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Quoi de neuf sur la culture de l’annulation ? Extrait du dernier bouquin de Norman Finkelstein

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, colonialisme, désinformation, guerres hégémoniques, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 21 juin 2022 by Résistance 71

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“Donnez un cheval à celui qui dit la vérité, il en aura besoin pour s’enfuir.”
~ proverbe arabe ~

Extrait du dernier livre de Norman Finkelstein sur la “cancel culture” et la liberté d’expression

Norman Finkelstein

Avril 2022

Source:
http://www.normanfinkelstein.com/excerpt-from-norman-finkelsteins-forthcoming-book-on-cancel-culture-and-academic-freedom-1-selected-by-obinna-ijomah-on-01-august-2021/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Quoi de neuf sur la culture de l’annulation ?

Pas grand chose en apparence , mais quelques bribes néanmoins. La culture de l’annulation est aussi vieille que la culture elle-même. Chaque société établit des limites sur ce qui est “acceptable”. Si quelqu’un se trouve ou se place lui-même du mauvais côté, alors il/elle se retrouve annulée. Les mécanismes peuvent en être subtils, une lettre de rejet polie après avoir soumis un article ‘controversé” à la publication, ou peuvent-être assez brutaux comme un séjour dans un camp de rééducation voire même un assassinat.

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Malcolm X

Julien Benda dans son ouvrage “La trahison des clercs” a posé que si vous être fidèle aux valeurs de la vérité et de la justice, alors il est inévitable que vous soyez mis au ban et raillé ou pour satisfaire à l’idiome à la mode de nos jours, que vous soyez “annulé” par la société : “Un clerc qui est populaire auprès du quidam moyen est un traître à sa fonction.” Il pointe alors vers Socrate et le Christ. Un véritable clerc, d’après Benda, accepte les dires du Christ disant que “Mon royaume n’est pas de ce monde”. Si Benda avait vécu plus longtemps, il aurait pu ajouter à son panthéon des martyrs Malcom X et Martin Luther King Jr, tous deux souvent oublié qu’ils furent détestés à l’heure de leur assassinat respectif. Juste après la mort de Malcolm X, le New York Times publia un éditorial disant que “Le monde qu’il voyait au travers de ses lunettes à écaille, était déformé et bien sombre. Mais il le rendit bien plus sombre encore par son exaltation et son fanatisme. Hier, quelqu’un est sorti tout droit de cette obscurité qu’il avait diffusée et l’a tué.

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Martin Luther King Jr.

Qui aurait cru que le woke Times aurait annulé Malcom X sur son lit de mort ? Quand Martin Luther King Jr parla contre la guerre du Vietnam, des leaders comme lui du mouvement des droits civiques le dénoncèrent pour mettre en danger le financement fédéral de la “guerre contre la pauvreté” alors en vogue. “Ce que vous dites pourra peut être vous faire obtenir un fond pour votre fondation”, rétorqua t’il à une de ces personnes, “mais cela ne vous mènera pas au royaume de la vérité !..” La nuit précédant son assassinat, comme s’il avait eu une prémonition de ce qui allait se passer le jour suivant, King délivra bizarrement ce qui allait devenir sa propre oraison funèbre. Ce fut peut être le plus grand discours politique de l’histoire archivée, surpassant sans conteste dans sa poignante réalité le fameux discours de Pericles immortalisé par Thucydides.

Son seul rival possible en la matière pourrait être Frederick Douglass, dont les pages de discours jusqu’à aujourd’hui pulsent au rythme de ses mots. Mais les biographes de King rapportent que, dans l’année précédent son assassinat, mêmes ses plus proches collaborateurs l’avaient politiquement abandonné alors qu’ils ridiculisaient sa morbidité.

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Frederick_Douglass

Puisque Finkelstein en parle, voici un échantillon de la prose de Frederick Douglass, extraite de “Narrative of the life of Frederick Douglass, an American slave” par Frederick Douglass, publié en avril 1845.

Traduction : Résistance 71

“J’aime la paisible et pure impartialité du christianisme christique et en conséquence j’abhorre le christianisme partial, hypocrite de cette terre (NdT : les Etats-Unis), ce christianisme corrompu, fouetteur de femme, pilleur de berceau et esclavagiste. En fait, je ne vois absolument aucune bonne raison, sans le plus vil des mensonges, d’appeler christianisme la religion de cette terre.
[…]
Nous avons des voleurs d’êtres humains pour ministres, des fouetteurs de femmes comme missionnaires et des pilleurs de berceaux comme membres de l’église. L’homme qui manie le fouet taché de sang durant les jours de la semaine monte en chaire le dimanche et affirme être un ministre de l’humble et compassionné Jésus. L’homme qui me vole de mes gains à la fin de chaque semaine me rencontre en tant que chef de classe le dimanche matin pour me montrer la voie de la vie et celle de la rédemption. […] Ainsi, nous voyons et entendons le voleur prêcher contre le vol, l’adultère contre l’adultère. Des êtres humains sont vendus pour bâtir des églises, des femmes sont vendues pour soutenir la bonne parole et des bébés vendus pour acheter des bibles pour les pauvres païens ! Tout cela au nom de dieu et des bonnes âmes ! La cloche du vendeur d’esclaves sonne à l’unisson avec celle qui appelle les paroissiens à l’église et les amers cris et pleurs de l’esclave dévasté sont noyés dans les cris religieux de son maître si pieux. La resuscitation de la religion et celle de la traite des esclaves vont la main dans la main. La prison de l’esclave et l’église sont l’une à côté de l’autre.
[…] Le marchand donne son or teinté de sang pour soutenir la chaire et celle-ci en retour, couvre le commerce infernal de la robe du christianisme. Nous avons là, alliées, la religion et la félonie, des démons parés de la robe des anges et l’enfer présentant les atours du paradis.”

si-le-peuple-se-leve-le-jeu-est-fini