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Résistance politique: Une question essentielle concernant le Moyen-Orient…

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 26 septembre 2016 by Résistance 71

Les Arabes ont ils trahis la Palestine ?

 

Ramzy Baroud

 

24 septembre 2016

 

url de l’article original:

http://chroniquepalestine.com/arabes-ont-trahi-palestine/

 

J’avais 21 ans lorsque j’ai traversé Gaza pour me rendre en Égypte, où je devais faire des études universitaires en sciences politiques. Le moment n’aurait pas pu être plus mal choisi.

 

L’invasion du Koweit par l’Irak en 1990 avait conduit à la constitution d’une large coalition internationale sous la houlette des États-Unis et sur un conflit armé majeur, qui a terme a ouvert la voie à l’invasion US de l’Irak en 2003. Je me suis rendu compte que les Palesti­niens étaient soudain “haïs” en Égypte, en raison du soutien que Yasser Arafat avait apporté à l’Irak à l’époque. Je ne m’étais seulement pas rendu compte de l’étendue de cette prétendue “haine”.

C’est dans un hôtel bon marché du Caire, où j’épuisais petit à petit le pécule des quelques livres égyptiennes dont je disposais, que j’ai rencontré Hajah Zainab, une gentille gardienne d’un certain âge, qui me traita comme un fils. Elle avait l’air en mauvaise santé, chancelante quand elle marchait, s’appuyant contre les murs pour reprendre son souffle avant de reprendre son chemin pour s’acquitter de corvées interminables. Son visage portait des tatouages jadis soigneusement tracés, qui avec le temps et les rides étaient devenus un fouillis d’encre qui souillait sa peau. Mais malgré tout, la gentillesse qui se lisait dans ses yeux surpassait tout, et chaque fois qu’elle m’a vu elle m’a étreint dans ses bras en pleurant.

Hajah Zainab

Hajah Zainab pleurait pour deux raisons : elle avait pitié de moi alors que je devais me battre contre un ordre d’expulsion du Caire – qui n’avait aucune autre raison d’être que le fait que j’étais Palestinien à une époque où Yasser Arafat soutenait Saddam Hussein alors que Hosni Mubarak avait choisi de s’allier aux États-Unis. J’étais de plus en plus désespéré et je craignais de devoir affronter les services de renseignement israéliens, le Shin Bet, qui ne manqueraient pas de me convoquer dans leurs bureaux à la minute même ou je franchirais à nouveau la frontière de Gaza. L’autre raison était que le fils unique de Hajah Zainab, Ahmad, avait trouvé la mort dans le Sinaï en combattant les Israéliens.

Les Égyptiens de la génération de Zainab percevaient les guerres qui avaient mis leur pays aux prises avec Israël, en 1948, 1956 et 1967 comme des guerres dans lesquelles la Palestine était une cause centrale. Ni les politiques auto-centrées ni le conditionnement par les médias n’ont jamais pu changer cela. Mais la guerre de 1967 fut une défaite absolue. Grâce à un soutien direct et massif des États-Unis et d’autres puissances occidentales, Israël avait sèchement battu les armées arabes, sur trois fronts différents. Gaza, Jérusalem-Est et la Cisjordanie furent perdus, de même que les hauteurs du Golan, la vallée du Jourdain et le Sinaï.

C’est à ce moment que les relations entre certains pays arabes et la Palestine ont commencé à changer. La victoire d’Israël et le soutien inlassable des États-Unis et de l’Occident ont convaincu certains gouvernements arabes qu’il leur fallait revoir leurs attentes à la baisse, en espérant que les Palestiniens en feraient autant.

L’Égypte, qui avait porté fièrement le flambeau du nationalisme arabe, succomba à un sentiment d’humiliation collective, et par la suite redéfinit ses priorités en cherchant à obtenir la libération de son propre territoire de l’occupation israélienne. Privés du leadership essentiel de l’Égypte, les pays arabes se sont divisés, chaque gouvernement ayant ses propres objectifs. La totalité de la Palestine se trouvant sous contrôle israélien, les Arabes ont lentement pris leurs distances avec une cause qu’ils avaient pourtant considérée longtemps comme la cause centrale de la Nation arabe.

La guerre de 1967 a aussi mis un terme au dilemme de l’indépendance de l’action des Palestiniens par rapport à divers pays arabes qui l’avaient détournée. Qui plus est, cette guerre a concentré l’attention sur la Cisjordanie et Gaza, et a permis au Fatah, la faction palestinienne, de fortifier sa position à la lumière de la défaite arabe et des divisions qui en ont découlé.

Cette division a été particulièrement mise en évidence en août 1967, lors du sommet de Karthoum, où les leaders du monde arabes se sont affrontés à propos des priorités et de définitions. Les gains territoriaux israéliens devaient-ils redéfinir le statu quo ? Les Arabes devaient-ils mettre l’accent sur un retour à la situation d’avant 1967 ou à celle d’avant 1948, lors de la première occupation de la Palestine historique et du nettoyage ethnique visant les Palestiniens ?

Le 22 novembre 1967, le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopta la résolution 242, qui reflétait le souhait de l’administration étatsunienne du Président Johnson, qui voulait capitaliser sur le nouveau statu quo : le retrait d’Israël “from occupied territories” [1] en échange d’une normalisation des relations avec Israël. Le nouveau langage, dans la période suivant immédiatement la guerre de 1967, alarma les Palestiniens, qui se rendirent compte que tout accord futur était susceptible de faire l’impasse sur la situation qui existait avant la guerre.

Finalement, l’Égypte combattit et célébra sa victoire dans la guerre de 1973, qui lui permit de consolider son contrôle sur la majeure partie de ses territoires perdus. Quelques années plus tard, les Accords de Camp David, en 1979, ont encore accentué la division parmi les pays arabes, et mirent officiellement fin à la solidarité de l’Égypte avec les Palestiniens, tout en garantissant au pays arabe le plus peuplé un rétablissement sous condition de sa souveraineté sur son propre territoire dans le Sinaï. On ne saurait trop souligner les répercussions négatives de cet accord. Néanmoins, en dépit du temps qui a passé, le peuple égyptien n’a quant à lui jamais accepté vraiment la normalisation des relations avec Israël.

En Égypte, un gouffre persiste entre le gouvernement, dont le comportement est basé sur des urgences politiques et l’instinct de conservation, et le peuple qui, en dépit d’une intense campagne médiatique contre les Palestiniens, est toujours décidé à rejeter la normalisation avec Israël aussi longtemps que la Palestine n’aura pas été libérée. Contrairement à un cirque médiatique abondamment financé qui démonise Gaza depuis quelques années, ceux qui partagent l’avis de Hajah Zainab ont peu de possibilités d’exprimer ouvertement leur solidarité avec les Palestiniens. Dans mon cas, j’ai eu la chance de rencontrer la concierge vieillissante qui, tant d’année après, pleurait à la fois pour la Palestine et pour la mort de son fils unique.

Néanmoins, des personnages comme Zainab, j’en ai rencontré des réincarnations de nombreuses fois au cours de mes voyages. Je l’ai rencontrée en Irak en 1999. Elle était une vieille vendeuse de légumes vivant à Sadr City. Je l’ai rencontré en Jordanie en 2003. Elle était un chauffeur, avec un drapeau palestinien accroché à son rétroviseur déglingué. Elle était aussi un journaliste saoudien à la retraite, que j’ai rencontré à Jeddah en 2010, une étudiante marocaine que j’ai rencontrée à Paris en 2013, au cours d’une tournée de conférences. Elle avait à peine plus de 20 ans. Après mon intervention, elle me raconta en sanglotant que la Palestine reste pour son peuple une blessure qui suppure. “Je prie chaque jour pour une Palestine libre”, me dit-elle, “tout comme mes vieux parents le faisaient dans chacune de leurs prières”.

Hajah Zainab c’est aussi l’Algérie, toute l’Algérie. Quand l’équipe nationale palestinienne de football a rencontré son homologue algérienne, en février dernier, un phénomène étrange et sans précédent en a laissé plus d’un perplexe. Les supporters algériens, qui figurent parmi les plus ardents des amoureux du football où que ce soit, n’ont pas cessé d’acclamer les Palestiniens, sans arrêter. Et quand l’équipe de Palestine a marqué un but, ce fut comme si les gradins s’enflammaient. Le stade plein à craquer explosa d’un chant intense à la gloire de la Palestine. Et de la Palestine seule.

Alors, les Arabes ont-ils trahi la Palestine ?

C’est une question que l’on entend souvent, et souvent on y répond par l’affirmative : “oui, ils l’ont trahie”. Les médias égyptiens, prenant les Palestiniens de Gaza pour boucs émissaires, les Palestiniens de Yarmouk, en Syrie, affamés et pris pour cible, naguère la guerre civile au Liban, les mauvais traitements infligés aux Palestiniens au Koweit en 1991 [2] et, plus tard, en Irak en 2003, sont souvent cités en exemple. Aujourd’hui, d’aucuns insistent sur le fait que ce qu’on a appelé “le printemps arabe” a représenté le dernier clou du cercueil de la solidarité arabe avec la Palestine.

Je m’inscris en faux. L’émergence de l’infortuné “printemps arabe” a été un abandon, sinon une trahison, non juste des Palestiniens mais de la majorité des Arabes. Le Monde arabe s’est transformé en un gigantesque terrain d’affrontements pour de sales jeux politiques entre vieux et nouveaux rivaux. Et si les Palestiniens en ont été victimes, c’est aussi le cas des Syriens, des Égyptiens, des Libyens, des Yéménites et d’autres.

Il faut faire une distinction claire entre ce que peut désigner le mot “Arabes”. “Arabes”, cela peut désigner des gouvernement non-élus, tout aussi bien qu’une vieille femme pleine de gentillesse qui gagne 2 dollars par jour dans un hôtel crasseux du Caire. “Arabes”, cela peut désigner des élites occidentalisées [NdT : “emboldened elites”, littéralement “élites enhardies”] qui ne se soucient que de la préservation de leurs propres privilèges et de leur fortune, sans aucun égard ni pour la Palestine ni pour leur propre nation, mais aussi une multitude de gens, divers, uniques, engagés, opprimés, qui à ce moment de l’histoire sont rongés par le souci de leur propre survie et qui se battent pour la liberté.

Notes :

[1] la résolution 242 prévoit, dans sa version anglaise, le retrait des troupes israéliennes “from occupied territories”, ce qui en français peut se traduire aussi bien par “de territoires occupés” que par “des territoires occupés”. La première traduction, contrairement à la seconde, n’implique en rien l’idée d’un retrait de la totalité des territoires en question. Selon les règles en vigueur aux Nations Unies, les versions anglaise et française font également foi (la première pour des raisons de rapports de force de l’après-guerre 40-45, la seconde en vertu des traditions diplomatiques occidentales). Selon qu’ils soutiennent le colonialisme sioniste ou les droits des peuples, les différents pays adoptent l’une ou l’autre traduction, sans qu’on puisse trouver dans le texte lui-même le moyen de trancher entre les interprétations qui en découlent. C’est d’ailleurs probablement cette ambiguïté intrinsèque du texte qui avait permis qu’il soit adopté à l’époque par le Conseil de Sécurité, chacun des pays membres y voyant ce qu’il voulait y voir. – NDLR

[2] Environ 300.000 Palestiniens vivaient au Koweit à l’époque où Yasser Arafat apporta son soutien à Saddam Hussein dans le différend qui l’opposait au Koweit à propos de l’exploitation de champs pétrolifères frontaliers, qui déboucha sur l’invasion du Koweit par l’Irak (avec ce que Saddam Hussein avait cru, à tort, pouvoir interpréter comme une approbation tacite par les États-Unis). – NDLR

Résistance au colonialisme: Comprendre l’ethnocide des Palestiniens…

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Cet article explique le processus ethnocidaire des états coloniaux. Ce qui est énuméré ici pour la Palestine s’applique tout aussi bien pour toutes les populations autochtones victimes d’une colonisation a ctive comme le furent et le sont toujours les Amérindiens, du Canada et des Etats-Unis, d’Amérique centrale et latine, les Aborigènes d’Australie ou les Maoris de Nouvelle-Zélande. La feuille de route du schéma colonial fut quasiment identique en Afrique.

Par extrapolation et sous ce même schéma, ces principes sont appliqués également par le groupe économiquement et politiquement dominant des sociétés occidentales sur la majorité elle dominée socialement, politiquement et culturellement en occident même et ailleurs. En cela, comme nous l’avons déjà dit ici à maintes reprises: Nous sommes tous des colonisés et à ce titre, devons nous unir contre la dictature colonialiste de la minorité hégémonique.

— Résistance 71 —

 

Palestine étude d’un vol historique et culturel

Roger Sheety

5 avril 2016

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15980

L’appropriation culturelle des livres, de la musique, de l’art, de la cuisine et de l’habit traditionnel a été utilisée par les sionistes comme une arme contre les Palestiniens.

Le vol et l’appropriation de la culture et de l’histoire des peuples autochtones sont des caractéristiques typiques communes aux États colonialistes modernes, qui l’accomplissent généralement une fois que la population autochtone en question a été éliminée, dépossédée ou apparemment vaincue, ce qui permet de le faire sans risque. L’État colonialiste d’« Israël », construit sur les ruines de la Palestine et suite à l’expulsion de la majorité de sa population autochtone en 1948 et après, ne fait pas exception.

Cependant, le vol israélien de tout ce qui est palestinien ne découle pas simplement de notions malavisées de nationalisme ou d’un orgueil enfantin, comme cela est souvent avancé par les apologistes occidentaux, mais plutôt d’une orientation politique consciente de l’État qui cherche à effacer la Palestine de la mémoire historique, en particulier dans le discours occidental. En effet, le nettoyage ethnique continu qui élimine les Palestiniens de leur patrie historique va de pair avec le vol des terres, des maisons, de l’histoire et de la culture palestiniennes. C’est une composante essentielle d’un plus grand projet sioniste à long terme d’éradication totale de la nation palestinienne, l’effaçant littéralement de l’histoire tout en prenant sa place.

Cet effacement a été désigné à juste titre comme un mémoricide par l’historien Ilan Pappé dans Le Nettoyage ethnique de la Palestine. Nur Masalha, développant davantage, écrit : « Les mythes fondateurs d’Israël ont imposé l’élimination conceptuelle des Palestiniens avant, pendant et après leur élimination physique en 1948 […] La désarabisation de la Palestine, l’effacement de l’histoire palestinienne et l’élimination de la mémoire collective des Palestiniens par l’État d’Israël ne sont pas moins violents que le nettoyage ethnique des Palestiniens en 1948 et de la destruction de la Palestine historique : cette élimination est au cœur de la construction d’une identité collective hégémonique israélo-judéo-sioniste au sein de l’État d’Israël. » (The Palestine Nakba, p. 89).

Ainsi, le vol de la Palestine et de sa culture comporte deux éléments essentiels imbriqués : l’élimination/effacement des Palestiniens et une hypothèse concomitante de nativité ou de « droit de naissance » pensé dans des termes sionistes anglo-européens. Au cours des soixante-sept dernières années, ces pratiques éhontées d’effacement et de vol ont été principalement menées à bien par deux méthodes : la violence brutale (en d’autres termes, le terrorisme) et la propagande médiatique de masse.

La Nakba : destruction physique/vol physique

Entre 1947 et 1949, au moins 800 000 Palestiniens, dont la majorité de la population arabe autochtone de Palestine à l’époque, ont été chassés de leurs maisons suite à un nettoyage ethnique perpétré par des milices sionistes composées de colons européens et russes, et aidées par les impérialistes britanniques. Les centres urbains palestiniens majeurs de la Galilée au nord jusqu’au Naqab (rebaptisé « Néguev » par les sionistes) au sud ont été vidés de leurs habitants. Au cours de cette période de seulement trois ans, ce sont également quelque 531 villes et villages palestiniens qui ont subi simultanément un nettoyage ethnique, avant d’être rasés par le nouvel État israélien. Moshe Dayan, originaire d’Ukraine, s’en est vanté plus tard :

« Des villages juifs ont été construits en lieu et place de villages arabes. Vous ne connaissez même pas le nom de ces villages arabes, et je ne vous le reproche pas, parce que les livres de géographie n’existent plus. Et non seulement ces livres n’existent plus, mais les villages arabes non plus. Nahalal a été érigée à la place de Mahaloul, le kibboutz Gvat à la place de Jebata, le kibboutz Sarid à la place de Huneifis, et Kfar Yehoshua à la place de Tal al-Shuman. Il n’y a pas un seul endroit construit dans ce pays qui n’a pas eu une ancienne population arabe. » (Haaretz, 4 avril 1969).

On connaît peut-être moins le fait que, pendant cette même période, des dizaines de milliers de livres, de peintures, d’enregistrements musicaux, de meubles et d’autres objets ont également été pillés par les milices sionistes dans les maisons, bibliothèques et locaux gouvernementaux palestiniens. Comme l’ont montré Benny Brunner et Arjan El Fassed dans leur film The Great Book Robbery, au moins 70 000 livres palestiniens ont été volés à leurs propriétaires. Le documentaire montre que ce vol n’était pas un simple sous-produit accidentel de la guerre, mais plutôt un acte délibéré pourvu d’un objectif spécifique :

« Pendant des décennies, la propagande sioniste et israélienne a décrit les Palestiniens comme des « individus sans culture ». Ainsi, l’État israélien victorieux s’est chargé de civiliser les Palestiniens qui sont restés à l’intérieur de ses frontières à la fin de la guerre de 1948. Ils ont eu l’interdiction d’étudier leur propre culture ou de se souvenir de leur passé immédiat ; leur mémoire était considérée comme une arme dangereuse qui devait être supprimée et contrôlée. »

1948 n’allait cependant pas être la dernière fois que les forces israéliennes volaient et détruisaient des livres et autres productions culturelles palestiniennes. En 1982, pendant leur occupation du Liban, les troupes d’invasion israéliennes ont pris d’assaut des maisons, des bureaux et des bibliothèques appartenant à des Palestiniens et sont reparties avec des milliers de livres, de films et d’autres documents témoignant de l’histoire palestinienne. Cette pratique courante des forces d’occupation israéliennes se poursuit aujourd’hui, notamment en Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza, régions occupées en 1967, tout comme le plateau du Golan syrien et le Sinaï égyptien.

La signification de ce vol n’est pas difficile à comprendre. Incapable d’assimiler l’histoire palestinienne réelle et archivée (qui était et reste le plus souvent en arabe) dans son histoire montée de toutes pièces, Israël choisit tout simplement de la détruire, de la cacher physiquement, tout en inventant et en diffusant simultanément un récit féerique de la Palestine, présentée comme une terre vierge, une « terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Par conséquent, la destruction de villages palestiniens, le nettoyage ethnique de villes palestiniennes, le bombardement aérien des camps de réfugiés palestiniens et le pillage de livres palestiniens mènent tous à la même intersection : ce qui ne peut être absorbé dans la mythologie sioniste doit être éradiqué.

Objets palestiniens : une réécriture de l’histoire

La croyance sioniste selon laquelle les juifs modernes européens et russes (et d’ailleurs tous les juifs du monde entier) sont en quelque sorte les descendants directs d’anciennes tribus de langue hébraïque qui vivaient sur un autre continent il y a environ deux millénaires et peuvent donc revendiquer la Palestine, son histoire et sa culture, serait complètement risible si les conséquences politiques de cette idéologie féerique n’étaient pas si tragiques. Le fait que cette croyance raciste, propagée par les antisémites tout comme par les sionistes, est acceptée comme une vérité évidente qui ne mérite même pas d’être remise en question pour la plupart des grands médias occidentaux, témoigne certainement des décennies de propagande sioniste et du contexte honteux de paresse journalistique et de pensée uniforme qui est désormais devenu la norme.

Un exemple typique apparaît dans l’article du Huffington Post intitulé « Découverte de bijoux anciens israéliens lors de fouilles archéologiques » (« Israel Ancient Jewelry Uncovered in Archeological Dig »). Selon l’article, « des archéologues israéliens ont découvert un trésor rare composé de bijoux datant de 3 000 ans, dont une bague et des boucles d’oreilles, cachés dans une cruche en céramique, près de la cité antique de Megiddo, où le Nouveau Testament prédit la bataille finale d’Armageddon. » Selon les suppositions d’Israël Finkelstein, qui a codirigé les fouilles, « les bijoux appartenaient probablement à une famille cananéenne ». Cela pourrait bien avoir été le cas, mais l’hypothèse incontestée dans tout l’article est que ces bijoux sont en quelque sorte israéliens. (Notez également comment un conte biblique associé à la cité antique palestinienne de Megiddo est mentionné comme si cela était d’une quelconque pertinence.)

En 1919, l’Organisation sioniste mondiale (OSM) a officiellement présenté une carte de son futur État d’« Israël » à la Conférence de paix de Paris. Cette carte comprenait non seulement l’intégralité de la Palestine, mais aussi le sud du Liban, le sud-ouest de la Syrie dont le plateau du Golan, d’importantes parties de l’ouest de la Jordanie, ainsi que des parties du Sinaï en Égypte. Pour les besoins du raisonnement, supposons que ce désir colonial de l’OSM ait été assouvi, au moins dans le cas du Liban. Tous les objets anciens trouvés dans le sud du Liban occupé deviendraient-ils alors « israéliens » ? Qu’en est-il du Golan syrien qui reste aujourd’hui occupé ? Les objets qui y sont trouvés sont-ils aujourd’hui en quelque sorte « israéliens » ? Et que dire du Sinaï égyptien, territoire qu’Israël a occupé de 1967 à 1979 ? Les reliques anciennes découvertes au cours de la période d’occupation étaient-elles « israéliennes » ? Et ont-elles arrêté de devenir « israéliennes » après que l’État sioniste a restitué le territoire volé à l’Égypte ?

Étant donné que toute la Palestine n’a pas moins été volée que le Sinaï autrefois occupé et le Golan syrien actuellement occupé, qu’y a-t-il exactement de si « israélien » dans ces bijoux anciens qui font l’objet de l’article du Huffington Post, outre les affirmations non fondées de son auteur qui ignore complètement l’histoire palestinienne ? La réécriture sioniste/européenne de l’histoire ancienne de la Palestine est si flagrante et omniprésente qu’elle est presque invisible. Non seulement les sionistes réécrivent l’histoire palestinienne, y inventant une place pour eux-mêmes, mais ils éliminent les Palestiniens autochtones aussi bien physiquement que théoriquement. Brandissant l’histoire comme une arme, ce type de propagande utilise la forme de censure la plus courante et la plus paresseuse, celle de la simple omission.

Cette forme particulière de vol culturel ne se limite cependant pas à la Palestine. Contre tout élément de preuve historique, Israël continue de combiner son idéologie politique raciste et sa raison d’être que constitue le sionisme, une création exclusivement européenne, avec le judaïsme, une religion universelle originaire du monde arabe. Ainsi, les sionistes peuvent par exemple justifier le vol d’archives judéo-irakiennes, ou affirmer que des documents juifs vieux de mille ans et originaires d’Afghanistan appartiennent à l’État sioniste. L’hypothèse est que dès qu’un document contient du texte écrit en hébreu ou même en araméen, il doit en quelque sorte appartenir à « Israël », et non au pays où il a été trouvé en réalité. Il ne vient jamais à l’esprit de l’auteur de l’article d’Haaretz qu’un document de mille ans découvert en Afghanistan n’a absolument rien à voir avec un État colonialiste européen créé en 1948 au-dessus de la Palestine. À moins que les frontières non déclarées d’Israël se soient maintenant étendues à l’Afghanistan ?

L’habit palestinien/arabe

Les femmes palestiniennes peuvent à juste titre être fières de l’habit traditionnel arabe, comme quiconque le serait de ses créations. Ces habits, foulards et autres accessoires incroyablement complexes, brodés à la main, sont profondément enracinés dans le monde arabe, en particulier en Grande Syrie. Le savoir-faire permettant d’élaborer ces créations a été transmis de génération en génération, et leur authenticité ainsi que leur caractère artistique ne font aucun doute. La robe palestinienne, en particulier, est si raffinée que l’on peut identifier son lieu d’origine en Palestine uniquement à partir des couleurs et des motifs de la broderie.

Hanan Karaman Munayyer, historienne et scientifique spécialiste des vêtements palestiniens, retrace « les origines des atours protopalestiniens depuis l’époque cananéenne (vers 1500 av. J.-C.), période durant laquelle des peintures égyptiennes représentaient des Cananéens parés d’habits en forme de « A ». Cette silhouette distinctive peut être observée dans une gravure en ivoire de 1200 av. J.-C. originaire de Megiddo (Palestine), et est identifiée comme une « tunique syrienne » » (« Sovereign Threads », Pat McDonnell Twair, PalestineHeritage.org). En bref, ce sont des œuvres d’art vivantes qui portent dans leurs mailles des milliers d’années de mémoire culturelle autochtone.

Pourtant, même l’habit palestinien n’a pas été à l’abri des pratiques éhontées de vol et d’appropriation des Israéliens. Dans son superbe ouvrage Hidden Histories : Palestine and the Eastern Mediterranean, Basem Ra’ad écrit :

« Un livre israélien consacré à la broderie, Arabesque : Decorative Needlework from the Holy Land, commence avec l’ »époque biblique » et se termine avec des photographies d’adultes et d’enfants israéliens portant les vêtements brodés de villageois palestiniens (qui provenaient pour beaucoup de villages que les Palestiniens ont été contraints de fuir en 1948). Ces Israéliens se sont mis en scène pour ces photos. Le livre ne fait pas que s’approprier une forme artistique palestinienne : il l’imite. L’euphémisme faisant allusion à la « Terre Sainte » aide à camoufler la véritable origine palestinienne de cette forme unique d’art villageois » (p. 128).

Comme Ra’ad le constate dans tout son ouvrage, les œuvres culturelles israéliennes ne comportent souvent aucune mention des Palestiniens, ce qui les rend ainsi invisibles. Une forme plus récente et tout aussi scandaleuse d’appropriation a été relevée dans un article de Ma’an News qui décrit le vol de keffiehs arabes. Bien que répandu dans le monde arabe, le keffieh est devenu un symbole de résistance palestinienne pendant la Grande Révolte arabe de 1936-1939, lorsque la majorité des Palestiniens s’est levée contre l’occupation des Britanniques et de leurs alliés coloniaux sionistes. Le fait que les sionistes choisissent aujourd’hui de s’approprier ce symbole pour tenter lamentablement d’en faire le leur est encore un autre exemple d’une ignorance de l’histoire arabe tout comme d’un manque total d’imagination.

La cuisine palestinienne/arabe

Qu’y a-t-il de plus fondamental pour chaque peuple et sa culture que sa nourriture ? Le vol de la cuisine palestinienne par l’État sioniste est tout aussi éhonté que son vol de la terre palestinienne. En effet, la cuisine étant si intrinsèquement liée à la géographie, ces deux composantes constituent en réalité une seule et même entité. Les oranges de Jaffa, les olives et l’huile d’olive, le houmous, le taboulé, l’arak, les falafels, le kebbeh et presque tout autre type d’aliments, de boissons et d’ingrédients arabes originaires de Palestine, du Liban, de Syrie, d’Égypte, d’Irak et du reste du monde arabe, deviennent tout d’un coup « israéliens » dans les différents médias de l’État et à travers ses défenseurs occidentaux, sans que leurs véritables origines soient reconnues.

Prenez par exemple cet article du Jerusalem Post qui stipule que l’arak est un produit « autochtone israélien ». « Le spiritueux le plus vendu en Israël est peut-être la vodka, mais son spiritueux autochtone est l’arak », affirme l’auteur. Notez également que plusieurs pays de la région sont cités (Turquie, Grèce, Liban, Jordanie), mais que la Palestine reste en quelque sorte hors de la mémoire de l’auteur. Il s’agit là d’une stratégie typique d’appropriation et d’usurpation culturelle des sionistes : faire la liste des pays et des cultures voisines comme s’ils en faisaient partie, sans mentionner toutefois le pays qu’ils ont détruit et dont ils ont volé la culture. Il faut également se demander comment un État colonial établi en 1948 par des Européens peut revendiquer une cuisine arabe autochtone qui existait plusieurs millénaires avant même sa naissance. Peut-être est-ce là un autre exemple des légendaires « miracles d’Israël ».

Prenez également l’exemple du falafel, présenté par Israël comme son plat « national », une affirmation répétée dans d’innombrables livres et blogs de cuisine, et même dans des articles universitaires. « Ce qui distingue le cas du falafel de celui du riz et du vin, c’est notre accès à ses origines historiques, écrit Yael Raviv. Le falafel n’a pas été intégré dans la société israélienne par un processus long, lent et naturel. Sa transformation en une icône de la culture israélienne a au contraire été précipitée et délibérée. Dans sa recherche urgente de symboles d’unité, le mouvement nationaliste a trouvé le falafel et en a fait un signe de fierté israélienne. » Cet extrait est un exemple remarquable de sophisme anhistorique. Comment le falafel, qui existait bien avant « Israël », peut-il exactement être un « signe de fierté israélienne », sauf s’il s’agit d’être fier d’un vol culturel ?

Dans un moment d’honnêteté rafraîchissant, Gil Hovav reconnaît : « Bien sûr que c’est arabe. L’houmous est arabe. Le falafel, notre plat national, notre plat national israélien, est complètement arabe, et cette salade que nous appelons salade israélienne est en fait une salade arabe, une salade palestinienne. Ainsi, nous leur avons plus ou moins tout volé. » Bien qu’il soit toujours appréciable d’entendre des sionistes reconnaître leurs vols divers et variés, enlever la locution apologétique « plus ou moins » nous aurait permis de nous rapprocher considérablement de la vérité.

La défense ou l’apologie habituelle répond cependant qu’il s’agit d’une question futile : ce n’est que de la nourriture, après tout. Malheureusement, les affirmations israéliennes quant à l’invention de la cuisine palestinienne et arabe sont utilisées à des fins nettement politiques, afin de marginaliser, de discréditer et au final de déposséder le peuple palestinien. Est-ce Golda Meir (née Golda Mabovitch), d’origine russe, qui a inventé le houmous ? Est-ce David Ben Gourion (née David Grün), d’origine polonaise, qui a élaboré la recette du taboulé ? Est-ce peut-être la famille de l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahou (à l’origine Ben Mileikowsky) qui a créé le falafel ? Aussi ridicules que soient ces questions, c’est essentiellement ce que les sionistes nous demandent de croire quand ils se réfèrent à de la nourriture arabe en la qualifiant d’« israélienne ».

L’agriculture et la terre palestiniennes

Une invention historique sioniste courante encore diffusée aujourd’hui consiste à affirmer que « les Israéliens ont fait fleurir le désert [palestinien] ». Selon cette histoire à dormir debout, la Palestine était un endroit horrible et stérile jusqu’à ce que les juifs européens arrivent avec leur technologie et leur savoir-faire supérieurs, faisant ensuite fleurir la Palestine. C’est seulement à ce moment-là, poursuit ce récit capillotracté, que ces pauvres Arabes sont arrivés (d’autres pays, bien évidemment) pour trouver du travail dans cette nouvelle terre, verte et florissante. Récemment, lors de la campagne électorale américaine de 2012, des bigots ouvertement anti-palestiniens tels que Newt Gingrich et Mitt Romney répétaient tels des perroquets cette fiction anhistorique pour essayer de marquer facilement des points politiques.

Voici toutefois quelques faits historiques permettant de contrer ce conte de fées raciste. En 1901, le Fonds national juif a été fondé à Bâle (Suisse) dans le but explicite d’acheter des terres en Palestine en vue d’une colonisation juive exclusivement européenne. En 1948, près d’un demi-siècle plus tard, ils avaient réussi à acheter moins de 7 % du territoire palestinien, principalement à des propriétaires absents vivant hors de la Palestine. En d’autres termes, l’entreprise a été un échec : de manière compréhensible, les Palestiniens n’allaient pas abandonner la propriété légitime de leurs terres, quel qu’en fût le prix.

Pourquoi est-ce important ? Lorsque la Grande-Bretagne a envahi et occupé la Palestine de 1917 à 1948, les Britanniques sont venus non seulement avec leur armée et leur sauvagerie caractéristique, mais aussi avec leurs géomètres et leurs chercheurs, dont la tâche principale était de produire des informations sur le pays qu’ils se retrouvaient à occuper. Ces informations permettaient de remplir des volumes importants de livres renvoyés pour être consommés par le public britannique, ainsi que pour justifier les projets impérialistes de son gouvernement à l’étranger. Un de ces volumes est A Survey of Palestine, un ouvrage de 1 300 pages publié en décembre 1945.

Brillamment résumée par le site web Lawrence of Cyberia, cette étude révèle que les Palestiniens ont produit la grande majorité de la production agricole de la Palestine jusqu’en 1948, dont « 92 % de ses céréales, 86 % de ses raisins, 99 % de ses olives, 77 % de ses légumes, 95 % de ses melons, 99 % de son tabac et 60 % de ses bananes ». Sami Hadawi, dans Village Statistics of 1945 : A Classification of Land and Area ownership in Palestine, a présenté des résultats similaires. D’un point de vue agricole, cela n’a tout simplement aucun sens d’affirmer que les colons sionistes, qui étaient à l’époque minoritaires, qui étaient des propriétaires fonciers minoritaires et qui n’étaient que récemment arrivés en Palestine, ont transformé d’un jour à l’autre un supposé désert en un lit de fleurs.

La réalité est que ce sont les Palestiniens qui ont fait fleurir la Palestine à travers des siècles de labeur et de travail acharné, et non les colons étrangers récemment arrivés d’Europe, de Russie, et, plus tard, des États-Unis et d’ailleurs. Tels sont les faits enregistrés en 1948 à la fois par les Palestiniens autochtones et par leurs occupants britanniques. Ceux qui croient à la magie et aux contes de fées, par contre, peuvent toujours retrouver le confort des mythes sionistes et d’Hollywood.

Conclusion : la corde du mensonge est courte

Les livres, la musique, l’art, la cuisine et l’habit sont ce qui constitue l’essence de la culture et de l’histoire d’un peuple. Les revendications culturelles d’Israël sur la Palestine sont aussi vides de sens que ses revendications territoriales : Israël s’est emparé de ces deux composantes et continue de s’en emparer par la force et l’invention. Le Dr Fayez Sayegh, intellectuel palestinien, expliquait autrefois qu’« Israël existe parce que la Palestine a été contrainte à ne pas exister ». Sayegh ne parlait pas seulement du territoire, mais aussi de l’ensemble de la nation palestinienne qui, naturellement, comprend également ses productions culturelles. Le sionisme, comme tous les autres mouvements européens colonialistes, utilise le vol culturel et historique comme une arme clé dans sa guerre visant à éliminer les Palestiniens autochtones.

L’illusion d’Israël qui veut que la culture palestinienne lui appartienne ne diffère pas du fantasme selon lequel Israël se trouve en quelque sorte en Europe, et non au cœur du monde arabe. Le vol continu de la culture palestinienne en particulier, et de la culture arabe en général, est un reflet accablant de son propre caractère artificiel, de sa pauvreté d’esprit et, en effet, de son illégitimité même. Un proverbe palestinien dit que « la corde du mensonge est courte » : en d’autres termes, un mensonge finit tôt ou tard par être révélé. Le but du projet sioniste en Palestine, à savoir effacer la Palestine de l’histoire et prendre sa place par tous les moyens possibles, est une évidence pour les Palestiniens quasiment depuis sa création ; il est temps que le reste du monde s’en rende compte. Par souci de justice et de décence élémentaire, il est également grand temps de rendre hommage à ceux qui le méritent.