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Au lieu de la mascarade politique proposée… Intéressez-vous au Confédéralisme Démocratique: l’exemple du Rojava kurde

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 11 mars 2017 by Résistance 71

… parce qu’il n’y a pas de solutions au sein du système ! qu’il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! Boycott du vote qui n’est que la validation pseudo-citoyenne du consensus du statu quo oligarchique. Notre rapport à l’État est un rapport de soumission inutile. Changeons notre attitude ! Union pour une résurgence de la nature sociale profonde et universelle humaine, celle de la société des sociétés…

~ Résistance 71 ~

 

“Il est souvent dit que l’etat-nation se préoccupe de la destinée des gens du commun. Ceci est faux. Il est plutôt le gouverneur national du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste qui est plus intriqué dans les structures dominantes du capital que nous ne tendons à le dire généralement: c’est une colonie du capital et ce indépendamment du nationalisme avec lequel il se présente, il sert de la même manière les processus capitalistes d’exploitation. Il n’y a aucune autre explication pour la redistribution des plus horribles des guerres menées par la modernité capitaliste. Ainsi donc, par là-même, l’état-nation n’est pas avec les peuples, il est au contraire un ennemi des peuples !”
~ Abbdullah Öcalan ~

A lire: “Le confédéralisme démocratique”, Abdullah Öcalan, 2011

 

Le confédéralisme démocratique du Rojava

 

Entretien avec l’historien Raphaël Lebrujah

 

Octobre 2016

 

Source:

http://lagueuleouverte.info/Le-confederalisme-democratique-du-Rojava

 

Dans le Kurdistan syrien, un peuple enclavé, isolé, mais éduqué et responsable construit une nouvelle société tout en luttant efficacement contre DAECH. Une pratique concrète d’écologie sociale.

Au Kurdistan syrien(1), trois provinces forment une région appelée Rojava ; il s’y déroule aujourd’hui une expérience sociale originale et passionnante. Occultée, dans son contenu, hormis son aspect « vitrine » (des femmes font la guerre en première ligne), par la plupart des médias grand public , cette expérience n’a pas eu d’équivalent dans le monde depuis le Chiapas (au Mexique à partir de 1994), voire pour de très courtes périodes pendant la Guerre d’Espagne ou la Commune de Paris. Cette expérience unique de « municipalisme libertaire » a été théorisée par Murray Bookchin (2), elle est portée, depuis 2012, par le projet politique mis en place par le PYD (Parti d’union démocratique). Ce projet est fondé sur celui du PKK, plus particulièrement de son leader historique et charismatique, toujours emprisonné, Abdullah Ocalan. 
Notre rencontre avec Raphael Lebrujah, jeune historien revenu de ce pays, une fin d’après-midi de mi-septembre , près de la Place de la République, non loin de l’endroit où se tenait « Nuit debout », incendie de printemps quasi réduit en cendres maintenant, nous précise l’historique et nous fait vivre cette actualité, non sans rapport justement avec ce qui aurait pu/pourrait se jouer à « Nuit debout » : la mise en place d’une société parallèle sans Etat.

La Gueule Ouverte : Bonjour Raphaël, avant tout, peux-tu nous dire comment un parti marxiste-léniniste, comme le PKK, façon Staline (c’est en tout cas sous ce jour qu’il était présenté jusqu’ici et encore parfois) a pu devenir communaliste, selon la théorie de Bookchin ?

C’est toute une histoire, ça ne s’est pas fait en un jour ! Fondé en 1978, le PKK était, à la base, un parti marxiste léniniste classique. Mais dès ses prémisses, depuis 1972, ses animateurs n’étaient pas des léninistes « puristes » car ils accordaient une grande importance à la liberté individuelle, malgré une propension à tuer leurs propres opposants de l’ »aile gauche » trotskiste du parti – on est léniniste ou on ne l’est pas ! Tiers-mondiste, soutenu d’abord par plusieurs Etats dont l’URSS, la Grèce et l’Arménie puis par la Syrie et le Liban où des militants du PKK auront des camps d’entraînement dès 1978, avant de se battre du côté des Palestiniens au Liban en 1984, le PKK a fini par étendre la guérilla en Turquie. Il est vite déclaré « groupe terroriste » par la communauté internationale, ce qui va l’isoler. 
Née sur les ruines de l’Empire Ottoman en 1923, la Turquie est très centraliste et jacobine. Ses fondateurs, liés à la Franc-Maçonnerie du Grand Orient de France, puissante sous la IIIe République, suivaient le même principe simple « une langue, une nation, un peuple, un Etat », un principe qui avait guidé la nation française sur la voie de l’intégration plus ou moins forcée des minorités de la métropole comme par exemple la bretonne ou l’occitane… Mais la Turquie est bien plus polyethnique que la France- il y a 70 ethnies- et elle n’a jamais pu résoudre le problème kurde qu’elle s’est mise en tête, dès le début, de traiter par la répression, et donc ce fut réprimer ce parti, très populaire chez les Kurdes, le PKK. L’obsession assimilatrice de l’Etat turc dirigé alors par une junte militaire qui bloque toute solution politique, échoue continuellement et le PKK se met en guerre, estimant que les Kurdes sont colonisés. Cependant très vite, le PKK va se trouver dans une impasse militaire et dans un grand isolement politique et international. 
Les années 90 sont très dures pour les Kurdes : après les gazages en 1988 de villages par le régime de Damas – l’opération Anfal avait fait 200 000 morts- arrive la chute de l’URSS et le soutien de l’OTAN accru à la Turquie qui, pour soumettre la population kurde va implanter des supplétifs kurdes, les « gardes de villages », servant dans les régions très rurales du Kurdistan à combattre le PKK. La répression est terrible, le PKK et les Kurdes sont très isolés, des villages kurdes sont soumis, d’autres rasés – d’où des exodes massifs de population. Les Turcs ont voulu exterminer la culture kurde en parquant les Kurdes dans des villes, dans des espaces urbains très concentrés. Ils l’ont très mal vécu. 
Dans la même période, Ocalan est emprisonné en 1998, suite à une incroyable souricière montée au Kenya, où Ocalan était à ce moment-là, par la CIA, le Mossad et l’Armée turque réunis… il est condamné à mort, mais la possibilité d’une adhésion de la Turquie à l’Union Européenne lui sauve la tête : il est simplement emprisonné et il continue son activité politique en prison. On peut s’étonner qu’il n’ait pas été liquidé discrètement mais il semble que, pour le pouvoir d’Ankara, la détention d’Ocalan soit aussi un moyen de pression sur les Kurdes.
Parallèlement, dans le PKK, dès 1992, avec le soutien d’Ocalan, la question des femmes est en train de mûrir, la place de la femme va devenir autonome. Elles fondent leur propre organisation armée et en 1995, elles deviennent indépendantes dans le parti. On parle d’un « parti dans le parti ». La principale instigatrice en est Sakine Cansiz, qui a été assassinée à Paris en 2013. Les femmes vont, par exemple, pouvoir décider de leurs propres opérations militaires sans l’aval des hommes. Ocalan lui-même veut que les hommes fassent les tâches ménagères pour que les femmes puissent se former. Ils-elles ont une idée pour les hommes : « il faut tuer l’homme en nous. »
Elles-ils finissent par créer une « science des femmes » qui est la la Jineolojî, en 2011, un savoir par les femmes pour les femmes. Il y a des côtés essentialistes, en s’inspirant d’auteures féministes radicales, mais pas seulement : on veut aussi retourner à une vie « naturelle », la dimension écologique y est prégnante.

La Gueule Ouverte : Comment cela se passe-t-il, concrètement, la mise en place de ce régime, le « confédéralisme démocratique », ainsi appelé par Ocalan, et le type de société en cours de réalisation au Rojava, la région autonome kurde du nord de la Syrie ? Le Rojava – rappelons-le – est en guerre contre Daech mais en paix avec le régime de Bachar El Assad.

L’abandon du léninisme par le PKK, à partir de 1995, et l’élaboration, sous l’impulsion d’Ocalan (3), qui lit en prison Murray Bookchin (et surtout correspond avec lui, par son avocat), du Confédéralisme démocratique est sans précédent dans l’histoire du mouvement social.

Note de Résistance 71: Ceci n’est pas tout à fait exact, en effet toute la formation politique et sociale clandestine de 1983 à 1994 qui a mené à l’éclosion et l’avènement du mouvement (néo)zapatiste du Chiapas au Mexique, a aussi dû abandonner le marxisme-léninisme de base pour totalement s’adapter aux conditions indigènes des peuples de descendance Maya de la région. Cette mesure fut tout à l’honneur des théoriciens venus aider les populations locales dont le sub Marcos faisat déjà partie. C’est par l’ajustement de leur modèle politique rigide vers une gouvernance d’assemblée totalement décentralisée que le Chiapas zapatiste est devenu un succès et un modèle social.
Ainsi l’EZLN est passé très très rapidement d’un fond marxiste-maoïste (le modèle politique initial ayant été plus proche de celui du “Sentier Lumineux” péruvien) à un modèle anarcho-indigéniste sans aucune structure centralisée et où le pouvoir est redilué dans le peuple via les assemblées de bon gouvernement dans les Caracoles. Ceci correspond de fait au mode de gouvernance ancestral des populations autochtones. Le 1er janvier 1994 a vu les zapatistes sortir de l’ombre et rester dans la lumière de la gouvernance populaire depuis. Cela fait maintenant 23 ans que la région autonome zapatiste du Chiapas montre l’exemple au monde au gré de ses succès et réalisations politico-sociales.
Le Rojava syrien est aujourd’hui, depuis 2012 et les évènements en Syrie, un autre espoir d’avènement du confédéralisme démocratique. Nous le disons et le répétons, le changement de paradigme politico-social est une question de volonté dans notre changement d’attitude envers les institutions qui nous gouvernent. Il suffit de dire NON ! d’abord idividuellement, puis très rapidement collectivement au gré de la résurgence du communisme primordial qui est partie intégrante de la nature humaine. La société étatique et son apogée capitaliste est une perversion de la nature humaine, son cancer arrivé en phase terminale.

Le PKK abandonne dès lors le centralisme et l’idée de prendre le pouvoir. 
Se mettent en place au Rojava des comités de base, des comités de quartiers, des comités municipaux, pour chaque commune et des comités de cantons. Il y a quatre niveaux et cette démocratie est décentralisée au maximum. L’idée est que plus on règle un problème au niveau local, avec les compétences locales, mieux cela se passe. C’est bien le principe de subsidiarité, celui de la « compétence suffisante ». Il n’y a pas d’instance supérieure : il n’y a plus d’Etat. Mais il y a des échanges commerciaux entre les communes du Rojava, même pendant la guerre. C’est que le Rojava existe et ce qui compte, avant la religion, pour les Kurdes, c’est bien l’identité kurde, une appartenance commune qui rassemble au-delà de considérations ethniques ou religieuses très diverses, foisonnantes même au Rojava. Cette identité s’actualise pour les Kurdes de cette région dans ce projet politique et une nouvelle façon de vivre. Et cette identité intègre, par la force des choses, des non-Kurdes car les Kurdes eux-même peuvent être minoritaires dans certains villages. C’est bien cette autonomie – et non pas indépendance d’un Etat kurde- qui permet cette ouverture aux non-Kurdes.
Il peut y avoir des conseils en dehors de ces conseils, par exemple des conseils de femmes qui vont s’organiser quand il y a une oppression sexiste. Le conseil sera alors non mixte, avec des personnes concernées. De même, des conseils de chrétiens, s’il y a une oppression de chrétiens… des conseils de jeunes aussi. Chacun a le droit de créer sa « commune », il existe même un « conseil du cinéma » !
Un principe très fort est qu’aucune politique n’a de légitimité démocratique si elle n’a été proposée, discutée et décidée directement par le peuple, et non par de quelconques représentants ou substituts. Ce sont les personnes concernées qui décident. C’est seulement l’administration de ces directives politiques qui peut être confiée à des conseils, des commissions ou des collectifs d’individus qualifiés, éventuellement élus, qui exécutent le mandat populaire sous contrôle public et en rendant des comptes aux assemblées qui prennent les décisions… Et si ces élus n’exécutent pas le contrat, ils peuvent être révoqués, bien évidemment, c’est tout à fait le contraire de la démocratie « représentative » qui est, pour le tout-venant occidental : « la démocratie » – car il n’en connait pas d’autre. C’est tout à fait l’idée de Bookchin, mise en pratique, et le PKK devient en quelque sorte libertaire. Mais tout s’est mis en place progressivement, d’abord par l’éducation des militants qui vont lire énormément, tout en intégrant de nouveaux auteurs à leur corpus idéologique, Bookchin en premier lieu mais également Bakounine, Rosa Luxembourg, révolutionnaire très populaire, une figure martyre – entre parenthèses il y a tout un culte des femmes « martyres », dont la combattante kurde Zilan, morte en 1996 – et, ils lisent aussi, ce qui est plus surprenant, Noam Chomsky et des structuralistes comme Michel Foucault. Le travail intellectuel, et aussi la musique – et les chants collectifs, c’est quelque chose que de les voir chanter en groupes ! – sont très investis par les Kurdes : chaque association a une « commission culture ».
Ces principes se traduisent par des résultats tout à fait impressionnants en terme d’organisation sociale. Et les combattants, ce sont, pour moi, des « moines-soldats » : ils se battent et ils étudient !

La Gueule Ouverte : c’est important, cette question des femmes, tu parlais d’un culte des martyres. Rosa Luxembourg, en effet, fut une femme politique remarquable, parce qu’elle proposait un point de vue dissident marqué par sa position de femme – rappelons qu’elle a été de celles/ceux qui ont proposé une approche marxiste-conseilliste, très horizontale et égalitaire, en opposition au léninisme -. Malgré le cliché qui intéresse nombre de journalistes, celui des « femmes combattantes », il y a un point nodal ici : la combinaison entre la lutte philosophico-sociale pour l’égalité entre femmes et hommes, à partir de la place « traditionnelle » des femmes autour de la vie et des ses différentes expressions (procréation, éducation, cuisine, ménage…) et la guerre militaire contre Daech ? Et dans ce cadre, il y aurait donc accord entre hommes et femmes ?

Le mouvement d’émancipation des femmes dans le PKK se voit comme quelque chose de collaboratif : elles doivent lutter contre les oppressions des hommes mais aussi dans l’esprit de les éduquer à ne pas être des oppresseurs. A mon avis, c’est différent d’un féminisme occidental que j’appelle « oppositionnel » c’est à dire un féminisme qui dénonce à juste titre les causes des oppressions mais les mecs, chez nous, ne sont pas formés à ça. C’est un problème que je constate. Alors qu’au PKK, il y a une collaboration entre les sexes. 
Donc devenu d’inspiration libertaire, le PKK est contre la formation d’un Etat-nation car Ocalan a pris acte de l’échec de toutes les guerres de décolonisation sur la base de l’indépendance nationale. Ceci dans la mesure où, arrivés au pouvoir, les libérateurs d’hier se font vite oppresseurs d’ethnies minoritaires. On l’a vu dans le cas de l’Algérie indépendante, cela peut être parlant pour les Français très liés à cette colonisation : on a vu que les Berbères ont vite été réprimés dès 1962 par le FLN arrivé au pouvoir. Mais c’est le cas de toutes les expériences de libération nationale. 
Il y a aussi une autocritique très vive de Ocalan, à partir de 1995 avec cet abandon total du léninisme, cette critique très forte qu’ils avaient fait de la violence envers leurs propres opposants et il critique cette idée de prendre le pouvoir, malgré, et c’est paradoxal, cette tentation qui pourrait être la leur car le PKK est bien une organisation armée. 
Ce qui est le plus étonnant c’est bien que, maintenant, au Rojava, la violence est toujours la dernière solution, et qu’elle est,autant que possible, évitée. Le PYD est très respectueux des droits fondamentaux, et même des droits de minorités très réactionnaires, bourgeoises, de minorités voulant le retour du patriarcat, et opposées au régime et à la collectivisation. Ils ont par exemple le droit, et ils le prennent, d’organiser des manifestations contre le régime. Et même, la collectivisation n’est pas une collectivisation au sens habituel du terme. Il s’agit d’une collectivisation où l’argent ne va pas être centralisé : il va bien rester au niveau de la Commune. Et des compromis sont faits avec les petits propriétaires qui vont participer à la gestion de la Commune : impliqués, ils n’ont pas l’impression d’être spoliés mais bien de participer. Il y a une volonté de discuter avec tous les acteurs, y compris ceux qui ne sont pas du tout d’accord avec vous, pour faire fonctionner la société : on pourrait dire qu’on y pratique une « culture du dissensus ». Cette volonté de discuter se concrétise aussi dans la guerre menée contre DAECH – l’Etat Islamique est soutenu soit dit en passant par la Turquie ! – et dans les capacités qu’ont les Kurdes à créer et nouer des alliances locales avec des tribus qui s’allient d’habitude avec les Islamistes, à réaliser même des renversements d’alliance. Et paradoxalement, l’enclavement du Rojava et la dure guerre en cours contre DAECH n’a pas porté le régime à se durcir contre ses opposants : la peine de mort y est toujours abolie et l’emprisonnement maximal est de 20 ans. On aurait pu craindre tout autre chose, pensez donc aux dérives passées par exemple dans l’URSS isolée d’après la Révolution de 1917, mais ce n’est pas le seul cas !… Isolé, en guerre, le Rojava a renforcé ses pratiques libertaires. Les Kurdes ne pratiquent pas d’exécutions sommaires, ne torturent pas leurs prisonniers et ne commettent pas d’exactions. Les combattant-e-s peuvent même dans certains cas, refuser des ordres et déposer leur commandant s’il ne satisfait pas à certaines exigences.

***
Voilà qui est bien enthousiasmant ! Mais nous, Alain, Christian et Patrick, les trois compères de « La gueule ouverte » qui échangeons, ce soir-là, avec Raphaël Lebrujah, nous méfions de l’illusion lyrique. Il y a, tout intuitivement, une contradiction, au moins apparente, entre les pratiques libertaires et les pratiques de guerre qui exigent une discipline drastique, nous semble-t-il, encore que nous n’en soyons pas des spécialistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Il faudrait aller y voir de plus près.
Le Rojava, c’est loin et c’est intéressant, passionnant même : une utopie en marche ? En écoutant Raphaël, beaucoup de questions se posent à nous. Nous entendons bien plus qu’un « son de cloche », c’est un avis sans doute éclairé (4) mais il nous faudrait vraiment voir cela de plus près, par nous-mêmes. Sur la question de la peine de mort, par exemple : que faire si des comités locaux décident de transgresser la loi commune ? Plus globalement et fondamentalement, jusqu’où va l’autonomie des conseils ? En regardant chez nous, en France et en Europe, des expériences de ce type sont, à moindre échelle, déjà en place ici et il est sans doute plus efficace d’aller voir et d’agir à quelques pas de chez nous, par exemple à Notre-Dame-des-Landes.
…

Comment s’inspirer de ce modèle pour créer des zones d’autonomie en France ou en Europe, dans des conditions hors d’une guerre « chaude » ? La question se pose à nous, elle est posée à Raphaël et nous devisons dans ce sens. Pour nous tous, c’est une question majeure.

Il y a des différences structurelles évidentes : le Rojava est une région agricole, et une région pauvre, même si elle est considérée comme le « grenier » de la Syrie. Le gros de la classe moyenne a quitté le Rojava. Mais le Rojava n’est pas une région misérable, on y mange à sa faim. Peu centralisée et peu technologique, elle a tout d’une région possiblement « résiliente ». Il n’en va pas de même en France, pays moderne, citadin, avec une agriculture industrielle, un pays où les habitants ne connaissent que la démocratie représentative. Il faudrait de considérables changements dans les représentations sociales autour de la démocratie et plus encore dans les pratiques quotidiennes pour que la grande majorité des gens aillent jusqu’à prendre leur destin en main. Le semi-échec de « Nuit debout » le montre. Outre la population qui a participé quotidiennement aux commissions de « Nuit debout », ce mouvement est resté jusqu’ici minoritaire dans le pays et le feu n’a pas pris, même si des « Nuit Debout » sont nées dans nombre de villes françaises et européennes. Peut-être en irait-il ainsi de tout pays connecté à la mégamachine mondialiste, avec une classe moyenne importante et dans lequel le système de protection sociale fonctionne encore relativement ? Par contre, la région autonome du Rojava est tout autre, et isolée, coupée du monde, sous embargo. Mais le pire n’est pas sûr, les changements radicaux sont toujours le fait de minorités, selon la sociologue fameuse Margareth Mead. 
En France, ce modèle de fonctionnement social s’actualise d’ailleurs, ou s’en rapproche au moins par bien des aspects, dans divers lieux, qui se veulent permanents, si l’on examine l’autogestion des ZAD (zones à défendre), comme Notre-Dame-des Landes ou d’autres lieux construits en sociétés parallèles. Des lieux menacés, dans leur pérennité, par le pouvoir en place qui les supporte s’il ne peut les faire évacuer. On y trouve naturellement une population dont le projet est bien de vivre indépendamment du pouvoir en place et de l’Etat français, de construire une société sans reproduire des structures de pouvoir, sans doute de vivre d’une manière à la fois nouvelle et ancienne, à inventer au quotidien. Dans une proximité avec le Rojava, cette population se distancie des circuits et des réseaux habituels et se déconnecte volontairement du broyeur libéral. 
L’idée et le slogan « Zad partout » s’apparentent bien à un projet de « communalisme », un projet qui se forge dans des expériences concrètes. Il s’agit peut-être du seul véritable projet politique alternatif aujourd’hui.

Notes et références :

(1) le Kurdistan est à cheval sur 4 états : la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran

(2) Murray Bookchin (1921-2006) (bibliographie trouvée sur wikipédia) : 
Murray Bookchin (trad. Helen Arnold et Daniel Blanchard), Pour une société écologique  : Recueil de textes et préface inédite de l’auteur, Paris, Christian Bourgois ed, 1976 (ISBN 2267000350).
Murray Bookchin, Une société à refaire : vers une écologie de la liberté, Montréal, Éditions Écosociéte, 2011 (réimpr. 1992) (ISBN 9782923165561).
Murray Bookchin, Sociobiologie ou écologie sociale, Lyon, Atelier de création libertaire, 1999 (réimpr. 1993) (ISBN 9782905691682, lire en ligne).
Murray Bookchin et Dave Foreman, Quelle écologie radicale ? : écologie sociale et écologie profonde en débat, Lyon, Atelier de création libertaire/Silence, 1994 (ISBN 9782905691279, lire en ligne).
Murray Bookchin, Pour un municipalisme libertaire, Lyon, Ed. Atelier de création libertaire, 1er janvier 2003 (ISBN 9782905691880 et 2905691883, lire en ligne).
Murray Bookchin (préf. Hervé Kempf), Qu’est-ce que l’écologie sociale, Lyon, Éditions Atelier de création libertaire, 2012 (réimpr. 2003) (1re éd. 1989) (ISBN 9782351040584, lire en ligne).
Au-delà de la rareté – L’anarchisme dans une société d’abondance, textes pionniers 1965-70, présentation Vincent Gerber, Écosociété, 2016, 280 p., (ISBN 9782897192396), texte intégral.

(3) Abdullah Ocalan : Le confédéralisme démocratique (2011) – dont le PDF est d’accès libre de droits sur internet. Ici : http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

(4) Raphaël Lebrujah : blog sur médiapart. https://blogs.mediapart.fr/laterreur/blog?page=4

Situation au Rojava syrien: La Turquie et son « opération bouclier de l’Euphrate »… Répression dans le sang du confédéralisme démocratique kurde

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A lire notre dossier sur le Rojava

Texte fondateur d’Abdullah Ocälan: « Le Confédéralisme Démocratique » (2011), traduction Résistance 71

 

Ni État, ni nation, fédéralisme et révolution

 

Groupe Anarchiste C. Cafiero, FAI, Italie

 

Septembre 2016

 

url de l’article original:

http://www.monde-libertaire.fr/?article=Ni_Etat_ni_nation_Federalisme_et_revolution

 

Le 24 septembre dernier des milliers de personnes ont manifesté à Rome en solidarité avec le peuple kurde. Des femmes et des hommes de tous âges, dès les premières heures de la matinée, sont arrivé.e.s de toute l’Italie, du nord au sud et des îles, pour se concentrer sur la place de Porta Pia.

La communauté kurde a ouvert la procession, suivie des mouvements de solidarité venant de différentes régions, des comités de femmes, des associations, les « No TAV » (opposant.e.s à la ligne de train à grande vitesse dans le Val de Suze) et les « No MUOS » (opposant.e.s à la construction d’une base de surveillance militaire satellitaire en Sicile), les centres sociaux, les anarchistes, l’USI-AIT, les syndicats de base, la société civile, tou.te.s ensemble à l’appui de la résistance kurde et aux personnes vivant dans ces territoires. Beaucoup de libertaires, anarchistes fédéré.e.s ou non, ont répondu à l’appel lancé dans les jours précédant par le Groupe Anarchiste C.Cafiero, FAI Rome, et par la Fédération Anarchiste italienne et ont défilé sous la banderole rouge et noire « Pas d’État, pas de Nation, Fédéralisme, Révolution ».

Les drapeaux noirs et rouges de l’IFA et de l’USI-AIT ont accompagné la banderole pendant que la manifestation défilait dans les rues de la ville. Près de l’ambassade de Turquie, des cris de protestation se sont élevés contre le fasciste Erdogan, et les chants de la résistance kurde ont été diffusés par le camion qui a ouvert le défilé. Dans les jours précédant la manifestation il y avait eu à Rome des réunions, des distributions de tracts, des appels avec des mégaphones devant l’office du tourisme de l’ambassade de Turquie, une balade à vélo, des bannières de solidarité sur le pont Garibaldi et des adresses de solidarité envers le peuple kurde ont rempli les murs de la ville.

La manifestation a eu lieu exactement un mois après l’entrée de l’armée turque dans Jarablus (ville en territoire kurdo-syrien). Jarablus est une ville proche de la frontière turco-syrienne et de Kobane, ville libérée en janvier 2015, après 137 jours de siège par l’État islamique.

La ville de Kobane a été libérée par la résistance kurde, partisan et partisanes de l’Unité d’auto-défense du peuple (YPG) et les unités d’auto-défense des femmes (YPJ).

Le 24 août dernier, l’État turc a envahi Jarablus, évidemment d’une manière concertée, puisque à l’arrivée de l’armée turque, l’État islamique venait de quitter la ville.

Une invasion par l’armée turque planifiée donc par l’État turc et l’État islamique dans le but d’écraser dans le sang la révolution à Rojava (Kurdistan syrien). L’État turc a commencé « l’opération Bouclier de l’Euphrate » pour mettre en œuvre la solution finale et l’anéantissement du peuple kurde.

Le projet du génocide des Kurdes et de tous les peuples vivant dans la région du Kurdistan est venu après un an d’effusion de sang et à la guerre, des milliers de civils tués, des centaines de villages, de villes détruites et des exécutions sommaires, des milliers d’évacuations forcées.

Dans les régions de la Turquie à majorité kurde (Bakur), c’est maintenant une guerre ouverte contre la population civile.

Après le coup d’État manqué en Turquie en juillet, Erdogan a renforcé sa dictature et a accru la terreur parmi la population non seulement kurde. La liberté de la presse a été éliminée dans tout le pays. Des journalistes et des avocat.e.s ont été arrêté.e.s.

Des dizaines de milliers d’employé.e.s publics, d’enseignant.e.s, d’universitaires, des objecteurs au service militaire ont été licencié.e.s.

La répression contre des groupes actifs dans les luttes et les mouvements sociaux a augmenté sous le couvert de l’état d’urgence. Les anarchistes, les socialistes, les groupes démocratiques kurdes ont été frappés par les mesures liberticides du gouvernement turc. Même les anarchistes de la DAF (Mouvement anarchiste révolutionnaire) ont été touché.e.s par les mesures répressives et leur journal Meydan a été fermé.

Le projet d’Erdogan de créer une « zone tampon » le long de la frontière turco-syrienne, va de l’avant et c’est le lieu où l’État turc a fait et continue de faire passer l’approvisionnement à l’État islamique.

Le 13 août, la ville de Mambij a été libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) du contrôle de l’État islamique.

Une étape importante pour la révolution au Rojava (Kurdistan syrien). Ce progrès des Kurdes dans la résistance et dans la défaite de l’État islamique n’a pas été apprécié par le régime turc d’Erdogan et le régime syrien d’Assad.

Avec la révolution à Rojava (Kurdistan syrien) de juillet 2012, le mouvement de libération kurde a créé un système autogestionnaire de conseils dans les quartiers, dans les villages fondé sur le communalisme, l’auto-organisation fédéraliste fondée sur l’écologie, sur l’égalité dans la diversité des peuples, des cultures et des genres.

Le progrès de l’auto-détermination des Kurdes est une menace pour le capitalisme, l’État, le patriarcat, pour les puissances impérialistes et les trafiquants d’armes qui profitent de la guerre.

Sous prétexte d’aider les réfugié.e.s, créé.e.s par une guerre dans laquelle l’État turc est impliqué, l’UE lui a alloué directement 6 milliards d’euros auxquels elle a ajouté, au cours des derniers jours, 348 millions d’euros.

Au Rojava, à Bakur, comme en Italie et dans le reste du monde, la révolution dans une perspective libertaire est le patrimoine de tou.te.s les anarchistes internationalistes.

Turquie et nettoyage ethnique: Erdogan fait-il le sale boulot de l’empire ?

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N’oublions pas que les Kurdes et le PKK c’est depuis 1999 le Confédéralisme Démocratique, mis pas à pas en place depuis 2004-2005 en Turquie et en Syrie. La province syrienne du Rojava est le lieu d’une confédération de communes suivant le manifeste d’Abdullah Ocalan publié en 2011. Cette expérience politico-sociale est une véritabe menace au concept même de l’état-nation, concept erroné et qui a échoué pitoyablement partout.

La question est la suivante: Erdogan est-il le Franco du XXIème siècle ? L’oligarchie qui maintient les états-nations en place se sert-elle aujourd’hui d’Erdogan comme elle s’est servi de Franco (et de ses alliés, incluant pour l’occasion les staliniens et les démocraties dites libérale européennes comme la France ) en 1936-39 pour détruire la révolution sociale en cours ? Pas du tout impossible, affaire à suivre de très près… Kurdes du PKK et affiliés de 2016 et anarchistes espagnols de 1936 semblent avoir une destinée commune.

— Résistance 71 —

 

Erdogan déjà 5 000 Kurdes tués

 

Réseau Voltaire

 

29 Mars 2016

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article191012.html

 

 

Prononçant, le 28 mars 2016, un discours à l’École de guerre, le président Erdoğan a dressé le bilan de la guerre contre la terreur entreprise par son gouvernement depuis l’attentat de Suruç, le 20 juillet 2015.

Alors que cet attentat avait été revendiqué par Daesh et qu’il avait tué des militants du PKK et des Alévis favorables au président el-Assad, le président Erdoğan en avait tiré la conclusion qu’il lui fallait reprendre la guerre contre les organisations kurdes.

En neuf mois plus de 5 000 Kurdes, membres ou non du PKK, ont été tués par les forces de sécurité (armée et police) qui ont perdu de leur côté 355 hommes.

Si les victimes kurdes de la répression turque sont effectivement des combattants du PKK, cette organisation est aujourd’hui profondément atteinte. Mais il semble, qu’en réalité, la très grande majorité des morts soient de simples civils. Dans ce cas, la répression ne fera que susciter la révolte et fera grossir les rangs du PKK.

A ceux qui l’accusent d’avoir supprimé les libertés publiques au nom de la guerre à la terreur, le président Erdoğan a répondu que son pays avait au mieux conservé l’équilibre sécurité/liberté. En effet, a-t-il poursuivi, la guerre [civile] est limitée à de très faibles portion de territoire et n’atteint pas l’ensemble des citoyens. Il a alors vivement critiqué les diplomates occidentaux qui se sont rendus au procès du rédacteur-en-chef de Cumhuriyet —qui avait publié des photos et vidéos des livraison d’armes du MIT aux jihadistes—, les accusant de soutenir un « espion » lié aux terroristes.

Au cours du même discours, le président Erdoğan a souligné que la Turquie ne pouvait pas rester aveugle aux développements dans les Balkans, au Levant, en Afrique du Nord et dans le Caucase où vivent des populations liées par l’affection et la culture turque. En outre, il a rappelé que l’Asie centrale est la « patrie » des Turcs.

Enfin, il a conclu en soulignant que la Turquie ne soutient pas les jihadistes, qu’elle a expulsé plus de 3 500 étrangers qui leur sont liés, et en a incarcéré plus de 1 000.

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 2ème partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

Par

Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

En contraste total avec une compréhension administrative centraliste et bureaucratique de l’exercice du pouvoir politique, le confédéralisme pose un type d’autogestion politique où tous les groupes de la société et toutes les identités culturelles peuvent s’exprimer dans des assemblées locales, dans des conventions générales et des conseils (NdT: Ceci est connu par exemple depuis le XIIème siècle au sein de la confédération des 5 puis 6 nations iroquoises suivant la Grande Loi de la Paix, loi de la terre, Kaiane’reko:wa et même auparavant avec la plus vieille confédération reconnue au monde: celle de l’Islande.). Cette compréhension de la politique et de la démocratie ouvre ce même espace politique à toutes les strates de la société et permet la formation de groupes politiques divers et différents. Ceci sert également à l’intégration politique de la société dans son entièreté. La politique devient une grande partie de la vie quotidienne. Sans politique la crise de l’État ne peut pas être résolue car la crise est alimentée par un manque de représentation de la société politique. Les termes de fédéralisme et d’auto-administration, connus dans les “démocraties libérales” doivent être repensés. Ces termes ne doivent pas être pensés en termes de hiérachisation de l’administration de l’état-nation mais plutôt comme des outils centraux de l’expression sociale et de la participation citoyenne. Ceci poussera naturellement la politisation de la société. Il n’y a aucun besoin de grandes théories politiques ici, ce dont nous avons besoin est de laisser libre-court à l’expression des besoins sociaux en renforçant structurellement l’autonomie des acteurs politico-sociaux et en créant les conditions pour l’organisation de la société dans son entièreté. La création d’un niveau opérationnel où toutes sortes de groupes politiques, sociaux, de communautés rfeligieuses ou de tendances intellectuelles pourront s’exprimer directement dans toutes les prises de décision politique. Ceci peut aussi être appelé la démocratie participative. Plus forte est la participation et au plus puissant est ce type de démocratie.

Là où l’état-nation est en contraste total avec l’idée même de démocratie, voire même en nie l’existence, le confédéralisme démocratique constitue lui, un processus démocratique fluide et continu.

Les acteurs sociaux, qui sont par eux-mêmes des unités fédératives, sont les cellules de la germination de la démocratie participative. Ils peuvent se combiner, s’associer dans de nouveaux groupes et confédérations (associations libres) en rapport avec la situation. Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative est essentiellement démocratique.

De cette façon, ce que nous appelons démocratie est l’application des processus démocratiques de prise de décision politique partant du local pour rayonner vers le global et ce dans un cadre de processus politique fluide et continu. Ce processus va affecter la structure de la toile sociale de la société en contraste avec la poussée pour l’homogénéité de l’état-nation, une construction qui ne peut être obtenue que par la force menant ainsi à la perte inhérente de la liberté.

J’ai déjà dit que le niveau local est le niveau où les décisions sont prises. Quoi qu’il en soit, la pensée menant à ces décisions a besoin d’être en ligne et en connexion avec les problèmes globaux et généraux. Nous devons comprendre et intégrer le fait que mêmes les villages et les banlieues urbaines demandes des structures confédérées. Tous les aspects de la société doivent être autogérés et tous les niveaux doivent être libres de participer.

L’auto-defense

Essentiellement, l’état-nation est une entité structurée militairement. Les états-nations sont tous ultimement des produits de toutes sortes de conflits et de guerres internes et externes. Absolument aucun de tous ces états-nations existant, n’est apparu “naturellement”, par lui-même. Invariablement, ils ont un grand nombre de guerres en archives. Ce processus n’est pas limité à leur phase de création, mais plutôt, il construit sur la militarisation de la société entière. Le leadership civil de l’état-nation n’est qu’un ustensile de son appareil militaire. Les démocraties dites libérales vont même plus loin en peignant leurs structures militaires aux couleurs de la démocratie libérale. Cela ne les empêche nullement de rechercher des solutions autoritaires au climax d’une crise qui a été engendrée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est la nature même de l’état-nation. Le fascisme est la forme la plus pure de l’état-nation.

Cette militarisation ne peut-être repoussée qu’avec l’aide de l’auto-défense. Les sociétés sans aucun mécanisme d’auto-défense perdent leur identité, leur capacité de prise de décision démocratique et leur nature politique. C’est pourquoi l’auto-défense d’une société n’est pas seulement limitée à la dimension militaire. Cela présuppose également la préservation de son identité, de sa propre conscience politique et d’un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’auto-défense.

Sur cette toile de fond, le confédéralisme démocratique peut être appelé un système d’auto-défense de la société. Seulement avec l’aide de réseaux confédérés peut-il y avoir une base pour opposer la domination globale des monopoles et du militarisme de l’état-nation.

Contre le réseau des monopoles, nous devons construire un réseau tout aussi fort de confédérations politico-sociales. Ceci veut dire en particulier que le paradigme social du confédéralisme n’implique aucunement un monopole militaire des forces armées, qui n’ont pour seule tache que d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. Elles sont sous le contrôle direct des institutions démocratiques (les assemblées). La société elle-même déterminera leurs devoirs. Une de leurs taches majeure sera la défense de la liberté d’action de la société d’interventions intérieures et extérieures. La composition du leadership militaire doit être déterminée en termes et parties égaux d’à la fois les institutions politiques et les groupes confédérés.

Le confédéralisme démocratique contre la velléité d’hégémonie

Dans le confédéralisme démocratique, il n’y a aucune place pour quelque sorte de volonté hégémonique que ce soit. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’idéologie. L’hégémonie est habituellement un principe qui est suivi par le type classique de civilisation. Les civilisations véritablement démocratiques rejettent les pouvoirs hégémoniques et les idéologies.

[…]

La façon collective de gérer les affaires sociales a besoin de compréhension, de respect des opinions non consentantes ou dissidentes et des méthodes démocratiques de prise de décision. Ceci est en contraste total avec la compréhension de la notion de leadership dans la modernité capitaliste où des décisions bureaucratiques arbitraires du caractère de l’état-nation sont diamétralement opposées avec le leadership démocratique confédéré en ligne avec des fondations éthiques.

Dans le confédéralisme démocratique les institutions de leadership n’ont pas besoin de validation, de légitimation idéologiques. De la sorte, elles n’ont aucune velléité d’obtenir l’hégémonie.

Il est bien entendu que le point de focalisation du confédéralisme démocratique se situe au niveau local, néanmoins l’organisation du confédéralisme au niveau global n’est en rien exclu. Au contraire, nous avons besoin d’établir une plateforme de sociétés civiles nationales en termes d’une assemblée confédérée afin de nous opposer aux Nations-Unis en tant qu’association des états-nations sous la direction des grandes puissances. De cette façon, nous pourrions obtenir de meilleures décisions en ayant toujours une claire vision sur la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique peut-être décrit comme une sorte d’auto-administration, d’autogestion, en contraste total avec l’administration de l’état-nation. Mais, sous certaines circonstances, une coexistence pacifique est possible aussi loin que l’état-nation n’interfère pas avec les affaires centrales de l’autogestion. (NdT: On reconnaît ici le principe même du traité Wampum Deux Rangées mis en place par la confédération iroquoise pour gérer les relations entre la confédération et des groupes extérieurs venant en contact, ceci pour dire que le mécanisme de gestion de l’autre existe, il a déjà été mis en place dans l’histoire et fonctionne parfaitement bien, le colonialisme en tant que fonction inhérente de l’État destructeur a cancérisé la société humaine. L’État est un cancer ! ). Toute intervention d’interférence appelerait à une action d’auto-défense de la part de la société civile.

Le confédéralisme démocratique n’est en guerre avec aucun état-nation mais il ne restera pas passif et timide à tout effort d’assimilation. Un renversement révolutionnaire ou la fondation d’un nouvel état ne créent en rien un changement durable et viable. Sur le long terme, liberté et justice ne peuvent être accomplies que par un processus dynamique politique démocratique et confédéré.

Ni le rejet total ni la reconnaissance totale de l’état sont utiles aux efforts démocratiques de la société civile. L’estompage de l’état, particulièrement de l’état-nation, est un processus de long-terme.

L’état sera dépassé lorsque le confédéralisme démocratique aura prouvé ses capacités à résoudre les problèmes en vue des affaires politiques et sociales. Ceci ne veut pas dire que des attaques par l’état-nation doivent être acceptées. Les confédérations démocratiques vont maintenir l’auto-défense et ses forces à tout moment. Les confédérations démocratiques ne seront pas limitées à s’organiser au sein d’un territoire particulier. Elles vont devenir des confédérations au-delà des frontières lorsque les sociétés concernées le désireront.

Les principes du confédéralisme démocratique

  1. Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état qui leur soit propre. Mais la fondation d’un état n’augmente en rien la liberté des peuples. Le système des Nations-Unies (ONU) qui est basé sur l’état-nation est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles pour tout développement social. Le confédéralisme démocratique est le paradigme par contraste du peuple opprimé.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme politico-social non étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le confédéralisme démocratique est le modèle organisationnel culturel d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du epuple. Ses processus de prises de décisions reposent sur les communautés. De plus hauts niveaux ne servent qu’à la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués (révocables) aux assemblées générales. Pour une durée et un espace limités, ils sont à la fois les portes-parole et institutions exécutives. Quoi qu’il en soit, la base du pouvoir de décision demeure avec les institutions de la base populaire au sein des communautés.
  4. Au Moyen-Orient, la démocratie ne peut pas être imposée par le système capitaliste et ses puissances impérialistes qui ne font qu’endommager la démocratie. La propagation de la démocratie de la base populaire est élémentaire. C’est la seule approche qui peut s’occuper des divers groupes ethniques, religions et différences de classes actuelles. Cela est aussi en adéquation avec la structure confédérale traditionnelle de la société dans son ensemble.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est un mouvement anti-nationaliste. Il vise à réaliser le droit d’auto-défense des peuples par l’avancement de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan sans questionner les frontières politiques existantes. Son but n’est absolument pas la formation d’un état-nation kurde, mais le mouvement a l’intention d’établir des structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, qui seront ouvertes à tous les Kurdes et dans le même temps qui formeront une confédération parapluie pour les quatre parties du Kurdistan.

Les problèmes des peuples au Moyen-Orient et les voies possibles pour une solution

La question nationale n’est pas un fantasme de la modernité capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, ce fut cette modernité capitaliste qui imposa cette question à la société. La nation remplaça la communauté religieuse., mais la transition vers une société nationale a besoin de dépasser ceci si la nation ne veut pas demeurer le déguisement des monopoles répressifs.

[…] La méthode pour gérer ce problème ne doit pas être idéologique mais scientifique et pas du domaine de l’état-nation, mais au contraire basé sur le concept de nation démocratique et de communalisme démocratique.

[…] Au lieu de cultiver une concurrence productive, le capital impose des guerres internes et externes au nom de l’état-nation.

La théorie du communalisme serait une alternative au capitalisme. Dans le cadre de nations démocratiques qui ne poussent pas pour des monopoles de pouvoir, cela peut conduire à la paix dans une région qui n’a été que le théâtre de guerres sanglantes et de génocides.

Dans ce contexte, nous pouvons parler de quatre nations majoritaires: arabes, perses, turques et kurdes. Je ne veux pas diviser les nations en majorité et minorité car je ne trouve pas cela très approprié. Mais à cause de considérations démographiques, je parlerai de nations majoritaires. Nous pouvons utiliser le terme de monoritaire dans le même contexte démographique.

  1. Il y a plus de 20 états-nations arabes qui divisent la communauté arabe et endommagent leurs sociétés par des guerres sans fin. […] Un nationalisme tribal motivé religieusement combiné avec une société patriarcale sexiste sont pervasifs à toutes les zones de la société résultant en un conservatisme très particulier et une forme d’obéissance très esclavagiste. Personne ne croit que les Arabes seront capables de trouver une solution nationale arabe à leurs problèmes endogènes. Quoi qu’il en soit, une démocratisation et une approche communaliste pourraient bien apporter une telle solution. Leur faiblesse envers Israël, que les états-nations arabes regardent comme un concurrent, n’est pas seulement le résultat d’un soutien international des puissances hégémoniques [à Israël], mais plutôt est le résultat de fortes institutions communales au sein d’Israël. Au cours du siècle écoulé, la société de la nation arabe a été affaiblie par un nationalisme radical et l’islamisme. Pourtant, s’ils sont capables d’unifier le socialisme communaliste auquel ils ne sont pas du tout étrangers avec la compréhension d’une nation démocratique, alors ils seront capables de trouver une solution sécure de long terme.
  2. Les Turcs et les Turkmens forment une autre nation d’influence. Ils partagent une compréhension idéologique et de pouvoir similaire avec les Arabes. Ils sont de profonds convaincus du bienfondé de l’état-nation et ont de profondes racines religieuses et de nationalisme racial.
    […] Les problèmes nationaux sont complexes. Le pouvoir dérive et se renforce de l’état-nation, d’un nationalisme distinctif et d’une société patriarcale sexiste, créant un environnment social ultra conservateur. La famille y est vue comme la plus petite cellule de l’État. Les communautés turques et turkmens luttent pour le pouvoir. Les autres groupes ethniques sont soumis à une politique de subjugation. Les structures du pouvoir centralisées de l’état-nation turc avec son idéologie officielle très rigide ont empêché jusqu’à aujourd’hui une solution viable à la question kurde. La société a été amenée à penser qu’il n’y a aucune alternative à l’État. (NdT: ceci est également vrai dans toute la société occidentale où les institutions étatiques persuadent les peuples qu’il n’y a non seulement pas d’alternative à l’État, mais que l’État serait la forme organisationnelle la plus “évoluée” pour l’humanité…) Ainsi, il n’y a aucun équilibre entre l’individu et l’état. L’obéissance aveugle est vue comme la plus grande des vertus. […]
    Une confédération démocratique des communautés nationales turques pourrait être une sérieuse contribution à la paix dans le monde et à un système de modernité démocratique.
  3. La société national kurde est très complexe. Dans le monde, les Kurdes sont la plus grande nation sans un état à leur nom. Les Kurdes sont sur leurs terres actuelles depuis le Néolithique.
    La question nationale kurde émerge du fait qu’on leur a toujours nié le droit à une nationalité. Certains ont essayé de les assimiler, de les annihiler et à la fin, simplement de nier leur existence même. Ne pas avoir son propre état possède des avantages et des inconvénients. Ce fut certainement un bénéfice dans la compréhension pour la réalisation de concepts sociaux alternatifs bien au-delà de la modernité capitaliste. La zone d’établissement du peuple kurde est divisée par les frontières de quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) et se trouve au cœur même d’une très importante région géostratégique, ce qui donne aux Kurdes un gros avantage stratégique. Les Kurdes ne forment pas une société nationale au moyen du pouvoir d’état. Bien qu’il existe aujourd’hui une entité politique kurde dans un “Kurdistan irakien”, ceci n’est pas un état-nation mais plutôt une entité para-étatique.
    Le Kurdistan a aussi été la patrie de minorités arméniennes et aramaïques/araméennes avant que celles-ci ne soient les victimes de génocides (commis par les états-nations). Il y a aussi de petits groupes arabes et turcs. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de religions et de croyances différentes vivant côte à côte en terres kurdes. Il y a aussi quelques rudiments de culture tribale et clanique tandis qu’il n’y a pratiquement aucune culture urbaine.
    Toutes ces propriétés sont une grande opportunité pour de nouvelles formations politiques démocratiques ; des coopératives communales dans l’agriculture, mais aussi dans la distribution de l’eau, de l’énergie, sont d’excellents moyens de production. La situation est aussi favorable pour le développement d’une société politique éthique, même l’idéologie patriarcale est moins ancrée ici que dans les sociétés voisines.
    Ceci est bénéfique pour l’établissement d’une société démocratique où la liberté de la femme et l’égalité seront un des principaux piliers. Ceci donne aussi l’opportunité de construire une nation démocratique fondée sur des identités multi-nationales ce qui représente une bien meilleure solution à l’impasse présentée par l’état-nation. L’entité émergente de tout ceci pourrait servir de modèle pour tout le Moyen-Orient et s’étendre dynamiquement dans les pays voisins. Convaincre les pays voisins de ce modèle changera la face et la destinée dub Moyen-Orient et renforcera la chance pour la modernité démocratique de créer une alternative réelle et viable.
  4. Les raisons des problèmes de la nation perse ou iranienne d’aujourd’hui peuvent être trouvées dans les interventions des civilisations historiques et la modernité capitaliste. Bien que leur identité d’origine fut le résultat de la tradition zoroastre et mithraïque, celles-ci furent annulées par un dérivé de l’Islam. Le manichéisme qui émergea de la synthèse du judaïsme, du christianisme et de l’Islam mélangés à la philosophie grecque ne fut pas capable de prévaloir sur l’idéologie de la civilisation officielle. De fait, cela n’alla pas plus loin que de pomponner la tradition de la rébellion. Ceci convertit donc la tradition islamique en une dénomination chi’ite et l’a adopté pour être la dernière idéologie civilisationnelle en date. Des efforts sont faits pour moderniser cette idéologie en passant des éléments de la modernité capitaliste au travers du filtre chi’ite.
    La société iranienne est multi-ethnique et multi-religieuse et possède une très riche culture. Toutes les identités nationales et religieuses du Moyen-Orient peuvent se trouver en Iran. Cette diversité est en contraste marqué avec l’affirmation hégémonique de la théocratie qui cultive un subtil nationalisme religieux et la classe dirigerante ne se recoqueville pas de sa propagande anti-moderniste lorsque cela sert ses intérêts. Des tendances révolutionnaires et démocratiques ont été intégrées par la civilisation traditionnelle. Un régime despotique y gouverne avec perspicacité.
    Malgré un centralisme étatique très fort en Iran, une forme de fédéralisme existe depuis la base populaire. Lorsque des éléments de civilisation démocratique et fédéraliste s’y entrecroisent incluant les Azeris, les Kurdes, les Balouchis, les Arabes et les Turkmens, le projet d’une “Confédération Démocratique d’Iran” peut tout à fait émerger et devenir une solution très attractive. Le mouvement des femmes et les traditions communales joueront ici un rôle spécial et prépondérant.
  5. La question nationale arménienne contient une des plus grandes tragédies que le “progrès” de la modernité capitaliste ait amené au Moyen-Orient. Les Arméniens sont un vieux peuple. Ils partagent bien de leurs installations territoriales avec les Kurdes. Tandis que les Kurdes vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage, les Arméniens sont des artisans et des artistes. Tout comme les Kurdes, les Arméniens ont développé une tradition d’auto-défense. Mise à part une très courte période, les Arméniens n’ont jamais fondé d’État. Ils reposent sur la foi chrétienne qui leur donne leur identité et leur foi en la rédemption. A cause de leur religion, ils furent souvent opprimés par la majorité musulmane. Ainsi, le nationalisme émergeant bourgeonna dans la bourgeoisie arménienne. Il y eut très vite de grandes différences avec le nationalisme turc ce qui déboucha sur le génocide des Arméniens par les Turcs. Les Arméniens sont le second groupe culturel avec les juifs vivant dans une diaspora. La création d’un état arménien à l’ouest de l’Azerbaïdjan n’a néanmoins pas résolu la question nationale arménienne. Les conséquences du génocide ne peuvent pas être exprimées par les mots. La quête de leur pays perdu définit leur psychée nationale et est au cœur même de la question arménienne. La situation est aggravée par le fait que ces zones ont été colonisées depuis par d’autres personnes. Tous concepts basés sur un état-nation ne peuvent pas résoudre le problème, offrir une vraie solution. Il n’y a là-bas ni une structure populaire homogène, ni de frontières suffisamment claires comme il est requis dans le système de la modernité capitaliste.
    Ainsi des structures confédérées pourraient bien être la solution pour le peuple arménien. […] Cela leur permettrait de retrouver une place dans la pluralité culturelle moyen-orientale. S’ils se renouvelaient sous une nation arménienne confédérale démocratique, non seuleent continueraient-ils à jouer un rôle historique important au sein de la culture moyen-orientale, mais ils y trouveraient également le vrai chemin de la libération.
  6. Dans les temps modernes, les chrétiens araméens (Assyriens) ont aussi souffert de la même destinée que les Arméniens. Eux aussi sont un des plus vieux peuples du Moyen-Orient. Ils ont partagé une zone teritoriale avec les Kurdes et avec d’autres peuples. Tout comme les Arméniens, ils ont souffert d’une oppression de la part de la majorité musulmane pavant la voie pour un nationalisme araméen de leur bourgeoisie. Les Araméens furent aussi victimes d’un génocide aux mains des Turcs sous les auspices criminels du Comité pour l’Unité et le Progrès fasciste. Des collabos kurdes au régime ont été complices de ce génocide. La question de la société nationale araméenne a ses racines dans la civilisation mais s’est aussi développée plus avant avec le christianisme et les idéologies de la modernité. Pour une solution viable, il est besoin d’un changemement radical des Araméens. Leur véritable salut réside probablement dans leur départ de la mentalité de la civilisation classique et de la modernité capitaliste et en lieu et place, embrasse la civilisation démocratique et renouvelle leur riche mémoire culturelle comme un élément de la modernité démocratique afin qu’ils se reconstruisent comme une “Nation Araméenne Démocratique”.
  7. L’histoire du peuple juif donne aussi une expression de la problématique générale de l’histoire culturelle du Moyen-Orient. La recherche de la toile de fond d’expulsion, de pogroms et de génocide revient à équilibrer les comptes des civilisations. L’ancienne communauté juive a pris les influences des anciennes cultures sumérienne et égyptienne ainsi que que celles des cultures tribales locales. Elle a énormément contribué à la culture moyen-orientale. Comme les Araméens, ils furent les victimes des développement extrèmes de la modernité. Sur cette toile de fond, les intellectuels de descendance juive ont développé un point de vue complexe envers ces affaires.
    […] L’état-nation israélien est en guerre depuis sa création. Le slogan est: œil pour œil. On ne peut pas combattre le feu avec le feu. Même si Israël jouit d’une relative sécurité grâce au soutien international qu’il possède, ceci ne représente en rien une solution durable. Rien ne sera sécure en permanence aussi longtemps qu’on n’aura pas dépassé la modernité capitaliste.
    Le conflit en Palestine démontre que le paradigme de l’état-nation n’est pas une solution viable. Il y a eu trop d’effusion de sang et ce qui demeure est le difficile héritage de problèmes en apparence insolubles. L’exemple israélo-palestinien démontre l’échec total de la modernité capitaliste et le modèle d’état-nation.
    Les Juifs font partie des porteurs de culture du Moyen-Orient. Nier leur droit à l’existence est une attaque sur le Moyen-Orient en tant que tel. Leur transformation en une nation démocratique comme pour les Arméniens et les Araméens rendrait leur participation à une confédération démocratique du Moyen-Orient bien plus facile.
    Le projet pour une “Confédération Démocratique de l’Égée Orientale” serait un point de départ tout à fait positif. Des identités religieuses et nationales au sens strict du terme pourraient bien évoluer en des identités ouvertes et flexibles sous un tel projet. Israël pourrait aussi bien évoluer en une nation plus démocratique et acceptable. Ses voisins devront sans aucun doute participer à cette transformation eux-mêmes.
    Les tensions et les conflits armés du Moyen-Orient rendent la transformation du paradigme politique de la modernité inévitable. Sans cela, une solution aux difficiles problèmes sociaux et aux questions nationales est impossible. La modernité démocratique offre une alternative à ce système actuel qui est absolument incapable de résoudre les problèmes.
  8. L’annihiliation de la culture hellénique en Anatolie (NdT: aussi appelée l’Asie Mineure, qui correspond aujourd’hui au territoire turc oriental, plus de 90% de sa superficie) est une perte qui ne peut pas être compensée. Le nettoyage ethnique qui fut entrepris par à la fois les Turcs et les Grecs dans le premier quart du XXème siècle a laissé sa marque. Aucun état n’a le droit de chasser des peuples de leurs terres ancestrales et de leur région culturelle. Quoi qu’il en soit, les états-nations ont démontré leur inhumanité envers les problèmes politiques et culturels encore et toujours. Les attaques sur les cultures hellénique, araméenne, juive et arménienne montèrent d’un cran alors que l’Islam se répandait sur le Moyen-Orient. Ceci en retour, contribua au déclin de la civilisation moyen-orientale. La culture musulmane n’a jamais été capable de remplir le vide laissé et émergeant. Au XIXème siècle, lorsque la modernité capitaliste s’avança au Moyen-Orient, elle y trouva un désert culturel créé par une érosion culturelle auto-infligée. La diversité culturelle renforce également les mécanismes de défense d’une société. Les monocultures sont moins robustes. Ainsi la conquête du Moyen-Orient ne fut pas difficile. Le projet de nation homogène comme il fut propagé par l’État-nation ne fit qu’avancer leur déclin culturel.
  9. Les groupes ethniques caucasiens (NdT: blancs) ont aussi leurs problèmes sociaux qui ne sont pas insignifiants. Encore et encore ont-ils migré vers le Moyen-Orient et stimulé sa culture. Ils ont contribué de manière incontestable à sa richesse culturelle. L’arrivée de la modernité a presque fait disparaître ces minorités culturelles. Eux aussi trouveraient une place plus qu’adéquate au sein d’une structure confédéraliste démocratique.

Finalement, laissez-moi encore dire que les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient sont profondément enracinés dans la civilisation de classes. Elles se sont resserrées avec la crise globale de la modernité capitaliste. Cette modernité et sa domination clâmée ne peut offrir aucune solution sans mentionner l’absence de perspective à très long terme pour la région moyen-orientale.
Le futur est le Confédéralisme Démocratique.

= = =

Note de Résistance 71:

Nous avons trouvé le texte complet en français en ligne, le voici:

« Le Confédéralisme Démocratique », Abdullah Ocalan, 2011

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 1ère partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

 

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

 

par Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Abdullah Ocalan est un militant et activiste indépendantiste kurde né en Turquie en 1948. Il est le fondateur du Parti Ouvrier Kurde, de ses initiales plus connues de PKK en 1978, parti en lutte contre la Turquie et la Syrie pour un regain de souveraineté. Originellement marxiste-léniniste, Ocalan a transformé sa pensée et sa ligne politique vers une pratique plus libertaire et a renoncé lui et le PKK, au credo et sectarisme marxiste-léniniste à la fin des années 90.

Réfugié, herbergé puis chassé de Syrie par Hafez al-Assad, Ocalan a été enlevé en 1998 au Kenya par les services de renseignement turcs (MIT) avec l’aide de la CIA et exfiltré en Turquie.

Condamné à mort, sa peine fut commuée en détention à vie en QHS. Il est enfermé sur l’île prison d’Imrali en Mer de Marmara. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont en 2011 ce manifeste pour le confédéralisme démocratique, idée qu’il a développée d’après la pensée et la pratique du municipalisme libertaire et écologique de l’anarchiste et ex-marxiste américain Murray Bookchin (décédé en 2006) dont l’œuvre est continuée par sa compagne Janet Biehl, qui a séjourné au Rojava syrien.

Ocalan a tourné résolument le PKK et la lutte des Kurdes de Turquie et de Syrie, vers le Confédéralisme Démocratique, qui a commencé à se mettre en place essentiellement en territoire kurde de Turquie et dans la province kurde du nord de la Syrie du Rojava autour des communes de Kobané depuis 2005 et cette forme libertaire de gouvernance démocratique directe y est effective et fonctionnelle dans cette région du monde.

Notre lectorat notera au gré des écrits de l’auteur la similitude flagrante entre le peuple kurde, autochtone à cette zone du Proche-Orient depuis le Néolithique et la sitiuation politique et économique des nations amérindiennes originelles toujours sous le joug colonial. Ce que le PKK et ses branches du YPG/YPJ kurdes syriens accomplissent est par là similaire à ce que les Zapatistes du Chiapas au Mexique ont réalisé depuis 1994 ainsi que de toutes les revendications issues des mouvements amérindiens tant du nord que du sud. C’est pour cela qu’ils sont la cible de l’État et de son totalitarisme inhérent, suffit de voir la répression sauvage dont font l’objet les Kurdes de Turquie et du Rojava au main de l’état fasciste turc, soutenu par l’OTAN.

Voici ce que nous dit Abdullah Ocalan dans la préface de son manifeste:

“Depuis plus de 30 ans le Parti Ouvrier Kurde (PKK) a lutté pour les droits légitimes du peuple kurde. Notre lutte, notre combat pour la libération a tourné la question kurde en une question internationale qui a affecté l’ensemble du Moyen-Orient et a amené une solution possible à la question kurde.

Lorsque le PKK fut formé à la fin des années 1970, le climat politique et idéologique était caractérisé par un monde bipolaire issus de la guerre froide et le conflit entre les camps socialiste et capitaliste. Le PKK fut inspiré à cette époque par la montée des mouvements de décolonisation partout dans le monde. Dans ce contexte, nous essayâmes de trouver notre propre voie en accord avec la situation particulière de notre nation. Le PKK n’a jamais regardé la question kurde comme un seul problème ethnique ou de nationalité. Nous avons plutôt cru que c’était un projet de libération de la société et de sa démocratisation. Ces buts déterminèrent nos actions de manière croissante dans les années 1990.

Nous avons aussi reconnu un lien causal entre la question kurde et la domination globale du système capitaliste moderne. Sans questionner ni défier ce lien, une solution serait impossible. Autrement nous ne nous serions impliqués que dans de nouvelles dépendances. (NdT: ceci est très très similaire aux multiples déclarations des Zapatistes du Chiapas, qui soutiennent Ocalan et la lutte du PKK…)

Ainsi, du point de vue des problèmes d’ethnicité et de nationalité comme la question kurde, qui ont aussi leurs racines très profondes dans l’histoire et les fondations de la société, il n’a semblé n’y avoir plus qu’une seule solution viable: la création d’un état-nation, ce qui représentait le paradigme de la modernité capitaliste de l’époque.

Nous n’avons pas néanmoins cru que n’importe quel modèle politique prêt à l’emploi pourrait améliorer la situation de manière durable pour le peuple au Moyen-Orient. N’était-ce pas le nationalisme et les états-nations qui avaient créé tant de problèmes au Moyen-Orient en première instance ?

Observons donc de plus près la toile de fond historique de ce paradigme et voyons si nous pouvons cartographier une solution qui évite le piège du nationalisme et qui sied mieux à la situation du Moyen-Orient en général.”

-[]- Le manifeste d’une petite cinquantaine de pages est divisé en 4 grands chapitres couvrant les concepts de: l’état-nation, le confédéralisme démocratique, les principes du CD et les problèmes des peuples au MO et les voies possibles de solution.

En voici des extraits traduits par nos soins. L’intégralité de ce texte existe en français, mais pas en ligne à notre connaissance, il a été édité sous forme de pamphlet (payant).

Notez à la lecture de ce qui suit qu’Ocalan place justement le cœur du processus de décision de la société comme étant un processus POLITIQUE et non pas comme on veut nous le faire croire des capitalistes aux marxistes un processus ECONOMIQUE. Ocalan identifie à juste titre le politique comme le moteur de la société dont l’économique dépend. Ainsi, à l’instar de l’anthropologue politique Pierre Clastres il considère que l’origine naturelle de la société humaine est une société dont l’organe politique n’est pas séparé du peuple, mais y est totalement intégré afin d’assurer une prise de décision collective consensuelle à quelque niveau que ce soit. Le confédéralisme démocratique suit ce modèle, à l’instar de bien des sociétés traditionnelles non étatiques donc contre l’État de par le monde.

La dernière parti du manifeste envisage des solutions à la crise politique et identitaire du Moyen-Orient. On peut ou pas être d’accord sur la vision d’Ocalan mais il a le mérite d’offrir une possibilité de solution politique à la région au moyen du Confédéralisme Démocratique, solution qui envisage l’ensemble de la diversité culturelle, ethnique et religieuse, mise en réseau confédéraliste amenant à terme, paix et coopération.

Finalement, nous voyons en Abdullah Ocalan un véritable progressiste qui a mis à profit les aléas de sa vie et son emprisonnement pour réfléchir et parfaire une voie de salut politique avec l’élaboration de son concept de confédéralisme démocratique adapté aux besoins et à la culture du peuple kurde. Suivant les pas de son mentor Murray Bookchin, lui aussi ex-marxiste, il a correctement analysé le fait que l’État-nation et ses institutions ne sont en rien des solutions à nos problèmes planétaires mais au contraire une entrave, une partie inhérente du problème de la société humaine, que celle-ci se doit maintenant d’affronter. Contrairement à la doxa marxiste de l’état prolétarien totalitaire, ne sachant être que totalitaire, Ocalan s’est libéré, il a “lâcher-prise”, s’est retourné pour voir d’où il venait et a apprécié le fait que la société humaine s’est épanouie au mieux et de tout temps hors des états-nations ; il a ainsi appris où et comment les Kurdes devaient emmener leur société. L’idée, l’idéal de ce Confédéralisme Démocratique n’est pas nouveau, il remonte au cœur même de la conscience politique humaine, puisant dans sa riche nature faite de compassion, d’empathie, de coopération, d’entr’aide mutuelle, toutes ces choses naturelles qui sont avant tout de grandes parts de notre survie sur cette planète depuis l’avènement de l’embryon des sociétés humaines il y a plus d’un million d’années –[]-

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L’état-nation

Avec la sédentarisation des gens vint l’idée de la zone dans laquelle ils vivaient, de son étendue et de ses “frontières”, qui étaient essentiellement déterminées par la nature et les caractéristiques de terrain. Les familles, clans et tribus qui y vivaient depuis un certain temps ont développé des notions d’identité commune et d’appartenance. Il n’y avait pas encore de frontières et le commerce, la culture et le langage n’avaient aucune restriction. Les limites territoriales demeurèrent très flexibles pendant très longtemps.

[…]

Avec l’apparition du commerce entre nation-état, le commerce et la finance poussèrent pour uine participation politique et ajoutèrent leur pouvoir aux structures de l’État. Le développement de l’état-nation au début de la première révolution industrielle il y a plus de deux cents ans alla la main dans la main avec une accumulation non régulée du capital d’un côté et l’exploitation sans restriction d’une population croissante d’un autre côté. La nouvelle bourgeoisie qui émergea de cette révolution a voulu prendre part aux décisions politiques et aux structures étatiques.

Le capitalisme, leur nouveau système économique, devint alors un composant inhérent du nouvel état-nation. Celui-ci a eu besoin de la bourgeoisie et du pouvoir de son capital afin de remplacer l’ancien monde féodal et son idéologie qui était fondée sur des structures tribales et des droits hérités d’une nouvelle idéologie nationale qui unifiait tous les clans et les tribus sous le toit de la nation. De cette manière, le capitalisme et l’état-nation devinrent si étroitement impliqués l’un envers l’autre que l’un ne pouvait plus imaginer vivre sans l’autre. La conséquence directe en fût que l’exploitation ne fut pas seulement endorsée par l’État, mais même grandement encouragée et facilitée par celui-ci.

Mais par-dessus tout, l’état-nation doit être pensé comme la forme ultime de pouvoir. Aucun autre type d’état ne possède cette force de pouvoir.. Une des raisons principales en est que la couche supérieure de la classe moyenne a été liée au processus de monopolisation de manière exponentielle. L’état-nation lui-même est la force la plus avancée de complet monopole. C’est l’unité monopolistique la plus développée pour le commerce, l’industrie, la finance et le pouvoir. On doit aussi ici penser au monopole idéologique comme partie indivisible du monopole du pouvoir.

L’état et ses racines religieuses

J’a déjà discuté des racines religieuses de l’État en détail dans mon ouvrage “The Roots of Civilisation”, London, 2007. Bien des concepts et notions politiques contemporains ont leur origine dans des concepts ou des structures religieux ou théologiques.

[…]

L’État et son pouvoir sont dérivés de volonté et de loi divines et ses dirigeants sont devenus des rois par la grâce de dieu. Ces gens représentaient le pouvoir divin sur terre.

Aujourd’hui, la plupart des États s’appellent eux-mêmes séculiers, affirmant que les vieux liens entre la religion et l’état ont été rompus et que la religion ne fait plus partie de l’état. Ceci n’est qu’une partie de la vérité. Même si les institutions religieuses ou les représentants du clergé ne participent plus au processus de prise de décision politique et social, ils influencent toujours ce processus de la même manière qu’ils sont influencés par des idées et des développements politico-sociaux. Ainsi, le sécularisme ou la laïcité, comme cela est appelé en Turquie, contient toujours des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’état est une décision politique, cela n’est pas apparu naturellement. C’est pourquoi aujourd’hui même le pouvoir et l’état senblent être quelque chose de donné, on pourrait même dire divinement donné. Des notions comme état séculier ou pouvoir séculier demeurent très ambigues.

[…]

Autrefois, quand une tribu en subjuguait une autre, ses membres devaient adorer les dieux de leurs vainqueurs. On pourrait bien appeler ce processus un processus de colonisation et même d’assimilation. L’état-nation est un état centralisé ayant des attributs quasi divins qui ont complèteement désarmé la société et monopolisé l’utilisation de la force.

La bureaucratie

Comme l’état-nation transcende sa base matérielle, ses citoyens, il assume une existence au-delà des institutions politiques. Il a besoin de plus d’institutions pour le protéger et protéger sa base légale et idéologique et ses structures économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaires qui en résulte coûte cher et ne sert qu’à la préservation de l’État transcendant lui-même, qui à son tour élève la bureaucratie aux dessus du peuple.

Pendant la modernité européenne, l’état a eu tous les moyens à sa disposition pour étendre sa bureaucratie à toutes les strates de la société. Là, elle a grandi comme un cancer infectant toutes les lignes de vie de la société. La bureaucratie et l’état-nation ne peuvent pas exister l’un sans l’autre. Si l’état-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitlaiste, il est aussi certainement la cage de la société naturelle. Sa bureaucratie sécurise le fonctionnement sans heurts du système, sécurise la base de la production de biens et sécurise les profits pour les acteurs économiques importants à la fois dans l’état-nation socialiste et celui affilié au business. L’état-nation domestique la société au nom du capitalisme et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse désirant localiser et résoudre les problèmes sociaux se doit d’observer et de comprendre ces liens particuliers.

L’homogénéité

L’état-nation dans sa forme originale vise à monopoliser tous les processus sociaux. La diversité et la pluralité doivent être combattues, une approche qui a mené à l’assimilation et au génocide. Il n’exploite pas seulement les idées et le travail potentiel de la société et ne colonise pas seulement les esprits au nom du capitalisme ; il assimile également toutes les formes d’idées spirituelles et intellectuelles afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une seule culture nationale, une seule identité nationale et une seule communauté religieuse unifiée. Ainsi il renforce aussi une homogénéité citoyenne. La notion de citoyen a été créée pour répondre à cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne ne définit rien si ce n’est la transition faite entre l’esclavage privé et l’esclavage d’état. Le capitalisme ne peut pas faire de profit en l’absence de telles armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle qui ait jamais été créée et est le résultat direct d’un “projet d’ingénierie sociale”.

Ces buts sont généralement remplis en utilisant la force ou des récompenses financières et ont souvent eut pour résultat l’annihilation physique des minorités, des cultures, des langues ou leur assimilation forcée. L’histoire de ces deux cents dernières années est pleine d’exemples illustrant ces violentes tentatives de créer des nations qui correspondent à la réalité imaginaire d’un vrai état-nation.

Etat-nation et société

Il est souvent dit que l’etat-nation se préoccupe de la destinée des gens du commun. Ceci est faux. Il est plutôt le gouverneur national du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste qui est plus intriqué dans les structures dominantes du capital que nous ne tendons à le dire généralement: c’est une colonie du capital et ce indépendamment du nationalisme avec lequel il se présente, il sert de la même manière les processus capitalistes d’exploitation. Il n’y a aucune autre explication pour la redistribution des plus horribles des guerres menées par la modernité capitaliste. Ainsi donc, par là-même, l’état-nation n’est pas avec les peuples, il est au contraire un ennemi des peuples !

Les relations entre les autres etats-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates de l’etat-nation. Sans la reconnaissance par d’autres états-nations, aucun d’entre eux ne pourraient survivre. La raison en est la logique du système capitaliste mondial.

Les fondations idéologiques de l’état-nation

Dans le passé, l’histoire des états était souvent assimilée à l’histoire de leurs dirigeants, qui leur donnait des qualités quasiment divines. Cette pratique changea avec l’avènement de l’état-nation ; maintenant l’état entier est idéalisé et élevé au rang divin.

En assumant la comparaison de l’état-nation avec un dieu vivant, alors le nationalisme serait sa religion.

[…]

Leur nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse.

Un autre pilier de l’état-nation est son sexisme qui pervertit la société entière. Bien des systèmes “civilisés” ont employé le sexisme afin de préserver leur propre pouvoir. Ils assurèrent l’exploitation des femmes et l’utilisèrent comme un réservoir de labeur à très bon marché. Les femmes sont aussi vues comme une ressource de valeur car elles produisent des enfants et la reproduction nécessaire aux hommes. Ainsi, la femme devient à la fois un objet sexuel et une commodité. Elle est un outil pour la sauvegarde du pouvoir de l’homme et peut au mieux devenir un accessoire dans la société patriarcale dominée par le mâle.

D’un côté, le sexisme de la société de l’état-nation renforce le pouvoir des hommes ; de l’autre, l’état-nation transforme sa société en une colonie par l’exploitation des femmes. De ce point de vue, les femmes peuvent aussi être vues comme une nation exploitée, colonisée.

Au cours de l’histoire de la civilisation humaine, le patriarcat a consolidé le cadre traditionnel des hiérarchies, qui dans l’état-nation, est alimenté par le sexisme.

[…] Sans la répression des femmes, la répression de la société n’est pas possible, ni même concevable. Le sexisme fait des femmes la pire de toutes les colonies.

[…] Tout le pouvoir et les idéologies étatiques sont des ramifications des attitudes et comportements sexistes. Sans la mise en esclavage de la femme, aucun autre esclavage n’est possible et ne peut exister et encore moins se développer. Le capitalisme et l’état-nation dénotent le système de mâle dominant le plus institutionalisé. De manière plus directe: le capitalisme et l’état-nation sont le monopole du mâle despote et exploiteur.

(NdT: Ocalan parle ici essentiellement de ce qu’il connaît le mieux: la société et l’état-nation turcs. L’occident vit la même chose à un degré simplement différent, et encore, pas toujours…)

Les Kurdes et l’état-nation

Après cette brève introduction à ce qu’est l’état-nation ainsi que ses bases idéologiques, nous allons maintenant voir pourquoi la fondation d’un état-nation kurde séparé n’a absolument aucun sens pour les Kurdes.

Ces dernières décennies, le peuple kurde a non seulement lutté pour la reconnaissance de son existence par les puissances politiques dominantes, mais aussi pour la libération de sa société de la poigne féodale. Ainsi, cela n’a aucun sens de remplacer les vieilles chaînes par de nouvelles ni même de renforcer la répression. Sans opposition contre la modernité capitaliste il n’y aura aucune place pour la libération des peuples. Voilà pourquoi la création d’un état-nation kurde n’est pas une option pour moi ou le PKK.

L’appel à un état-nation kurde séparé résulte des intérêts de la classe dirigeante ou des intérêts de la bourgeoisie, mais ne reflète en rien les intérêts du peuple car un autre état ne serait que la création d’une injustice supplémentaire et viendrait handicaper plus avant le droit à la liberté.

La solution pour la question kurde de ce fait, a besoin d’être trouvée dans une approche qui va affaiblir la modernité capitaliste ou la repousser. Il y a des raisons historiques, sociales et conjoncturelles, comme le fait que la nation kurde est éclatée dans quatre pays différents (NdT: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran), ce qui rend absolument indispensable une solution démocratique embrassant tout le peuple. De plus il est notoire que le Moyen-Orient fait l’objet d’un grand déficit en démocratie. De fait un projet démocratique kurde fera avancer la démocratisation du Moyen-Orient de manière générale.

Appelons ce projet démocratique le confédéralisme démocratique.

Le confédéralisme démocratique

Ce type de règle ou d’administration peut-être appelé une administration politique non étatique ou la démocratie sans état. Il ne faut pas confondre les processus de prises de décision démocratiques avec les processus connus comme étant de l’administration publique. Les états sont des administrateurs tandis que les démocraties gouvernent. Les états sont fondés sur le pouvoir, les démocraties sont fondées sur le consensus collectif. La règle dans l’état est déterminée par décret, même si cela peut-être en partie légitimé par le processus électoral, les démocraties elles, utilisent les élections directes. L’État utilise la coercition comme moyen légitime, les démocraties sont fondées sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il est flexible, multi-culturel, anti-monopole et orienté sur le consensus. L’écologie et le féminisme en sont des piliers centraux. Dans le cadre de ce type d’autogestion, une économie alternative deviendra nécessaire, une qui augmentera les ressources de la société au lieu de les exploiter ce qui ainsi rendra justice aux besoins de la société.

[…]

C’est un droit naturel que d’exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale avec l’aide et l’entremise d’associations politiques.. Mais ce droit a besoin d’une société éthique et politique. Le confédéralisme démocratique est ouvert aux compromis concernant les traditions étatiques ou gouvernementales. Il permet une coexistence égalitaire.

Le confédéralisme démocratique repose sur l’expérience historique de la société et de son héritage collectif… Il est la progéniture de la vie de la société.

L’état s’oriente continuellement vers toujours plus de centralisme afin de poursuivre les intérêts des monopoles du pouvoir. L’inverse est vrai pour le confédéralisme démocratique. Ce ne sont pas les monopoles, mais la société elle-même qui est au centre de la vie et de l’attention politiques.

[…]

L’aliénation putative de la société de sa propre existence encourage le retrait de la participation active des citoyens, une réaction qui est souvent appelée le “désenchantement politique”. Mais les sociétés sont essentiellement politiques et orientées sur les valeurs. Les monopoles politique, économique, idéologique et militaire sont des constructions qui contredisent la nature même de la société en simplement poussant pour une accumulation de surplus. Ceux-ci ne créent en rien de la valeur, ni du reste une révolution ne crée une société nouvelle. Elle ne ne peut qu’influencer la toile éthique et politique d’une société. Tout le reste est à la discrétion de la société politique fondée sur la morale.

J’ai déjà mentionné le fait que la modernité capitaliste renforce la centralisation de l’État. […] L’état-nation comme substitut moderne pour la monarchie a laissé une société sans défense et affaiblie derrière lui. A cet égard, l’ordre légal et la paix publique n’impliquent que la direction de la classe bourgeoise. Le pouvoir se constitue lui-même dans l’état centraliste et devient un des paradigmes administratifs fondamental de la modernité. Ceci met l’état-nation en contraste total avec la démocratie et le républicanisme.

[…] Ainsi, aussi longtemps que nous faisons l’erreur de croire que les sociétés ont besoin d’être homogènes en tant qu’entités monolithiques, il sera très difficile de vraiment comprendre le confédéralisme. L’histoire de la modernité est aussi celle de 4 siècles de génocide physique et culturel (ethnocide) au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique en tant que catégorie sociologique, est la contre-partie de cette histoire et il repose sur la volonté de combattre si nécessaire pour la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente de l’état-nation capitaliste. Quoi qu’il en soit, tous les efforts néo-libéraux pour changer l’état-nation sont demeurés des échecs. Le Moyen-Orient fournit une quantité d’exemples très instructifs à cet égard.

A suivre…

Guerre impérialiste en Syrie: La Russie appelle pour que les Kurdes s’assoient à la table des négociations…

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 11 mars 2016 by Résistance 71

La Russie appelle pour une participation des Kurdes aux négociations sur la Syrie

Press TV

11 Mars 2016

url de l’article original:

http://www.presstv.ir/Detail/2016/03/11/455119/Lavrov-Kurds-Syria-Daesh-Takfiri-HNC-Saudi-YPG

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a appelé les Nations-Unies et leur envoyé spécial pour la Syrie Staffan de Mistura d’inviter la minorité kurde à participer aux prochaines négociations concernant le processus de paix en Syrie.

Je suis convaincu que Staffan de Mistura devrait prendre une telle décision”, a dit Lavrov dans une conférence jointe avec son homologue chinois à Moscou ce Vendredi.

Lancer des négociations sans la participation de ce groupe serait un signe de faiblesse de la part de la communauté internationale”, a dit Lavrov.

Il a aussi averti que tenir des pourparlers sans les Kurdes serait “une sérieuse entorse aux droits d’un groupe de taille signifiante vivant sur le sol syrien”.

Lavrov a ajouté que les Kurdes sont “des alliés à la fois de la coalition américaine et de la Russie”, critiquant Ankara pour “bloquer l’invitation des Kurdes du Parti d’Union Démocratique Kurde Syrien (PYD)”.

La Turquie voit les Unités de Protection du Peuple Kurde (YPG) et le PYD comme des alliés du Parti des Travailleurs Kurdes (PKK) mis hors-la-loi en Turquie, ce même PKK qui se bat pour une région kurde autonome en Turquie depuis les années 1980.

Ceci arrive alors que des entretiens entre les délégués du gouvernement syrien et du groupe de la soi-disante opposition syrienne soutenu par l’Arabie Saoudite (NdT: qui finance et aide l’EIIL/Daesh avec la Turquie et Israël), alias le Comité des Hautes Négociations (CHN), doivent reprendre à Genève le 14 Mars.

Le CHN a déclaré Vendredi qu’il participerait aux pourparlers en tant qu’effort “pour aider les efforts internationaux de mettre fin aux effusions de sang en Syrie et de trouver une solution politique.

Une source proche du gouvernement syrien à Damas avait confirmé plus tôt que se délégation participerait aux négociations.

Les négociations de paix faites par l’ONU ont échoué début Février après que le CHN eut quitté la table de négociations suite à des gains de terrain faits par l’Armée Arabe Syrienne soutenue par la Russie contre les militants et ce, sur plusieurs fronts.

Un accord de cesser-le-feu fut négocié par la Russie et les Etats-Unis et a pris effet en Syrie le 27 Février dernier.

La Syrie a été perturbée par une insurrection soutenue de l’étranger depuis le mois de Mars 2011. D’après un rapport du mois de février par le Syrian Center for Policy Research, le conflit a fait plus de 470 000 morts, 1,9 millions de personnes ont été blessées et a déplacé la moitié des 23 milions de la population syrienne d’une manière ou d’une autre. Mais le Syrian Observatory for Human Rights (NdT: seule source occidentale officielle depuis le début de l’invasion par procuration de la Syrie et bureau dirigé depuis Londres par un agent du MI5 britannique) déclare que la guerre n’aurait fait que 270 000 morts.

Résistance politique: Le confédéralisme démocratique kurde du Rojava… une révolution sociale passée sous silence… (Suite)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 mars 2016 by Résistance 71

Pourquoi un confédéralisme démocratique kurde ?

 

Eden Dersim

 

3 Septembre 2014

 

url de l’article en français:

http://www.actukurde.fr/actualites/682/pourquoi-un-confederalisme-democratique.html

 

Le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) est classé sur la liste noire des Etats-Unis et bien nombre de pays membres de l’OTAN. En effet, en Turquie une guerre presque invisible se poursuit depuis ces 30 dernières années avec les Kurdes faisant plus de 17.500 assassinats politiques simplement classés en « cas non-résolu ».

Fondé en novembre 1978, le PKK est considéré  comme force de défense en aucun cas le PKK attaque. Le PKK lutte également contre le trafic de drogue et le pillage de sites archéologique du Kurdistan

Cependant, il est intéressant de s’intéresser à la ligne politique  du PKK, formulée comme le « confédéralisme démocratique » qui se propose comme une alternative à ce trio: le capitalisme, l’Etat-nation,  l’industrialisme, qui sont remplacés par une «  nation démocratique, une économie communautaire, et  une industrie écologique ».

Il est claire que le capitalisme, l’Etat-nation et  l’industrialisme actuel conduisent l’humanité  à la catastrophe, tant sur le plan économique que social ou environnemental.

Donc, le leader kurde Abdullah Ocalan propose trois projets pour affronter la modernité capitaliste:   d’abord une république démocratique, ensuite une autonomie démocratique, enfin un confédéralisme démocratique et écologique.   Ce dernier projet, soit le confédéralisme démocratique exige une « société démocratique, écologique et l’égalité des sexes ». Si on résume encore,  ce confédéralisme est « la démocratie radicale sans l’Etat. »

Voici quelques rares extraits du livre « Le Confédéralisme-Démocratique » d’Abdullah Ocalan, le leader des Kurdes, emprisonné sur l’Ile d’Imrali depuis 1999 en Turquie à perpétuité pour avoir défendu les droits du peuple Kurde. Son avion s’était fait arrêté au Kenya alors qu’il était en route pour rejoindre Nelson Mandela et y trouver son soutien.

« A l’époque de la formation du PKK, dans les années 1970, le climat politique et idéologique internationale était caractérisé par le monde bipolaire de la Guerre Froide et le conflit entre socialisme et capitalisme. (…) »

« Le PKK n’a jamais considéré la question Kurde comme un simple problème d’ethnicité ou de nationalité. Nous concevions notre mouvement comme un projet visant à libérer et à démocratiser la société.

« Le droit à l’autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d’un Etat ne permet cependant pas d’augmenter la liberté d’un peuple, et le système des nations Unies, fondé sur les Etats Nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-Nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles faces aux évolutions sociales. Le confédéralisme-démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés. Le confédéralisme-démocratique est un paradigme social et non étatique. Il n’est pas contrôlé par un Etat (centrale), il représente les aspects organisationnels et culturels d’une nation démocratique. Le con fédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevées ne sont présents qu’afin d’assurer la coordination et la mise en oeuvre de la volonté des communautés qui envoient leur déléguées aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d’institution exécutive. »

« Les limites entre ce que les tribus considéraient comme leur territoire n’étaient pas encore fixe, le commerce, la culture ou la langue n’étaient donc pas restreints par celles-ci. Longtemps, les frontières territoriales demeurèrent fluctuantes. A peu près partout dans le monde, les structures féodales prédominaient et de temps en temps apparaissaient de monarchies dynastiques ou de grands empires multiethniques, aux frontières changeantes et comprenant différentes langues et communautés religieuses tels que l’Empire romain, l’empire Austro-Hongrois, l’empire Ottoman ou encore l’empire Britannique. »

« Nous reconnûmes également un lien de causalité entre la question Kurde et la domination mondiale imposée par le système capitaliste moderne. Sans remettre en question ce lien, toute solution aurait été impossible. Nous aurions continué à être indépendants, sous de nouvelles formes. »

Pour « résumé », le PKK prône un pouvoir horizontale accessible aux plus près des habitants qu’ils soient arabes, turcs, iraniens, assyriens ou chaldéens et non un pouvoir verticale et centrale inaccessible aux petits peuples et aux habitants même dans leur localité. Il s’agit d’une représentation extrême des minorités et d’une décentralisation extrême jusqu’à effacer le rôle important du Président et cela éviterait bien des problèmes tels que le lobbying ou la corruption.

Malheureusement, les pays occidentaux ne proposent que le modèle de l’Etat Nation comme alternative étatique au peuple Kurde dont le credo serait comme en Turquie à l’époque Kemaliste « uniformiser pour mieux régner ».  Il est hors de question de créer un pan-Kurde comme alternative à la détresse et l’oppression du peuple Kurde en mettant à mal un autre peuple.

Pour illustrer cette idée, en Rojava (Kurdistan de Syrie) qui est autonome depuis 2012, trois cantons ont été créés (canton de Kobane, Jezire et Efrin) et un système de co-maire a été mis en place dans ses cantons prônant la place de la femme. Tous les peuples autochtones sont représentés : Arabes, Assyriens, Chrétiens, Chaldéens, Alaouites et Kurdes.

Au Kurdistan, en Turquie et en Syrie,  une véritable révolution sociale est en marche depuis de nombreuses années, bien qu’aucun média ne semble vouloir s’intéresser à ce phénomène.

Il est évident que si les Kurdes avaient « joué » la carte du nationalisme la région serait le théâtre  de violents affrontements entre ethnies et d’une guerre civile.

Par conséquent, la folie des grandeurs est le fruit de l’imagination des capitalistes et impérialistes et nous pouvons l’observer à travers divers exemples (le Grand Lyon, le Grand Paris, le Grand New -York, la Grande Arménie, le Grand Israël, le Grand Kurdistan …) allant à l’encontre de l’idéologie de base du PKK.

Enfin, il est regrettable qu’aucun géopoliticien qui se dit spécialiste du Moyen-Orient n’ait pu ramener cet aspect primordial sur l’échiquier du Middle-Est.

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Sur Résistance 71:

Le confédéralisme démocratique du Rojava kurde

La vision politique et sociale de demain: Le Confédéralisme Démocratique

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 1 novembre 2014 by Résistance 71

Extraits du “Confédéralisme Démocratique” d’Abdulah Ocalan

 

Compilé par Résistance 71

 

1er Novembre 2014

 

Petit précis historico-politique:

 

Le peuple Kurde présente la particularité d’occuper aujourd’hui un territoire réparti sur quatre pays: La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Néanmoins, l’origine endémique de ce peuple en cette région remonte au Néolithique. Société traditionnellement clanique, elle se trouve tiraillée entre les différents grands mouvements impérialistes générés par le conflit des états-nations depuis plusieurs siècles, de l’empire Ottoman aux résultats coloniaux des accords Sykes-Picot de 1916 suite à son démantèlement.

Dans les années 1970 est né le Parti Ouvrier du Kurdistan (de son sigle kurde PKK) d’obédience marxiste. A la fin des années 1980, le parti opére une première critique interne et établi que le mode de société kurde ne répond pas au système trop rigide du marxisme (c’est également ce que le mouvement zapatiste de l’EZLN a indépendemment conclu au Mexique vers la même époque…) et le PKK commence à réorienter sa vision vers une politique favorisant un mode de démocratie directe avec le pouvoir rendu à la base sans contrôle d’un “parti d’avant-garde”. A cette époque, le PKK était entré en conflit armé avec l’état turc et fut classé par la Turquie, les Etats-Unis et l’OTAN comme groupe “terroriste”, luttant en fait pour leur autodétermination en tant que peuple et nation.

En 1999, le leader du PKK, Abdulah Ocalan, fut enlevé au Kenya et remis aux autorités turques pour être emprisonné. Les forces de la guérilla kurde du PKK se retranchèrent alors au Kurdistan irakien, toujours sous domination de Saddam Hussein. Le virage vers la démocratie directe avait déjà été amorcé et c’est ensuite sous l’influence de la désobéissance civile de l’Intifada palestienne inspiratrice, des idées zapatistes du Chiapas qui filtraient et de l’influence du municipalisme libertaire de Murray Bookchin et de Janet Biehl, qu’Ocalan et le PKK s’embarquèrent dans l’expérience de la démocratie directe via le modèle du “confédéralisme démocratique”, qui est la remise en pratique, adaptée aux besoins locaux de la culture et des populations kurdes et non-kurdes ayant décidé volontairement de s’unir et d’œuvrer ensemble pour une société égalitaire et libre, du principe des communes libres autogérées et régies par des assemblées populaires où les femmes et les ethnies sont représentés et ont leur mot à dire en toute chose de l’affaire politique et de la gestion sociale.

En 2011, du fond de sa prison turque, Ocalan écrivit un manifeste explicatif du mouvement kurde pour le confédéralisme démocratique. Publié en kurde, il fut ensuite traduit en anglais, français, espagnol, italien et arabe.

Nous vous en proposons quelques extraits ici afin de faire comprendre que la vie sans l’état, sans l’état-nation (présenté à tort comme le summum de l’évolution politique et sociale de l’humanité par une oligarchie bien protégée au sein du système en place…), sans hiérarchie est non seulement possible et souhaitable comme l’histoire l’a déjà souvent prouvé. La formule de gouvernance étatique et hiérarchique est obsolète, répressive, oligarchique et vouée à une corruption inéluctable par essence.

Au regard du chaos politico-social provoqué par les empires au fil des âges, il devient primordial que de plus en plus de personnes réalisent enfin que vivre dans une société à la gouvernance imposée par le plus petit nombre afin d’opprimer et de contrôler le plus grand nombre n’est en rien inéluctable et encore moins souhaitable. Cessons de nourrir la bête totalitaire étatique de notre consentement et comme bon nombre de sociétés traditionelles avant nous, les sociétés amérindiennes comme la confédération des 5 nations iroquoises depuis le XIIIème siècle et leur “charte confédérative” de la Grande Loi de la Paix dont nous avons maintes fois parlé sur ce blog et que nous sommes en train de traduire dans son intégralité en français (117 article) chose qui n’a à notre connaissance jamais été faite ; les Parisiens de 1792-93 organisés en sections autogérées, les Communards de 1871, les communes espagnoles autogérées en nombre croissant de 1878 à 1939, culminant avec la révolution espagnole de 1936-39 ; les communes libres et fédérées du Chiapas zapatiste depuis 1994 et ce modèle récent d’autogestion confédérale kurde, recréons, adaptons pour nous-mêmes la démocratie véritable des assemblées populaires non hiérarchiques décidant ensemble de nos vies dans le soucis exclusif de l’intérêt général et non pas des intérêts particuliers du plus petit nombre que l’État sert par construction.

Voici donc un petit aperçu du “Confédéralisme Démocratique” (modèle politique à géométrie variable selon la société impliquée…) tel qu’il est pratiqué par les populations de Rojava dans le nord de la Syrie, populations qui sont aujourd’hui en guerre contre les troupes mercenaires “djihadistes” de l’empire qu’est L’EIIL/EI.

— Résistance 71 –

Voir notre dossier sur le fédéralisme

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Le Confédéralisme Démocratique (Morceaux choisis)

 Abdulah Ocalan (2011)

Emphase de texte par nos soins

 

État-Nation et pouvoir

[…] Son système économique, le capitalisme, se transforma ainsi en élément essentiel de l’Etat-nation nouvellement créé. La bourgeoisie et le pouvoir du capital permirent à l’Etat- nation de remplacer l’ordre féodal et son idéologie, fondée sur des structures tribales et des droits hérités des aïeux, par l’idéologie nationale, unifiant tous les clans et tribus sous le toit de la nation. Capitalisme et Etat-nation en vinrent à être si intimement liés que l’existence de l’un sans l’autre semble aujourd’hui inima- ginable. Ainsi, l’Etat, non content de cautionner l’exploitation, se mit à encourager et à faciliter celle-ci.

L’Etat-nation est la forme de pouvoir la plus maximale. Aucun des autres types d’Etat ne possède une capacité de pouvoir équivalente. La principale raison de ce pouvoir réside dans le fait que les classes moyennes supérieures y ont été progressivement rattachées au processus de monopolisation. L’Etat-nation est lui- même le plus complet des monopoles. Il s’agit, en réalité, d’une unité de monopoles, tels que le monopole du commerce, de l’industrie, de la finance et du pouvoir. Le monopole idéologique est, quant à lui, indivisible du monopole du pouvoir.

[…]

L’état et ses racines religieuses

La plupart des Etats modernes s’affirment laïcs, revendiquant avoir coupé les liens existant entre la religion et l’Etat et séparé la première du second. Cela n’est que partiellement vrai. Certes, les institutions religieuses et autres représentants du clergé ne participent plus au processus décisionnel sociopolitique ; en revanche, ils continuent d’influencer les décisions prises, tout en se trouvant eux-mêmes sous l’influence des idées et évolutions socio-politiques. Par conséquent, la laïcité contient toujours en son sein des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’Etat résulte d’une décision politique. Elle ne s’est pas faite naturellement, et c’est pour cela qu’aujourd’hui encore, Etat et pouvoir nous apparaissent comme des phénomènes donnés, voire même « tombés du ciel ». Les notions d’Etat laïc ou encore de pouvoir laïc demeurent ambigües.

L’Etat-nation s’est également doté d’un certain nombre d’attributs, tels que la nation, la patrie, le drapeau et l’hymne national, et bien d’autres encore, attributs qui servent à remplacer les anciens attributs fournis par la religion. En particulier, la notion d’unité de l’Etat et de la nation transcende les structures matérielles et politiques, et nous renvoie ainsi à l’unité avec Dieu des sociétés pré-étatiques. Ces notions ont donc été choisies pour se substituer au divin.

[…]

L’Etat-nation est un Etat centralisé, aux attributs quasi-divins, qui a totalement désarmé la société et monopolise l’usage de la force.

Etat-nation et bureaucratie

Transcendant sa base matérielle, c’est-à-dire les citoyens, l’Etat- nation adopte une existence propre, bien au-delà de ses seules institutions politiques. Il a donc besoin d’institutions supplémentaires qui lui soient spécifiques, et ce, afin de protéger sa base idéologique, ainsi que ses structures juridiques, économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaire qui remplit ce rôle, en perpétuelle expansion, se révèle coûteuse, ne servant par ail- leurs qu’à assurer la préservation de l’Etat, qui élève en retour la bureaucratie au-dessus du peuple.

La modernité européenne a fourni à l’Etat tous les moyens né- cessaires à l’expansion de sa bureaucratie dans toutes les couches de la société. Là, il se développa comme une tumeur, infectant toutes les forces vives de celle-ci. Etat-nation et bureaucratie ne peuvent exister l’un sans l’autre. Si l’Etat-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitaliste, il est aussi une prison pour la société naturelle. Sa bureaucratie garantit le fonctionnement du système, la base de la production des biens, ainsi que les profits engrangés par les acteurs économiques concernés, qu’il s’agisse d’un Etat-nation socialiste réel ou bien à économie de marché. Au nom du capitalisme, l’Etat-nation domestique la société et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse visant à localiser et résoudre les problèmes sociaux doit donc procéder à un examen approfondi de ces relations.

[…]

En plus d’exploiter les idées et la force de travail de la société et de coloniser les esprits au nom du capitalisme, l’Etat-nation assimile également toutes sortes de cultures et d’idées intellectuelles et spirituelles, et ce, afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une culture et une identité nationale unique, ainsi qu’une communauté religieuse unique et unifiée. Pour ce faire, il impose aussi une citoyenneté homogène. La notion de citoyen même est le résultat de cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne n’est rien d’autre qu’un passage de l’esclavage de la sphère privée à l’esclavage public de la sphère étatique. Le capitalisme ne peut dégager de bénéfices sans ces armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle jamais créée et résulte d’un immense « projet d’ingénierie sociale ».

L’usage de la force ou des motifs financiers permet générale- ment d’atteindre ces objectifs, résultant bien souvent en l’annihilation physique des minorités, de leurs cultures ou de leurs lan- gues, ou bien en l’assimilation forcée. Les deux derniers siècles sont pleins d’exemples de la violence utilisée pour tenter de créer un Etat-nation correspondant à la réalité imaginaire d’un véritable Etat-nation. Nous allons, à présent, prenant comme exemple la république de Turquie, évoquer quelques caractéristiques de l’Etat-nation.

Etat-nation et société

On dit souvent que l’Etat-nation se soucie du sort du peuple. Ceci est faux. Il s’agit plutôt d’un gouverneur national au sein du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste, qui est beaucoup plus profondément lié aux structures dominantes du capital, et ce bien plus que ce que nous l’assumons généralement.

Il s’agit d’une colonie du capital. Aussi nationaliste qu’il se montre, l’Etat-nation sert toujours dans une même mesure les processus capitalistes de l’exploitation. Rien d’autre ne peut expliquer les terribles guerres de redistribution vécues à l’époque de la modernité capitaliste. Ainsi, l’Etat-nation n’est pas avec le peuple – il est son ennemi.

Les relations entre les différents Etats-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates des Etats-nations. Sans la reconnaissance par les autres Etats-nations, aucun d’entre eux ne pourrait survivre. La raison se trouve dans la logique du système capitaliste mondial.

[…]

Les fondements idéologiques de l’État-Nation

Dans le passé, l’histoire des Etats se confondait avec l’histoire de leurs dirigeants, ceux-ci se voyant affublés de qualités presque di- vines. L’essor de l’Etat-nation a changé cette pratique. C’est maintenant l’Etat tout entier qui est idéalisé et élevé au niveau du divin.

Le nationalisme

Si l’on compare l’Etat-nation à un dieu, alors le nationalisme est sa religion. En dépit de certains éléments en apparence positifs, l’Etat-nation et le nationalisme présentent des caractéristiques métaphysiques. Dans ce contexte, le profit capitaliste et l’accumulation de capital font figure de catégories entourées d’un voile de mystère. Il existe, entre ces termes, un réseau de relations contradictoires, fondé sur la force et l’exploitation. Leur quête d’un pouvoir hégémonique sert la maximalisation des profits. En ce sens, le nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse. Sa réelle mission consiste cependant à servir l’Etat- nation presque divinisé et sa vision idéologique, qui imprègne tous les domaines de la société. Arts, science, conscience sociale : rien de tout cela n’est indépendant. Un véritable éveil intellectuel nécessite donc une analyse fondamentale de ces éléments de la modernité.

[…]

Le sexisme

Le sexisme, contaminant l’ensemble de la société, est un autre pi- lier idéologique de l’Etat-nation. De nombreux systèmes civilisés ont employé le sexisme afin de préserver leur pouvoir, imposant l’exploitation des femmes et utilisant celles-ci comme un réser- voir de travail bon marché. Les femmes sont également considé- rées comme une ressource précieuse, en cela qu’elles produisent la descendance et permettent la reproduction des hommes. La femme est donc à la fois vue comme un objet sexuel et une marchandise. Elle est un outil pour la préservation du pouvoir masculin et peut, au mieux, accéder au statut d’accessoire de la société masculine et patriarcale.

D’une part, le sexisme de la société de l’Etat-nation renforce le pouvoir des hommes ; d’autre part, l’Etat-nation fait de la société une colonie par l’exploitation des femmes. A cet égard, les femmes peuvent également être considérées comme une nation exploitée.

[…]

Ainsi, la femme est la nation colonisée de la société historique qui se trouve dans la position la pire au sein de l’Etat-nation. Toutes les idéologies du pouvoir et de l’Etat ont leur origine dans des comportements et des attitudes sexistes. L’esclavage de la femme est le champ social le plus profond et le plus dissimulé ; tous types d’esclavage, d’oppression et de colonisation s’y produisent. Le capitalisme et l’Etat-nation agissent en pleine conscience de ce fait. Sans l’esclavage de la femme, aucun autre type d’esclavage ne peut exister, ni a fortiori se développer. Le capitalisme et l’Etat-nation représentent l’institutionnalisation ultime du mâle dominant. Pour parler encore plus crûment, le capitalisme et l’Etat-nation sont le monopole du mâle despotique et exploitant.

Les Kurdes et l’État-Nation

Suite à cette courte introduction à l’Etat-nation et à ses fondements idéologiques, nous allons maintenant tenter de démontrer pourquoi un Etat-nation kurde se révélerait inadapté aux besoins du peuple kurde.

Depuis des décennies, les Kurdes luttent non seulement contre l’oppression exercée par les puissances dominantes et pour la reconnaissance de leur existence, mais également dans le but de libérer leur société de l’emprise du féodalisme. Il serait donc illogique de se libérer pour s’enchaîner à nouveau, voire même augmenter l’oppression. Dans le contexte de la modernité capitaliste, c’est pourtant à cela qu’équivaudrait la fondation d’un Etat- nation. Tant que l’on ne s’opposera pas à la modernité capitaliste, la libération des peuples demeurera impossible. Voilà pourquoi la fondation d’un Etat-nation kurde est, pour moi, inenvisageable.

L’appel à la création d’un Etat-nation séparé représente les intérêts de la classe dirigeante et ceux de la bourgeoisie, mais ne reflète en aucun cas les intérêts du peuple ; en effet, un Etat supplémentaire ne ferait que renforcer l’injustice et entraver plus encore le droit à la liberté.

Par conséquent, la solution à la question kurde se trouve dans une approche visant à affaiblir ou à repousser la modernité capitaliste. Les raisons historiques, les caractéristiques sociales et les évolutions concrètes relatives à cette question, ainsi que l’exten- sion de la zone de peuplement des Kurdes sur le territoire de quatre pays ; tout ceci rend d’autant plus indispensable une so- lution démocratique. Il est également important de se rappeler que l’ensemble du Moyen-Orient souffre d’un manque cruel de démocratie. Grâce à la position géostratégique de la zone de peu- plement kurde, le succès du projet démocratique porté par les Kurdes promet également de pouvoir effectuer des progrès dans la démocratisation de tout le Moyen-Orient. Ce projet démocra- tique, nous l’avons baptisé le confédéralisme démocratique.

Le Confédéralisme Démocratique

On peut qualifier ce type de gouvernance d’administration politique non-étatique ou encore de démocratie sans Etat. Les processus démocratiques de prise de décision ne doivent pas être confondus avec les processus auxquels les administrations publiques nous ont habitués. Les démocraties gouvernent, là où les Etats se contentent d’administrer. Les Etats sont fondés sur la force, les démocraties se basent sur le consensus collectif. Les postes de responsabilité de l’Etat sont attribués par décret, bien qu’ils soient en partie légitimés par des élections. Les démocraties fonctionnent avec des élections directes. L’Etat considère légitime l’usage de la coercition, tandis que les démocraties reposent sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il s’agit d’un système flexible, multiculturel, antimonopoliste et fondé sur le consensus. L’écologie et le féminisme comptent parmi les piliers de celui-ci. Dans le cadre de ce type d’auto-administration, il sera nécessaire de mettre en place une économie alternative permettant d’augmenter les ressources de la société, au lieu d’exploiter celles-ci, et qui sera ainsi mieux à même de répondre aux multiples besoins de la société.

[…]

Exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale par le biais d’une association politique est un droit naturel. Cependant, ce droit ne peut s’exercer qu’au sein d’une société éthique et politique. En ce qui concerne les Etats-nations, républiques ou démocraties, le confédéralisme démocratique est ouvert au compromis par rapport aux traditions étatiques ou gouvernementales. Il privilégie et autorise la coexistence égalitaire.

L’héritage de la société et l’accumulation de la connaissance historique

Le confédéralisme démocratique repose sur le vécu historique de la société et son héritage collectif. Il ne s’agit pas d’un système politique moderne et arbitraire mais bien du résultat de l’histoire et de l’expérience accumulée par la société – c’est-à-dire du vécu de celle-ci.

L’Etat se dirige constamment vers toujours plus de centralisation, et ce, afin de soutenir les intérêts des monopoles du pouvoir. Le confédéralisme fonctionne de manière exactement inverse. Dans ce système, ce ne sont pas les monopoles, mais la société qui est au centre de la réflexion politique.

[…]

L’histoire de la modernité représente quatre siècles de génocide physique et culturel au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique, en tant que catégorie sociologique, constitue le contrepoint à cette histoire et repose sur la volonté de lutter si nécessaire, ainsi que sur la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente à l’Etat-nation capitaliste. Tous les efforts déployés par les néolibéraux pour transformer l’Etat-nation sont, cependant, demeurés sans succès. Le Moyen-Orient en est un exemple édifiant.

[…]

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

Contrastant avec l’interprétation centraliste et bureaucratique de l’administration et de l’exercice du pouvoir, le confédéralisme propose un type d’auto-administration politique dans lequel tous les groupes de la société, ainsi que toutes les identités culturelles, ont la possibilité de s’exprimer par le biais de réunions locales, de conventions générales et de conseils. Cette vision de la démocratie ouvre ainsi l’espace politique à toutes les couches de la société et permet la formation de groupes politiques divers et variés, ce qui constitue de ce fait un progrès dans l’intégration politique de l’ensemble de la société. La politique y fait alors partie de la vie quotidienne.

[…]

Pour ce faire, nul besoin de pompeuses théories, seule suffit la volonté de permettre aux besoins sociaux de s’exprimer, en ren- forçant l’autonomie structurelle des acteurs sociaux et en créant les conditions nécessaires à l’organisation de l’ensemble de la société.

[…]

Plus la participation est importante, plus ce type de démocratie est fort. Là où l’Etat-nation entre en contradiction, voire même en conflit, avec la démocratie, le confédéralisme démocratique constitue un processus démocratique continu.

[…]

Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative se doit d’être de nature démocratique. Ainsi, ce que nous appelons démocratie se résume à l’application de processus démocratiques de prise de décision depuis le niveau local jusqu’au niveau global, et ce, dans le cadre d’un processus politique continu. Ce processus influera la structure et le tissu social de la société, au contraire de l’homogénéité voulue par l’Etat-nation et qui ne peut s’accomplir que par l’usage de la force, entraînant ainsi la perte de la liberté.

[…]

la vision sous-tendant ces décisions doit être en lien avec les questions globales. Nous devons nous rendre compte que même les villages et les quartiers urbains ont besoin d’une structure confédérale. Tous les domaines de la société doivent s’auto-administrer et tous les niveaux de la société doivent être libres de participer.

Confédéralisme démocratique et auto-défense

L’Etat-nation est une entité à structure principalement militaire. Les Etats-nations sont toujours plus ou moins les produits de guerres intérieures et extérieures. Aucun des Etats-nations exis- tants n’est apparu de lui-même. Ils ont invariablement un histo- rique de guerres à leur actif. Ce processus n’est pas limité à l’étape de leur fondation, mais s’appuie bel et bien sur la militarisation de l’ensemble de la société. Le gouvernement civil de l’Etat n’est qu’un accessoire de l’appareil militaire. Les démocraties libérales vont encore plus loin en camouflant leurs structures militaristes sous des couleurs libérales et démocratiques. Cela ne les empêche cependant pas de rechercher des solutions autoritaires au summum d’une crise provoquée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est dans la nature de l’Etat-nation ; le fascisme est la forme d’Etat-nation la plus pure.

[…]

Seule l’autodéfense peut permettre de repousser cette militarisation. Les sociétés qui ne possèdent pas de mécanisme d’auto- défense perdent leur identité, leur capacité à la prise de décision démocratique et leur nature politique. Par conséquent, l’auto- défense de la société ne se limite pas qu’à l’aspect militaire des choses. Elle présume également la préservation de l’identité, l’existence d’une conscience politique propre et un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’autodéfense.

Dans ce contexte, on peut qualifier le confédéralisme démocratique de système d’autodéfense de la société.

[…]

La société elle-même doit être capable de déterminer ses devoirs, et une de ses tâches principales sera donc de défendre le libre arbitre de la société contre les interventions intérieures et extérieures. La composition du commandement militaire doit être déterminée à parts égales par les institutions politiques et les groupements confédérés.

[…]

Le confédéralisme démocratique face à l’hégémonie

Le confédéralisme démocratique est fermement opposé à tout type d’hégémonie, et ce, notamment dans le domaine idéologique. Tandis que les civilisations classiques s’appuient généralement sur le principe d’hégémonie, les civilisations démocratiques refusent les puissances et les idéologies hégémoniques.

[…]

La gestion collective des affaires de la société nécessite la compréhension et le respect des opinions divergentes, associés à des processus de prise de décision démocratiques.

[…]

Les structures confédérées démocratiques à l’échelle mondiale

Bien que le confédéralisme démocratique se concentre sur le niveau local, il n’est pas exclu d’organiser le confédéralisme à l’échelle mondiale. Au contraire, il nous faut établir une plate- forme de sociétés civiles nationales, c’est-à-dire une assemblée confédérée, afin de s’opposer aux Nations Unies, qui sont une association d’Etats-nations sous la direction de superpuissances. Nous parviendrons ainsi, peut-être, à prendre de meilleures déci- sions permettant de faire progresser la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique est un type d’auto-administration qui contraste avec l’administration par un Etat-nation. Cependant, dans certaines circonstances, la coexistence pacifique entre ces deux entités est possible, aussi longtemps que l’Etat-nation n’interfère pas avec ce qui relève de l’auto-administration. S’il s’y risquait, en effet, la société civile serait en droit d’assurer son autodéfense.

[…]

Sur le long cours, la liberté et la justice ne peuvent prévaloir qu’au sein d’un processus dynamique de démocratie confédérée.

[…]

L’Etat ne sera vaincu que lorsque le confédéralisme démocra- tique aura prouvé sa capacité à résoudre les questions sociales. Cela ne signifie cependant pas que l’on doive se soumettre aux attaques des Etats-nations. Les confédérations démocratiques maintiendront en permanence des forces d’autodéfense. Les confédérations démocratiques ne seront pas forcées de s’organiser au sein d’un territoire unique. Elles pourront prendre la forme de confédérations transfrontalières, lorsque les sociétés concernées le souhaiteront.

Les principes du confédéralisme démocratique

 

  1. Le droit à l’autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d’un Etat ne permet cependant pas d’augmenter la liberté d’un peuple, et le système des Nations Unies, fondé sur les Etats-nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles face aux évolutions sociales. Le confédéralisme démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme social et non-étatique. Il n’est pas contrôlé par un Etat. Le confédéra- lisme démocratique représente également les aspects organisationnels et culturels d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevés ne sont présents qu’afin d’assurer la coordination et la mise en œuvre de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d’institution exécutive. Cependant, le pouvoir décisionnel de base est dévolu aux institutions populaires.
  4. La démocratie au Moyen-Orient ne peut être imposée par le système capitaliste et ses puissances impériales, qui causent au contraire du tort à celle-ci. La diffusion de la démocratie au niveau des masses est essentielle, car il s’agit de la seule approche permettant d’intégrer différents groupes ethniques, religions et classes sociales. Elle se marie également très bien avec la structure confédérée et traditionnelle de la société.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est également un mouvement antinationaliste. Il vise à accomplir le droit à l’autodéfense des peuples en contribuant à la progression de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan, sans toutefois remettre en cause les frontières politiques existantes. La fondation d’un Etat-nation kurde ne fait pas partie de ses objectifs. Le mouvement a pour but l’établissement de structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, structures ouvertes à tous les Kurdes et formant, dans le même temps, une confédération globale pour les quatre parties du Kurdistan.

[…]

~ Les 10 pages restantes font spécifiquement référence aux problèmes des peuples du Moyen-Orient et les façons possibles d’y remédier ~

= = =

Source du texte complet en français:

http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

Les membres de la confédération des communes libres de la région de Rojava du nord de la Syrie souscrivent à une charte ou un “contrat social”des communes de Rojava.

Le contrat/charte comporte 93 articles et un préambule que nous avons traduit ci-dessous.

Lisez, recopiez, transmettez, inspirez-vous de ce préambule de Charte. Il représente l’universalité humaine adaptée à une circonstance spécifique, c’est à dire notre lot à toutes et tous.

 

La charte complète (en anglais):

http://www.anarkismo.net/article/27497

 

Préambule de la Charte des communes de Rojava:

Nous, peuple des régions autonomes démocratiques d’Afrin, de Jazira et de Kobané, confédération de Kurdes, d’Arabes, d’Assyriens, d’Araméens, de Turkmens, d’Arméniens et de Tchétchènes, déclarons librement et solennellement l’étabilissement de cette Charte.

Poursuivant la liberté, la justice, la dignité et la démocratie et menès par les principes d’égalité et de durabilité environnementale, la Charte proclame un nouveau contrat social, fondé sur la coexistence mutuelle et paisible ainsi que la compréhension de tous les segments de la société. Elle protège les droits de l’Homme fondamentaux et les libertés ainsi que réaffirme le droit des peuples à l’autodétermination.

Sous cette Charte, nous, le peuple de ces régions autonomes, nous unifions dans l’esprit de la réconciliation, du pluralisme et de la participation démocratique de façon à ce que tous puissent s’exprimer librement en public. En construisant une société libre de tout autoritarisme, de militarisme, de centralisme et de l’intervention religieuse dans les affaires publiques, la Charte reconnaît l’intégrité territoriale de la Syrie et aspire à maintenir la paix domestique et internationale.

En établissant cette Charte, nous déclarons un système politique et civil d’administration fondé sur un contrat social qui réconcilie la riche mosaïque de la Syrie au travers la phase transitionnelle libre de dictature, de guerre civile et de destruction et vers une nouvelle société démocratique où la vie civile ainsi que la justice sociale sont préservées.

(Suivent les 93 articles de la Charte)

Traduction Résistance 71

 

 

 

 

 

Ingérence occidentale en « Syrak »: Kobané ou la guerre contre le Confédéralisme Démocratique kurde… (Pepe Escobar)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 27 octobre 2014 by Résistance 71

“Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état pour eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, la fondation d’un État n’augmente en rien la liberté du peuple. Le système des Nations-Unies qui est fondé sur celui des États-Nations est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles au développement social. Le Confédéralisme Démocratique est le paradigme politique constrastant des peuples opprimés. Le Confédéralisme Démocratique est un paradigme social non-étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le Confédéralisme Démocratique est le modèle culturo-organisationnel d’une nation démocratique. Le Confédéralisme Démocratique est fondé sur la participation de la base. Son processus de prise de décision repose sur les communautés. Les plus hauts niveaux ne servent que la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués dans les assemblées générales. Pour un temps très limité dans un espace donné, ils sont à la fois des portes-paroles et une institution exécutive. Mais le pouvoir de décision ultime demeure avec les mouvements de la base des communautés.”

~ Abdulah Ocalan, leader du Parti Ouvrier Kurde, PKK: “Le Confédéralisme Démocratique”, 2011~

 

La démocratie directe, l’énigme de Kobané

 

Pepe Escobar

 

24 Octobre 2014

 

url de l’article:

http://www.informationclearinghouse.info/article40053.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les femmes courageuses de Kobané, où les Kurdes syriens combattent désespérément l’EIIL/EI sont en train d’être trahies par la “communauté internationale”. Ces femmes guerrières se battent contre les sbires du calife Ibrahim, mais aussi contre les agendas traitres des Etats-Unis et de la Turquie et de l’administration irakienne du Kurdistan. Alors, que se passe t’il vraiment à Kobané ? Commençons d’abord par parler de Rojava. La véritable signification de Rojava, les trois provinces les plus kurdes du nord de la Syrie, est narrée dans cet éditorial en turc de l’activiste emprisonné Kenan Kirkaya. Il argumente que Rojava est la place d’un “modèle révolutionnaire” qui est ni plus ni moins qu’un défi à “l’hégémonie capitaliste et son système des états-nations” et cela au-delà de “sa signification régionale pour les Kurdes, les Syriens ou le Kurdistan”.

Kobané, région agricole, est à l’épicentre de cette expérience démocratique non-violente, rendue possible grâce à un arrangement pendant la tragédie syrienne entre Damas et Rojava (vous ne poussez pas pour un changement de régime contre nous et nous vous laissons tranquilles). Il est argumenté que “même si seulement un seul aspect du vrai socialisme était permis de survivre là-bas, des millions de personnes mécontentes seraient attirées par Kobani.

A Rojava, le processus de prise de décisions se fait au gré d’assemblées populaires qui sont multi-culturelles et multi-religieuses. Les trois personnes officiant dans chaque municipalité sont un Kurde, un Arabe et un Assyrien ou Assyrien chrétien et au moins l’un d’entr’eux doit être une femme. Les minorités non-kurdes ont leurs propres institutions et parlent leurs propres langues.

Parmi la myriades de conseils de femmes et de la jeunesse, il y a aussi une croissance de l’armée féministe devenue célèbre, La YJA milice de l’étoile (”Union des Femmes Libres” avec l’”étoile” symbolisant la déesse mésopotamienne Ishtar). Le symbolisme ne pouvait être plus graphique, pensez aux forces d’Ishtar (Mésopotamie) combattant les forces d’ISIS (NdT: le sigle anglophone de l’EIIL), à l’origine déesse égyptienne, maintenant mutées en un califat intolérant. Dans notre jeune XXIème siècle, ce sont les barricades des femmes de Kobani qui sont à l’avant-garde du combat contre le fascisme.

Inévitablement, il devait y avoir quelques intersections entre les Brigades Internationales combattant le fascisme en Espagne en 1936 et ce qu’il se passe à Rojava, comme l’a consaté un des trop rares articles à ce sujet dans la presse occidentale (David Graeber dans The Guardian: http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/oct/08/why-world-ignoring-revolutionary-kurds-syria-isis ). Si ces composants ne suffisaient pas pour rendre fous les profondément intolérants sbire Wahabbites et Takfiristes et leurs puissants soutiens des pays à pétrodollars du Golfe, il y a alors l’environnement politique lui-même.

Le combat à Rojava est essentiellement mené par le PYD, qui est la branche syrienne du PKK turc, le groupe de guerilla marxiste en guerre contre Ankara depuis les années 1970. Washington, L’UE et l’OTAN, sous la pression turque, ont toujours étiqueté le PKK comme “terroriste”. Un examen attentif du livre que tout le monde devrait lire, d’Abdullah Ocalan:: Democratic Confederalism (en français: http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf) révèle au grand jour que cette équation PKK= staliniste = terroriste est totalement fausse (Ocalan est emprisonné depuis 1999 dans l’île prison d’Imrali). Le modèle politique du PKK et du PYD est le “municipalisme libertaire” (NdT: Inspiré des idées et de la pratique de Pierre Kropotkine et plus récemment de Murray Bookchin et de la pratique zapatiste de l’EZLN au Chiapas). En fait c’est exactement ce que Rojava a mis en place: des communautés auto-gérées mettant en application les principes de la démocratie directe en utilisant les piliers que sont les conseils populaires, assemblées populaires, coopératives entièrement gérées par les travailleurs et défendu par des milices populaires. Ainsi, cela positionne Rojava à l’avant-garde d’un mouvement mondial de démocratie et d’économie coopératif dont le but ultime serait de contourner le concept d’état-nation…

Non seulement cette expérience politique se déroule dans tout le nord de la Syrie, mais en terme militaire, c’est le PKK et le PYD qui parviennent a effectivement sauver ces dizaines de milliers de Yazidis assiégés par l’EIIL sur le Mont Sinjar et non pas les bombes américaines comme veulent le faire croire les pirouettes médiatiiques de l’occident. Maintenant, comme le détaille le co-président du PYD Asya Abdullah, ce qui serait utile est un couloir humanitaire pour briser l’encerclement de Kobané par les porte-flingues du calife Ibrahim. Le jeu de pouvoir du sultan Erdogan d’Ankara pendant ce temps, semble vouloir prolonger la politique du “beaucoup de problèmes avec nos voisins”.

Pour le ministre de la défense turc Ismet Yilmaz, “la cause principale de l’EIIL est le régime syrien” et le premier ministre Ahmet Davutoglu, qui a inventé le défunt “pas de problème avec nos voisins” a constamment insisté sur le fait qu’Ankara n’interviendrait pour sauver Kobané que si les Américains sortaient un plan politique de “l’après Assad”. Puis il y a le personnage haut en couleur d’Erdogan, alias sultan Erdogan. Les édits du sultan Erdogan sont bien connus: les Kurdes syriens devraient combattre contre Al-Assad sous le commandement de cette faction de pieds nickelés qu’est l’Armée Syrienne Libre, reconstituée et qui devra être entraînée en Arabie Saoudite, qu’ils doivent oublier toute forme d’autonomie, qu’ils devraient accepter la requête turque à Washington pour une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Syrie et aussi une frontière “sécurisé” avec la Syrie. Pas étonnant qu’à la fois le PYD et Washington aient refusé ces demandes.

Le sultan Erdogan a ses yeux rivés sur le redémarage du processus de paix avec le PKK et il veut mener les débats en position de force. Jusqu’ici sa seule concession a été de permettre aux Kurdes irakiens Peshmergas d’entrer dans la Syrie du Nord pour contre-balancer les milices du PKK-PYD et ainsi empêcher le renforcement d’un axe anti-turc kurde. Dans le même temps, le sultan Erdogan sait que l’EIIL/EI a déjà recruté plus de 1000 citoyens turcs et plus à venir. Son cauchemar additionnel est que cette mixture toxique débordant en “Syrak” va tôt ou tard déborder aussi puissamment dans les frontières turques.

Attention aux ennemis à la porte

Les sbires du calife Ibrahim ont déjà télégraphié leur intention de massacrer ou de réduire en esclavage la population civile entière de Kobané. Et pourtant Kobané en tant que telle n’a aucune valeur stratégique pour l’EIIL/EI (c’est ce qu’a dit le ministre des affaires étrangères américain lui-même la semaine dernière, mais de manière prévisible, s’est rétracté…). Ce commandant très persuasif du PYD est parfaitement au courant de la menace représentée par l’EIIL/EI. Kobani n’est pas essentielle comparée à Deir Ez-Zor (qui a un aéroport alimentant l’armée arabe syrienne) ou Hasakah (qui a des puis de pétrole contrôlés par les Kurdes aidés par l’armée syrienne). Kobané n’a ni aéroport, ni champs pétroliers. D’un autre côté, la chute de Kobané générerait une forte publicité positive pour la déjà très bien promue entreprise du calife, augmentant la perception d’une armée gagnante surtout pour le moral des jeunes recrues actuelles et potentielles aux passeports européens, ainsi que d’établir une base solide tout près de la frontière turque.

Ce que fait essentiellemet le sultan Erdogan est de lutter à la fois contre Damas (sur le long terme) et les Kurdes (sur le moyen terme), tout en donnant un passage libre (de court terme) à l’EIIL/EI et pourtant à terme, le journaliste turc Fehim Tastekin a raison: entraîner des militants modérés inexistants dans cette si démocratique Arabie Saoudite ne mènera qu’à la “Pakistanisation” de la Turquie. Un remix de ce qui s’est passé dans les années 80 en Afghanistan et son djihad. Comme si cela n’était pas suffisamment trouble comme changement de jeu et renversant son dogme “terroriste”, Washington a maintenant façonné une entente cordiale (NdT: en français dans le texte original) avec le PYD. Cela donne un mal de tête supplémentaire au sultan Erdogan. Cet accord entre Washington et le PYD est toujours à prendre. Pourtant des faits de terrain disent la vérité, toujours plus de bombardements américains, toujours plus de parachutages (incluant de grosses “boulettes” dans les largages qui virent des armements et munitions fraîchement échoir aux portes-flingues du calife). Un élément clef ne devrait pas être occulté. Dès que le PYD a été plus ou moins “reconnu” par Washington, son chef Saleh Muslim s’en alla rencontrer le leader rusé du Kurdistan Regional Governement (KRG) Masoud Barzani. C’est alors que le PYD a promis un “partage du pouvoir” avec les Peshmergas de Barzani sur Rojava.

Les Kurdes syriens qui furent forcés d’abandonner Kobané et de s’exiler en Turquie et qui soutiennent le PYD, ne peuvent pas retourner en Syrie, mais les Kurdes irakiens peuvent aller et venir. Cet accord foireux est l’œuvre du chef du renseignement du KRG Lahur Talabani, Le KRG a de bonnes relations avec Ankara. Ceci met plus en lumière le jeu d’Erdogan. Il veut que les Peshmergas, qui sont de féroces opposants du PKK, deviennent l’avant-garde de la lutte contre l’EIIL/EI et ainsi minent l’alliance entre le PYD et le PKK. Une fois de plus la Turquie joue les Kurdes contre les Kurdes. Pour sa part, Washington manipule Kobani pour complètement légitimiser sa campagne anti-EIIL/EI dans la veine du “R2P humanitaire”. Il est toujours bon de rappeler que tout ceci a commencé avec un véritable barrage de mensonges et de pirouettes de Washington au sujet du groupe terroriste tout autant fantôme que bidon de Khorasan qui soi-disant préparait un nouveau 11 Septembre. Ce groupe a de manière prévisible, complètement disparu de la circualtion depuis. Sur le long terme, le jeu des Américains est une sérieuse menace pour l’expérience de démocratie directe entreprise à Rojava, que Washington ne peut qu’interprèter que comme, dieu nous protège ! Un retour au communisme !

Donc Kobané est donc devenu maintenant une pièce maîtresse dans un jeu sans merci manipulé par Washington, Ankara et Irbil. Aucun de ces acteurs ne veut la floraison et le succès d’une expérience de démocratie directe à Kobané et Rojava, que celle-ci fasse tâche d’huile et qu’elle commence à être remarquée dans le sud globalement. Les femmes de Kobané sont en danger mortel d’être si pas mises en esclavage du moins d’être amèrement trahies.

Cela devient même encore plus évident lorsque le jeu de l’EIIL/EI sur Kobané est vu pour ce qu’il est essentiellement: une tactique de diversion, un piège pour le gouvernement Obama. Ce que visent les sbires du calife est la province Anbar d’Irak, qu’ils contrôlent déjà largement ainsi que la ceinture si cruciale de Baghdad. Les barbares sont non seulement aux portes de Kobané mais aussi aux portes de Bahgdad.