Archive pour PKK kurde confédéralisme démocratique

Solidarité Kurdistan

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Constitution du collectif « Besançon Solidarité Kurdistan »

Groupe Proudhon Besançon

Fédération Anarchiste

11 janvier 2016

Source:
http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com/2016/01/solidarite-kurdistan.html?utm_source=flux&utm_medium=flux-rss&utm_campaign=politics

En Syrie et en Irak, les forces progressistes et révolutionnaires kurdes – en particulier le PKK, les YPG et YPJ – constituent l’une des principales forces de résistance face aux terroristes obscurantistes de Daesh. En première ligne dans les combats, elles parviennent à faire reculer les positions de l’Organisation de l’Etat Islamique, comme à Kobané, Sinjar ou Tel Abyad.

Dans les territoires du Rojava (Kurdistan syrien), libérés par les YPG et YPJ, les peuples de la région ont proclamé en 2013 « l’autonomie démocratique », indépendante du régime dictatorial de Bashar Al-Assad. Ils ont créé un système d’auto-gouvernement contrôlé par des assemblées populaires et basé sur l’égalité des sexes, la défense des minorités ethniques et religieuses, des principes écologistes et anticapitalistes. Ainsi, à travers le combat armé qui oppose dans le Rojava les progressistes kurdes aux soldats de Daesh, ce sont deux projets de société antagonistes qui s’affrontent : l’un obscurantiste, fasciste et totalitaire, l’autre révolutionnaire, démocratique, égalitaire et féministe.

Depuis le début du conflit, les Kurdes doivent cependant faire face à un autre adversaire de taille : l’Etat turc, présidé par Erdogan et son parti l’AKP, qui préfèrent soutenir Daesh plutôt que de voir les forces progressistes kurdes gagner en influence et en autonomie.

Depuis cet été, l’Etat turc a repris ses bombardements contre les positions du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et mène une politique de terreur et de répression sanglante contre les forces progressistes et révolutionnaires. Les journalistes et la presse d’opposition sont muselés, les manifestations hostiles au pouvoir sont attaquées par la police, des milliers de militant.e.s de gauche ou syndicalistes sont emprisonné.e.s, de nombreuses villes et villages kurdes sont assiégés par l’armée et plusieurs centaines de civils ont été assassinés.

Malgré cela, ni la France, ni l’Union Européenne ne s’élèvent contre les multiples crimes et atteintes aux droits humains perpétrés par la Turquie (pays pourtant membre comme la France de l’OTAN et de la coalition militaire internationale en Syrie). Au contraire, en maintenant le PKK sur la liste des organisations terroristes, le gouvernement français est complice de la répression qui frappe les progressistes en Turquie et qui affaiblit la résistance à Daesh. Un accord de coopération policière signé en 2011 entre la France et la Turquie facilite même l’extradition de militant.e.s kurdes réfugié.e.s en France.

A Besançon, plusieurs organisations, qu’elles soient politiques, syndicales ou associatives, ont manifesté ces derniers mois leur solidarité avec les forces progressistes qui combattent l’obscurantisme et le fascisme et qui œuvrent pour la paix au Moyen-Orient. Elles ont décidé de se rassembler pour constituer le collectif Besançon Solidarité Kurdistan, qui se donne comme objectifs de :

– manifester notre solidarité et apporter une aide concrète aux forces progressistes qui luttent au Moyen-Orient,

– obtenir le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes et l’abrogation de l’accord de coopération policière entre la France et la Turquie.

Ce collectif, ouvert à toutes les forces progressistes de Besançon et de sa région, rassemble des membres de diverses organisations (voir signataires ci-dessous) et des individu.e.s et citoyen.ne.s non encarté.e.s.

Le collectif appelle d’ores et déjà à un rassemblement de solidarité avec le peuple kurde pour dénoncer les massacres en Turquie, samedi 16 janvier à 15 heures place du 8 septembre.

Premiers signataires : Parti Communiste Français (PCF), Initiative Communiste Ouvrière (ICO), Fédération Anarchiste (FA), Action Populaire (AP), AMEB Solidaires Étudiant.e.s, Collectif Antifasciste de Besançon (CAB), Union de la Jeunesse de Mésopotamie (UJM), …

Contact : b-solidarite-kurdistan@riseup.net

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A lire notre dossier Résistance 71 sur le Rojava syrien et le communalisme démocratique

Terrorisme d’état: Attentat d’Ankara, la Turquie et la société kurde contre l’état…

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Une fois de plus, le terrorisme d’état, qui n’a qu’un seul visage où que ce soit, attaque un peuple organisé organiquement et refusant l’ignominie étatique. Les manifestations kurdes pour la paix n’ont pas de frontières…

Vive le Rojava autonome, vive le communalisme démocratique !

— Résistance 71 ~

 

Terreur d’état contre le peuple kurde et les partisans de la paix

 

KNK

 

14 Octobre 2015

 

url de l’article original en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Terreur-d-Etat-contre-le-peuple

 

Communiqué du Congrès national du Kurdistan (KNK)


13 octobre 2015

 

Le 10 octobre 2015, un double attentat à la bombe a été commis à Ankara, dans un rassemblement pour la paix réunissant des dizaines de milliers de personnes. Bénéficiant visiblement de la complicité de l’État turc, cet acte odieux a causé la mort de 128 personnes et blessé des centaines d’autres, dont 34 grièvement. Aujourd’hui, la Turquie est un pays dans lequel les militants pacifistes et démocrates sont tués.

Le rassemblement était organisé par des organisations de la société civile, des syndicats et des chambres de métiers tels que le KESK (Confédération des syndicats de fonctionnaires), le DISK (Confédération des syndicats progressistes de Turquie), le TMMOB (Union des chambres d’architectes et d’ingénieurs de Turquie) et le TTB (Union turque des médecins). Des forces paramilitaires qui ne pouvaient tolérer une telle manifestation ont fait exploser des bombes sur la place du meeting. La paix a été assassinée. Les civils ont été soumis à la terreur.

Une fois de plus, le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré que Daech était derrière ces attaques, exactement comme il l’avait fait après les explosions survenues dans le meeting du HDP, à Diyarbakir, le 5 juin, et après l’attentat de Suruc qui a tué 33 personnes le 20 juillet dernier. Daech n’a cependant revendiqué aucun de ces attentats. Il ne fait aucun doute que l’AKP est directement responsable de l’attentat d’Ankara. Depuis quatre ans, le gouvernement AKP soutient Daech en lui fournissant armes et aide logistique, contribuant ainsi au renforcement du groupe et à l’aggravation de la menace qu’il représente. Il a par ailleurs développé dans les derniers temps une politique de tension qui alimente la violence, les divisions et l’intolérance à travers tout le pays. Suite à l’attentat d’Ankara, Daech a diffusé une déclaration dans laquelle il félicite ses auteurs, sans en revendiquer la responsabilité.

La politique d’Erdoğan est à l’origine de ces attentats

Depuis des mois, le gouvernement AKP et le président R.T. Erdoğan cherchent à exacerber les tensions en Turquie, espérant en retirer un gain politique. Ils visent systématiquement le HDP, les syndicats, les journalistes et, généralement, les milieux qui travaillent pour la paix. De par sa politique de tension, Erdoğan est directement à l’origine de ces attaques qui sèment la terreur au sein de la population. Jamais les dirigeants de la Turquie n’avaient autant exalté la terreur. Les déclarations incendiaires des figures de proue de l’AKP ont provoqué les attaques terroristes les plus meurtrières de l’histoire de la Turquie. Le ministre turc de l’Intérieur l’a déclaré ouvertement : « Quiconque résiste sera neutralisé. » Quelques jours avant l’attentat d’Ankara, Sedat Peker, chef de la mafia et grand partisan d’Erdoğan, avait déclaré : « Ils vont se noyer dans leur propre sang. Je suis le compatriote d’Erdoğan. »

Malgré les appels à la paix et au cessez-le feu, l’État persiste dans la guerre

Peu avant l’attentat d’Ankara, le PKK avait annoncé qu’il envisageait de répondre aux appels à mettre fin aux hostilités en décrétant une trêve unilatérale. Cependant, le vice-premier ministre Yalcin Akdogan a tout fait pour ignorer cette déclaration. Il a fini par déclarer : « Nous en avons assez des cessez-le feu. » Finalement, l’attentat d’Ankara a démontré que l’AKP et ses gangs n’étaient pas en faveur de la paix.

L’Union européenne et les États-Unis doivent reconsidérer leurs relations avec la Turquie. Ils doivent arrêter de soutenir le président turc qui ment à la face du monde, profère des menaces contre quiconque le critique et provoque la guerre et la terreur.

Ils doivent ouvertement dire à l’AKP qu’il est inadmissible qu’un gouvernent terrorise sa propre population, uniquement pour garder son emprise sur le pouvoir.

Noms des victimes de l’attentat identifiées à ce jour par le HDP :

Abdülkadir Uyan, Abdullah Erol, Abdulselam Çetin, Ahmet Elhadi/Alkhadi, Ali Kitapçı, Ali Deniz, Ali Deniz Uzatmaz, Ayşe Deniz, Azize Onat, Başak Sidar Çevik, Berna Koç, Bilgehan Karlı, Bilgen Parlak, Binali Korkmaz, Canberk Bakış, Derici Erbasan, Dicle Deli, Dilan Sarıkaya, Dilaver Karharman, Ebru Mavi, Ekin Aslan, Elif Kanlıoğlu, Emin Aydemir, Emine Ercan, Emir Ercan, Emre Karataş, Ercan Adsız, Eren Akın, Erol Ekici, Fatma Esen, Fatma Karabulut, Fatma Eşe, Fatma Karakurt, Fevzi Sert, Feyat Deniz, Gökhan Akman, Gökhan Gökbölü, Gökmen Dalmaç, Gözde Aslan, Gülbahar Aydeniz, Gülbahar Aydın, Gülhan Elmascan, Güney Doğan, Hacı Kıvrak, Hacı Mehmet Şah, Hakan Dursun Akalın, İbrahim Atılgan, İdil Güney, İhsan Deniz, İsmail Kızılçay, İzzettin Çevik, Kasım Otur, Kemal Tayfun Be nol, Kenan Mak, Korkmaz Tetik, Kubilay Ankara, Kübra Meltem Mollaoğlu, Leyla Çiçek, Mehmet Ali Kılıç, Muhammed Zakir Karabulut, Meryem Bulut, Mesut Mak, Metin Peşman, Metin Kürklü, Muhammet Demir, Murat Orçun Çalış, Necla Duran, Nevzat Sayan, Nilgün Çevik, Nizamettin Bağcı, Nurgül Çevik, Onur Tan, Orhan Altıntaş, Osman Ervasa, Osman Turan Bozacı, Özver Gökhan Arpaçay, Ramazan Çelik, Ramazan Çalışkan, Ramazan Tunç, Resul Yanar, Rıdvan Akgül, Sarıgül Tüylü, Selim Örs, Serdar Gül, Sevgi Öztekin, Seyhan Yaylagül Yıldız, Sezen Vurmaz Babatürk, Şebnem Yurtman, Şirin Kılıçalp, Tekin Aslan, Umut Tan, Uygar Coşkun, Vahdet Öyke, Vahdettin Uzgan, Vedat Erkan, M.veysel Atılgan, Yılmaz Elmascan, Yunus Derice, Ziya Saygın, Aycan Kaya, Orhan Işıktaş, Ramazan Çalış, Nevzat Özbilgin, Cemal Av şar, Mehmet Teyfik Dalgıç, Nurullah Erdoğan, Abdülbari Şenci, Bedriye Batur, Filiz Fatma Batur, Sevim Şinik, Hasan Baykara, Niyazi Büyüksütçü, Ümit Seylan, Gazi Güray/Güral, Ahmet Katurlu, Serdar Ben, Mehmet Hayta, Adil Gür, Sabri Elmas, Erhan Avcı.

Ingérence occidentale en Syrie: L’attaque de l’armée mercenaires de l’OTAN (EIIL) sur les communes libres kurdes de Rojava est-elle une éradication politique ?

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L’Histoire a prouvé que toute forme d’émancipation politique et sociale libertaire mettant l’État au placard se voir réprimer dans le sang… Rojava, Kobané sont politiquement dangereuses. Les populations y vivent une expérience sociales révolutionnaires, qui fait peur aux oligarques et ce à juste titre.

Divulguons sans relâche ce qu’il se passe, soutiens aux populations Kurdes de Kobané et Rojava.

— Résistance 71 —

 

Les mensonges de Mr Erdogan et la honte non assumée de la communauté internationale

 

Tom Nisse

 

6 Novembre 2014

 

url de l’article original:

http://www.monde-libertaire.fr/international/17324-les-mensonges-de-m-erdogan-et-la-honte-non-assumee-de-la-communaute-internationale

 

Depuis que l’offensive de l’État islamique (Daesh), déclenchée début septembre contre le canton kurde syrien autonome et enclavé Kobanê, a atteint la ville du même nom, les mensonges que profère le leader de la « puissance régionale » de la partie du globe concernée, M. Erdogan, président de la Turquie, sont pour le moins représentatifs. Significatif aussi que parmi les commentateurs occidentaux de la situation en question l’on se contente de les citer, mais que nulle part apparemment l’on se soucie de les identifier pour ce qu’ils sont.

Samedi 4 octobre, M. Erdogan, tête du parti islamo-conservateur turc, déclare : « Pour nous le PKK c’est la même chose que Daesh. Il ne faut pas les considérer différents l’un de l’autre. » Vérité peut-être de son point de vue, mais mensonge. Daesh (alias État islamique autoproclamé, alias Califat autoproclamé) est fanatiquement raciste, prétend fonder son idéologie et la mise en œuvre de celle-ci sur des doctrines religieuses primitives et exhumées d’une longue agonie historique, et pratique donc de manière rigoureuse le nettoyage ethnique, un lavage des cerveaux primaire, la réduction des femmes à l’esclavage, les exécutions de masse, le viol collectif, les crucifixions et les décapitations publiques (avec exhibition des trophées), la torture et la mutilation, et dans ses rangs se trouve tel père qui jubile en participant à la lapidation de sa propre fille jugée adultère. Faut-il le rappeler ? Non. Le PKK, et par extension les YPG auxquels M. Erdogan faisait sans doute référence aussi, et qui défendent leur ville Kobanê depuis plus d’un mois, sont au départ, en ce qui concerne les premiers, certes une guérilla d’inspiration marxiste impliquée dans des hostilités contre l’État turc qui ont fait beaucoup de victimes. Actuellement cependant, comme leurs descendants les YPG du Kurdistan syrien, ils prônent et s’efforcent de mettre en pratique, et ce depuis environ une dizaine d’années, un projet social et politique novateur : un collectivisme municipal qui se fondesur des valeurs appliquées telles que la laïcité et/ou le respect des différentes croyances, l’émancipation et l’égalité des femmes, la multiethnicité, l’éducation et la défense des spécificités culturelles, la démocratie directe assembléaire mixte, l’économie coopérative, ainsi que l’écologie. Et ils ont pris le parti de renoncer aux actions violentes quand on ne les y oblige pas. Faut-il le rappeler ? Oui. Absolument. Un autre aspect de ce mensonge de M. Erdogan est que, c’est de notoriété publique, Daesh a pendant plusieurs années bénéficié d’une permissivité extrême, voire d’un soutien direct et multiple de la part de l’État turc, tandis que le PKK et les YPG sont, sans le soutien de personne, en août, allés contrer une offensive de Daesh dans l’Irak voisin et ont ainsi préservé des dizaines de milliers de Yézidis et chrétiens kurdes de leur extermination pure et simple. Pas vraiment « la même chose » donc.

Mensonge suivant. Prophétique. Le mardi 7 octobre, M. Erdogan déclare que « Kobanê est sur le point de tomber ». Presque un mois plus tard les combattants et combattantes des YPG résistent toujours et tout semblerait indiquer que l’avancée de Daesh s’embourbe de plus en plus. D’aucuns s’en rongeraient les ongles ?

Émue par les images de l’exode des habitants de la région de Kobanê et impressionnée par la détermination des défenseurs de la ville, la communauté internationale (proclamée telle par qui ?) commence, au fur et à mesure des événements, à se sentir agacée par la position du gouvernement de M. Erdogan vis-à-vis du conflit qui se déroule à quelques centaines de mètres de son territoire national. Position qui consiste en une attitude de non-intervention ainsi qu’en la fermeture par l’armée turque de la frontière aux volontaires kurdes non syriens qui voudraient passer de l’autre côté pour combattre Daesh. En d’autres termes, attendre que Kobanê soit exsangue et s’écroule. Mais, face à cet agacement croissant à son égard, le président turc se voit finalement obligé d’annoncer que son pays laisserait des peshmergas, combattants kurdes d’Irak, fréquentables à ses yeux, passer sur son territoire afin de venir en aide à Kobanê. Quelques jours plus tard, le dimanche 26 octobre, il déclare : « Le YPG ne tient pas à ce que les peshmergas arrivent à Kobanê et dominent. » Mensonge supplémentaire. Imperturbable. Remontons brièvement le fil de la réalité. Le mercredi 15 octobre, Massoud Barzani, peut-être poussé par un sentiment d’exaspération humaine, ou par un sentiment de fraternité humaine, ou les deux, et avec lui le Parlement de l’administration régionale du Kurdistan irakien qu’il préside, reconnaissent officiellement les trois cantons autonomes kurdes de Syrie. Ce qu’auparavant aucun État de la communauté internationale n’a jamais daigné faire. Et non seulement les reconnaissent mais promettent d’aider Kobanê en y acheminant armes et munitions, et ce si nécessaire, c’est-à-dire si la Turquie s’oppose au passage sur son territoire par voie aérienne. Et, de fait, le lundi 20 octobre, des avions américains parachutent des armes provenant du Kurdistan irakien au-dessus de Kobanê. Les défenseurs de la ville s’en disent soulagés. Et le mercredi 29 octobre des contingents de peshmergas arrivent sur le territoire turc pour se diriger vers Kobanê. Et jamais les YPG n’ont fait mine de rechigner quant à l’arrivée de ces renforts, tout comme d’ailleurs, en août, les peshmergas étaient reconnaissants et soulagés quand des combattants des YPG et du PKK sont arrivés au nord-ouest du Kurdistan irakien pour repousser l’offensive de Daesh, et ils s’y trouvent d’ailleurs toujours, aux prises avec de nouvelles poussées militaires de la part des supporters frénétiques du Califat. Il n’était jamais non plus question que les peshmergas « dominent » à Kobanê, premièrement, leur gouvernement a reconnu les trois cantons autonomes kurdes syriens, et deuxièmement, ils ont annoncé avant même leur départ qu’ils resteraient jusqu’à ce que leur présence ne soit plus nécessaire. Et Falah Mustafa, ministre des Affaires étrangères du gouvernement régional du Kurdistan irakien, d’éclaircir le jeudi 30 octobre : « L’obstacle principal de cette opération fut géographique. Nous devions négocier avec la Turquie. Sinon, nous serions intervenus à Kobanê plus tôt et avec davantage de combattants. »

Dans le même élan, qui a comme seul objectif de voir disparaître (ou mieux, de pouvoir annexer), de quelque manière que ce soit, les cantons autonomes kurdes syriens dont Kobanê est devenu le symbole meurtri, M. Erdogan annonce, le vendredi 24 octobre que 1 300 combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), également fréquentables à ses yeux, se dirigeaient vers Kobanê, en précisant que des responsables de son gouvernement et des commandants de l’ASL « sont en pourparlers pour définir le chemin par où ils passeront ». Mensonge encore. Un porte-parole des YPG répond immédiatement : « Nous avons déjà établi le contact avec l’ASL, mais aucun accord du genre de celui mentionné par M. Erdogan n’a encore été conclu. » En effet, le 10 septembre déjà, les YPG et l’ASL ont créé un centre d’opérations conjoint, une vidéo diffusée par les YPG en témoigne depuis cette date. Et le mercredi 29 octobre, une cinquantaine de combattants de l’ASL arrivent effectivement à proximité de Kobanê, vraisemblablement pas, n’en déplaise à M. Erdogan, pour dominer les territoires terroristes kurdes mais pour lutter aux côtés des YPG et du PKK contre un Frankenstein épouvantable dont le président turc et ses rêves de domination sont l’un des concepteurs.

Rêves de domination. Citons dans ce contexte le Premier ministre turc M. Davutoglu, qui déclare le vendredi 24 octobre : « Si la Turquie, actuellement une puissance régionale, veut s’affirmer comme une puissance mondiale, alors elle doit montrer sa compassion », faisant allusion à l’accueil des réfugiés syriens sur le sol turc. Compassion toute relative ; concernant l’accueil des réfugiés, c’est effectivement une bonne chose, comme a pu l’affirmer un journaliste, mais c’est surtout la seule attitude imaginable. Compassion réellement douteuse par contre quand on sait la répression létale qu’ont subi des manifestants kurdes mécontents du gouvernement Erdogan qui attend perfidement l’élimination de Kobanê et de sa complicité stratégique avec Daesh censée parachever cette élimination – manifestants kurdes qui de surcroît ne sont plus à brandir des revendications séparatistes depuis un bout de temps pour la plupart, mais qui demandent simplement davantage d’autonomie politique régionale et surtout davantage de reconnaissance culturelle. Mais, évidemment, un État turc qui voit son avenir en tant que « puissance mondiale » ne peut que vouloir de toutes ses forces la disparition d’un modèle de société différent, tel celui mis en œuvre dans les cantons autonomes kurdes syriens, et il ne peut qu’estampiller les sympathisants d’un tel modèle de terroristes ou de vandales minoritaires.

Mais, sans même tenir compte des visées impérialistes plus vastes à plus long terme de M. Erdogan, il est évident que, comme nous l’avons vu, concernant la bataille de Kobanê, le président turc s’est révélé être un menteur harcelé par très peu de scrupules et sans vrai souci de finesse (que c’en est à se demander d’où il tient ses informations), motivé par une volonté hystérique de voir Kobanê et ce que Kobanê symbolise s’effondrer. Malgré cela, la communauté internationale n’éprouve aucune honte à continuer à considérer l’État turc comme un allié militaire et économique convenable. À l’hystérie de l’un répond l’hypocrisie des autres.

La honte refoulée n’est-elle pas la plus disgracieuse ? La plus honteuse ?

Rojava, l’ensemble des cantons kurdes syriens, et Kobanê en particulier, de par sa résistance médiatisée, médiatisée à son insu, sont parmi les plus belles chances pour l’humanité. Peut-être parmi les dernières, tellement dans l’histoire de notre espèce ce type de volonté d’autonomie permettant un véritable autre vivre ensemble est rare, et par cela même incomparablement précieux. L’avenir du Rojava est incertain, et demeurera incertain même si Kobanê ne tombe pas, ce qui fort heureusement semble se profiler. Mais l’avenir de Rojava est bel et bien fragile, et si jamais cette expérience était détruite dans le jeu économique et géopolitique des puissances mondiales et autres puissances régionales, la honte qui devrait s’abattre sur la communauté internationale serait asphyxiante, une fois de plus. Dans ce cas, le poète devrait-il envisager le suicide ou une rage sans bornes, ou, une fois de plus, un discernement qui exige la respiration ? Narin Afrin, une commandante des YPG à Kobanê dit, dans un communiqué de presse rendu public dimanche 26 octobre : « Pour exister, nous combattons contre cette mentalité obscurantiste. » On serait tenté d’ajouter : contre toutes les mentalités obscurantistes, et certainement aussi celles qui se prétendent éclairées.

La vision politique et sociale de demain: Le Confédéralisme Démocratique

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Extraits du “Confédéralisme Démocratique” d’Abdulah Ocalan

 

Compilé par Résistance 71

 

1er Novembre 2014

 

Petit précis historico-politique:

 

Le peuple Kurde présente la particularité d’occuper aujourd’hui un territoire réparti sur quatre pays: La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Néanmoins, l’origine endémique de ce peuple en cette région remonte au Néolithique. Société traditionnellement clanique, elle se trouve tiraillée entre les différents grands mouvements impérialistes générés par le conflit des états-nations depuis plusieurs siècles, de l’empire Ottoman aux résultats coloniaux des accords Sykes-Picot de 1916 suite à son démantèlement.

Dans les années 1970 est né le Parti Ouvrier du Kurdistan (de son sigle kurde PKK) d’obédience marxiste. A la fin des années 1980, le parti opére une première critique interne et établi que le mode de société kurde ne répond pas au système trop rigide du marxisme (c’est également ce que le mouvement zapatiste de l’EZLN a indépendemment conclu au Mexique vers la même époque…) et le PKK commence à réorienter sa vision vers une politique favorisant un mode de démocratie directe avec le pouvoir rendu à la base sans contrôle d’un “parti d’avant-garde”. A cette époque, le PKK était entré en conflit armé avec l’état turc et fut classé par la Turquie, les Etats-Unis et l’OTAN comme groupe “terroriste”, luttant en fait pour leur autodétermination en tant que peuple et nation.

En 1999, le leader du PKK, Abdulah Ocalan, fut enlevé au Kenya et remis aux autorités turques pour être emprisonné. Les forces de la guérilla kurde du PKK se retranchèrent alors au Kurdistan irakien, toujours sous domination de Saddam Hussein. Le virage vers la démocratie directe avait déjà été amorcé et c’est ensuite sous l’influence de la désobéissance civile de l’Intifada palestienne inspiratrice, des idées zapatistes du Chiapas qui filtraient et de l’influence du municipalisme libertaire de Murray Bookchin et de Janet Biehl, qu’Ocalan et le PKK s’embarquèrent dans l’expérience de la démocratie directe via le modèle du “confédéralisme démocratique”, qui est la remise en pratique, adaptée aux besoins locaux de la culture et des populations kurdes et non-kurdes ayant décidé volontairement de s’unir et d’œuvrer ensemble pour une société égalitaire et libre, du principe des communes libres autogérées et régies par des assemblées populaires où les femmes et les ethnies sont représentés et ont leur mot à dire en toute chose de l’affaire politique et de la gestion sociale.

En 2011, du fond de sa prison turque, Ocalan écrivit un manifeste explicatif du mouvement kurde pour le confédéralisme démocratique. Publié en kurde, il fut ensuite traduit en anglais, français, espagnol, italien et arabe.

Nous vous en proposons quelques extraits ici afin de faire comprendre que la vie sans l’état, sans l’état-nation (présenté à tort comme le summum de l’évolution politique et sociale de l’humanité par une oligarchie bien protégée au sein du système en place…), sans hiérarchie est non seulement possible et souhaitable comme l’histoire l’a déjà souvent prouvé. La formule de gouvernance étatique et hiérarchique est obsolète, répressive, oligarchique et vouée à une corruption inéluctable par essence.

Au regard du chaos politico-social provoqué par les empires au fil des âges, il devient primordial que de plus en plus de personnes réalisent enfin que vivre dans une société à la gouvernance imposée par le plus petit nombre afin d’opprimer et de contrôler le plus grand nombre n’est en rien inéluctable et encore moins souhaitable. Cessons de nourrir la bête totalitaire étatique de notre consentement et comme bon nombre de sociétés traditionelles avant nous, les sociétés amérindiennes comme la confédération des 5 nations iroquoises depuis le XIIIème siècle et leur “charte confédérative” de la Grande Loi de la Paix dont nous avons maintes fois parlé sur ce blog et que nous sommes en train de traduire dans son intégralité en français (117 article) chose qui n’a à notre connaissance jamais été faite ; les Parisiens de 1792-93 organisés en sections autogérées, les Communards de 1871, les communes espagnoles autogérées en nombre croissant de 1878 à 1939, culminant avec la révolution espagnole de 1936-39 ; les communes libres et fédérées du Chiapas zapatiste depuis 1994 et ce modèle récent d’autogestion confédérale kurde, recréons, adaptons pour nous-mêmes la démocratie véritable des assemblées populaires non hiérarchiques décidant ensemble de nos vies dans le soucis exclusif de l’intérêt général et non pas des intérêts particuliers du plus petit nombre que l’État sert par construction.

Voici donc un petit aperçu du “Confédéralisme Démocratique” (modèle politique à géométrie variable selon la société impliquée…) tel qu’il est pratiqué par les populations de Rojava dans le nord de la Syrie, populations qui sont aujourd’hui en guerre contre les troupes mercenaires “djihadistes” de l’empire qu’est L’EIIL/EI.

— Résistance 71 –

Voir notre dossier sur le fédéralisme

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Le Confédéralisme Démocratique (Morceaux choisis)

 Abdulah Ocalan (2011)

Emphase de texte par nos soins

 

État-Nation et pouvoir

[…] Son système économique, le capitalisme, se transforma ainsi en élément essentiel de l’Etat-nation nouvellement créé. La bourgeoisie et le pouvoir du capital permirent à l’Etat- nation de remplacer l’ordre féodal et son idéologie, fondée sur des structures tribales et des droits hérités des aïeux, par l’idéologie nationale, unifiant tous les clans et tribus sous le toit de la nation. Capitalisme et Etat-nation en vinrent à être si intimement liés que l’existence de l’un sans l’autre semble aujourd’hui inima- ginable. Ainsi, l’Etat, non content de cautionner l’exploitation, se mit à encourager et à faciliter celle-ci.

L’Etat-nation est la forme de pouvoir la plus maximale. Aucun des autres types d’Etat ne possède une capacité de pouvoir équivalente. La principale raison de ce pouvoir réside dans le fait que les classes moyennes supérieures y ont été progressivement rattachées au processus de monopolisation. L’Etat-nation est lui- même le plus complet des monopoles. Il s’agit, en réalité, d’une unité de monopoles, tels que le monopole du commerce, de l’industrie, de la finance et du pouvoir. Le monopole idéologique est, quant à lui, indivisible du monopole du pouvoir.

[…]

L’état et ses racines religieuses

La plupart des Etats modernes s’affirment laïcs, revendiquant avoir coupé les liens existant entre la religion et l’Etat et séparé la première du second. Cela n’est que partiellement vrai. Certes, les institutions religieuses et autres représentants du clergé ne participent plus au processus décisionnel sociopolitique ; en revanche, ils continuent d’influencer les décisions prises, tout en se trouvant eux-mêmes sous l’influence des idées et évolutions socio-politiques. Par conséquent, la laïcité contient toujours en son sein des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’Etat résulte d’une décision politique. Elle ne s’est pas faite naturellement, et c’est pour cela qu’aujourd’hui encore, Etat et pouvoir nous apparaissent comme des phénomènes donnés, voire même « tombés du ciel ». Les notions d’Etat laïc ou encore de pouvoir laïc demeurent ambigües.

L’Etat-nation s’est également doté d’un certain nombre d’attributs, tels que la nation, la patrie, le drapeau et l’hymne national, et bien d’autres encore, attributs qui servent à remplacer les anciens attributs fournis par la religion. En particulier, la notion d’unité de l’Etat et de la nation transcende les structures matérielles et politiques, et nous renvoie ainsi à l’unité avec Dieu des sociétés pré-étatiques. Ces notions ont donc été choisies pour se substituer au divin.

[…]

L’Etat-nation est un Etat centralisé, aux attributs quasi-divins, qui a totalement désarmé la société et monopolise l’usage de la force.

Etat-nation et bureaucratie

Transcendant sa base matérielle, c’est-à-dire les citoyens, l’Etat- nation adopte une existence propre, bien au-delà de ses seules institutions politiques. Il a donc besoin d’institutions supplémentaires qui lui soient spécifiques, et ce, afin de protéger sa base idéologique, ainsi que ses structures juridiques, économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaire qui remplit ce rôle, en perpétuelle expansion, se révèle coûteuse, ne servant par ail- leurs qu’à assurer la préservation de l’Etat, qui élève en retour la bureaucratie au-dessus du peuple.

La modernité européenne a fourni à l’Etat tous les moyens né- cessaires à l’expansion de sa bureaucratie dans toutes les couches de la société. Là, il se développa comme une tumeur, infectant toutes les forces vives de celle-ci. Etat-nation et bureaucratie ne peuvent exister l’un sans l’autre. Si l’Etat-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitaliste, il est aussi une prison pour la société naturelle. Sa bureaucratie garantit le fonctionnement du système, la base de la production des biens, ainsi que les profits engrangés par les acteurs économiques concernés, qu’il s’agisse d’un Etat-nation socialiste réel ou bien à économie de marché. Au nom du capitalisme, l’Etat-nation domestique la société et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse visant à localiser et résoudre les problèmes sociaux doit donc procéder à un examen approfondi de ces relations.

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En plus d’exploiter les idées et la force de travail de la société et de coloniser les esprits au nom du capitalisme, l’Etat-nation assimile également toutes sortes de cultures et d’idées intellectuelles et spirituelles, et ce, afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une culture et une identité nationale unique, ainsi qu’une communauté religieuse unique et unifiée. Pour ce faire, il impose aussi une citoyenneté homogène. La notion de citoyen même est le résultat de cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne n’est rien d’autre qu’un passage de l’esclavage de la sphère privée à l’esclavage public de la sphère étatique. Le capitalisme ne peut dégager de bénéfices sans ces armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle jamais créée et résulte d’un immense « projet d’ingénierie sociale ».

L’usage de la force ou des motifs financiers permet générale- ment d’atteindre ces objectifs, résultant bien souvent en l’annihilation physique des minorités, de leurs cultures ou de leurs lan- gues, ou bien en l’assimilation forcée. Les deux derniers siècles sont pleins d’exemples de la violence utilisée pour tenter de créer un Etat-nation correspondant à la réalité imaginaire d’un véritable Etat-nation. Nous allons, à présent, prenant comme exemple la république de Turquie, évoquer quelques caractéristiques de l’Etat-nation.

Etat-nation et société

On dit souvent que l’Etat-nation se soucie du sort du peuple. Ceci est faux. Il s’agit plutôt d’un gouverneur national au sein du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste, qui est beaucoup plus profondément lié aux structures dominantes du capital, et ce bien plus que ce que nous l’assumons généralement.

Il s’agit d’une colonie du capital. Aussi nationaliste qu’il se montre, l’Etat-nation sert toujours dans une même mesure les processus capitalistes de l’exploitation. Rien d’autre ne peut expliquer les terribles guerres de redistribution vécues à l’époque de la modernité capitaliste. Ainsi, l’Etat-nation n’est pas avec le peuple – il est son ennemi.

Les relations entre les différents Etats-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates des Etats-nations. Sans la reconnaissance par les autres Etats-nations, aucun d’entre eux ne pourrait survivre. La raison se trouve dans la logique du système capitaliste mondial.

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Les fondements idéologiques de l’État-Nation

Dans le passé, l’histoire des Etats se confondait avec l’histoire de leurs dirigeants, ceux-ci se voyant affublés de qualités presque di- vines. L’essor de l’Etat-nation a changé cette pratique. C’est maintenant l’Etat tout entier qui est idéalisé et élevé au niveau du divin.

Le nationalisme

Si l’on compare l’Etat-nation à un dieu, alors le nationalisme est sa religion. En dépit de certains éléments en apparence positifs, l’Etat-nation et le nationalisme présentent des caractéristiques métaphysiques. Dans ce contexte, le profit capitaliste et l’accumulation de capital font figure de catégories entourées d’un voile de mystère. Il existe, entre ces termes, un réseau de relations contradictoires, fondé sur la force et l’exploitation. Leur quête d’un pouvoir hégémonique sert la maximalisation des profits. En ce sens, le nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse. Sa réelle mission consiste cependant à servir l’Etat- nation presque divinisé et sa vision idéologique, qui imprègne tous les domaines de la société. Arts, science, conscience sociale : rien de tout cela n’est indépendant. Un véritable éveil intellectuel nécessite donc une analyse fondamentale de ces éléments de la modernité.

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Le sexisme

Le sexisme, contaminant l’ensemble de la société, est un autre pi- lier idéologique de l’Etat-nation. De nombreux systèmes civilisés ont employé le sexisme afin de préserver leur pouvoir, imposant l’exploitation des femmes et utilisant celles-ci comme un réser- voir de travail bon marché. Les femmes sont également considé- rées comme une ressource précieuse, en cela qu’elles produisent la descendance et permettent la reproduction des hommes. La femme est donc à la fois vue comme un objet sexuel et une marchandise. Elle est un outil pour la préservation du pouvoir masculin et peut, au mieux, accéder au statut d’accessoire de la société masculine et patriarcale.

D’une part, le sexisme de la société de l’Etat-nation renforce le pouvoir des hommes ; d’autre part, l’Etat-nation fait de la société une colonie par l’exploitation des femmes. A cet égard, les femmes peuvent également être considérées comme une nation exploitée.

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Ainsi, la femme est la nation colonisée de la société historique qui se trouve dans la position la pire au sein de l’Etat-nation. Toutes les idéologies du pouvoir et de l’Etat ont leur origine dans des comportements et des attitudes sexistes. L’esclavage de la femme est le champ social le plus profond et le plus dissimulé ; tous types d’esclavage, d’oppression et de colonisation s’y produisent. Le capitalisme et l’Etat-nation agissent en pleine conscience de ce fait. Sans l’esclavage de la femme, aucun autre type d’esclavage ne peut exister, ni a fortiori se développer. Le capitalisme et l’Etat-nation représentent l’institutionnalisation ultime du mâle dominant. Pour parler encore plus crûment, le capitalisme et l’Etat-nation sont le monopole du mâle despotique et exploitant.

Les Kurdes et l’État-Nation

Suite à cette courte introduction à l’Etat-nation et à ses fondements idéologiques, nous allons maintenant tenter de démontrer pourquoi un Etat-nation kurde se révélerait inadapté aux besoins du peuple kurde.

Depuis des décennies, les Kurdes luttent non seulement contre l’oppression exercée par les puissances dominantes et pour la reconnaissance de leur existence, mais également dans le but de libérer leur société de l’emprise du féodalisme. Il serait donc illogique de se libérer pour s’enchaîner à nouveau, voire même augmenter l’oppression. Dans le contexte de la modernité capitaliste, c’est pourtant à cela qu’équivaudrait la fondation d’un Etat- nation. Tant que l’on ne s’opposera pas à la modernité capitaliste, la libération des peuples demeurera impossible. Voilà pourquoi la fondation d’un Etat-nation kurde est, pour moi, inenvisageable.

L’appel à la création d’un Etat-nation séparé représente les intérêts de la classe dirigeante et ceux de la bourgeoisie, mais ne reflète en aucun cas les intérêts du peuple ; en effet, un Etat supplémentaire ne ferait que renforcer l’injustice et entraver plus encore le droit à la liberté.

Par conséquent, la solution à la question kurde se trouve dans une approche visant à affaiblir ou à repousser la modernité capitaliste. Les raisons historiques, les caractéristiques sociales et les évolutions concrètes relatives à cette question, ainsi que l’exten- sion de la zone de peuplement des Kurdes sur le territoire de quatre pays ; tout ceci rend d’autant plus indispensable une so- lution démocratique. Il est également important de se rappeler que l’ensemble du Moyen-Orient souffre d’un manque cruel de démocratie. Grâce à la position géostratégique de la zone de peu- plement kurde, le succès du projet démocratique porté par les Kurdes promet également de pouvoir effectuer des progrès dans la démocratisation de tout le Moyen-Orient. Ce projet démocra- tique, nous l’avons baptisé le confédéralisme démocratique.

Le Confédéralisme Démocratique

On peut qualifier ce type de gouvernance d’administration politique non-étatique ou encore de démocratie sans Etat. Les processus démocratiques de prise de décision ne doivent pas être confondus avec les processus auxquels les administrations publiques nous ont habitués. Les démocraties gouvernent, là où les Etats se contentent d’administrer. Les Etats sont fondés sur la force, les démocraties se basent sur le consensus collectif. Les postes de responsabilité de l’Etat sont attribués par décret, bien qu’ils soient en partie légitimés par des élections. Les démocraties fonctionnent avec des élections directes. L’Etat considère légitime l’usage de la coercition, tandis que les démocraties reposent sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il s’agit d’un système flexible, multiculturel, antimonopoliste et fondé sur le consensus. L’écologie et le féminisme comptent parmi les piliers de celui-ci. Dans le cadre de ce type d’auto-administration, il sera nécessaire de mettre en place une économie alternative permettant d’augmenter les ressources de la société, au lieu d’exploiter celles-ci, et qui sera ainsi mieux à même de répondre aux multiples besoins de la société.

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Exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale par le biais d’une association politique est un droit naturel. Cependant, ce droit ne peut s’exercer qu’au sein d’une société éthique et politique. En ce qui concerne les Etats-nations, républiques ou démocraties, le confédéralisme démocratique est ouvert au compromis par rapport aux traditions étatiques ou gouvernementales. Il privilégie et autorise la coexistence égalitaire.

L’héritage de la société et l’accumulation de la connaissance historique

Le confédéralisme démocratique repose sur le vécu historique de la société et son héritage collectif. Il ne s’agit pas d’un système politique moderne et arbitraire mais bien du résultat de l’histoire et de l’expérience accumulée par la société – c’est-à-dire du vécu de celle-ci.

L’Etat se dirige constamment vers toujours plus de centralisation, et ce, afin de soutenir les intérêts des monopoles du pouvoir. Le confédéralisme fonctionne de manière exactement inverse. Dans ce système, ce ne sont pas les monopoles, mais la société qui est au centre de la réflexion politique.

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L’histoire de la modernité représente quatre siècles de génocide physique et culturel au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique, en tant que catégorie sociologique, constitue le contrepoint à cette histoire et repose sur la volonté de lutter si nécessaire, ainsi que sur la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente à l’Etat-nation capitaliste. Tous les efforts déployés par les néolibéraux pour transformer l’Etat-nation sont, cependant, demeurés sans succès. Le Moyen-Orient en est un exemple édifiant.

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Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

Contrastant avec l’interprétation centraliste et bureaucratique de l’administration et de l’exercice du pouvoir, le confédéralisme propose un type d’auto-administration politique dans lequel tous les groupes de la société, ainsi que toutes les identités culturelles, ont la possibilité de s’exprimer par le biais de réunions locales, de conventions générales et de conseils. Cette vision de la démocratie ouvre ainsi l’espace politique à toutes les couches de la société et permet la formation de groupes politiques divers et variés, ce qui constitue de ce fait un progrès dans l’intégration politique de l’ensemble de la société. La politique y fait alors partie de la vie quotidienne.

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Pour ce faire, nul besoin de pompeuses théories, seule suffit la volonté de permettre aux besoins sociaux de s’exprimer, en ren- forçant l’autonomie structurelle des acteurs sociaux et en créant les conditions nécessaires à l’organisation de l’ensemble de la société.

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Plus la participation est importante, plus ce type de démocratie est fort. Là où l’Etat-nation entre en contradiction, voire même en conflit, avec la démocratie, le confédéralisme démocratique constitue un processus démocratique continu.

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Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative se doit d’être de nature démocratique. Ainsi, ce que nous appelons démocratie se résume à l’application de processus démocratiques de prise de décision depuis le niveau local jusqu’au niveau global, et ce, dans le cadre d’un processus politique continu. Ce processus influera la structure et le tissu social de la société, au contraire de l’homogénéité voulue par l’Etat-nation et qui ne peut s’accomplir que par l’usage de la force, entraînant ainsi la perte de la liberté.

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la vision sous-tendant ces décisions doit être en lien avec les questions globales. Nous devons nous rendre compte que même les villages et les quartiers urbains ont besoin d’une structure confédérale. Tous les domaines de la société doivent s’auto-administrer et tous les niveaux de la société doivent être libres de participer.

Confédéralisme démocratique et auto-défense

L’Etat-nation est une entité à structure principalement militaire. Les Etats-nations sont toujours plus ou moins les produits de guerres intérieures et extérieures. Aucun des Etats-nations exis- tants n’est apparu de lui-même. Ils ont invariablement un histo- rique de guerres à leur actif. Ce processus n’est pas limité à l’étape de leur fondation, mais s’appuie bel et bien sur la militarisation de l’ensemble de la société. Le gouvernement civil de l’Etat n’est qu’un accessoire de l’appareil militaire. Les démocraties libérales vont encore plus loin en camouflant leurs structures militaristes sous des couleurs libérales et démocratiques. Cela ne les empêche cependant pas de rechercher des solutions autoritaires au summum d’une crise provoquée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est dans la nature de l’Etat-nation ; le fascisme est la forme d’Etat-nation la plus pure.

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Seule l’autodéfense peut permettre de repousser cette militarisation. Les sociétés qui ne possèdent pas de mécanisme d’auto- défense perdent leur identité, leur capacité à la prise de décision démocratique et leur nature politique. Par conséquent, l’auto- défense de la société ne se limite pas qu’à l’aspect militaire des choses. Elle présume également la préservation de l’identité, l’existence d’une conscience politique propre et un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’autodéfense.

Dans ce contexte, on peut qualifier le confédéralisme démocratique de système d’autodéfense de la société.

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La société elle-même doit être capable de déterminer ses devoirs, et une de ses tâches principales sera donc de défendre le libre arbitre de la société contre les interventions intérieures et extérieures. La composition du commandement militaire doit être déterminée à parts égales par les institutions politiques et les groupements confédérés.

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Le confédéralisme démocratique face à l’hégémonie

Le confédéralisme démocratique est fermement opposé à tout type d’hégémonie, et ce, notamment dans le domaine idéologique. Tandis que les civilisations classiques s’appuient généralement sur le principe d’hégémonie, les civilisations démocratiques refusent les puissances et les idéologies hégémoniques.

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La gestion collective des affaires de la société nécessite la compréhension et le respect des opinions divergentes, associés à des processus de prise de décision démocratiques.

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Les structures confédérées démocratiques à l’échelle mondiale

Bien que le confédéralisme démocratique se concentre sur le niveau local, il n’est pas exclu d’organiser le confédéralisme à l’échelle mondiale. Au contraire, il nous faut établir une plate- forme de sociétés civiles nationales, c’est-à-dire une assemblée confédérée, afin de s’opposer aux Nations Unies, qui sont une association d’Etats-nations sous la direction de superpuissances. Nous parviendrons ainsi, peut-être, à prendre de meilleures déci- sions permettant de faire progresser la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique est un type d’auto-administration qui contraste avec l’administration par un Etat-nation. Cependant, dans certaines circonstances, la coexistence pacifique entre ces deux entités est possible, aussi longtemps que l’Etat-nation n’interfère pas avec ce qui relève de l’auto-administration. S’il s’y risquait, en effet, la société civile serait en droit d’assurer son autodéfense.

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Sur le long cours, la liberté et la justice ne peuvent prévaloir qu’au sein d’un processus dynamique de démocratie confédérée.

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L’Etat ne sera vaincu que lorsque le confédéralisme démocra- tique aura prouvé sa capacité à résoudre les questions sociales. Cela ne signifie cependant pas que l’on doive se soumettre aux attaques des Etats-nations. Les confédérations démocratiques maintiendront en permanence des forces d’autodéfense. Les confédérations démocratiques ne seront pas forcées de s’organiser au sein d’un territoire unique. Elles pourront prendre la forme de confédérations transfrontalières, lorsque les sociétés concernées le souhaiteront.

Les principes du confédéralisme démocratique

 

  1. Le droit à l’autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d’un Etat ne permet cependant pas d’augmenter la liberté d’un peuple, et le système des Nations Unies, fondé sur les Etats-nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles face aux évolutions sociales. Le confédéralisme démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme social et non-étatique. Il n’est pas contrôlé par un Etat. Le confédéra- lisme démocratique représente également les aspects organisationnels et culturels d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevés ne sont présents qu’afin d’assurer la coordination et la mise en œuvre de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d’institution exécutive. Cependant, le pouvoir décisionnel de base est dévolu aux institutions populaires.
  4. La démocratie au Moyen-Orient ne peut être imposée par le système capitaliste et ses puissances impériales, qui causent au contraire du tort à celle-ci. La diffusion de la démocratie au niveau des masses est essentielle, car il s’agit de la seule approche permettant d’intégrer différents groupes ethniques, religions et classes sociales. Elle se marie également très bien avec la structure confédérée et traditionnelle de la société.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est également un mouvement antinationaliste. Il vise à accomplir le droit à l’autodéfense des peuples en contribuant à la progression de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan, sans toutefois remettre en cause les frontières politiques existantes. La fondation d’un Etat-nation kurde ne fait pas partie de ses objectifs. Le mouvement a pour but l’établissement de structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, structures ouvertes à tous les Kurdes et formant, dans le même temps, une confédération globale pour les quatre parties du Kurdistan.

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~ Les 10 pages restantes font spécifiquement référence aux problèmes des peuples du Moyen-Orient et les façons possibles d’y remédier ~

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Source du texte complet en français:

http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

Les membres de la confédération des communes libres de la région de Rojava du nord de la Syrie souscrivent à une charte ou un “contrat social”des communes de Rojava.

Le contrat/charte comporte 93 articles et un préambule que nous avons traduit ci-dessous.

Lisez, recopiez, transmettez, inspirez-vous de ce préambule de Charte. Il représente l’universalité humaine adaptée à une circonstance spécifique, c’est à dire notre lot à toutes et tous.

 

La charte complète (en anglais):

http://www.anarkismo.net/article/27497

 

Préambule de la Charte des communes de Rojava:

Nous, peuple des régions autonomes démocratiques d’Afrin, de Jazira et de Kobané, confédération de Kurdes, d’Arabes, d’Assyriens, d’Araméens, de Turkmens, d’Arméniens et de Tchétchènes, déclarons librement et solennellement l’étabilissement de cette Charte.

Poursuivant la liberté, la justice, la dignité et la démocratie et menès par les principes d’égalité et de durabilité environnementale, la Charte proclame un nouveau contrat social, fondé sur la coexistence mutuelle et paisible ainsi que la compréhension de tous les segments de la société. Elle protège les droits de l’Homme fondamentaux et les libertés ainsi que réaffirme le droit des peuples à l’autodétermination.

Sous cette Charte, nous, le peuple de ces régions autonomes, nous unifions dans l’esprit de la réconciliation, du pluralisme et de la participation démocratique de façon à ce que tous puissent s’exprimer librement en public. En construisant une société libre de tout autoritarisme, de militarisme, de centralisme et de l’intervention religieuse dans les affaires publiques, la Charte reconnaît l’intégrité territoriale de la Syrie et aspire à maintenir la paix domestique et internationale.

En établissant cette Charte, nous déclarons un système politique et civil d’administration fondé sur un contrat social qui réconcilie la riche mosaïque de la Syrie au travers la phase transitionnelle libre de dictature, de guerre civile et de destruction et vers une nouvelle société démocratique où la vie civile ainsi que la justice sociale sont préservées.

(Suivent les 93 articles de la Charte)

Traduction Résistance 71

 

 

 

 

 

Ingérence occidentale en « Syrak »: Kobané ou la guerre contre le Confédéralisme Démocratique kurde… (Pepe Escobar)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 27 octobre 2014 by Résistance 71

“Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état pour eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, la fondation d’un État n’augmente en rien la liberté du peuple. Le système des Nations-Unies qui est fondé sur celui des États-Nations est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles au développement social. Le Confédéralisme Démocratique est le paradigme politique constrastant des peuples opprimés. Le Confédéralisme Démocratique est un paradigme social non-étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le Confédéralisme Démocratique est le modèle culturo-organisationnel d’une nation démocratique. Le Confédéralisme Démocratique est fondé sur la participation de la base. Son processus de prise de décision repose sur les communautés. Les plus hauts niveaux ne servent que la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués dans les assemblées générales. Pour un temps très limité dans un espace donné, ils sont à la fois des portes-paroles et une institution exécutive. Mais le pouvoir de décision ultime demeure avec les mouvements de la base des communautés.”

~ Abdulah Ocalan, leader du Parti Ouvrier Kurde, PKK: “Le Confédéralisme Démocratique”, 2011~

 

La démocratie directe, l’énigme de Kobané

 

Pepe Escobar

 

24 Octobre 2014

 

url de l’article:

http://www.informationclearinghouse.info/article40053.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les femmes courageuses de Kobané, où les Kurdes syriens combattent désespérément l’EIIL/EI sont en train d’être trahies par la “communauté internationale”. Ces femmes guerrières se battent contre les sbires du calife Ibrahim, mais aussi contre les agendas traitres des Etats-Unis et de la Turquie et de l’administration irakienne du Kurdistan. Alors, que se passe t’il vraiment à Kobané ? Commençons d’abord par parler de Rojava. La véritable signification de Rojava, les trois provinces les plus kurdes du nord de la Syrie, est narrée dans cet éditorial en turc de l’activiste emprisonné Kenan Kirkaya. Il argumente que Rojava est la place d’un “modèle révolutionnaire” qui est ni plus ni moins qu’un défi à “l’hégémonie capitaliste et son système des états-nations” et cela au-delà de “sa signification régionale pour les Kurdes, les Syriens ou le Kurdistan”.

Kobané, région agricole, est à l’épicentre de cette expérience démocratique non-violente, rendue possible grâce à un arrangement pendant la tragédie syrienne entre Damas et Rojava (vous ne poussez pas pour un changement de régime contre nous et nous vous laissons tranquilles). Il est argumenté que “même si seulement un seul aspect du vrai socialisme était permis de survivre là-bas, des millions de personnes mécontentes seraient attirées par Kobani.

A Rojava, le processus de prise de décisions se fait au gré d’assemblées populaires qui sont multi-culturelles et multi-religieuses. Les trois personnes officiant dans chaque municipalité sont un Kurde, un Arabe et un Assyrien ou Assyrien chrétien et au moins l’un d’entr’eux doit être une femme. Les minorités non-kurdes ont leurs propres institutions et parlent leurs propres langues.

Parmi la myriades de conseils de femmes et de la jeunesse, il y a aussi une croissance de l’armée féministe devenue célèbre, La YJA milice de l’étoile (”Union des Femmes Libres” avec l’”étoile” symbolisant la déesse mésopotamienne Ishtar). Le symbolisme ne pouvait être plus graphique, pensez aux forces d’Ishtar (Mésopotamie) combattant les forces d’ISIS (NdT: le sigle anglophone de l’EIIL), à l’origine déesse égyptienne, maintenant mutées en un califat intolérant. Dans notre jeune XXIème siècle, ce sont les barricades des femmes de Kobani qui sont à l’avant-garde du combat contre le fascisme.

Inévitablement, il devait y avoir quelques intersections entre les Brigades Internationales combattant le fascisme en Espagne en 1936 et ce qu’il se passe à Rojava, comme l’a consaté un des trop rares articles à ce sujet dans la presse occidentale (David Graeber dans The Guardian: http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/oct/08/why-world-ignoring-revolutionary-kurds-syria-isis ). Si ces composants ne suffisaient pas pour rendre fous les profondément intolérants sbire Wahabbites et Takfiristes et leurs puissants soutiens des pays à pétrodollars du Golfe, il y a alors l’environnement politique lui-même.

Le combat à Rojava est essentiellement mené par le PYD, qui est la branche syrienne du PKK turc, le groupe de guerilla marxiste en guerre contre Ankara depuis les années 1970. Washington, L’UE et l’OTAN, sous la pression turque, ont toujours étiqueté le PKK comme “terroriste”. Un examen attentif du livre que tout le monde devrait lire, d’Abdullah Ocalan:: Democratic Confederalism (en français: http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf) révèle au grand jour que cette équation PKK= staliniste = terroriste est totalement fausse (Ocalan est emprisonné depuis 1999 dans l’île prison d’Imrali). Le modèle politique du PKK et du PYD est le “municipalisme libertaire” (NdT: Inspiré des idées et de la pratique de Pierre Kropotkine et plus récemment de Murray Bookchin et de la pratique zapatiste de l’EZLN au Chiapas). En fait c’est exactement ce que Rojava a mis en place: des communautés auto-gérées mettant en application les principes de la démocratie directe en utilisant les piliers que sont les conseils populaires, assemblées populaires, coopératives entièrement gérées par les travailleurs et défendu par des milices populaires. Ainsi, cela positionne Rojava à l’avant-garde d’un mouvement mondial de démocratie et d’économie coopératif dont le but ultime serait de contourner le concept d’état-nation…

Non seulement cette expérience politique se déroule dans tout le nord de la Syrie, mais en terme militaire, c’est le PKK et le PYD qui parviennent a effectivement sauver ces dizaines de milliers de Yazidis assiégés par l’EIIL sur le Mont Sinjar et non pas les bombes américaines comme veulent le faire croire les pirouettes médiatiiques de l’occident. Maintenant, comme le détaille le co-président du PYD Asya Abdullah, ce qui serait utile est un couloir humanitaire pour briser l’encerclement de Kobané par les porte-flingues du calife Ibrahim. Le jeu de pouvoir du sultan Erdogan d’Ankara pendant ce temps, semble vouloir prolonger la politique du “beaucoup de problèmes avec nos voisins”.

Pour le ministre de la défense turc Ismet Yilmaz, “la cause principale de l’EIIL est le régime syrien” et le premier ministre Ahmet Davutoglu, qui a inventé le défunt “pas de problème avec nos voisins” a constamment insisté sur le fait qu’Ankara n’interviendrait pour sauver Kobané que si les Américains sortaient un plan politique de “l’après Assad”. Puis il y a le personnage haut en couleur d’Erdogan, alias sultan Erdogan. Les édits du sultan Erdogan sont bien connus: les Kurdes syriens devraient combattre contre Al-Assad sous le commandement de cette faction de pieds nickelés qu’est l’Armée Syrienne Libre, reconstituée et qui devra être entraînée en Arabie Saoudite, qu’ils doivent oublier toute forme d’autonomie, qu’ils devraient accepter la requête turque à Washington pour une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Syrie et aussi une frontière “sécurisé” avec la Syrie. Pas étonnant qu’à la fois le PYD et Washington aient refusé ces demandes.

Le sultan Erdogan a ses yeux rivés sur le redémarage du processus de paix avec le PKK et il veut mener les débats en position de force. Jusqu’ici sa seule concession a été de permettre aux Kurdes irakiens Peshmergas d’entrer dans la Syrie du Nord pour contre-balancer les milices du PKK-PYD et ainsi empêcher le renforcement d’un axe anti-turc kurde. Dans le même temps, le sultan Erdogan sait que l’EIIL/EI a déjà recruté plus de 1000 citoyens turcs et plus à venir. Son cauchemar additionnel est que cette mixture toxique débordant en “Syrak” va tôt ou tard déborder aussi puissamment dans les frontières turques.

Attention aux ennemis à la porte

Les sbires du calife Ibrahim ont déjà télégraphié leur intention de massacrer ou de réduire en esclavage la population civile entière de Kobané. Et pourtant Kobané en tant que telle n’a aucune valeur stratégique pour l’EIIL/EI (c’est ce qu’a dit le ministre des affaires étrangères américain lui-même la semaine dernière, mais de manière prévisible, s’est rétracté…). Ce commandant très persuasif du PYD est parfaitement au courant de la menace représentée par l’EIIL/EI. Kobani n’est pas essentielle comparée à Deir Ez-Zor (qui a un aéroport alimentant l’armée arabe syrienne) ou Hasakah (qui a des puis de pétrole contrôlés par les Kurdes aidés par l’armée syrienne). Kobané n’a ni aéroport, ni champs pétroliers. D’un autre côté, la chute de Kobané générerait une forte publicité positive pour la déjà très bien promue entreprise du calife, augmentant la perception d’une armée gagnante surtout pour le moral des jeunes recrues actuelles et potentielles aux passeports européens, ainsi que d’établir une base solide tout près de la frontière turque.

Ce que fait essentiellemet le sultan Erdogan est de lutter à la fois contre Damas (sur le long terme) et les Kurdes (sur le moyen terme), tout en donnant un passage libre (de court terme) à l’EIIL/EI et pourtant à terme, le journaliste turc Fehim Tastekin a raison: entraîner des militants modérés inexistants dans cette si démocratique Arabie Saoudite ne mènera qu’à la “Pakistanisation” de la Turquie. Un remix de ce qui s’est passé dans les années 80 en Afghanistan et son djihad. Comme si cela n’était pas suffisamment trouble comme changement de jeu et renversant son dogme “terroriste”, Washington a maintenant façonné une entente cordiale (NdT: en français dans le texte original) avec le PYD. Cela donne un mal de tête supplémentaire au sultan Erdogan. Cet accord entre Washington et le PYD est toujours à prendre. Pourtant des faits de terrain disent la vérité, toujours plus de bombardements américains, toujours plus de parachutages (incluant de grosses “boulettes” dans les largages qui virent des armements et munitions fraîchement échoir aux portes-flingues du calife). Un élément clef ne devrait pas être occulté. Dès que le PYD a été plus ou moins “reconnu” par Washington, son chef Saleh Muslim s’en alla rencontrer le leader rusé du Kurdistan Regional Governement (KRG) Masoud Barzani. C’est alors que le PYD a promis un “partage du pouvoir” avec les Peshmergas de Barzani sur Rojava.

Les Kurdes syriens qui furent forcés d’abandonner Kobané et de s’exiler en Turquie et qui soutiennent le PYD, ne peuvent pas retourner en Syrie, mais les Kurdes irakiens peuvent aller et venir. Cet accord foireux est l’œuvre du chef du renseignement du KRG Lahur Talabani, Le KRG a de bonnes relations avec Ankara. Ceci met plus en lumière le jeu d’Erdogan. Il veut que les Peshmergas, qui sont de féroces opposants du PKK, deviennent l’avant-garde de la lutte contre l’EIIL/EI et ainsi minent l’alliance entre le PYD et le PKK. Une fois de plus la Turquie joue les Kurdes contre les Kurdes. Pour sa part, Washington manipule Kobani pour complètement légitimiser sa campagne anti-EIIL/EI dans la veine du “R2P humanitaire”. Il est toujours bon de rappeler que tout ceci a commencé avec un véritable barrage de mensonges et de pirouettes de Washington au sujet du groupe terroriste tout autant fantôme que bidon de Khorasan qui soi-disant préparait un nouveau 11 Septembre. Ce groupe a de manière prévisible, complètement disparu de la circualtion depuis. Sur le long terme, le jeu des Américains est une sérieuse menace pour l’expérience de démocratie directe entreprise à Rojava, que Washington ne peut qu’interprèter que comme, dieu nous protège ! Un retour au communisme !

Donc Kobané est donc devenu maintenant une pièce maîtresse dans un jeu sans merci manipulé par Washington, Ankara et Irbil. Aucun de ces acteurs ne veut la floraison et le succès d’une expérience de démocratie directe à Kobané et Rojava, que celle-ci fasse tâche d’huile et qu’elle commence à être remarquée dans le sud globalement. Les femmes de Kobané sont en danger mortel d’être si pas mises en esclavage du moins d’être amèrement trahies.

Cela devient même encore plus évident lorsque le jeu de l’EIIL/EI sur Kobané est vu pour ce qu’il est essentiellement: une tactique de diversion, un piège pour le gouvernement Obama. Ce que visent les sbires du calife est la province Anbar d’Irak, qu’ils contrôlent déjà largement ainsi que la ceinture si cruciale de Baghdad. Les barbares sont non seulement aux portes de Kobané mais aussi aux portes de Bahgdad.