pour les travailleurs. Le vrai but était de contrôler les routes stratégiques des Balkans (le Danube et les pipe-lines en projet), d’installer des bases militaires (donc de soumettre la forte armée yougoslave) et de coloniser économiquement ce pays. Actuellement, de nombreuses informations sur place confirment une colonisation éhontée par les multinationales dont US Steel, le pillage des richesses du pays, la misère croissante qui s’ensuit pour la population. Mais tout cela reste soigneusement caché à l’opinion internationale. Tout comme les souffrances des populations dans les divers autres pays recolonisés.

L’invasion de l’Afghanistan a été présentée comme une lutte anti-terroriste, puis comme une lutte d’émancipation démocratique et sociale. Alors que, là aussi, des documents US parfaitement consultables révélaient de quoi il s’agissait. 1. Construire un pipe-line stratégique permettant de contrôler l’approvisionnement de tout le sud de l’Asie, continent décisif pour la guerre économique du 21ème siècle. 2. Etablir des bases militaires US au centre de l’Asie. 3. Affaiblir tous les « rivaux » possibles sur ce continent – la Russie, l’Iran et surtout la Chine – et les empêcher de s’allier.
On pourrait analyser pareillement comment on nous cache soigneusement les véritables enjeux économiques et stratégiques des guerres en cours ou à venir : Colombie, Congo, Cuba, Corée… Bref, le tabou fondamental des médias, c’est l’interdiction de montrer que chaque guerre sert toujours des multinationales bien précises. Que la guerre est la conséquence d’un système économique qui impose littéralement aux multinationales de dominer le monde et de le piller pour empêcher ses rivaux de le faire.

Règle N°2. Diaboliser.

Chaque grande guerre commence par un grand médiamensonge qui sert à faire basculer l’opinion pour qu’elle se range derrière ses gouvernants.

– En 1965, les Etats-Unis déclenchent la guerre du Vietnam en inventant de toutes pièces une attaque vietnamienne contre deux de leurs navires (incident « de la baie du Tonkin »).

– Contre Grenade, en 83, ils inventent une menace terroriste (déjà !) qui viserait les USA.

– La première agression contre l’Irak, en 1991, est « justifiée » par un prétendu vol de couveuses dans une maternité de Koweït City. Médiamensonge fabriqué de toutes pièces par la firme US de relations publiques Hill & Knowlton.

– De même, l’intervention de l’Otan en Bosnie (95) sera « justifiée » par des récits truqués de « camps d’extermination » et des bombardements de civils à Sarajevo, attribués aux Serbes. Les enquêtes ultérieures (tenues secrètes) montreront pourtant que les auteurs étaient en fait les propres alliés de l’Otan.

– Début 99, l’attaque contre la Yougoslavie sera « justifiée » par une autre mise en scène : un prétendu « massacre de civils » à Racak (Kosovo). En réalité, un combat entre deux armées, provoqué par les séparatistes de l’UCK. Ceux que les responsables US qualifiaient de « terroristes » au début 98 et de « combattants de la liberté » quelques mois plus tard.

– La guerre contre l’Afghanistan ? Plus fort encore, avec les attentats du 11 septembre. Sur lesquels toute enquête sérieuse et indépendante sera étouffée, pendant que les faucons de l’administration Bush se précipiteront pour faire passer des plans d’agression, préparés depuis longtemps, contre l’Afghanistan, l’Irak et quelques autres.

Chaque grande guerre commence par un médiamensonge de ce type : des images atroces prouvant que l’adversaire est un monstre et que nous devons intervenir pour une « juste cause ».
Pour qu’un tel médiamensonge fonctionne bien, plusieurs conditions sont nécessaires : 1. Des images épouvantables. Truquées si nécessaire. 2. Les marteler plusieurs jours, puis prolonger par des rappels fréquents. 3. Monopoliser les médias, exclure la version de l’autre camp. 4. Ecarter les critiques, en tout cas jusqu’au moment où il sera trop tard. 5. Qualifier de « complices », voire de « révisionnistes » ceux qui mettent en doute ces médiamensonges.

Règle N° 3. Pas d’Histoire !

Dans tous les grands conflits de ces dernières années, les médias occidentaux ont caché à l’opinion les données historiques et géographiques essentielles pour comprendre la situation des régions stratégiques concernées.

En 1990, on nous présente l’occupation du Koweït par l’Irak (qu’il ne s’agit pas ici de justifier ou d’analyser) comme une « invasion étrangère ». On « oublie » de dire que le Koweït avait toujours été une province de l’Irak, qu’il en a été séparé en 1916 seulement par les colonialistes britanniques dans le but explicite d’affaiblir l’Irak et de garder le contrôle de la région, qu’aucun pays arabe n’a jamais reconnu cette « indépendance », et enfin que le Koweït est juste une marionnette permettant aux Etats-Unis de confisquer les revenus du pétrole.

En 1991, en Yougoslavie, on nous présente comme de gentils démocrates « victimes » deux dirigeants extrémistes, racistes et provocateurs, que l’Allemagne a armés avant la guerre : le Croate Franjo Tudjman et le Bosniaque Alia Izetbegovic. En cachant qu’ils renouent avec le plus sinistre passé de la Yougoslavie : le génocide anti-serbe, anti-juif et anti-rom de 41-45. On présente aussi les populations serbes de Bosnie comme des envahisseurs alors qu’elles y vivaient depuis des siècles.

En 1993, on nous présente l’intervention occidentale en Somalie comme « humanitaire » en cachant soigneusement que des sociétés US ont acheté le sous-sol pétrolifère de ce pays. Et que Washington entend contrôler cette région stratégique de la « Corne de l’Afrique » ainsi que les routes de l’Océan Indien.

En 1994, on nous présente le génocide rwandais en faisant silence sur l’histoire de la colonisation belge et française. Laquelle avait délibérément organisé le racisme entre Hutus et Tutsis pour mieux les diviser.

En 1999, on nous présente le Kosovo comme une terre envahie par les Serbes. On nous parle de « 90% d’Albanais, 10% de Serbes ». Passant sous silence la forte diminution du nombre des Serbes lors du génocide commis dans cette province durant la Seconde Guerre mondiale, puis durant l’administration albanaise de la province (années 80). On escamote aussi l’existence au Kosovo de nombreuses minorités (Roms, Juifs, Turcs, Musulmans, Gorans, etc…). Minorités dont « nos amis » de l’UCK avaient programmé le nettoyage ethnique, qu’ils réalisent aujourd’hui sous les yeux et avec la bénédiction de l’Otan.

En 2001, on crie haro sur les talibans, régime certes peu défendable. Mais qui les a amenés au pouvoir ? Qui les a protégés des critiques des organisations des droits de l’homme afin de pouvoir construire avec eux un juteux pipeline transcontinental ? Et surtout, au départ, qui a utilisé le terrorisme de Ben Laden pour renverser le seul gouvernement progressiste qui avait émancipé la paysannerie et les femmes ? Qui a ainsi rétabli la pire terreur fanatique en Afghanistan ? Qui, sinon les Etats-Unis ? De tout ceci, le public ne sera guère informé. Ou trop tard.

La règle est simple. Occulter le passé permet d’empêcher le public de comprendre l’histoire des problèmes locaux. Et permet de diaboliser à sa guise un des protagonistes. Comme par hasard, toujours celui qui résiste aux visées néocoloniales des grandes puissances.

Règle N° 4. Organiser l’amnésie.

Lorsqu’une grande puissance occidentale prépare ou déclenche une guerre, ne serait-ce pas le moment de rappeler les grands médiamensonges des guerres précédentes ? D’apprendre à déchiffrer les informations transmises par des états-majors ô combien intéressés ? Cela s’est-il produit à l’occasion des diverses guerres des années 90 ? Jamais. A chaque fois, la nouvelle guerre devient la « guerre juste », plus blanche encore que les précédentes, et ce n’est pas le moment de semer le doute.
Les débats seront pour plus tard. Ou jamais ? Un cas flagrant : récemment, un super-menteur a été pris la main dans le sac, en flagrant délit de médiamensonge. Alastair Campbell, chef de la « communication » de Tony Blair, a dû démissionner quand la BBC a révélé qu’il avait truqué les informations sur les prétendues armes de destruction massive. Ceci a-t-il provoqué un débat sur les précédents exploits du dit Campbell ? N’aurait-il pas été intéressant d’expliquer que toute notre information sur le Kosovo avait été concoctée par ce même Campbell ? Que cela méritait certainement un bilan et une réévaluation de l’information donnée sur la guerre contre la Yougoslavie ? Il n’en a rien été.

= = = = = =

Qui est Michel Collon ?

 

Michel Collon a commencé sa carrière à l’hebdomadaire belge Solidaire. Il a poursuivi son travail de manière indépendante à travers livres, films et un site Internet avec une newsletter hebdomadaire diffusée à 100 000 abonnés en trois langues : français, espagnol et anglais. Il a organisé des déploiements d’observateurs civils en Yougoslavie et en Irak.

Il est co-auteur du film documentaire Les Damnés du Kosovo sur la guerre menée par l’Otan en Yougoslavie. Il a produit le documentaire de Vanessa Stojilkovic, Bruxelles – Caracas sur l’expérience du Venezuela. Il est membre du Conseil Consultatif de la télévision latino-américaine TeleSur. Son livre Bush le cyclone (2006), prenant pour point de départ la catastrophe de La Nouvelle-Orleans et la guerre en Irak, étudie les liens entre l’économie et la guerre, ainsi que le rôle des médias.

Son livre Les 7 péchés d’Hugo Chavez, publié en 2009, analyse les raisons de la pauvreté de l’Amérique latine, la politique générale et l’histoire des multinationales pétrolières. Il décrit l’entreprise menée par Hugo Chavez pour libérer son pays de la pauvreté et de la dépendance envers les USA.

Il crée la polémique et se fait connaître du grand public francophone lors de son passage à l’émission « Ce soir ou jamais » (France 3) en déclarant : « Israël est l’Etat le plus raciste au monde ». Son argumentation suscite l’intérêt du public.

Son dernier livre « Israël, parlons-en ! » comporte vingt entretiens avec des spécialistes juifs et arabes, européens et nord-américains : Noam Chomsky, Sand, Alain Gresh, Tariq Ramadan, Mohamed Hassan.

Bibliographie :

•  Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe – Manuel Anti-manipulation (épuisé)
•  Poker menteur, Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres (épuisé, disponible en anglais)
•  Monopoly, L’Otan à la conquête du monde (épuisé)
•  Bush, le cyclone, Les lois économiques qui mènent à la guerre, la pauvreté et d’autres crimes, Oser dire, 2005
•  Les 7 Péchés d’Hugo Chavèz, Investig’Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2009
•  Israël, Parlons-en !, Investig’Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2010

Filmographie :

•  Reportage avec Carlos Fittoria : Sous les bombes de l’Otan, 45′, Bruxelles, 1999
•  Avec Vanessa Stojilkovic : Les Damnés du Kosovo ; documentaire, 78′, Bruxelles, 2002

Source: http://www.michelcollon.info/Qui-est-Michel-Collon.html?lang=fr