Archive pour OTAN opération Gladio

Terrorisme d’État: l’Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord prépare une vague d’attentats en Europe (Réseau Voltaire)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, gilets jaunes, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 31 décembre 2018 by Résistance 71

Nous avons relayé l’info de RT France sur ce gendarme ex-légionnaire interpellé par la douane gare de Lyon avec des explosifs et avions éclairé la piste OTAN / Gladio 2.0

Ne jamais oublier ceci:
OTAN = Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord

et aussi que, comme le disait Guy Debord en 1988: « L’histoire du terrorisme est écrite par l’État, elle est donc éducative »… Le même Debord disait plus loin dans ce même ouvrage (« Commentaires sur la société du spectacle », 1988): « Et c’est ainsi qu’en Italie, lorsque Aldo Moro était prisonnier de la Potere Due [Loge P2] ; il n’a pas été détenu dans un bâtiment plus ou moins introuvable, mais simplement dans un bâtiment impénétrable. »

~ Résistance 71 ~

 


Gladio 2.0 = Stratégie de la Tension 2.0

 

L’OTAN prépare une vague d’attentats en Europe

 

Réseau Voltaire

 

31 décembre 2018

 

url de l’article: http://www.voltairenet.org/article204559.html

 

Plusieurs sources, situées dans des pays différents, nous signalent que l’Otan prépare des attentats dans des pays de l’Union européenne.

Durant les « années de plomb » (c’est-à-dire de la fin des années 60 à celle des années 80), les services secrets de l’Otan ont mis en œuvre la « stratégie de la tension ». Il s’agissait d’organiser des attentats sanglants, attribués aux extrêmes, afin d’instaurer un climat de peur et d’empêcher la constitution de gouvernements d’alliance nationale incluant les communistes. Simultanément, l’Otan (prétendument défenseur de la « démocratie ») organisa des coups d’État ou tentatives de coups d’État en Grèce, en Italie et au Portugal.

Les services secrets de l’Otan avaient été composés par les Etats-Unis et le Royaume-Uni à partir du Bureau de coordination politique de la CIA. Ils ne rendaient compte qu’à Washington et à Berlin, et pas aux autres membres de l’Alliance atlantique. Ces services étaient dits stay-behind, car susceptible d’agir en cas d’occupation par l’URSS, et intégraient les meilleurs spécialistes de la lutte anti-communiste du Reich nazi.

Des services similaires avaient été créés par les Anglo-Saxons partout dans le monde, soit comme conseiller des gouvernements pro-US, soit clandestinement en URSS et dans les Etats qui lui étaient associés. Ils étaient coordonnés à travers la Ligue anti-communiste mondiale. En 1975, trois commissions US levèrent le voile sur ces pratiques —la Commission Church au Sénat, Pike à la Chambre et Rockfeller à la Maison-Blanche—. En 1977, le président Jimmy Carter nomma l’amiral Stansfield Turner à la tête de la CIA pour nettoyer les services secrets. En 1990, le président du Conseil italien, Giulio Andreotti, révéla l’existence de la branche des services secrets de l’Otan en Italie, le Gladio. Il s’en suivit un gigantesque déballage et des commissions d’enquête parlementaires en Allemagne, Belgique et Italie. l’ensemble du système aurait alors été dissous.

Cependant, des années plus tard, nous avons relevé des indices probants de la responsabilité de l’Otan dans les attentats de Madrid du 11 mars 2004 et de Londres du 7 juillet 2005.

C’est dans ce contexte qu’en France, un gendarme mobile et ancien légionnaire a été arrêté, le 23 décembre 2018, en gare de Lyon (Paris), alors qu’il transportait des explosifs. À l’issue de 96 heures de garde à vue, il a été mis en examen.

 


Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord

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OTAN, Opération Gladio et terrorisme d’état… Les tueurs du Brabant au fil du glaive ?…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , on 24 octobre 2017 by Résistance 71

Que ces tueurs firent partie intégrante de l’opération Gladio de l’OTAN (Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord…) des années de plombs était déjà hautement suspecté et admis, la preuve est sûrement en train de se dévoiler. La question est et sera toujours: que va t’on faire de cette information ? Qui a été inculpé, puni pour les opérations Gladio de l’assassinat d’Aldo Moro, de l’attentat de la gare de Bologne etc, etc…  qui va enquêter sérieusement sur ces évènements ? Les états qui en sont responsables ? Qui va enquêter sur l’EIIL/Daesh ? Les états qui en sont responsables et perpétuent le terrorisme d’état généralisé pour maintenir les peuples dans la peur et la division ?

Seul un retour du pouvoir au sein des peuples permettra de faire toute la lumière sur ces sales affaires impliquant l’État terroriste… et à terme aidera à mettre en place un nouveau paradigme politique.

~ Résistance 71 ~

 

Du nouveau sur les tueurs du Brabant

 

Réseau Voltaire

 

23 octobre 2017

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article198476.html 

 

L’affaire des Tueurs du Brabant a été relancée cette semaine par des articles des Het Laatste Nieuws [1] et une émission de télévision de la télévision flamande. Le frère d’un gendarme d’élite, Christian Bonkoffsky, a déclaré que celui-ci lui avait révélé sur son lit de mort être l’un des mystérieux tueurs. Tandis qu’un avocat de victimes a dénoncé les ratées de l’enquête judiciaire.

Entre 1982 et 1985, en Belgique et dans le Nord de la France, des inconnus réalisèrent une série de braquages sans mobile financier, tuant 28 personnes. Ils sont connus comme les « Tueurs du Brabant » ou la « Bande de Nivelles » (Bende van Nijvel). Les magistrats instructeurs, le ministre de la Défense et une commission d’enquête de la Chambre des représentants se heurtèrent au Secret-Défense de l’Otan [2].

Durant les années 80, l’Otan organisa une série d’attentats en Europe sur le modèle de ce qu’elle fit ces dernières années avec des jihadistes.

Les autorités, qui prennent ces révélations très au sérieux, considèrent que cet ancien gendarme de l’unité d’élite Diane correspond au portraits robots de l’époque. Des vérifications attestent qu’il n’était pas physiquement présent à son travail durant les nombreuses attaques. La Justice belge interroge tous les anciens collègues du suspect décédé. Le témoin a également révélé que deux autres ex-membres du groupe Diane étaient venus visiter le suspect à son domicile.

Attentats de Bruxelles… L’opération Gladio 2.0 de l’OTAN suit son cours…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, crise mondiale, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , on 22 mars 2016 by Résistance 71

Résistance 71

22 Mars 2016

Tout d’abord, pensées et condoléances à toutes les familles affectées par ces tragédies de Bruxelles. Condamnation sans appel de ces attentats vils, odieux et d’une lâcheté sans pareille. Une fois de plus, sortir de l’émotionnel ou plutôt ne pas y sombrer est une priorité, plus que jamais.

Nous sommes une fois de plus, nous les peuples, victimes de la stratégie de la tension exercée par intermittence et depuis environ un an avec plus d’intensité, par une oligarchie financière et industrielle qui pousse toujours plus avant sa volonté de contrôle totalitaire sur nos vies. Les opérations des oligarques sous l’égide de l’OTAN ayant échoué en Syrie et en Ukraine, la décision a été manifestement prise de faire monter de plusieurs crans la stratégie de la tension générée par l’idéologie factice et criminelle néconservatrice du « choc des civilisations ».
Le but est de faire passer un à un tous les états d’Europe sous régime d’état d’urgence et de loi martiale, renforçant la grille de surveillance sur les peuples au nom de la « sécurité ». Pas à pas nos libertés peau de chagrin sont rognées pour que tout cela finisse dans les geôles et les camps du goulag qui s’annonce. Nous n’en sommes plus loin.
L’EEIL/Daesh est une création avérée et reconnue des services occidentaux des états de l’OTAN (USA, Turquie, GB, France) + Israël + les monarchies dégénérées du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar et EAU en tête) pour le financement, monarchies qui inondent la France et les pays européens de l’ouest de leur pétrodollar corrupteur. Daesh est Gladio 2.0. Daesh est la nouvelle armée (légion mercenaire pseudo-djihadiste) secrète de l’OTAN, payée pour exécuter les basses besognes et les boucheries de la terreur. Les lampistes qui commettent ces atrocités sont des dupes, manipulés par leur nébuleuse hiérarchique qui finit invariablement par se confondre avec les « services » aux sigles connus se planquant derrière celui de l’EIIL ou EI, Daesh ou quelque soit le nom qu’on lui donne ; tout comme l’entreprise mercenaire Blackwater qui change de nom au fil de ses crimes, Daesh fut tour à tour AQI puis AQIL, puis EIIL puis EI (Daesh), comme Blackwater est devenue Xe, puis Academi. L’envers du décors est tapissé des barbouzes de la CIA, MI6, MIT, DGSE, Mossad, GIP et autres… Les connexions des terroristes avec les services de renseignements font toujours surface, qui peut encore s’en étonner ?
L’oligarchie transnationale a déclaré la guerre aux peuples, nous a déclaré la guerre. Le plan est de nous faire mettre à genoux, de nous soumettre et d’implorer que soit appliquer plus de restrictions, plus de contrôles des populations et mouvements des personnes et des biens, cela est déjà bien en marche… Le but est de nous abrutir de violence aveugle et forcenée pour que nous nous soumettions VOLONTAIREMENT à l’arbitraire, la loi martiale et le goulag au nom de notre SECURITE.
La mise sous tutelle de l’UE sous le joug d’un état d’urgence permanent suivie dans la foulée de l’application du traité de partenariat transatlantique (on l’a oublié celui-là hein ?..) et les peuples d’Europe seront verrouillés dans un goulag en forme de continent où toute dissidence sera réprimée au nom de la SECURITE intérieure. Ceux qu’on appelle « Daesh » ou l’EIIL ne sont que l’outil, le bras armé du chaos imposé qui mènera à la dictature fasciste supranationale, encadrée par les corporations industrielles et banquières transnationales dirigées depuis la City de Londres et Wall Street.
Bienvenue dans la fin de partie qui vous est offerte par Goldman Sachs, Rothschild, Rockefeller & co…

= = =

Opération Gladio (historien suisse Daniele Ganser)

Entretien avec Daniele Ganser, gladio et le terrorisme de l’OTAN

Attentats de Paris et Gladio 2.0

Qui est Daesh ??

Entretien avec l’historien suisse Daniele Ganser sur les armées secrètes de l’OTAN et le terrorisme manipulé…

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Résistance 71

28 Août 2015

Nous mettons ci-dessous en commentaire la vidéo d’un entretien (en français) avec l’excellent et sympathique historien suisse Daniele Ganser, spécialiste de l’OTAN et de ses armées secrètes, sujet sur lequel il a fait sa thèse de doctorat en histoire contemporaine. Nous avons déjà publié certains de ses écrits, son livre sur les armées secrètes de l’OTAN (en fait la publication de sa thèse formatée pour la publication) a été publié chapitre par chapitre il y a quelques années sur le Réseau Voltaire.

Un entretien réalisé par UsfProd à voir et à diffuser sans modération. La vidéo est en 13 parties variant de 3 à 8 minutes pour une durée d’environ une heure. Éteignez la télé et visionnez cet entretien, vous apprendrez bien des choses !

Source: ArrêtsurInfo.ch
http://arretsurinfo.ch/video-interview-de-daniele-ganser-guerres-manipulees-et-terrorisme-detat/

Note: Lorsque vous visionnez la première partie, les autres parties vont s’enchaîner automatiquement vous n’avez rien à faire, cliquez « play » sur le 1er épisode de 1min30 minutes, calez-vous et… restez assis, çà décoiffe !…

L’OTAN ou voir le terrorisme les yeux dans les yeux…

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Le terrorisme non revendiqué de l’OTAN  

Entretien de l’historien suisse Daniele ganser avec la journaliste suisse Silvia Cattori, décembre 2006

Le carnage qui a frappé Charlie Hebdo et l’onde de choc et l’émotion qu’il a soulevés ne doivent pas nous rendre aveugles. Il convient de se garder de toute instrumentalisation. Avec la participation de nombreux chefs d’Etat, la protestation contre cet attentat est en train de se transformer en un sommet de guerre contre un terrorisme que la politique de ces mêmes Etats n’a fait qu’alimenter. Des Etats qui, comme Israël, sont en guerre permanente contre le peuple palestinien sous occupation et contre les pays musulmans qui lui résistent ; ou qui, comme la Turquie, les Etats-Unis et la France, arment les groupes de terroristes « modérés » qui, depuis 2011, décapitent les syriens fidèles au gouvernement Assad. Dans son livre « Les Armées secrètes de l’OTAN », l’historien suisse Daniele Ganser a démontré que des attentats, comme les guerres « contre le terrorisme », peuvent être manipulés.  Qu’il ne faut pas céder aux instrumentalisations visant à susciter la peur et à faire croire que les « terroristes » sont toujours les musulmans. Que la stratégie de la tension est une réalité. Pour preuve, durant 50 ans, dans le cadre de leur guerre contre le communisme, les États-Unis se sont appuyés sur l’OTAN pour organiser en Europe des attentats meurtriers qu’ils ont faussement attribués à la gauche. Cette stratégie visant à susciter la peur de l’islam et à justifier de nouvelles guerres n’est-elle pas en train de se remettre en place ? Nous reproduisons ici quelques extraits des propos, tenus par le Dr. Ganser en décembre 2006, recueillis par la journaliste suisse Silvia Cattori.

 

Silvia Cattori : Votre ouvrage consacré aux armées secrètes de l’Otan [1], s’attache à expliquer ce que la « stratégie de la tension » [2et les « False flags » [3] comportent de grands dangers. Il nous enseigne comment l’Otan, durant la Guerre froide – en coordination avec les services de renseignement des pays ouest-européens et le Pentagone – s’est servi d’armées secrètes, a recruté des espions dans les milieux d’extrême droite, et a organisé des actes terroristes que l’on attribuait à l’extrême gauche. En apprenant cela, on peut s’interroger sur ce qui peut se passer aujourd’hui à notre insu.

Daniele Ganser : C’est très important de comprendre ce que la stratégie de la tension représente réellement et comment elle a fonctionné durant cette période. Cela peut nous aider à éclairer le présent et à mieux voir dans quelle mesure elle est toujours en action. Peu de gens savent ce que cette expression « stratégie de la tension » veut dire. C’est très important d’en parler, de l’expliquer. C’est une tactique qui consiste à commettre soi-même des attentats criminels et à les attribuer à quelqu’un d’autre. Par le terme « tension » on se réfère à la tension émotionnelle, à ce qui crée un sentiment de peur. Par le terme « stratégie », on se réfère à ce qui alimente la peur des gens vis-à-vis d’un groupe déterminé. Ces structures secrètes de l’Otan avaient été équipées, financées et entraînées par la CIA, en coordination avec le MI6 (les services secrets britanniques), pour combattre les forces armées de l’Union Soviétique en cas de guerre, mais aussi, selon les informations dont nous disposons aujourd’hui, pour commettre des attentats terroristes dans divers pays. C’est ainsi que, dès les années 70, les services secrets italiens ont utilisé ces armées secrètes pour fomenter des attentats terroristes dans le but de provoquer la peur au sein de la population et, ensuite, d’accuser les communistes d’en être les auteurs. C’était la période où le Parti communiste avait un pouvoir législatif important au Parlement. La » stratégie de la tension » devait servir à le discréditer, l’affaiblir, pour l’empêcher d’accéder à l’exécutif.

Silvia Cattori : Apprendre ce que cela veut dire est une chose. Mais il reste difficile de croire que nos gouvernements aient pu ainsi laisser l’Otan, les services de renseignement ouest-européens et la CIA agir de façon à menacer la sécurité de leurs propres citoyens !

Daniele Ganser : L’Otan était au cœur de ce réseau clandestin lié à la terreur ; le Clandestine Planning Committee (CPC) et l’Allied Clandestine Committee (ACC) étaient des substructures clandestines de l’Alliance atlantique, qui sont clairement identifiées aujourd’hui. Mais, maintenant que cela est établi, il est toujours difficile de savoir qui faisait quoi. Il n’y a pas de documents pour prouver qui commandait, qui organisait la « stratégie de la tension », comment l’Otan, les services de renseignement ouest-européens, la CIA, le MI6, et les terroristes recrutés dans les milieux d’extrême droite, se distribuaient les rôles. La seule certitude que nous avons est qu’il y avait, à l’intérieur de ces structures clandestines, des éléments qui ont utilisé la « stratégie de la tension ». Les terroristes d’extrême droite ont expliqué dans leurs dépositions que c’était les services secrets et l’Otan qui les avaient soutenus dans cette guerre clandestine. Mais quand on demande des explications à des membres de la CIA ou de l’Otan – ce que j’ai fait pendant plusieurs années – ils se limitent à dire qu’il a peut-être pu y avoir quelques éléments criminels qui ont échappé à leur contrôle.

Silvia Cattori : Ces armées secrètes étaient-elles actives dans tous les pays ouest-européens ?

Daniel Ganser : Par mes recherches, j’ai apporté la preuve que ces armées secrètes existaient, non seulement en Italie, mais dans toute l’Europe de l’Ouest : en France, en Belgique, en Hollande, en Norvège, au Danemark, en Suède, en Finlande, en Turquie, en Espagne, au Portugal, en Autriche, en Suisse, en Grèce, au Luxembourg, en Allemagne. On avait d’abord pensé qu’il y avait une structure de guérilla unique et que, par conséquent, ces armées secrètes avaient toutes participé à la « stratégie de la tension », donc à des attentats terroristes. Or, il est important de savoir que ces armées secrètes n’ont pas toutes participé à des attentats. Et de comprendre ce qui les différenciait car elles avaient deux activités distinctes. Ce qui apparaît clairement aujourd’hui est que ces structures clandestines de l’Otan, communément appelées « Stay behind » [4], étaient conçues, au départ, pour agir comme une guérilla en cas d’occupation de l’Europe de l’Ouest par l’Union soviétique. Les États-Unis disaient que ces réseaux de guérilla étaient nécessaires pour surmonter l’impréparation dans laquelle les pays envahis par l’Allemagne s’étaient alors trouvés.

[…]

Silvia Cattori : Si je comprends bien, ces « Stay behind » dont l’objectif était de se préparer pour le cas d’une invasion soviétique, ont été détournées du but initial pour combattre la gauche. Dès lors, on peine à comprendre pourquoi les partis de gauche n’ont pas enquêté, dénoncé ces dérives plus tôt ?

Daniele Ganser : Si on prend le cas de l’Italie, il apparaît que, chaque fois que le Parti communiste a interpellé le gouvernement pour obtenir des explications sur l’armée secrète qui opérait dans ce pays sous le nom de code Gladio [5], il n’y a jamais eu de réponse sous prétexte de secret d’Etat. Ce n’est qu’en 1990 que Giulio Andreotti [6] a reconnu l’existence de Gladio et ses liens directs avec l’Otan, la CIA et le MI6.

[…]

Silvia Cattori : Peut-on penser que, après l’effondrement de l’URSS, les États-Unis et l’Otan ont continué de développer la « stratégie de la tension » et les « False flags » sur d’autres fronts ?

Daniele Ganser : Mes recherches se sont concentrées sur la période de la Guerre froide en Europe. Mais l’on sait qu’il y a eu ailleurs des « False flags » où la responsabilité des États a été prouvée. Exemple : les attentats, en 1953, en Iran, d’abord attribués à des communistes iraniens. Or, il s’est avéré que la CIA et le MI6 s’étaient servis d’agents provocateurs pour orchestrer le renversement du gouvernement Mohammed Mossadegh, ceci dans le cadre de la guerre pour le contrôle du pétrole. Autre exemple : les attentats, en 1954, en Égypte, que l’on avait d’abord attribués aux musulmans. Il a été prouvé par la suite que, dans ce que l’on a appelé l’affaire Lavon [7], ce sont les agents du Mossad qui en étaient les auteurs. Ici, il s’agissait pour Israël d’obtenir que les troupes britanniques ne quittent pas l’Égypte mais y demeurent, aussi pour assurer la protection d’Israël. Ainsi, nous avons des exemples historiques montrant que la « stratégie de la tension » et les « false flags » ont été utilisés par les USA, la Grande Bretagne et Israël. Il nous faut encore poursuivre les recherches dans ces domaines, car, dans leur histoire, d’autres pays ont également utilisé la même stratégie.

Silvia Cattori : Ces structures clandestines de l’Otan, n’ont finalement servi qu’à mener des opérations criminelles contre des citoyens européens ? Tout porte à penser que les États-Unis visaient eux tout autre chose !

Daniele Ganser : Vous avez raison de soulever cette question. Les États-Unis étaient intéressés par le contrôle politique. Ce contrôle politique est un élément essentiel de la stratégie de Washington et de Londres. Le général Geraldo Serravalle, chef du Gladio, le réseau italien Stay-behind, en donne un exemple dans son livre. Il raconte qu’il a compris que les États-Unis n’étaient pas intéressés par la préparation de cette guérilla en cas d’invasion soviétique, quand il a vu que, ce qui intéressait les agents de la CIA, qui assistaient aux exercices d’entraînement de l’armée secrète qu’il dirigeait, était de s’assurer que cette armée fonctionne de façon à contrôler les actions des militants communistes. Leur crainte était l’arrivée des communistes au pouvoir dans des pays comme la Grèce, l’Italie, la France. C’est donc à cela que devait servir la « stratégie de la tension » : à orienter et à influencer la politique de certains pays de l’Europe de l’Ouest.

Silvia Cattori : Vous avez parlé de l’élément émotionnel comme facteur important dans la « stratégie de la tension ». Donc, la terreur, dont l’origine reste floue, incertaine, la peur qu’elle provoque, sert à manipuler l’opinion. N’assiste-t-on pas aujourd’hui aux mêmes procédés ? Hier, on attisait la peur du communisme, aujourd’hui n’attise-t-on pas la peur de l’islam ?

Daniele Ganser : Oui, il y a un parallèle très net. Lors des préparatifs de guerre contre l’Irak, on a dit que Saddam Hussein possédait des armes biologiques, qu’il y avait un lien entre l’Irak et les attentats du 11 septembre, ou qu’il y avait un lien entre l’Irak et les terroristes d’Al Qaida. Mais tout cela n’était pas vrai. Par ces mensonges, on voulait faire croire au monde que les musulmans voulaient répandre le terrorisme partout, que cette guerre était nécessaire pour combattre la terreur.

[…]

Silvia Cattori : En somme, ces structures clandestines ont pu être dissoutes, mais la « stratégie de la tension » a pu continuer ?

Daniele Ganser : C’est exact. On peut avoir dissout les structures, et en avoir formé de nouvelles. Il est important d’expliquer comment, dans la « stratégie de la tension », la tactique et la manipulation fonctionnent. Tout cela n’est pas légal. Mais, pour les États, c’est plus facile de manipuler des gens que de leur dire que l’on cherche à mettre la main sur le pétrole d’autrui. Toutefois, tous les attentats ne découlent pas de la « stratégie de la tension ». Mais il est difficile de savoir quels sont les attentats manipulés. Même ceux qui savent que nombre d’attentats sont manipulés par des Etats pour discréditer un ennemi politique, peuvent se heurter à un obstacle psychologique. Après chaque attentat, les gens ont peur, sont confus. Il est très difficile de se faire à l’idée que la « stratégie de la tension », la stratégie du « False flag », est une réalité. Il est plus simple d’accepter la manipulation et de se dire : « Depuis trente ans je me tiens informé et je n’ai jamais entendu parler de ces armées criminelles. Les musulmans nous attaquent, c’est pour cela qu’on les combat ».

Silvia Cattori : Dès 2001, l’Union européenne a instauré des mesures anti-terroristes. Il est apparu ensuite que ces mesures ont permis à la CIA de kidnapper des gens, de les transporter dans des lieux secrets pour les torturer. Les États européens ne sont-ils pas devenus un peu otages de leur soumission aux États-Unis ?

Daniele Ganser : Les États européens ont eu une attitude assez faible à l’égard des États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Après avoir affirmé que les prisons secrètes étaient illégales, ils ont laissé faire. Même chose avec les prisonniers de Guantanamo. Des voix se sont élevées en Europe pour dire : « On ne peut pas priver les prisonniers de la défense d’un avocat ». Quand Madame Angela Merkel a évoqué cette question, les États-Unis ont clairement laissé entendre que l’Allemagne était un peu impliquée en Irak, que ses services secrets avaient contribué à préparer cette guerre, donc qu’ils devaient se taire.

Silvia Cattori : Dans ce contexte, où il y a encore beaucoup de zones d’ombre, quelle sécurité peut apporter l’Otan aux peuples qu’elle dit protéger si  par un autre côté elle permet à des services secrets de les manipuler ?

Daniele Ganser : En ce qui concerne les attentats terroristes manipulés par les armées secrètes du réseau Gladio durant la Guerre froide, il est important de pouvoir déterminer avec clarté quelle est l’implication réelle de l’Otan là-dedans, de savoir ce qui s’est réellement passé. S’agissait-il d’actes isolés ou d’actes organisés secrètement par l’Otan ? Jusqu’à ce jour, l’Otan a refusé de parler de la « stratégie de la tension » et du terrorisme durant la Guerre froide, l’Otan refuse toute question concernant Gladio.

Aujourd’hui, on se sert de l’Otan comme d’une armée offensive, alors que cette organisation n’a pas été créée pour jouer ce rôle. On l’a activée dans ce sens, le 12 septembre 2001, immédiatement après les attentats de New York. Les dirigeants de l’Otan affirment que la raison de leur participation à la guerre contre les Afghans est de combattre le terrorisme. Or, l’Otan risque de perdre cette guerre. Il y aura, alors, une grande crise, des débats. Ce qui permettra alors de savoir si l’Otan mène, comme elle l’affirme, une guerre contre le terrorisme, ou si on se trouve dans une situation analogue à celle que l’on a connue durant la Guerre froide, avec l’armée secrète Gladio, où il y avait un lien avec la terreur. Les années à venir diront si l’Otan a agi en dehors de la mission pour laquelle elle a été fondée : défendre les pays européens et les États-Unis en cas d’invasion soviétique, évènement qui ne s’est jamais produit. L’Otan n’a pas été fondée pour s’emparer du pétrole ou du gaz des pays musulmans.

Silvia Cattori : On pourrait encore comprendre qu’Israël, qui a des intérêts à élargir les conflits dans les pays arabes et musulmans, encourage les États-Unis dans ce sens. Mais on ne voit pas quel peut être l’intérêt des États européens à engager des troupes dans des guerres décidées par le Pentagone, comme en Afghanistan ?

Daniele Ganser : Je pense que l’Europe est confuse. Les États-Unis sont dans une position de force, et les Européens ont tendance à penser que la meilleure chose est de collaborer avec le plus fort. Mais il faudrait réfléchir un peu plus. Les parlementaires européens cèdent facilement à la pression des États-Unis qui réclament toujours davantage de troupes sur tel ou tel front. Plus les pays européens cèdent, plus ils se soumettent, et plus ils vont se trouver confrontés à des problèmes toujours plus grands. En Afghanistan, les Allemands et les Britanniques sont sous le commandement de l’armée américaine. Stratégiquement, ce n’est pas une position intéressante pour ces pays. Maintenant, les États-Unis ont demandé aux Allemands d’engager leurs soldats également au sud de l’Afghanistan, dans les zones où la bataille est la plus rude. Si les Allemands acceptent, ils risquent de se faire massacrer par ces forces afghanes qui refusent la présence de tout occupant. L’Allemagne devrait sérieusement se demander si elle ne devrait pas retirer ses 3000 soldats d’Afghanistan. Mais, pour les Allemands, désobéir aux ordres des États-Unis, dont ils sont un peu les vassaux, c’est un pas difficile à faire.

Silvia Cattori : Que savent les autorités qui nous gouvernent aujourd’hui de la « stratégie de la tension » ? Peuvent-elles continuer comme cela à laisser des fauteurs de guerres fomenter des coups d’État, kidnapper et torturer des gens sans réagir ? Ont-elles encore les moyens d’empêcher ces activités criminelles ?

Daniele Ganser : Je ne sais pas. Comme historien, j’observe, je prends note. Comme conseiller politique, je dis toujours qu’il ne faut pas céder aux manipulations qui visent à susciter la peur et à faire croire que les terroristes sont toujours les musulmans…

[…]

Le jour où les gens réaliseront que ces guerres contre le terrorisme sont manipulées, et que ces accusations contre les musulmans sont, en partie, de la propagande, ils vont être surpris. Les États européens doivent se réveiller et comprendre enfin comment la « stratégie de la tension » fonctionne. Et ils doivent aussi apprendre à dire non aux États-Unis. En plus, aux États-Unis aussi, il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas de cette militarisation des relations internationales.

[…]

On est manipulable si on a peur ; peur de perdre son travail, peur de perdre le respect des gens que l’on aime. On ne peut pas sortir de cette spirale de violence et de terreur si on se laisse gagner par la peur. C’est normal d’avoir peur, mais il faut parler ouvertement de cette peur et des manipulations qui la génèrent. Nul ne peut échapper à leurs conséquences. Cela est d’autant plus grave que les responsables politiques agissent souvent sous l’effet de cette peur. Il faut trouver la force de dire : « Oui j’ai peur de savoir que ces mensonges font souffrir des gens ; oui j’ai peur de penser que ce terrorisme dont on parle est la conséquence de manipulations, mais je ne vais pas me laisser intimider ».

[…]

Silvia Cattori : Cette manière de penser et de couvrir les mensonges qui découlent de la « stratégie de la tension », ne rend-elle pas tout un chacun complice des crimes qu’elle entraîne ? À commencer par les journalistes et les partis politiques ?

Daniele Ganser : Je pense, personnellement, que tout le monde – journalistes, universitaires, politiciens – doit réfléchir sur les implications de la « stratégie de la tension » et des « False flags ». Nous sommes là, il est vrai, en présence de phénomènes qui échappent à tout entendement. C’est pourquoi, chaque fois qu’il y a des attentats terroristes, il faut s’interroger et chercher à comprendre ce que cela recouvre. Ce n’est que le jour où l’on admettra officiellement que les « False flags » sont une réalité, que l’on pourra établir une liste des « False flags » qui ont eu lieu dans l’histoire et se mettre d’accord sur ce qu’il faudrait faire.

La recherche de la paix est le thème qui m’intéresse. Il est important d’ouvrir le débat sur la « stratégie de la tension » et de prendre acte qu’il s’agit d’un phénomène bien réel. Car, aussi longtemps que l’on n’a pas accepté de reconnaître son existence, on ne peut pas agir. C’est pour cela qu’il est important d’expliquer ce que la « stratégie de la tension » signifie réellement. Et, une fois que l’on a compris, de ne pas se laisser gagner par la peur et la haine contre un groupe. Il faut se dire que ce n’est pas uniquement un pays qui est impliqué là-dedans ; que ce ne sont pas seulement les États-Unis, l’Italie, Israël ou les Iraniens, mais que cela se produit partout, même si certains pays y participent de manière plus intense que d’autres. Il faut comprendre, sans accuser tel pays ou telle personne. La peur et la haine n’aident pas à avancer mais paralysent le débat. Je vois beaucoup d’accusations contre les États-Unis, contre Israël, contre la Grande Bretagne, ou alternativement, contre l’Iran, la Syrie. Mais la recherche sur la paix nous enseigne qu’il ne faut pas se livrer à des accusations basées sur le nationalisme, et qu’il ne faut ni haine ni peur ; que le plus important est d’expliquer. Et cette compréhension sera bénéfique pour nous tous.

[…]

Silvia Cattori | 29 décembre 2006

Lire l’entier de l’entretien  ici 

 

[1Nato’s secret Armies : Terrorism in Western Europepar Daniele Ganser, préface de John Prados. Frank Cass éd., 2005. ISBN 07146850032005

[2] C’est après l’attentat de Piazza Fontana à Milan en 1969 que l’expression « stratégie de la tension » a été entendue pour la première fois.

[3False flag operations (opérations faux drapeaux) est l’expression utilisée pour désigner des actions terroristes, menées secrètement par des gouvernements ou des organisations, et que l’on fait apparaître comme ayant été menées par d’autres.

[4Stay behind (qui veut dire : rester derrière en cas d’invasion soviétique) est le nom donné aux structures clandestines entraînées pour mener une guerre de partisans.

[5] Gladio désigne l’ensemble des armées secrètes européennes qui étaient sous la direction de la CIA.

[6] Président du Conseil des ministres, membre de la démocratie chrétienne.

[7] Affaire Lavon, du nom du ministre de la Défense israélien qui a dû démissionner quand le Mossad a été démasqué comme ayant trempé dans ces actes criminels

Source:

http://arretsurinfo.ch/le-carnage-qui-a-frappe-charlie-hebdo-et-londe-de-choc-quil-a-soulevee-ne-doivent-pas-nous-rendre-aveugles/

Ukraine, Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord et guerre du gaz…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 22 août 2014 by Résistance 71

Ne jamais oublier… OTAN = Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord

Tout est dit !…

— Résistance 71 —

 

Dans le conflit ukrainien, on peut observer la relation entre le pétrole, le gaz et l’OTAN dans toute sa splendeur

 

Interview de Daniele Ganser

 

21 Août 2014

 

url de l’article:

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4924

 

Selon Daniele Ganser, spécialiste dans le domaine de l’OTAN, nous assistons en Ukraine à la prochaine étape de l’extension de cet organisme. L’Allemagne devrait suivre le pas parce que les Américains disposent du commandement en chef et veulent empêcher la naissance d’un nouvel axe Moscou-Berlin. Les USA dressent à cette fin les Etats européens les uns contre les autres – afin de continuer à les contrôler.
L’OTAN est la plus grande et la plus puissante alliance militaire depuis nombre d’années. Les « Deutsche Wirtschafts Nachrichten » ont parlé avec l’historien et le spécialiste en matière de l’OTAN, Daniele Ganser à propos de la structure de celle-ci, du rôle de l’Allemagne dans l’organisation, de son influence dans l’UE et de son implication dans le conflit de l’Ukraine.

Deutsche Wirtschafts Nachrichten : Le Danois Rasmussen démissionne bientôt en tant que Secrétaire général. Son successeur sera probablement le Norvégien Stoltenberg. Quelle est selon vous, l’influence des Européens au sein de l’OTAN ?

Daniele Ganser : Je pense que l’influence des Européens au sein de l’OTAN est petite, parce que celle-ci est menée par les USA. On le voit à travers le fait que les Européens peuvent toujours désigner le Secrétaire général et celui-ci apparaît très souvent dans les médias en Europe. C’est pourquoi, on a l’impression que le Secrétaire général est la personne la plus importante de l’OTAN. Toutefois, ce n’est pas vrai ! La personne encore beaucoup plus influente au sein de l’OTAN est le SACEUR (Commandant suprême des forces alliées en Europe) et c’est toujours un général américain. Ce commandement militaire est encore plus puissant que le poste officiel de Secrétaire général. L’ancien Président Nixon l’a formulé une fois de cette façon : « Le seul organisme international qui n’ait jamais fonctionné, c’est l’OTAN, tout simplement parce qu’il s’agit d’une alliance militaire et que nous étions aux commandes ».

Par quelles voies l’OTAN impose-t-elle ses intérêts à l’UE ?

L’OTAN a ses ambassadeurs dans tous les pays membres. Ce sont des ambassadeurs envoyés par chaque pays afin d’être informés des projets de l’OTAN dans les étapes suivantes. Les voies sont opérationnelles de telle façon que l’OTAN – et en premier les USA – disent : C’est comme ça et maintenant vous devez faire ça. Cela était ainsi en particuliers lors du 11-Septembre et de la Guerre contre l’Afghanistan. La plupart du temps, les Européens obéissent tout simplement. Ils n’ont jamais dit : Nous devons nous développer indépendamment. Une politique extérieure et de sécurité européenne commune ne fonctionne pas vraiment. On est toujours indécis : doit-on aller en Irak avec les Américains ? Les Anglais l’ont fait, pas les Français. Ou bien doit-on bombarder avec les Américains la Lybie, pays membre de l’OPEC ? Les Français l’ont fait, pas les Allemands. Les USA réussissent très bien à dresser les différents pays européens les uns contre les autres. En ce moment, on se sert de l’Allemagne contre la Russie, bien sûr pour des intérêts américains. C’est l’ancien système du « divide et impera » – « diviser pour régner ». Ce n’est pas dans l’objectif de Washington que l’UE et la Russie coopèrent et construisent un grand espace économique, disposant en plus des plus grandes réserves de pétrole et de gaz. Ce ne serait pas dans l’intérêt des Etats-Unis.

En raison du manque de transparence, il est difficile de savoir comment se présente le financement de l’OTAN en détail. Des députés néerlandais ont dû le constater récemment. Savez-vous quelque chose de concret à ce sujet ?

Non, parce que l’OTAN n’est effectivement pas une organisation transparente. Je partage cette frustration des députés néerlandais, parce que je me suis efforcé d’obtenir des informations sur les armées secrètes de l’OTAN. On a simplement ignoré mes questions et on ne m’a fait part de rien. Quelques personnes pensent que l’OTAN est une organisation démocratique et transparente. Cependant, ce n’est pas le cas. C’est une organisation militaire qui tente continuellement à garder ses secrets. Le budget du Pentagone est finalement pertinent pour le financement et il comprend environ 700 milliards de dollars par an ou deux milliards par jour. Alors la question est bien sûr de savoir si ici une journée du Pentagone équivaut à une journée de l’OTAN et comment on calcule cela. Mais ce sont des opérations comptables et on peut calculer cela de différentes manières.

Quel rôle joue l’OTAN dans le conflit en Ukraine ?

Mon avis est que la guerre en Ukraine est centrée autour de l’OTAN et du gaz naturel. L’OTAN a depuis 1990 entrepris un mouvement en direction de l’Est. La première étape a été de retirer en Allemagne la RDA au Pacte de Varsovie et de l’accueillir dans l’OTAN. Pour cela, on a eu besoin à cette époque de l’accord de Gorbatchev. C’est-à-dire que cette fusion entre la RFA et la RDA – qui est très précieuse et que je salue beaucoup – n’était possible qu’avec l’acceptation de la Russie, de la reprise de l’Allemagne réunie, par l’OTAN. Mais les Russes ont aussi affirmé leur refus d’une extension de l’OTAN. Et Gorbatchev a dit que l’OTAN le lui avait garanti.
Cependant, l’OTAN n’a pas tenu parole. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont été accueillies dans l’OTAN, de même la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Slovénie, la République Tchèque et la Slovaquie. Plus tard ont suivi encore l’Albanie et la Croatie. Si vous le considérez du point de vue russe, alors l’OTAN a rompu sa parole et maintenant, elle tente encore de prendre les éléments manquants – l’Ukraine et la Géorgie – et d’encercler ainsi la Russie. 
Dans les médias occidentaux, on dit toujours : les Russes sont complètement irrationnels et se comportent bizarrement. Mais en fait ils se comportent comme un joueur d’échecs qui déplacement après déplacement, perdent ici une tour, là un cavalier et là encore un pion. Les Russes se sentent harcelés. Et cette extension de l’OTAN n’est aucunement mentionnée par les médias occidentaux, pas même prise en compte. On peut communiquer ceci tout simplement en prenant une carte de l’OTAN en 1990 et une de 2014.

S’agit-il de la part de l’OTAN uniquement d’un encerclement militaire de la Russie ou bien en veut-elle aussi aux ressources de ce pays ?

C’est la même chose. L’Arabie Saoudite et la Russie se partagent la première place au niveau international quant à l’exploitation du pétrole. Les Russes produisent environ 10 millions de barils par jour. Les Saoudiens produisent également environ 10 millions de barils par jour. La Russie est au niveau de sa superficie le plus grand pays de la terre et dispose de très grandes réserves de gaz naturel. La lutte mondiale pour les réserves de pétrole et de gaz naturel est aussi une lutte contre la Russie. Poutine ne veut en aucun cas que l’Ukraine adhère à l’OTAN. Du point de vue russe, la chute de Ianoukovytch a été orchestrée par les services secrets occidentaux. Qu’on le voit ou non comme Poutine, cela ne joue aucun rôle. Mais pour lui, il est légitime de dire : quand l’hiver viendra, je pourrais aussi vous couper le gaz. Ou bien je peux dire : Vous me devez davantage d’argent pour le gaz. Cela veut dire que dans le conflit ukrainien on peut observer la relation entre le pétrole, le gaz et l’OTAN dans toute sa splendeur.

Quels sont les indices montrant que le coup d’Etat en Ukraine a été orchestré par les services secrets occidentaux ?

Ce que nous savons jusqu’à présent est que 2014 est l’année de la destitution de Ianoukovytch et de l’installation au pouvoir de Poro­schenko. C’est un fait. Et si l’on observe un peu de plus près, alors on voit les finesses. Quand est-il destitué ? Il est renversé en février 2014. Et maintenant, on en vient au nœud du débat, c’est-à-dire à l’aggravation des protestations par les tireurs d’élite de Maïdan. Il est intéressant de constater : les tireurs d’élite – selon les informations en ma possession – tiraient aussi bien sur les manifestants que sur les policiers. Cela est très inhabituel. Ici, on peut très bien penser que c’était une action des services secrets pour précipiter l’Ukraine dans le chaos. Ce que nous avons ici comme indice, c’est l’entretien téléphonique entre Urmas Paet, ministre des Affaires étrangères de l’Estonie et Catherine Ashton, Haute représentante des Affaires étrangères de l’UE. Dans cet entretien, il est question que derrière les tireurs d’élite de Maïdan ne se cache pas Ianoukovytch, mais quelqu’un de la nouvelle coalition. Celle-ci est le groupe autour de Klitschko, Jazenjuk et Poroschenko, qui est arrivé au pouvoir après le coup d’Etat.
S’il s’avère que Poroschenko est venu au pouvoir grâce aux tireurs d’élite, alors nous avons donc affaire avec un putsch du gouvernement sans nous en apercevoir. Cela allait si vite que l’on doit vraiment avouer : nous sommes trop bêtes pour le comprendre réellement. Il se peut que Poutine soit moins stupide et ait vu ceci correctement. Je ne veux pas dire que l’on doit croire Poutine aveuglément, car lui aussi possède son agenda. La question à laquelle nous devons répondre dans l’histoire économique et aussi dans l’histoire contemporaine : s’agit-il d’un évènement comme en 1953 lorsque la CIA, le service secret américain, et le MI6, le service secret britannique ont renversé le gouvernement de Mossadegh en Iran, parce qu’il voulait nationaliser le pétrole ? A l’époque, on a déguisé des agents en terroristes, qui ont commis des attentats et ainsi déclenché un chaos dans tout le pays. On appelle cela la « stratégie de la tension », donc on crée volontairement un chaos et des tensions pour renverser de cette manière un gouvernement, cela fonctionne, c’est prouvé historiquement.

Les derniers mois, l’OTAN a intensifié les manœuvres. A la suite d’un manœuvre de l’OTAN dans plusieurs Etats européens la sécurité aérienne est même tombée en panne. Est-ce qu’il s’agit là seulement de présence militaire ou est-ce qu’il y a d’autres raisons pour les mouvements des troupes ?

Que ce soit du côté de la Russie ou de l’OTAN je ne peux qu’affirmer qu’il y ait une augmentation de la présence militaire. Mais contrairement à l’opinion de beaucoup de commentateurs, je pense que nous ne nous trouvons pas au bord de la troisième guerre mondiale comme au temps de la crise de Cuba en 1962. Pourtant, nous sommes dans un climat de méfiance. Moscou et Washington se méfient l’un de l’autre, et Berlin est coincé entre les deux.

En Allemagne se trouvent plusieurs bases militaires de l’OTAN, dont la base aérienne américaine Ramstein et le centre de commandement Africom à Stuttgart. Quel est le rôle actuel et futur de l’Allemagne dans la stratégie de l’OTAN ?

L’Allemagne est dans l’OTAN une jeune associée parce que les USA commandent l’OTAN. Du point de vue des USA, l’Allemagne est un pays occupé. Certes, cela fait mal en lisant cela en tant que lecteur allemand, mais c’est la situation actuelle. Les Etats-Unis ont des bases militaires en Allemagne et le téléphone mobile de la chancelière Merkel est mis sur écoute par le service secret militaire américain NSA. Et lorsque les Américains disent : nous partons vers l’Hindou Kouch, les soldats allemands doivent s’y rendre et abattre les Afghans bien qu’ils n’aient jamais eu de problèmes avec eux auparavant. Cela veut dire que malheureusement l’Allemagne a pris la position d’un vassal. Et on a de la peine en Allemagne à se libérer de cette position. 
La raison est toute simple : les USA sont l’empire. Un empire se distingue toujours par le fait qu’il est la plus grande économie nationale du monde, mesuré au PIB. Ce sont les USA. Il a le plus grand nombre de porte-avions et la force aérienne la plus puissante quant au nombre, au type et à la modernité. Ce sont également les USA. Il détient la monnaie de réserve mondiale. C’est le dollar, donc encore une fois les USA. Et finalement, les USA disposent du plus grand nombre de bases militaires dans le monde, donc pas seulement à Guantànamo, à Diego Garcia et en Afghanistan, mais aussi à Ramstein etc. Ce qui importe en outre : l’empire domine les médias et veille à ce qu’ils informent de manière bienveillante. Voilà donc la position de l’Allemagne : elle se trouve dans une position inférieure dans l’empire américain, et la plupart des médias allemands n’osent pas parler ouvertement de ce fait. La Suisse n’est d’ailleurs pas mieux lotie se trouvant également sous la pression de l’empire US, mais au moins nous ne sommes pas membre de l’OTAN et nous n’avons pas non plus de bases militaires américaines – nous les Suisses ne voulons pas de cela.

En revanche, la Suisse est, tout comme la Finlande, membre d’un stade préliminaire de l’OTAN …

… du « Partnership for Peace », c’est vrai. C’est vivement critiqué en Suisse, et à juste titre, car nous ne voulons en aucun cas devenir membre de l’OTAN. Cela veut dire que certains politiciens le veulent bien, mais pas la population suisse. Lors d’une votation le Non emporterait largement, car les citoyens suisses rejettent les guerres d’agression de l’OTAN. L’opinion publique par rapport aux Etats-Unis a tourné en mal ces dernières années. 
Les USA apparaissent comme des menteurs parce qu’ils mènent dans le monde entier des guerres économiques. Ils ont écouté les transferts de données du monde – surtout les données SWIFT – à l’aide du service secret américain NSA et abusent de ces données au détriment des banques suisses UBS et Credit Suisse. Ils dénigrent les Suisses parce que des banques suisses ont aidé en effet des citoyens américains à frauder le fisc ce qui n’était pas juste. Mais en même temps les Suisses observent avec étonnement que la fraude fiscale aux USA – soit en Delaware soit en Angleterre, par des trusts – est toujours possible. C’est pourquoi les Suisses ne comprennent pas que les USA jouent aux redresseurs de torts contre la fraude fiscale tout en négligeant les failles dans leur propre pays. C’est pourquoi l’opinion publique est ici de plus en plus anti-américaine.

Le 11-Septembre 2001 joue aussi un rôle-clé par rapport à l’OTAN car à ce moment-là la clause de défense mutuelle d’après l’article 5 est entrée en vigueur. Est-ce que la clause de défense mutuelle est toujours en vigueur ?

C’est une question intéressante. On devrait la poser à l’OTAN. Après le 11-Septembre, il y eu un large débat là-dessus. En tout cas, la clause de défense mutuelle a été proclamée après le 11-Septembre, cela c’est clair. Les Américains sont venus en Europe et ont dit : c’était comme cela, et maintenant on y va dans l’Hindou Kouch. Puis 9/11 était une histoire fixe qu’on pouvait avaler ou pas. En outre, c’était le premier cas de défense mutuelle de l’OTAN dans l’histoire. Là aussi, le rôle de l’empire se manifeste. La plus importante souveraineté d’interprétation dont l’empire dispose est d’interpréter lui-même chaque événement historique. Les attentats du 11-Septembre sont contestés parmi les historiens – ils existent différents avis à ce sujet. Mais dès qu’un historien ne lève la tête qu’un tout petit peu, il est hué comme théoricien conspirateur. Et cela signifie que nous n’avons pas le droit de dire : attention, lors de la mise en vigeur de l’article 5, certaines questions se posent. L’OTAN ne veut pas en parler. Elle ne veut pas de débats critiques au sujet du 11-Septembre et de l’Opération Gladio. Elle essaie simplement de supprimer ces sujets. Mais je crois, qu’elle n’y arrivera pas à long terme parce que nous vivons à l’époque de l’information. Les gens sont de plus en plus en mesure de s’acquérir différentes perspectives par rapport à un thème, et ça c’est bien.

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Daniele Ganser est historien et chercheur dans le domaine de la paix. Il analyse les thèmes de l’énergie, de la guerre et de la paix d’une perspective géopolitique. Il met l’accent sur l’histoire internationale contemporaine depuis 1945, les services secrets, les unités spéciales, la stratégie de guerre secrète et la géostratégie ainsi que le pic pétrolier et des guerres de ressources. Son livre « Nato-Geheimarmeen in Europa – Inszenierter Terror und verdeckte Kriegsführung » a été publié en 2005 (« Les Armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest » a été publié en 2011) et traduit en dix langues.

Source : Deutsche Wirtschafts Nachrichten DWN du 29/7/2014 (http://deutsche-wirtschafts-nachrichten.de/2014/07/14/nato-experte-aus-sicht-der-usa-ist-deutschland-ein-besetztes-land/)
(Traduction Horizons et débats)
Horizons et debats > 2014 > N° 19, août 2014

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Daniel Ganser sur Résistance 71:

https://resistance71.wordpress.com/2014/05/18/la-strategie-de-la-tension-et-le-terrorisme-detat-ou-quand-lhistoire-prouve-letat-terroriste/

Article connexe sur l’OTAN:

https://resistance71.wordpress.com/2012/11/03/nouvel-ordre-mondial-lorganisation-terroriste-de-latlantique-nord-et-son-ideologie-totalitaire-ruine-le-monde/

La « stratégie de la tension » et le terrorisme d’état ou quand l’histoire prouve l’État terroriste…

Posted in 11 septembre, actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , on 18 mai 2014 by Résistance 71

Pour quiconque peut encore penser une minute que les états dits « démocratiques » sont incapables de faire le mal, qu’ils sont tous dévoués au bien-être et à la sécurité de leurs peuples, qu’ils luttent contre le « terrorisme » pour le bien commun, l’historien suisse et spécialiste de l’histoire de l’OTAN et de ses crimes, Daniele Ganser, se charge de faire revenir ces personnes sur terre.

L’État n’est pas, n’a jamais été et ne sera JAMAIS la solution et le modèle pour une société humaine libre et émancipée, mais est bien au contraire une des plus grosses parties de nos problèmes.

N’oublions jamais que l’État est coercitif, répressif et oligarchique par nature et qu’une association d’États comme celle de l’OTAN, ne peut-être qu’une Organisation Terroriste de l’Atlantique Nord en l’occurrence.

L’Union Européenne est la branche économique de l’opération Gladio, avec le projet de traité transatlantique, la phase de destruction des peuples entrera dans sa phase finale. Le boycott de cette fumisterie criminelle est la seule possibilité pour démanteler la grille de contrôle orwellienne mise en place.

— Résistance 71 —

 

Les historiens le 11 Septembre et les armées secrètes du Gladio

 

Daniele Ganser

 

16 Mai 2014

 

url de l’article:

http://www.silviacattori.net/article5650.html

 

Les historiens d’aujourd’hui et de demain font face à un énorme défi : relater les événements du 11 septembre 2001. Ce qu’ils écriront sera enseigné dans les livres d’histoire. Mais que raconteront-ils ? Est-ce Ben Laden qui a envoyé 19 musulmans attaquer par surprise les USA ? Ou bien écriront-ils que l’administration du Président George W. Bush est responsable de l’attaque, soit en la concevant elle-même, soit en la laissant délibérément se produire de façon à générer un choc au sein de la population américaine et à créer un prétexte pour augmenter drastiquement les dépenses militaires et pour attaquer l’Afghanistan et l’Irak ?

J’ai étudié la plupart des données relatives aux événements du 11-Septembre, et je suis convaincu qu’une nouvelle enquête est nécessaire. Mais lorsque j’ai remis en cause la narrative officielle du 11/9 dans mon pays natal, la Suisse, j’ai dû faire face à de vigoureux reproches de la part de nombreuses personnes. On m’a par exemple demandé pourquoi un gouvernement, quel qu’il soit, devrait attaquer sa propre population ou, chose un peu moins criminelle, laisser délibérément un groupe étranger mener une telle attaque ? Tandis que les dictatures brutales comme le régime de Pol Pot au Cambodge, sont connus pour le peu de considération qu’ils portent à la vie et à la dignité de leurs concitoyens, on est amené à penser qu’une démocratie occidentale ne se permettrait jamais un tel abus de pouvoir. Et si des éléments criminels au sein d’une démocratie occidentale, en Amérique du Nord ou en Europe, avaient perpétré un tel crime, les élus ou les médias ne s’en rendraient-ils pas compte et ne le dénonceraient-ils pas ? Est-il concevable que des criminels à l’intérieur d’un gouvernement puissent mener des opérations terroristes contre des citoyens innocents, lesquels soutiennent ce même gouvernement au travers des impôts qu’ils paient tous les ans ?

Est-il possible que personne ne le remarque ? Voilà des questions difficiles, même pour des chercheurs spécialisés dans l’histoire des guerres secrètes. En fait, il existe des exemples historiques de telles opérations menées par des démocraties occidentales. Dans cet article, je ne traiterai pas directement du 11-Septembre, mais plutôt de ce que l’Histoire peut nous apprendre. Je vous propose d’examiner certaines des informations les plus récentes concernant les guerres secrètes durant la Guerre froide. Il existe bel et bien une stratégie militaire secrète qui utilise le terrorisme contre les populations civiles. Cela s’appelle la « stratégie de la tension. » Et une telle stratégie a effectivement été mise en oeuvre par des démocraties occidentales.

La stratégie de la tension

Il est sans doute correct de dire que parmi les presque 7 milliards d’êtres humains vivant sur Terre, moins de 1 % a un jour entendu parler de « stratégie de la tension ». Et parmi eux, peu nombreux sont ceux capables d’en citer quelques exemples historiques.

Il s’agit d’une stratégie de l’ombre, connue seulement de quelques militaires et d’officiers des services secrets (et de quelques criminels) qui l’ont mise en place, de quelques officiers de police et de juges qui l’ont combattue, et de certains journalistes et chercheurs qui ont écrit à son sujet.

Fondamentalement, la stratégie de la tension vise à toucher le côté émotionnel des gens et a pour but de répandre au maximum la peur parmi le groupe visé.

La « tension » se réfère à la détresse émotionnelle et à la peur psychologique, alors que « stratégie » correspond à la technique permettant d’amener à cette détresse et à cette peur. Un attentat terroriste dans un lieu public comme une gare, un marché, un car de ramassage scolaire, est un exemple typique de procédé auquel la stratégie de la tension fait appel. Après l’attaque – et c’est là un élément essentiel – les agents secrets qui l’ont commis imputent le crime à leurs opposants politiques en effaçant les preuves ou en en créant de fausses.

Notez bien que l’objectif ultime de la stratégie de la tension n’est pas de tuer ou de blesser des personnes lors d’un attentat terroriste, comme le pensent la plupart des gens. Les cibles sont à la fois l’opposant politique, qu’il faut discréditer par cet attentat, et ceux qui ne sont pas touchés physiquement, mais qui ont connaissance de l’attentat et qui sont amenés à avoir peur pour leur vie et celles de leurs proches.

Étant donné que l’objectif de la stratégie de la tension est de discréditer l’opposant et de créer la peur, les véritables cibles ne sont pas les personnes qui sont tuées, que leur nombre soit de quelques dizaines ou de plusieurs milliers, mais les millions de gens qui ne sont pas atteints physiquement, mais sont plongés dans la détresse émotionnelle.

La stratégie de la tension forme une partie de ce que l’on appelle communément « la guerre psychologique » (Psychological warfare, ou PSYWAR en anglais – NdT). Comme l’indique l’expression, cette forme de guerre ne s’attaque pas aux corps des êtres humains, aux tanks, navires, satellites ou maisons dans le but de les détruire, mais vise les esprits, le psychisme. Laissons de côté le fait que les philosophes, psychologues, neurologues ou théologiens ne sont jamais parvenus à définir complètement ce qu’est l’ « esprit », et partons du principe, dans le cadre de cet article, qu’il s’agit simplement de la capacité humaine à penser et à ressentir. Si des personnes peuvent accéder à nos pensées et à notre ressenti sans que nous le remarquions, elles peuvent exercer un énorme pouvoir sur nous.

Mais si nous nous apercevons que notre psychisme est manipulé au travers d’une guerre psychologique, cette technique perd alors une partie de ses effets.

La guerre psychologique a joué un rôle central dans la Seconde Guerre mondiale et toutes celles qui lui ont succédé. Elle a été utilisée par les commandements américains en Europe, aux Amériques, en Asie, en Australie et en Afrique. On la désigne parfois sous le vocable populaire de « propagande », mais la propagande est seulement une des formes de guerre psychologique. La stratégie de la tension en est une autre, bien moins connue. Le Département américain de la Défense définit la guerre psychologique comme « l’utilisation planifiée de la propagande et d’autres actions psychologiques dans le but premier d’influencer les opinions, les émotions, les attitudes et les comportements de groupes étrangers hostiles, de manière à contribuer à l’accomplissement d’objectifs nationaux. »[1]

La guerre psychologique peut prendre des formes très différentes et apparemment sans liens – tracts, affiches ou reportages à la télévision, tous conçus pour formater la pensée et les sentiments du groupe visé. Ou bien, elle peut se manifester sous la forme d’une attaque terroriste menée par des agents secrets et dont on fait porter la responsabilité à un opposant politique.

Inutile de préciser que la stratégie de la tension, version terrorisme, celle qui tue des personnes innocentes, est une forme de guerre psychologique bien plus brutale et radicale que le largage de tracts depuis un avion survolant un territoire ennemi. Mais ces deux formes de guerre psychologique ont en commun le fait de viser l’esprit, les émotions et les pensées des gens.

Je vais maintenant donner quelques exemples historiques de stratégie de la tension ayant utilisé le terrorisme.

Au jour d’aujourd’hui, les informations les plus pertinentes sur la stratégie de la tension sont sans aucun doute celles provenant d’Italie, où des juges, des parlementaires et des universitaires continuent de mettre en commun leurs efforts pour essayer de comprendre et de détailler cette stratégie secrète.

Le juge Casson et l’attentat terroriste de Peteano Le juge italien Felice Casson a redécouvert cette stratégie lors de son enquête sur plusieurs attaques terroristes survenues en Italie dans les années 1960, 1970 et 1980. D’après Casson, l’affaire la mieux documentée dans laquelle la stratégie de la tension a été utilisée s’est produite dans le village italien de Peteano. C’est là que le 31 mai 1972, trois membres de la police paramilitaire italienne, les Carabinieri, ont été attirés vers une Fiat 500 abandonnée par un appel anonyme et ont été tués lorsqu’ils ont ouvert le coffre du véhicule en déclenchant la bombe qui s’y trouvait.

Pendant des années, cet attentat terroriste a été mis sur le compte des Brigades rouges, une organisation terroriste d’extrême gauche en Italie. Mais lorsque le juge Casson a rouvert cette affaire, il a découvert que c’était en réalité le néofasciste catholique Vincenzo Vinciguerra, un militant anticommuniste, qui avait commis ce crime.

Casson a également découvert, à sa grande surprise, que Vinciguerra n’avait pas opéré seul, mais qu’il avait été protégé par des membres des services secrets militaires italiens, appelés aujourd’hui SISMI (Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Militare).[2]

Le juge Casson a procédé à l’arrestation de Vinciguerra, lequel a confirmé lors de son procès en 1984 qu’il avait été relativement aisé pour lui d’échapper à la justice et de se cacher, étant donné qu’une large portion de l’appareil sécuritaire italien, y compris le SISMI, partageait ses convictions anticommunistes, et avait par conséquent soutenu en silence ces crimes afin de discréditer la gauche italienne et tout particulièrement le Parti communiste (PCI), lequel était relativement fort à l’époque. Après l’attentat à la bombe, Vinciguerra se souvient que « c’est tout un mécanisme qui s’est mis en route… Les carabiniers, le ministre de l’Intérieur, les services de douane, et les services secrets civils et militaires ont accepté de fait les raisons idéologiques derrière cette attaque. »

Casson a mis en évidence le fait qu’au travers de ce crime et d’autres pour lesquels on avait accusé les Brigades rouges – l’ennemi politique par excellence – c’était en fait le Parti communiste italien qui avait été discrédité. Les chefs des services secrets militaires et les politiques ont avancé qu’après ce crime, le « danger communiste » justifiait l’augmentation des dépenses militaires et la réduction des libertés civiles dans l’intérêt de la sécurité de l’État. De cette façon, la stratégie de la tension, comme celle mise en oeuvre par l’acte terroriste de Pataneo, a permis de propager la peur dans toute l’Italie, de discréditer un opposant politique, et de mettre en place des mesures de sécurité conservatrices. Ce fut très efficace, puisque personne ne savait à l’époque que les services secrets étaient derrière cette attaque.[3]

« En ce qui concerne les services de renseignement, l’attentat de Peteano fait partie de ce qui a été surnommé la stratégie de la tension, » a expliqué le Juge Casson à la BBC lors d’une interview en 1991. La tension créée à l’intérieur du pays a servi à promouvoir des tendances sociales et politiques extrêmement réactionnaires et conservatrices. Alors que cette stratégie était mise en oeuvre, il était nécessaire de protéger ceux qui étaient effectivement derrière, puisque des preuves les impliquant étaient peu à peu découvertes. Des témoins ont dissimulé des informations pour couvrir les extrémistes de droite.[4]

Vinciguerra faisait partie de l’organisation fasciste italienne, Ordine Nuovo (Nouvel Ordre) qui cultivait d’étroites relations avec le SISMI. Un haut membre d’Ordine Nuovo, Clemente Graziani, a affirmé dans un livre paru en 1963, qu’en tant que catholique, il était de son devoir de combattre par tous les moyens les communistes impies, y compris par des opérations de « tension » qui, à première vue peuvent paraitre brutales et immorales. Il expliqua que les communistes s’étaient eux aussi engagés dans des méthodes sales, et que si Ordine Nuovo n’utilisait pas le terrorisme pour les combattre, ils ne seraient jamais vaincus : « le terrorisme a évidemment l’inconvénient de tuer aussi des personnes âgées, des femmes, des enfants, » a fait remarquer Graziani. Il a ajouté que « des opérations de cette nature sont encore considérées comme des crimes méprisables et abjects, et surtout inutiles pour vaincre un conflit. Mais les standards de la guerre révolutionnaire renversent ces principes moraux et humanitaires. Ces formes d’intimidation terroriste sont aujourd’hui considérées non seulement comme acceptables, mais absolument nécessaires. »[5]

Autres attentats terroristes Peteano n’est pas un cas isolé en Italie, mais fait partie d’une longue série d’attentats terroristes qui a débuté en 1969. Le 12 décembre de cette année-là, quatre bombes explosaient sur les places publiques à Rome et Milan, tuant 16 civils innocents et en blessant 80 autres ; la plupart des victimes sont tombées à Milan, Piazza Fontana. Après le massacre, comme le veulent les règles de la stratégie de la tension, les services secrets militaires italiens, le SID, a posé des bombes dans la villa de l’éditeur gauchiste bien connu, Giangiacomo Feltrinelli, de façon à pouvoir accuser de terrorisme les communistes et d’autres membres de l’extrême gauche.[6] Ce n’est que des années plus tard qu’on a appris que Feltrinelli n’avait absolument rien à voir avec ce crime et qu’en réalité, l’extrême droite italienne, dont Ordine Nuovo, avait perpétré ces atrocités dans le but de promouvoir la stratégie de la tension.

Les attentats les plus meurtriers eurent lieu en 1974, environ deux ans après celui de Peteano.

Le 28 mai, une bombe explosait lors d’une manifestation anti-fasciste à Brescia, où s’étaient rassemblées plus de 3000 personnes, tuant 8 personnes et en blessant 102 autres. Pour couvrir les traces des poseurs de bombe d’extrême droite, la place avait été nettoyée au jet d’eau plusieurs heures avant que les magistrats enquêteurs ne puissent se rendre sur la scène de crime pour protéger les preuves. Une commission du Sénat italien a plus tard fait observer que « les enquêtes menées immédiatement après le massacre étaient caractérisées par un tel nombre d’erreurs incroyables que cela laissait sans voix. »[7] Puis, le 4 août, une bombe explosait dans le train express Italicus reliant Rome à Berlin, tuant 12 civils innocents et en blessant 48 autres.

Mais l’attaque la plus meurtrière eut lieu en 1980, un samedi après-midi chaud et ensoleillé qui se trouvait aussi être le premier jour des grandes vacances d’été en Italie. Une explosion massive ravagea la salle d’attente de seconde classe à la gare de Bologne, tuant 85 personnes lors de la déflagration et faisant 200 blessés.

La raison de ces attaques

Cette série d’attentats terroristes jeta le discrédit sur les communistes italiens et propagea la terreur parmi la population italienne, étant donné que personne ne savait qui allait être le prochain sur la liste. Il était impossible de protéger l’ensemble des infrastructures de transport, sans parler des places publiques, et il était donc clair pour tous les spécialistes en sécurité de l’époque que les sociétés démocratiques seraient toujours vulnérables à ce genre d’attentats terroristes. « Il fallait s’en prendre aux civils, au peuple, aux femmes, aux enfants, aux anonymes sans lien avec un quelconque jeu politique, » a déclaré le néofasciste Vincenzo Vinciguerra après son arrestation, lorsqu’il détailla la stratégie de la tension à laquelle il avait lui-même participé. « La raison en est très simple, » a-t-il ajouté : « [ces actions] étaient censées forcer les gens, le peuple italien, à se tourner vers l’État pour demander plus de sécurité. C’était la logique politique derrière tous ces massacres et les attentats à la bombe qui restèrent impunis, du fait que l’État ne peut pas s’accuser lui-même, ou se déclarer lui-même responsable pour ce qui s’est passé. »[8]

Les révélations sur Gladio

Le juge italien Felice Casson, qui avait redécouvert la stratégie de la tension, voulait savoir pourquoi des individus au sein même du gouvernement et des services secrets italiens avaient soutenu cette stratégie criminelle.

Après l’arrestation de Vinciguerra, le poseur de bombe de Peteano, il décida d’en savoir plus. « Je voulais faire la lumière sur ces années de mensonges et de mystères, c’est tout. [Je voulais] que l’Italie, pour une fois, connaisse la vérité. »[9] À l’été 1990, le juge Casson a demandé l’autorisation au premier ministre italien Giulio Andreotti de pouvoir fouiller dans les archives des services secrets militaires (SISMI) à Rome.

Permission lui fut accordée, et Casson fit une découverte sensationnelle : il découvrit que sous le nom de code « Gladio » (glaive), se cachait une armée secrète qui avait été mise en place par les services de renseignement militaires italiens en étroite collaboration avec la CIA dans les années qui avaient suivi la Seconde Guerre mondiale. Cette armée secrète devait fonctionne comme une unité de guérilla en cas d’invasion et d’occupation de l’Italie par l’armée soviétique. Les données mises à jour par Casson indiquaient que cette mystérieuse armée Gladio était liée à l’OTAN et qu’en l’absence d’invasion de la part des Soviétiques, elle semblait avoir manipulé la politique italienne au travers d’un certain nombre d’actions secrètes pendant la guerre froide dans le but d’affaiblir les communistes italiens.

Casson informa par voie confidentielle une commission parlementaire de ses recherches qui allaient bien au-delà de son enquête initiale. Ce fut une surprise totale pour les Sénateurs, et le 2 août 1990, le premier ministre et chef de l’exécutif italien, Giulio Andreotti, ordonna « d’informer le parlement dans les 60 jours à venir au sujet de l’existence, des caractéristiques et des raisons d’être d’une structure parallèle occulte dont on dit qu’elle a opéré au sein de nos services de renseignements militaires, avec l’objectif de conditionner la vie politique du pays. »[10] Le 24 octobre 1990, Andreotti remit un rapport de 10 pages intitulé « Ce qu’on appelle le ‘SID parallèle’ – ou Affaire Gladio » à la Commission d’enquête du Sénat dirigée par le sénateur Gualtieri. Le rapport d’Andreotti confirmait l’existence d’une armée secrète à l’intérieur des services secrets militaires, connue sous le nom de code de « Gladio ».

Andreotti ajouta que cette structure existait toujours et était

opérationnelle. Ne voulant pas endosser seul toutes les conséquences de ces accusations de conspiration, Andreotti insista le jour même devant le parlement sur le fait que « chacun des chefs de gouvernements avait été mis au courant de l’existence de Gladio. »[11] Cette affirmation mettait notamment en cause l’ex-premier ministre Bettino Craxi (1983-1987) et surtout Francesco Cossiga, un ancien premier ministre (1978 – 1979) qui occupait le poste de président en 1990.

Les hauts magistrats furent obligés de prendre position. Craxi affirma qu’il n’avait pas été informé, jusqu’au moment où il fut confronté à un document sur Gladio portant sa propre signature en tant que premier ministre. Cossiga expliqua qu’il était « fier d’avoir pu garder le secret pendant 45 ans. »[12]

Dans son rapport, Andreotti confirmait les découvertes de Casson, et expliquait que Gladio était la branche italienne d’une armée secrète « Stay-Behind » mise en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la CIA et le SIFAR, dans le cadre d’un réseau international de groupes clandestins de résistance dans les pays de l’OTAN, pour combattre une éventuelle invasion soviétique. En cas d’invasion, les armées Stay-Behind devraient organiser un mouvement de résistance et opérer derrière les lignes ennemies. Ces armées étaient supervisées et coordonnées par deux centres top-secret de guerre non conventionnelle de l’OTAN nommés Allied Clandestine Committee (ACC) et Clandestine Planning Committee (CPC).

Andreotti raconta qu’ « une fois constituée cette organisation de résistance secrète, l’Italie était appelée à participer… aux tâches du CCP (Clandestine Planning Committee) fondé en 1959, opérant au sein du SHAPE [Supreme Headquarters Allied Powers Europe, de l’OTAN]… ; en 1964, les services secrets italiens intégrèrent également l’ACC (Allied Clandestine Committee).[13]

Ayant à faire face à des protestations acerbes de la presse italienne, Andreotti affirma que les services secrets italiens en général, et les membres de Gladio en particulier, n’avaient rien à voir avec le terrorisme que l’Italie avait subi durant la Guerre froide.

Il expliqua que « les individus présélectionnés n’ont pas de casier judiciaire, ne font partie d’aucun mouvement politique et ne participent en aucune manière à un quelconque mouvement extrémiste. »[14]

Vinciguerra, le poseur de bombe de Peteano, qui s’était trouvé au coeur de la stratégie de la tension, dément ces affirmations. Dès la tenue de son procès en 1984, il avait déclaré : « Avec l’attentat de Peteano et tous ceux qui ont suivi, plus personne ne devrait douter de l’existence d’une structure active et clandestine, capable d’élaborer dans l’ombre une telle stratégie de tueries. Cette structure, » poursuivait-il, « est imbriquée dans les organes mêmes du pouvoir. Il existe en Italie une organisation parallèle aux forces armées, composée de civils et de militaires, et à vocation antisoviétique, c’est-à-dire destinée à organiser la résistance contre une éventuelle occupation du sol italien par l’Armée rouge. » Sans citer le nom de Gladio, Vinciguerra était clairement en train de parler de l’armée secrète, plusieurs années avant que le premier ministre Andreotti confirme son existence. Vinciguerra la décrivit en 1984 comme « une organisation secrète, une super organisation disposant de son propre réseau de communications, d’armes d’explosifs et d’hommes formés pour s’en servir. » Il insista sur le fait que cette « super-organisation, en l’absence d’invasion soviétique, avait reçu de l’OTAN l’ordre de lutter contre un glissement à gauche du pouvoir dans le pays. Et c’est ce qu’ils ont fait, avec le soutien des services secrets de l’État, du pouvoir politique et de l’armée. »[15]

Les précédents chefs des services de renseignements italiens furent choqués par les révélations du premier ministre Andreotti, qui avait révélé ce que beaucoup considéraient comme l’un des plus grands secrets. Le Général Vito Miceli, chef du Renseignement italien de 1970 à 1974, protesta dans la presse italienne : « J’ai été emprisonné parce que je refusais de révéler l’existence de cette super-organisation secrète, et voilà qu’Andreotti s’amène devant le Parlement et raconte tout ! »[16] La presse italienne se montra très critique à propos des révélations sur Gladio et sur le fait que la CIA avait joué un rôle central dans cette opération secrète. Le quotidien La Stampa commenta : « Aucune raison d’État ne peut justifier que l’on entretienne, couvre ou défende une structure militaire secrète composée d’éléments recrutés sur des critères idéologiques – dépendant ou, au minimum, sous l’influence d’une puissance étrangère -, et servent d’instrument pour un combat politique. Il n’y a pas de mot pour qualifier cela, si ce n’est ‘haute trahison’ ou ‘crime contre la Constitution.’ »[17]

Le parti communiste italien (PCI), convaincu que c’était lui et non des troupes étrangères, qui était la vraie cible des armées Gladio durant toute la période de la Guerre froide, fut particulièrement scandalisé : « Avec ce mystérieux SID parallèle, fomenté pour faire obstacle à un impossible coup d’État de la gauche, nous avons surtout risqué de nous exposer à un coup d’État de la droite… Nous ne pouvons pas croire à cela…, que ce super-SID ait été accepté comme un outil militaire destiné à opérer ‘dans le cas d’une occupation ennemie’. Le seul véritable ennemi est et a toujours été le parti communiste italien, c’est-à-dire un ennemi de l’intérieur. » [18]

Le rôle de la CIA

Aux États-Unis, cette affaire a été parfaitement ignorée par les médias. Dans l’un des rares articles traitant du sujet, le Washington Post, titrant « “CIA Organized Secret Army in Western Europe ; Paramilitary Force Created to Resist Soviet Occupation” (La CIA organise une armée secrète en Europe de l’Ouest ; des forces paramilitaires créées pour résister à une occupation soviétique), expliquait qu’un officier du renseignement avait, sous couvert d’anonymat, déclaré : « Cette opération concerne uniquement l’Italie. Nous n’avons aucun contrôle sur elle. S’il y a des allégations selon lesquelles la CIA est impliquée dans des activités terroristes en Italie, elles sont totalement dépourvues de sens. »[19] Il est extrêmement difficile de faire des recherches et de clarifier les détails des opérations de stratégie de la tension, car personne n’est prêt à confirmer publiquement qu’un tel a ordonné ceci, ou qu’un autre a participé à une opération terroriste qui a fait des victimes parmi les civils innocents et a jeté l’effroi parmi la population visée avant d’accuser un ennemi politique de l’avoir perpétrée. Si, comme dans le cas de l’Italie, différents services de renseignement sont impliqués, en l’occurrence le SISMI italien et la CIA américaine, alors la tâche devient encore plus ardue, car les services commencent à s’accuser et à se contredire mutuellement.

À la différence de l’officier anonyme du renseignement US cité par le Washington Post qui accusait implicitement les Italiens pour la campagne de terreur subie par leur pays, le chercheur Philip Willan a affirmé que le gouvernement US et sa communauté du renseignement en étaient responsables : « Il est loin d’être aisé de déterminer qui était responsable des décisions au jour le jour quant à la stratégie de la tension. Mais il ne fait pratiquement aucun doute que la responsabilité globale pour cette stratégie repose sur les épaules du gouvernement et des services secrets des États-Unis… Des questions restent à propos de l’adoption de méthode ayant amené à la mort de centaines de victimes innocentes. »[20]

Lors d’une émission télévisée italienne en 1990, l’amiral Stansfiels Turner, directeur de la CIA entre 1977 et 1981, ne voulut pas confirmer les déclarations de Willan et refusa obstinément de répondre aux questions sur Gladio. Par respect pour les victimes des nombreux massacres, le journaliste italien qui menait l’interview insista pour que Turner clarifie ce qu’était la stratégie de la tension. Turner arracha alors son micro et cria : « j’ai dit, pas de questions sur Gladio ! » et l’interview prit fin.[21]

Certains officiers de la CIA se sont montrés plus bavards sur les stratégies secrètes durant la Guerre froide et sur les opérations illicites de la CIA. L’un d’eux s’appelle Thomas Polgar, retraité en 1981 après une carrière de 30 ans à la CIA. Questionné sur les armées secrètes de Gladio en Europe, Polgar confirma que les armées secrètes Stay-Behind étaient coordonnées « par une sorte de groupe de planification de guerre non conventionnelle lié à l’OTAN. » Polgar insista sur le fait que « tous les services secrets nationaux avaient été impliqués à un degré ou à un autre, » ajoutant qu’« en Italie dans les années 1970, certaines personnes étaient allées un peu plus loin que la charte définie par l’OTAN. »[22]

Des membres du Parlement italien décidèrent de creuser davantage. Huit sénateurs, la plupart appartenant au parti démocratique de gauche (PDS pour Partito Democratico della Sinistra), qui avait remplacé l’ancien PCI après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, poursuivirent leur enquête sur Gladio et la stratégie de la tension. Sous la présidence du sénateur Giovanni Pellegrini, ils entendirent des témoins, prirent connaissance des documents et présentèrent un rapport de 326 pages en 2000.[23] Les anciens communistes conclurent que pendant la Guerre froide, l’armée secrète Gladio avait, avec la CIA, les services secrets militaires et certains néofascistes italiens, combattu les communistes et les socialistes italiens de peur de trahir l’OTAN « de l’intérieur. » Le rapport expliquait que « ces massacres, ces bombes, ces opérations militaires avaient été organisés, promus, ou soutenus par des hommes à l’intérieur des institutions italiennes, et comme cela a été découvert plus récemment, par des gens liés aux structures de renseignement des États-Unis. »[24]

D’après les importantes découvertes du Sénat italien, la stratégie de la tension avait donc été mise en oeuvre par des membres appartenant aussi bien aux communautés de sécurité nationale italiennes qu’américaines, dont la CIA et le SISMI, qui avaient établi des liens avec des extrémistes pour poser les bombes. Le Général Giandelio Maletti, ancien chef des services de contre-espionnage italiens, l’a confirmé en mars 2001, quelques mois seulement avant les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Lors d’un procès contre des membres d’extrême droite accusés d’être impliqués dans le massacre en 1969 de Piazza FOntana à Milan, le Général Maletti a déclaré : « La CIA, appliquant les directives de son gouvernement, voulait créer un nationalisme italien capable de stopper ce qu’elle voyait comme un glissement à gauche, et pour cette raison, elle peut avoir utilisé le terrorisme d’extrême droite… L’impression générale était que les Américains étaient prêts à tout pour arrêter le glissement de l’Italie à gauche. » Et il a ajouté : « N’oubliez pas que Nixon était au pouvoir et que c’était un homme étrange, un politicien très intelligent, mais aussi quelqu’un qui prenait des initiatives peu orthodoxes. »[25]

Enquêtes aux États-Unis

Aux États-Unis, mis à part le travail souvent ignoré et pourtant important de Jeffrey Mackenzie Bale[26], il n’y a eu pratiquement aucunes recherches au sujet des opérations de stratégie de la tension en Italie sponsorisées par les USA. Arthur Rowse, un ancien employé du Washington Post, est l’un des autres rares Américains à avoir parlé de ce phénomène. Dans la conclusion d’un de ses précieux articles, il dressait les « leçons de Gladio » dans ces termes : « Aussi longtemps que le public américain restera dans l’ignorance de ce chapitre noir des relations étrangères américaines, les agences qui en sont responsables ne subiront que peu de pression pour modifier leurs méthodes. » Il ajoutait : « La fin de la Guerre froide… a changé peu de choses à Washington. Les USA… attendent toujours un véritable débat national sur la fin, les moyens et les coûts de notre politique nationale de sécurité. »[27]

La découverte en Italie des armées Stay-Behind de l’OTAN en 1990 et le débat qui s’en est suivi sur la stratégie de la tension eut des implications internationales importantes. Alors que le détail de cette opération émergeait, le Times de Londres conclut que « cette histoire semble sortie tout droit d’un roman policier. »[28] Pendant un bref instant, le public a pu entrevoir le monde secret du terrorisme, les mensonges, les opérations secrètes [cover-ups]. La presse britannique conclut que « Gladio, avec sa stratégie de la tension, était l’un des secrets politico-militaires les mieux gardés et les plus néfastes depuis la Seconde Guerre mondiale. »[29]

La réponse de l’OTAN

En révélant que l’OTAN coordonnait le réseau international secret dont Gladio était seulement l’une des branches, Andreotti avait mis une grosse pression sur le quartier général de l’OTAN en Belgique. Mes recherches ultérieures ont confirmé que des armées secrètes Stay-Behind ont existé dans tous les pays d’Europe de l’Ouest, opérant sous différents noms de code : au Danemark “Absalon“, en Allemagne « TD BDJ“, en Grèce “LOK“, au Luxembourg “Stay-Behind“, aux Pays-Bas “I&O“, en Norvège “ROC,” au Portugal “Aginter,” en Suisse “P26,” en Turquie “Counter-Guerrilla,” et en Autriche “OWSGV.”[30]

L’OTAN, la plus grande alliance militaire au monde, réagit de manière confuse aux révélations sur ce réseau secret, en diffusant deux commentaires contradictoires. Le 5 novembre 1990, après presque un mois de silence, l’OTAN nia catégoriquement les allégations d’Andreotti au sujet de l’implication de l’OTAN dans l’opération Gladio et ses armées secrètes. Jean Marcotta, porte-parole sénior de l’OTAN, déclara depuis le quartier général de l’OTAN à Mons en Belgique, que « l’OTAN n’a jamais considéré la guérilla ou les opérations clandestines ; elle s’est toujours occupée d’affaires militaires et de la défense des frontières alliées. »[31] Pourtant, le 6 novembre 1990, un autre porte-parole de l’OTAN expliqua que le démenti de l’OTAN formulé les jours précédents était faux. Par la suite, l’OTAN se contenta d’un court communiqué à l’adresse des journalistes, expliquant que l’OTAN ne faisait pas de commentaires sur des affaires relevant du secret militaire et que Marcotta n’aurait rien dû dire du tout.[32] La presse internationale protesta contre les politiques malsaines de relations publiques de l’alliance militaire, et un journal britannique écrivit : « Alors que le continent subit choc après choc, un porte-parole de l’OTAN formule un démenti : ‘’aucune connaissance de Gladio ou de Stay-Behind’’. Puis, un communiqué de sept mots annonça que ce démenti était « incorrect », sans en dire plus. »[33]

Afin de clarifier la position de l’OTAN, j’ai appelé leur Bureau de la Sécurité où Isabelle Jacob m’a informé qu’il était peu probable que quiconque réponde à des questions sensibles sur Gladio, et m’a conseillé de coucher par écrit ces questions et de les leur faire parvenir par mon ambassade. La mission suisse de l’OTAN à Bruxelles fit alors suivre mes questions sur Gladio à l’OTAN, l’une d’elles étant : « Pourquoi le porte-parole sénior de l’OTAN, Marcotta, a-t-il démenti catégoriquement le 5 novembre 1990 toute connexion entre l’OTAN et Gladio, tandis que le 7 novembre, un autre porte-parole de l’OTAN affirmait que la déclaration formulée par Marcotta deux jours auparavant était fausse ? »

En mai 2001, le chef du service de presse et des services médias de l’OTAN, Lee McClenny, se fendit d’un simple démenti : « Je ne suis pas au courant qu’un lien quelconque entre l’OTAN et l’Opération Gladio’. De plus, je ne trouve aucun document indiquant que quelqu’un du nom de Jean Marcotta ait été un porte-parole de l’OTAN. »[34]

Mais en coulisses, l’OTAN fut forcée de communiquer plus ouvertement sur cette affaire sensible de Gladio, comme le révèlent d’autres sources. Après la débâcle des communiqués publics, le secrétaire général de l’OTAN, Manfred Wörner, briefa à huis clos les différents ambassadeurs de l’OTAN sur Stay-Behind, le 7 novembre 1990. Un article paru dans la presse espagnole, commentait ce briefing : « Le SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe) qui est l’organe dirigeant de l’appareil militaire de l’OTAN, a coordonné les actions de Gladio, d’après les révélations du Secrétaire général Manfred Wörner lors d’une réunion avec les ambassadeurs de l’OTAN des 16 nations alliées. »

L’article ajoutait que « Wörner avait, semble-t-il, demandé plus de temps, de façon à pouvoir mener une enquête sur la fameuse déclaration « aucune connaissance » » formulée par l’OTAN la veille. « Ces précisions ont été présentées à l’occasion de la réunion du Conseil Atlantique au niveau des ambassadeurs, qui, selon certaines sources, se tint le 7 novembre. »[35]

Selon ce même article, Manfred Wörner, le secrétaire général de l’OTAN, avait lui-même été briefé par un officier de haut rang de l’OTAN en Europe, le général américain John Galvin, suppléant du Commandant suprême des forces alliées en Europe (Supreme Allied Commander Europe, ou SACEUR). Au cours de cette réunion à huis clos, le secrétaire général de l’OTAN expliqua que le militaire en question – autrement dit le général John Galvin, Commandant suprême des forces alliées en Europe -, avait indiqué que le SHAPE coordonnait les opérations de Gladio.

À partir de ce moment-là, la position officielle de l’OTAN fut de ne plus commenter des secrets officiels.[36] 
L’OTAN n’a jamais fait de commentaires publics sur la stratégie de la tension, ou sur le fait que des plans ou du personnel de l’OTAN aient été impliqués, et n’a divulgué aucun autre détail sur les armées secrètes. « Étant donné qu’il s’agit d’une organisation secrète, je ne m’attends pas à ce qu’il soit répondu à beaucoup de questions, même si la Guerre froide est terminée, » a déclaré à la presse un diplomate de l’OTAN, qui a insisté pour rester anonyme. « S’il existait le moindre lien avec des organisations terroristes, ce genre d’information serait enterrée très profondément. Sinon, qu’y a-t-il de mal à prendre des précautions pour organiser la résistance si vous pensez que les Soviétiques pourraient attaquer ? »[37]

Ce refus de commenter de la part de l’OTAN ne fut pas du goût du parlement européen, lequel dans une résolution spéciale sur les armées secrètes et la stratégie de la tension, déclara sèchement que « ces organisations opèrent et continuent d’opérer en dehors de tout cadre légal, et ne sont soumises à aucun contrôle parlementaire. » Le parlement écrivit ensuite qu’il « appell[ait] à une enquête complète sur la nature, la structure, les objectifs et tous les autres aspects de ces organisations clandestines. » Une telle enquête ne vit cependant jamais le jour, du fait qu’aussi bien l’OTAN que ses États membres étaient préoccupés par les problèmes qu’une telle enquête pourrait créer. Pourtant le parlement européen déclara clairement qu’il « protestait vigoureusement contre les déclarations de certains officiers américains de SHAPE et de l’OTAN à propos de leur droit d’encourager l’établissement en Europe d’un service secret clandestin et d’un réseau opérationnel. » Et les choses en restèrent là.[38]

En France

Comme nous l’avons mentionné, l’Italie ne fut pas le seul pays où des réseaux Stay-Behind furent impliqués dans des opérations de stratégie de la tension. Des opérations terroristes contre la population civile eurent lieu également en Belgique, en Turquie et en Grèce. Comme en Italie, les armées secrètes ont été formées et équipées par la CIA et son homologue britannique, le MI6, et ont opéré comme une branche secrète des services secrets militaires du pays. Les opérations dans ces trois pays sont détaillées dans mon livre « Les armées secrètes de l’OTAN »[39] Dans le présent article, je n’ai la place que pour une brève discussion sur les opérations en France. Les révélations du premier ministre italien Giulio Andreotti prirent par surprise François Mittérrand, le président socialiste français de 1981 à 1995. Alors qu’il était interrogé par la presse française en 1990, Mitterrand tenta de se distancier de l’affaire des armées secrètes en France, affirmant qu’elles avaient été dissoutes depuis longtemps. Il a notamment déclaré : « Lorsque je suis arrivé, il n’y avait plus grand-chose à dissoudre. Juste quelques vestiges, dont j’ai appris l’existence avec étonnement, car tout le monde avait oublié de m’en parler. »[40]

Mais le premier ministre italien Andreotti ne parut pas apprécier particulièrement la manière dont la Grande Nation [en français dans le texte – NdT] essayait de minimiser son rôle dans le complot Stay-Behind. Il déclara sans ambages à la presse que l’armée secrète en France, loin d’avoir été dissoute depuis longtemps, avait récemment – le 24 octobre 1990 – envoyé des représentants à une réunion secrète au comité d’Allied Clandestine Committee (ACC) de l’OTAN sur Stay-Behind à Bruxelles. Lorsque ces allégations furent confirmées, cela créa un embarras certain à Paris. Mitterrand se refusa alors à tout commentaire.

Un officier de la CIA à la retraite, Edward Barnes, qui avait travaillé en France durant la 4e république avant de quitter le pays en 1956, voulut apporter plus de précisions. Barnes expliqua qu’alors que la menace d’un parti communiste fort persistait en France, les services secrets militaires (SDECE, pour Service de Documentation extérieure et de Contre-Espionnage), sous la direction d’Henri Alexis Ribière, mit sur pied une armée secrète anticommuniste. « Il y avait probablement beaucoup de Français qui voulaient être prêts si quelque chose se produisait, » indiqua Barnes. Se rappelant son propre travail en France, il expliqua que l’invasion soviétique était la première raison d’être de l’armée secrète française, mais que la promotion d’activités politiques anticommunistes dans le pays « pourrait avoir constitué une deuxième motivation. »[41]

Actions terroristes en Algérie

Au début des années 1960, une grande partie de l’armée française et des services secrets commencèrent à désapprouver fortement l’intention du président Charles de Gaulle de permettre à l’Algérie, une ancienne colonie, de devenir indépendante. L’armée secrète, percevant De Gaulle comme un ennemi, s’engagea d’évidence dans des opérations de stratégie de la tension contre ce projet. Certaines « actions terroristes » contre De Gaulle et son plan de paix pour l’Algérie furent menées par des groupes qui incluaient « un nombre limité d’individus » du réseau Stay-Behind français, comme l’admit en 1990 l’amiral Pierre Lacoste, ex-directeur des services de renseignements français (DGSE, ancien SDECE). Lacoste, qui a démissionné en 1985 après que la DGSE eut fait exploser le Rainbow Warrior, le navire de Greenpeace alors que celui-ci protestait contre les essais nucléaires dans le Pacifique, a déclaré que malgré ses liens avec le terrorisme, le programme Stay-Behind en France était justifié par les éventuels plans d’invasion soviétique.[42]

Un des promoteurs des techniques de terreur de la stratégie de la tension était Yves Guerin-Serac, un militant catholique anticommuniste. C’était un spécialiste de la guerre de l’ombre, il avait servi en Corée, au Vietnam et (en tant que membre de la 11e demi-brigade parachutiste de choc), pendant la guerre d’Algérie. L’écrivain et spécialiste des services secrets français, Roger Faligot, appelait cette unité « le fer de lance de la guerre clandestine en Algérie entre 1954 et 1962. »[43] En 1954, environ 300 hommes appartenant à cette unité spéciale avaient débarqué en Algérie. La plupart avaient une grande expérience des opérations secrètes et de la guérilla, puisqu’ils arrivaient directement du Vietnam après que la défaite de la France lors de la bataille de Diên Biên Phu ait mis fin aux velléités de la France de recoloniser ce pays. La mission de Serac et de ses collègues était parfaitement claire : abattre le Front le Libération algérien (FLN) en Afrique du Nord par tous les moyens, après les humiliantes défaites de la Seconde Guerre mondiale et du Vietnam. Ces efforts incluaient l’appel à des opérations de stratégie de la tension visant à discréditer le mouvement de libération algérien.

Après la défaite de la France et la déclaration d’indépendance de l’Algérie en 1962, la guerre secrète ne prit pas fin pour Guerin-Serac, qui tout comme un certain nombre d’autres officiers, se sentaient trahis par le gouvernement français et décidèrent de continuer leur guerre secrète. Serac savait exactement comment mener des opérations de stratégie de la tension pour discréditer les communistes et les membres des mouvements de libération tout autour du globe. Dans un texte de novembre 1969, « Notre activité politique », Serac et d’autres officiers soulignèrent le fait qu’ils avaient dû infiltrer l’ennemi, et perpétrer des atrocités en son nom. Ils écrivaient : « La première phase de notre activité politique consiste à créer le chaos dans toutes les structures du régime…

La destruction de l’État démocratique doit s’opérer autant que possible sous couvert d’activités communistes et prochinoises… De plus, nous avons des gens infiltrés dans ces groupes et évidemment, nous devons adapter nos actions à l’esprit de ce milieu – par la propagande et des actions d’un genre qui semble émaner de nos adversaires communistes… Cela créera un sentiment d’hostilité envers ceux qui menacent la sécurité dans chacun de ces pays, et nous devons en même temps nous dresser comme les défenseurs des citoyens contre la désintégration qu’apportent le terrorisme et la subversion. »[44]

Le juge italien Guido Salvini, qui a enquêté sur la stratégie de la tension, a montré que Serac avait effectivement mené à bien ses plans de stratégie de la tension. Il écrivit : « En 1975, le groupe Guerin-Serac, avec l’Américain Salby et des militants d’extrême droite français, italiens et espagnols, organisèrent une série d’attentats à la bombe… Les bombes visaient les ambassades algériennes dans différents pays, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne… En réalité, ces attentats étaient l’oeuvre du groupe de Guerin-Serac, qui montrait par là ses grandes facultés de camouflage et d’infiltration… La bombe posée devant l’ambassade algérienne à Frankfort n’explosa pas, et fut méticuleusement analysée par la police allemande… Il faut noter la particulière complexité de fabrication de cette bombe. Elle contenait du C4, un explosif utilisé exclusivement par les forces US qui n’a jamais été utilisé dans aucun attentat par des anarchistes. »[45]

Ces révélations sur Guerin-Serac ainsi que leurs propres affirmations fournissent des preuves évidentes que les armées secrètes en Europe de l’Ouest ont utilisé le terrorisme et tué des civils innocents pour mener à bien leurs objectifs politiques. Ces armées secrètes, comme nous l’avons vu, opéraient sous la supervision de la CIA et de l’OTAN, c’est-à-dire sous le contrôle d’agents militaire et de renseignement américain. Mais revenons à la question des opérations de stratégie de la tension aux USA.

Aux États-Unis

Aux États-Unis, la stratégie de la tension fut largement prônée au début des années 1960 par les plus hauts gradés du Pentagone – le général Lyman Lemnitzer, Chef d’état-major interarmes -, comme moyen de convaincre l’opinion publique américaine de la nécessité d’envahir Cuba et de renverser Fidel Castro. Lemnitzer, qui mourut en 1988, était l’un des officiers de haut rang envoyés par les USA pour négocier la reddition de l’Italie en 1943 et celle de l’Allemagne en 1945. Après avoir combattu en Corée, il devint en 1960 chef d’état-major interarmes. Après le fiasco de la CIA lors de la tentative d’invasion de la Baie des Cochons en 1961, les plus hauts dirigeants du Pentagone, dont Lemnitzer, avancèrent que les techniques de stratégie de la tension devaient être utilisées contre la population américaine afin de créer un prétexte pour entrer en guerre. Sous le nom d’ « Opération Northwood », ils mirent au point un ensemble d’opérations combinées de stratégie de la tension visant à choquer l’opinion publique US et à discréditer Fidel Castro.

À cette époque, le président John F. Kennedy et son ministre de la Défense, Robert McNamara, s’opposèrent à de telles actions, qui impliquaient la mort de citoyens américains et la manipulation sur une vaste échelle de la population américaine. Le plan de Lemnitzer fut ainsi rangé dans les tiroirs.[46]

Comme pour la plupart des opérations de stratégie de la tension, il se passa de nombreuses années avant que l’opinion publique n’ait connaissance de l’Opération Northwood. C’est grâce au remarquable chercheur américain James Bamford que les documents sur l’opération top secrète Northwood furent portés à la connaissance du public en avril 2001, quelques mois seulement avant les attentats terroristes du 11-Septembre, lorsque Bamford publia son livre : Body of Secrets : An Anatomy of the Ultra Secret National Security Agency. Cela se produisit donc 40 ans après que les plans de Northwoods aient été classés « top-secret » par le Pentagone. Les documents originaux sont désormais accessibles en ligne.[47]

Les documents sur l’opération Northwoods détaillent comment le Pentagone avait planifié ses opérations de stratégie de la tension. Parmi ces actions, les officiers US suggéraient, de développer une fausse « campagne de terrorisme cubain dans la zone de Miami et dans d’autres villes de Floride, et même à Washington », de simuler une attaque par l’aviation cubaine contre un avion de ligne, de « couler un bateau de réfugiés cubains (réel ou simulé) », de concocter un incident « Remember the Maine » en faisant exploser un navire américain dans les eaux territoriales cubaines et d’accuser Cuba de sabotage.

Depuis que Bamford a publié ces documents sur l’Opération Northwoods, ceux qui s’intéressent à la stratégie de la tension se demandent jusqu’où certains groupes radicaux au sein du Pentagone étaient prêts à aller et quelles étaient les chances pour que le peuple américain ou ceux des autres pays découvrent ou parviennent à stopper de tels plans. Bamford pose notamment la question de savoir si l’Opération Northwoods était le plan le plus démoniaque jamais conçu par le gouvernement US, ou si l’incident du golfe de Tonkin en 1964 – qui précipita l’entrée en guerre des USA au Vietnam, laquelle se solda par la mort de 56 000 soldats américains et de 3 millions de Vietnamiens – avait constitué un exemple typique d’opération de stratégie de la tension élaborée et mise en oeuvre par le Pentagone.

« À la lumière des documents sur l’Opération Northwoods, » conclut Bamford, « il est clair que le fait de tromper la population et de fabriquer des guerres pour y envoyer des Américains se faire tuer constituait une politique standard et approuvée par les plus hauts niveaux de dirigeants au Pentagone. »[48]

Conclusion

Les deux principaux arguments contre l’idée que les attentats du 11-Septembre ont été menés par le gouvernement US et son armée ne sont que des a priori. L’un est que les gouvernements de pays occidentaux civilisés en général, et le gouvernement US en particulier ne feraient jamais une chose aussi horrible. L’autre est que si les attentats du 11/9 avaient été perpétrés par des forces internes au gouvernement des États-Unis, cela n’aura pas pu rester secret aussi longtemps. Les informations contenues dans cet article montrent que ces deux a priori sont tout à fait discutables.

Daniele Ganser

Journal of 9/11 Studies Volume 39, mai 2014 
(Titre original : La « stratégie de la tension » dans l’après Guerre froide) 
http://www.journalof911studies.com/resources/2014GanserVol39May.pdf

 

Notes de l’auteur :

[1] Wikipedia, « Guerre psychologique », http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_psychologique.

[2] En Italie durant la Guerre froide, les services secrets militaires ont été impliqués dans nombre d’opérations secrètes qui, lorsqu’elles ont été découvertes par la population, ont déclenché des protestations publiques, lesquelles ont forcé les services de renseignement à changer de nom. Créés le 30 mars 1949, soit 4 ans après la défaite de l’Italie dans la Seconde Guerre mondiale, et quelques jours seulement avant que l’Italie ne devienne un membre fondateur de l’OTAN, les services secrets militaires prirent le nom de SIFAR (Servizio Informazioni delle Forze Armate), puis SID (Servizio Informazione Difesa) de 1965 à 1977, avant d’adopter son appellation actuelle, SISMI (Servizio per le Informazioni e la Sicurezza Militare).

[3] Hugh O’Shaughnessy, « Gladio : Europe’s Best Kept Secret, » The Observer, 7 juin 1992. Shaughnesssy écrit : « C’étaient des agents qui devaient « rester derrière » (‘stay behind’) au cas où l’Armée rouge envahissait l’Europe de l’Ouest. Mais dans certains pays, ce réseau qui avait été mis en place avec les meilleures intentions a dégénéré en groupes terroristes prônant l’agitation politique d’extrême droite. »

[4] Newsnight, BBC1, 4 avril 1991

[5] Cité dans « Sénat de la République italienne : Commission d’enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l’échec dans l’arrestation des responsables des tragédies : le terrorisme, les tragédies et le contexte politico-historique. » (Rome : rédigé par le président de la Commission, le sénateur Giovanni Pellegrin, 1995), p 261.

[6] Sénat de la république, p 157.

[7] Sénat de la république, p 220.

[8] Newsnight, BBC1, 4 avril 1991

[9] Observer, 18 novembre 1990.

[10] Mario Coglitore, ed., La Notte dei Gladiatori. Omissioni e silenzi della Repubblica (Padoue, 1992) p 131.

[11] Leo Müller, Gladio : Das Erbe des Kalten Krieges : Der NATO- Geheimbund und sein deutscher Vorläufer (Hamburg : Rowohlt, 1991) p. 27.

[12] Reuters, 12 novembre 1990.

[13] Franco Ferraresi, « A Secret Structure Codenamed Gladio, » Italian Politics : A Review, 1992 : p. 30. Ferraresi cite directement le document qu’Andreotti a remis à la Commission parlementaire. Le quotidien italien L’Unità l’a publié dans une édition spéciale du 14 novembre 1990. Il figure également dans le livre de Jean Francois Brozzu-Gentile, L’affaire Gladio (Paris : Editions Albin Michel, 1994).

[14] Ferraresi p. 31, citant directement le document d’Andreotti.

[15] Ed Vulliamy, « Secret Agents, Freemasons, Fascists… and a Top-level Campaign of Political ‘Destabilisation’ : ‘Strategy of Tension’ That Brought Carnage and Cover-up, » Guardian, 5 décembre 1990.

[16] Dans le magazine politique italien, Europeo, 16 novembre 1990. Miceli a effectivement été condamné à une peine de prison dans les années 1970 et a passé 6 mois dans un hôpital militaire. En 1974, le magistrat enquêteur, Giovanni Tamburino, au cours de ses investigations sur le terrorisme d’extrême droite en Italie, avait pris l’initiative inédite d’arrêter le général Miceli en l’accusant d’avoir « promu, mis en oeuvre et organisé, avec d’autres, une association secrète mêlant militaires et civiles et visant à provoquer une insurrection armée afin d’amener des modifications illégales de la Constitution de l’État et à la forme de gouvernement. » (Voir aussi le magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991). Lors de son procès en novembre 1974, Miceli, auparavant responsable du Bureau de sécurité de l’OTAN, confirma avec nervosité qu’une unité spéciale avait bien existé au sein des services secrets militaires, le SID, mais que ce n’était pas lui qu’il fallait blâmer : « Un super-SID sous mes ordres ? Bien sûr ! Mais je ne l’ai pas moi-même organisé pour faire un coup d’État. C’étaient les États-Unis et l’OTAN qui m’ont demandé de le faire ! » (Voir aussi Brozzu-Gentile, p. 105.) C’était vers la fin de sa carrière dans les services secrets militaires italiens. Après avoir purgé sa peine de prison, il devint parlementaire en 1976 et bénéficia pour le restant de sa vie de l’immunité parlementaire en tant que député fasciste du Movimento Sociale Italiano (MSI). Réélu par deux fois, il démissionna en 1987 à cause d’une maladie et mourut trois ans plus tard.

[17] Cité dans Ferraresi, p. 31.

[18] Norberto Bobbio, cité dans Ferraresi, p. 32.

[19] Washington Post, 14 novembre 1990. Le seul autre article du Post qui comporte le mot-clef « Gladio » fut publié le 8 août 1993. La comparaison avec les 39 articles sur Gladio parus dans le journal britannique Guardian montre bien la pauvreté de la couverture médiatique de Gladio aux États-Unis.

[20] Philip P. Willan, Puppetmasters : The Political Use of Terrorism in Italy (Londres : Constable, 1991) p. 28.

[21] Independent, 1er décembre 1990.

[22] Jonathan Kwitny, « The CIA’s Secret Armies in Europe, » Nation, 6 avril 1992 : p. 445.

[23] Sénat de la République italienne : Commission d’enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l’échec dans l’arrestation des responsables des tragédies : tragédies et terrorisme dans l’Italie de l’après-guerre à 1974. Rapport du Groupe démocratique de gauche, l’Ulivo (Rome, juin 2000). Cité dans « Le rapport de l’an 2000 du Sénat italien sur Gladio et les massacres. »

[24] Cité dans Philip Willan : « US ‘Supported Anti-left Terror in Italy.’ Le rapport affirme que Washington a utilisé la stratégie de la tension durant la Guerre froide pour stabiliser le Centre-Droit, Guardian, 24 juin 2000.

[25] Philip Willan, « Terrorists ‘Helped by CIA’ to Stop Rise of Left in Italy, » Guardian, 26 mars 2001. Willan, un expert des actions secrètes américaines en Italie, a publié le remarquable ouvrage Puppetmasters (Voir note 24).

[26] Jeffrey Mackenzie Bale, « The ‘Black’ Terrorist International : Neo-Fascist Paramilitary Networks and the ‘Strategy of Tension’ in Italy, 1968–1974 » (Ann Arbor, Mich. : UMI Dissertation Services, 1996).

[27] Arthur Rowse, « Gladio : The Secret US War to Subvert Italian Democracy, » Covert Action Quarterly p. 49 (été 1994).

[28] Times (Londres) 19 novembre 1990.

[29] Observer, 18 novembre 1990.

[30] Voir Daniele Ganser, « Les armées secrètes de l’OTAN », Demi-Lune, 2007.

[31] European, 9 novembre 1990.

[32] European, 9 novembre 1990. Il semble que le représentant de l’OTAN qui a émis ce correctif soit Robert Stratford. Cf. Regine Igel, Andreotti : Politik zwischen Geheimdienst und Mafia (Munich : Herbig Verlag, 1997) p. 343.

[33] Observer, 18 novembre 1990.

[34] Lettre de Lee McClenny, resp. des relations presse de l’OTAN, à l’auteur, datée du 2 mai 2001.

[35] « Gladio. Un misterio de la guerra fria. La trama secreta coordinada por mandos de la Alianza Atlantica comienza a salir a la luz tras cuatro decadas de actividad, » El País, 26 novembre 1990.

[36] El País.

[37] Reuters News Service, 15 novembre 1990.

[38] Débats au Parlement européen (transcriptions officielles), 22 novembre 1990.

[39] Voir note 31.

[40] Cité dans Brozzu-Gentile, p. 141. Egalement par Associated Press, p. 13, novembre 1990.

[41] Kwitny, « The CIA’s Secret Armies in Europe », pp. 446, 447.

[42] Kwitny.

[43] Roger Faligot et Pascal Krop, La Piscine : Les Services Secrets Français 1944–1984 (Paris : Editions du Seuil, 1985), p. 165.

[44] Cité dans Stuart Christie, Stefano Delle Chiaie (Londres : Anarchy Publications, 1984) p. 32. Également dans Lobster (octobre 1989), p.18. Ce document aurait été trouvé dans l’ancien bureau de Guerin-Serac après la révolution portugaise de 1974.

[45] Commission d’enquête parlementaire sur le terrorisme en Italie et sur les causes de l’échec dans l’arrestation des responsables des tragédies. 9e session, 12 février 1997 (www.senato.it/parlam/bicam/terror/stenografici/steno9.htm).

[46] Après avoir refusé le plan de Lemnitzer, Kennedy l’envoya en Europe au poste de Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN de janvier 1963 à juillet 1969. Il fut remplacé par le général Andrew Goodpaster, qui occupa le poste de SACEUR de 1969 à 1974, c’est-à-dire pendant les années au cours desquelles les opérations terroristes eurent lieu en Italie.

[47] Sur la homepage de la National Security Archive à http://www.gwu.edu/ nsarchiv/news/20010430. [48] James Bamford, Body of Secrets : Anatomy of the Ultra-Secret National Security Agency (New York : Anchor Books, 2002), p. 91.

Traduction GV pour IlFattoQuotidiano.fr

Source :

http://ilfattoquotidiano.fr/daniele-ganser-les-historiens-le-11-septembre-et-les-armees-secretes-de-gladio/