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Origine profonde du colonialisme occidental: 500 ans d’injustice, de domination et de subjugation… (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 22 mai 2016 by Résistance 71

“A l’époque de leur première rencontre avec les Européens, la très vaste majorité des sociétés autochtones américaines avait atteint la véritable civilisation: elles n’abusaient en rien la terre ni la nature, elles promouvaient la responsabilité communale, elles pratiquaient l’égalité dans la société et les relations entre les différents genres et elles respectaient la liberté individuelle […] Un des éléments clef pour la restauration de l’harmonie nécessaire entre les cultures sociales et politiques est un bon leadership, consistant avec les valeurs culturelles de la communauté. Les structures politiques non-indigènes, leurs valeurs et leurs styles de leadership mènent à des formes compromises et coercitives de gouvernement qui sont en contradiction avec les valeurs mêmes de la société autochtone ; ceci est aussi la raison principale pour laquelle nos crises politiques et sociales persistent.”
~ Professeur Taiaiake Alfred, Université de Victoria, Colombie Britannique ~

“Si un peuple vit et obéit à la loi naturelle, il n’y a nul besoin pour des lois humaines pour quelque situation que ce soit. La première loi créée par l’Homme est la mort de la Loi Naturelle. La loi naturelle est la loi de la vie, la loi humaine est la loi de la mort.”
~ Russell Means, activiste Lakota ~

 

Cinq cents ans d’injustice

L’héritage du racisme religieux du XVème siècle

Steven Newcomb

url de l’article original:
http://ili.nativeweb.org/sdrm_art.html

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Lorsque Christophe Colomb a pour la première fois mis le pied sur le sable blanc de l’île de Guanahani, il fit une cérémonie afin de “prendre possession” de la terre pour le roi et la reine d’Espagne, agissant sous les lois internationales de la chrétienté occidentale. Bien que l’histoire de la “découverte” de Colomb ait pris des proportion “mythologiques” dans presque tout le monde occidental, peu de gens savent en fait que cet acte de “prise de possession” était fondé sur une doctrine religieuse connue aujourd’hui sous le vocable de Doctrine de la Découverte. Encore moins de gens réalisent qu’aujourd’hui, cinq siècles plus tard, le gouvernement des Etats-Unis utilise toujours cette doctrine judéo-chrétienne archaïque pour refuser les droits des peuples et nations amérindiens.

Les origines de la doctrine de la découverte

Pour bien comprendre la connexion entre le principe de la découverte de la chrétienté et les lois des Etats-Unis, nous devons commencer par examiner un document pontifical émis quarante ans avant le voyage historique de Colomb. En 1455, le pape Nicolas V émît la bulle Romanus Pontifex pour le roi Alphonse V du Portugal, déclarant la guerre à tous les non-chrétiens du monde et spécifiquement sanctionnant et promouvant la conquête, la colonisation et l’exploitation des non-chrétiens de leurs nations et de leurs territoires.

Sous des doctrines théologiques et légales variées formulées durant et après les croisades, les non-chrétiens étaient considérés comme les ennemis de la foi catholique et comme tels, des sous-hommes. En accord avec la bulle de 1455, le pape Nicolas V instruisit le roi Alphonse de “capturer, de vaincre et de subjuguer tous les sarrasins, les païens et autres ennemis du Christ”, pour “les réduire en esclavage perpétuel” et “pour saisir toutes leurs possessions et leurs propriétés”. Agissant sous ce privilège pontifical, le Portugal continua à trafiquer les esclaves africains et à étendre ses dominations royales en faisant des “découvertes” le long de la côte occidentale de l’Afrique, clâmant au passage toutes ces terres comme territoire portugais. (NdT: ceci fut déjà édicté dans la bulle Dum Diversas du même Nicolas V en 1452, Romanus Pontifex en 1455 ne fit que confirmer ce qui existait déjà, la bulle Inter Caetera du pape Alexandre VI en 1493, divisa le monde entre le Portugal et l’Espagne dans la continuité de Dum Diversas et Romanus Pontifex… Aucune de ces bulles n’a été répudiée par le Vatican et sont toujours en application en 2016. À l’heure où nous traduisons ces lignes..)

Ainsi, lorsque Colomb a traversé vers l’ouest à travers la mer des ténèbres en 1492, ayant la compréhension expresse qu’il était autorisé à “prendre possession” de toute terre qu’il “découvrirait » et qui “n’était pas déjà sous la domination d’autres souverains chrétiens”, lui et les souverains de Castille et d’Aragon suivaient une tradition déjà bien établie de “découverte” et de conquête. [Thatcher 96]. De fait, après le retour de Colomb en Europe, le pape Alexandre VI émît une bulle: Inter Caetera du 3 Mai 1493, “donnant” à l’Espagne, à la requête du roi Ferdinand et de la reine Isabelle, le droit de conquérir les terres que Colomb avaient trouvées, ainsi que toutes terres que l’Espagne pourrait “découvrir” dans le futur.

Dans la bulle Inter Caetera, le pape Alexandre a déclaré son désir que les peuples “découverts” soient “subjugués et amenés dans la foi chrétienne”. [Davenport:61]. De cette façon, dit le pape, “l’empire chrétien” se propagerait. [Thatcher:127] Quand le Portugal protesta de cette concession à l’Espagne, le pape Alexandre VI stipula dans une bulle subséquente publiée le 4 Mai 1493, que l’Espagne ne doit pas tenter d’établir sa domination sur des terres qui ont déjà été “possédées par un quelconque autre seigneur chrétien”. ]Davenport]. Puis pour satisfaire les deux monarques rivaux, le pape traça une ligne de démarcation entre les deux pôles terrestres, donnant à l’Espagne le droit de conquérir et de dominer un côté du globe et au Portugal l’autre côté.

Durant ce 500ème anniversaire du voyage de Colomb vers les Amériques, il est important de reconnaître que les actes crus de génocide et de conquête commis par Colomb et ses hommes contre les peuples natifs et pacifiques des Caraïbes furent endorsés par l’église catholique par le truchement des documents sus-nommés. En fait, ces documents pontificaux furent fréquemment utilisés par les conquérants européens chrétiens des Amériques pour justifier de leur système de colonisation incroyablement brutal et sans merci envers les territoires et les peuples qui pour eux “n’étaient habités que par de brutes animaux” [Story:135-6]

La leçon à retenir est que les bulles pontificales de 1452, 1455 et 1493 sont de clairs exemples du comment “les pouvoirs chrétiens » ou “les différents états de la chrétienté” voyaient les peuples indigènes: comme “des proies et butins de droit des conquérants civilisés.” [Wheaton:270-1] En fait, la “Loi des Nations” chrétienne établissait que les nations chrétiennes possédaient un droit divin, basé sur la bible, de clàmer le titre de propriété absolu et l’autorité ultime sur les habitants non-chrétiens nouvellement “découverts” ainsi que sur leurs terres et possessions. Au cours des siècles qui suivirent, ces croyances donnèrent naissance à la doctrine de la découverte utilisé par l’Espagne, le Portugal, la France, l’Angleterre et la Hollande, toutes des nations chrétiennes.

La doctrine de la découverte dans la loi des Etats-Unis

En 1823, la doctrine chrétienne de la découverte fut adoptée en catimini dans la loi des Etats-Unis par sa Cour Suprême dans le rendu de l’affaire devenu célèbre de Johnson contre McIntosh (8 Wheat., 543). Écrivant pour une décision unanime, le juge de la cour suprême John Marshall observa que les nations chrétiennes européennes avaient assumé le “dominion ultime” sur les terres de l’Amérique durant l’âge de la découverte et que du fait de cette “découverte”, les Indiens avaient perdu leurs “droits à la complète souveraineté en tant que nations indépendantes” et n’avaient retenu qu’un “droit à l’occupation des sols” de leurs terres. En d’autres termes, les nations indiennes furent sujettes à l’autorité ultime de la première nation de la chrétienté qui clâma possession d’une région donnée des terres indiennes. [Johnson:574 & Wheaton:270-1]

D’après Marshall, les Etats-Unis à leur indépendance en 1776, devinrent la nation héritière de la doctrine de la découverte et acquirent le pouvoir de domination laissée par la Grande-Bretagne. [Johnson:587-9] Bien sûr, quand Marshall a défini en premier lieu le principe de “découverte”, il utilisa un langage qu’il phrasa de telle manière qu’il détourna l’attention du biais religieux, déclarant que “la découverte donna le titre au gouvernement, dont les sujets, ou par l’autorité duquel, la découverte fut faite, contre tous les autres gouvernements européens” [Johnson: 573-4] Mais, discutant les précédents légaux pour soutenir ce que la cour disait, Marshall cita spécifiquement la charte anglaise provenant de l’explorateur John Cabot afin de documenter la reconnaissance complète par l’Angleterre de la doctrine chrétienne de la découverte. Puis paraphrasant le langage de la charte, Marshall nota que Cabot fut autorisé à prendre possession des terres “nonobstant l’occupation des populations autochtones, qui étaient des païens et en même temps, admettant le titre primordial de tout peuple chrétien ayant fait la “découverte” au préalable.” [Johnson:577]

En d’autres termes, la cour suprême affirma que la loi des Etats-Unis était fondée sur la règle fondamentale de la “Loi des Nations” et qu’il était permis de virtuellement ignorer les droits les plus élémentaires des indigènes “païens” et d’affirmer que les “terres inoccupées” de l’Amérique appartenait de bon droit aux nations chrétiennes européennes qui les découvraient Bien sûr, il est important de comprendre que ,comme le fit remarquer Benjamin Munn Ziegler dans la Loi Internationale de John Marshall, que le terme de “terres inoccupées” se référait aux “terres d’Amérique qui, une fois découvertes, étaient “occupées par des Indiens” mais “inoccupées par des chrétiens” [Ziegler:46].

Ironiquement, la même année que le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh, un des pères fondateurs des Etats-Unis, James Madison écrivit: “La religion n’est pas du ressort du gouvernement humain. La religion est essentiellement distincte du gouvernement civil et exempte de sa reconnaissance ; établir une connexion entre eux est injurieux pour les deux.

La plupart d’entre nous a été élevée dans la croyance que la constitution des Etats-Unis fut faite pour séparer l’église et l’état. Malheureusement avec la décision de la CS dans l’affaire Johnson, la doctrine chrétienne de la découverte ne fut pas seulement écrite dans la loi des Etats-Unis mais elle devint également la pierre angulaire de la politique états-unienne sur les Indiens dans le siècle qui s’en suivit.

De la doctrine de la découverte aux nations domestiques dépendantes

Utilisant le principe de la “découverte” comme préalable, la Cour Suprieme déclara en 1831 que la nation Cherokee (et par implication toutes les nations indiennes) n’était pas totalement souveraine, mais “serait peut-être” des “nations dépendantes” (Cherokee contre l’état de Georgie]. Le gouvernement fédéral prit ceci pour signifier que les traités signés avec les nations indiennes ne reconnaissaient pas les nations indiennes comme étant libres du contrôle du gouvernement des Etats-Unis. D’après le gouvernement US, les nations indiennes étaient des “nations domestiquement dépendantes” sujettent à l’autorité législative absolue du gouvernement fédéral, ce qui est connu en terme légal comme l’exercice du “pouvoir plénier”. Donc, l’ancienne doctrine chrétienne de la découverte et sa subjugation des Indiens “païens” furent étendues par le gouvernement fédéral dans une doctrine mythique disant que la constitution des Etats-Unis permet l’autorité gouvernementale sur les nations indiennes et leurs terres. [Savage:59-60]

Le mythe du “pouvoir plénier” des Etats-Unis sur les Indiens, un pouvoir soit-dit en passant, qui ne fut jamais voulu par les auteurs de la constitution [Savage:115-7], a été utilisé par les Etats-Unis pour:

  1. Circonvenir les termes des traités officiels que les Etats-Unis avaient signé avec les nations indiennes, malgré le fait que tous ces traités sont la “loi suprême de la terre, nonobstant tout ce qui peut-être écrit dans la constitution”.
  2. Voler les terres ancestrales des peuples indiens vivant à l’Est du Mississippi, en les expulsant de leurs territoires ancestraux par la loi de relogement des Indiens (Indian Removal Act) de 1835.
  3. Utiliser un statut du congrès connu sous le vocable de General Allotment Act of 1887 afin de soulager les peuples indiens de quelques 37 millions d’hectares de leurs terres. Cette loi, a expliqué John Collier (commissaire aux affaires indiennes) fut “une méthode indirecte, pacifique sous la forme d’une loi, de prendre la terre que nous étions déterminés à prendre mais que nous ne voulions pas prendre directement pour ne pas enfreindre les traités.
  4. Voler les Collines Noires sacrées de la grande nation Sioux en violation totale du traité de Fort Laramie en 1868 qui reconnaissait la propriété exclusive et absolue de leurs terres à la nation Sioux. (NdT: Ce traité intervint après des défaites successives de l’armée américaine contre la nation Sioux et ses alliés Cheyenne et Arapaho. La campagne militaire américaine se solda par une défaite cinglante aux mains des chefs Lakota Crazy Horse et Sitting Bull. De fait, ce fut le gouvernement des Etats-Unis qui demanda la paix et concéda la défaite. Le traité de Fort Laramie est un traité fort, qui cadrait la défaite militaire des Etats-Unis et accordait tout des demandes de la nation Sioux.)
  5. Payer le secrétaire d’état à l’intérieur la somme de 26 millions de dollars pour 10 millions d’Hectares des terres de la nations Shoshone occidentale, parce que les Shoshone ont systématiquement refusé de vendre leur terre et refusé d’accepter l’argent qu’on leur forçait de prendre et ce bien que la souveraineté de la nation Shoshone et ses limites territoriales étaient clairement reconnues par le gouvernement fédéral dans le traité de Ruby Valley de 1863. Le gouvernement affirme aujourd’hui que se payer lui-même pour les terres Shoshone a mis un terme à la souveraineté de la nation et ses titres de propriété sur leurs terres.

Les cas ci-dessus ne sont juste que quelques exemples du comment le gouvernement des Etats-Unis a utilisé les décisions de la CS dans les affaires Johnson contre McIntosh et Cherokee contre Georgie pour écarter brutalement les droits des peuples autochtones. De fait, un nombre incalculable de politique indienne des Etats-Unis ont été fondées sur la logique sous-jacente, cachée de la “doctrine chrétienne de la découverte”, une logique qui maintient que les peuples indigènes “païens” des Amériques sont “subordonnés à la première nation chrétienne découvreuse” ou à ses successeurs. [Wheaton:271]

Comme l’avait observé Thomas Jefferson, quand l’État utilise la doctrine de l’église comme outil coercitif, le résultat est “hypocrisie et méchanceté”. Malheureusement, l’utilisation par la CS des Etats-Unis de l’ancienne Doctrine Chrétienne de la Découverte pour circonvenir à la constitution comme moyen de voler les terres indiennes et de placer les nations indiennes sous le contrôle des Etats-Unis, a prouvé que Madison et Jefferson avaient raison.

Mettre fin à 500 ans d’injustice pour les peuples indigènes

Dans un pays mis en place pour maintenir une séparation stricte de l’église et de l’État, la doctrine de la découverte aurait dû être déclarée inconstitutionnelle depuis longtemps, parce qu’elle est basée sur un traitement préjudiciable aux nations autochtones, une posture ethnocentrique par le simple fait que les natons indiennes n’étaient pas chrétiennes au moment de l’arrivée des chrétiens européens. En pénalisant les autochtones sur la bases de leur croyance non-chrétienne et de leurs pratiques cérémonielles, les dépouillant de leurs terres et de leur souveraineté, la décision de la CS dans l’affaire Johnson contre McIntosh est une violation monumentale des “droits naturels” de l’humanité, ainsi que celle des droits humains les plus fondamentaux des peuples indigènes.

Alors que nous allons au delà du 500ème anniversaire de l’invasion des Amériques par Christophe Colomb, il est plus que temps de renoncer formellement et de mettre un terme définitif au préjudice et biais religieux qui ont été inscrits dans la loi des Etats-Unis par le juge de la CS John Marshall en 1823. Que le peuple états-unien, spécifiquement la droite chrétienne, se décide ou pas à assister les peuples autochtones à renverser la décision de l’affaire Johnson, en dira long à la communauté mondiale au sujet du sérieux avec lequel les Etats-Unis prennent leurs propres principes fondateurs de liberté, de justice et de liberté religieuse.

Alors que nous approchons le 500ème anniversaire de la bulle Inter Caetera des 3 et 4 Mai 1493, il est important de garder à l’esprit que la Doctrine de la Découverte est toujours utilisée par des pays des Amériques pour refuser les droits des peuples indigènes et pour perpétuer la colonisation au travers du continent. Pour commencer à mettre vraiment fin à ce système colonial et pour nous écarter d’une tradition culturelle et spirituelle de subjugation des peuples, nous devons renverser la doctrine à sa racine même. Ainsi, je propose que les non-autochtones, spécifiquement les chrétiens, s’unissent en solidarité avec les peuples indigènes du continent des Amériques pour faire pression sur le pape Jean-Paul II (NdT: et aujourd’hui François 1er…) et lui montrer l’importance de REVOQUER, dans une cérémonie formelle avec les peuples autochtones, la bulle Inter Caetera de 1493.

Révoquer les documents pontificaux et renverser la décision de justice dans l’affaire Johnson contre McIntosh sont les deux premières étapes les plus importantes vers la correction des injustices commises et infligées aux peuples indigènes ces derniers 500 ans. Ce sont aussi des étapes signifiantes vers la création d’un mode de vie qui ne sera plus fondé sur la subjugation et la veulerie. Peut-être alors pourrons-nous utiliser notre nouvellement solidarité retrouvée pour commencer à créer un mode de vie fondé sur le prenier des principes indigènes: “Respectez la Terre et ayez un regard sacré pour tout être vivant.”

References

Cherokee Nation v. Georgia 30 U.S. (5 Pet.) 1, 8 L.Ed. 25 (1831).

Davenport, Frances Gardiner, 19l7, European Treaties bearing on the History of the United States and its Dependencies to 1648, Vol. 1, Washington, D.C.: Carnegie Institution of Washington.

Johnson and Graham’s Lessee V McIntosh 21 U.S. (8 Wheat.) 543, 5 L.Ed. 681(1823).

Rivera-Pagan, Luis N., 1991, « Cross Preceded Sword in ‘Discovery’ of the Americas, » in Yakima Nation Review, 1991, Oct. 4.

Story, Joseph, 1833, Commentaries on the Constitution of the United States Vol. 1 Boston: Little, Brown & Co.

Thacher, John Boyd, 1903, Christopher Columbus Vol. 11, New York: G.P. Putman’s Sons.

Williamson, James A., 1962, The Cabot Voyages And Bristol Discovery Under Henry VII, Cambridge: Cambridge University Press.

Wheaton, Henry, 1855, Elements of International Law, Sixth Edition, Boston: Little Brown, and Co.

Ziegler, Benjamin Munn, 1939, The International Law of John Marshall, Chapel Hill: The University of North Carolina Press.

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Résistance au colonialisme occidental: Révoquez les bulles pontificales de 1455 et de 1493 justifiant esclavage et colonialisme… 2ème partie

Posted in actualité, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 octobre 2013 by Résistance 71

1ère partie

 

Revoquez la bulle Inter Caetera

 

Valerie Taliman

 

Source: http://ili.nativeweb.org/ricb.html

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

On refuse au peuple indien (natif des Amériques) leurs droits aujourd’hui simplement parce qu’ils n’étaient pas chrétiens à l’époque de l’arrivée européenne sur le continent.
L’universitaire Shawnee/Lenape Steven Newcomb a fait froncer plus d’un sourcil quand il fit cette déclaration au parlement des religions mondiales, qui s’est tenu à Chicago en Septembre (NdT:1994). Cette congrégation historique fut suivie par plus de 7700 leaders spirituels et participants et avait l’intention de proposer un forum pour accentuer la compréhension spirituelle et la paix dans le monde.

Newcomb et Bill Kills Straight, un Sioux Oglala de Kyle dans le Dakota du Sud (Pine Ridge), représentait l’Indigenous Law Institute” et parlèrent dans un panel appelé “Les voix des dépossédés”. Ils furent rejoints par Julio Revolorio, un Maya du Guatemala et Tupac Amaro Indi, de la nation Quiche de l’amazone, qui partagèrent leurs visions sur la perte des terres indigènes.

La présentation de Newcomb et de Kills Straight fut la première fois que des gens entendirent parler de la relation entre le vol de terres natives et les doctrines anciennes de l’église catholique. Ces doctrines, appelées bulle pontificales ou bulles papales (NdT: toujours en vigueur aujourd’hui, la méthode est ancienne mais pas abandonnée…), sont toujours en vigueur aujourd’hui plus de 500 ans plus tard et forment la base d’un schéma de subjugation incessant qui a été incorporé dans les lois fédérales sur les Indiens en Amérique.

Dans une lettre ouverte, l’Indigenous Law Institute a appelé le pape Jean Paul II à formellement révoquer ces documents afin “de démontrer une solidarité avec les nations indigènes et de montrer la volonté d’honorer et de respecter  les droits inhérents des nations indigènes à la liberté, la justice et la paix.

Les deux documents principaux discutés par Newcomb sont le décret pontifical de Nicolas V en 1455 qui appelait le roi Alphonse du Portugal “à envahir, rechercher, capturer, vaincre et subjuguer tous les sarazins et les païens… et autres ennemis du Christ.” Le pape Nicolas décréta également que la terre en possession de ces peuples soit confisquée et que les non-chrétiens soient “réduits en esclavage perpétuel”.

Newcomb a expliqué que ce document fut suivi par une seconde doctrine énoncée dans la bull pontificale Inter Caetera de 1493, dictée par le pape Alexandre VI qui décrivait le désir du pape de voir les “nations barbares renversées” et que ces nations “découvertes” par la chrétienté  soient subjuguées et réduites à la foi catholique “afin de propager la religion chrétienne”. Ces décrets, vieux de 500 ans, mirent en place la scène d’une guerre de conquête qui dure depuis plus d’un demi millénaire, se faisant l’avocat de la guerre et non de la paix contre les peuples autochtones et rendirent impossible pour le monde chrétien de respecter les nations indigènes du continent des Amériques, a t’il dit.

Newcomb qui a passé 10 ans à rechercher extensivement les origines de la loi fédérale sur les Indiens a dit que ces doctrines anciennes servent de base légale à la politique fédérale sur les Indiens qui refuse aux Indiens leurs droits à leurs terres ancestrales simplement parce qu’ils n’étaient pas chrétiens lors de l’arrivée des Européens sur le continent. “Ces anciennes lois de la chrétienté ont été incorporées dans une décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 dans l’affaire Johnson contre McIntosh, qui fit la distinction entre les chrétiens et les païens”, a dit Newcomb. Le terme de “païens”, nota t’il, s’appliquait aux personnes dont la religion n’était ni chrétienne, ni juive , ni musulmane, ce qui bien sûr s’appliquait virtuellement à toutes les nations indigènes.

“Ce qui rend ceci si critiquement important pour les peuples indigènes des Etats-Unis et pour tous les peuples indigènes du monde est que le raisonnement de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre McIntosh était fondé sur la distinction entre les chrétiens et les païens et la Doctrine de la Découverte fut formellement inscrite dans les lois des Etats-Unis par la cour suprême”, a t’il expliqué.

“Il dit que la première nation chrétienne qui ‘découvre’ une terre peuplée de païens et d’infidèles (bêtes de proie), possède le droit de domination ultime sur ces terres et que les païens n’ont que le droit de l’occuper.”

Il a insisté sur l’importance du mot “dominion” dérivé du latin “domo”, qui veut dire “subjuguer, domestiquer, placer en état de soumission, coloniser”.

Newcomb a aussi noté qu’en accord avec la loi internationale chrétienne, les terres qui n’avaient pas de propriétaires chrétiens étaient considérées comme terres vacantes, même si elles étaient habitées par des non-chrétiens. “Ainsi les terres que Christophe Colomb et les autres conquérants prirent en leur possession étaient considérées n’appartenir à personne car elles n’étaient pas la propriété d’une autre nation chrétienne”, a écrit Newcomb dans un essai intitulé “Païens en terre promise” (NdT: depuis devenu un excellent livre…)

Dans la décision judiciaire de l’affaire Johnson contre McIntosh, le juge suprême John Marshall cita les chartes variées de l’Angleterre pour documenter l’acceptance de la doctrine de la découverte et a dit que les nations européennes qui firent de telles découvertes n’avaient pour obligation légale que de reconnaître “le titre précédent de tout peuple chrétien qui aurait pu avoir fait la découverte”, d’après la recherche de Newcomb.

“En bref, les chrétiens avaient le titre de propriété, les païens ne faisaient qu’occuper la terre” (NdT: Juste un cas “légal” d’éviction de squatters en quelque sorte…). “Peu de personnes réalisent vraiment que la distinction établie par la cour suprême des Etats-Unis entre chrétiens et païens est toujours la loi suprême qui commande à la propriété foncière aujourd’hui.”

“Ainsi, sur cette base, les Etats-Unis continuent de nier que les peuples Indiens ont le véritable droit de propriété de leurs terres ancestrales et qu’ils ont droit a la souveraineté complète en tant que nations indépendantes.”

Kills Straight relia la vision du monde industrialisé de la terre et la destruction qui s’en suivit des lois édictées par l’Homme, fondées sur des économies capitalistes et la domination de la nature.

“En 500 ans, plus de 96 millions d’indigènes ont été perdus à cause de cette destruction”, a t’il dit, ainsi que la connaissance traditionnelle dont ils étaient les détenteurs. Il a rappelé que la compréhension de la nature et de ses lois ainsi que de la Terre-Mère par les peuples autochtones en tant qu’entité spirituelle est critiquement importante à partager en ces temps où tant d’espèces sont dévastées et menacées.

“Il est bon de voir la spiritualité redevenir forte dans nos communautés. Nous avons besoin d’un changement ou la vie sur Terre va cesser d’exister. Le reste du monde a l’habitude de penser qu’il n’y a rien à apprendre des peuples autochtones de ce continent, mais cela est en train de changer.

En révoquant la bulle Inter Caetera de 1493, le pape peut montrer son soutien aux peuples indigènes par ses actions, pas seulement par des mots. Cela mettra un terme symbolique à cette tradition de la subjugation que nos avons subie depuis plus de 500 ans.

C’est un effort spirituel que nous entreprenons et ce n’est pas juste à propos du pape et de l’église catholique, c’est à propos du manque d’honneur et de compassion et d’attention qui sont si marquant dans ce monde industriel.

Ceci est un premier pas de l’église et du reste de la chrétienté vers le premier principe indigène: Le respect de la Terre et de notre Mère et avoir un regard sacré pour tout le vivant ; et ceci veut dire pour nos femmes, nos enfants et les générations futures.

Note de l’auteur:

Durant cette congrégation, les 60 délégués de nations autochtones ont développé une « Declaration of Vision » qui incluait un appel à la hiérarchie de l’église catholique romaine de révoquer la bulle pontificale Inter Caetera de 1493. La déclaration fut présentée à l’assemblée générale du parlement mondial par Charlotte Black Elk et fut endorsée comme résolution par un vote unanime. Quoi qu’il en soit, le Dr. David Ramage Jr, président du conseil de la congrégation, annula plus tard le vote dans une réunion post-congrégation, disant que les résolutions passées au cours de l’AG n’étaient pas valides car l’assemblée n’avait pour intention que “d’échanger des points de vue et non de prendre des décisions de groupe”. Il n’est pas clair quelle action sera prise à la suite de cette déclaration.

DOCUMENT SOURCE: Taliman, Valerie. « Revoke the Inter Cetera Bull. » Turtle Quarterly. Fall-Winter 1994, p. 7-8.

Lire la 1ère partie

L’origine profonde du colonialisme occidental: Les bulles pontificales Romanus Pontifex (1455) et Inter Caetera (1493)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 9 octobre 2013 by Résistance 71

Suite à nos articles précédents « Au sujet de l’origine du colonialisme: la bulle papale Inter Caetera (Alexandre VI de 1493) » et « Le grand mensonge qui régit le colonialisme: la bulle papale de 1493« , nous avons traduit des extraits des deux bulles pontificales de 1455 (Romanus Pontifex) et 1493 (Inter Caetera), qui ont établies les bases religieuses et légales de la colonisation occidentale et chrétienne depuis la fin du XVème siècle. La bulle Inter Caetera a été instituée comme fondement  de la loi sur les Indiens et la justification du génocide et du vol de territoires subis par les nations autochtones, par décisions de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 (Johnson contre McIntosh), réitéré en 1863 dans le cas de la nation Cherokee contre l’état de Géorgie.

Il faut bien comprendre que la colonisation du continent des Amériques qui perdure aujourd’hui est fondée exclusivement à sa racine par ces textes religieux, fondamentalement racistes et esclavagistes, émanant de deux papes Nicolas V et Alexandre VI. Des demandes multiples de révocation des bulles pontificales Romanus Pontifex et surtout Inter Caetera ont été dûment et officiellement formulées, sans que rien jamais ne se passe bien évidemment. L’hypocrisie de l’église et des gouvernements à ce sujet est abyssale.ne 

En terminer avec l’empire est plus simple qu’on le croit:  Soutenir les peuples indigènes et obtenir la révocation des bulles ce qui entraînera ipso facto des plaintes en cour de justice auxquelles l’empire ne pourra plus faire face et devra abdiquer de ses pseudo-droits territoriaux usurpés de longue date. Il suffit de lui enlever sa base territoriale volée il y a plus de 500 ans !

Ceci est le cœur même de toute l’affaire, les nations amérindiennes et les gouvernements fantoches des banquiers des Amériques, le savent pertinemment.

— Résistance 71 —

 

La bulle pontificale Romanus Pontifex (Nicholas V), du 8 janvier 1455.

Source: http://www.nativeweb.org//pages/legal/indig-romanus-pontifex.html

 

Historique

La bulle pontificale Romanus Pontifex est un exemple important de l’affirmation de la seigneurie spirituelle toute puissante de la papauté sur le monde et de son rôle dans la régulation des relations entre les princes chrétiens et entre les chrétiens et les “non-croyants” (impis et infidèles). La bulle devint la base de la future affirmation du Portugal sur des terres au “nouveau monde”, chose qui fut contrée par la bulle Inter Caetera de 1493.

Une traduction partielle de la bulle Romanus Pontifex est reproduite ci-dessous, comme reproduite de l’ European Treaties bearing on the History of the United States and its Dependencies to 1648, Frances Gardiner Davenport, editor, Carnegie Institution of Washington, 1917, Washington, D.C., at pp. 20-26. The original text in Latin is in the same volume, at pp. 13-20.

Traduction partielle de la bulle pontificale Romanus Pontifex de 1455

Note du traducteur: Le premier extrait traite de la mise en esclavage et de l’évangélisation forcée des Africains, le second de la mise en esclavage perpétuel de tous “sarazins et païens” (la bonté religieuse et chrétienne personnifiée n’est-il pas ?…).

[…] du roi Alphonse et de l’Infante et que dans ces nombreuses îles et ce voisinage furent subjugués et possédés pacifiquement, tout comme ils sont toujours possédés ainsi que la mer adjacente. Ainsi beaucoup de Guinéens et autres nègres, pris de force, échangés contre des articles non prohibés ou par tout autre contrat d’achat légal, furent envoyés dans les royaumes. Un grand nombre d’entre eux ont été convertis à la foi catholique et il est espéré avec l’aide de la miséricorde de Dieu, que  si ce tels progrès continuent avec eux, ces gens seront convertis à la foi ou au moins les âmes de bon nombre d’entre eux seront gagnées au Christ.
[…] Ainsi après avoir pesé toutes les conséquences avec la méditation qui se doit et après avoir noté que nous avons donné par missives antérieures la faculté ample et simple au roi Alphone d’envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous sarazins et païens que ce soient et tout autre ennemi du Christ où qu’il soit et les royaumes et duchés et principautés et colonies et possessions et tous biens mobiles ou immobiles en leur possession ainsi que de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel et d’appliquer et de s’approprier pour lui-même, ses héritiers et successeurs lesdits royaumes, duchés, principautés, colonies, possessions et biens et de les convertir en ses biens et profits et qu’en ayant sécurisé cette faculté, ledit roi Alphonse ou par son autorité, l’Infante sus-nommée, ont acquis justement et légalement et possèdent et ont fait l’acquisition ces îles, terres, ports et mers et que ceux-ci appartiennent de plein droit au dit roi Alphonse et ses héritiers et successeurs. […]

Ne laissons personne contrevenir éhontement à notre recommandation, exhortation, réquisition, don, permission, tâche, constitution, décret, mandat, prohibition et volonté. Quiconque tenterait ceci doit savoir qu’il subira la colère de Dieu tout puissant et des apôtres Pierre et Paul.

[…]

P. de Noxeto.

 

 

La bulle pontificale Inter Caetera (Alexander VI) du 4 Mai 1493.

Source:

http://www.nativeweb.org/pages/legal/indig-inter-caetera.html

 

Historique

La découverte en 1492 par Christphe Colomb de terres soi-disant asiatiques dans les mers occidentales a menacé les relations instables entre les royaumes du Portugal et de Castille, qui se livraient une course à la suprématie et à la possession de territoires coloniaux le long des côtes africaines depuis plusieurs années. Le roi du Portugal affirma que la découverte était dans les termes des bulles pontificales de 1455, 1456 et 1479. Le roi et la reine de Castille disputèrent ceci et voulurent une nouvelle bulle sur le sujet.

La pape Alexandre VI, natif de la ville de Valence et ami du roi de Castille, répondît avec trois bulles datées des 3 et 4 Mai, qui étaient hautement favorables à la Castille. La troisième de ces bulles appelée Inter Caetera, est reproduite ci-dessous (NdT: Nous n’en avons traduit que des passages essentiels..), dans une traduction du latin à l’anglais publiée dans European Treaties bearing on the History of the United States and its Dependencies to 1648, Frances Gardiner Davenport, editor, Carnegie Institution of Washington, 1917, Washington, D.C., at pp. 75-78. The original text in Latin is in the same volume, at pp. 72-75.

Bien que d’autres bulles furent édictées plus tard sur le sujet de la rivalité coloniale entre le Portugal et l’Espagne, la bulle Inter Caetera est devenue un document majeur dans le développement de doctrines légales subséquentes en regard des appropriations de terres de l’empire dans le “nouveau monde”. La bulle donne à la Castille le droit exclusif d’acquérir des territoires, de commercer ou même d’approcher les terres se situant à l’Ouest du méridien positionné à cent lieues à l’Ouest des Açores et des îles du Cap Vert. Une exception fut faite pour les territoires déjà possédées par un autre prince chrétien au-delà de ce méridien avant le jour de Noël 1492.

Traduction d’extraits de la bulle pontificale Inter Caetera de Mai 1493:

[…] qu’en notre époque spécifiquement, la foi catholique et la religion chrétienne soient exaltées et se développent partout, que l’on s’occupe de la santé des âmes et que les nations barbares soient renversées et amenées à la foi elle-même.
[…] Et afin que vous puissiez entreprendre une telle grande chose avec plus de promptitude et de motivation permises par notre faveur apostolique, nous, de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493. Nous vous faisons, appointons vous et vos héritiers et successeurs futurs, roi de celles-ci avec tout pouvoir, autorité et juridiction de toute sorte, avec toutefois cette provision que tout roi ou prince chrétien en possession de ces terres ne puisse en être dépossédé ou être expulsé. De plus, nous vous ordonnons en vertu de la sainte obéissance, qu’employant toute diligence dûe sur place, comme vous l’avez promis et sans que nous doutions de votre obéissance inhérente à votre loyauté et largesse d’esprit royale, vous devrez nommer sur ces terres des hommes d’expérience, obéissants et vivant dans la crainte de Dieu, afin qu’ils instruisent les habitants et les résidents de ces contrées à la foi catholique et à les entraîner à la bonne morale. De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial,  contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto.
[…] Ne laissons personne contrevenir éhontement à notre recommandation, exhortation, réquisition, don, permission, tâche, constitution, décret, mandat, prohibition et volonté. Quiconque tenterait ceci doit savoir qu’il subira la colère de Dieu tout puissant et des apôtres Pierre et Paul. Édicté à Rome, St Pierre, dans l’année de l’incarnation de notre seigneur mil quatre cent quatre-vingt-treize, le quatrième jour du mois de mai, dans la première année de notre pontificat.

Donné par ordre de notre plus grand saint seigneur, le pape

June. For the referendary,     For J. Bufolinus,

A. de Mucciarellis.         A. Santoseverino.

L. Podocatharus.