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« Netanyahou est un raciste suprémaciste juif, à l’image d’Israël »… Entretien coup de poing avec Norman Finkelstein, professeur de science politique et militant antisioniste…

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Entretien avec Norman Finkelstein*

“Netanyahou est un raciste et un suprémaciste juif, à l’image d’Israël”…

 

20 mars 2019

 

url de l’article en français:

https://sayed7asan.blogspot.com/2019/04/norman-finkelstein-netanyahou-est-un.html

 

(*) Note de R71: Norman Finkelstein est professeur de science politique, Ph.D de l’université de Princeton, auteur de 10 livres et descendant de victimes des camps nazis. Conférencier international, Il est un fervent opposant antisioniste à la politique de l’entité sioniste, état auto-proclamé juif, colonisant la terre de Palestine et ardent supporteur de la campagne BDS de Boycott, Diversion, Sanctions contre Israël en raison des crimes contre l’humanité commis depuis 1948 et le grand nettoyage ethnique de la Palestine commencé à cette date sous couvert de l’occident bienveillant.

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Jimmy Dore : Bonjour tout le monde! Bienvenue sur cette émission.

Nous avons un invité spécial aujourd’hui. Norman Finkelstein est un politologue, militant, professeur et auteur américain. Ses principaux domaines de recherche sont le conflit israélo-palestinien et la politique de l’Holocauste, un intérêt motivé par les expériences de ses parents, survivants Juifs de l’Holocauste. Il est diplômé de l’Université de Binghamton. Il a obtenu un Doctorat en Sciences politiques à l’Université de Princeton.

Bienvenue, Norman Finkelstein. Merci d’être notre invité.

Norman Finkelstein : Merci de me recevoir.

Jimmy Dore : Vous êtes un expert du conflit israélo-palestinien. Vous savez, la plupart des gens ne connaissent pas vraiment les causes du conflit ; ils savent juste qu’il y a un conflit et que les États-Unis sont alliés avec Israël, parce qu’ils sont (soi-disant) une démocratie et qu’ils seraient la seule démocratie au Moyen-Orient, comme certaines personnes aiment le dire.

Alors, comment expliqueriez-vous ce conflit à des personnes qui ne connaissent pas grand-chose à ce sujet, à savoir la plupart des habitants des États-Unis [et de la France] ? Et ils n’en savent certainement pas grand-chose s’ils regardent les informations à la télévision. Je ne pense pas que le citoyen moyen sache grand-chose à ce sujet. Alors, comment pouvez-vous informer les gens sur ce conflit ? Comment a-t-il commencé ? Quelles en sont les causes ?

Norman Finkelstein : Je pense que le moyen le plus efficace d’informer les gens est de recourir à l’analogie. En réalité, ce qui est arrivé au peuple palestinien au cours du siècle dernier est assez semblable à ce qui est arrivé à la population amérindienne aux États-Unis. Si vous prenez par exemple le destin des Indiens Cherokee, qui résidaient à l’origine sur la côte Est des États-Unis, ils ont été progressivement poussés, poussés, et repoussés, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent en Arkansas. Et ensuite, ils ont été confinés à une petite partie de l’Arkansas, qui, une fois que tous les colons blancs s’y sont rassemblés, est devenue l’Oklahoma. Les Cherokee ont donc été victimes d’une politique d’expulsion, de « transfert » pour utiliser le vocabulaire israélien. Fondamentalement, il y a évidemment des différences entre les deux situations, et on ne peut pas prétendre qu’il n’y en a pas, mais dans l’ensemble, je dirais que dans l’ensemble, ce n’est pas vraiment différent de ce qui est arrivé à la population autochtone aux Etats-Unis.

Jimmy Dore : Bigre ! On ne m’a jamais décrit la chose de cette façon auparavant. Et vous savez, ironiquement, la plupart des Américains ne sont pas trop informés non plus de la gravité de ce chapitre de notre histoire. Ainsi, les États-Unis accordent chaque année une aide et des milliards de dollars de financement à Israël. Mais certains disent qu’Israël est un État d’Apartheid et que Gaza est une prison à ciel ouvert. Ces deux accusations sont-elles vraies ? Et comment cela pourrait-il être vrai ? Comment pourrions-nous les soutenir dans ce cas ?

Norman Finkelstein : Eh bien, je pense que les deux propositions sont vraies. Israël bénéficie à la fois de deux faits. Premièrement, ils bénéficient de la convergence des intérêts entre les élites dirigeantes américaines et Israël sur de nombreuses questions fondamentales. Ainsi, par exemple, à l’heure actuelle, il existe une convergence d’intérêts entre les États-Unis et Israël tendant au renforcement de l’Arabie Saoudite, au renforcement du Golfe et à la tentative de contenir l’Iran. C’est une convergence fondamentale des intérêts, et c’est en partie, probablement dans la plus grande partie, ce qui explique le soutien des États-Unis à Israël.

Mais il y a aussi un autre facteur, et il ne faut pas prétendre que cet autre facteur n’existe pas, c’est-à-dire qu’il existe un lobby pro-israélien très puissant aux États-Unis, un peu comme le lobby des armes à feu, le lobby cubain (anti-castriste), etc. Le lobby israélien est un autre lobby très efficace, probablement l’un des lobbies les plus efficaces, sinon le plus efficace, qui opère à Washington. Et sa composante principale est une communauté juive américaine très puissante, articulée et organisée, même si, même dans ce cas, il faut faire des distinctions, car chez les jeunes Juifs, le soutien à Israël diminue clairement. Mais dans l’ensemble, à la fois du fait d’une convergence d’intérêts et de la présence d’un lobby puissant, articulé, organisé et stratégiquement placé, un lobby qui a beaucoup d’influence sur les médias, beaucoup d’influence dans la publication, beaucoup d’influence dans les journaux d’opinion, beaucoup d’influence à Hollywood, ce lobby a été un facteur majeur dans la détermination des aspects de la politique américaine vis-à-vis d’Israël.

En ce qui concerne le deuxième point, je ne pense pas vraiment qu’il soit encore controversé de savoir si Israël est ou non un État d’Apartheid. Je ne dis pas cela en tant que polémiste, j’essaie d’être objectif et impartial sur la situation. Entre le Jourdain et la mer Méditerranée, on peut maintenant dire qu’il y a environ 12 ou 13 millions de personnes. Cela inclut la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza. Et Israël a pris le contrôle de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza. Israël les contrôle maintenant depuis plus d’un demi-siècle. Et le gouvernement israélien a clairement indiqué qu’il n’avait absolument pas la moindre intention de retourner aux frontières d’avant la guerre de juin 1967, c’est-à-dire de céder le contrôle de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est. Nous ne pouvons donc plus parler d’une occupation ; nous devons parler d’une annexion. Les territoires ont été annexés de facto. Après un demi-siècle, cela me semble être la seule conclusion raisonnable : il y a eu une annexion de facto.

Ainsi, sur toute cette population qui s’étend de la Méditerranée au Jourdain, environ la moitié a soit un statut de deuxième classe, soit, et c’est la plus grande partie, n’a aucun droit au sein de l’État [israélien] : pas de droit de vote, puis à partir de là, ils n’ont même pas de droits de propriété, leurs biens et propriétés peuvent être confisqués du jour au lendemain et à l’envi, avec l’appui des tribunaux [israéliens]. Il me semble donc que, encore une fois, en essayant d’être rationnel, en essayant d’être objectif et en essayant d’être impartial, il n’y a pas d’autre terme pour décrire une situation dans laquelle près de la moitié de la population a soit des droits de seconde zone (en Israël même), soit absolument aucun droit (en Cisjordanie et à Gaza). C’est clairement une situation d’Apartheid.

Mais encore une fois, cela ne devrait pas nous choquer. Vous devez vous rappeler, je ne sais pas quel âge vous avez, mais je me souviens très bien pour ma part des derniers jours de l’Apartheid [sud-africain] : Ronald Reagan a soutenu le régime de l’Apartheid jusqu’au bout, tout comme Margaret Thatcher. Vous rappelez-vous, jusqu’à la fin, ils désignaient Nelson Mandela et l’ANC, le Congrès national africain, comme des terroristes. Donc si notre gouvernement était, jusqu’à la fin de l’Apartheid, un fervent soutien de l’Afrique du Sud, parce que c’était en quelque sorte un bastion de la civilisation occidentale, vous savez, de la civilisation occidentale ou de ce que vous voulez, en Afrique, alors pour la même raison, ils soutiennent Israël au Moyen-Orient.

Jimmy Dore : Vous pensez donc que sans… Vous savez, vous affirmez que sans conteste, Israël est un État d’Apartheid, ce avec quoi je suis d’accord. Mais il y a des gens qui remettent cela en question, des gens qui rejettent ces accusations avec force et qui citent le nombre de Palestiniens… Ils disent qu’il existe un parti politique arabe, qui est le troisième parti en Israël, et ils citent à longueur de journée le nombre de Palestiniens qui sont autorisés à voter (aux élections israéliennes)… Que répondez-vous à ces arguments ?

Norman Finkelstein : Tout d’abord, je suis heureux que vous ayez posé ces questions, car il n’y a pas de moyen plus efficace de discuter (que la contradiction). Et si quelqu’un d’entre nous doit jouer le rôle de l’avocat du diable, dans ce cas, ça doit être vous.

Tout d’abord, j’ai essayé d’être clair, j’ai dit qu’il y avait une gradation des droits dans le cas d’Israël. Les Palestiniens sont des citoyens de seconde zone.

Israël a maintenant officiellement déclaré Israël en tant qu’État-nation du peuple juif. Ainsi, par exemple, je suis Juif, et si les États-Unis se déclaraient État-nation du peuple chrétien, je ressentirais certainement cette déclaration (comme discriminante), en particulier une fois qu’elle serait promulguée par des lois. Elle ferait de moi un citoyen de seconde zone, c’est-à-dire que je n’aurais pas ma place ici. Ce serait l’État du peuple chrétien, pas mon État.

Cela dit, gardons à l’esprit que ce n’est pas seulement un élément de la population palestinienne qui est sous contrôle israélien ou qui a effectivement été annexé par Israël. La Cisjordanie, les habitants de la Cisjordanie, ne votent pas aux élections israéliennes, ils ne sont pas représentés à la Knesset israélienne. Les habitants de Gaza ne votent pas aux élections israéliennes, ils ne sont pas représentés au Parlement israélien, à la Knesset israélienne. Jusqu’à présent, la vaste majorité des Palestiniens actuellement annexés à l’État israélien n’ont absolument aucun droit.

Jimmy Dore : Très bien.

Norman Finkelstein : La seule façon de contourner ce problème est de dire qu’il y a un processus de paix (en cours). Mais le gouvernement israélien a déjà indiqué clairement [qu’il rejetait l’idée d’Etat palestinien], et il faudrait être plus aveugle que le roi Lear pour ne pas se rendre compte que le gouvernement israélien a déclaré que nous ne reviendrions pas aux frontières d’avant 1967. Une fois que vous avez fait cette déclaration, il s’agit d’une déclaration d’annexion, et s’il s’agit d’une annexion, vous devez la prendre en compte lorsque vous décidez si Israël est ou non un État d’Apartheid. Cette décision ne peut pas être limitée à (l’analyse de la situation en) Israël et à ses frontières antérieures à 67 : il s’agit de l’ensemble de la zone, y compris la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est et y compris Gaza.

***

Jimmy Dore : Vous savez, j’ai entendu dire que la majorité des Juifs ne soutiennent pas la politique du gouvernement israélien à l’encontre de la Palestine, de Gaza et de la Cisjordanie. Comment cela pourrait-il être le cas ? Et pouvez-vous nous parler du Likoud, qui est en quelque sorte un parti extrémiste, un parti de droite en Israël ? Quel pourcentage de soutien a-t-il réellement au sein de la population juive, à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël ?

Norman Finkelstein : Eh bien, nous devons préciser que premièrement, Benjamin Netanyahou, Premier ministre de l’État d’Israël, est à la tête de l’État depuis environ une décennie, et qu’il a participé à de nombreuses élections. Et bien qu’il ait été entaché de plusieurs scandales, se succédant littéralement les uns après les autres, aucun de ces scandales n’a réellement entamé sa popularité. Et la raison en est, je pense, assez simple, et à mes yeux, elle ne prête pas à controverse : Benjamin Netanyahou est un ignoble raciste, un suprémaciste Juif. Et sur tous ces descriptifs (ignoble, raciste, suprémaciste Juif), il est tout à fait représentatif de la population israélienne. Et la raison pour laquelle ils continuent à le réélire malgré les scandales, qui, soi-disant, seraient toujours sur le point de le faire tomber de façon imminente, malgré les scandales qui ne le font jamais tomber, c’est parce que lorsqu’ils regardent Benjamin Netanyahou, la majeure partie de la population israélienne se voit elle-même, il les représente très fidèlement. Et ils votent pour lui parce que dans sa mentalité… Je ne peux pas vraiment parler de valeurs, car je ne pense pas que des personnes comme M. Netanyahou aient des valeurs en soi), mais en termes de mentalité, de mépris des Arabes, de mépris des musulmans, (Netanyahou incarne parfaitement Israël et les Israéliens)… En fait, avec tout le respect que je vous dois, M. Dore, et à tous vos auditeurs, à moins qu’ils ne soient Juifs, Netanyahou n’a que du mépris pour vous. Ce sont des suprémacistes Juifs.

Mais dans une autre catégorie, il se trouve que Netanyahou est également un raciste, et même si je n’aime pas utiliser cette terminologie, parce qu’elle est trop simpliste et fait trop « slogan », il se trouve à mes yeux, dans ces circonstances particulières, que l’usage de ce terme est parfaitement manifeste et adapté dans ce cas, ça crève les yeux. Pourquoi M. Netanyahou et M. Trump s’entendent-ils si bien ? Pourquoi M. Netanyahou est-il la plus grande pom-pom girl de Trump au monde ? Eh bien, la réponse est simple : ils aiment tous les deux les murs. M. Trump veut construire un mur pour tenir les Mexicains à l’écart, et M. Netanyahou veut construire un mur pour tenir les Arabes à l’écart.

Ils détestent tous les deux les Noirs. Lorsque le Président Obama était le Président des États-Unis, M. Netanyahou n’a pas du tout considéré déplacé, il n’a pas vu le moindre mal à faire irruption aux États-Unis, à faire irruption dans le bâtiment du Capitole (siège du Congrès US) et à donner des instructions à Obama sur la politique américaine vis-à-vis de l’Iran. J’ose dire, et bien sûr, vous êtes libre de me contredire, qu’il est inconcevable, absolument inconcevable, s’il y avait eu un chef d’État Blanc, si c’était George Bush ou même un Jimmy Carter, même si c’était un Jimmy Carter, M. Netanyahou n’aurait pas osé se comporter comme il l’a fait avec Obama. C’est un raciste.

Et tout comme M. Trump, le raciste, exècre les musulmans, M. Netanyahou déteste les Noirs. C’est pourquoi il a fait de l’expulsion des migrants arabes [d’Erythrée, du Soudan …] un axe de sa politique. Il y a environ 30 000 de ces réfugiés en Israël, qui ont fui une situation de guerre, des situations très graves et difficiles. Et il a décrété leur expulsion parce que vous devez vous rappeler que M. Netanyahou a grandi, une grande partie de sa vie a été passée aux États-Unis. Son père était professeur à Cornell University (New York) et ils détestaient (tous deux) les Noirs, les Schwartz, les Schwartz, comme on les appelle, les Noirs. Ils leur répugnent. Et maintenant, que M. Netanyahou soit confronté à la perspective que les Schwartz envahissent Israël, [c’est insupportable pour lui], et ils doivent donc partir.

Et c’est donc le même état d’esprit. Ce ne sont pas des valeurs, c’est un état d’esprit. Vous pouvez choisir la description que vous souhaitez pour cet état d’esprit : certaines personnes diraient que c’est un état d’esprit nazi, d’autres diraient que c’est un état d’esprit fasciste, d’autres l’appelleraient un état d’esprit suprémaciste Blanc, raciste de droite, peu importe comment vous l’appelez. Mais ils ont bien cet état d’esprit, ces personnes dirigeantes [Trump et Netanyahou].

C’est une chose navrante à dire, mais je ne fais pas partie de ceux qui, au nom du politiquement correct, reculent devant les généralisations. Si on dit que la plupart des Blancs du Sud des États-Unis, à l’époque d’avant les droits civiques, étaient pour la plupart des suprématistes racistes Blancs haineux, très peu de gens s’opposeront à cette « généralisation » (car elle est largement vraie). Mais dès que vous utilisez exactement ces mêmes termes pour décrire Israël ou les Israéliens, cela devient soudainement politiquement incorrect. Je ne suis pas d’accord. Si vous voulez comprendre la mentalité israélienne à l’égard des Palestiniens, des Arabes ou des musulmans, c’est très facile à comprendre pour un Américain : il suffit de regarder l’Alabama, le Mississippi et tous les autres États du Sud à l’époque précédant les droits civiques. Telle est leur mentalité. Telle est la mentalité israélienne. Et M. Netanyahou, dans son état d’esprit, n’est pas très différent d’un George Wallace ou d’un Lester Maddox, pour ceux qui se souviennent de cette époque.

Jimmy Dore : Permettez-moi de vous poser une question : le peuple juif ou le peuple d’Israël ne voient-ils pas l’énorme ironie qui se joue actuellement, à savoir que l’État israélien a été inventé comme un refuge pour le peuple juif parce qu’ils ont été persécutés, et que maintenant ils se sont métamorphosés (en oppresseurs) ? Et que depuis deux décennies au moins, ils font subir exactement la même chose, ou une chose très horrible, pas la même chose, mais une chose très similaire au peuple palestinien, vous savez, faisant d’eux des citoyens de deuxième classe, les dépouillant de leurs droits, contrôlant leurs mouvements d’entrée et de sortie où qu’ils aillent, et leur imposant des blocus économiques et des blocus médicaux… Et vous savez, comme nous l’avons dit, c’est une prison à ciel ouvert. Est-ce que l’ironie de la situation leur échappe vraiment ? Ne voient-ils pas cela ?

Norman Finkelstein : Oui, je pense qu’ils ne le voient pas. Je pense vraiment que l’ironie leur échappe. Tout d’abord, rappelez-vous qu’une grande partie des Européens qui sont venus aux États-Unis, les Pères pèlerins, les puritains, fuyaient les persécutions religieuses. Mais ensuite, ils ont infligé des crimes vraiment atroces à la population autochtone quand ils sont venus ici. Le fait est que les colons européens, les colons Blancs qui sont venus ici, les Euro-Américains, ne pouvaient pas concevoir la population locale, la population autochtone, ils ne pouvaient pas les concevoir comme des êtres humains du même ordre qu’eux. Ce n’était que des sauvages à leurs yeux. Et de la même manière, le peuple israélien ne peut pas concevoir les Arabes ou les musulmans sur le même ordre moral qu’eux. Ce ne sont que des terroristes ou des sauvages à leurs yeux. Donc je pense qu’il est correct de dire qu’ils ne voient rien de mal à la façon dont ils agissent.

En fait, si vous lisez la plupart des témoignages d’Israéliens sur la situation là-bas, la plupart d’entre eux n’ont pas le moindre intérêt pour ce qui se passe en Cisjordanie et à Gaza. Ils vivent très bien, ils ont un niveau de vie très élevé, ils voyagent beaucoup, mais pour les Israéliens, la Cisjordanie et Gaza sont des pays lointains, presque exotiques. Je sais que cela peut paraître surprenant, mais souvenez-vous, par exemple, quand je grandissais à New York, c’est une ville compacte comme vous devez le savoir, 99% des Blancs de New York parlaient (constamment) de Harlem, étaient terrifiés par Harlem, mais n’avaient jamais mis les pieds à Harlem. Ils n’avaient jamais vu ce quartier noir, sans même parler de s’y être rendus physiquement. Et il y avait quelque chose de drôle à l’époque, quand des Européens venaient, en touristes, vous savez, des jeunes, vous leur demandiez « Vous habitez où (pendant votre séjour) ? », et ils répondaient tous « A Harlem, bien sûr ! », [Rires], parce que Harlem était palpitant, vous savez, avec ses clubs, le jazz… Mais pour les New-Yorkais Blancs, Harlem était une image de terreur. « Harlem ?! Tu vis à Harlem ?! Oh mon Dieu! »

Et je me souviens de ma première visite dans les Territoires occupés en 1988, je vivais dans des familles en Cisjordanie, et lorsque je disais aux Israéliens: « Vous savez, je suis allé en Cisjordanie », ils me disaient: « Vous êtes allé en Cisjordanie?! » Leurs yeux devenaient globuleux. Pour eux, c’est l’étranger.

Jimmy Dore : C’est fascinant… Je veux dire, ces analogies que vous faites, elles sont très utiles pour comprendre la situation.

***

Alors permettez-moi de passer très rapidement au mouvement BDS, parce que Chuck Schumer (chef du groupe Démocrate au Sénat) a déclaré que le mouvement BDS est… Vous savez, c’est vraiment ce que… Mon Dieu, je veux dire que je ne sais pas comment… En Afrique du Sud, le boycott a eu un effet énorme, vous savez, venant à bout du régime d’Apartheid, lorsque les gens ont désengagé leurs investissements, les célébrités ne se produisaient plus en Afrique du Sud… Et cela a éveillé la conscience du monde entier. Et donc maintenant, BDS essaie de faire la même chose pour affecter la façon dont Israël traite les Palestiniens et les pousser vers une résolution (du conflit). Et certaines personnes disent que c’est antisémite. Chuck Schumer a prononcé un discours. Je l’ai vu prononcer un discours lors d’une convention de l’AIPAC où il a déclaré que le mouvement BDS était antisémite, car beaucoup d’autres pays autour d’Israël font aussi des choses mauvaises, et que personne ne les boycottait pour autant. Alors, que répondez-vous à cela ?

Norman Finkelstein : Vous savez, les gens ont des ressources et une énergie limitées. Il y a quelques personnes qui ont une gamme mentale et une énergie physique prodigieuses, vous savez. Par exemple, quelqu’un comme Noam Chomsky, qui est capable de déplacer chaque pièce de l’échiquier du monde avec les yeux bandés. Mais la plupart d’entre nous doit faire des choix en ce qui concerne l’investissement de notre énergie, de nos ressources.

Maintenant, dans le cas de l’Afrique du Sud, les affirmations de Chuck Schumer sont exactement ce que le gouvernement sud-africain disait pour se défendre. Il disait : « Pourquoi nous attaquez-vous ? Pourquoi pas le bloc de l’Est ? Pourquoi pas l’Union soviétique ? » Ils soulignaient que le niveau de vie des Noirs en Afrique du Sud était supérieur à celui des Noirs ailleurs en Afrique, ce qui était statistiquement vrai. « Alors, pourquoi vous concentrez-vous sur nous ? » N’importe qui peut avancer l’argument « Et les autres ? » Qu’en est-il de l’Europe de l’Est ? Qu’en est-il de l’Arabie Saoudite ? Qu’en est-il du reste de l’Afrique ? Qu’en est-il du reste du Moyen-Orient ? C’est un argument très facile. Mais cela ne change pas le fait que les États-Unis, notre gouvernement, et en particulier Chuck Schumer, investissent des sommes énormes et des ressources considérables dans le renforcement d’un régime coupable de violations massives des droits de l’homme. En ce qui me concerne, c’est une justification amplement suffisante pour se concentrer sur Israël.

Si vous voulez que je me concentre sur une autre cause, montrez-moi les faits. Si je suis convaincu, je la soutiendrai. Mais vous ne pouvez pas… Vous ne pouvez pas utiliser l’argument, eh bien, « Et les autres ? », Tout le monde peut sortir cet argument (chaque criminel peut dire qu’il n’est pas le seul criminel sur Terre). C’était l’argument sud-africain.

Jimmy Dore : J’entends ce que vous dites. Ce que vous dites, c’est que si vous pensez que d’autres pays font aussi des choses horribles, lancez un mouvement et je le soutiendrai. [Ce qu’Israël et ses partisans disent, c’est] « Puisque d’autres personnes font du mal, ne me demandez pas de comptes sur le mal que je fais ». C’est ce que dit l’argument de Chuck Schumer.

Norman Finkelstein : Écoutez, Chuck Schumer est allé au même lycée que moi. C’est un homme extrêmement brillant, personne ne peut l’enlever. Et il venait d’un milieu modeste, personne ne peut lui enlever ça. Son père était un exterminateur (dératisation / désinsectisation). Je ne connaissais pas Chuck, il avait trois ans d’avance sur moi, mais je connaissais sa sœur Fran, une jeune femme extrêmement brillante. Et je dirais que 40 ans plus tard, elle a été à la hauteur de cette impression. Mais le fait est, et je ne le dis pas joyeusement, je ne le dis pas avec bonheur : Chuck Schumer est juste un voyou rémunéré à présent.

Jimmy Dore : Oui.

Norman Finkelstein : Il ne fait que prendre l’argent des Juifs de droite et des gens de Wall Street et il fait ce qu’ils lui demandent. C’est sa fonction dans la vie. C’est une chose très navrante à dire, et c’est en fait un récit intéressant. Un jour, peut-être, vous pourrez les avoir tous les deux dans votre émission, car non seulement Chuck Schumer est allé au même lycée que moi, mais Bernie Sanders aussi. Et ils ont pris, on peut le dire, des chemins radicalement différents. Sanders est également issu d’un milieu modeste. Et il dit souvent qu’il n’a pas été facile de grandir chez lui parce qu’il y avait beaucoup de disputes entre sa mère et son père à propos de problèmes d’argent. Son père était vendeur à domicile ou vendeur itinérant. Donc ils sont tous deux issus de milieux très similaires mais ont suivi des chemins très divergents.

Chuck Shumer a appelé à l’étranglement de Gaza. Il l’a fait en 2010. N’oubliez pas ce que cela signifie : Gaza compte deux millions d’habitants. Sur ces deux millions, un million sont des enfants, ils ont moins de 18 ans. Ainsi, Charles Schumer, le grand défenseur [des victimes] de l’Holocauste, le grand défenseur des opprimés, a appelé à l’étranglement économique d’un million d’enfants. C’est un bandit. C’est un meurtrier. Et nous ne devrions pas hésiter à utiliser ce vocabulaire par déférence envers lui parce qu’il est Juif, ou parce qu’il vient d’un milieu modeste, ce qui est vrai. Il a fini comme un voyou, un agent rémunéré des Juifs de droite et de Wall Street. Et c’est un commentaire très navrant.

Mais après, bien sûr, il y a un autre pan de la réalité qui rachète celui-là, à savoir que pour chaque Chuck Schumer, il y a un Bernie Sanders, qui est aussi Juif, qui est aussi issu d’un milieu modeste, mais qui a montré qu’il avait un cœur, un vrai cœur, et qui se souvient d’où il vient, et comprend ce que signifie être pauvre, ce que signifie être impuissant. Donc ce n’est pas une image entièrement sombre.

Jimmy Dore : Permettez-moi de conclure ici et de vous demander comment vous pensez (que cela va se finir)… Il ne semble pas qu’il va y avoir de solution (à ce conflit). Je ne vois tout simplement pas d’issue, surtout tant que Benjamin Netanyahou est au pouvoir. Que pensez-vous qu’il va se passer dans la prochaine décennie avec le conflit israélo-palestinien ?

Norman Finkelstein : Écoutez, je ne suis pas religieux. J’ai grandi dans une famille résolument séculière. Mais je crois fermement en l’adage « Dieu aide ceux qui s’aident eux-mêmes ». Tout est entre les mains du peuple palestinien. S’ils peuvent trouver la force, le courage moral, la volonté de se sacrifier… Et je dis ça depuis la sécurité de mon appartement à Brooklyn, New York, alors je ne suis vraiment pas en train de leur donner des leçons. Mais s’ils trouvent la force… Comme le disait Fannie Lou Hamer, « Vous pouvez prier Dieu autant que vous le souhaitez, mais si vous ne vous levez pas, si vous ne faites rien, rien ne changera ». Et c’était une femme pieuse. Dieu aide ceux qui se prennent en main.

À l’heure actuelle, les habitants de Gaza ont essayé de prendre le contrôle de leur destin. Et depuis le 30 mars [2018], tous les vendredis, cette Marche [du Retour visant à mettre fin à] ce camp de concentration appelé Gaza, ils ont marché sur ces portes, essayant pas même d’obtenir la liberté, mais juste d’obtenir que ce blocus meurtrier contre Gaza, littéralement meurtrier, soit levé. Tant que les gens continueront à se battre, continueront à lutter, je continuerai à les soutenir. Et ensuite… vous ne pouvez pas prédire ce qui va se passer.

Jimmy Dore : Oui.

Norman Finkelstein : Peut-être qu’ils vont gagner. Peut-être pas.

Jimmy Dore : Oui. Norman Finkelstein, merci beaucoup d’avoir été notre invité, merci de nous éclairer, merci de votre… Vous savez, j’aime le fait que vous ne reteniez pas vos coups, c’est ce que nous aimons ici. Merci encore, et nous avons hâte de vous revoir bientôt.

 

 


Remplacez le mot « nègre » par:
« palestinien », « indigène », aborigène »…
« colonisé », ça marche tout aussi bien !

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Colonialisme en Palestine: « Rompre le silence » sur le nettoyage ethnique sioniste en Palestine…

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 9 mai 2015 by Résistance 71

Gaza le terrain de jeu de l’armée israélienne

 

Tarik Bouapia

 

8 Mai 2015

 

url de l’article:

http://www.michelcollon.info/Gaza-le-terrain-de-jeu-de-l-armee.html?lang=fr

 

L’ONG Breaking the silence (rompre le silence) vient de publier des témoignages accablants de militaires israéliens ayant participé à l’opération « Bordure Protectrice » de l’été dernier. Certains soldats, sous couvert d’anonymat, affirment qu’aucune distinction n’était faite entre les civils et les soldats. Une surprise ? Sans doute pas pour ceux qui ont toujours considéré Israël comme un État lâche et criminel.

Civils, combattants, pas de distinction

Ceux qui croyaient (encore) que l’armée israélienne était celle que décrivent les médias dominants risquent d’avoir une toute autre image de Tsahal. Breaking the silence, une ONG composé d’anciens combattants de l’armée israélienne, vient en effet de publier le lundi 4 mai 2015 une série de témoignage d’anciens militaires ayant participé au massacre de l’été dernier à Gaza. (1)
Autant dire tout de suite que ces témoignages viennent ajouter encore plus de barbarie à l’histoire déjà peu glorieuse de l’État d’Israël qui, depuis 1948, a commis des atrocités sans nom contre le peuple palestinien.
Rappelons tout d’abord que l’offensive israélienne menée du 8 juillet au 26 août 2014 a fait plus de 2100 victimes côté palestinien dont l’écrasante majorité étaient des civils. Une offensive qui, comme les précédentes, avait été soigneusement préparée par des média-mensonges.
Cette fois-ci, les TF1, France 2 et autre RTBF avait expliqué que Tsahal avait répondu à l’assassinat de trois jeunes israéliens le 12 juin. Si on suivait la logique imposée par les médias, Israël aurait donc simplement réagi au meurtre de trois de ses ressortissants.

Pourtant, lorsqu’on y regardait de plus près, l’explication donnée était un peu moins simpliste qu’elle n’en avait l’air. Avant cet événement en effet, il y avait eu la grève de la faim des prisonniers palestiniens d’avril à juin 2014 et la mort de deux jeunes Palestiniens tués par l’armée israélienne devant les télévisions le 15 mai 2014. La situation n’était donc pas apaisée. 

Mais comme toujours, afin de « protéger la sécurité » de son territoire, un territoire volé, l’armée israélienne avait lancé une attaque meurtrière dont d’anciens protagonistes viennent ici décrire la cruauté la plus abjecte qu’il soit. 

“Il y a une technique qui consistait à envoyer des milliers d’obus sur des zones densément peuplées, pour préparer l’entrée des soldats dans ces quartiers. Une fois distribués des avertissements prévenant les civils qu’ils devaient fuir, il n’y avait plus de raison de faire la distinction entre civils et militants” explique Avihai Stollar, membre de Breaking de silence.

Puis c’est au tour des soldats de livrer leur témoignage. 

L’un d’entre eux qui se trouvait à un endroit surplombant une route importante menant à la bande de Gaza raconte comment lui et ses camarades s’occupaient la journée : 
« Nous avons commencé un petit concours entre tireurs. Pour voir qui était un vrai homme, il fallait toucher une voiture qui roulait. J’ai vu un taxi et j’ai tiré un obus mais je l’ai manqué. On a encore visé et manqué des voitures. Jusqu’à que je vois un cycliste qui pédalait. Et j’ai dit « je le vise » mais je l’ai manqué. Il s’est mis à pédaler comme un fou parce qu’on lui tirait dessus ».
Puis le journaliste lui pose la question suivante « Vous est-il venu à l’esprit dans le tank que vous tiriez sur des civils à l’intérieur des véhicules ? ». Le soldat lui répond « Cela m’a dérangé un peu mais, après trois semaines dans la bande de Gaza, on en vient à tirer sur tout ce qui bouge, la distinction entre le bien et le mal devient floue, vous perdez votre morale, votre bon sens » Avant de conclure « Tout devient un super jeu vidéo réaliste ». 

Alors comme ça, il fallait savoir tirer sur une voiture pour démontrer qu’on était un « vrai homme ». Nouvelle définition du courage et de la virilité masculine version Tsahal.

Ainsi, la bande de Gaza est devenue un terrain de jeu. Les Gazaouis ne sont pas considérés comme des humains mais comme des cibles qu’il faudrait abattre.
En fait, Gaza est à la fois un terrain de jeu et un terrain de chasse pour les soldats israéliens. Les habitants de cette prison à ciel ouvert sont totalement déshumanisés et considérés comme de vulgaires membre d’une sous-espèce dont la vie ne compte pas ou si peu.

Un autre témoignage affirme que « Les soldats ont reçu pour instruction de leurs commandants de tirer sur chaque personne identifiée dans une zone de combat, dès lors que l’hypothèse de travail était que toute personne sur le terrain était un ennemi ». Un sergent d’infanterie raconte « On nous a dit, il n’est pas censé y avoir de civils, si vous repérez quelqu’un, tirez ! ». 

Un autre cas révèle que deux femmes qui au petit matin parlaient au téléphone à 800 mètres des forces israéliennes ont été prises pour des « guetteuses ». On ne savait pas trop. Résultat ? Elles ont été abattues sur le champ car considérées comme « terroristes ». Ce mot « terroriste » a décidément bon dos et sert constamment à justifier le pire. 

Pour un autre soldat, un civil qui « voit un char et ne s’enfuit pas n’est pas innocent et peut être tué ». Ce dernier considère Breaking the Silence comme une organisation anti-sioniste et quand cette dernière lui demande s’il y a eu crime de guerre, ce dernier répond cyniquement « Crime de guerre ? C’est un grand mot. Mais j’ai le sentiment d’avoir fait des trucs amoraux, sur le plan international. J’ai visé des cibles civiles, parfois juste pour le plaisir ».

Médias, politique, pseudo-intellectuels, où êtes-vous ?

Et la liste des témoignages de cette nature est malheureusement encore très longue. Ces témoignages ne surprendront que ceux qui ont cru aux belles histoires racontées tant pas les médias dominants que les prétendus « intellectuels ». Celle d’un État « démocratique », le « seul » au Moyen-Orient qui lutterait sans relâche contre des « terroristes ». Cette histoire, lue, entendue et réentendue vient une nouvelle fois se fracasser sur le mur des réalités, des faits et des témoignages de ceux qui ont été les premiers témoins mais aussi et surtout les premiers acteurs de cette barbarie. 

Car en effet, l’histoire officielle, celle écrite par les dominants et relayée par les organes de propagande tels que les médias ou l’école ne cesse encore aujourd’hui de présenter l’État d’Israël comme un territoire agressé et qui utiliserait la force dans le seul but de se défendre. Ou encore cette fable racontée à chaque agression israélienne et qui prétend décrire le conflit comme une guerre « propre ».
Déjà le mot « guerre » doit être banni du vocabulaire lorsqu’on présente les événements meurtriers à Gaza. Car la guerre est un conflit qui se mène principalement entre deux États avec plus ou moins de ressources militaires, financières, logistiques à peu près équivalentes. Ce qui n’est pas du tout le cas à Gaza. Là-bas, ce n’est pas de guerre qu’il faut parler mais bien de massacres, d’anéantissement d’un peuple, de meurtres de masse, d’une entreprise coloniale… Et puis parler d’une guerre « propre » est un oxymore insupportable.

Mais il fait partie du langage hégémonique utilisé par ceux qui défendent de manière inconditionnelle l’État d’Israël. La « propreté » comme ultime légitimation de la barbarie. 

Aujourd’hui comme hier, le masque tombe et montre comment une armée ultra-puissante anéantit un peuple sans défense auquel ne restent que le courage et la dignité. 

N’est ce pas Heilbrun, président du comité électoral du maire de Tel-Aviv qui avait déclaré : « Nous devons tuer tous les Palestiniens à moins qu’ils ne soient résignés à vivre en tant qu’esclaves ».(2) N’est ce pas Ben Gourion, le fondateur de l’Etat d’Israel qui avait affirmé : « Nous devons utiliser la terreur, les assassinats, l’intimidation, la confiscation des terres et l’arrêt de tous les programmes sociaux afin de débarrasser la Galilée de sa population arabe ».(3) 

Mais alors, ou sont les supposés « intellectuels » et « philosophes » tel que Bernard Henri Lévy ou Alain Finkielkraut qui hier apportaient un soutien indéfectible à Tsahal et qui aujourd’hui font preuve d’un silence assourdissant sur ces révélations plus qu’embarrassantes ? Que va dire BHL pour qui la responsabilité de la situation à Gaza devait être imputée au « Hamas » ?
Quelle sera la réaction de celui qui avait affirmé que « ceux qui pleurent pour les Palestiniens, je ne les ai jamais vus dans la rue pleurer d’autres morts » (4). En bon petit soldat de Tsahal en France, il ne fera sans doute aucune déclaration. Ou bien alors, il tentera de minimiser les faits et de trouver des excuses aux soldats israéliens en accusant les Palestiniens de ne pas s’être assez désolidarisés du Hamas. Qui sait ? Cet homme-là est prêt à inventer n’importe quoi pour sauver l’honneur d’une armée et d’un État qui n’en a jamais eu. 

Et François Hollande ? Va-t-il réagir face à ces révélations ? Condamnera-t-il les crimes de guerre ? Attendre de celui qui a déclaré son amour à Israël qu’il condamne ne serait-ce que timidement le gouvernement de Benjamin Netanyahu, ce serait comme attendre la venue du Père Noël. Seuls les plus naïfs pourraient croire un seul instant que le dirigeant français, totalement soumis aux États-Unis et à l’État sioniste daigne condamner la brutalité de Tsahal. 

Il ne faudra attendre que moins encore une quelconque condamnation de l’armée israélienne de la part de Manuel Valls. Lui qui avait déclaré son « attachement éternel » à Israël est sans doute l’homme politique le plus fidèle à l’idéologie colonisatrice sioniste. 

Enfin, il est intéressant de souligner le silence quasi-général des médias après les témoignages recueillis par Breaking the silence. Au journal de 20h de France 2, l’ami des puissants, David Pujadas, n’a pas du tout abordé le sujet. Ni le lundi 4 mai, jour de la publication du rapport, ni le lendemain.
Par contre, il a évoqué dans son misérable 20h une information de la plus haute importance pour l’avenir de l’humanité : le nom donné à la future princesse d’Angleterre. Des témoignages de soldats israéliens décrivant la nature sauvage de l’armée est alors passée sous silence et un sujet totalement sans intérêt est lui abordé pendant quelques minutes. La vie de l’enfant de Gaza assassiné par des lâches ne vaut apparemment pas grand-chose, contrairement à la vie d’un bébé né avec une cuillère d’argent dans la bouche… 

Le journal de droite Le Monde, expert en média-mensonges et en manipulations en tous genres a, quant à lui, traité le sujet. Néanmoins, ce qui est particulièrement embêtant, c’est la manière dont il a titré un article qui traitait des révélations faites par les soldats israéliens. Le titre en question est « La dérive morale de l’armée israélienne à Gaza ». (5) 

Ainsi selon le quotidien français, ces actes criminels ne seraient en réalité que le fruit d’une « dérive morale » et ne viendraient pas de causes beaucoup plus diverses et profondes. Car dire que le problème est moral, c’est en réalité dépolitiser, décontextualiser, dé-historiciser la question relative à la colonisation des territoires palestiniens.
Il suffirait donc de corriger ces « dérives » et tout rentrerait dans l’ordre. Tout ça a pour but, consciemment ou inconsciemment, de faire oublier les racines profondes de ce conflit qui dure depuis plus d’un demi-siècle. Les raisons politiques, géopolitiques et stratégiques de cette colonisation.
Faire oublier qui est l’agresseur et qui est l’agressé. Faire oublier qui est la victime constante des bombardements. Faire oublier qui voit ses droits fondamentaux constamment bafoués par un État assassin.

Cet argument de la morale rappelle celui utilisé par l’ancien président Nicolas Sarkozy à la suite de la crise financière de 2008. Il avait déclaré face à l’urgence de la situation qu’il fallait « moraliser le capitalisme ».
La morale, l’éthique comme le salut de l’humanité. C’est par ces valeurs que la communauté humaine trouvera le chemin de la prospérité et de la paix. Voilà le message de l’idéologie dominante.
Chacun devrait donc faire un travail sur lui-même pour que les choses aillent mieux. Une idée qui a pour but de culpabiliser les gens à propos d’une situation à laquelle ils font face oubliant ainsi les structures sociales, économiques et politiques à l’origine même de ces désastres humains. 

Ce n’est pas la morale ou l’éthique qui améliorera le monde de demain mais bien les structures qui régissent les comportements humains. C’est toutes les institutions dominantes qui prônent le néolibéralisme comme le FMI ou la Banque Mondiale qu’il faudra éliminer pour commencer à mettre fin à la misère dans le monde et poser les bases d’un monde plus juste et plus égalitaire. C’est en mettant fin à des institutions comme l’Otan que les guerres impérialistes pourront enfin prendre fin. 

Et c’est avec la lutte et la solidarité du monde entier que la Palestine vivra et vaincra !

Résistance au colonialisme: La Palestine va envoyer le dossier de la colonisation israélienne à la CPI…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 4 avril 2015 by Résistance 71

La colonisation israélienne, le premier dossier à envoyer à la CPI

 

IRIB

 

4 avril 2015

 

url de l’article original:

http://french.irib.ir/analyses/commentaires/item/364618-la-colonisation-israélienne,-premier-dossier-à-envoyer-à-la-cpi

 

La Palestine a, formellement, rejoint la Cour pénale internationale, le premier avril 2015, et les dirigeants palestiniens ont fait connaître leur décision de porter plainte, auprès de cette instance, contre la colonisation israélienne, dans les territoires occupés en 1967.

Ihab Bseiso, Porte-parole du gouvernement d’Union nationale de la Palestine, dit à ce propos : «La colonisation israélienne sera, dans un premier temps, le seul dossier à soumettre, par la Palestine, auprès de la Cour pénale internationale, (CPI), et les dirigeants israéliens devront s’attendre à l’examen de dizaines de dossiers les concernant, par cette instance internationale». L’adhésion officielle de la Palestine, à la CPI, a pour objectif d’aider le peuple palestinien à faire valoir ses droits foulés aux pieds. Il n’y a point de doute que la construction, par le régime sioniste, de colonies, dans les territoires palestiniens, notamment à Qods et en Cisjordanie, permet à ce régime, depuis 1967, de poursuivre son occupation, caractérisée par l’expansionnisme, le pillage et la violation des traités et des Conventions internationaux. En réalité, les Palestiniens, par leur adhésion à la CPI, voulaient mettre fin, une fois pour toutes, au fait que les Sionistes se dérobent, toujours, aux conséquences de leurs crimes. Ils voulaient, également, mettre un terme à l’impunité, dont les Sionistes profitent depuis les  67 ans de l’occupation de la Palestine, les autorisant à commettre des crimes contre les Palestiniens. Le régime sioniste construit, depuis des décennies, des colonies, à Qods occupée, et en Cisjordanie, où se trouvent, actuellement, une centaine de colonies. Cette vaste colonisation a, également, fait un grand nombre de déplacés, parmi les Palestiniens. La colonisation a, aussi, perturbé la structure démographique des territoires palestiniens, car les Sionistes émigrés se sont rués sur les territoires palestiniens, les dirigeants israéliens faisant tout, pour que le nombre des Sionistes habitant dans ces régions soit supérieur à celui des Palestiniens. Sur le plan politique, l’Organisation des Nations unies et l’accord de Genève interdisent au régime sioniste de procéder à des constructions et de modifier la structure géographique des territoires occupés, et l’Union européenne réclame, aussi, à travers les sanctions économiques, la fin de la colonisation, dans les territoires palestiniens. Or, les responsables du régime sioniste restent campés sur leur position et ne cessent de construire des colonies, avec pour objectif de ruiner tout espoir de la formation d’un Etat indépendant palestinien. C’est la raison pour laquelle les dirigeants palestiniens ont décidé de soumettre le dossier de la colonisation israélienne, à la CPI, en tant que premier dossier à examiner, même si ce n’est pas le seul dossier du régime sioniste, qui a commis d’innombrables crimes, à l’encontre des Palestiniens.

Colonialisme en Palestine occupée: Lutte de libération au même titres que les nations autochtones des Amériques…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 5 décembre 2013 by Résistance 71

La similitude entre le colonialisme européens des Amériques et le colonialisme juif de la Palestine est de plus en plus frappante ; il puise ses racines dans un racisme et une idéologie suprémaciste profonds.

Le colonialisme et son idéologie sous-jacente est le fléau dont l’humanité doit se débarrasser… De la « doctrine de la découverte » chrétienne au fondement religieux,  au « devoir d’ingérence humanitaire » en passant par le « devoir de civilisation », la colonisation se perpétue tout en muant au fil du temps.

— Résistance 71 —

 

Entretien avec le docteur Haidar Eid : ‘La lutte palestinienne n’est pas une lutte d’indépendance, mais de libération »

 

Par Haidar Eid

 

4 Décembre 2013

 

url de l’article en français:

http://www.ism-france.org/analyses/Entretien-avec-le-docteur-Haidar-Eid-La-lutte-palestinienne-n-est-pas-une-lutte-d-independance-mais-de-liberation–article-18592

 

Le dr. Haidar Eid est professeur agrégé en Littérature anglaise à l’Université Al-Aqsa, à Gaza (Palestine ococupée). Il milite pour la société d’un seul Etat et est membre de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI). Il est interviewé par David Letwin, membre du mouvement des Juifs pour le droit au retour palestinien.

David Letwin : Beaucoup de militants solidaires de la Palestine dans ce pays concentrent leurs efforts sur l’opposition à l’occupation de 1967 et plus récemment au siège de Gaza par Israël. Mais vous et d’autres Palestiniens argumentez que le droit au retour des réfugiés palestiniens est au coeur de la lutte pour la justice. Pourquoi ?

 

Haidar Eid : La dépossession et l’oppression des Palestiniens n’ont pas commencé en 1967. Elles remontent à 1948, lorsque plus de 750.000 Palestiniens ont été ethniquement nettoyés des villages et villes de Palestine, et déportés vers des pays voisins : Jordanie, Liban, Syrie, Gaza et Cisjordanie, pour faire place à un « Etat juif » d’apartheid.

Puis, en 1967, Israël a occupé la Bande de Gaza, la Cisjordanie et l’est de Jérusalem, ce qui représente les 22 pour cent restants de la Palestine historique.
En conséquence de ce nettoyage ethnique systématique et permanent, les deux-tiers de la population palestinienne sont des réfugiés dont le droit au retour dans leur patrie d’origine est entériné par la résolution 194 des Nations Unies. C’est la racine de la question palestinienne.
Les soutiens qui ne font remonter la cause qu’à 1967 ignorent la source du problème, et renvoient à la gauche sioniste en Israël, qui veut une séparation entre les Palestiniens et les juifs israéliens.

Ce droit au retour central peut-il se réaliser s’il y a un Etat juif quelque part en Palestine historique ?

Non, c’est impossible. Le sionisme, par nature, est une idéologie d’exclusion qui n’accepte pas « l’autre ». Et « l’autre », dans l’idéologie sioniste, c’est le Palestinien – l’arabe sur la terre historique de Palestine. Aussi un Etat juif implique le déni des droits des non-juifs. Je viens d’une famille de réfugiés, mais parce que je ne suis pas né d’une mère juive, je n’ai pas droit à la citoyenneté dans l’Etat d’Israël ; je n’ai pas droit à mon droit au retour.

Comment cela s’inscrit-il dans votre analyse des deux-États par rapport à la solution d’un seul Etat ?

La solution de deux Etats est une solution raciste qui appelle à un « Etat juif pur » et à un « Etat palestinien pur », les deux basés sur des identités ethno-religieuses. Elle ne prend pas en compte les droits des deux-tiers du peuple palestinien. Pas plus qu’elle ne prend en considération les droits nationaux et culturels de 1,2 million de citoyens palestiniens d’Israël, qui vivent comme des citoyens de deuxième -sinon de troisième- zone de l’Etat. C’est extrêmement important.
En outre, la lutte palestinienne n’est pas une lutte d’indépendance, c’est une lutte de libération. La libération est très différente de l’indépendance, parce que notre droit à l’auto-détermination doit conduire au droit au retour et à une pleine égalité de tous les habitants de l’Etat de Palestine.
La solution de deux-Etats est un dogme raciste qui ne peut pas garantir tous les droits exigés par l’appel BDS de 2005, autour duquel nous avons un consensus palestinien : retrait des troupes israéliennes de toutes les terres arabes occupées en 1967 ; mise en oeuvre de la résolution 194 des Nations-Unies, qui reconnaît le droit au retour de tous les réfugiés palestiniens et leurs descendants ; et la fin de la politique israélienne d’apartheid contre les citoyens palestiniens de l’Etat d’Israël. Je suis désolé que des activistes de la solidarité soient tombés dans le piège du soutien à cette soi-disant solution. Des supporters des Etats-Unis d’Amérique accepteraient-ils un Etat qui discrimine officiellement les Afro-Américains ? Les supporters sud-africains ont-ils accepté la « solution bantoustan » ? Non, bien sûr. Alors pourquoi l’accepter pour les Palestiniens ?

Et la solution d’un-Etat ?

Le solution d’un-Etat est la seule qui permette d’obtenir les droits palestiniens revendiqués par le mouvement BDS. De plus, c’est un compromis très généreux de la part des colonisés opprimés aux colonialistes, qui leur offrent la citoyenneté dans un Etat avec une pleine égalité, exactement comme ce qui s’est passé en Afrique du Sud, où la population indigène a offert aux colons blancs le même compromis généreux.
Nous sommes au 21ème siècle, après tout ! Nous offrons une solution humaine, inclusive, qui n’est pas fondée sur l’identité ethno-religieuse : un Etat laÎque pour TOUS les citoyens, sans distinction de religion, origine ethnique, sexe, etc.
Si vous êtes réellement un supporter de la Palestine, vous êtes censé soutenir notre droit à l’auto-détermination, ce qui conduit finalement à un Etat démocratique laïque sur toute la Palestine historique. Sinon, vous soutenez une solution raciste ! Je ne pense pas qu’un soutien véritable à la Palestine exclut le droit au retour. Si c’est le cas, alors où sont supposés revenir les réfugiés palestiniens ? Dans un Etat d’apartheid qui se définit lui-même en terme ethno-religieux ? Un Etat qui n’est pas leur Etat puisque c’est l’Etat des juifs seulement ?!

Dans un entretien de 2009, le dirigeant BDS Omar Barghouti a dit, « Je suis complètement contre le bi-nationalisme. Un Etat laïque, démocratique, oui, mais pas bi-national. Il y a une grande différence. » Etes-vous d’accord ? Et quelle est la différence, à votre avis ?

Oui, je suis entièrement d’accord. Un Etat bi-national, par définition, est un Etat composé de deux nations. Ces deux nations ont droit à la terre d’un point de vue historique. Mais les juifs ne constituent pas une nation. Les juifs israéliens constituent une communauté coloniale de peuplement, comme les blancs d’Afrique du Sud ou les Français en Algérie. Les colons n’ont pas droit à l’auto-détermination. Par contre, les musulmans, les chrétiens et les juifs qui constituent le peuple indigène de Palestine ont tous droit à l’auto-détermination et ils constituent une nation.
En fait, le bi-nationalisme est une solution sioniste puisqu’il considère TOUS les juifs comme une nation qui a droit à la terre.

Que dites-vous aux gens qui disent, « Ok, je suis d’accord avec vous. Mais soyons honnêtes. Deux-Etats est la seule solution réaliste, et si vous voulez vraiment aider les Palestiniens, vous devriez vous concentrer sur la fin du problème immédiat de l’occupation et soutenir la solution de deux-Etats » ?

Je dirais que la solution d’un-Etat est plus pratique/réaliste que la solution de deux-Etats. L’Afrique du Sud a prouvé que la démocratie civique pour tous les habitants d’Afrique du Sud était la voie à suivre ; la terre d’Afrique du Sud, selon la Charte de la Liberté, appartient à TOUS ceux qui y vivent. C’est une leçon que nous devons apprendre de l’histoire.
Israël a tué la solution de deux-Etats en créant de nouveaux faits accomplis : en annexant Jérusalem, en voulant un « Grand Jérusalem« , en augmentant le nombre de colons et en étendant les colonies illégales (toutes les colonies sont illégales). En 1993, lorsque les Accords d’Oslo ont été signés, l’illusion de paix a prévalu malheureusement. Les gens ont cru qu’il était possible d’avoir deux Etats : un Etat palestinien sur 22 pour cent de la Palestine historique.
Cette année-là, en 1993, le nombre de colons juifs dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie , l’est de Jérusalem compris, était de 193.000. 20 ans après, le nombre de colons en Cisjordanie est de 600.000. Les colonies israéliennes -ou plutôt les colonies exclusivement juives puisque les Palestiniens ne sont pas autorisés à y habiter- sont devenues des villes et des cités. Ce qui signifie qu’Israël n’est pas du tout en train d’envisager de quitter la Cisjordanie . Et pendant ces 20 ans, Israël a érigé un mur d’apartheid monstrueux qui sépare les Palestiniens des Israéliens, et les Palestiniens des Palestiniens.
Israël a également transformé la Bande de Gaza en un camp de concentration (ces deux mots peuvent déranger certains qui prétendent avoir le monopole du statut de victime), une prison à ciel ouvert. Il n’y a aucune communication entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie . La question toute entière est pour moi personnelle ; elle est personnelle pour tous les Palestiniens. Par exemple, ma soeur vit à Bethléem, à une heure de route de Gaza. Mais cela fait 15 ans que je n’ai pas pu la voir. Quand nos deux parents sont morts en 2005, elle n’a pas pu venir à leurs funérailles. Cette expérience personnelle vous en dit long sur l’impossibilité d’avoir deux Etats.

Donc, juste pour clarifier, ce n’est pas parce que la solution de deux Etats a « échoué » que vous soutenez la solution à un Etat ; vous la soutenez parce qu’elle est la seule solution juste, c’est exact ?

Absolument. Même si vous mettez en oeuvre la solution de deux Etats -qui est une impossibilité- elle ne satisfait pas le droit à l’autodétermination, qui est le droit au retour, à l’égalité et à la liberté. La solution de deux Etats ne remplit pas cela.

Lors du Forum de Gauche de 2013, à New-York, Steven Shalom a argumenté que même injuste, la « solution de deux Etats » ouvre néanmoins la voie à un Etat démocratique et qu’elle doit être soutenue sur cette base. Etes-vous d’accord ?

Non, pas du tout ! Pense-t-il aussi que le mouvement anti-apartheid aurait dû accepter la solution bantoustan fondée sur la même logique ? J’ai déjà précisé dans mes réponses précédentes et mes articles pourquoi c’est une erreur. Une solution raciste ne peut pas mener à une solution juste.
L’archevêque Desmund Tutu a dit que “[ils] voulaient la totalité des droits.” Pourquoi attend-on que nous nous contentions de moins que cela ? Je n’arrive pas à comprendre.

Est-il présomptueux pour les juifs et les autres non-Palestiniens d’adhérer à l’appel pour un Etat démocratique ?



Je crois fermement que tous les soutiens solidaires doivent répondre à l’appel des Palestiniens opprimés pour un-Etat. Leur soutien doit être basé sur les principes des droits de l’homme et de la démocratie, comme exprimés dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. La solution de deux-Etats souscrit-elle à cette déclaration ? Non. Alors la logique et les principes exigent qu’ils soutiennent l’appel à la solution qui le fait, la solution qui appelle à une démocratie civique et à l’égalité dans toute la Palestine historique.
Après tout, les activistes n’ont pas considéré comme présomptueux de soutenir un Etat unique démocratique en Afrique du Sud, si ? Et lorsque le « président » du Transkei a demandé à la communauté internationale de soutenir et de reconnaître sa « patrie indépendante » -sa version de la « solution de Deux-Etats », les militants anti-apartheid internationaux ne l’ont pas suivi !
Et, de fait, la plupart des militants anti-apartheid sud-africains qui ont visité la Palestine soutiennent maintenant la solution d’Un-Etat. Certains de mes amis et camarades sud-africains le disent très clairement : « La solution d’Un-Etat est la seule solution, parce que nous ne pouvons pas soutenir une solution raciste. » C’est la raison pour laquelle la ligne officielle sud-africaine de soutien à la solution de deux-Etats n’est pas très populaire parmi les soutiens sud-africains solidaires avec la Palestine -sans même parler des membres du gouvernement ! Ils s’y connaissent en matière de racisme ! La solution de cinq-Etats en Afrique du Sud était née de l’imagination des architectes de l’apartheid : l’Afrique du Sud blanche sur 88 pour cent des terres, et 4 « patries indépendantes »/bantoustans pour les indigènes ! En fait, le projet originel était d’avoir 11 bantoustans, s’ils n’avaient pas assez avec 4 !
Le mouvement de solidarité a apporté son soutien à l’appel pour une démocratie civique et un Etat laïque démocratrique en Afrique du Sud, parce que c’était la seule solution. Il ne pouvait y avoir aucun compromis, aucune négociation avec l’apartheid. La même chose doit s’appliquer au mouvement de solidarité avec la Palestine. Pourquoi est-ce si difficile à comprendre ?!



Dans un entretien récent, Noam Chomsky a dit que la solution d’un-Etat était une « illusion » parce qu’elle n’avait « aucun soutien international ». Que lui répondez-vous ?



A-t-il également ajouté que la solution de deux-Etats est devenue une façade, un fantasme dans la tête de ceux qui croient aux fantasmes ? N’a-t-il pas également écrit dans son dernier article sur Mondoweiss qu’Israël et les Etats-Unis avaient tué la solution de deux-Etats ?
Personnellement, cela me brise le coeur de voir qu’un penseur aussi intelligent que Chomsky se fourvoie et décide d’adopter la position sioniste-douce ! Avec des gens comme Chomsky et Finkelstein, on a tendance à être d’accord sur tout sauf sur la Palestine. C’est pourquoi, à juste titre, certains militants BDS et partisans de la solution d’un-Etat aux Etats-Unis les appellent les PEP (progressistes sauf sur la Palestine !)
Il existe un soutien international écrasant pour notre droit à l’auto-détermination, et ceci comprend notre droit au retour et à l’égalité. Comment la solution de deux-Etats va-t-elle gérer ces deux droits internationalement reconnus ? Chomsky ne fournit pas de réponse, à moins qu’il pense que nous n’avons pas droit à nos droits au retour et à l’égalité ! Il est assez fin pour savoir que la solution de deux-Etats est une solution raciste. Ne l’a-t-il pas pensé pour les bantoustans d’Afrique du Sud ?!



Vous avez dit récemment « A un moment donné, on demandera au mouvement BDS de prendre position » en faveur d’un seul Etat démocratique. Pourquoi la campagne BDS a-t-elle été réticente à prendre position jusqu’à maintenant, et devrait-elle le faire maintenant ?



Chaque militant sait très bien maintenant que le mouvement BDS se fonde sur les droits, des droits qui sont garantis à TOUS les êtres humains quels que soient leur origine ethnique, leur sexe, leur nationalité, leur religion, etc. BDS s’ancre dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. C’est pourquoi la plupart, sinon tous les activistes BDS sont des défenseurs intransigeants des droits de l’homme.
Je suis néanmoins conscient des tensions qui ont découlé du manque de programme politique du Comité national sur le Boycott et de sa focalisation sur une approche basée sur les droits. Cette question mérite certainement d’être discutée au sein du secrétariat du BNC.
Mais il nous faut également prendre en considération que le BNC est une coalition, avec tous les compromis que les coalitions doivent faire pour pouvoir travailler ensemble. C’est pourquoi le BNC est devenu le cadre de référence des mouvements internationaux de boycott. Je crois qu’on peut faire une bonne comparaison avec l’expérience sud-africaine, dans ce contexte, qui ne doit pas négliger le rôle du Front Démocratique Uni (FDU) qui a fonctionné avec une représentation du Parti du Congrès national, ainsi que d’autres partis politiques et organisations de la société civile exactement de la même manière que le BNC. Le FDU a adopté deux de ce que les Sud-Africains ont appelé les « quatre piliers de la lutte », à savoir la mobilisation de masse et la campagne de boycott. L’histoire est témoin que cette approche a énormément contribué à venir à bout de l’apartheid. A mon avis, le BNC a retenu cette leçon historique de l’Afrique du Sud. Mais il a fallu près de 30 ans pour que le communauté internationale reprenne l’appel lancé par le mouvement anti-apartheid, et l’appel palestinien BDS n’a été lancé qu’en 2005.
C’est pourquoi je pense que viendra le temps où on demandera à BDS de prendre parti vis-à-vis de la solution à un ou deux Etats. Et je crois fermement qu’il appuiera la seconde.



Comment l’appel pour un seul Etat laïque et démocratique en Palestine historique est-il lié aux autres luttes de libération de la région ?



Quand le Printemps arabe a démarré en Tunisie et en Egypte, Israël était extrèmement inquiet parce que la lutte dans le monde arabe est une lutte pour les droits de l’homme et la démocratie. Et la démocratie est l’antithèse du sionisme, exactement comme la démocratie en Afrique du Sud était l’antithèse de l’apartheid, et qu’elle a fini par mener à la fin de l’apartheid institutionnalisé là-bas en 1994 (je continue de penser que l’apartheid économique existe en Afrique du Sud, mais c’est une question que nous pouvons aborder dans un autre contexte).
En tant que projet sioniste, Israël sait très bien qu’une véritable démocratie dans le monde arabe se propagerait jusqu’à atteindre la Palestine. La communauté internationale et le Printemps Arabe attendraient d’Israël qu’il soit réellement démocratique. Ce qui signifie une personne, un vote. Et après le droit au retour, une personne-un vote aboutirait finalement à l’effondrement de l’entreprise sioniste en Palestine.
Ceci est, à mon avis, le lien entre la lutte palestinienne pour la liberté, l’auto-détermination et la libération, et la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme dans le monde arabe.

Parlant du BDS, Norman Finkelsteint a récemment accusé la campagne BDS d’hypocrisie parce qu’elle en appelle au droit international lorsqu’il s’agit des droits palestiniens, mais qu’elle refuse de respecter les résolutions internationales, comme celle des Nations-Unies sur la parttion en 1947 qui -selon lui- légitime l’existence de l' »Etat juif ». Que répondez-vous ?

Je suis vraiment désolé d’entendre ça d’une personne intelligente comme Norman Finkelstein. En tant que soutiens solidaires aux Etats-Unis, vous avez des principes. Vous ne pouvez pas concilier une partition injuste et un apartheid avec les droits de l’homme et la démocratie. Norman Finkelstein a-t-il oublié qu’Israël se définit comme un Etat des juifs exclusivement ? Attendez-vous de moi que je reconnaisse quelque chose comme cela, juste parce que les Nations Unies ont déclaré que ce serait ainsi ? Nous reconnaissons les lois et résolutions, comme la 194, qui sont justes et nous refusons celles, comme celle de la partition, qui sont injustes. C’est de cette manière que toutes les luttes pour les droits de l’homme ont opéré. En quoi est-ce hypocrite ?
C’était comme ça dans la lutte contre l’apartheid sud-africain. Que ce fut Norman Finkelstein ou son mentor Noam Chomsky, tout le monde a soutenu l’appel des Sud-Africains. Nous avons tous dit ; « Que voulez-vous, vous les opprimés, les Sud-Africains colonisés ? » Ils ont dit, « Nous voulons la fin de l’apartheid. » Et en ce moment, les Palestiniens disent, « Nous voulons la fin de l’apartheid israélien. »
Et j’aurais compris qu’il soutienne la solution de deux-Etats basée sur la résolution des Nations Unies 181 prise en 1947 ; elle proposait la partition de la Palestine en un Etat arabe et un Etat juif comme LA solution ! C’est une solution très injuste et problématique en cela qu’elle offrait à la minorité juive (660.000 personnes sur 2 millions) la partie de terre la plus importante (56%). Ces 56% offerts aux juifs incluaient un nombre égal de juifs et de Palestiniens. Et le fait que la plupart des sionistes, doux ou non, se sont battus pour une majorité juive en Palestine a conduit à la NAKBAH, c’est-à-dire un processus orchestré d’épuration ethnique. Les partisans de deux-Etats, comme Finkelstein, disent qu’un Etat palestinien devrait être établi sur 44% de la Palestine, sur la base des résolutions de l’ONU !
Je dirais donc que l’hypocrite, c’est Norman Finkelstein, parce qu’il ne veut pas faire pour les Palestiniens ce que lui et tous les autres activistes ont fait pour les Sud Africains. Et de fait, il est sioniste et raciste lorsqu’il espère que nous Palestiniens allons écouter ce qu’il a à dire. Non, excusez-moi – c’est lui qui est supposé écouter ce que NOUS avons à dire. A moins qu’il ait décidé d’ignorer le fait que l’appel BDS de 2005 a été signé par une majorité écrasante des forces de la société civile palestinienne, y compris les forces nationales et islamiques ! N’est-ce pas suffisant pour vous, si vous êtes un authentique supporter de la Palestine ?



Cela fait 20 ans que les Accords d’Oslo ont été signés. Quels effets ont ces accords, et le soi-disant « processus de paix » sur la lutte pour les droits palestiniens fondamentaux exigés par BDS : l’égalité, le droit au retour et la fin de l’occupation ?



Je résumerai en citant Edward Said en 1993 : les Accords d’Oslo sont une deuxième Nakba. Oslo a réduit le peuple palestinien à ceux qui ne vivent que dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie , en excluant les réfugiés palestiniens et les citoyens palestiniens de l’Etat d’Israël. Oslo n’a jamais fait allusion au droit au retour des Palestiniens dans leurs villages et villes d’où ils ont été ethniquement nettoyés en 1948, et n’a jamais fait allusion non plus à l’égalité dans les territoires de 1948. Oslo a essentiellement codifié et légitimé l’épuration ethnique -la Nakba- de 1948.
Oslo a aussi donné à la communauté internationale la fausse impression qu’il y a « deux parties égales » -les Palestiniens d’un côté, et les Israéliens de l’autre- engagés dans un « dialogue » pour résoudre leurs problèmes. Mais il n’y a pas deux partenaires égaux. Il n’y a pas de dialogue. Il y a un régime d’apartheid qui cherche à perpétuer son pouvoir d’un côté, et un peuple indigène qui lutte pour ses droits inaliénables de l’autre.
Plutôt que de reconnaître la nécessité de démanteler ce régime d’apartheid une fois pour toutes, Oslo a fétichisé les attributs de l’Etat, c’est-à-dire que si vous offrez aux Palestiniens un drapeau et un tapis rouge pour son président et un hymne national, vous avez résolu la question palestinienne une fois pour toutes !
Pour revenir à Norman Finkelstein : vous avez la lutte des Palestiniens colonisés contre les colons – grâce au mouvement BDS, grâce à la formation du BNC, grâce à la formation de la Campagne palestinienne pour le Boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) et grâce à la revitalisation de l’idée d’un-Etat. Il y a des intellectuels et des militants comme Edward Said, Azmi Bishara, Ali Abunimah, Omar Barghouti, Ramzy Baroud, Joesph Masaad, Ilan Pappe et beaucoup d’autres qui ont décidé de dire adieu à la solution de deux-Etats, et de prôner la solution d’un-Etat.
En tant que soutiens solidaires, vous devez soutenir la démocratie et les droits de l’homme -les mêmes principes que vous avez soutenus dans les années 80 contre l’apartheid en Afrique du Sud. Vous n’avez pas perdu votre temps à discuter des modalités pratiques sur le fait d’avoir des bantoustans en Afrique du Sud. Joignez-vous à nous pour mettre la solution de deux-Etats sur une étagère dans un musée, parce qu’elle retarde notre libération, et apportez votre soutien à notre appel pour un-Etat.



==  Cet article fait partie de « Et après ? : Un forum sur la fin du paradigme de deux-Etats. » Cette série a été lancée par « Voix juives pour la Paix » en tant qu’enquête sur l’état actuel de la réflexion sur les solutions d’un-Etat et de dux-Etats et la série a été élargie par Mondoweiss pour marquer 20 années depuis le processus d’Oslo. La série dans sa totalité se trouve ici peut être trouvé ici.


Source : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM

Résistance politique: Le colonialisme sioniste… Gilad Atzmon analyse Ilan Pappe…

Posted in actualité, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 2 mai 2013 by Résistance 71

Excellente analyse de G. Atzmon. Stupéfiant de constater également que les ressorts du colonialisme sont identiques partout. Remplaçons les mots « Palestine » et « Palestiniens » par « indigènes », « natifs », « indiens, « amérindiens » ou tout autre peuple colonisé, et nous nous apercevons avec effroi que les fondements racistes et suprémacistes sont identiques. Les sionistes pratiquent en Palestine les vieilles recettes coloniales de contrôle et de construction hégémonique que les autres nations coloniales ont appliquées à partir de 1492 avec l’effet génocidaire que nous connaissons…

Plus au sujet de la colonisation bientôt sur ce blog…

— Résistance 71 —

 

Suprématie judéocentrique et l’inconfort d’Ilan Pappe

 

Gilad Atzmon

 

1er Mai 2013

 

url de l’article original:

http://www.informationclearinghouse.info/article34783.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ilan Pappe est une voix importante. Un de ces historiens courageux, suffisamment brave pour ouvrir la boîte à pandore de 1948. Dans les années 1990, Pappe, parmi quelques autres Israéliens post-sionistes, ont rappelé aux Istraéliens leur pêché originel, le nettoyage ethnique orchestré et racialement motivé du peuple indigène de la Palestine: la Nakba.

Mais comme beaucoup d’historiens, Pappe, bien que familier avec les faits historiques, semble être incapable de bien saisir ou est réticent à s’intéresser à la signification idéologique et culturelle de ces faits.
Dans son article récent: , When Israeli Denial of Palestinian Existence Becomes Genocidal, Pappe tente d’expliquer le perpétuel déni israélien de la cause palestinienne. Comme Schlomo Sand, Pappe remarque que la conception du président israélien Shimon Peres de l’histoire est un “narratif fabriqué”.

Jusque là, tout va bien, mais Pappe loupe le coche. Pour une raison indéterminée, il croit que le refus de Peres de concevoir la souffrance palestinienne est le résultat d’une “dissonance cognitive”, à savoir: un inconfort dont on fait l’expérience lorsque deux ou plusieurs idées, valeurs ou croyances en conflit l’une avec l’autre sont envisagées en même temps.

Mais quelles sont ces idées ou valeurs conflictuelles retenues par les Israéliens et leur président, qui leur causent tant “d’inconfort” ? Pappe ne nous le dit pas. Il n’explique pas non plus comment Peres a supporté un tel ‘inconfort” pendant plus de six décennies. Bon, je suis d’accord pour dire que Peres, Netanyahou et beaucoup d’Israéliens montrent souvent de clairs signes psychotiques, mais une chose que je ne peux pas détecter dans les faits et gestes de Peres est un quelconque “inconfort”.

Je pense clairement que Pappe a tort sur ce point ; Expulsion, nettoyage ethnique ainsi que les perpétuels abus des droits de l’Homme en Palestine, sont en fait consistants avec la culture suprémaciste, nationaliste juive ainsi qu’avec une plus stricte interprétation de l’héritage biblique juif.

Pappe écrit: “Les perpétrateurs du nettoyage ethnique de 1948 furent les colons sionistes qui vinrent en Palestine, comme le natif de Pologne Shimon Peres, avant la seconde guerre mondiale. Ils refusèrent l’existence même des natifs qu’ils rencontrèrent et qui vivaient là depuis des centaines d’années sinon plus.” Là, Pappe a raison, mais il continue: “Les sionistes n’ont pas eu à l’époque, la force de résoudre la dissonance cognitive qu’ils expérimentaient: leur conviction que la terre était inhabitée, malgré la présence de tant de personnes natives de l’endroit.” Mais Pappe échoue à montrer quelque signe que ce soit d’une telle dissonance. Se pourrait-il que le directeur des études palestiniennes de l’université d’Exeter soit juste ignorant ?

Certainement pas, Pappe est loin d’être ignorant. Pappe connait parfaitement l’histoire du sionisme et d’Israël, bien mieux que la plupart des gens. Il sait que les “colons sionistes”, comme “le polonais Shimon Peres”, étaient motivés idéologiquement et culturellement. Mais alors, pourquoi un professeur d’histoire tente t’il de ne pas voir “l’idéologie” et la “culture” de ces sionistes du début ?

Les sionistes du début n’étaient ni aveugles ni stupides. Ils voyaient les Arabes sur la terre de Palestine, dans les champs, les villages et dans les villes, mais étant motivés par une philosophie raciste, suprémaciste et expansioniste, ils considéraient très probablement les Arabes comme des sous-hommes et ainsi réfutaient leurs droits, leur culture, leur héritage et de fait leur humanité, bien plus facilement. [1]

Mais, bien qu’une analyse culturelle et idéologique résoud la soi-disant “dissonance” et illumine la complexité historique, Ilan Pappe évite d’élaborer sur ces sujets. J’ai de bonnes raisons de croire que la vérité est bien trop crue et puissante à digérer pour l’audience de Pappe. Donc, au lieu de cela, Pappe continue avec son modèle psychologique : “Les sionistes ont presque résolus la dissonance quand ils ont expulsé autant de Palestiniens qu’ils le pouvaient en 1948 et furent laissés avec une petite minorité de Palestiniens au sein de l’État Juif.”

Toujours est-il que cela pourrait aider si Pappe nous donnait la preuve “historique” nécessaire qui prouverait que la Nakba fut en fait une tentative de “résoudre une dissonance cognitive collective sioniste”. J’anticipe que Pappe sait très bien que c’est en fait le manque d’une telle “dissonance cognitive” qui a conduit quelques israéliens comme Uri Avnery, Gideon Levy et Pappe lui-même, vers l’universalisme, l’humanisme et l’activisme pro-palestinien.

Je suppose que le nouveau modèle analytique cognitif de Pappe nous dit très peu sur le sionisme, Israël ou Shimon Peres, mais il nous en dit en fait beaucoup sur Pappe et sur l’état du discours intellectuel de la solidarité palestinienne. L’inconfort dont il parle est en fait le sien: le clash entre des faits connus et acceptés et les conclusions logiques qui s’imposent et la tâche qu’il a acceptée de résoudre la quadrature du cercle, d’envelopper un pojet suprémaciste raciste dans un emballage de babillage psychologique et en le présentant comme rien de moins qu’une pandémie de “dissonance cognitive”.

Pour quelque raison que ce soit, bon nombre d’entre nous insistent sur la production de chroniques “inoffensives” du barbarisme israélien et du nationalisme juif qui tente de masquer et de dévier du cœur du problème culturel et idéologique évident , plutôt que de le montrer du doigt.

Pourtant, la question qui me titille est de savoir comment il est possible qu’un éminent universitaire exhibe une telle compréhension problématique d’un conflit après l’avoir étudié pendant plus de trente ans.

La réponse est en fait gênante. Pappe est un érudit sérieux et une personne très agréable. Mais dans le climat actuel, Pappe, comme bien d’autres, ne peut pas explorer librement la vérité sur le sionisme et l’État Juif. La choquante vérité est que Pappe était bien plus intellectuellement provocateur et intéressant lorsqu’il enseignait à l’université de Haïfa que maintenant alors qu’il dirige l’Institut des Études Palestiniennes de l’université d’Exeter. Il est juste de supposer que de dire la vérité au sujet de la culture qui dirige l’État Juif coûterait à Pappe sa carrière académique en Grande-Bretagne et de manière évidente le soutien qu’il a de la soi-disant “gauche” juive, sans parler des collaborateurs palestiniens financés par George Soros.

Ainsi, au lieu de rechercher la vérité, Pappe et les autres finissent par chercher des modèles “innofensifs”, quoi que ce soit pour maintenir l’image de “solidarité”.

Je n’ai aucun doute que Pappe sait maintenant que les Israéliens sont loin d’être tourmentés par la cause palestinienne. Ils ne regrettent pas la Nakba non plus, ils ne versent pas de larmes sur leur assaut passé raciste sur les gens de la terre de Palestine. Comme les sondages israéliens l’ont révélé encore et toujours, la plupart des Israéliens soutiendraient aujourd’hui une seconde Nakba tout comme ils ont soutenu les tapis de bombes criminels largués sur les populations civiles au temps de l’opération plomb durci. Pappe sait tres bien que la politique raciste israélienne et les attitudes collectives sont culturelles et idéologiques, plutôt que motivées politiquement. Israël est l’État Juif et sa politique est dictée par une nouvelle interprétation hébraïque de la culture juive et de l’héritage judaïque.

Pappe est un humaniste et je veux croire que dans l’intimité, il ressent lui-même un certain inconfort. Au fond de lui-même, Pappe doit connaître la vérité. Il sait ce qui motive le sionisme et le militarisme israélien. Il le sait parfaitement, mais pour des raison évidentes, il doit se taire et envelopper le conflit avec une terminologie défaillante et des modèles cognitifs “innofensifs”.

Au lieu de s’engager dans un discours ouvert et de creuser la vérité du conflit, nous voyons nos plus éminents universitaires s’engager activement dans la dissimulation de la vérité. Ceci est en fait une tragédie, car le discours de la solidarité palestineinne est maintenant un véritable désert intellectuel. Nous avons tué et enterré nos penseurs les plus inspirationnels [2] et nos poètes. Nous les avons remplacé par des slogans rigides et une banale culture Herem [3]

De manière néanmoins intéressante, au moment où Pappe a fini d’écrire son article, il n’était plus lui-même convaincu de son propre modèle. Il écrit: “Il est assourdissant d’apprendre que les sionistes de la première heure refusaient l’existence même des Palestiniens en 1882 lorsqu’ils arrivèrent; il est même encore plus choquant d’apprendre qu’ils continuent de nier leur existence, au delà des communautés sporadiques ghettoïsées, en 2013.

La signification de ceci est très claire: Nous avons ici affaire à un déni total et catégorique d’autrui. Ceci n’est pas un signe de “dissonance cognitive”, mais plutôt un continuum historique de la condition psycho-pathologique qui est inhérente au choix de politique. Ceci est le résultat direct de la suprématie judéo-centrique, le domaine même que Pappe et bien d’autres préfèrent ne pas attaquer.

A la fin de son article, Pappe affirme que Peres est un “fou” qui ignore “que des millions et des millions de gens, bon nombre d’entre eux étant sous la coupe de son armée ou de la règle d’apartheid tandis qu’il interdit activement et sans merci le retour du reste de ces gens sur leur terre native.” Mais si Peres est un “fou”, il n’est sans doute pas rongé par l’inconfort. Si Peres est fou, il n’est pas dans un état de “dissonance”, luttant sans cesse pour intégrer des idées conflictuelles. Bien au contraire, Peres est, dans toute son ignominie, entièrement en paix avec lui-même.

Aussi loin que je sois concerné, Shimon Peres n’est pas du tout fou. Il est le mal, de manière cohérente et consistante. Il est le président de l’État Juif et il est grand temps qu’Ilan Pappe confronte ce fait et ce que cela veut dire.

=  =  =

Gilad Atzmon est un des tous meilleurs musiciens de jazz international de notre époque, philosophe, penseur humaniste et écrivain, Gilad Atzmon nous a mis au défi intellectuellement  depuis plusieurs années (principalement les juifs) afin d’examiner ce que définit la politique identitaire juive, ses croyances fondamentales suprémacistes et bien des problèmes qui en surgissent: ses stratégies, les déguisements variés du racisme, l’étouffement et la suppression de la liberté de parole. More

Notes

[1] De manière intéressante, ce fut en fait le soniste d’extrême droite notoire Vladimir Jabotinsky qui fut parmi les premiers à envisager la nécessité de résoudre la complexité de la gestion de la population indigène et ce dans le contexte du rêve sioniste. Ce fut l’ultra-nationaliste cruel Jabotinsky, plutôt que la “gauche” sioniste, qui voyait les Arabes comme un peuple fier et hautement culturel, qui préconisa que les indigènes devaient être confrontés militairement. Sur ce sujet, je recommanderai la lecture de Vladimir Jabotinsky’s Iron Wall.

[2] Juste cette année passée, nous avons vu le BDS faire campagne contre le professeur Normal Finkelstein, Greta Berlin, le député George Galloway et bien d’autres.

[3] Mot hébreu pour excommunication et boycott.

Au delà de l’illusion historique de convenance: Le nettoyage ethnique en Palestine…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 3 octobre 2012 by Résistance 71

« L’affirmation des ‘droits historiques’ fut fondée sur l’origine des juifs de Palestine, y ayant résidé il y a deux mille ans. Une telle affirmation n’a aucun fondement historique ni n’est basé sur une quelconque notion acceptée de droit. Ce n’est pas historique dans la mesure où cela annulait les deux millénaires de résidence non-juives en Palestine et les deux millénaires de résidence juive en dehors de Palestine. Ceci ne fut pas un droit, sauf dans des idéologies mystiques, romantiques et nationalistes qui aurait été, et a été, fauteur de troubles. Rappelons aux sionistes que le ‘droit historique’ juif à la Palestine est une ‘catégorie métaphysique plutôt que politique’ et que jaillissant comme elle l’a fait ‘des profondeurs du judaïsme’, cette ‘catégorie nous est attachée plutôt qu’aux arabes’, même l’écrivain sioniste Ernst Simon insistait sur le fait qu’il ne conférait aucun droit aux juifs sur la Palestine sans le consentement des arabes. »

— Norman Finkelstein (« Beyond Chutzpah », 2005) —

« Comme Sand l’a noté, au lieu de l’histoire, la Torah a fourni au judaïsme rabbinique un narratif sur fond de spiritualité… L’idéologie sioniste se présente elle-même comme une forme de narratif historique et cela m’a pris plusieurs années pour vraiment appréhender le fait que le sionisme, la politique et l’idéologie de l’identité juive étaient en fait un assaut brutal sur l’histoire, la notion même d’histoire et la temporalité. En fait, la politique nationale juive est une tentative de placer le peuple d’Israël au-delà de la temporalité historique. »

— Gilad Atzmon (« La Parabole d’Esther », 2011) —

« L’étude biblique était le domaine de ‘recherche’ qu’affectionnait Ben Gourion. Il soutenait les chercheurs mais s’engageait lui-même dans des travaux originaux sur le sujet. Son intention n’était pas de ramener « le peuple du livre » vers la religion ou la tradition. Son but était purement nationaliste: prouver, en utilisant « l’histoire ancienne’, le droit des juifs à posséder la terre (largement conquise en 1948 sans compensations ou réparations) et de renforcer la connexion entre la conscience nationale et le nouveau territoire national. Transformant les préceptes de la Bible en canons séculiers aiderait également à faire le pont pour la mémoire nationale entre deux choses troublantes: D’un côté, quelques deux mille ans d’une histoire de ‘dispersion dans l’exil’, pas une période négligeable dans la durée, durant laquelle les juifs furent incapables de développer la perception d’une destinée nationale commune; et de l’autre côté, l’histoire des habitants ‘indigènes temporaires’, dont plus de 700 000 ont fui ou ont été chassés et forcés d’abandonner leurs maisons durant la guerre. La centralité non questionnée de la recherche biblique dans les écoles a contribué en bonne partie à l’iréductabilité du développement territorial israélien qui s’en suivit et renforça la légitimité intellectuelle officielle du fondamentalisme latent qui ronge le sionisme séculaire en temps de crise. »

— Schlomo Sand (« The words and the Land, Israeli intellectuals and the nationalist myth », « Les mots et la Terre », 2006, version anglaise 2011) —

(Citations ajoutées par Résistance 71 )

*  *  *

Nettoyage ethnique ? Plan Daleth [1] ? Vous délirez !

 

Par Rudi Barnet

 

Septembre 2012

 

Comme pour tout crime, les commanditaires, les exécuteurs de ce plan « D » et les propagandistes de service ont d’abord tenté de nier son existence.

Mais depuis que certaines archives ont été rendues publiques et que les preuves se sont accumulées, ils cherchent à minimiser son importance en affirmant que ce n’était qu’un simple plan d’opérations militaires dans le contexte de la guerre ou à essayer de décrédibiliser ceux et celles qui ont découvert et révélé les faits.

C’est ainsi que l’historiographie officielle israélienne et ses officines de propagande cherchent à faire accroire que la destruction, il y a 65 ans, de quelques 530 villages, la fuite de près de 800.000 habitants et les milliers de morts palestiniens étaient simplement les conséquences malheureuses de la guerre… Et que la très grande majorité des « réfugiés » était partie de son plein gré !

Affirmer cela est mensonger et injurieux pour la vérité historique et pour les innombrables témoignages recueillis par d’éminents historiens comme Avi   ,[2]Walid Khalidi, [3]Ilan Pappe [4] Elias Sanbar [5]ou Nur Masalha.[6]

L’analyse des archives israéliennes disponibles a permis à ces historiens de vérifier la triste réalité : un nettoyage ethnique a bien débuté durant ces années-là.

Même Benny Morris, [7]l’historien sioniste (!) qui fut le premier à parler de l’existence de ce plan D reconnaissait qu’il y avait bien eu « nettoyage ethnique », tout en amenuisant son importance et le justifiant : « Il y a des circonstances dans l’histoire qui justifient le nettoyage ethnique. Je sais que ce terme est complètement négatif dans le discours du 21ème siècle, mais quand le choix est entre le nettoyage ethnique et le génocide – l’annihilation de votre population – je préfère le nettoyage ethnique (…)Un Etat juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner 700.000 Palestiniens. Par conséquent il était nécessaire de les déraciner. Il n’y avait pas d’autre choix que d’expulser cette population. « [8]

Yoav Gelber [9], historien sioniste d’extrême-droite et partisan de l’expulsion totale des Palestiniens, affirme de son côté que ce n’est qu’un plan élaboré pour répondre aux attaques de l’ALA (Armée de libération arabe qui n’a jamais compté plus de 5.000 volontaires, majoritairement non-palestiniens !) et de la « Légion Arabe », 6.000 soldats dirigés par des officiers britanniques pour le compte de Abdallah, roi de Transjordanie, opposé à la création d’un Etat palestinien.

L’affirmation de Benny Morris à propos du danger de génocide est assez absurde car, comme on le verra plus loin, ce nettoyage ethnique a débuté en 1947, bien avant la décision de partage de l’ONU et l’entrée en guerre des pays limitrophes. Il visait essentiellement des civils palestiniens.

Où était le risque de génocide pour les colons sionistes à ce moment ?

Pour les Palestiniens il en était autrement.

S’il est vrai que l’armée israélienne ne comptait « que » 40.000 hommes en mai 48, au moment de la déclaration d’indépendance, elle sera rapidement de plus de 100.000 hommes (plus importante en nombre que l’ensemble des forces de tous les pays environnants… et aussi bien mieux équipée (tanks, bombardiers…)

De leur côté, les Palestiniens étaient dispersés, inorganisés et peu armés et avaient parfaitement conscience que le rapport de forces était trop inégal.

Ben Gourion le déclara d’ailleurs lui-même : « Je pense que, majoritairement, les masses palestiniennes acceptent la partition comme un fait accompli et ne croient pas possible de l’empêcher ou de la rejeter (…) La grande majorité ne veut pas se battre contre nous. » [10]

Mais, rien n’y fait !

La propagande israélienne a toujours présenté cette guerre comme la lutte d’un petit David juif affrontant un Goliath arabe alors que la réalité du terrain, révélée par les historiens modernes, montre qu’Israël n’a jamais été confronté à un véritable risque de défaite.

… Mais il est fondamental de maintenir le mythe fondateur du « petit peuple obligé de se défendre contre les barbares qui veulent l’exterminer. » afin d’éviter ainsi toute accusation de crime contre l’humanité !

Le crime est pourtant incontestable.

Quand on met côte à côte les éléments recueillis par la Haganah[11] pour chaque village palestinien (plan, noms et adresses des habitants de sexe masculin, etc), contenus dans les annexes du plan D, et qu’on les compare avec le rapport des événements et les témoignages des habitants de ces même villages, force est de constater que l’adéquation est, majoritairement, parfaite !

On voit bien qu’il s’agit de l’application stricte et méthodique d’un plan de nettoyage ethnique.[12]

On peut toujours nier les faits, nier l’Histoire, nier les crimes… Cela porte un nom : négationnisme.

De A à C, ou comment peaufiner un plan

Quand Ben Gourion et les chefs de la Haganah finalisèrent le « Plan D » le 10 mars 1948, il y avait déjà de nombreux mois qu’il avait été « testé ».

En effet, les archives israéliennes révèlent qu’on n’avait pas attendu la décision de partage de l’ONU (29/11/1947), ni la fin du Mandat britannique (14/5/1948) pour passer à l’attaque.

Quand le 14 mai 1948, Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël, les forces sionistes avaient déjà expulsé par la violence près de 250.000 Palestiniens et 200 villages avaient déjà été détruits.[13]

… Près de six mois avant le début du conflit avec les pays arabes limitrophes !

Il y avait déjà eu, bien entendu, les plans A, B et C.

Le plan A datait de 1937 et exposait les lignes directrices de la conquête de la Palestine en cas de retrait des troupes britanniques.

Les deux suivants affinèrent le projet.

Le plan C énumérait notamment, avec précision, les actions punitives à exécuter contre la population : « Tuer les dirigeants politiques, agitateurs et soutiens financiers, s’en prendre aux transports et moyens de subsistance (puits, moulins, etc). » [14]

Le « Plan D » complétait et finalisait les trois premiers.

Il détaillait notamment les moyens d’action pour l’expulsion totale et systématique de la population palestinienne de l’ensemble du territoire.

L’opération bénéficiait aussi de tous les renseignements accumulés par les « collecteurs » du FNJ (Fonds national juif) depuis les années 30 : plans des villages, photos, composition sociologique, nombre d’habitants de sexe masculin (de 16 à 50 ans), noms des notables, etc.

Pour chaque village, une liste des Palestiniens qui s’étaient opposés aux Britanniques et avaient combattu le mouvement sioniste avait été établie.

Ces éléments ont été le moteur des pires atrocités commises contre les civils.

On y retrouve des ordres précis aux « brigades opérationnelles », tels que :

« Destruction de villages (y bouter le feu, les faire exploser et planter des mines dans les débris), en particulier les centres de population dont le contrôle continu est difficile. (…) Réaliser des opérations de recherche et de contrôle en fonction des lignes de conduite suivantes : encerclements des villages et fouille de ceux-ci. En cas de résistance, les forces armées doivent être détruites et la population expulsée en dehors des frontières de l’État hébreu« . [15]

Yaël Yadin, un des chefs militaires du « Plan D » a déclaré fin 1948 que c’est cette reconnaissance minutieuse et détaillée de ce qui se passait dans chaque village palestinien qui a permis au commandement militaire sioniste d’affirmer : « Sans la présence britannique nous aurions écrasé la révolte arabe en un mois !… car les Arabes palestiniens n’avaient personne pour les organiser correctement. » [16]

La volonté de destruction de la Palestine rurale et l’expulsion des habitants pour la création d’un Etat « ethniquement pur » est patente. Le mot « nettoyage » figure d’ailleurs en toutes lettres sur les ordres donnés par le « Haut Commandement » aux unités sur le terrain.

Ben Gourion n’hésitera d’ailleurs pas à affirmer « Nos ennemis sont les paysans arabes ! » [17]

Pas les opposants politiques, pas les propriétaires… Non ! Les cultivateurs pacifiques, ceux qui gênent le plan D par leur refus de se battre contre les sionistes, comme on peut le lire à plusieurs reprises dans les rapports des réunions de Ben Gourion et ses associés.

Soixante ans plus tard, Lieberman ne fera que confirmer cet objectif de « nettoyage » en proclamant : « Nous allons faire d’Israël un Etat ethniquement homogène ! » [18]

Partition décidée par l’ONU

C’est ainsi que le 31 décembre 1947, on « testa » le plan « D » dans plusieurs endroits, notamment à Balad al-Cheikh, un village à quelques kilomètres de Haïfa, et, le même jour, sur un des quartiers arabes de la ville.

Pour Balad al-Cheikh, l’ordre était de « encercler le village, tuer le plus d’hommes possible, saccager les biens, mais s’abstenir de s’en prendre aux femmes et aux enfants » [19]

L’assaut dura trois heures et fit plus de soixante morts… pas tous des hommes !

Les Britanniques ont laissé faire ces atrocités… Ils ont même parfois apporté leur aide comme après la tuerie de Sa’sa (village près de Safed, à la frontière libanaise) en février 1948.

Un commando israélien pénétra de nuit dans le village et installa des explosifs contre des maisons cibles. On dénombra de nombreux morts dans les maisons démolies.

Les Britanniques transportèrent à l’hôpital deux israéliens, blessés par des débris.

A partir de mars 1948, les opérations de « nettoyage » s’accélérèrent.

Chaque commandant des douze brigades de la Haganah avait reçu une liste de villages ou quartiers de villes à détruire, les informations sur les Palestiniens à tuer ou à expulser… et la date d’exécution de l’opération ![20]

Il est à noter que chaque carnage de villageois sera toujours présenté comme le résultat involontaire d’une âpre bataille, en riposte à une attaque, les maisons devenant des fortins bourrés d’armes et les paysans transformés en combattants féroces.

Décidément, plus de soixante ans après, le discours n’a pas changé ! [21]

Début de la grande lessive

Le massacre de Deir Yassin [22], petit village de pasteurs et de paysans, n’est pas celui qui a fait le plus de victimes (« moins » de 200 civils, dont de nombreux enfants) mais il est resté dans les mémoires comme un modèle du caractère systématique de l’application du « Plan D ».

Le colonel israélien Païl décrit l’horreur : « Faisant feu de toutes leurs armes, ils balançaient également des explosifs dans les maisons. Ils abattirent ainsi toutes les personnes qu’ils y trouvèrent, y compris les femmes et les enfants. Par ailleurs, près de 25 hommes qui avaient été sortis de chez eux furent chargés dans un camion et exposés, à la romaine, à travers les quartiers de Mahahneh Yehuda et Zakron Josef. Après quoi ils furent emmenés dans une carrière de pierre et abattus de sang-froid » [23]

Deir Yassin

Menahem Begin (commandant de l’Irgoun qui, avec le « groupe Stern » mena l’opération), nia tout massacre, parlant d’une « propagande mensongère ».

Mais devant l’indignation de la communauté internationale, Ben Gourion et ses associés finirent par condamner l’action. Les historiens proches du régime estimèrent ensuite que le massacre avait été « un concours de circonstances, presqu’inévitable », sans connexion avec le « Plan D ».

Evidemment !

Mais Deir Yassin n’était que le début de la « Grande Lessive ».

Haïfa fut « désarabisée » en une journée de ses milliers d’habitants palestiniens par la sinistre brigade Carmeli.

On pilonna d’abord la ville au mortier depuis les collines, repoussant la population affolée vers la mer.

Ensuite les milices envahirent la place.

Les ordres de Mordehaï Maklef, officier des opérations, étaient clairs et simples : « Tuez tous les Arabes que vous rencontrez, incendiez tout ce qui est inflammable et ouvrez les portes à l’explosif. » [24]

Ce fut fait !

Ben Gourion visita les quartiers arabes après le nettoyage et nota dans son journal : « Un spectacle épouvantable et fantastique. Une ville morte, une ville carcasse … sans âme qui vive, à part les chats errants. » [25]

Ce qui est arrivé à Acre – le plan de partage de l’ONU attribuait la ville à l’État arabe projeté – est exemplatif de la méthode d’exécution du « Plan D ».

La ville était assiégée mais résistait aux bombardements.

Début mai 1948, la Croix-Rouge constata l’empoisonnement de l’eau des aqueducs qui approvisionnaient la ville. L’origine ?… Injection des germes de la typhoïde. [26]

Affaiblis par l’épidémie et le pilonnage intensif, les habitants se rendirent… et partirent, laissant les israéliens piller leurs maisons.

Le cas de Jaffa est également exemplaire.

C’est la dernière ville conquise avant la fin du mandat britannique par 5.000 « soldats » de la Haganah et de l’Irgoun.

Après trois semaines de siège, les 50.000 habitants ont été expulsés sous la « protection » des Britanniques.

Ruines de Jaffa

A cette date, il n’y avait plus de Palestiniens dans les grands centres urbains et 200 villages avaient été détruits, leurs habitants tués ou expulsés.

Tout cela s’est passé avant la proclamation d’indépendance, dans l’indifférence ou avec la complicité des troupes britanniques.

Comme l’écrit Ilan Pappe : »C’est un fait, à dire et à répéter, car il anéantit le mythe israélien selon lequel les « Arabes » se seraient enfuis quand « l’invasion arabe » a commencé (…) C’est une pure fabrication de prétendre qu’il y a eu des tentatives juives pour persuader les Palestiniens de rester, comme l’affirment encore aujourd’hui les manuels scolaires israéliens » [27]

Avant « l’entrée en guerre » des pays voisins, près de la moitié des villages palestiniens du territoire que l’ONU leur avait attribué avaient déjà été attaqués et conquis par les sionistes.

De nombreux autres seront rayés de la carte dans les mois qui suivirent la déclaration de l’Etat d’Israël.

… Et nettoyage final ?

Après le 14 mai 1948, le « nettoyage ethnique » s’accentua encore.

L’arrivée, en juin, de nouveaux avions, entre autres armes « lourdes », renforça notablement les moyens de la conquête.

Yigaël Yadin, chef d’état-major adjoint de la Haganah, lança à ses troupes : « Aujourd’hui, nous avons toutes les armes dont nous avons besoin (…) Les Britanniques s’en vont (…) Toute la situation sur les fronts va changer »

Et il avait plus que raison de se réjouir.

Ben Gourion avait ordonné à la Haganah : « Le nettoyage de la Palestine demeure l’objectif premier du plan Daleth ! » [28]

Des 64 villages entre Tel-Aviv et Haïfa, seuls deux furent épargnés… Sur la demande des colons qui avaient besoin des villageois pour le travail [29]

Parmi les villages rasés se trouvait celui de Al-Tantoura qui comptait 1500 habitants.

Après avoir maté la résistance, la soldatesque de la brigade Alexandroni rassembla les hommes (adolescents compris) et déclencha une orgie d’exécutions de sang-froid sur la plage, la mosquée ou le cimetière.

Plus de 200 Palestiniens furent ainsi assassinés.

Malgré les témoignages des survivants et les aveux de certains membres de la brigade, Israël a toujours nié les faits et diffamé ceux qui les révélaient.

Encore aujourd’hui ceux qui critiquent Israël sur ce massacre sont considérés comme traîtres ou menteurs.

Mais comme l’écrit Benny Morris, historien sioniste, il suffirait d’ouvrir les archives pour connaître les détails de ce que lui-même considère comme un crime de guerre. [30]

Mais c’est apparemment encore un sujet trop sensible pour le régime… plus de 60 ans après !

Jusqu’à l’automne 48, les diverses brigades de la nouvelle armée israélienne continuèrent leur lugubre besogne : expulsions, destructions d’un maximum de villages palestiniens et exécutions de ceux qui résistent. Comme à Al-Bassa, gros village de 3.000 habitants, où de nombreux hommes et adolescents furent alignés devant l’église et assassinés, tandis que le reste de la population était expulsée vers le Liban. [31]

A certains moments, le médiateur de l’ONU, Folke Bernadotte [32] parvint à ralentir les exactions et à obtenir de courtes trêves, pas toujours respectées.

Mais dès la fin de la trêve, le « rouleau compresseur » se remettait à écraser, impitoyable.

C’est ainsi que 50 à 70.000 personnes furent expulsées des villes « palestiniennes » de Lydda (Lod aujourd’hui) et Ramla. La brigade, commandée par Yigal Allon et Yithzak Rabin, [33] y assassina plus de 250 habitants. [34]

Exode de Lydda

Benny Morris rapporte que durant cette « opération Hiram », dirigée par le général Carmel, [35]les forces israéliennes perpètrent au moins neuf massacres de civils palestiniens et de prisonniers de guerre.

Des tonnes de bombes furent déversées par les « B-17 » sur 7 villages de Galilée, provoquant la mort de près de cent civils.

L’armée israélienne fit également des incursions dans des villages du Sud-Liban, proche de la frontière. Fin octobre 48, elle massacra 80 personnes à Hula et 94 à Saliha.

L’officier Shmuel Lahis qui tua de sa main 35 habitants de Hula sera condamné à 7 ans de prison, avant d’être amnistié… et nommé directeur de l’Agence Juive. [36]

Israël sait honorer ses héros !

Morris estime que la moitié des massacres commis durant la « guerre » se produisirent durant cette l’opération.[37]

Nazareth qui comptait une population de religion chrétienne importante connut un sort moins dramatique.

Ben Gourion ordonna d’arrêter les expulsions car « Ici, le monde nous regarde. » [38]

Même les 90.000 Bédouins du Néguev furent « nettoyés » ou cantonnés dans des « réserves ».

Al-Dawaimeh, village martyr !

Ce village près de Hébron a été le théâtre d’une des pires atrocités commises par l’armée israélienne durant les opérations de nettoyage ethnique.

Ce fut aussi la dernière grande tuerie… avant celle de Kfar Kassem en 1956.

A Al-Dawaimeh, plus de 200 civils palestiniens ont perdu la vie le 28 octobre 1948 quand le général Yitzak Sadeh [39], commandant de la « Brigade Huit », sous les ordres du général Yigal Allon [40], lança ses tueurs dans le village.

Les récits des témoins, soldats israéliens inclus, et le rapport de l’ONU décrivent un massacre impitoyable, jusque dans la mosquée.[41]

Devant les risques de scandale, les lieux de la tuerie furent rapidement nettoyés le 1er novembre [42], ce qui permit, dans un premier temps, de nier l’ampleur du massacre et de s’opposer aux témoignages.

Ce n’est que des mois plus tard (juin 1949) qu’un rapport des Nations Unies mentionna : « La raison pour laquelle on connaît si peu au sujet de ce massacre qui, à bien des égards, a été plus brutal que celui de Deir Yassin, est dû au fait que la Légion arabe (la force jordano-britannique qui contrôlait la région) a craint que, si la nouvelle se répandait, elle exercerait le même effet sur le moral de la paysannerie que Deir Yassin : un nouvel afflux de réfugiés arabes. » [43]

C’est ce qu’on nomme le cynisme ordinaire ?

De rares responsables israéliens eurent le courage de dénoncer l’horreur, tel Aharon Tzizling, Ministre de l’agriculture, qui déclara au conseil des ministres, le 17 novembre 1948 : « Je n’ai pu dormir de la nuit. Ce qui est en cours blesse mon âme, celle de ma famille et celle de nous tous (…) Maintenant, les juifs aussi se conduisent comme des nazis, et mon être entier en est ébranlé » [44]

En dépit des preuves accablantes, aucun des israéliens auteurs ou commanditaires des massacres et des destructions durant ces années de nettoyage ethnique n’a été inculpé pour crime de guerre !

Et… En route vers de nouvelles aventures ?

La passivité de l’ONU devant le non-respect de sa décision de partage du territoire est impressionnante.

A aucun moment, Israël n’a dû rendre de comptes sur ses « débordements » d’avant la création de l’Etat et toutes ses conquêtes n’ont pas provoqué la moindre réaction au moment de sa reconnaissance comme membre de l’ONU en mai 1949.

Seule une attaque contre le plateau du Golan (Syrien !) a pu être empêchée par l’ONU… pour quelques années.

Mais Ben Gourion n’avait pas l’intention de s’arrêter là !

Il prévoyait, dans un premier temps d’étendre le territoire israélien en Cisjordanie et au Sud-Liban, mais les ordres d’attaque furent reportés par crainte des accords d’alliance militaire de la Jordanie avec la Grande-Bretagne.

Il révèle sa soif de puissance et ses prochains objectifs dans un texte daté du 24/5/1948 : « Nous allons créer un Etat chrétien au Liban, dont la frontière sera le Litani. Nous allons briser la Transjordanie, bombarder Amman et détruire son armée, et alors la Syrie tombera, après quoi, si l’Egypte veut continuer à se battre, nous bombarderons Port-Saïd, Alexandrie et Le Caire.

Ce sera notre vengeance pour ce qu’ils ont fait à nos aïeux à l’époque biblique. » [45]

Nouvel Alexandre le grand ? Nouveau Napoléon ? Nouvel Attila ?… Ou nouveau Dr Folamour ?

Revenir ? Où voulez-vous revenir ?

Fin 1948, ce nettoyage ethnique était terminé, mais les épreuves des Palestiniens n’étaient pas près de prendre fin.

Pour une bonne partie d’entre eux, le régime israélien activa un second plan, celui de « l’anti-rapatriement ».

Pour empêcher toute possibilité de retour des expulsés, on accéléra la destruction des villages et la création d’implantations juives, de manière à éviter toute pression internationale et toute revendication basée sur la résolution 194 de l’ONU du 11/12/1948, proclamant le droit au retour des réfugiés palestiniens.

On créa une unité spéciale chargée d’empêcher les villageois et citadins de revenir dans leurs maisons.

Elle n’hésitait pas à les exécuter sans sommation, comme en témoignent les archives des FDI (Forces de Défense d’Israël) [46]

Et demain ?

Il serait illusoire de croire que ce sinistre « Plan D » n’est plus en activité !

Toute la politique du régime actuel tend à poursuivre le plan Daleth, à conquérir de nouveaux territoires et à assujettir les habitants qui n’ont pas été expulsés.

Avant le plan Daleth… et après le plan Daleth

S’il n’est plus possible d’agir comme il y a 65 ans et qu’il n’est plus envisageable de museler l’information, il est visible que les pratiques actuelles du régime israélien sont dans le droit fil de ce plan.

Ses objectifs ont simplement pris d’autres formes : que ce soit dans la partie arabe de Jérusalem où les expulsions sont journalières, que ce soit en Cisjordanie où l’armée chasse les habitants de la zone C, où les colons fanatiques sèment la terreur, brûlent les récoltes et volent les terres, que ce soit dans le Néguev où les Bédouins sont pourchassés, que ce soit à Gaza où les commandos marins assaillent les pêcheurs à quelques centaines de mètres du rivage… Tout est conforme au « Plan D »

On est bien loin, à l’opposé même, du « Petit peuple qui a dû se défendre contre les armées arabes qui n’acceptaient pas son existence ! » et de « Deux peuples qui ne parviennent pas à s’entendre ».

Ces leitmotivs sont d’ignobles tartufferies !

Il y a certes encore de nombreuses zones d’ombre à éclaircir – ce ne sera possible qu’en rendant publiques toutes les archives de cette époque – et il existe de nombreux faits et comportements qui restent à élucider.

Mais il est indéniable, pour tout honnête homme, qu’il y a bien eu là-bas un effroyable nettoyage ethnique !

Indéniable aussi que ce « Plan D » a été mis en œuvre bien avant la décision de l’ONU de partager la terre et que l’explication « ils sont partis de leur plein gré » est un mensonge éhonté.

Il est aussi troublant de constater que l’objectif du régime israélien est toujours, visiblement, de nettoyer ce territoire de la présence palestinienne par des mesures de plus en plus oppressantes : mesures d’apartheid, humiliations, blocus, expulsions, créations de colonies, occupations militaires, destructions de maisons… etc.

Tout en continuant de discourir sur une solution à deux Etats… Mirage pour les naïfs, Hochet pour les discoureurs !

Ce plan »D » est bien un crime de guerre et un crime contre l’Humanité.

Il faut être d’une totale mauvaise foi pour le contester !

… Mais les tribunaux qui jugent ce type de crime étant presque toujours les tribunaux des vainqueurs, il est malheureusement plus que probable que les criminels qui ont élaboré, planifié et perpétré cet odieux programme ne se retrouveront jamais dans le box des accusés.

L’Histoire les jugera.

Rudi Barnet

(Septembre 2012)

 

 

[1] 4ème lettre de l’alphabet hébreu

[2] « Le mur de fer. Israël et le monde arabe » (Buchet Chastel, 2008) et « Israël face à son passé » (Editions Arkhê, 2010)

[3] Il a enseigné à Oxford et Harvard et est membre de l’American Academy of Arts and Sciences.

[4] Historien israélien, professeur d’histoire à l’Université d’Exeter en Grande-Bretagne

[5] « Palestine 1948, l’expulsion » (Revue d’études palestiniennes, 1984)

[6] Historien britannique né en Palestine, rédacteur en chef de la revue Holy Land Studies (Edinburgh University Press)

[7] Il est professeur à l’Université Ben Gourion du Néguev à Beer-Sheva et a également enseigné aux USA.

[8] « Haaretz » le 15/1/2004

[9] Officier dans l’armée durant 13 ans, professeur à l’Université de Haïfa

[10] Cité par Ilan Pappe dans « Le Nettoyage ethnique de la Palestine (Fayard, 2006)

[11] Principale milice clandestine sioniste créée en 1920

[12] Walid Khalidi « Plan Daleth : Master Plan for the conquest of Palestine » (Middle East Forum, novembre 1961)

[13] Benny Morris  » The Birth of the Palestinian Refugee Problem 1947-1949″ (Cambridge University Press, 1989)

[14] Yehuda Sluzki « Le Livre de la Haganah »

[15] « Archives de la Haganah », cité dans « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine » de Ilan Pappe (Fayard, 2006)

[16] « Israel : The Establishment of a State » de Harry Sacher (British Book Centre. 1952, Hyperion. 1976)

[17] Discours au comité exécutif du Mapai le 6/4/1948

[18] « Le Monde » du 19/9/2010

[19] Uri Milstein :  » History of Israel’s War of Independence »(University press of America) cité dans « Le Nettoyage Ethnique de

la Palestine » de Ilan Pappe (Fayard, 2006)

[20] Archives des FDI (Forces de Défense d’Israël), 1950/2315, dosier 47, 11/5/1948

[21] Doctrine de l’historien sioniste Nathan Weinstock dans « Terre Promise, Trop Promise » (Odile Jacob, 2012)

[22] Deir Yassin était situé dans la zone attribuée par l’ONU à la partie arabe. Partage soit-disant accepté par Ben Gourion.

[23] Colonel Meir Païl dans « 100 clés du Proche-Orient » de Alain Gresh et Dominique Vidal (Huchette Pluriel, 2003)

[24] Archives de la Haganah 69/72 du 22/4/1948. Maklef devint, plus tard, chef d’état-major de l’armée israélienne.

[25] Voir dans www.haifa-israel.info/Haifahistoire.html et « Le Port dans la Tempête » de Shay Fogelman (Haaretz du 3/6/2011)

[26] Archives de la Croix-Rouge (Genève, dossier G59/1GC, G3/82)

[27] « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine » (Fayard, 2006, p145 et 177)

[28] Journal de Ben Gourion, repris par Ilan Pappe dans « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine, P.174)

[29] Archives FDI (Forces de Défense d’Israël) 15/957, dossier24

[30] « The Tantura « Massacre » Affair » dans « The Jerusalem Report » du 4/2/2004

[31] On peut trouver la liste chronologique des méfaits sur « www.palestineremembered.com »

[32] Il sera assassiné en septembre 48 par le groupe d’Yitshak Shamir pour avoir, notamment, tenté de sauver les

Palestiniens (droit au retour)… comme il avait tenté, en tant que président de la Croix-Rouge suédoise, de sauver ses

concitoyens juifs quelques années auparavant.

[33] Tous deux deviendront Ministres

[34] Salim Tamari « Journal of Palestine Studies » (Vol.27 n° 4, 7/1998)

[35] Originaire de Bielorussie, émigré en 1924 en Israël, devint ensuite ministre des transports

[36] Dominique Vidal « Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949) » (Editions de l’Atelier

[37] Benny Morris »Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste » (Editions complexe, 2003)

[38] Journal de Ben Gourion du 18/7/1948 (cité par Ilan Pappe)

[39] D’origine polonaise (émigré en 1920), il est le fondateur de « Palmah » (unité de choc paramilitaire)

[40] Futur Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères

[41] Benny Morris « The Birth of the Palestinian Refugee Problem »(Cambridge University Press, 1989)

[42] Wikipedia : « A-Dawayima massacre »

[43] Cité par Ilan Pappe dans « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine » (Fayard, 2006)

[44] « Magazine Tel-Aviv » (23/4/2004) cité par Dominique Vidal dans « Dix ans de recherches sur la guerre de 1947-1949 » (Le

Monde Diplomatique de décembre 1997)

[45] « Journal de Ben Gourion » du 25/5/1948 (cité par Ilan Pappe)

[46] Archives FDI 51/957, dossier 1683

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