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Résistance politique: Pour ne pas oublier l’Espagne 1936… Une nouvelle organisation politique et sociale qui fit trembler les instances étatique en Europe ~ 2ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 24 avril 2016 by Résistance 71

Souvenons-nous des compagnons espagnols (1936-39) et avant eux des makhnovistes ukrainiens (1918-1923), des révoltés de Kronstadt (1921) du mouvement ouvrier expropriateur italien (1920) tous trahis par les étatistes communistes larbins du système de marché en place et avant eux, des Communards de Paris (1871) trahis et quasi-exterminés par une république dite “modérée”. Ces évènements historiques devraient faire comprendre à tout à chacun que l’État organisé, monarchiste, républicain, fasciste brun ou fasciste rouge, est prêt à tout pour préserver le statu quo oligarchique dont il est le cerbère pour ses maîtres de la haute finance et de la grosses industrie transnationales et que l’intérêt général n’est en AUCUN CAS son objectif politique et social, mais qu’au contraire tout est mis en œuvre pour le maintien des privilèges du plus petit nombre.

¡Ya Basta!

~ Résistance 71 ~

 

Un dimanche de la vie, la révolution espagnole 1936-39

 

Olivier Pinalie

 

Extraits tirés de son livre éponyme, Editions du Monde Libertaire, 2006

 

~ Compilation de Résistance 71, Mars 2016 ~

 

1ère partie “La nouvelle organisation sociale”

2ème partie “La trahison communiste”

 

Les collectivités

[…] Répondant à un journaliste canadien, Durruti lui déclara: “Nous avons toujours vécu dans des taudis et nous saurons bien encore nous en arranger pendant quelque temps. Mais nous sommes capables de construire aussi. C’est nous qui avons construit les villes et les palais d’Espagne, d’Amérique et de partout. Nous les travailleurs nous pouvons bâtir les villes et nous les construirons bien mieux, nous n’avons pas peur des ruines. Nous allons recevoir le monde en héritage.

Appliquant les principes d’Errico Malatesta dans chaque village, la colonne Durruti invite la population à s’organiser elle-même.

[…] La révolution dans les villages fait souvent des victimes parmi les représentants de l’État. Gardes civils, inspecteurs des impôts et grands propriétaires disparaissent. En Aragon où les paysans sont déjà acquis aux idées libertaires, la collectivisation gagne toute la province. Les propriétaires en fuite ont abandonné leurs terres et dès le mois de Juillet, les paysans ont organisé collectivement la récolte du blé, obligeant l’Institut de Réforme Agraire à entériner cette nouvelle répartition des terres. En fait la très grande majorité des grandes propriétés ont été expropriées et collectivisées par les ouvriers agricoles eux-mêmes. La révolution déclenche un bouleversement radical du monde rural. Les paysans désormais organisés en collectivités gèrent en commun toutes les ressources. Ce mouvement prend une ampleur encore largement sous-estimée.

On compte des collectivités là où il n’y avait même pas de cénétistes auparavant. Gaston Leval a recensé plus de 400 collectivités en Aragon, 900 dans le Levant, 300 en Castille, 40 en Catalogne et plus de 100 en Andalousie.

Comment fonctionne ces nouvelles structures ?

Il faut d’abord préciser que ce mouvement est avant tout spontané.

L’autogestion n’est pas un idéal imposé par les anarchistes, mais plutôt la consécration des mouvements insurrectionnels que les paysans ont mené pendant plus d’un demi siècle contre le régime de la propriété et de l’État en général. L’autogerstion est donc l’aspiration de la vaste majorité des paysans. La collectivité avec ses réussites et ses échecs est un exemple de démocratie. Lors des réunions de comités et en assemblées tout le monde peut discuter des problèmes de la communauté. Cette forme de démocratie directe s’étend d’ailleurs à toute la vie sociale. Les terres et le matériel agricole sont réunis en commun sans que l’on confisque les biens des petits propriétaires. L’individualisme est toléré à condition que l’on ne possède pas plus de terres que l’on soit capable d’en cultiver soi-même en famille. De nouvelles coopératives assurent la distribution, souvent c’est dans l’église du village qu’on entrpose ou qu’on crée les nouveaux magasins collectifs.

[…] Après différentes expériences bien des collectivités adoptèrent le système du salaire familial. Désormais on ne rétribue plus en fonction de la somme de travail apportée, mais en fonction du nombre de personnes par foyer. De nombreuses collectivités renoncent à l’argent, mais se servent de “bons” (vales). L’argent demeure pour l’épargne et les échanges commerciaux avec l’extérieur. Entre elles, les collectivités pratiquent l’échange.

[…] Chaque collectivité rédige une charte régissant son fonctionnement. Ceux qui refusent de s’y conformer peuvent partir en emportant avec eux les biens qu’ils avaient en arrivant. L’autogestion produit des effets immédiats sur l’économie rurale. La modernisation et l’augmentation rapide de l’équipement, les travaux d’entretien et l’irrigation, l’extension des surfaces cultivables, permettent d’augmenter la production de près de 30% dans certains secteurs de l’agriculture. La diversification des activités et des cultures/élevages améliore l’ordinaire de tous. La production est ensuite distribuée par les coopératives ou les fédérations régionales qui ont supprimé quasiment tous les intermédiaires parasites. Un effort particulier est fait pour approvisionner le front.

[…] La révolution sociale transforme profondément la société espagnole. Une nouvelle structure sociale s’organise qui substitue à une hiérarchie basée sur l’exploitation des rapports qui fonctionnent non plus en terme de pouvoir mais en terme de compétence. De juillet à octobre 1936, 2000 km2 furent travaillés en commun.

[…] Au bout de quelque temps, les collectivités éprouvèrent le besoin de développer de nouvelles activités complémentaires, boulangers, coiffeurs, charpentiers, forgerons, pour simplifier la vie quotidienne et se garantir une certaine indépendance. Les artisans sont regroupés par professions dans de nouveaux ateliers, équippés de douches et de lavabos, des services sanitaires sont organisés… Ainsi, contrairement aux critiques lapidaires qui caricaturent l’anarchie comme un régime archaïque, pour tous les Espagnols, le mythe libertaire est porteur de liberté et de grande modernité. Dorénavant, plus rien ne sera réservé à l’usage exclusif de la bourgeoisie ; ni l’économie, ni la culture, ni l’éducation, ni la santé.

Le plus surprenant dans la révolution espagnole, c’est que tout le peuple aspire à profiter de son siècle et qu’en si peu de temps il soit parvenu à faire tant de choses.

[…] Gaston Leval témoigne: “Dans chaque chef-lieu de canton fut constitué une équipe comprenant des comptables, un expert en agriculture, un vétérinaire, un ingénieur, un architecte, et un spécialiste des questions commerciales. Ces équipes étaient au service de tous les villages du canton.

Un immense travail de relevé de données est entrepris pour disposer de statistiques précises dans l’industrie, l’agriculture, les transports, afin de pouvoir coordonner tous les secteurs de l’économie.

Des questionnaires sont ainsi distribués pour connaître et améliorer le réseau de circulation: “Quelles sont les localités desservies par vos gares ? Quelle est dans votre région la zone d’influence du chemin de fer ? Quels sont les moyens de transport entre la gare et les villages dans le périmètre de la zone d’influence ? Quelle est la production industrielle et agricole et vers quels endroits sont envoyés vos excédents ? Quels sont les moyens de transport les plus employés ?Y a –t’il une coordination entre le rail et la route ? S’il n’y en a pas, comment l’établir et quelles solutions espérer ? (Gaston Leval).

Grâce à ces efforts méthodiques, on établit le nombre exact de lignes de chemin de fer, de camions, de bus et de bateaux de cabotage existant dans toute la Catalogne. Les lignes qui se font concurrences sur le même secteur peuvent être détournées vers d’autres, ce qui permet de désenclaver des régions entières, complètement isolées jusque là. La section de conseil statistique en Catalogne assure chaque jour plus de 50 consultations.

De grands travaux publics sont entrepris. A Flix un barrage est construit qui augmente la production électrique de 5000 KW. Des villages sont pour la toute première fois équipé avec l’électricité et des lignes d’adduction d’eau. Le réseau routier est entretenu et agrandi. Mais c’est dans l’industrie que l’effort est le plus important. Pendant toute la durée de la guerre, ce sont des usines collectivisées et auto-gérées par la CNT et l’UGT sur lesquelles reposent toute l’industrie de guerre…

La culture

L’effort le plus surprenant concerne la santé et l’éducation. “Le souci de la culture et de la pédagogie était une véritable obsession et un fait sans précédent dans le monde rural espagnol.” (José Peirats)

Cet intérêt permanent pour l’instruction et la pédagogie, en pleine période de guerre, est une façon pour les anarchistes d’assumer leur responsabilité politique. Aucun d’eux ne veut profiter du rôle “d’avant-garde révolutionnaire” (Note de R71: si cher aux marxistes…) pour confisquer le pouvoir et l’initiative aux travailleurs. Au contraire, les anarchistes veulent partager les responsabilités, encourager la faculté d’indépendance et c’est à cette mission idéologique que doit ouvrir l’enseignement. Donner aux travailleurs “l’intelligence de la lutte”. Si la domination s’exerce grâce à l’ignorance, la culture et l’éducation empêcheront la tyrannie. Le temps presse et les anarchistes savent que la transmission de savoir est un jeu essentiel de leur combat. La révolution ne peut s’inscrire dans la durée, se consolider et se développer, que si le peuple comprend de lui-même les raisons économiques et politiques de son assujettissement. La culture doit être un moyen pour les travailleurs de choisir eux-mêmes leur avenir.

A travers la culture et la pédagogie, ce que les anarchistes proposent c’est une expérience cognitive de la liberté, afin que même si la révolution devait échouer, une certaine idée de la liberté fasse néanmoins son chemin…

La décision est immédiatement prise par les collectivités de financer à raison de 1% de leurs richesses productives les initiatives médicales et culturelles. L’Espagne se dote alors de crèches, d’écoles, d’universités etc…

Une militante se souvient de l’arriération du système scolaire avant la révolution: le matin les élèves saluent le drapeau. Suit une longue prière pour l’Espagne éternelle avant un cours d’alphabétisation sommaire. Puis vient le catéchisme jusqu’à midi. On descend alors les couleurs avant une nouvelle prière qui marque la fin de la journée. A Clanda, deux prêtres s’occupaient des enfants, ils sont maintenant quinze instituteurs qui leur apprennent à lire et à écrire. Pour le reste on demande aux enfants ce qu’ils veulent apprendre. L’enseignement est totalement gratuit. Calanda est loin d’être un exemple isolé. A Amposta, les habitants disposent de cours pour adultes, d’une cantine scolaire, d’une école des arts et métiers. A Graus, la collectivité crée un groupe scolaire, une imprimerie, une école des beaux-arts et un musée d’une assez grande valeur.

Il y a un investissement énorme dans l’enseignement supérieur.

[…] Le problème sanitaire est aussi l’autre grande préoccupation des anarcho-syndicalistes. Dès les années 1930, la CNT considère la discriminartion médicale comme un des enjeux essentiels de la lutte sociale.

[…] La première urgence est de créer une structure autonome capable de gérer et de développer une médecine démocratique. On met donc en place un service d’assistance médicale, de médecine générale, un bureau d’hygiène et de salubrité, une inspection sanitaire et une assistance sociale. Les effets sont notables.

Les enseignements de l’anarchisme espagnol

En mai 1936, soit quelques semaines avant le soulèvement militaire et le Pronunciamento de Franco, les fédérations régionales de la CNT réunies en congrès au théâtre Iris Park de Saragosse, avaient adopté une nouvelle motion: le “Concepto Federal del Communismo Libertario”. Ce programme révolutionnaire traçait les grandes lignes de la société révolutionnaire, prévoyant l’abolition de la propriété privée, l’autogestion, le fédéralisme et le respect de la liberté individuelle. Ce texte clair et concis insistait aussi solenellement sur l’égalité des sexes, la santé, l’éducation, la culture… “Restituer la richesse naturelle et la culture sont les objectifs fondamentaux de notre révolution […] L’enseignement, mission pédagogique tendant à l’éducation d’une humanité nouvelle, sera libre, scientifique, commun aux deux sexes, doté de tous les éléments n´´cessaires pour s’exercer dans tous les dnaines de l’activité productrice et du savoir humain […] Une attention particulière sera également portée à l’éducation sexuelle, base du développement de l’espèce.

Ce programme d’une étonnante modernité reste pourtant délibérément abstrait comme si les anarchistes refusaient de donner un cadre théorique trop strict au concept de “communisme libertaire”. Le texte ébauche les grands principes de la société révolutionnaire sans constituer un système. Les anarchistes se méfient du modèle autoritaire qu’impose la doctrine, de son caractère formel et restrictif.

Le système est un instrument de domination, il est forcément lié au pouvoir. La conception des anarchistes se fonde au contraire sur l’être humain en tant qu’homme libre et créateur. On ne le dirige pas, ses actions doivent être de sa propre initiative, car c’est à cette condition seulement que le changement est en toute chose à sa mesure et qu’il conserve son essence démocratique. Les nouvelles structures collectives sont de libres associations qui doivent subvenir aux besoins de la communauté tout en respectant les aspirations personnelles de chacun. […] La théorie doit garder un caractère d’hypothèse, le peuple n’est pas un instrument subordonné au processus révolutionnaire. En ce sens, l’Anarchie n’est pas une théorie politique mais une conception matérialiste de la politique, “une idéologie agissante”.

[…] La cohésion et la maturité du prolétariat, l’activité sociale intense des villages espagnols composaient le tissu préalable de la révolution… mais le concept de fédéralisme ne suffit pas à équilibrer l’ensemble. Fédérations d’industries, collectivités ou milices, ces entités sont chacune à la merci du pouvoir concurrent et n’ont pas entre elles de coordination suffisante. Les anarchistes manquent d’une vision globale structurante et la révolution bute sur cette limite.

[…]

La guerre dévore la révolution

[…] Depuis la signature par les principales puissances européennes du pacte de non-intervention (sur une proposition de la république française du Front Populaire…), qui interdit l’aide militaire aux belligérants, les frontières sont fermées. Ce pacte qui asphyxie les milices n’empêche pas Franco de recevoir une aide massive de la part de Mussolini et de Hitler. Les protestations du gouvernement républicain espagnol restent vaines et malgré les preuves qu’il apporte de l’engagement militaire italo-allemand, ni la France, ni la Grande-Bretagne ne reviennent sur leur neutralité.

Près de 60 000 Italiens se battent pourtant en Espagne, tandis qu’une division aérienne allemande, la Légion Condor, sillonne le pays à bord d’un train spécial pour intervenir ponctuellement: Guernica, Barcelone, Madrid. Franco a ordonné le bombardement systématique des civils pour démoraliser l’adversaire (Note de R71: tactique devenue classique depuis dans toutes les guerres…) Pendant toute la bataille de Madrid, les quartiers populaires comme celui de Cuatro Caminos sont bombardés tous les jours tandis que le quartier chic de Salamanca est épargné.

Des techniciens et des officiers italiens et allemands apprennent aux soldats nationalistes le maniement de nouveau matériel militaire qui débarque par cargos entiers: bombardiers, chasseurs, mitrailleuses lourdes, grenades offensives… L’Espagne devient un cas d’école pour les académies militaires du monde entier. Un officier français, Henri Morel, tient bien entendu un rapport détaillé de tout cela pour son état-major.

Du côté républicain, le contingent des Brigades Internationales ne dépassera jamais plus de 30 à 40 000 hommes et le matériel soviétique dépassé, se paiera quand même très cher. Staline a longuement hésité avant de soutenir les républicains. Il cherchait alors à se concilier l’Angleterre et la France et la révolution espagnole le gênait. En décembre 1936, il envoie même une lettre à Largo Caballero, le chef du gouvernement espagnol, pour lui conseiller de protéger la petite bourgeoisie et de mettre fin à la révolution.

Quand il se décide enfin à envoyer une aide matérielle, c’est à des conditions très spéciales. Des officiers de l’Armée Rouge et des agents du NKVD l’accompagnent avec des instructions précises: ne pas approcher des combats et mettre un terme à la révolution. Ce matériel a d’ailleurs été payé 10 fois son prix par les Espagnols. Entre temps un chargement d’or de la Banque d’Espagne est arrivé secrètement en URSS pour un dépôt provisoire que le gouvernement républicain ne reverra jamais. Certains commentateurs estiment même que la stratégie de Staline consistait à laisser durer la guerre en Espagne afin d’occuper Hitler ailleurs.

Mais la question miltaire a d’autres conséquences, moins connues et pourtant qui seront fatales à la révolution. Pendant que les milices sont occupées au front, le gouvernement républicain en profite pour restaurer progressivement son autorité, bridant peu à peu le pouvoir des comités révolutionnaires. L’administration se reconstitue en cooptant de nouveaux membres parmi les socialistes et les communistes. Regroupant ainsi l’opposition la plus ferme à la révolution (Note de R71: tous des étatistes… logique donc…).

[…] Les maquis étaient très nombreux et très actifs au début de la guerre, mais le gouvernement républicain préférait les soumettre à l’autorité militaire, car il redoutait l’indépendance de ces groupes armés. Ils poursuivront donc une mission de renseignement sans créer de vrais foyers de guérilla.

l’armée de la république ne confia jamais à ces guérilleros ni à ces agents le soin de créer des guérillas en zone rebelle où pourtant cela eut été possible et très efficace. Le pays qui inventa la guérilla (contre l’armée de Napoléon…) fît sa guerre civile sans une seule guérilla. Le parti communiste s’opposa à cette aptitude quoi qu’il en défendît plus tard l’usage, après la guerre dans les années 1947-48, quand il n’y avait plus de base populaire. Les milices catalanes et surtout les unités anarcho-syndicalistes proposèrent à plusieurs reprises mais en vain, la création de telles guérillas. La guerre, pour les chefs militaires républicains, devait-être faite par une armée régulière et avec une armée populaire.

[…]

La contre révolution

… Pour le gouvernement espagnol opportunément soutenu par les communistes, il s’agissait du premier épisode de la contre-révolution. Le Comité Central des Milices fut bientôt dissout et toutes les décisions militaires passèrent au département de la défense.

[…] Des journaux paraissent avec des blancs (censure) et les réunions politiques étaient interdites ou étroitement surveillées. Dans la nouvelle armée, le terrorisme policier se donne libre cours (Note de R71: l’armée “républicaine” est sous contrôle du NKVD soviétique et de ses commissaires politiques staliniens). Une sévère hiérarchie est rétablie, officiers et soldats de touchent plus la même solde. Toute désobéissance est sévèrement sanctionnée on voit même réapparaître des pelotons d’exécution. Dans les brigades internationales, les communistes font régner la terreur politique. André Marty, un communiste français (PCF) a même gagné le surnom de “boucher d’Albacete” et épurant sa brigade des éléments politiquement “suspects”. Sur décision du gouvernement, une junte de défense se constitua qui devait bientôt confisquer tout pouvoir. Les communistes y occupaient miraculeusement tous les postes les plus importants tandis que que la CNT/FAI n’en occupait qu’un. (Note de R71: alors qu’en 1936 la différence d’appartenance des prolétaires et paysans entre la CNT/FAI et le PCE était de 1 pour 10 en faveur des anarchistes…)

[…] Le parti communiste (espagnol) devient alors une machine qui échappe totalement à sa base populaire, à ses militants et à ses combattants. L’appareil dévelope sa propre logique de pouvoir et de sa conquête sans se soucier des conséquences. Il renonce bientôt à toutes les alliances avec les organisations révolutionnaires. Hostile à toute collaboration et sur l’instigation probable de Staline, le parti communiste veut maintenant passer à l’élimination pure et simple des forces révolutionnaires.

[…] Ce témoignage de George Orwell alors avec les brigades du POUM de Barcelone du 3 Mai 1937: “L’impression générale était que les gardes civils en avaient après la CNT et la classe ouvrière en général.

A Barcelone, la supériorité numérique de la CNT devait logiquemet l’emporter sur les communistes et les troupes gouvernementales mais les dirigeants de la CNT/FAI intervinrent auprès des militants pour calmer la situation, préférant une fois de plus la négociation à l’affrontement.

[…]

Liquidation de l’opposition

Les anarchistes transigèrent donc avec le gouvernement, qui accepta que chacun reste sur ses positions. Mais alors que la CNT renonçait à faire redescendre du front des éléments des 26ème et 27ème divisions pour prévenir de nouvelles attaques, le gouvernement lui, n’hésita pas à envoyer une colonne de gardes d’assaut qui occupèrent Barcelone à partir du 7 Mai 1937. Ni le gouvernement républicain, ni les staliniens n’étaient prêts à une coopération démocratique. Après avoir provoqué les accrochages de Barcelone, les communistes en rejetèrent toute la responsabilité sur le POUM et les anarchistes. Dans la presse communiste, les incidents de Barcelone se transformèrent aussitôt en complot prémédité par les “incontrôlés” avec le concours d’agents fascistes pour renverser le gouvernement.

Le parti le plus faible, le POUM, en subit immédiatement les conséquences. Sur la foi de faux documents fournis et produits par les communistes, ses dirigeants furent accusés d’intelligence avec l’ennemi et ses militants emprisonnés ou fusillés tandis que l’on dissimulait aux unités engagées sur le front la répression de leurs camarades. George Orwell dut alors quitter clandestinement l’Espagne avec sa femme.: Le POUM avait pris des positions les plus radicales au début de la révolution en faveur d’une république des travailleurs et ne cessait de dénoncer la mainmise des communistes sur l’appareil d’état. Sûrs de leur impunité, les communistes avaient donc décidé d’éliminer le POUM. Andrès Nin, son fondateur, fut enlevé et assassiné après une grotesque mise en scène. On sait depuis, grâce aux archives du NKVD que Nin fut liquidé sur ordre direct et expresse de Staline. Des anarchistes furent également assassinés par le NKVD.

[…] Pour lutter contre l’opposition, les communistes utilisèrent le SIM ou Servicio de Investigacion Militar, un bureau de renseignement militaire qui fonctionnait sur le modèle du NKVD soviétique et dont les agents en Espagne furent d’une aide précieuse. Le SIM comptera jusqu’à 6000 agents pour un budget de 22 millions de Pesetas. […] En dehors de l’espionnage, l’activité principale de ce bureau était le terrorisme politique. Son réseau s’étend aussi bien à l’armée où 80% des commissaires politiques sont des communistes, qu’à la vie civile. Des militants du POUM et de la CNT/FAI sont ainsi enlevés pour être torturés dans des prisons secrètes ou simplement exécutés, leurs cadavres abandonnés sur les chemins.

[…] Aujourd’hui encore, chacun des partis se renvoie mutuellement la responsabilité de la défaite, pourtant une remarque s’impose d’elle-même. Quels que soient ses succès ponctuels, la dictature des communistes, alliès au gouvernement républicain, a profondément dénaturé le sens de la guerre et porte une lourde responsabilité dans l’issue du conflit. C’est la révolution qui a arrêté l’insurrection militaire de Franco et on peut raisonnablement croire que seule la révolution pouvait gagner cette guerre civile.

A la fin de celle-ci, au milieu de la panique et de l’exode de 500 000 réfugiés espagnols, lorsque la 26ème division, ex-colonne Durruti se présenta à la frontière, les gendarmes français lui rendirent les honneurs militaires avant de disperser les hommes vers les camps d’internement du sud-ouest de la France.

La Retirada

En avril 1938, plus personne n’ignore l’issue de la guerre.

[…] Le 26 janvier 1939 voit la chute de Barcelone sans combats et le 28 mars les troupes nationalistes entrent dans Madrid. Le gouvernement républicain a déjà pris le chemin de l’exil, lorsque le 1er Avril Franco annonce la fin de la guerre. Une partie de l’intelligentsia communiste est partie en URSS, tandis que 35 000 républicains ont choisi de partir au Mexique ou en Amérique latine ; mais le plus gros des réfugiees, soit près de 500 000 personnes dont la moitié de militaires, se bousculent à la frontière française. Ils subissent l’humiliation d’être désarmés par les Français.

Les camps

Ils sont d’abord répartis dans les camps du sud-ouest de la France qui ne ressemblent parfois qu’à une plage venteuse entourée de barbelés ou à d’anciens baraquements de chantier. On recense 6 camps principaux: le camp répressif du Vernet, Bram, Argelès sur Mer, St Cyprien comme camps d’hébergements. Les Milles, camp de transit. Enfin Rieucros et Agde, destinés à recevoir les indésirables (Rafaneau-Boj).

Dans ces camps, les conditions sanitaires y sont telles que la mortalité y augmente rapidement. Épidémies, malnutrition, mauvais traitements, sans jouer sur les mots, on peut dire que la France invente là les premiers camps de concentration (Note de R71: faux, les premiers camps de concentration furent britanniques lors de la seconde guerre des Boers en Afrique du Sud au XIXème siècle, mais néanmoins la France contribua à leur maintien en vigueur…).

[…] Le pire arrive lorsque le gouvernement Daladier organise dans les camps une campagne de propagande pro-franquiste d’aide au retour alors que la répression est à son comble en Espagne ! Le pays s’est transformé en véritable goulag (A. Beevor) et le nombre de morts, victimes de la répression sauvage dépassent les 200 000 personnes. Le chantage au regroupement familial est le plus usité.

[…] Les rivalités de la guerre civile sont passées intactes dans les rangs des réfugiés. Anarchistes et communistes ne digèreront jamais cette défaite amère dont ils se rendent mutuellement responsables.

[…]

La résistance

Lorsque débute la seconde guerre mondiale, les Espagnols sont d’abord mobilisés mais après la défaite de juin 1940, ils redeviennent des internés civils. Ils sont alors regroupés dans des Groupes de Travailleurs Etrangers les GTE et plus tard affectés à l’organisation Todt de construction du mur de l’Atlantique. Ces grands chantiers et à partir de 1943 la création du Service du Travail Obligatoire, le STO, sont les grands pourvoyeurs de la résistance. Trois grandes régions leur servent de refuges: les Alpes, le Massif Central et le Sud-Ouest. Malgré leur présence incontestable dans les maquis, les Espagnols préfèrent les groupes de guérilleros mobiles dont ils ont l’habitude. Mais les clivages politiques sont toujours aussi importants. Tandis que les communistes poursuivent la lutte anti-fasciste avec les FFI, la CNT se répartit en deux tendances, l’une interventionniste, engagée dans la résistance, l’autre apolitique, sans doute nourrie par une rancune tenace contre la France de la non-intervention. Quoi qu’il en soit ces groupes de partisans vont jouer un rôle essentiel dans le hercèlement de l’occupant. Les coups de main se succèdent jusqu’à provoquer dans ces régions de véritables foyers de guerre civile. Malgré le risque et la répression, des sabotages ont lieu sur les chantiers, les ponts et les voies ferrées. La lutte armée ne fait que s’amplifier et les réfugiés espagnols après des années de guerre sont d’une valeur inestimable pour les maquis. En 1944, leur audace n’a plus de limite. Attaque d’un aérodrome allemand près de Pau, assaut contre la prison de Nîmes, destruction de la poudrière de Crugey en Côte d’or. Les Espagnols sont sur tous les fronts. La vengeance de la milice de Darnand et des troupes d’occupation n’en est que plus cruelle. Le maquis des Glières puis celui du Vercors sont systématiquement liquidés tandis que les Waffen SS protègent les points stratégiques. De nombreux espagnols sont alors déportés en Allemagne vers les camps de Mathausen, Dachau et Buchenwald.

Il n’empêche que la résistance a libéré des régions entières et qu’elle a ouvert le chemin aux alliés.

[…] Les Espagnols sont aussi présents au sein de l’armée régulière dans la 2ème division blindée du général Leclerc qui fera campagne en Afrique, celle de France puis d’Allemagne. Les Espagnols planteront le drapeau républicain à Berchtesgaden (Note de R71: Le “nid d’aigle” d’Hitler).

L’après-guerre

[…] Depuis octobre 1944, une concentration de plus de 7000 hommes en armes attend le moment propice pour passer la frontière et poursuivre la lutte en Espagne.

[Après avoir pénétré en Espagne par le Val d’Aran] l’opération s’achève par une défaite retentissante et on compte plus de 200 morts et 800 prisonniers. Cet échec ne décourage pas la résistance tant intérieure qu’extérieure.

[…] Mise au banc des nations en 1946, l’Espagne finit pourtant par sortir de son isolement. En 1952, elle intègre l’UNESCO (Note de R71: Ce qui provoquera le départ d’Albert Camus de l’organisation en signe de protestation…) et l’Europe dite démocratique n’est plus loin de reconnaître sa légitimité.

Dès 1953, la CNT en exil refuse d’envoyer des hommes à une mort certaine. En Espagne, les prisons ne désemplissent pas et un nouveau service , le Despacho de Investigacion Social ou DIS, est créé pour traquer les résistants au franquisme. Entre 1947 et 1949, 60 000 personnes furent arrêtées.

De l’autre côté de la frontière, Toulouse devient la capitale des Espagnols en exil. Il s’y retrouve toutes les tendances de l’Espagne républicaine ; mais les exilés vieillissent et sont de plus en plus indifférents à la situation d’une Espagne qui ne semble pas vouloir bouger. Dans les années 1960, une nouvelle génération prendra le relais mais avec d’autres objectifs. Que ce soient les étudiants des grandes villes ou les nationalistes basques et catalans, tous se battent pour une nouvelle démocratie fédéraliste.

Résistance politique: Pour ne pas oublier l’Espagne 1936… Une nouvelle organisation politique et sociale qui fit trembler les instances étatique en Europe

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“Mais heureusement il existe aussi une façon d’imaginer le socialisme tout à fait différente. Ce qui attire le commun des humains au socialisme, ce qui fait qu’ils sont disposés à risquer leur peau pour lui, la “mystique” du socialisme, c’est l’idée même d’égalité ; pour l’immense majorité des gens, le socialisme signifie une société sans classes ou il ne signifie rien du tout. Et c’est à cet égard que les quelques mois passés dans les milices ont été pour moi d’un grand prix. Car les milices espagnoles, tant qu’elles existèrent, furent une sorte de microcosme d’une société sans classe.”

~ George Orwell ~

Souvenons-nous des compagnons espagnols (1936-39) et avant eux des makhnovistes ukrainiens (1918-1923), des révoltés de Kronstadt (1921) du mouvement ouvrier expropriateur italien (1920) tous trahis par les étatistes communistes larbins du système de marché en place et avant eux, des Communards de Paris (1871) trahis et quasi-exterminés par une république dite “modérée”. Ces évènements historiques devraient faire comprendre à tout à chacun que l’État organisé, monarchiste, républicain, fasciste brun ou fasciste rouge, est prêt à tout pour préserver le statu quo oligarchique dont il est le cerbère pour ses maîtres de la haute finance et de la grosses industrie transnationales et que l’intérêt général n’est en AUCUN CAS son objectif politique et social, mais qu’au contraire tout est mis en œuvre pour le maintien des privilèges du plus petit nombre.

¡Ya Basta!

~ Résistance 71 ~

 

Un dimanche de la vie, la révolution espagnole 1936-39

 

Olivier Pinalie

 

Extraits tirés de son livre éponyme, Editions du Monde Libertaire, 2006

 

~ Compilation de Résistance 71, Avril 2016 ~

 

1ère partie “La nouvelle organisation sociale”

2ème partie “La trahison communiste”

 

Passé sous silence

 

La guerre d’Espagne demeure une référence de l’histoire du XXème siècle. Le signe avant-coureur d’une catastrophe, la porte de l’enfer. Répétition du prochain conflit mondial, elle précipite la stratégie militaire vers la guerre totale et l’issue des armes, installe une dictature en Europe pour près de quarante ans,

La guerre civile devient ainsi un combat exemplaire et l’Histoire perpétue le souvenir du sursaut héroïque des combattants républicains refoulant obstinément les troupes fascistes devant Madrid, ¡No Pasaran! Mais cette histoire qui comble nos regrets et nos faiblesses est une fiction idéale. En nous présentant d’abord la guerre civile comme un affrontement entre le république et le fascisme, elle falsifie la réalité, en assimilant ensuite l’antifascisme au sentiment national républicain, elle dévoie le sens de la guerre. La lutte contre Franco, emmenée par les travailleurs, le fut au nom de la révolution sociale.

[…] La révolution est devenue “le détail de” la guerre d’Espagne et cette guerre elle-même, un simple prélude à notre propre histoire (la seconde guerre mondiale), perdant du même coup toute sa complexité. Les livres d’histoire ont consacré la disparition de la révolution, prouvant une fois de plus s’il en était besoin, que l’ambition de la “société du spectacle” est de nous faire oublier toute connaissance objective. Le mépris général pour “l’esprit historique” est une conséquence de ce désastre dont nous pouvons mesurer les effets chaque jour dans nos vies.

[…] Cette illusion rétrospective dissimule mal nos propres lâchetés. L’abandon par la France du Front Populaire de son alliée espagnole et la politique de non-intervention préfigure l’esprit des accords de Munich. Devant l’évidence de l’agression fasciste, l’Europe se tait, feignant de croire à un accord de paix. La guerre d’Espagne ne servit de leçon à personne, sauf pour l’Allemagne et l’Italie.

[…] Le mouvement populaire espagnol qu’inspirent et animent les anarchistes montre alors de telles ressources pour organiser en peu de temps une société nouvelle qu’il dépasse le seuil de l’anecdote pour s’imposer comme une véritable alternative révolutionnaire. Mais cette expérience extraordinaire ne se poursuivra pas au delà de 1938 et ce bref tour de magie palpite désormais comme une éternelle apologie de l’insurrection populaire.

La révolution subit bientôt ce sort singulier d’être anéantie par l’effort de guerre du Front Populaire, c’est à dire par ses propres alliés, plutôt que par l’armée franquiste.

[…] En France, alors que les ouvriers apportent un soutien enthousiaste à la révolution espagnole, voilà comment Maurice Thorez, SG du PCF, juge les évènements : “Les anarchistes ne cherchent pas à lutter contre les fascistes, mais à manifester leur animosité contre les communistes et l’URSS. Ils prêchent la collectivisation, ce qui est un crime.” Cette version est mot pour mot conforme à la propagande de l’époque. Le gouvernement républicain et la presse communiste espagnole ont dissimulé une réalité trop exaltante en réduisant la vérité à des informations sommaires, dénonçant la révolution comme un foyer d’idéalistes qui promettent la victoire, ou la discréditant en la présentant comme une série de crimes sordides. Ils ont entrepris dès le début de la guerre de dissimuler puis de réprimer la révolution avant de la faire échouer en se servant de l’organisation militaire comme un prétexte. Ces luttes intestines entre ceux que l’on appelle pudiquement “les républicains” pour ne pas avoir à rappeler la grosse participation anarchiste, vont peser lourdement sur le sort de la guerre.

[…]

L’Espagne libertaire

La transition révolutionnaire n’a pas eu de modèle univoque et si certains villages se sont imposés un système ingénu, les collectivités n’ont jamais tenté de restaurer un passé communautaire ancestral, rétrograde et anti-moderniste.

[…] Les anarchistes espagnols ne sont pas des cadres doctrinaires mais des intellectuels, des paysans et des travailleurs syndiqués, tous impliqués dans la vie sociale. Leurs idées libertaires s’accommodent de la réalité pour développer souvent une réelle efficacité productive. Les structures collectives autogestionnaires varient d’un village à l’autre et si les nouveaux comités recourent à l’expropriation des grands domaines, ils tolèrent néanmoins la co-existence de la petite propriété.

[…]

Le modèle espagnol

A la veille de la guerre civile, la situation en Espagne est difficilement compréhensible pour le reste de l’Europe. C’est un pays souvent mal connu, qu’on considère souvent comme “arriéré”, vivant replié sur ses traditions féodales (la constitution de 1931 étant pourtant une des plus progressistes de son temps, qui donne le droit de vote aux femmes…). L’Espagne est un pays très différent du reste de l’Europe.

[…] L’Espagne vit, de plus, une sorte de bipolarisation sociale qui excite la crise. La classe dirigeante qui représente 1% (ou moins) de la population gère les affaires du pays sans aucune concessions aux travailleurs. La bourgeoisie se trouvant incapable de jouer son rôle historique de lien social, les classes populaires se sont repliées sur leurs propres structures.

[…] Cette opposition radicale aux classes dirigeantes crée une culture propre à la classe ouvrière et détermine le caractère affectif de l’engagement politique des Espagnols. Ils n’ont pas le choix. L’agriculture représente en tant qu’activité économique principale du pays, plus de 50% du revenu national et presque les deux tiers des exportations, avec 70% de la population vivant de la terre (Note de R71: la situation n’est pas si différente en France qui est demeuré un pays essentiellement rural jusqu’aux années 1950-60). La division de la terre est le premier facteur d’inégalité sociale et déséquilibre toute l’économie espagnole.

[…] Le monde rural est totalement soumis aux caciques qui exercent pour le compte des grands propriétaires, une autorité directe sur les paysans. De leur côté, l’administration et la garde civile signalent et répriment toute occupation illégale des terres. Lors des élections, ces hommes de main dissuadent toute opposition ou bien assassinent simplement les récalcitrants. Le système d’inégalité se reproduit, intact.

L’église, recours traditionnel des classes populaires, qui maintenait la cohésion sociale sinon une véritable identité nationale, a perdu peu à peu son ascendant. Alors qu’au début du XIXème siècle, des prêtres conduisaient la guérilla contre l’armée française, moins d’un siècle plus tard, une grande majorité de la bourgeoisie libérale et des classes populaires a perdu la foi. Le courant rationaliste qui marque le reflux du catholicisme dans toute l’Europe et la rigueur du clergé espagnol qui met à l’amende les passants qui ne s’agenouillent pas lors des processions solennelles, ne sont pas les raisons principales de l’athéisme espagnol.

Les autorités ecclésiastiques ont choisi leur camp. L’église est l’un des plus gros propriétaires terriens de l’Espagne (Note de R71: pas qu’en Espagne du reste…). Ses biens représentent une fortune jalousement gardée et discrètement administrée. Elle exerce le monopole sur l’enseignement et ses positions réactionnaires la portent à défendre systématiquement propriétaires, aristocrates et députés conservateurs. Les principaux ordres négligent les œuvres sociales pour investir dans l’industrie et la banque, tandis que dans les paroissses, les prêtres condamnent violemment les mouvements sociaux autant que le réformisme le plus timide.

Lorsque Franco déclenche l’insurrection, l’église prend massivement son parti, jusqu’à soutenir activement les militaires. Des couvents et des monastères sont transformés en arsenaux, on tire même depuis les églises. En fait l’épiscopat espagnol tout entier s’engage dans la guerre, invoquant une véritable condamnation théologique de la République pour exhorter les soldats nationalistes à la guerre sainte et légitimer les massacres de la répression au nom de la foi catholique. (Note de R71: N’oublions pas que l’inquisisition espagnole n’a officiellement cessée que depuis 1834 c’est à dire moins de 100 ans auparavant. Quand les prêtres menaient la guérilla contre les armées napoléoniennes, l’Espagne était toujours sous le pouvoir inquisitorial…). A Palma de Mojorque, l’évêque local bénit les mitrailleuses et les bombardiers italiens avant l’attaque.

[…] Seul le clergé basque, traditionnellement attaché à ses paroisses populaires, reste fidèle à la République. Les prêtres basques enverront même une requête officielle au Saint Siège pour que celui-ci évite de prendre part au conflit. Requête inutile puisqu’en Mars 1939, le pape enverra un télégramme de félicitations à Franco. En Espagne, l’église est bien un appareil d’état et cet État, le peuple espagnol ne le reconnaît plus comme sien.

L’industrie n’échappe pas au monopole des classes dirigeantes. Elle s’est ouverte au capital international. Le roi Alphonse XIII par exemple, sans aucune concertation, mais contre une très large commission et un téléphone en or, octroie la concession d’exploitation des téléphones madrilènes à la International Telefon and Telegraph Company (Note: l’IT&T américaine).

Ce sont en majorité des trusts anglo-saxons qui gèrent l’industrie espagnole. Ce lobby industriel prend fait et cause pour Franco et défendra la politique de non-intervention qui isolera la république durant la guerre. (Note de R71: ce même lobby industrio-financier anglo-saxon finance également Hitler et Mussolini et avait financé Lénine et Trotsky auparavant…)

Le mouvement ouvrier et l’anarcho-syndicalisme

En Octobre 1868, lorsque Fanelli, l’émissaire de Bakounine arrive en Espagne, le peuple espagnol a déjà pris conscience de ce violent antagonisme de classe… Ses propos frappent par leur inovation: “Tout exercice de l’autorité corrompt et toute soumission avilit” dit-il. La pensée de Bakounine trouve un écho familier chez les Espagnols qui subissent une domination sans partage et entretiennent un idéal de liberté absolue. Ils se découvrent une affinité évidente avec les thèses de l’Anarchie et dès l’année suivante, ils créent une section espagnole de l’Internationale dont le tout premier congrès réunit plus de 40 000 personnes. Le mouvement prend un essor rapide et en 1891, les anarchistes espagnols reçoivent l’anarchiste italien Errico Malatesta à Madrid. […] Les mouvements gagnent les campagnes aussi bien que les grands centres industriels Les réactions populaires sont parfois violentes, désordonnées, mais aucune répression ne vient à bout de l’agitation qui traverse le pays.

[…] Le mouvement ouvrier se dessine peu à peu, le parti socialiste est fondé en 1879, suivi en 1888 par la centrale syndicale socialiste de l’U.G.T ou Union General de los Trabajadores (Union Générale des Travailleurs). Le mouvement anarchiste, le plus souvent illégal, existe sous différentes appellations avant le congrès des Beaux-Arts qui créent officiellement la CNT en 1910 (Confederacion Nacional del Trabajo ou Confédération Nationale du Travail). La CNT se définit sur le modèle du syndicalisme français de la charte d’Amiens (1906) qui propose le syndicat comme un moyen de lutte contre l’État et la bourgeoisie ainsi qu’une base structurelle pour l’organisation de la future société révolutionnaire. Mais la CNT se démarque de son modèle français. Il s’agit d’une centrale syndicale dont les structures originales et l’objectif politique, le communisme libertaire, marque la naissance de l’anarcho-syndicalisme. Le communisme libertaire se donne pour but l’organisation d’une société sans classes et le fonctionnement de cette société sur la base du fédéralisme et de la libre et nécessaire association. Ses membres sont des ouvriers et paysans dont aucun des représentants n’est appointé. La CNT vit grâce aux cotisations et aux dons de ses adhérents. En 1924, un groupe d’anarchistes parmi lesquels on reconnait Buenaventura Durutti, attaque la banque de Gijon et s’empare de 650 000 Pesetas. Quant aux fédérations locales les plus démunies, comme celle d’Andalousie, elles sont dispensées de cotisations. La fédération est organisée en groupes locaux où l’on se réunit par affinités ; ainsi nul groupe n’exerce de pression sur ses membres.

[…] Dès le début du mouvement anarchiste en Espagne, les fédédérations andalouses, malgré leur isolement et leur manque de moyens, décident de passer à l’action. Pendant près de 60 ans, ses militants vont harceler le gouvernement sans désarmer. En 1880, le fisc ordonne la saisie de lopins de terre, provoquant une réaction immédiate des paysans. Des incendies ravages les vignobles des grands propriétaires de la région de Xérès. On compte une quinzaine de soulèvement dans toute la province. Une imprimerie clandestine est découverte à Malaga. En 1882, la fédération andalouse recense 300 047 affiliés. Devant la recrudescence de l’action directe, le gouvernement invente alors le complot imaginaire d’une organisation anarchiste fictive, la “Mano Negra”, pour justifier de la répression systématique. (Note de R71: déjà une action typique sous “faux-drapeau” pour justifier de la répression et de la suppression de libertés individuelles au profit de la “sécurité”, mise en danger par l’État lui-même…) Des exécutions ont lieu dans toute l’Andalousie sans parvenir à décourager l’opposition. En 1892, à Jerez de la Frontera, les paysans prennent la ville aux cris de “¡Viva la Anarquia!” Ils sont massacrés par l’armée. Pourtant, ni la vigilance de la police, ni les renforts de troupes ne peuvent empêcher le cycle des grèves de recommencer. L’Andalousie est paralysée par une série de grèves entre 1903 et 1905 puis entre 1917 et 1919.

Les milieux anarcho-syndicalistes portent la contestation à tous les secteurs de l’économie et animent bientôt le mouvement politique le plus puissant d’Espagne. En 1918 plus de 50 villes andalouses possèdent leur propre journal libertaire et la CNT publie 6 quotidiens à Barcelone, Bilbao, Madrid, Saragosse, Valence et Séville. Dans les villes, des écoles libres sont fondées par Francisco Ferrer, qui sera exécuté en 1919.

[…] Les anarchistes deviennent ainsi l’obsession ultime du gouvernement. Sous le règne d’Alphonse XIII (1902-1923) puis sous la dictature de Primo de Rivera (1923-1930), comme sous la république, la CNT devient la cible privilégiée de la répression. La prison devient un moyen de la formation politique des militants. En 1933 il y a plus de 9000 militants anarchistes en prison, ceux-ci forment des comités de défense et d’analyse politique dans les prisons. Dans la lutte contre le gouvernement, la violence atteint son paroxysme dans les années 1920. En effet, le patronat a maintenant recours à des gangs de “pistoleros” pour terroriser les militants syndicaux. A Barcelone, entre 1917 et 1922, on compte 1472 attentats mortels, dont contre 753 ouvriers, 112 policiers, 95 patrons, 52 contre-maîtres. Plusieurs responsables importants de la CNT sont assassinés dont Salvator Segui en 1923.

Cette lutte incessante et dangereuse accuse un peu plus le différend qui oppose les deux tendances de la CNT. Si tous ont accepté d’adhérer à l’AIT anti-autoritaire (Association Internationale des Travailleurs) depuis l’exclusion de Bakounine et des anarchistes de l’Internationale et condamnent la dérive autoritaire du régime stalinien, l’activité intérieure de la Centrale syndicale ne fait plus l’unanimité.

[…] En 1927, des anarchistes espagniols et portugais créent la FAI (Federacion Anarquista Iberica), comme un pendant théorique de la CNT syndicaliste. Cette organisation va très rapidement cristalliser la haine et les fantasmes les plus noirs du gouvernement espagnol et de la bourgeoisie. Mais la CNT reste fidèle à ses principes et c’est sous le sigle combiné de CNT/AIT que les deux organisations continuent la lutte révolutionnaire. Le débat n’en est pas pour autant clos entre les anarchistes. Certains militants de la FAI comme Buenaventura Durutti et Diego Abad de Santillan, remettent en cause le syndicalisme anarchiste. Le syndicat n’est-il pas une forme de “législation de la classe ouvrière” ? Comme tel, le syndicat a donc d’une manière ou d’une autre partie liée avec le pouvoir. Son rôle de médiateur entre les ouvriers et le patronat l’oblige à une conciliation dans les conflits sociaux. Or, cette situation, même si elle peut se retourner parfois à l’avantage des ouvriers, retourne aussi le syndicat en instrument de la domination bourgeoise, car il y perd son objectif révolutionnaire. Durruti critique cet effet pervers normatif du syndicat sans pour auant quitter la CNT où sa personnalité représente pour de nombreux militants, la garantie d’un syndicalisme intransigeant et anti-autoritaire.

[…]

De la république éphémère au Front Populaire

En 1931, des élections portent enfin la république au pouvoir. Mais le nouveau gouvernement ne s’engage que timidement sur la voie des réformes. Les paysans qui espèrent la confiscation des grands domaines et une répartition plus équitable des terres sont déçus. Aucune législation du travail ne vient alléger le sort des ouvriers. Les émeutes et les grèves reprennent, réprimées avec la même brutalité.

[…] En 1934, c’est le soulèvement des mineurs des Asturies. Pendant une semaine la république des travailleurs devient une réalité, mais l’armée intervient et malgré les promesses faites aux insurgés qui se rendent, les mineurs sont exécutés en masse. Un jeune général s’illustre au cours de cette campagne, Francisco Franco Bahamonde. Le martyr de la “commune des Asturies” choquent profondément les Espagnols, renforçant la cohésion des mouvements populaires.

Sur la base du slogsan U.H.P (Unidos Hermanos Proletarios) l’opposition se regroupe en préparation des élections a venir.

[…] En rompant avec sa tradition apolitique, la CNT n’a donné aucune consigne d’abstention à ses militants. La plupart d’entre eux ont voté pour la coalition du Front Populaire sur la promesse d’une libération immédiate des prisonniers politiques. En 1936, La CNT est la première formation politique en Espagne. L’UGT compte 1 447 000 adhérents, le Parti Communiste espagnol ne compte que 133 000 adhérents et la CNT en a 1 577 000 sur une population de 23 millions d’Espagnols à l’époque. Ceci a donné la victoire électorale au Front Populaire.

[…] La démocratie bourgeoise issue des élections va pourtant reproduire les mêmes erreurs que le gouverneent républicain précédent. Elle recrute parmi les travailleurs des leaders réformistes et néglige toujours d’entreprendre des réformes en profondeur de la société espagnole. Rapidement la situation sociale lui échappe complètement et dans un effort désespéré pour enrayer les grèves générales et leur mouvement de fond, elle envoie la police arrêter les grévistes. La grève est déclarée illégale et toutes les maisons des syndicats sont fermées. De son côté la droite conclut que la démocratie est intolérable et prépare le soulèvement militaire.

[…] Le 17 Juillet 1936, le soulèvement annoncé éclate à Melilla au Maroc espagnol. L’armée et les troupes coloniales s’emparent de tous les points stratégiques de la colonie. Quelques heures plus tard alors qu’il est déjà maître du Maroc, Franco fait une déclaration solennelle (Note de R71: le tristement célèbre “Pronunciamento”) à la radio qui est retransmise sur le continent. Il proclame la loi martiale sur tout le territoire espagnol. Le mot de passe de l’insurrection passe très rapidement à travers la péninsule et les garnisons se soulèvent à leur tour.

[…]

La guerre et/ou la révolution

[…] La CNT lance un mot d’ordre de grève générale et contournant la censure, adresse des instructions précises aux militants de toutes les fédérations.

[…] La révolution espagnole excède le sens ordinaire des évènements, car c’est une tentative des travailleurs pour rompre justement avec le sens de l’Histoire, avec la fatalité de l’origine qui condamne le peuple à obéir toujours.

LE DIMANCHE 19 JUILLET 1936, LE PEUPLE EN ARME DECIDE QUE CE DIMANCHE SERA LE DERNIER ET QU’IL DURERA TOUJOURS…

Comme dans un roman de Raymond Queneau où les personnages se rencontrent toujours après la “fin de l’histoire”, le peuple espagnol entend désormais “vivre libre”.

[…] Les anarchistes qui sont peu habitués au jeu politique au sein des structures bureaucratiques dont ils sous-estiment l’importance, n’envisagent pas la prise du pouvoir comme l’exercice d’une domination, mais comme une nécessaire association. La prise de pouvoir ne représente rien en soi sans un consentement et une participation de masse. Il y a donc de leur part, une volonté de rompre avec le pouvoir traditionnel en ouvrant le dialogue, mais aussi un grand manque d’habitude du jeu politique dangereux. Car dans ces circonstances où l’adversaire se présente comme un allié, cette conception anti-totalitaire et fondamentalement démocratique les met à la merci de l’opposition.

Le POUM (Partido Obrero de Unificacion Marxista), né d’une scission de la dissidence communiste d’inspiration trotkiste, a été fondé en 1936 par Andrès Nin et Joaquin Maurin. C’est le seul parti à mettre en garde la classe ouvrière contre la collaboration. Dès le début du conflit, le POUM milite pour une victoire sans concession de la révolution.

[…] L’Espagne se divise en deux blocs géographiques adverses.

[…] L’armée débarque donc en Andalousie où le général Queipo de Llano est déjà maître de Séville. Elle se déploie sur la plus grande partie de la province n’y rencontrant que des paysans armés de fusils de chasse et de fourches qui ne peuvent resister à une telle offensive. Les militaires occupent villes et villages, se livrant à une répression systématique. Les combattants sont exécutés sommairement tandis que l’on traque les militants syndicaux et les sympathisants républicains. Des listes noires, savamment établies avant la guerre, servent à l’épuration.

Georges Bernanos qui séjourne alors à Palma de Majorque (aux îles Baléares) est bouleversé par l’ampleur de la répression. Catholique et monarchiste, il est plutôt favorable au début aux nationalistes, mais il est très vite écœuré par la bonne conscience avec laquelle les militaires franquistes assasinent des innocents. A Palma, des camions militaires attendent les paysans au retour des champs.

Note de R71: Tout comme durant la semaine sanglante de la Commune de Paris de 1871, ou la répression sanguinaire par les bolchéviques de la jeune URSS de l’insurrection de Kronstadt, répression à laquelle Trotski, agent prouvé de Wall Street, participa activement en tant que chef de l’Armée Rouge, les États, quels qu’ils soient, répriment sauvagement ceux qui ont “osé défier” le statu quo oligarchique. Tout comme la torture, les massacres servent autant à punir qu’à tenter de dissuader le peuple de recommencer et pourtant… il recommence et un jour, il n’aura plus à le faire parce que la victoire de la révolution sociale sera établie. Celle-ci ne viendra pas par les armes, mais par l’avènement de la “société des sociétés” organique des associations libres confédérées, qui rendra l’État et ses institutions répressives et archaïques totalement obsolètes.

Comme le disait Victor Hugo: “Rien n’arrête une idée dont l’heure est venue.Jusqu’ici, il n’y a pas eu de “révolution”, il n’y a eu que des brouillons. Il n’y en aura qu’une et ce sera la bonne !

Rien qu’à Séville, un mémoire du collège des avocats cité par Peirats déclare que 9 000 ouvriers ont été victimes de la répression. Dans son fief andalou, Queipo de Llano a radicalisé les nouvelles dispositions répressives prévues par la junte militaire. Les tribunaux d’exception qui continueront de fonctionner pendant toute l’après-guerre appliquent une justice arbitraire et expéditive qui décime l’Espagne.

Arthur Koestler qui sera arrêté lors de la chute de Malaga témoignera de la terreur quotidienne qui règne dans les prisons franquistes.

En 1939, près de 100 000 prisonniers politiques ont déjà été passés par les armes. Le régime franquiste ne se débarrassera d’ailleurs jamais de cette hystérie meurtrière puisqu’en 1974, soit un an avant sa mort, Franco continuait de faire garrotter ses opposants politiques.

[…] De façon tout à fait imprévue, c’est le coup d’état qui a donné l’impulsion décisive, le signal de la révolution espagnole. L’insurection (de l’armée) provoque en effet une prise de conscience d’une partie de la classe ouvrière encore confiante dans le Front Populaire, réuinissant en même temps les conditions favorables à la prise du pouvoir.

[…] L’expérience de la lutte clandestine a permis aux anarchistes de réagir rapidement à l’insurrection en organisant une véritable guérilla urbaine. Grâce à cette structure clandestine, La CNT tenait des informateurs au sein même de l’armée qui ont pu prévenir rapidement les comités de quartiers. Les militants cénétistes ont joué un rôle décisif dans l’organisation rapide de la résistance, dont la mobilité et la détermination a surpris les militaires espagnols.

[…] En Août 1936, un responsable de la CNT, Diego Abad de Satillan échaffaude un plan pour détourner une partie de l’or de la banque d’Espagne, mais devant l’opposition catégorique de la direction, il renonce à son projet. Ce respect de l’institution bancaire nous rappelle un précédent célèbre. En 1871, les ouvriers de la Commune de Paris avaient eux aussi épargné la Banque de France.

[…] La plupart des militaires et de nombreux fonctionnaires de l’administration ont rejoint les rebelles. La police et les institutions sont paralysées. Aristocrates, propriétaires, commerçants, bourgeois se sont enfuis ou se cachent, abandonnant leurs biens. Les capitaux ont déserté l’Espagne et les chancelleries européennes submergent le gouvernement espagnol du Front Populaire de réclamations, exigeant des garanties sur leurs investissements. Le gouvernement a perdu toute autorité.

[…] Il y a bien une imposture délibérée à commémorer la guerre d’Espagne comme une lutte exemplaire contre le fascisme sans évoquer l’idéal de ces hommes et de ces femmes qui ont combattu et sont morts sans distinguer la guerre de la révolution. George Orwell qui a rejoint une colonne du POUM témoigne de cette volonté inouïe de tout changer tout de suite: “On s’était efforcé de réaliser dans les milices une sorte d’ébauche de société sans classes. Bien sûr ce n’était pas l’égalité parfaite, mais je n’avais encore rien vu qui s’en rapprochât autant et que cela fût possible en temps de guerre n’était pas le moins surprenant ; car les milices espagnoles tant qu’elles existèrent, furent une sorte de microcosme de la société sans classes.”

 A suivre…