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Occident et guerres impérialistes: Le marketing occidental de la guerre sans fin….

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, économie, colonialisme, crise mondiale, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 6 mai 2016 by Résistance 71

Les guerres sont vendues avec de la décoration comme on vend une bagnole

Michel Collon

3 Mai 2016

url de l’article:

http://www.investigaction.net/les-guerres-sont-vendues-avec-de-la-decoration-comme-on-vend-une-bagnole/

Les pays qui interviennent – que ce soient les USA, la France, la Grande-Bretagne, etc. – n’apporteront pas la solution des problèmes, car en général, ils en sont la cause principale (…) On peut constater quasiment chaque fois que, après leurs interventions, les problèmes sont bien pires encore.”

Q: Concernant les difficultés et conflits entre ce qu’on nomme l’Orient et l’Occident, on invoque différentes causes, dans les médias : désœuvrement des jeunes de milieux défavorisés, incompréhensions entre culture chrétienne et musulmane, conflit chiites-sunnites… On parle aussi un peu de géopolitique. Pensez-vous que l’une ou l’autre de ces causes (ou d’autres encore) seraient déterminantes ?

Concernant les guerres en tant que tel, leurs vraies causes sont systématiquement économiques ; il s’agit de guerres pour le fric, on peut l’observer depuis de nombreuses années :

Soit, leur but est directement qu’une multinationale puisse s’emparer d’une matière première (pétrole bien sûr, mais aussi gaz, minerais, eau,…)

Soit – et c’est une motivation très fréquente des USA –, il peut s’agir de contrôler l’approvisionnement des rivaux en ce qui concerne les matières premières (par exemple, la Chine n’a quasiment pas de matières premières). C’est important de comprendre ce deuxième point, car, par exemple, les USA n’ont pas besoin du pétrole du Moyen-Orient. S’ils cherchent sans cesse à contrôler cette région, c’est pour pouvoir exercer un chantage sur leurs rivaux.

Ou encore, il y a des guerres qui sont seulement indirectement pour l’argent ; en particulier, du fait que les USA sont financièrement en déclin, ils veulent rester la seule superpuissance. De tels objectifs sont dits explicitement dans les écrits de gens comme Brezinski et Kissinger.

Il y a aussi un motif plus discret : attaquer un pays pour empêcher certaines alliances potentielles. Brezinski l’a dit sans détour : il s’agit d’empêcher des vassaux de s’allier (il utilise exactement cette terminologie de la vassalité). Cette stratégie vise la Chine, l’Allemagne, la Russie,…

Voilà donc les vraies raisons de tous ces conflits. Et les guerres sont vendues avec de la décoration, comme on vend une bagnole. Cette décoration est le plus souvent la démocratie. Mais si c’était vraiment ça, le motif, pourquoi alors les USA et leurs collaborateurs protègent-ils bec et ongle leurs alliés saoudiens, dont le régime compte parmi les plus dictatoriaux du monde ? Pourquoi ont-ils soutenus – et, bien souvent, soutiennent-ils encore – l’ensemble des dictateurs africains ? Idem pour les dictatures d’Amérique latine, jusqu’aux changements de régime dans ces pays (suite à la seule pression des peuples) ?

On met aussi en avant les risques des armes de destructions massives, mais alors pourquoi avons-nous fourni la bombe atomique à Israël et à d’autres pays ? Il y a aussi l’argument qu’il s’agirait de contrer le terrorisme – argument spécialement efficace, surtout quand les médias le gonflent. Mais on oublie ici que les USA, en particulier, sont ceux qui ont le plus promu et instrumentalisé le terrorisme (que ce soit contre Cuba, le Nicaragua des sandinistes, en Afghanistan, etc.) D’autant qu’on ne combat pas le terrorisme avec des bombes et des drones ; de cette manière, on ne peut que le renforcer. Si on voulait agir sur ses causes réelles, il faudrait s’attaquer à son financement par l’Arabie Saoudite et le Qatar ; et bien sûr, éliminer la pauvreté, qui est un des premiers terreaux du terrorisme.

Concernant l’opposition chiites-sunnites, et son utilisation pour soi-disant expliquer de nombreux conflits : c’est une manière de se dédouaner, de tenter de faire passer des guerres économiques et stratégiques pour des guerres de religion ; c’est 100% bidon. Notamment car, en réalité, beaucoup des conflits locaux entre sunnites et chiites proviennent de la stratégie de diviser pour régner, qui a toujours été celle des puissances coloniales (Grande-Bretagne et autres). L’existence même de l’entité de l’Arabie Saoudite découle de cette stratégie. Si les Saoud ont été choisi comme allié par les anglo-saxons, c’est parce qu’ils étaient honnis et isolés, au Moyen-Orient, ce qui se prêtait bien à les mettre dans un rapport de dépendance à l’égard des puissances occidentales, dont la protection est donc la bienvenue (j’ai pu développer ça dans le livre « La Stratégie du chaos »).

Pourquoi étaient-ils honnis ? Ils ont développé une version délirante de l’islam, qui prêche la haine, et leur société présente à la base de fortes tendances au fanatisme et à l’inculture. Le pouvoir saoudien cherche à dominer le monde arabe, pour pouvoir garder ses privilèges ; pour atteindre ce but, il est indiqué que ce monde arabe reste dans la pauvreté, et non que le niveau de vie et donc de culture s’élèvent. On peut ainsi comparer le pouvoir saoudien (et d’autres pouvoirs arabes qui profitent de stratégies occidentales), on peut le comparer aux milieux qui possèdent le plus de pouvoir et de richesses en Amérique Latine – milieux sur lesquels les USA se sont constamment appuyés, là aussi, pour chercher à contrôler le plus possible ce continent.

Plus généralement, notons bien que, s’il y a des sunnites qui collaborent avec les USA et leurs alliés – comme les Saoudiens justement –, il y en a d’autres qui les combattent – comme par exemple les Palestiniens du Hamas.

Q: Concernant les interventions liées à ce qu’on a nommé les printemps arabes, les motifs humanitaires affichés pour justifier ces interventions ne correspondent pas non plus à la réalité ?

Il faut bien comprendre ceci : on ne peut plus aujourd’hui utiliser des arguments comme ceux de l’époque coloniale (apporter la civilisation à des « sauvages », etc.) Il faut donc trouver des alternatives, et la justification de l’intervention humanitaire en est une qui est très efficace. Et ce dont il faudrait prendre conscience, c’est que les pays qui interviennent – que ce soient les USA, la France, la Grande-Bretagne, etc. – n’apporteront pas la solution des problèmes, car en général ils en sont la cause principale, ou l’une des causes principales. Et car, de plus, on peut quasiment chaque fois constater qu’après leurs interventions, les problèmes sont bien pires encore (que ce soit pour l’Irak, la Lybie, la Syrie, etc.) Aucune des guerres des dernières décennies n’était motivée par les raisons humanitaires affichées. Les exactions des dictateurs sont de purs prétextes.

Q: N’y a-t-il pas, à ce propos, un manque important de nuances, et une tendance à mettre dans le même sac tous les gouvernements concernés ? (Sauf tant qu’on décide de continuer à collaborer avec eux). Ce, en ce qui concerne l’idée d’une concentration des richesses par une classe dirigeante au détriment du reste de la population, le rejet du pouvoir par la majeure partie de celle-ci, etc. Ce jugement négatif global est notamment ce qui justifie, bien souvent, une certaine absence de positionnement de la part d’une gauche se voulant critique, mais dont l’attitude ressemble finalement plus à une forme de neutralité.  

En effet, les situations présentent bien plus de diversité que l’image qu’en donnent les médias classique.

Si on prend la Tunisie et l’Egypte, les situation de départ étaient bien celle de la concentration des richesses par une classe favorisée, au détriment d’une majorité appauvrie, et l’ensemble des populations de ces pays s’étaient en effet révoltées contre leurs pouvoirs.

Par contre, en Libye et en Syrie, les situations étaient très différentes : si Kadhafi n’était pas un démocrate, il redistribuait les richesses d’une façon très avantageuse pour l’ensemble de la population (même si le résultat sur l’économie pouvait être critiqué, car cela ne l’a pas précisément dynamisée. Comme me l’avait fait remarquer un ministre libyen, que j’ai rencontré dans ce pays pendant le conflit : « En Libye, notre problème est que nous avons trop d’argent »). De cette manière, et par d’autres méthodes, qu’on peut discuter, le gouvernement s’était attiré un réel soutien populaire – celui d’une légère majorité, je pense, de la population.

Souhaiter un progrès démocratique du pays aurait été tout à fait justifié, mais il faut noter que les milieux qui ont mené la rébellion n’étaient absolument pas des progressistes et des humanistes démocrates : c’était la mafia de l’est du pays, enrichie par le trafic de migrants, et qui a été achetée par l’étranger pour faire tomber le régime (cette chute l’intéressait car elle devait lui permettre de mener ses trafics tranquillement).

Les groupements concernés avaient si mauvaise réputation que la CIA avait déclaré l’est de la Libye comme la région du monde présentant la plus grande concentration de terroristes. Un signe que le soutien populaire au gouvernement était réel a été que ce gouvernement a résisté durant 8 mois, malgré la force de frappe de l’OTAN, les forces de la mafia évoquée, ainsi que celle d’Al-Qaïda, utilisées elles aussi pour l’occasion par la coalition occidentale, une fois de plus. En disant ça, je suis bien conscient que beaucoup de choses auraient mérité d’être changées et améliorées, en Libye. Mais au lieu de contribuer à cela, l’action de l’OTAN et de la rébellion n’ont mené qu’à une situation bien plus négative qu’au départ, sur tous les plans.

Concernant la Syrie, là, il y a en effet eu un appauvrissement du peuple. Il est cependant intéressant de noter que ce phénomène a résulté de l’application par le gouvernement de directives issues du FMI, dans la seconde moitié des années 2010… (Ce qu’on s’est bien gardé de rappeler au cours du conflit dans ce pays, en général). Et là aussi, des revendications pour une démocratisation étaient tout à fait légitimes, et portées en effet par de nombreuses personnes. Néanmoins, si des changements étaient souhaités, une majorité de la population ne souhaitait pas, pour autant, un changement de gouvernement.

Un institut d’étude Qatari l’a montré fin 2012 (selon cet institut, 55% des Syriens soutenaient alors leur président – information relayée par le Guardian) ; puis, en juin 2013, une étude de l’OTAN a conclu que 70% des Syriens soutenaient alors Bachar El-Assad. Il faut aussi insister sur le fait que si, à la veille du conflit, les manifestations étaient animées par une véritable volonté de démocratisation, et étaient globalement pacifiques, elles ont été rapidement récupérées pour d’autres buts, instrumentalisées à partir de l’étranger, et qu’on y a trouvé alors le type d’extrémistes n’hésitant pas à tuer qu’on utilise dans ces circonstances.

On a fait les étonnés quand le pouvoir a mené des répressions, et on a parlé de paranoïa du régime. Mais on n’a pas relayé les déclarations de Roland Dumas, qui a affirmé que deux ans déjà avant ces événements, d’anciens collègues anglo-saxons lui avaient proposé de s’associer à une entreprise en préparation contre le gouvernement syrien. Idem pour les déclarations du général Wesley Clark (ancien commandant des forces armées de l’OTAN), qui affirmé qu’on lui a montré, au Pentagone, des plans suivant lesquels les USA prévoyaient de déstabiliser 7 pays (dont l’Irak, la Libye et la Syrie). Il a commencé à tenter de faire connaître ces faits dès le début des années 2000, et tout le monde peut voir ses conférences sur Internet. Mais aucun média classique n’en a parlé, à ma connaissance.

On peut aussi mentionner l’utilisation d’armes chimiques, attribuée tout de suite au gouvernement syrien, et suite à laquelle plusieurs pays de l’ouest voulaient intervenir encore plus directement. Le prestigieux MIT a montré que ces attaques avaient eu lieu à partir d’une zone contrôlée par les rebelles. Ça ne permettait pas encore d’identifier les responsables avec certitudes mais, pour le moins, montrait qu’on ne pouvait en aucun cas attribuer sans hésitation cette responsabilité au gouvernement (d’autant qu’il était alors dans une situation avantageuse, où un tel acte n’aurait eu aucun sens). Mais ce rapport a été superbement ignoré, chez les politiques européens, jusqu’à aujourd’hui – même si des journaux classiques en ont parlé, comme le Point.

Ces faits font suffisamment apparaître à quel point on nous livre des représentations tronquées des événements. Et il faudrait aussi qu’on comprenne qu’on peut relever de tels faits sans être pour autant partisan des gouvernements qui sont visés par ces manipulations.

Ceci dit, j’insiste sur ce point : pour moi, les ingérences sont à rejeter en tous les cas, que les pouvoirs qu’elles visent bénéficient ou non du soutien de leur population. Puisque, comme évoqué, les motifs des puissances interventionnistes sont systématiquement intéressés et non humanitaires, et que ce ne sont pas les responsables principaux des problèmes qui vont les arranger, je le dis encore une fois.

Au sujet de l’absence de positionnement d’une certaine gauche, je l’ai toujours critiquée : il s’agit de l’attitude du « ni, ni » (par exemple : « ni l’OTAN, ni le régime libyen »), du fait de renvoyer dos à dos l’agresseur et l’agressé (agressé qui inclut le gouvernement officiel d’un pays attaqué). Ma conviction est que cette attitude ne permet pas de s’opposer efficacement aux politiques concernées, à cette utilisation de la guerre comme instrument économique. Et il est évident qu’on peut parfaitement être très critique sur l’agressé tout en refusant catégoriquement l’agression.

Si un changement de gouvernement doit se faire par la force, cela ne peut avoir lieu qu’à travers le peuple concerné lui-même. Il s’agit d’un droit essentiel d’un peuple. Et en général, s’il n’y parvient pas, c’est que l’opposition au pouvoir en question ne rassemblait pas l’ensemble de ce peuple. En Tunisie, par exemple, l’opposition était assez large pour mener à un changement – malgré, d’ailleurs, le soutien de la France au président Ben Ali, soutien qui a eu lieu jusqu’au bout. Il s’agit cependant d’un cas complexe car, dans ce pays comme dans d’autre, les USA avaient anticipé la fin de ce président ; ainsi, ils ont acheté une série de bloggeurs (certes, pas tous), pour pouvoir avoir un contrôle sur le changement, de sorte à éviter le plus possible que celui-ci soit pas piloté par de vraies forces de transformation (Ahmed Ben Saada l’a démontré dans son livre « Arabesques »).

Q: Des outils médiatiques, des chercheurs, des ressources spécialement qualitatives, une meilleure compréhension mutuelle des cultures concernées – en particulier du côté des médias classiques (Ce, concernant les médias occidentaux comme des médias orientaux en vue, comme par exemple Al-Jazeera)… Est-ce sur leur base qu’on peut le mieux discuter avec des personnes peu averties ? 

Si on prend une chaîne comme Al-Jazeera, on peut constater que, au départ, il y a eu là des journalistes valables et courageux – Bush fils s’est arrangé pour que plusieurs d’entre eux soient assassinés – la situation en Irak se prêtait bien à tenter de masquer ça en « dégâts collatéraux ». Mais la plupart de ces journalistes ont fini par quitter Al-Jazeera, pour fonder Al-Mayadeen, un média bien plus intéressant. Le but premier d’Al-Jazeera était, pour le Qatar, de se donner une image moderne tout en disposant d’un média pouvant être mis au service de ses intérêts.

Pour mieux comprendre ces intérêts, il est très intéressant de revenir encore une fois à la Libye. Vers la fin du conflit, le Qatar a organisé, avec Al-Jazeera, une opération médiatique d’envergure en lien avec les événements dans ce pays. On a beaucoup parlé d’une place, à l’époque, censée avoir accueilli de grandes manifestations d’opposition, la place Verte. En réalité, c’était des manifestations de soutien au gouvernement, que cette place avait accueillie, et leur ampleur avait été très considérable (peut-être un million de personnes, au moins des centaines de milliers). Al-Jazeera a créé une fausse place Verte, avec de fausses manifestations, et tout le monde y a cru. On rejoint ici en partie la mise en scène de l’agence de communication payée par le gouvernement des USA pour faire croire que des soldats irakiens avaient tué volontairement des bébés koweïtiens (supercherie entretemps reconnue par des médias mainstream, mais trop tard, une fois de plus).

On trouve cependant des informations intéressantes dans les médias classiques, même sur des événements actuels. Concernant le conflit syrien, on constate une division de l’élite, actuellement. Au départ, elle était unanime. Maintenant, une partie d’entre elle se rend compte que les plans ne fonctionnent pas, et c’est ce qui explique que, dans des journaux comme le Figaro et le Point, on trouve depuis un certain temps des informations qui contredisent les versions du pouvoir. Concernant le Figaro, plus particulièrement, si ce n’est bien sûr pas un journal que j’apprécie spécialement, ce n’est pas du tout la première fois qu’on peut y lire des choses qui ne s’accordent pas avec les politiques officielles. Et notamment, c’est dans ce journal qu’un bon reporter, Renaud Girard, a publié des informations importantes à l’époque du conflit en ex-Yougoslavie, informations qui prouvaient qu’un massacre attribué aux Serbes était une pure invention (j’ai traité ce sujet dans le livre « Poker menteur et Monopoli »).

Q: Quelles recommandations, revendications, action ou plaidoyer mettriez-vous en avant ?

Une démarche qui me semblerait particulièrement valable : créer une commission d’enquête indépendante sur l’ensemble des guerres des dernières décennies, où nos pays ont été impliqués. Il s’agirait là d’entendre les journalistes pour tenter de voir pourquoi ils n’ont pas dit la vérité, de voir s’ils ont subi des pressions ; d’entendre également les responsables politiques, ainsi qu’un maximum de témoins importants. Et tout cela sans croire personne sur parole – y compris moi –, mais en établissant les faits avec toute la rigueur nécessaire. Et si des responsabilités étaient clairement établies, il y aurait alors lieu d’entamer des actions en justices contre les personnes impliquées. Ce serait d’autant plus faisable après les attentats en France, vu leurs liens directs avec les politiques irresponsables concernées.

Une telle démarche pourrait être portée par des individus comme par des réseaux d’associations ; et au plus nombreux seraient les citoyens qui y participeraient, au mieux ce serait. Je pense que de telles actions seraient nécessaires pour pouvoir mettre fin aux politiques criminelles que nous avons abordées ici.

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Paris 13 Novembre: La grande responsabilité coloniale occidentale…

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« L’alliance des multinationales, des banques, des trafiquants d’armes et de drogues, des dictateurs, des hommes politiques de tous bords,  forme une entente criminelle mondiale à laquelle prêtent une honorabilité d’interlocuteur valable non seulement les valets de presse et de médias mais ceux-là mêmes qui prétendent les combattre. »
~ Raoul Vaneigem ~

« Vouloir créer une relation post-coloniale véritable veut dire abandonner les notions de supériorité culturelle européenne et adopter une position de respect mutuel […] De fait, le gouvernement canadien assume de manière arrogante les droits de propriété par dessus l’identité même des nations autochtones… Ainsi, au travers de déclarations politiques, le gouvernement présente ses objectifs anti-indigènes en termes d’efforts positifs pour protéger les ‘intérêts’ canadiens. »
~ Taiaiake Alfred ~

 

L’ignorance et l’endoctrinement des occidentaux massacrent des millions

 

Andre Vitchek

 

16 Novembre 2015

 

url de l’article original:

http://www.telesurtv.net/english/bloggers/Ignorance-and-Indoctrination-of-Westerners-Kills-Millions-20151116-0001.html

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre planète Terre se dirige tout droit vers la plus dangereuse collision de toute son histoire. Il ne s’agit pas d’une collision avec quelque corps étranger comme un astéroïde ou une comète non, mais avec la partie la plus égoïste et la plus brutale de ses propres habitants: avec ces gens qui s’appellent eux-mêmes fièrement “les membres de la civilisation occidentale”.

Encore et toujours il a été démontré que la culture occidentale, que le psychologue qui fit date Carl Jung avait pour habitude d’appeler “pathologie”, n’est en aucun cas digne de confiance.

Cette “culture” a déjà massacré sans aucune pitié plusieurs centaines de millions de personnes aux quatre coins du monde ; elle a réduit en esclavage des continents entiers et a pillé tout ce qui pouvait avoir de la valeur, que ce soit au dessus ou en dessous de la surface de la planète.

Les habitants de l’Europe, des Etats-Unis aussi bien que leurs états clients, ont montré une froide indifférence envers la souffrance de leurs victimes.

Ils ont aussi démontré la pire des ignorances et le plus haut niveau d’endoctrination possible !

Pendant des siècles, les citoyens de France, de la Grande-Bretagne, de la Hollande, de l’Espagne, du Portugal et autres nations occidentales comtemplaient les navires de guerre qui quittaient leurs rivages, faisant voiles vers l’Asie, l’Amérique Latine et l’Afrique ; ils regardaient bouche bée ces armadas et ils prétendaient qu’ils ne savaient pas vraiment quelles horreus ces navires allaient amener de l’autre côté. Lorsque les navires revenaient remplis de butins inimaginables, ils refusaient de réfléchir, clâmaient une fois de plus leur ignorance, attribuant le succès de leurs cités et leurs états à quelque “ingénuité occidentale, esprit d’entreprise et dur labeur”, mais certainement pas à la terreur, au viol et au pillage éhonté du monde.

Ce que firent les Allemands, contemplant les cheminées des camps de concentration qui régurgitaient la fumée âcre et épaisse des victimes de l’holocauste puis affirmant “qu’ils ne savaient pas”, fut exactemet ce que les Européens ont fait durant des siècles et un millénaire, lorsque leurs troupes et leurs “investissements” dans toutes sortes de croisades, brutalisaient et pillaient tout et tout le monde sur la surface de cette planète.

Au travers de l’histoire, bien des holocaustes ont été faits, encore et encore, partout en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, dans les Caraïbes, dans le sous-continent nord-américain, en Asie Pacifique et même en Océanie.

Les peuples occidentaux n’ont jamais levé un petit doigt pour faire arrêter les crimes que leurs états avaient commis et commettaient ! Tant qu’ils s’engraissaient, pourquoi faire quoi que ce soit ? Leurs intellectuels serviles et lâches refusent toujours aujourd’hui, à de rares exceptions près qui ne constituent pas même 1% de leur genre, de décrire la terrible destruction, l’humiliation et le tourment infligés “aux autres”. Les philosophes occidentaux sont engoncés dans leurs institutions sclérosées appelées universités, faisant la pute pour obtenir leur boulot à vie, au lieu de décrire le monde dans tout son maladif désarroi. Les médias et les artistes ne font pas mieux loin s’en faut.

Le rôle du christianisme fut influent et monstrueux. Dans un proche futur, je vais écrire un essai qui décrira sa responsabilité dans le génocide mondial ; je vais aussi écrire un petit livre philosophique plus concis mais plus provocateur sur le même sujet que j’écrirai avec un des théologiens chrétiens des plus connus.

Le christianisme (même sous sa forme non religieuse appelé “sécularisme” ou “athéisme”) n’a fait que propager l’intolérance, les dogmes bigots, l’exclusivisme et les complexes de supériorité. Il a offert la justification, il a même inspiré les croisades, pour l’expansionnisme colonial, le meurtre de masse ainsi que la destruction de complètes cultures locales. (NdT: Ceci est en accord parfait avec notre vision du colonialisme occidental seul et véritable fléau récurrent sur terre et parfaitement décrit par l’analayse de la doctrine chrétienne de la découverte…)

Et pourtant, les mêmes nations truandes, la même culture lâche et sadique, la même religion perverse, sont toujours accrochés au pouvoir, torturant et massacrant encore aujourd’hui des millions.

Leurs sœurs gangrénées, le capitalisme et le nihilisme, lavent toujours plus blanc le cerveau des gens partout dans le monde, tandis qu’elles les mènent dans les sombres vallées du désespoir.

C’est parce que leurs armes de destruction massive sont les plus mortelles, leur propagande la plus avancée, leur opposition la plus endoctrinée et leur opposition presque non-existante !

*

Guerre après guerre, génocide après génocide, les occidentaux jouent toujours aux idiots ! Ils refusent de reconnaître ce qu’ils font au monde.

Lorsque plus de 100 Français ont été tués dans une de ces récentes attaques des plus bizarres (qui est derrière ces attaques ? Les “djihadisres alliés de l’occident, ou leur propre establishment ?…), les Européens ont commencé à porter le deuil de leurs propres victimes, en pointant le doigt vers “les autres”. Les gens du monde entier, soit parce qu’ils avaient trop peur de dire “non” ou soit parce qu’ils étaient trop conditionnés, ont commencé à exprimer leur solidarité avec la nation française.

Une partie de “la Jungle”, ce terrible camp de réfugié près de la ville de Calais, a pris feu. Des réfugiés ont été attaqués à travers l’Europe en tant que “rétaliation”, vengeance. Mais vengeance de quoi ? Après tout, les réfugiés ne font qu’échapper de la ruine de leurs pays détruits et pillés par les Etats-Unis et l’Europe !

Mais ceci n’est pas le comment un Européen de base a été instruit de regarder le monde.

L’Européen commun, tout comme l’américain du nord est bien plus soumis au régime que l’habitant commun des autres parties du monde. Il ou elle apprend ce qui est requis d’apprendre, écoute attentivement ce que les gens des médias/propagande leur digèrent et leur servent. Les débats se font presque toujours dans des cadres déterminés permis par avance.

Un citoyen lambda d’un pays occidental dévore des heures et des heures de spectacle bizarre quotidiennment (incluant “le spectacle de l’information”). Ils regardent des douzaines de films et de clips de propagande chaque années. Il ou elle ne peut pratiquemet plus faire la différence entre la réalité et la fiction. Un tel citoyen est parfaitement capable de sacrifier des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants partout dans le monde pourvu que soit assuré ses propres avantages matériels et son bien-être individuel.

Tout ce qu’il ou elle sait, tout ce qu’il ou elle sent est (de manière abstraite) qu’ils sont quelque part “supérieurs” au reste de l’humanité ; que leur culture est exceptionnelle et prédestinée à gouverner le monde. Tout ce qu’il ou elle sent est qu’il ou elle a le droit de consommer et d’utiliser toutes les ressources naturelles planétaires et que leurs gouvernements peuvent décider quel pays en dehors du monde occidental devrait être permis de se maintenir et lequel est voué à tomber.

Des millions de vies humains ont été perdues au Moyen-Orient, des dizaines de millions d’hommes de femmes et d’enfants assassinés par l’impérialisme en Afrique ? Qui s’en soucie ? Qu’est-ce que çà peut bien foutre ? Les occidentaux bouffent, copulent, parfois travaillent un peu et ensuite ils essaient de profiter de la vie ou ils se battent pour toujours plus d’avantages et de bénéfices… pour eux-mêmes. Le reste du monde n’est là que pour leur fournir de tels avantages et bénéfices, c’est tout.

Plus les occidentaux sont abrutis, et au plus confiants et arrogants ils sont dans leur vision du monde. Vpus voyez ce type de gens dans les bistrots, mais vous les voyez aussi contrôler les organisations internationales, mêmes (et surtout) les agences de l’ONU. Ces grands et obèses Allemands, Scandinaves, Américains du Nord, Britanniques, qui parlent toujours avec ce ton condescendant de la supériorité innée à ces “agiles asiatiques” ou à ces “Africains patauds” ou encore à ces “Arabes insécures” “ Leur disant ce qu’ils doivent faire, comment gérer leurs sociétés. Aucune honte ! Vous ne les entendrez jamais se lamenter: “On a bousillé la planète, on l’a violé. Et on le fait toujours…” Jamais !

Aucunes excuses, pas de remords, pas de plan pour renverser la marée ou comment rendre au moins une partie de ce qui a été volé et comment arrêter de massacrer les gens.

Bien sûr, partout où vous allez, vous lisez et entendez des trucs du style: “Paix sur la Terre !”

*

Oui, plus de 100 personnes innocentes sont mortes dans les attaques de Paris. Juste avant cela, 50 sont mortes dans un double attentat à la bombe dans le sud de Beyrouth au Liban. Des milliers de personnes meurent chaque mois au Yémen. Il y a déjà eu plus de 17000 morts en Iran, tous victimes du terrorisme sponsorisé par l’occident… Des centaines de milliers de personnes sont mortes en Libye et en Syrie.. Des millions sont morts en Somalie et en Irak… Il y a déjà eu quelques 10 millions de morts dans cette République Démocratique du Congo sans cesse violée et pillée. Tous sont des victimes des assauts occidentaux et du ganstérisme ou d’un terrorisme directement sponsorisé par l’occident !

Tous ces moudjahidines, Al Qaïda, Al Nosra, EI/EIIL/daesh et ce fondamentalisme religieux wahabite créé et appuyé par les Britanniques puis par l’impérialisme nord-américain ; toute cette vile et toxique saloperie qui a été armée et financée par les Européens, et les Saoudiens, les Turcs et d’autres alliés de l’occident.

Et pourquoi donc cette saloperie puante a t’elle été si diligemment armée et financée ? Afin de pouvoir détruire et ruiner l’islam socialiste et progressiste de l’Egypte à l’Iran à l’Indonésie. Pour qu’il puisse détruire l’URSS et toute racine marxiste en Afghanistan ! Qu’elle puisse tuer des millions de progressistes dans ces nations fières et indépendantes. Tout çà pour que l’occident puisse y régner, sans opposition, s’emparer de ce qu’il veut, décider de qui gouvernera et où !

*

Maintenant la Russie se dresse contre la terreur avec ses bombardiers. Ceux-ci sortent pour la survie de l’humanité. Juste récemment, la Russie a déjà payé un très lourd tribut avec la perte de son avion au dessus du Sinaï et nous savons tous de quoi il s’agissait. Mais elle a l’habitude de payer un prix énorme et inimaginable pour la survie de notre planète. 25 millions de vies humaines ont été perdues en juste une guerre (la seconde guerre mondiale), afin de vaincre la nazisme. Ou une grande partie de l’économie de l’URSS afin de vaincre l’impérialisme et le colonialisme occidental.

La Chine a envoyé des conseillers militaires et se tient prête, solide comme un rock, épaule contre épaule avec la Russie.

La Syrie a réussi à choquer le monde en refusant de capituler, en se battant avec un héroïsme inimaginable contre toute attente. La moitié de son peuple est en exode, des millions de réfugiés arrivent sur toutes les côtes, mais le pays tient toujours debout, blessé et saignant mais néanmoins toujours debout.

Ainsi l’est aussi l’Amérique Latine et ce malgré ces attaques vicieuses de l’occident. Debout nom de dieu ! Debout grande et fière !

Et ces hordes ignorantes, égoïstes et brutales d’occident ne voient rien. Elles répètent la propagande injectée dans leurs têtes, lui donnant parfois quelques variantes et l’appelant “liberté d’expression” !

*

Après les attaques de Paris, la propagande occidentale est repassée à pleine vitesse. Ses apparatchiks étaient clairement “préparés et prêts à l’action”. Des attaques directes futures contre la Syrie sont déjà “justifiées” bien en avance. Pas contre l’EIIL/Daesh (bien que ce sera le prétexte officiel bien sûr), mais contre le président al-Assad et son gouvernement qui est, malgré tout, soutenu par la vaste majorité du peuple syrien. Les attaques contre la Syrie ne seront pas appelées “terrorisme occidental”, mais quelque chose plutôt comme “la vengeance héroïque”…

Peut-on faire confiance pour la planète à ceux qui passent leur vie à regarder la merde qu’on leur passe à la télé, jour après jour, à la fois la production de propagande hollywoodienne et les briefings quotidiens de la propagande de l’info officielle ?

Peut-on prendre au sérieux ce qui vient de l’occident après des siècles de mensonges et de massacres ?

Qui tue qui dernièrement ? Qui est derrière quoi ?

Je vais me concentrer sur ce que je sais et ce que je sais est qui est en train de tuer des millions de personnes aujourd’hui au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

Je ne vais pas spéculer sur quelque “boulot de l’intérieur” de l’empire, bien que j’ai de très sérieux doutes et suspicions, bien sûr que j’en ai ! Pour l’heure je vais rester sur les choses que je peux prouver.

Et les faits sont simples et horribles: L’empire a massacré des dizaines de millions de personnes sur notre planète, L’empire et cette ignorance des gens qui s’auto-perpétue, le fondamentalisme dogmatique et l’aveuglement de ses citoyens endoctrinés !

État totalitaire: La mutation des « démocraties » représentatives en états policiers… Le cas du Canada

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 7 novembre 2014 by Résistance 71

Excellente analyse du journaliste et sociologue Nazemroaya sur les faits et conséquences des crimes de St-Jean-sur-Richelieu et Ottawa. Les soi-disantes démocraties représentatives sont en train d’être mutées une à une en état policier plus répressif et totalitaire montrant par là même que dans un système étatique, la seule différence entre une tyrannie et une « république modérée » n’est juste qu’une question de degré de répression. L’oligarchie fait passer les États du mode « feu doux » au mode « bouillir » voilà tout… Ceci n’est en rien inéluctable, il suffit de retirer notre consentement et de construire le contre-pouvoir parallèle entre nous. Le meilleur moyen parfois d’éviter la confrontation physique (parce que c’est là que nous attendent les oligarques: dans la rue avec les moyens répressifs militarisés, qui sont bien sûr à  leur avantage) est de l’ignorer et de continuer sur un chemin parallèle au sens propre, c’est à dire sur un chemin qui ne devrait pas rencontrer l’autre par définition, tout en sachant qu’à un moment donné, ce sera l’autre qui se mettra sur une trajectoire de collision. Cela laisse le temps de s’y préparer efficacement et collectivement.

— Résistance 71 —

 

Le Canada et la guerre au terrorisme, que s’est-il réellement passé à Ottawa

 

Mahdi Darius Nazemroaya

 

5 Novembre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.mondialisation.ca/le-canada-et-la-guerre-au-terrorisme-que-sest-il-reellement-passe-a-ottawa/5411718

 

Le premier ministre Stephen Harper et le gouvernement canadien utilisent la fusillade sur la colline du Parlement pour justifier l’imposition de mesures de surveillance et de détention qu’ils étaient déjà en train de mettre en oeuvre.

Le 22 octobre 2014, Michael Zehaf-Bibeau (né Michael Joseph Hall), un homme armé agissant seul et originaire de Laval au Québec, a ouvert le feu dans le centre-ville d’Ottawa, la capitale du Canada.

On a d’abord rapporté qu’il y avait une fusillade au Centre Rideau situé tout juste au nord du quartier général de la Défense nationale, de l’autre côté du pont Mackenzie-King. On a su par la suite que cette information était fausse ou erronée. Le tireur avait tué un réserviste devant le Monument commémoratif de guerre pour ensuite se diriger au nord vers la colline du Parlement.

Puis, on a rapporté qu’il y avait plusieurs tireurs. Tous les employés gouvernementaux se sont donc vu interdits d’entrer ou de sortir des immeubles dans toute la région interprovinciale de la capitale nationale, incluant la ville de Gatineau. Si les autorités policières ont bien fait de prendre des mesures de précaution pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’autres tireurs et ont refusé de donner des explications, le public était porté à croire qu’il y avait plusieurs tireurs. Cela a permis aux autorités policières de justifier le confinement et d’interdire la mobilité des personnes pendant plusieurs heures.

Plusieurs questions demeurent par ailleurs sans réponse. Le réseau NBC News rapportait le 8 octobre 2014 que des porte-paroles des services de renseignement étasuniens leur avaient confié « que les autorités canadiennes avaient entendu dire que des terroristes en herbe discutaient de possibles attentats au ”couteau et à l’arme de poing” » au Canada. Les représentants canadiens n’ont toutefois pas tenu compte du rapport. Le renseignement étasunien savait-il quelque chose que sa contrepartie canadienne ne savait pas? Comment expliquer ces contradictions?

Voici une autre question importante : comment un homme armé qui avait déjà commencé un carnage a-t-il pu se rendre jusqu’à l’intérieur de l’édifice du Centre du Parlement canadien sans entrave? Quiconque est allé sur la colline Parlementaire sait qu’il y a une forte présence armée dans tout le secteur, surtout à l’entrée et aux portes de l’édifice. La sécurité est assurée par la police nationale du Canada (la Gendarmerie royale du Canada), la police municipale (les Services de police de la Ville d’Ottawa) et deux services de sécurité fédéraux (les Services de sécurité de la Chambre des communes et le Service de sécurité du Sénat).

En outre, s’il est vrai qu’il était en contact avec des groupes terroristes, comment communiquait-il avec eux ?

Fabrication d’un portrait : les liens entre le discours médiatique et les politiques gouvernementales

Le cas de Martin Couture-Rouleau vient compliquer l’affaire. Couture-Rouleau est un Québécois devenu musulman en 2013. Il a délibérément happé deux soldats canadiens à Saint-Jean-sur-Richelieu au Québec le 20 octobre 2014. Un des deux soldats est décédé par la suite.

À la suite de son délit de fuite, Couture-Rouleau a été poursuivi par la police puis abattu. Bien que le meurtre et le délit de fuite à Saint-Jean-sur-Richelieu soit un acte criminel, il a été présenté comme un acte terroriste lié à la participation du Canada aux combats au Moyen-Orient.

Même si les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa n’ont aucun rapport entre eux et ne s’inscrivent pas dans un effort coordonné, on les a quand même reliés. L’attaque suivie du délit de fuite a été ajoutée au récit d’Ottawa le 22 octobre afin de construire l’image d’une bataille en bonne et due forme. Cela relève de ce que les sociologues appellent une panique morale.

Quel était précisément le motif du tireur à Ottawa? Michael Zehaf-Bibeau ne semble pas avoir fait partie d’un complot contre le Canada ourdi par le soi-disant État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Il avait un dossier criminel et semblait son état psychologique semblait se détériorer en raison d’un utilisation accrue de narcotiques. Il souffrait d’hallucinations, consommait des drogues dures et sa conversion à l’Islam était relativement récente. Selon les informations de ses connaissances, il se sentait harcelé par « le gouvernement » qui ne le laissait pas tranquille. Cette colère pouvait être liée à la présence de travailleurs sociaux et d’agents de libération conditionnelle dans sa vie et au sentiment étouffant d’être pris dans une spirale descendante.

Michael Zehaf-Bibeau logeait depuis deux à quatre semaines à la Mission Ottawa, un centre pour sans-abri. Avant les événements du 22 octobre, il a dit à des gens au centre pour sans-abri de prier parce que la fin du monde s’en venait. Dans ce contexte, il est important de se poser la question : comment un homme avec des problèmes de santé mentale logeant à la Mission Ottawa, un centre pour sans-abri, fait-il pour obtenir une arme?

Or, Michael Zehaf-Bibeau a cependant été dépeint à différents degrés comme un membre du groupe armé État Islamique, ce qui a permis à des acteurs sociaux, que les sociologues appellent « entrepreneurs de morale », de soutenir la prétention que les Canadiens sont menacés par le groupe État Islamique. L’objectif des entrepreneurs de morale est de changer les normes sociales, les valeurs, les lois et les règlements. Dans le cas présent les ces entrepreneurs veulent faire passer un programme de sécurité.

Alors que le tireur était un Québécois ayant adopté le nom de famille de son beau-père arabo-canadien et le nom de fille de sa mère et qu’il ait été catholique durant la majeure partie de sa vie, (fervent catholique au départ et puis ayant abandonné la pratique avec le temps), on l’a présenté bien différemment. Dès le début on lui a tacitement attribué une personnalité arabe ou musulmane. Même une fois son identité reconnue, on a insisté pour présenter son beau-père arabo-canadien comme étant son père biologique. L’adoption du nom de famille arabe a été tacitement présentée comme le signe d’une identité musulmane, bien qu’il ait été chrétien au moment du changement de nom, effectué pour des raisons légales.

La façon dont les médias ont d’emblée présenté Zehaf-Bibeau est très révélatrice. Ils ont utilisé l’expression « un homme né au Canada ». C’est un langage trompeur et cette façon de faire doit être examinée de près. Lorsque l’on dit d’une personne qu’elle est « née au Canada », on laisse entendre qu’elle n’est pas vraiment canadienne, elle est juste née au Canada. Quand on parle ainsi d’un citoyen canadien on le dépouille de son identité canadienne et on le définit comme « l’autre », comme un étranger qui n’appartient pas à la collectivité.

La réaction médiatique

Beaucoup de Canadiens sont fiers de la réaction de leurs médias et aiment le contraster avec le sensationnalisme des médias étasuniens. Bien que les médias au Canada soient beaucoup plus calmes que ne l’auraient été les médias étasuniens dans des circonstances semblables aux États-Unis, ils ont quand même créé une charge émotive en décrivant la situation comme si Ottawa était assiégée. On a vu des titres comme « Ottawa attaquée ». Les Ontariens craignaient littéralement que le groupe armé État islamique attaque les frontières canadiennes.

Les médias se sont livrés toute la journée à des conjectures sur des liens possibles avec ce qui se passe au Moyen-Orient. Quand le premier ministre Harper a pris la parole en soirée, il est clair qu’il voulait lier les événements de la journée à ce qui se passe au Moyen-Orient et à une menace terroriste pour justifier les mesures de sécurité qu’il compte imposer.

La couverture médiatique, le confinement massif dans le cœur du centre-ville d’Ottawa et les mesures nationales prises par le gouvernement fédéral ont créé une certaine panique à Ottawa et chez tous les Canadiens. Dans ces conditions, les gens peuvent agir de façon imprévisible ou anormale et ils sont prêts à faire des concessions qu’ils ne feraient pas normalement au gouvernement. Autrement dit, lorsque la société est prise par la peur, de nombreux citoyens sont disposés à renoncer à leurs libertés civiles et à s’en laisser retirer par les autorités.

Les nouvelles normes et l’érosion des libertés civiles

Lorsque le Centre Rideau a été pris d’assaut par des voleurs armés en 2003 et que la moitié des patrouilleurs de la police locale s’était lancée à la poursuite de deux d’entre eux qui s’étaient échappés, on n’a pas constaté ce genre de panique et les médias n’y ont pas porté autant d’attention. On pourrait très bien soutenir que le danger était beaucoup plus grand même si une institution nationale importante n’était pas attaquée.

Légalement, Martin Couture-Rouleau et Michael Zehaf-Bibeau sont des meurtriers. Au lieu de les traiter comme des criminels, on a utilisé le terme « terroriste », contenant une charge politique et psychologique évidente. Toutes les lois nécessaires pour juger ces criminels existent déjà au Canada, mais on instaure de nouvelles lois pouvant potentiellement être utilisées contre des dissidents légitimes s’opposant aux politiques gouvernementales.

De plus, la police se militarise dans le nouveau contexte de la lutte au terrorisme. Le lendemain de l’attentat sur la colline du Parlement, le 23 octobre, la forte réaction de la police – lorsqu’un itinérant a traversé un cordon de sécurité – témoigne d’un changement dans les habitudes et des tensions chez les policiers d’Ottawa. Les mesures que le gouvernement Harper désire normaliser comprennent également le contrôle et la censure d’Internet, le retrait inconstitutionnel et illégal de la citoyenneté et le retrait des droits de mobilité accordés par la Charte canadienne des droits et libertés. Cette mesure est déjà en vigueur avec la confiscation de passeports.

Tous les Canadiens ont le droit de quitter le Canada et d’y revenir librement, à moins d’avoir commis une offense de nature criminelle. Le gouvernement veut s’arroger le pouvoir de retirer les passeports au moindre doute de méfait, sans preuve. Dans le cas de Martin Couture-Rouleau, son passeport a été confisqué lorsqu’il a voulu se rendre en Turquie en juin ou juillet 2014. La police ne pouvait pas le mettre en état d’arrestation à cause de ses idées. « Nous ne pouvons pas arrêter quelqu’un parce qu’il a des idées radicales. Ce n’est pas un crime au Canada », a dit la cheffe de la GRC Martine Fontaine en conférence de presse le 21 octobre 2014.

La position de la GRC en dit long sur le but du nouveau programme sécuritaire gouvernement Harper : il veut pouvoir arrêter des gens pour leurs idées.

Révocation de la citoyenneté?

Flirter avec l’idée de révoquer la citoyenneté est encore plus dangereux. On établit déjà des précédents inconstitutionnels à cet effet dans les pays de la soi-disant coalition occidentale, lesquels parlent constamment au nom de la démocratie, mais se tiennent aux côtés de dictatures comme l’Arabie saoudite, le Bahreïn, la Jordanie et le Qatar. Par exemple, en 2012 le Parlement britannique a révoqué la citoyenneté d’Asma el-Assad, pourtant née en Grande-Bretagne, seulement parce qu’elle est l’épouse du président syrien Bachar Al-Assad.

Le système judiciaire canadien ne traite pas tout le monde de façon égale et tous ne sont pas égaux devant les tribunaux. Les non-citoyens sont désavantagés par rapport aux citoyens canadiens. Dans ce contexte, la menace de révocation de la citoyenneté est vue comme un moyen de contourner les lois et les droits servant à protéger les citoyens canadiens. Sans ces droits, le gouvernement peut détenir une personne pour une période indéterminée et sans accusation, lui intenter un procès devant un tribunal spécial où l’accusé ne connaît pas la preuve contre lui et n’a pas accès à un avocat. C’est ce qui est arrivé à des non-citoyens qui ont été détenus pendant plusieurs années en vertu de certificats de sécurité.

L’idée de retirer la citoyenneté est également une question politique dans la mesure où elle sert à alimenter les préjugés dans certaines sphères de la société dans différents pays xénophobes et qui n’aiment pas certaines couches de la société pour différentes raisons.

Ignorer la source du problème

Selon un vieil adage, la société a tous les criminels qu’elle mérite, c’est-à-dire que dans bien des cas les criminels sont le produit d’un problème structurel de la société.

Ça n’est pas par hasard que Michael Zehaf-Bibeau avait déjà demandé d’être interné pour pouvoir combattre sa dépendance à la cocaïne et au crack. Les deux assaillants consommaient de la drogue et souffraient de problèmes psychologiques qui nécessitaient des soins. Le tireur d’Ottawa avait cherché de l’aide et étouffait de désespoir et de non-appartenance.

Au lieu de regarder à l’étranger et de blâmer des forces extérieures, le Canada doit faire son propre examen de conscience. La source du problème comprend le déclin des services sociaux au Canada qui ont subi les coupures et les mesures d’austérité du gouvernement. En blâmant le groupe armé État islamique et Internet. le gouvernement refuse en même temps de reconnaître son propre échec et la marginalisation d’un grand nombre de citoyens canadiens qui ne reçoivent pas l’aide dont ils ont besoin.

La pente glissante et le sale rôle du gouvernement Harper

On appelle les Canadiens à être vigilants contre la menace terroriste exagérée du groupe armé État islamique. C’est dans ce but que le premier ministre Stephen Harper et son gouvernement font tout pour dépeindre les événements au Canada comme une extension de ce qui se passe au Moyen-Orient. Redéfinir des criminels comme étant des terroristes alimente cette perception. Cependant, les Canadiens et les citoyens des autres pays doivent être vigilants sur la question de leurs droits et libertés obtenus après des siècles de lutte.

Le changement de critère pour l’octroi de la citoyenneté est un sujet différent mais la révocation de la citoyenneté est une pente glissante et dangereuse. Même si l’on affirme que ce genre de mesures sert un intérêt supérieur et la sécurité publique, l’histoire a montré que ce sont souvent d’autres motifs qui président à la suspension des libertés civiles.

En terminant, ceux-là mêmes qui exagèrent aujourd’hui la menace terroriste au Canada sont ceux qui l’ont appuyée à l’étranger. On ne doit jamais oublier que le premier ministre Harper et son cabinet ont appuyé les « terroristes » qu’ils prétendent maintenant combattre. Le gouvernement Harper a tacitement encouragé les Canadiens à aller combattre dans des pays comme la Libye et la Syrie pour appuyer la politique étrangère de changement de régime de Washington. Le Canada a même armé des militants liés à Al-Qaïda en Libye avec des drones et des armes en 2011 et il a également permis à des firmes de sécurité privées (des mercenaires) de les aider. Les gens ne doivent pas négliger ces faits lorsqu’ils se demandent comment aujourd’hui nous en sommes arrivés à cette situation.