Archive pour oligarchie

L’exemple de La Boétie, Thoreau, Ghandi, Martin Luther King Jr: La voie de la résistance a l’injustice

Posted in actualité, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, philosophie, politique et social, politique française with tags , , , , , , , , on 12 août 2010 by Résistance 71

Pour une désobéissance civile généralisée

Par André Bernard

Url de l’article original:
http://www.monde-libertaire.fr/non-violence/item/13572

L’insoumission individuelle surgit comme le premier pas vers la désobéissance collective. « Je me révolte, donc nous sommes », écrivait Camus. Encore faut-il savoir que toute insoumission coûte et faut-il accepter d’en payer le prix. Avoir une opinion sur le monde et sur l’injustice qui y règne peut être sans conséquences. Une opinion n’est pas une conviction profonde, elle peut être tue ; la conviction exige un passage à l’acte ; une cohérence entre l’idée et le geste est requise ; et le passage à l’acte devient porteur de futur ; il nous fait toucher du doigt le possible. C’est ce qu’enseigna une insoumission à une guerre coloniale, acte fondateur, qui a déblayé la route.

Nous, les anarchistes, du moins se disant tels, ne sommes pas les plus forts dans le combat social ; nous sommes même très démunis face à l’État, face au capital, face aux puissances d’argent, face aux médias, face au monde de la culture ; et ces puissances nous imposent leurs lois, leur domination, leurs idéologies.

Nous résistons, bien sûr, mais difficilement, car nos ennemis ont d’énormes moyens de contrainte pour, si nécessaire, s’imposer à la fin par les armes ; armes de plus en plus sophistiquées et efficaces. Il est déjà bien loin le temps où les « fusils Chassepot faisaient merveille ». La technique a beaucoup progressé.

Est-il donc bien raisonnable, judicieux, de chercher l’affrontement sur ce terrain de la violence, avec les mêmes armes − quand bien même nous pourrions nous les procurer et voudrions nous servir de certaines − ; terrain où nous sommes sûrs de perdre, où, dans le passé, nous avons toujours perdu.

Et, si nous tenions la victoire avec ces mêmes armes que nos adversaires, serions-nous encore nous-mêmes ? Ne deviendrions-nous pas ceux que nous combattons ?

Depuis un peu moins de cent ans, l’action non violente a émergé dans les pratiques sociales. Action dont l’une des sources − du moins pour les Européens − est le petit texte de La Boétie qui le premier mit l’accent sur la servitude volontaire des peuples ; suivi d’un autre petit texte, celui de H. D. Thoreau, montant d’un cran, qui témoigna que l’on pouvait se refuser à cette soumission, que l’on pouvait désobéir ouvertement à la loi et assumer publiquement, devant l’opinion, cette désobéissance.

Plus près de nous, des libertaires, femmes et hommes, ont touché du doigt cette idée d’action : on peut citer Virginie Barbet ou Voltairine de Cleyre, mais aussi Han Ryner, Pierre Ramus, Barthélemy de Ligt et bien d’autres. Ce filon a été négligé ; sans doute que les temps n’étaient pas mûrs ou que les esprits étaient encore encombrés de notre glorieux passé.

On sait − et on ne sait quasiment que ça − que l’anarchisme s’est illustré avec éclat, durant certaines périodes, dans l’emploi de la violence et quelquefois du terrorisme. Ainsi, le grand public, travaillé par une presse aux ordres, n’a voulu voir dans l’anarchisme qu’explosions, déchaînements et fureurs. D’ailleurs, nous-mêmes, n’avons-nous pas un certain plaisir à nous faire craindre par la masse moutonnière des humains ? Or c’est ce grand public, cette opinion qu’il nous faut conquérir…

La non-violence, en tant que telle, comparée à l’anarchisme historique, est venue un peu plus tard sur la scène historique ; elle a précisé sa pratique en marchant et en hésitant sur sa dénomination : résistance passive, non-résistance, etc. Mots malheureux s’il en est ! Actuellement, le terme de « désobéissance civile » semble prendre le dessus avec en arrière-fond un souci de non-violence.

Pour autant, on ne sait pas toujours très bien de quoi on parle, on hésite sur le sens du vocabulaire, on ergote… À raison !

En effet, les entités « violence » et « non-violence » ne sont pas des absolus − du moins pour ceux qui veulent éviter une pensée dogmatique − ; l’une n’est pas toute noire quand l’autre serait toute blanche ; il y a entre ces deux notions ce que certains nomment des « zones grises » (Jacky Toublet parlait par exemple de zones de violence de basse intensité) ; oui, il faut reconnaître qu’il y a une gradation de valeur de la non-violence vers la violence, et vice versa, et qu’il reste à s’entendre sur ce que l’on veut faire dire aux mots.

Dans les années 1960-1970, la question de la « révolution non violente » était à l’ordre du jour dans les milieux du pacifisme radical, surtout anglo-saxon : on publiait sur le sujet. Puis la mode changea. On se ravisa sur les bienfaits du chambardement : les révolutions communistes étaient passées par-là, l’exercice du pouvoir « révolutionnaire » conduisait au désastre malgré l’opposition de courants plus libertaires ; même résultat avec les indépendances nationales qui se transformaient en régimes militaires en tous genres ; au bout, le désappointement ; l’absence de liberté n’amenait pas pour autant la justice sociale.

Aujourd’hui, on ne croit plus au Grand Soir, ou presque plus ; on le craindrait même pour ses conséquences…

La non-violence est-elle une alternative ?

La non-violence radicale porte l’anarchie en elle, pensent certains, mais le tout-venant de la non-violence ignore ou rejette un anarchisme synonyme pour eux de violence.

En attendant mieux, les milieux non violents s’orientent vers des activités d’éducation, de culture, de résolution non violente des conflits divers, etc., se confrontant ainsi à une réalité quotidienne du champ social. On améliorera les relations au sein de la famille, de l’école et du quartier, mais il n’est plus question de changer radicalement la société capitaliste, il ne s’agit que de « vivre autrement » dans un monde « inchangé ». Il ne s’agit que d’aménager le monde tel qu’il est.

Si la majorité des non-violents ne sont pas révolutionnaires, pour autant, de leur côté, les anarchistes ne sont pas tous des partisans de la révolution.

Les diverses actions de désobéissance civile, relativement circonscrites, dont les médias rendent compte (faucheurs, enseignants, etc.) nous questionnent par leur mode d’action directe : ces militants ne cherchent pas d’intermédiaires, leur voie n’est pas parlementaire et ils s’engagent physiquement tout en endossant les suites.

Et sans doute ces actions sont-elles la cause d’un problème qui resurgit : la non-violence peut-elle offrir des perspectives radicales ? Ou bien : la non-violence peut-elle s’ouvrir sur un horizon révolutionnaire ?

Et puis, dans le même temps, on peut se demander aussi ce que l’on entend par « révolution », sachant maintenant que toute révolution n’est pas souhaitable.

La portée de l’action serait sans doute plus à rechercher dans l’esprit des acteurs qu’inscrite dans l’action, ainsi que nous le dit Guillaume Gamblin dans Silence, n° 380 de juin 2010. Et, par ailleurs, on sait d’expérience que l’action transforme les acteurs et que la lutte devient un terrain éducatif pour une approche révolutionnaire. Ainsi, toute lutte partielle non violente nécessiterait une réflexion pour définir cet horizon de radicalité.

Il faut dire que la non-violence dans sa pratique classique fait en général un choix stratégique d’objectifs précis, plutôt modestes mais atteignables : ainsi la poignée de sel de Gandhi recueillie dans l’océan et contrevenant à une loi. C’est le système du levier : on trouve le point sensible et on appuie…

« Les OGM mènent tout droit au cœur du monopole des multinationales, de la domination économique sur le politique, de la brevetabilité du vivant, par extension du droit de propriété ! » Oui, nous sommes au cœur de la radicalité.

Cependant, de ce point de départ jusqu’à la révolution, il y a du chemin à parcourir…

Une rupture positive, soudaine et globale, est-elle possible actuellement ? Sans doute pas. Mais qui peut en jurer ? Nous avons connu quand même quelques surprises historiques : mai 1968, la chute du mur de Berlin, etc.

Les militants ouvriers à la pointe du combat ont longtemps placé leurs espoirs dans la « grève générale », pas la « grève générale d’un jour » pour quelques réformettes, la « grève générale », vraiment générale, sans durée préétablie et qu’ils nommaient « expropriatrice et gestionnaire ». Les temps ont changé, certes ; mais, cette porte bouclée, nous pouvons entrer par la fenêtre, en nommant autrement la lutte, en nous adaptant à la réalité du jour, en remplaçant la « grève générale » par la « désobéissance généralisée ».

S’il est certain que nous n’atteindrons jamais totalement la société de nos désirs, toute avancée même limitée nous donnera des forces, et chaque nouvelle victoire affermira notre confiance.

Tous nos prédécesseurs n’opposaient pas les réformes à la révolution ou, pour parler comme Élisée Reclus, ne voyaient pas de contradiction entre « l’évolution et la révolution ».

Le danger, c’est de se satisfaire trop vite d’un résultat partiel et de s’en contenter. Et rien ne dit que tous les non-violents aient des désirs révolutionnaires. Il est sûr que la plupart n’en ont pas : ils s’arrêteront donc en chemin, ils se contenteront des miettes démocratiques car ils pensent la démocratie perfectible et préférable au chaos. C’est un moindre mal en attendant… Ça se discute, et cela ne nous empêchera pas de critiquer cette démocratie « représentative ».

En fait, il nous faut sortir d’une conception figée de l’idée de révolution plus ou moins sanglante avec un « avant » où règne l’injustice et un « après » correspondant presque à nos vœux. Or l’anarchisme, ensemble malléable qui peut s’énoncer sur des registres à l’infini dans l’espace et le temps, se prête à cet aggiornamento à condition de n’en rien renier.

Sans aller si loin, sans recherches historiques ou philosophiques, simplement en adoptant une démarche expérimentale sans a priori, des militants anarchistes se sont lancés dans l’action non violente. On essaie : la démarche est quasiment scientifique.

La pratique de l’action non violente ne veut pas dire qu’il n’y aura pas des coups à prendre, de la prison à subir et des vies à donner. Évidence.

De ce côté-là, rien ne change !

André Bernard

Publicités

Décrépitude d’une République obsolete…

Posted in actualité, N.O.M, politique et social, politique française with tags , , , , , , , on 10 juillet 2010 by Résistance 71

Le capitalisme est certes le scandale, comme expliqué dans cet article ci-dessous; mais l’Etat et son gouvernement quel qu’il soit (y compris communiste autoritaire d’état), en tant que serviteur du capitalisme et d’une classe auto-proclamée de privilégiés, est autant responsable du marasme et des inégalités sociales.

L’Etat ne saurait être progressiste et encore moins moins révolutionnaire, simplement parce qu’il est.. l’Etat !… L’antinomie est d’une évidence politique et sociale fracassante. C’est pourquoi l’avenir montrera clairement pourquoi l’abolition simultanée des institutions capitalistes et étatiques est l’unique voie pour une société juste et libre. L’Etat n’est qu’une phase transitoire de la gestion de la société. Il est voué aux oubliettes de l’Histoire et le plus tôt sera le mieux dans l’intérêt de l’émancipation réelle des peuples. La vision marxiste est incomplete, étriquée et erronée car elle ne se conçoit que dans un contexte capitaliste et ne se complait que dans une ploutocratie de substitution.

Résistance 71

Qu’elle est jolie la république bourgeoise !

Mohamed BELAALI

Les scandales financiers et les affaires de corruption qui mettent en cause la plupart des membres du gouvernement contrastent tristement avec la politique de rigueur et d’austérité sans précédent que ce même gouvernement impose aux classes populaires. Au moment où l’on exige de la population des sacrifices de plus en plus lourds, au moment où les chômeurs et les précaires se comptent par millions, les représentants de la bourgeoisie, eux, se permettent de se servir abondamment dans les caisses de l’État et jouissent d’innombrables privilèges. La liste des ministres impliqués dans des affaires est longue : des 9 500 euros mensuels de Christine Boutin pour une obscure mission sur la mondialisation, aux 12 000 euros des cigares de Christian Blanc en passant par les hôtels particuliers du ministre de l’industrie Christian Estrosi ou les 116 500 euros d’Alain Joyandet pour un aller/retour à la Martinique sans parler de son permis illégal pour agrandir sa maison près de Saint-Tropez. Et on va taire par pudeur l’affaire Karachi qui a coûté la vie à 14 personnes. Il ne s’agit là bien évidemment que de quelques exemples qui ne doivent pas cacher le caractère récurrent et structurel de la corruption de la classe dirigeante. Car les scandales financiers, corruption, privilèges et autres affaires, comme celle d’Eric Worth, sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente.

« Le gouvernement moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière » (1). L’État n’est donc pas au service de tous, mais sert seulement les intérêts privés de quelques uns. La police, la justice, les préfets, les députés, les ministres etc. ne sont pas les représentants de toute la société. Le président de la République n’est pas le président de tous les français.

Le président gère l’Etat contre l’intérêt général au profit de l’intérêt particulier, celui de la classe dominante. Et plus il sert les intérêts de la bourgeoisie, plus il s’éloigne de ceux des classes populaires.

La corruption, elle aussi, remplace l’intérêt public par l’intérêt privé. Elle efface les frontières entre les deniers publics et les revenus privés. Les hommes et les femmes politiques sans scrupules peuvent ainsi se servir, avec un sentiment total d’impunité, dans les caisses de l’État comme s’il s’agissait de leur propre patrimoine ! La corruption nie et méprise le principe de transparence et permet à une seule et même classe sociale, par le biais de l’État, d’accéder d’une manière occulte et illégale aux ressources publiques.

Le scandale Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France, illustre d’une manière éloquente cette proximité et cette confusion des intérêts de la grande bourgeoisie et du gouvernement. Celui-ci doit être au service de celle là. L’ex- ministre du budget, Eric Woerth, est soupçonné, via sa femme qui gère les dividendes de la milliardaire, de conflit d’intérêt. Mme Bettencourt avoue de son côté posséder des comptes à l’étranger et toute une île aux Seychelles non déclarés au fisc. Elle a promis, toutefois, de régulariser cette situation.

L’épouse d’Eric Worth a été obligée de quitter son poste, mais le ministre aujourd’hui du travail, lui, n’a pas démissionné.

Eric Worth est soupçonné également d’entretenir les mêmes relations avec Robert Peugeot, l’héritier de la grande famille bourgeoise du même nom. Les deux hommes se connaissent et s’apprécient mutuellement. Eric Worth a même décoré Robert Peugeot de la Légion d’honneur comme il a remis les insignes de chevalier de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre le gestionnaire de la fortune de Bettencourt ! Qu’elle est jolie la république bourgeoise !

Sarkozy voyant que les affaires prennent de l’ampleur, annonce d’une manière solennelle qu’il allait réduire le train de vie de ses ministres (mais pas ses propres privilèges), reconnaissant implicitement par là l’existence de ces affaires !

Plusieurs personnalités du monde politique et économique très proches du pouvoir comme Valérie Pécresse, François Pérol l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée et intime des grands patrons français, le multimillionnaire Stéphane Richard ami de Sarkozy ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde et Directeur Général de France Télécom seraient, à un titre ou à un autre, impliqués dans des affaires.

Précisons que Stéphane Richard qui a subi un redressement fiscal en 2007 est décoré lui aussi de la Légion d’honneur.

La collusion des intérêts du capital et ceux de l’État trouve ici son expression la plus éclatante : Le pouvoir politique met l’État et notamment son appareil judiciaire à la disposition du pouvoir économique qui, en échange, finance entre autres ses campagnes électorales. Eric Worth est le trésorier de l’UMP et le financier du système Sarkozy.

C’est lui qui est chargé de récolter les fonds auprès des grosses fortunes au profit du président de la République. On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi Sarkozy tient absolument à soutenir « totalement et complétement » son ministre du travail et pourquoi il désire que Liliane Bettencourt reste en France :«  Je ne veux pas qu’elle foute le camp en Suisse » disait-il.

Rappelons tout de même que c’est ce même ministre qui mène, au nom du gouvernement et donc de la bourgeoisie, la bataille de la destruction du système de retraite par répartition. Lui, le bourgeois, qui vit dans l’opulence, exige des salariés de travailler toujours plus pour une pension de misère !

Et c’est ce même gouvernement qui tolère que des milliers de familles bourgeoises « très patriotes », dont il possède la liste, planquent scandaleusement leur magot à l’étranger pour échapper au fisc.

Les intérêts de l’État, donc d’une infime minorité, sont incompatibles avec ceux de l’immense majorité de la population.

Tous les gouvernements bourgeois, avec des différences de degré et non d’essence, sont corrompus. Mais sous le régime de Sarkozy, les affaires fleurissent et se banalisent plus facilement. C’est que Sarkozy aime l’argent, le luxe, l’apparat, le cérémonial et n’hésite pas à étaler ostensiblement, dans une république affaiblie, les fastes d’un pouvoir quasi monarchique. Sa fascination pour les riches n’a d’égale que son mépris pour les pauvres.

En avril 2007, Nicolas Sarkozy avait promis une « République irréprochable », une « démocratie moderne qui sera exemplaire au regard du monde ». Aujourd’hui, sa république est corrompue, sa démocratie est totalement livrée au capital, aux parasites spéculateurs en tout genre qui la violent chaque jour. Et on va taire la réputation de la France sous le régime de Sarkozy dans le monde. Triste fin de règne !

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre la corruption ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie dissimule ses forfaits. Le problème n’est donc pas l’existence de la corruption, des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe.

In fine, le véritable scandale, c’est le capitalisme lui-même.

Mohamed Belaali

(1) K. Marx et F. Engels « Manifeste du parti communiste ». Éditions en langues étrangères. Pekin, page 35.

URL de cet article

http://www.legrandsoir.info/Qu-elle-est-jolie-la-republique-bourgeoise.html

Le muselage universel: l’actualité de 1896 a 2010… Rien n’a changé !

Posted in actualité, politique et social, politique française with tags , , , , , on 8 juillet 2010 by Résistance 71

Le Muselage Universel

Emile Pouget
Almanach du Père Peinard, 1896.

Il paraît que nous sommes souverains.

Autrefois, c’étaient les rois qui avaient cette veine, aujourd’hui c’est le peuple.

Seulement, il y a un distingo, qui n’est pas négligeable : les rois vivaient grassement de leur souveraineté, — tandis que nous crevons de la nôtre.

Cette seule différence devrait nous suffire à nous fiche la puce à l’oreille et nous faire comprendre qu’on se fout de notre fiole.

Comment, c’est nous qui remplaçons les rois et s’il plaît à un sergot de nous passer à tabac, au garde-champêtre de nous coller un procès-verbal, à un patron de nous botter le cul, tout souverains que nous soyons, nous n’avons que le droit d’encaisser… et de dire merci !

Par exemple, si cette garce de souveraineté nous rapporte peau de balle et balai de crin, y en a d’autres à qui elle profite bougrement.

Au lieu de garder ce trésor sous globe, — kif-kif une relique crétine, avec autant d’amour que si c’était trois poils de la Vierge, ou une des chaussettes de Jésus-Christ, on use de sa souveraineté… Mais on en use de la plus sale façon : on la délègue !

Et, voyez le truc miraculeux : cette souveraineté qui ne valait pas un pet de lapin quand elle était dans nos pattes, devient une source de gros bénefs pour ceux à qui nous la déléguons.

A vue de nez, il semble que ces oiseaux-là, — nos représentants, — devraient être nos larbins, nous obéir au doigt et à l’œil, n’en faire jamais qu’à notre guise, — va te faire lanlaire !

Ces bons délégués nous font la nique et, bien loin d’accepter d’être nos larbins (ce en quoi ils n’ont pas tort, car il est toujours malpropre d’obéir), ils se posent en maîtres et nous donnent des ordres, — ce qui est crapuleux !

Eux que nous avons tirés du milieu de nous ou d’à côté, sont désormais les vrais souverains ; tout doit plier sous leurs volontés : le populo n’est plus qu’un ramassis d’esclaves !

D’où vient ce changement à vue ? De ce que notre souveraineté n’est qu’une infecte roupie, une invention des jean-foutre de la haute pour continuer à nous tenir sous leur coupe.

Voici le truc : à force d’être plumé vif par les gouvernants de l’ancienne mode, rois et empereurs, le populo a fini par y trouver un cheveu et a commencé à ruer dans le brancard.

Quand les grosses légumes ont vu que ça prenait une vilaine tournure, ils ont biaisé et on dit aux rouspéteurs : «Vous avez raison de ne plus vouloir endurer des gouvernants de droit divin ; rois et empereurs sont des tigres altérés de sang, nous allons les foutre en l’air et le peuple prendra leur place : c’est lui qui gouvernera.»

Cette couillonnade avait des petits airs honnêtes qui empaumèrent le populo :

C’est lui qui allait être tout ! Quelle veine, bon sang ! C’est pour lors que ça ronflerait chouettement. Toutes les pourritures de l’ancien régime seraient foutues au rencard…

Tarata ! Quand on en vint à la pratique, ce fut le même tabac que l’ancien régime : les mêmes jean-foutre qui tenaient la queue de la poêle ont continué à gouverner sous le nom de république — l’étiquette seule a changé.

Bien mieux, autrefois le peuple avait le droit de groumer, — puisqu’il ne faisait qu’obéir. Tandis que, maintenant, il n’a même plus cette consolation : quand il veut protester, ses maîtres lui ferment le bec en lui disant : «Tais ta gueule, espèce de ronchonneur ! De quoi te plais-tu ? C’est toi qui as créé ce qui est. C’est dans ta puissante souveraneté que tu as voulu être esclave. Subis ton sort en patience : pose ta chique et fais le mort, — sinon on te fusille !»

—O—

Y a pas à tortiller : cette vaste blague de la souveraineté populaire est tombée rudement à pic pour nous faire perdre le nord. Sans elle on serait arrivé à comprendre que le gouvernement est une mécanique dont tous les rouages fonctionnent dans le but de serrer la vis au populo ; puis, avec deux liards de réflexion, on aurait conclu que le meilleur usage qu’on puisse faire de cette affreuse machine, c’est de la foutre au rencard.

On en serait venu à conclure que pour avoir ses coudées franches, pour vivre sans emmerdements, faut se passer de gouvernement.

Tandis que, grâce à l’embistrouillage de la souveraineté populaire, on a eu un dada tout opposé : on a cherché, — et des niguedouilles cherchent encore, — à modifier la mécanique gouvernementale de façon à la rendre profitable au populo.

Comme d’autres se sont attelés à la découverte du mouvement perpétuel ou de la quadrature du cercle, certains se sont mis à la recherche d’un bon gouvernement. Les malheureux ont du temps à perdre ! Il serait en effet plus facile de dégotter la boule carrée ou de faire sortir des crocodiles d’un œuf de canard que de mettre la main sur un gouvernement qui ne fasse pas de mistoufles au pauvre monde.

—O—

Ah, les jean-foutre de la haute ont été rudement marioles, en nous sacrant souverains !

On est fiers de la chose. — y a pourtant pas de quoi faire les farauds !

Quand on rumine un tantinet, ce que ce fourbi à la manque est rigouillard : y a pas pire trouducuterie.

Pour s’en convaincre, il s’agit de regarder de près le fonctionnement de cette sacrée mystification.

Et d’abord nous n’exerçons pas notre souveraineté à propos de bottes, quand l’envie nous vient. Ah, mais non ! Les dirigeants ont réglé ta chose, — tellement que nous n’usons du fourbi qu’une fois tous les quatre ans.

Cette précaution est indispensable, paraît-il, pour nous empêcher de détériorer notre trésor : la souveraineté est un bibelot fragile, et comme le populo a les pattes gourdes, s’il la manipulait trop souvent, il la foutrait en miettes.

En ne le laissant s’en servir qu’une fois tous les quatre ans, pour renouveler la délégation aux députés, les grosses légumes n’ont pas le moindre avaro à craindre : une fois la comédie électorale jouée, ils ont de la brioche sur la planche pendant quatre ans et ils peuvent s’enfiler des pots de vin et toucher des chèques à gogo.

Voici comment s’opère l’exercice de la souveraineté.

Supposez que je sois votard :

Le dimanche que la gouvernance a choisi, à l’heure qu’elle a fixée (sans, naturellement me demander mon avis) je m’amène au bureau de vote.

Je défile entre une rangée de purotins qui s’emmerdent à vingt francs l’heure — et malgré ça palpent juste trois francs pour leur journée. Ils ont du papier plein les pattes et m’en fourrent jusque dans mes chaussettes… qui sont russes, foutre ! car en ma qualité de votard, l’alliance russe, y a que ça de vrai !

Jusqu’ici tout votard que je sois, je ne suis pas plus souverain qu’un mouton qu’on écorche.

Attendez, ça va venir…

Dans la tripotée de bulletins dont les distributeurs m’ont farci, j’en pige un, que je roule en papillotte.

Pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ?

Je n’en sais foutre rien ! Le coco dont le nom est dessus m’est inconnu ; je n’ai pas été aux réunions, ça me dégoûte ; je n’ai pas lu les affiches, elles sont trop cannulantes… quèque ça fait, j’ai confiance !

Mais, nom d’un foutre, ma souveraineté est toujours pucelle : j’en ai pas encore joui.

Quoique j’aie mon bulletin dans les pattes, tout prêt à être enfourné dans l’urne, je ne suis pas encore souverain ! Je ne suis qu’une belle pochetée que la gouvernance tient sous sa coupe, que les patrons exploitent ferme et que les sergots font circuler à coups de renfoncements quand il m’arrive d’être attroupé.

Ne désespérons pas ! je serai souverain.

J’avance… Enfin, mon tour arrive ! Je montre ma carte, — car je suis en carte ; on ne peut pas être souverain sans être en carte.

Maintenant, j’ai des fourmis dans les doigts de pied : c’est sérieux, — évidemment le moment psychologique approche, — j’allonge la patte ; je tiens ma papillotte entre les deux doigts, le pouce et le chahuteur.

Eh là, reluquez ma tronche !

Quelle scie qu’il n’y ait pas un photographe…

Une… deusse… Je vais être souverain !

Juste à la seconde précise où j’ouvrirai mon pouce et mon chahuteur… juste au moment où la papillotte sera lâchée, j’userai de mes facultés de souverain.

Mais, à peine aurai-je lâché mon chiffon de papier que, bernique, y aura plus rien ! Ma souveraineté se sera évanouie.

Dès lors, me voilà redevenu ce que j’étais il y a deux secondes : une simple niguedouille, une grande pochetée, un votard cul-cul, un cracheur d’impôts.

Sur ce, la farce est jouée ! Tirons le rideau…

J’ai été réellement souverain une seconde ; je le serai le même laps de temps dans quatre ans d’ici.

Or, je ne commence à user de cette roupie souveraine qu’à l’âge raisonnable de 21 ans, — c’est un acte si sérieux qu’il y aurait bougrement de danger à me le laisser accomplir plutôt, — c’est les dirigeants qui le disent, et ils s’y connaissent !

Une supposition que je moisisse sur terre jusqu’à la centaine : le jour où j’avalerai mon tire-pied j’aurais donc quatre-vingt ans de souveraineté dans la peau, — à raison d’une seconde tous les quatre ans, ça nous fait le total faramineux de vingt secondes…

Pour être large, – en tenant compte des ballotages, des élections municipales, des trouducuteries électorales qui pourraient se produire, — mettons cinq minutes !

Ainsi, en cent ans d’âge, au grand maximum, en ne laissant passer aucune occase d’user de mes droits, sur mes quatre-vingts ans de souveraineté prétendue, j’aurai juste eu cinq minutes de souveraineté effective !

Hein, les bons bougres, voulez-vous m’indiquer une bourde plus gigantesque, une fumisterie plus carabinée, une couleuvre à avaler, plus grosse que le serpent boa de la souveraineté populaire ?

—O—

Mais foutre, c’est pas tout ! Y a pas que cette unique gnolerie dans le mic-mac électoral.

J’ai dit que, tout en me laissant bonne mesure ce sera rudement chique, si en cent ans d’existence, j’arrive à jouir de cinq minutes de souveraineté effective.

Ecore faut-il pour que je ne sois pas trop volé, que ma souveraineté vienne à terme et ne soit pas une fausse couche.

Or, ça me pend au nez !

Me voici, sortant de poser mon papier torcheculatif dans la tinette électorale. J’ai fait «acte de citoyen» ! Mais cet «acte» ne va-t-il pas tourner en eau de boudin ?

Mon papier va-t-il servir à quelque chose ?

J’attends l’épluchage des torche-culs…

J’apprends le résultat…

Zut, pas de veine, je suis dans le dos ! L’apprenti bouffe-galette pour qui j’ai voté remporte une veste. Je suis donc blousé, dans les grands prix !

Ma souveraineté a foiré. J’aurais aussi bien fait d’aller soiffer un demi-stroc chez le bistrot. Ça m’eût fait d’avantage de profit.

Ce qui peut me consoler un brin, c’est que l’épicemar du coin, qui a eu le nez plus creux que bibi et qui a voté pour le bon candidat — c’est-à-dire pour celui qui a décroché la timballe, — est logé à si piètre enseigne que moi.

En effet, à l’Aquarium, son bouffe-galette s’aligne de telle sorte que, chaque fois qu’il vote, il est toujours dans la minorité.

Donc, mon épicemar est volé lui aussi ; sa souveraineté est comme la mienne, — elle ne vaut pas tripette !

Ainsi, c’est net : je vote pour un candidat blackboulé.

C’est comme si je n’avais pas voté.

Mon voisin vote pour un candidat qui se range dans la minorité.

C’est encore comme s’il n’avait pas voté !…

Et si, au lieu d’être un votard grincheux, j’avais suivi le troupeau des moutons bêlants qui ont voté pour le bidard de la majorité ?

Eh bien, je n’en aurais pas eu un radis de plus en poche ! J’aurais tout simplement la triste satisfaction de me dire que j’ai donné un coup d’épaule à un chéquard.

Dans tous ces arias, que devient ma souveraineté ?

Elle ne devient rien, mille tonnerres ! Elle reste ce qu’elle a toujours été, de la roustamponne : un attrape-nigaud, un piège à prolos, — et rien de plus, nom d’une pipe !

—O—

Comme fiche de consolation, les grosses légumes veulent nous faire gober qu’un tel fourbi a pour résultat de mettre le gouvernement dans les pattes de la majorité.

Ça, c’est encore une menterie faramineuse !

Ce n’est jamais la majorité qui gouverne. Ce serait elle que nous n’en serions pas plus heureux pour ça, attendu que tous les mic-macs gouvernementaux ne sont que des fumisteries d’escamotage : quoiqu’il en soit, je le répète : ce n’est jamais la majorité qui tient la queue de la poêle.

C’est toujours une majorité de crapules qui s’est accrochée à nos flancs — et qui s’y maintient grâce à la gnolerie du populo.

D’ailleurs pour bien se rendre compte que cette racaille n’a rien de commun avec la majorité, y a qu’à éplucher par le menu la distribution des bouffe-galette à l’Aquarium.

—O—

Supposons que la population de la France, qui est, à vue de nez, d’une quarantaine de millions, soit tassée sur une surface grande comme une page de mon almanach.

Or, il y a juste dix millions d’électeurs sur ces quarante millions d’habitants.

Pourquoi 10 millions et non pas 12 ou 18 ? Pourquoi ne commence-t-on à voter qu’à 21 ans ? Pourquoi les femmes ne sont-elles pas électeurs ? Pourquoi faut-il que les bons bougres aient des quittances de loyer pour être inscrits ? Pourquoi les soldats ne votent-ils pas ?

Ça, — ainsi que bien d’autres contradictions, — personne n’a jamais pu les expliquer, c’est la bouteille à l’encre !

Donc, y a dans toute la France que dix millions d’électeurs.

Supposons que ces couillons-là poussent en carré, kif-kif les asperges, et pour les classer prenons les chiffres de la foire électorale de 1893. Ils occuperont juste le quart de la page, soit le carré ci-dessous :

Reluquez ça, les camaros, et en un clin d’œil vous aurez constaté que c’est la minorité qui fait la pluie et le beau temps.

Le carré des abstentionnistes fait à lui seul le tiers des électeurs ; vient à côté le carré des votards dont les candidats n’ont pas décroché la timballe, — ils sont 2.458.000. Ces deux carrés réunis font plus de la moitié : ceux-là se passent de députés.

Viennent ensuite les carrés des élus : celui des socialistes est le plus maigre ; celui des réacs le suit, puis celui des radicaux. Faisant la loi à tous ceux-là nous tombons ensuite dans le trou à fumier des opportunards et des ralliés : c’est eux les plus forts, et c’est eux qui gouvernent… et ils ne sont pas le quart des votards.

Et encore, foutre, faut-il pas crier trop haut qu’ils gouvernent ! Les 300 bouffe-galette qui représentent ces 2. 300.000 votards ont en effet à balancer les 270 birbes des diverses oppositions. Seulement, y a de tels mic-macs à l’Aquarium que la plupart du temps, les députés se fichent de l’opinion de leurs électeurs autant qu’un poisson d’une pomme.

Ils votent suivant les ordres d’un ministre ou les ordres d’un distributeur de chèques. De sorte que ces 2.300.000 andouilles qui ont voté pour des bouffe-galette de la majorité, n’ont — même pas eux ! — la veine d’être représentés selon leur cœur.

En dernier ressort, c’est une douzaine de crapules qui gouvernent la France : des ministres comme Rouvier, Bailhaut ou Dupuy, des distributeurs dec chèques comme Arton ou des banquiers comme Rothschild.

—O—

Quant à espérer s’enquiller dans la mécanique gouvernementale, de manière à se rendre utile au populo, c’est un rêve de maboules et d’ambitieux.

C’est un sale truc que de se foutre tout rond dans un marécage pestilentiel pour se guérir des fièvres. C’est comme Gribouille qui se fichait à la Seine pour ne pas se mouiller.

D’ailleurs, on a été assez salement échaudés par des bouffe-galette qui parlaient au nom du peuple pour être guéris de la maladie votarde.

De tous les types qui avaient du poil au ventre, alors qu’ils étaient au milieu du populo, combien y en a-t-il qui, une fois élus députés, sont restés propres ?

Tolain, Nadaud, Basly et un tas d’autres ont retourné leurs vestes.

Quant à ceux qui ne se sont pas pourris complètement, ils ont pris du ventre et se sont bougrement ramollis.

Le plus chouette est de se tenir à l’écart, de faire le vide autour des tinettes électorales.

Puisqu’on nous serine que nous sommes souverains, — gardons notre souveraineté dans notre poche, ne soyons plus assez cruches pour la déléguer.

C’est pour le coup que les grosses légumes feraient une sale bobine !

Ne pouvant plus se réclamer du populo, tout leur pêterait dans les mains ; les rouages gouvernenemtaux n’étant plus graissés par l’impôt se rouilleraient, et en peu de temps la mécanique autoritaire se déclancherait et ne fonctionnerait plus.

Ce serait pour le populo le commencement d’une riche saison de bien-être !

La doctrine de la peur essence de la propagande pour la 3eme guerre mondiale

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, crise mondiale, désinformation, guerres imperialistes, N.O.M, sciences with tags , , , , on 6 juillet 2010 by Résistance 71

Qui a peur du nucléaire civil iranien ?
par Thierry Meyssan

Pour Thierry Meyssan, le débat sur l’existence d’un éventuel programme militaire nucléaire iranien n’est qu’un écran de fumée. Les grandes puissances ont arrêté leur transfert de technologie dès la chute du Shah et la Révolution islamique a condamné le principe de la bombe atomique. Les prétendus soupçons occidentaux ne sont que des artifices utilisés pour isoler un Etat qui remet en cause la domination, militaire et énergétique, des puissances nucléaires et leur droit de veto au Conseil de sécurité.

La Maison-Blanche a diffusé un dossier de presse expliquant aux journalistes ce qu’est la résolution 1929 du Conseil de sécurité [1]. Le contenu de ce document — et la vaste campagne de communication qui l’a soutenu — a été repris comme à l’habitude par les grands médias occidentaux sans la moindre réflexion critique.Selon la presse occidentale — c’est-à-dire selon la Maison-Blanche dont elle est s’est fait pour l’occasion le perroquet — la résolution a été adoptée par « une base très large » et constitue « une réponse au refus constant de l’Iran de se plier à ses obligations internationales relatives à son programme nucléaire ». Voyons ce qu’il en est.

Sur 15 membres du Conseil de sécurité, 12 ont voté pour (dont les 5 membres permanents), 1 s’est abstenu, et 2 ont voté contre [2]. Cette « base très large » masque en réalité un nouveau clivage : pour la première fois dans l’histoire du Conseil, un bloc de nations émergentes (le Brésil et la Turquie, soutenus par l’ensemble des pays non-alignés) s’est opposé aux membres permanents (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) et à leurs vassaux. Ainsi, cette « unanimité moins deux voix » exprime en réalité une fracture entre le directoire des Cinq Grands et ce que l’on doit à nouveau appeler le Tiers-monde (par analogie avec le Tiers état [3]), c’est-à-dire ceux dont l’avis ne compte pas.

Le Brésil a joué un rôle central dans l’élaboration du traité de Tlatelolco, qui fait de l’Amérique latine une « zone exempte d’armes nucléaires ». La Turquie œuvre activement à faire du Proche-Orient une autre « zone exempte d’armes nucléaires ». Personne ne doute que ces deux Etats soient sincèrement opposés à la prolifération des armes nucléaires. Personne ne doute non plus que la Turquie, qui partage une frontière commune avec l’Iran, soit particulièrement vigilante pour empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique.

Alors pourquoi ont-ils voté contre la résolution 1929 ? Comme nous allons le voir, la problématique posée par les grandes puissances n’est qu’un écran de fumée pour masquer un débat de fond dans lequel l’Iran et les non-alignés mettent en cause leurs privilèges.

Le mythe de la bombe iranienne

A l’époque du Shah Reza Pahlevi, les Etats-Unis et la France mirent en place un vaste programme visant à doter Téhéran de la bombe atomique. Il était admis, au vu de l’histoire du pays, que l’Iran n’est pas un Etat expansionniste et que de grandes puissances pouvaient lui confier sans risque cette technologie.

Ce programme fut interrompu par les Occidentaux au début de la Révolution islamique et donna lieu à un long contentieux financier autour de la société Eurodif. Selon les autorités iraniennes, il n’a jamais été repris.

L’ayatollah Khomeini et ses successeurs ont condamné la fabrication, le stockage, l’utilisation, et la menace d’utilisation de l’arme nucléaire comme contraires à leurs valeurs religieuses. Selon eux, il est moralement inacceptable d’utiliser des armes de destruction massive qui tuent indistinctement civils et militaires, partisans et adversaires d’un gouvernement. Cette prohibition a pris force de loi avec le décret émis par le Guide suprême de la Révolution, l’ayatollah Khamenei, le 9 août 2005.

Les dirigeants iraniens ont déjà montré leur obéissance à ce principe et le peuple iranien l’a déjà payé très cher. C’était au cours de la guerre lancée par l’Irak contre le pays (1980-88). Saddam Hussein fit tirer des missiles non guidés sur les villes iraniennes. L’armée iranienne riposta à l’identique jusqu’à ce que l’imam Khomeini intervienne. Il fit cesser les tirs, en vertu de ce principe, interdisant de tirer à l’aveuglette sur les villes ennemies. Le pays fit le choix d’endurer une guerre plus longue plutôt que de la gagner en utilisant des armes non ciblées [4].

Compte tenu du mode de fonctionnement du pays, il ne paraît pas possible que des individus aient passé outre cet avis théologique et la mémoire des martyrs de cette guerre pour mettre en place un vaste programme secret de recherche et de fabrication de la bombe atomique.

La position iranienne anticipe le droit international. Ce n’est en effet qu’en 1996 que la Cour internationale de Justice de La Haye a mis en évidence que toute destruction massive est criminelle, et que le principe même de la dissuasion nucléaire, c’est-à-dire la menace de perpétrer un crime, constitue un crime en lui-même [5]. Cependant, l’avis de la Cour n’étant pas contraignant, mais uniquement consultatif, les grandes puissances n’en ont que faire [6].

Le mythe d’un programme militaire nucléaire iranien a été forgé par les Anglo-Saxons après leur invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Leur plan stratégique prévoyait de prendre ultérieurement l’Iran en tenaille à partir de ses deux voisins. Dans cette période, les services états-uniens et britanniques ont disséminé de fausses informations à ce sujet comme ils le firent à propos du prétendu programme d’armes de destruction massive de Saddam Hussein. Les données transmises aux alliés et à la presse étaient le plus souvent fournies par un groupe d’exilés iraniens, les Moujahidines du Peuple. Il s’est avéré depuis que ces exilés inventaient leurs informations au fur et à mesure des besoins. Au demeurant, ils vivaient en Irak et, même avec des soutiens familiaux locaux, ils n’étaient pas en mesure de pénétrer en Iran l’organisation très cloisonnée des Gardiens de la Révolution. Aujourd’hui les experts US reconnaissent que cette source était sans valeur. Seuls les néo-conservateurs et les services secrets français, qui protègent en France le siège mondial des Moujahidines, continuent à y croire [7].

Cette intox servit de référence au vote des résolutions 1737 (23 décembre 2006) [8] et 1747 (24 mars 2007) [9].

Les accusations à l’encontre de l’Iran furent abandonnées par Washington, le 3 décembre 2007, lorsque le directeur national du Renseignement le vice-amiral John Michael McConnell rendit public un rapport de synthèse. On y apprenait que l’Iran avait cessé tout programme nucléaire militaire depuis des années et que, s’il le relançait, il ne pourrait de toute manière pas produire de bombe atomique avant 2015 au moins [10]. En publiant ce rapport McConnell ne visait pas simplement à clore la polémique, il entendait surtout — dans la ligne d’un groupe d’officiers supérieurs réunis autour du vieux général Brent Scowcroft — suspendre le projet de guerre contre l’Iran, les Etats-Unis n’en ayant temporairement plus les moyens économiques et militaires [11]. Nos lecteurs se souviennent que j’ai analysé cet événements dans nos colonnes, en annonçant le changement de politique à Washington six heures avant la publication surprise de ce rapport [12].

Un accord fut conclu entre le commandant du CentCom, l’amiral William Fallon, et ses homologues iraniens, avec l’assentiment du secrétaire à la Défense Robert Gates sous la supervision du maître à penser des officiers supérieurs, le général Scowcroft. Un scénario de détente avait été convenu pour permettre aux Etats-Unis de sortir d’Irak la tête haute. Cependant, le clan Bush-Cheney, qui espérait encore cette guerre, réussit à faire voter de nouvelles sanctions contre l’Iran avec la résolution 1803 (3 mars 2008) [13], immédiatement suivie de la démission de l’amiral Fallon [14]. Là encore, nos lecteurs se souviennent de cet épisode que j’ai décrit en détail dans nos colonnes [15].

Enfin, il y a eu la tentative du clan Bush-Cheney de contourner l’opposition de l’état-major états-unien en sous-traitant l’attaque de l’Iran à Israël. Dans cette perspective, Tsahal avait loué deux bases militaires aériennes à la Géorgie, d’où des bombardiers auraient pu frapper l’Iran sans avoir besoin de ravitaillement en vol. Las ! ce projet fut soudainement interrompu par la guerre d’Ossétie du Sud et le bombardement des bases israéliennes de Géorgie par la Russie.

En définitive, le général Scowcroft et son poulain, Barack Obama, ont récupéré cette polémique et l’ont utilisée pour faire avancer leurs plans. Il ne s’agit plus de préparer une guerre contre l’Iran, mais d’exercer une forte pression sur Téhéran pour l’obliger à coopérer avec les Anglo-Saxons en Afghanistan et en Irak. En effet, les forces occidentales se sont embourbées dans ces deux théâtres d’opération, alors que les Iraniens ont de puissants leviers parmi les populations azéries afghanes et chiites irakiennes.

Ainsi, le général Scowcroft, qui dégonfla le mythe du nucléaire iranien en décembre 2007 et reçu comme une gifle les sanctions contre l’Iran en mars 2008, est devenu le propagandiste de ces mêmes sanctions en 2010.

L’indépendance énergétique des Etats émergents

Depuis 60 ans, l’Iran se préoccupe de son indépendance énergétique. Sous la monarchie impériale, le Premier ministre Mohammad Mossadegh, nationalisa l’Anglo-Iranian Oil Company, et expulsa la plupart des conseillers et techniciens britanniques. Dans son esprit et celui des autres sujets du Shah, il ne s’agissait pas tant de récupérer une manne financière que de s’approprier les moyens du développement économique. Le pétrole iranien assurerait la croissance d’une industrie iranienne.

Londres s’estimant lésé porta l’affaire devant la Cour de Justice internationale de La Haye. Et perdit. Les Britanniques sollicitèrent alors les Etats-Unis pour organiser un coup d’Etat [16]. A l’issue de l’« opération Ajax », Mossadegh fut arrêté tandis que le général ex-nazi Fazlollah Zahedi lui succèda. Le régime du Shah devint alors le régime le plus répressif de la planète.

La Révolution islamique, qui renverse le Shah, reprend à son compte cette exigence d’indépendance énergétique. Anticipant l’épuisement de ses ressources pétrolières, Téhéran intègre dans son vaste programme de recherche scientifique et technique des travaux sur le nucléaire civil. D’autant que, selon les géologues iraniens, le pays regorgerait d’uranium exploitable, une richesse plus importante que le pétrole.

Ne disposant pas de combustible nucléaire, Téhéran s’en fournit grâce au président Raúl Alfonsín. Trois accords sont signés avec l’Argentine, en 1987 et 1988. Les premières livraisons d’uranium enrichi à 19,75 % ont lieu en 1993 [17]. Mais ces accords sont interrompus par les attentats de Buenos-Aires, en 1992 et 1994, imputés à l’Iran, mais probablement perpétrés par le Mossad qui s’était installé dans le pays durant la dictature du général Videla [18].

En 2003, l’Iran signe le Protocole additionnel du Traité de non-prolifération, qui tient compte des avancées scientifiques. En vertu des nouvelles dispositions, les signataires doivent notifier à l’Agence internationale de l’énergie atomique les installations nucléaires en cours de construction, alors que par le passé, ils ne devaient les notifier que six mois avant la mise en service. Du fait du changement de règles, Téhéran confirme la construction en cours de nouvelles unités à Natanz et Arak. Le Protocole additionnel ne prévoyant pas de mesures transitoires pour passer d’un système juridique à l’autre, le président Mohammed Khatami accepte de discuter des modalités avec un groupe de contact composé par l’Union européenne, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni (UE+3), et suspend l’enrichissement de l’uranium en signe d’apaisement.

Elu président de la République à la mi-2005, Mahmoud Ahmadinejad estime que son pays a accordé un délai suffisant à l’AIEA pour mener les inspections nécessaires à la transition, et que le Groupe des Trois fait volontairement traîner les choses pour prolonger indéfiniment le moratoire iranien. Il décide donc de reprendre le processus d’enrichissement de l’uranium.

A partir de ce moment, les Européens — qui considèrent avec mépris l’Iran comme le « régime des mollahs » [19]— reprochent aux Iraniens d’avoir failli à leur parole. L’administration Ahmadinejad affirme quant à elle que, comme tous les gouvernements du monde, elle est liée par les Traités ratifiés par son Parlement, mais pas par la politique de l’administration précédente. C’est le début du conflit juridique. L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni obtiennent le soutien du G8 et convainquent le Conseil des gouverneurs de l’AIEA de porter le litige devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Le vote du Conseil des gouverneurs (4 février 2006) préfigure celui du Conseil de sécurité du 9 juin 2010. Les grandes puissances font bloc, tandis que Cuba, la Syrie et le Venezuela votent contre.

Furieuse d’être humiliée, l’administration Ahmadinejad décide de retirer la signature iranienne du Protocole additionnel. Ce retrait rend caduques les engagements de l’administration Khatami et clôt la polémique avec le groupe UE+3. Le Conseil de sécurité réplique en exigeant une nouvelle suspension de l’enrichissement de l’uranium (résolution 1696 du 31 juillet 2006) [20]. Au regard du droit international cette résolution n’a pas de fondement juridique. La Charte des Nations Unies ne donne pas compétence au Conseil de sécurité pour exiger d’un Etat membre qu’il aliène un de ses droits pour « rétablir la confiance » des autres à son égard.

Dès lors, l’Iran —soutenu par 118 Etats non alignés— refuse de se conformer aux exigences successives du Conseil en vertu de l’article 25 de la Charte. Celui-ci stipule en effet que les Etats membres ne sont tenus d’accepter les décisions du Conseil que si celles-ci sont conformes à la Charte. Insensiblement, le débat juridique international est passé du contrôle par l’AIEA du programme iranien à un bras de fer entre les grandes puissances et les puissances émergentes. Ou plutôt, il est revenu au point de départ des années 50 ; la question du contrôle par l’AIEA n’étant qu’un épisode dans la lutte opposant les puissances dominantes au Tiers Monde.

Après le pétrole, l’uranium

La comparaison entre le comportement des grandes puissances face au pétrole iranien hier et leur comportement face à l’uranium iranien aujourd’hui est frappante.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Anglo-Saxons avaient imposé des contrats léonins à l’Iran pour extraire son pétrole sans en payer le juste prix [21]. Ils avaient aussi empêché l’Iran de se doter de grandes raffineries pour le transformer. De telle sorte que les Iraniens devaient importer au prix fort l’essence que la British Petroleum avait produite, en raffinant à l’étranger le pétrole qu’elle leur avait volé.

Aujourd’hui, les grandes puissances voudraient interdire à l’Iran d’enrichir son uranium pour en faire un combustible. De la sorte, le pays n’aurait pas la possibilité d’utiliser ses propres richesses minérales et serait contraint de les vendre à bas prix. En 2006, les Anglo-Saxons ont fait adopter par le Conseil de sécurité une résolution exigeant que Téhéran suspende ses activités liées à l’enrichissement, y compris la recherche-développement. Puis, ils ont proposé aux Iraniens de leur acheter de l’uranium brut et de leur vendre de l’uranium enrichi.

La réaction de Mahmoud Ahmadinejad à ce chantage est exactement la même que celle de Mohandas K. Gandhi dans une situation similaire. Les Britanniques interdisaient aux Indiens de filer le coton. Ils leur achetaient donc à bas prix une matière première qu’ils ne pouvaient utiliser, puis ils leur revendaient au prix fort des tissus filés avec leur coton à Manchester. Le Mahatma Gandhi viola la loi impériale et fila lui-même le coton sur un rouet rudimentaire, qui devint le symbole de son parti politique. Identiquement, les Anglais s’étaient arrogés un monopole d’exploitation du sel et appliquaient une taxe exorbitante sur ce produit de première nécessité. Gandhi viola la loi impériale, traversant le pays dans une marche épique, il alla lui- même récolter le sel. C’est par ce type d’action que l’Inde recouvra sa souveraineté économique.

Les déclarations fracassantes de Mahmoud Ahmadinejad lors de la mise en service de centrifugeuses doivent être comprises dans ce contexte. Elles expriment la volonté de l’Iran d’exploiter lui-même ses ressources minières et de se doter ainsi de l’énergie indispensable à son développement économique.

Au demeurant, rien dans le Traité de non prolifération n’interdit à quiconque d’enrichir de l’uranium [22].

Le Protocole de Téhéran

A l’occasion du sommet de Washington sur la sécurité nucléaire (12 et 13 avril 2010), le président brésilien Lula da Silva présente ses bons offices à son homologue états-unien. Il lui demande quelle mesure serait à même de rétablir la confiance et d’arrêter la spirale des résolutions du Conseil de sécurité.

M. Lula da Silva, qui ambitionne de devenir secrétaire général des Nations Unies, agit comme intermédiaire entre les grandes et les petites puissances. Surpris, le président Obama réserve sa réponse, Finalement, il lui adresse une lettre, le 20 avril [23]. Il y indique qu’une mesure négociée en novembre 2009, puis abandonnée, ferait l’affaire. L’Iran pourrait échanger de l’uranium insuffisamment enrichi contre de l’uranium faiblement enrichi. Cet échange pourrait avoir lieu dans un pays tiers, la Turquie par exemple. Téhéran pourrait alors alimenter en combustible son réacteur à usage médical sans avoir besoin d’enrichir lui-même l’uranium. Une lettre similaire a été envoyée par M. Obama à son homologue turc, mais n’a pas été rendue publique.

Le président brésilien se rend immédiatement à Moscou où, lors d’une conférence de presse commune (14 mai) le président Medvedev confirme que du point de vue russe cette mesure serait aussi considérée comme une solution acceptable [24]. M. Lula da Silva rejoint le Premier ministre turc à Téhéran et signe le document attendu avec le président Ahmadinejad (17 mai) [25].

Ceci étant fait, Mahmoud Ahmadinejad confirme que, si l’accord est appliqué, son pays n’aura pas besoin de procéder à l’enrichissement, mais que pour se prémunir d’une éventuelle rupture du Protocole, il doit apprendre à maitriser cette technique. L’Iran poursuivra donc ses recherches.

Faisant volte-face, Washington dépose au Conseil de sécurité un projet de résolution qu’il avait négocié à l’avance avec les autres membres permanents. Après trois semaines de psychodrame, ce texte à peine amendé est débattu par le Conseil. Pour la forme, les négociateurs occidentaux faxent à Téhéran leurs observations sur le Protocle quatres heures avant d’entrer en séance [26]. Ils ne veulent plus d’un accord provisoire, ils exigent que l’Iran renonce à la technique de l’enrichissement. La résolution 1929 est adoptée, y compris par la Russie et la Chine (9 juin) [27].

Pour le Brésil, la Turquie, l’Iran et les 118 non alignés qui les soutiennent, le choc est rude. Il est tout à fait clair que le souci des grandes puissances n’est pas d’empêcher l’Iran d’enrichir de l’uranium pour fabriquer des bombes, mais de de l’empêcher de maîtriser un savoir-faire qui garantirait son indépendance.

Les conséquences de la résolution 1929

Dans les jours qui suivent, les dirigeants russes laissent entrevoir leurs désaccords internes. Une cascade de déclarations contradictoires confirme et infirme que l’embargo prévu par la résolution 1929 s’applique aussi aux missiles sol-air S-300 russes en cours de livraison. Finalement le président Medvedev tranche : les livraisons d’armes anti-aériennes sont interrompues, ce qui implique que, d’un point de vue technique, un possible bombardement de l’Iran restera une option militaire crédible.

Continuant sur sa lancée, Washington ajoute aux sanctions onusiennes ses propres sanctions, et l’Union européenne lui emboite le pas. Ce nouveau dispositif vise à priver l’Iran de l’énergie nécessaire à son économie. Il fait interdiction aux sociétés ayant des intérêts en Occident de livrer de l’essence raffinée ou tout autre carburant à Téhéran [28]. Première conséquence de ces mesures unilatérales, Total est contraint de se retirer d’Iran. Le ministre brésilien des Affaires étrangères Celso Amorim annonce, quant à lui, que les sociétés agro-industrielles de son pays ne peuvent pas prendre le risque de fournir de l’éthanol à l’Iran. Autant de ruptures qui sont des catastrophes économiques non seulement pour les Iraniens, mais pour les Français et les Brésiliens aussi.

Moscou entre en ébullition. Les partisans de Premier ministre Vladimir Poutine s’estiment floués. Pour eux, les sanctions contre l’Iran ne doivent pas déstabiliser le pays. Ils avaient admis la position du président Dmitry Medvedev de coopération avec les Etats-Unis à la condition que les sanctions se limitent à celles de l’ONU. Ils se trouvent désormais face au fait accompli : la résolution du Conseil de sécurité sert de justification à des mesures unilatérales de Washington et de Bruxelles visant à asphyxier l’Iran. Auditionné par le Sénat, le secrétaire US à la Défense Robert Gates se gausse de la confusion qui règne au Kremlin et de son « approche schizophrénique » de la question iranienne.

Poursuivant sur la lancée, l’Allemagne fait du zèle. La chancelière Angela Merkel fait confisquer des matériels destinés à la construction de la centrale nucléaire civile de Busher et fait interpeller les ingénieurs russes qui les rassemblaient. La tension monte à Moscou et l’ambassadeur Churkin appelle ses partenaires du Conseil de sécurité à la raison.

A Pékin, les choses ne sont pas plus claires. La Chine a accepté de voter la résolution 1929 en échange d’un renoncement de Washington à de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord. Pékin, qui ne se pensait pas en mesure de défendre à la fois Téhéran et Pyongyang, a inutilement cédé du terrain car les Etats-Unis resservent le couvert lors du G8 de Toronto.

Dans une déclaration, le Suprême conseil (iranien) de sécurité nationale souligne que le Conseil de sécurité des Nations Unies n’avait pas compétence pour adopter la résolution 1929 [29]. En écho, le président du Venezuela, Hugo Chávez, annonce que son pays n’appliquera pas une décision sans fondement juridique. Concrètement, Caracas approvisionnera Téhéran en essence et lui proposera les services bancaires qui lui sont aujourd’hui refusés.

L’Iran décide de manifester sa mauvaise humeur en reportant d’un mois toute nouvelle négociation et en posant des conditions à la reprise des pourparlers. Renversant la rhétorique dominante, Téhéran accepte de discuter sur l’application du Traité de non-prolifération afin de « rétablir la confiance » avec les Occidentaux, à la condition que ceux-ci « rétablissent la confiance » avec l’Iran et les non-alignés. Pour ce faire, le président Ahmadinejad exige que les négociateurs fassent une déclaration qui ne devrait pas poser de problème s’ils sont de bonne foi et lèverait le soupçon du « deux poids, deux mesures » : ils doivent exiger qu’Israël signe le TNP (et par conséquent accepte le régime des inspections de l’AIEA et la dénucléarisation progressive) et s’engager à appliquer à eux-mêmes le TNP (c’est-à-dire qu’ils commencent dès à présent à détruire leurs stocks d’armes nucléaires).

Vu du côté occidental, cette réponse paraît dilatoire : Téhéran pose des conditions irréalistes qui manifestent sa volonté de rupture. Vu du Tiers Monde, Téhéran pointe la contradiction fondamentale du TNP qui permet depuis une quarantaine d’années aux grandes puissances de conserver leur avantage nucléaire, militaire et civil, pour dominer le monde tout en empêchant les puissances émergentes de rejoindre le club nucléaire.

Sans surprise, Washington réagit en relançant la polémique. Le directeur de la CIA, Leon Panetta, déclare dans une émission de grande écoute que, selon de récents renseignements, l’Iran aurait désormais assez d’uranium faiblement enrichi pour fabriquer des bombes [30].
L’accusation est loufoque, dans la mesure où l’Iran ne dispose que d’uranium enrichi à moins de 20 % alors que les bombes atomiques sont fabriquées avec l’uranium enrichi à 70, voire 85 %.
Peu importent les faits et la logique, « La raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Conclusion

31 ans après le début de la Révolution islamique, l’Iran n’a pas dévié de sa trajectoire. Malgré la guerre par procuration que les grandes puissances lui ont livré, malgré les embargos et les sanctions de toutes sortes, il continue à questionner l’architecture des relations internationales et à se battre pour son indépendance et celle des autres nations. Si l’on relit rétrospectivement les interventions des diplomates et dirigeants iraniens à l’ONU, on observe qu’elles n’ont cessé de dénoncer le directoire que les grandes puissances exercent sur le reste du monde au moyen de leur siège permanent et de leur droit de veto au Conseil de sécurité. Et si l’on relit la presse occidentale, on observe qu’elle met en scène des scandales successifs pour ne pas avoir à rendre compte des propos des diplomates et dirigeants iraniens [31]

Dans ce cadre, la position iranienne sur le nucléaire n’a pas varié, mais s’est approfondie. L’Iran a proposé de faire du Proche-Orient une zone dénucléarisée et Téhéran n’a cessé de porter ce projet qui vient seulement maintenant d’être examiné par l’ONU malgré l’opposition farouche d’Israël [32]. L’Iran a pris de nombreuses initiatives pour que les Etats du Tiers-Monde rapprochent leur point de vue sur le nucléaire, la dernière en date étant la Conférence internationale sur le désarmement nucléaire qu’il a organisé en avril 2010 [33].

Dans cet affaire, le problème central n’est pas l’Iran, mais le refus des grandes puissances de se conformer à leurs obligations de signataires du Traité de non-prolifération : détruire au plus vite leurs stocks d’armes nucléaires. Or, loin de s’engager sur cette voie, l’administration Obama a publié sa nouvelle doctrine nucléaire dans laquelle elle prévoit de faire usage de l’arme nucléaire non pas seulement pour riposter à une attaque nucléaire, mais en première frappe contre des Etats non-nucléaires qui lui résistent.

Thierry MeyssanAnalyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).

[1] « White House Fact Sheet on the new UN Security Council Sanctions on Iran », Voltaire Network, 10 juin 2010.

[2] Voir le procè-verbal de séance relatif à la Résolution 1929, Réseau Voltaire, 9 juin 2010.

[3] En France, sous l’Ancien Régime, la société était divisée en trois ordres : la noblesse, le clergé et le tiers état. Ce dernier était privé de tout pouvoir politique bien qu’il représenta 95 % de la population.

[4] « Iran does not need military coalition », par Kourosh Ziabari, Voltaire Network, 2 avril 2010.

[5] « Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires », Avis consultatif du 8 juillet 1996, Cour internationale de Justice, C.I.J. Recueil 1996, p. 226.

[6] « La dissuasion nucléaire est contraire au droit international », par Francis Boyle, Réseau Voltaire, 21 octobre 2009.

[7] Voir notre dossier « Mujahedin-e Khalq ».

[8] « Résolution 1737 du Conseil de sécurité », Réseau Voltaire, 23 décembre 2006.

[9] « Résolution 1747 du Conseil de sécurité », Réseau Voltaire, 24 mars 2007.

[10] « Iran : intentions et possibilités nucléaires », extraits du National Intelligence Estimate (NIE), Réseau Voltaire/Horizons et débats, 17 décembre 2007.

[11] « Pourquoi McConnell a-t-il publié le rapport sur l’Iran ? », Réseau Voltaire/Horizons et débats, 17 décembre 2007.

[12] « Washington décrète un an de trêve globale », par Thierry Meyssan. Réseau Voltaire, 3 décembre 2007.

[13] « Résolution 1803 du Conseil de sécurité », Réseau Voltaire, 3 mars 2008.

[14] « Pourquoi William Fallon a-t-il démissionné ? », Réseau Voltaire/New Orient News, 14 mars 2008.

[15] « La démission de l’amiral Fallon relance les hostilités en Irak », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 mars 2008.

[16] All The Shah’s Men : An American Coup and the Roots of Middle East Terror, par Stephen Kinzer (John Wiley & Sons, 2003).

[17] « Iran looks to Argentina for nuclear fuel », par Kaveh L Afrasiabi, Voltaire Network, 9 novembre 2009.

[18] « Washington veut réécrire les attentats de Buenos-Aires », par Thierry Meyssan ; « Des attentats sous fausse bannière en Argentine : 1992 et 1994 », par James Fetzer et Adrian Salbuchi ; Réseau Voltaire, 13 juillet 2006 et 9 novembre 2009.

[19] Cette expression fait sourire. En effet, Mahmoud Ahmadinejad représente les vétérans de la guerre Irak-Iran et absolument pas le haut clergé chiite qui lui est majoritairement opposé.

[20] « Résolution 1696 du Conseil de sécurité », Réseau Voltaire, 31 juillet 2006.

[21] « BP-Amoco, coalition pétrolière anglo-saxonne », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 10 juin 2004.

[22] « Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) », Réseau Voltaire.

[23] « Letter to Lula da Silva », par Barack Obama, Voltaire Network, 20 avril 2010.

[24] « Joint News Conference », par Dmitry Medvedev et Luiz Inácio Lula da Silva, Voltaire Network, 14 mai 2010.

[25] « Joint Declaration by Iran, Turkey and Brazil on Nuclear Fuel », Voltaire Network, 17 mai 2010.

[26] « Vienna Group’s Answer to Joint Declaration of Teheran », Voltaire Network, 9 juin 2010.

[27] « Résolution 1929 du Conseil de sécurité », Réseau Voltaire, 9 juin 2010.

[28] L’Iran est un Etat exportateur de pétrole, mais —compte tenu de l’embargo dont il fait l’objet depuis le début de la Révolution islamique—, il ne dispose pas de raffinerie et est obligé d’importer de l’essence.

[29] « The Islamic Republic of Iran’s Declaration in Response to Resolution 1929 », Voltaire Network, 18 juin 2010.

[30] Entretien de Leon Panetta avec Jake Tapper, This Week, ABC, 27 juin 2010.

[31] Le lecteur se souvient probablement de la manière dont la France avait créé un secrétariat d’Etat aux Droits de l’homme dont la principale activité aura été de saboter la participation iranienne à la conférence de Genève contre le racisme (dite « Durban II »). La secrétaire d’Etat Rama Yade avait fait attribuer des badges diplomatiques à des militants sionistes pour qu’ils perturbent le discours du président iranien, tandis que les ambassadeurs des puissances européennes quittaient la salle selon un scénario préétabli. Le lecteur pourra relire le discours de M. Ahmadinejad et l’apprécier au regard de ce qui vient d’être analysé. Il porte sur le rôle du Conseil de sécurité dans l’impunité de l’apartheid israélien (Voir : « Discours à la conférence de Durban II », par Mahmoud Ahmadinejad, Réseau Voltaire, 20 avril 2009.
Afin que la censure soit complète, le haut fonctionnaire français Bruno Guigne, qui s’était indigné publiquement de la présentation médiatique de cette affaire a été immédiatement relevé de ses fonctions par le président Sarkozy (lire : « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU », par Bruno Guigne, Réseau Voltaire, 24 mars 2008.

[32] « Capacité nucléaire israélienne », Résolution adoptée à la dixième séance plénière de l’AIEA, Réseau Voltaire, 18 septembre 2009. « Application des garanties de l’AIEA au Moyen-Orient », Résolution adoptée à la neuvième séance plénière, Réseau Voltaire 17 septembre 2009. « Création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient », Rapport présenté par la République islamique d’Iran à la Conférence des Parties chargée d’examiner le Traité sur la non prolifération des armes nucléaires 2010, Réseau Voltaire, 4 mai 2010.

[33] « Message à la première conférence internationale sur la désarmement nucléaire », par Ali Khamenei ; « Address at the International Conference on Nuclear Disarmament », par Mahmoud Ahmadinejad ; « Address at the International Conference on Nuclear Disarmament », par Saeed Jalili ; Réseau Voltaire, 17 avril 2010.

Les Républicains se rebellent contre l’oligarchie

Posted in N.O.M, politique et social, politique française, Social & Retraite with tags , , , , , , , , on 4 juillet 2010 by Résistance 71

Il y a encore en ce pays de France quelques tres rares hommes politiques qui n’ont pas oubliés qu’un élu de la République se doit d’oeuvrer pour le bien commun et le peuple qui lui a fait confiance et honoré de la fonction de représentant.

Ces hommes/femmes politiques sont d’autant plus rares que le systeme politique républicain est totalement assujetti au pouvoir de l’ombre: celui de cette véritable oligarchie (ce n’est pas un vain mot) qu’est le pouvoir de la haute finance et de l’industrie multinationale. A Résistance 71 nous n’en connaissons que deux que nous respectons a leur juste valeur d’intégrité et d’abnégation: tous deux sont des dissidents des deux partis politiques dominants la morne plaine du paysage socio-politique français; nous avons nommés Jean Luc Mélenchon a « gauche » et Nicolas Dupont Aignan a « droite » du spectrum classique d’un clivage « gauche-droite » plus fictif de nos jours qu’il ne l’a jamais été.

Le texte ci-dessous est emprunté au député-maire d’Yerres (91) Nicolas Dupont Aignan, Président du parti dissident de l’UMP: Debout la République.
Pourquoi publions-nous ce texte?… Parce qu’il est essentiel a notre sens de comprendre que la lutte contre cette oligarchie parasitaire et vampirisante de notre société ne connait pas de clivage. Les citoyens conscients de leurs droits et de leurs devoirs savent que la résistance a cet ordre nouveau oppresseur se doit de transcender le leurre des clivages erronés, imposés par une élite destructrice et criminelle, en guerre contre nous les peuples. Seuls aujourd’hui deux hommes politiques en France d’obédience « classiques » et dissidents du systeme de la pensée unique et de sa propagande omniprésente, se levent et s’insurgent contre la folie du marasme ambiant qui ne va aller qu’en empirant.

Il convient de le dire et de leur rendre hommage, car même si nous ne croyons pas en les valeurs républicaines historiquement et socialement surévaluées avant même que d’être galvaudées et plus trompeuses par le fait des escrocs aux commandes, qu’émancipatrices du peuple; il est tout a leur honneur de tout faire pour que le vaisseau de la République revienne sur une trajectoire plus décente dans l’injustice sociale que l’Etat ne sait que générer.

Merci d’essayer et de lutter contre l’abjecte oligarchie aux commandes !

Résistance 71

Bon appetit, Messieurs !

Par Nicolas Dupont-Aignan le vendredi, juillet 2 2010

RUY BLAS,
Bon appétit, messieurs !
O ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfouir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !

Victor Hugo ne serait pas dépaysé en France aujourd’hui ! Son talent nous manque pour exprimer ce que ressentent nos compatriotes.

Au-delà de la question de l’honnêteté ou non du ministre qui ne peut être tranchée que par la justice, les révélations successives de ces derniers jours démontrent la confusion des valeurs qui règne au sommet de l’Etat.

Pourquoi le Président de la République et le Premier ministre préfèrent-ils le suicide politique à la démission d’Eric Woerth et à la manifestation de la vérité ?

Que cache ce soutien aveugle au ministre et cette attitude agressive à l’égard des Français qui veulent tout simplement éclaircir les rapports pour le moins étroit entre l’ancien ministre du Budget et la famille Bettencourt ?

Nicolas Sarkozy et François Fillon se rendent-ils compte qu’en protégeant ainsi leur ministre, ils ne défendent pas son honneur (qui ne peut être lavé que par une justice indépendante) mais qu’ils cautionnent totalement, indéfectiblement un véritable système révélé par cette affaire.

Un système où le pouvoir est au service de l’argent roi.

Un système où plus on est riche, moins on paye d’impôts.

Un système où plus on est riche, moins on est contrôlé.

Un système où plus on est riche plus on est décoré, câliné, protégé.

En vérité, Eric Woerth n’est que le serviteur zélé et rigoureux d’une dérive terrible de notre République.

Au soir de son élection, Nicolas Sarkozy a d’abord préféré retrouver les siens au Fouquets plutôt que de saluer la foule qui l’acclamait place de la Concorde. Il a clairement exprimé ainsi sa préférence pour une certaine oligarchie. Aujourd’hui cette préférence lui explose en pleine figure.

Ce ne serait pas si grave si cela n’atteignait pas malheureusement les fondements mêmes de notre démocratie et de notre République.

Lien du commentaire original:

http://blog.nicolasdupontaignan.fr/index.php/post/2010/07/02/BON-APPETIT%2C-MESSIEURS-%21

La 3eme guerre mondiale est déja commencée

Posted in 11 septembre, actualité, crise mondiale, guerres imperialistes, N.O.M, politique et social, politique française with tags , , , , , , , on 4 juillet 2010 by Résistance 71

La Guerre est déjà là !

Pascal SACRE

A en croire beaucoup d’auteurs de la blogosphère, la Coupe du Monde de Football 2010, le Mundial, détournerait l’attention des populations de toutes les horreurs projetées ou déjà commises par nos tyrans « élus ».
Les oppresseurs « qui nous représentent » en profiteraient pour finaliser leurs plans diaboliques.

Au rang de ces horreurs, nous avons l’embarras du choix, mais ces auteurs veulent certainement parler des attaques sauvages menées contre les missions humanitaires qui tentent de briser le blocus inhumain imposé à Gaza (témoins oculaires de l’assaut israélien), ou plus généralement de l’épuration ethnique infligée sans pitié aux Palestiniens (Israël et Gaza) depuis toutes ces années, ou les roulements de tambour militaire qui se précisent en vue d’attaquer l’Iran [1] – [2], voire d’augmenter la pression sur le Pakistan [3], ou le BPgate (Derrière BP), la plus grande catastrophe écologique de tous les temps humains, ou encore l’effondrement économique en cours [4].

C’est vrai.
En termes d’horreurs commises par l’homme, ou en projet, le choix est gigantesque. Tout cela ne date pas d’hier et parmi les dizaines de milliers d’exemples du pire dont l’humain est capable, qui se souvient seulement des Herero, ethnie africaine, cruellement massacrés dans l’indifférence générale, Mundial ou pas, dans une « guerre » asymétrique ignoble entre 1904 et 1908 [5] ?

Croyez-vous vraiment que le Mundial soit nécessaire pour détourner l’attention des populations ?
Ou Roland Garros, Wimbledon, les jeux olympiques d’été, d’hiver, les courses automobiles, cyclistes, les combats de boxe avec ou sans ballon interposé, les remises de prix à des chanteurs, des acteurs ou des fraudeurs, les séries et jeux télévisés, le journal parlé de plus en plus vide d’informations et de vérité, les films de propagande à grand budget, les cartes à gratter, les billets de loterie et les mascarades électorales ?

Les nantis, les psychopathes, schizoïdes et schizophrènes que nous laissons nous gouverner, occupés à finaliser leurs projets, à mettre la dernière touche à leurs plans diaboliques et démesurés, ou tout simplement occupés à faire ce qu’ils savent faire de mieux : diviser, terroriser, opprimer, écraser, mentir, gagner de l’argent, coloniser, voler, piller, bombarder, assassiner, torturer, emprisonner, n’ont absolument pas besoin de la Coupe du Monde de Football 2010 pour y arriver.

La dérive sécuritaire, la discrimination tous azimuts, la dictature des idées, l’esprit guerrier et sectaire, l’intolérance, l’écrasement des plus faibles, le pillage des ressources, la manque de morale, d’éthique, d’honneur, la langue fourchue, la fraude érigée en routine par ceux-là même censés la pourchasser, la corruption et le parjure se déploient sous nos yeux indifférents, devant nos visages légèrement outragés pour la forme.
Le Mundial et tous les dérivés ou distractions analogues, qui n’en sont pas la cause, exploitent sans l’excuser, la lobotomisation de nos sociétés nanties.

Contrairement à l’un de tous ces nombreux mythes qui nous aident à dormir tranquille, la nuit, nos sociétés ne doivent pas leur richesse à un mérite spécial lié à leur courage ou leur travail, à leur intelligence ou leur humanisme.
Les soi-disant self-made men, qui auraient bâti leur empire à la seule force de leur poignet, sont en réalité des hell-made men.
« […] sans remonter au pillage de l’or et de l’argent latino-américain ni à l’esclavage, que seraient nos sociétés sans le pétrole bon marché, l’existence d’une main d’œuvre taillable et corvéable à merci, à la fois ici (les immigrés) et là-bas, ainsi que sans cette forme d’aide du Sud au Nord qu’on appelle le service de la dette ?
Que seraient les rapports de classe sans l’immense armée de réserve constituée par les populations paysannes du tiers-monde constamment en voie de prolétarisation ? […] tout mouvement aspirant à un changement social véritable doit promouvoir une vue lucide du rapport Nord-Sud « réellement existant ».
Loin d’être un rapport de coopération, il s’agit d’un rapport d’exploitation impitoyable qui se perpétue grâce à toute une série de moyens de pression économiques et politiques mais qui est, in fine, basé sur un rapport de force militaire [6]. »

La guerre est déjà là, tout autour de nous.
Le vent est invisible mais il existe, néanmoins.
Comme le vent, la guerre est partout, ouragans impossibles à ignorer dans certains endroits du monde, brise à peine perceptible dans nos contrées encore préservées. Avachis, entre ipod, ipad, écrans plats et autres consoles, préférant ou non regarder le football ou les journaux dans lesquels se côtoient silence et mensonges, ce qui est sûr c’est qu’une nouvelle guerre a commencé depuis 9 ans, déjà.
Une guerre contre nous.

Cette guerre mondiale a commencé le 11 septembre 2001, après des préparatifs que la désinformation, déjà très perfectionnée il y a neuf ans, avait réussis à rendre invisibles aux populations, sans pour autant recourir au Mundial pour nous distraire.
« Des mois avant que le 11/09 se produise, les États-Unis avaient déplacé toute une armada militaire dans le golfe Persique prête à attaquer.
Le lendemain du 11 septembre, les Talibans sont accusés de protéger et cacher Bin Laden en Afghanistan et comme par magie, l’invasion put être lancée dans les semaines qui suivirent. [7] ».
Cela a continué en 2003 (toujours pas de Mundial) avec le massacre des Irakiens déjà très opprimés, sur base de mensonges, avérés aujourd’hui.

Cette guerre déclarée par les riches est totale, dirigée potentiellement contre n’importe qui.
L’ennemi n’est pas un territoire, un pays, un groupe identifié.
Cette guerre est sans fin, sans but et sans principes.
Cette guerre n’est pas pour la liberté, car elle empêche même des enfants de se déplacer dans leur propre pays : Alyssa, 6 ans, sur la liste des terroristes potentiels ! Cette guerre n’est pas pour faire triompher la vérité car tout débat critique, depuis, est étouffé, combattu et supprimé.
Ce n’est pas une guerre contre Oussama bin Laden (Sans nouvelles d’Oussama), ni contre les talibans, ni contre les musulmans extrémistes, ni contre les dictateurs religieux, mais une guerre déclenchée par les riches et les forts qui ont fait de toute contestation un crime, de toute révolte contre leur domination injuste une preuve de terrorisme.
C’est une guerre de ceux qui ont tout, une minorité, contre tous ceux qui veulent que leur exploitation cesse.
C’est une guerre de ceux pour qui l’environnement n’est qu’une source de profits contre ceux pour qui l’environnement est un lieu de vie, voire de survie.

Tout ne commencera pas avec le premier pied US ou israélien posé sur le sol iranien, avec le premier missile nucléaire dans le ciel européen [8], avec la première pluie de drones, légion de sauterelles mortelles, sur le dernier pays « terroriste » au menu du vautour anglo-saxon, avec les premiers flocons secs de l’hiver nucléaire tant redouté.

Cela aura commencé bien avant.
Un vent, peut-être invisible pour certains, mais qui existe néanmoins.

Une guerre contre nous tous.

A tous les Herero du monde,
du passé, du présent, et de l’avenir tout proche.

Pascal Sacré

Sources :

[1] Des navires états-uniens et des sous-marins nucléaires israéliens dans le Golfe Persique : http://www.mondialisation.ca/index….

[2] Américains, Israéliens et Iraniens se font face à la frontière de l’Azerbaïdjan : http://www.slate.fr/story/23705/isr…

[3] Une attaque imminente contre le Pakistan et l’Afghanistan : http://www.mondialisation.ca/index….

[4] Pour RBS, “le bord de la falaise est proche pour le système bancaire mondial” : http://www.lesmotsontunsens.com/pou…

[5] Le commandant de la troupe coloniale, le général de division Lothar von Trotha […] « appliqua dès lors les méthodes d’une guerre d’extermination : non seulement il s’efforça de vaincre les Herero militairement, mais il les repoussa, au terme d’une bataille rangée, jusque dans le désert de Omaheke, où il occupa les points d’eau, condamnant ses adversaires à mourir de soif.
Cette stratégie fut aussi efficace que cruelle.
On rapporte que les malheureux tranchèrent la gorge de leurs bêtes pour en boire le sang et finirent par récupérer dans leurs entrailles les derniers restes de liquide. Ils moururent néanmoins. »

Les Guerres du Climat, Harald Welzer, Editions Gallimard nrf essais, 2009, pp.9-10

[6] Tous Pouvoirs Confondus, Geoffrey Geuens, Editions EPO, 2003, Préface, pp.10-11

[7] Le règne des désaxés, des dérangés et des déviants : http://les7duquebec.wordpress.com/2…

[8] Israël pointe des têtes nucléaires vers l’Europe : http://www.futurquantique.org/?p=8824

URL de cet article

http://www.legrandsoir.info/La-Guerre-est-deja-la.html

Vidéo: Résistance au Nouvel Ordre Mondial et a son oligarchie financiere et politique

Posted in crise mondiale, militantisme alternatif, N.O.M, politique et social with tags , , , , , on 2 juillet 2010 by Résistance 71

Petite vidéo de synthese de 3 minutes trente. Appel a la résistance citoyenne contre le Nouvel Ordre Mondial qui chaque jour et en pleine lumiere, nous oppresse de plus en plus.

Il suffit de constater la répression, incluant les arrestations et détention arbitraires dont on été victime les manifestants paisibles au G20 de Toronto ce week end dernier, pour se rendre compte qu’un pays comme le Canada, si fier, a juste titre, par le passé de sa tradition démocratique (dans le sens étatique modéré s’entend), a franchi le rubicon du fascisme supranational.

L’heure est grave et la lutte doit être de tous les instants !

No Pasaran !

http://www.dailymotion.com/video/x3r7zf_appel-a-la-resistance_news