Archive pour néolibéralisme et fascisme global

L’État ce con d’âne que moi…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 28 mai 2016 by Résistance 71

Je condamne

Silence

27 Mai 2016

url de l’article original:

http://www.legrandsoir.info/je-condamne.html

“On dit d’un fleuve qui emporte tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent.”
~ Bertolt Brecht ~

Puisque la dernière mode en vigueur à la cour semble être d’exiger la condamnation des fameuses « violences » lors des manifestations, puisque les dévoués procureurs que sont devenus les présentateurs requièrent lourdement la formule rituelle de condamnation lorsqu’ils ne l’obtiennent pas spontanément, puisque seule une capitulation sans conditions donne droit à l’onction suprême, puisqu’il s’agit là d’un incontournable rite de passage pour être admis dans le monde ravi des belles âmes responsables, plions-nous de bonne grâce à l’exercice et payons le tribut réclamé : condamnons !

Je condamne l’insupportable hypocrisie des indignations à sens unique et géométrie variable, parfait emblème de cette tartufferie morale chère à la mentalité courtisane.

Je condamne la violence symbolique qui consiste à harceler les rares voix du courant progressiste pour arracher le précieux sésame donnant accès à la bonne société de cour, le mystique « Je condamne ».

Je condamne le fait de sommer les petits et les opprimés de s’auto-humilier en incriminant leurs soeurs et frères de lutte, quand bien même seraient utilisées des méthodes contestables et contestées.

Je condamne le simplisme du récit médiatique dominant qui, à la remorque de la propagande du pouvoir, cherche à nous vendre la thèse ahurissante de hordes barbares, dépolitisées et organisées de façon quasi-paramilitaire pour s’adonner à la passion du chaos, là où la réalité dément sans peine cette fable à passer la nuit debout.

Je condamne la séparation artificielle et manichéenne entre manifestants et « casseurs », pure construction médiatico-policière qui ne tient pas l’épreuve des faits.

Je condamne le fait que demain, celui qui occupe un bâtiment, pose un piquet de grève, bloque un axe critique ou entend simplement défendre sa dignité sera lui aussi étiqueté « casseur ».

Je condamne les pleutres qui avancent masqués et refusent d’avouer qu’au fond, pour eux, le bon manifestant, c’est surtout celui qui n’existe pas.

Je condamne les violences policières, les gaz lacrymogènes utilisés massivement sans raison, les charges sauvages, les coups gratuits, les matraques cruelles, les arrestations arbitraires, les manifestants traînés sur plusieurs mètres avant d’être insultés, humiliés et tabassés au sol, les cortèges coupés, harcelés, interrompus, les nasses abusives, les provocations permanentes, les tirs de grenades et de LBD visant délibérément la tête, la surveillance aérienne, les dispositifs surdimensionnés et positionnés agressivement pour générer tensions et affrontements.

Je condamne l’usage des gaz lacrymogènes, armes chimiques interdites en cas de guerre mais curieusement autorisées pour réprimer les civils.

Je condamne les tirs offensifs de grenades visant directement les personnes (ce que la réglementation interdit pourtant expressément), et dont les éclats caoutchoutés déchirent les chairs, s’incrustant sous la peau.

Je condamne l’usage des armes cyniquement baptisées lanceurs de balle de défense (introduits sous Guéant, étendus par Sarkozy, confirmés sous Hollande), tirant à plusieurs centaines de km/h des projectiles responsables de blessures graves et irréversibles — dont au moins 25 éborgnements depuis une dizaine d’années, notamment sur des mineurs.

Je condamne les méthodes violentes au parfum colonial de la BAC, faisant régner la terreur dans les quartiers, infiltrant les cortèges (poussant parfois le zèle jusqu’à s’appliquer des autocollants syndicaux afin de parfaire leur apparence « manifestante »), provoquant et procédant à des interpellations d’une rare brutalité.

Je condamne l’abandon de la doctrine du maintien à distance afin de privilégier une stratégie casse-gueule de l’affrontement et du rentre-dedans.

Je condamne la militarisation croissante des techniques de maintien de l’ordre.

Je condamne la spirale inflationniste de la puissance de feu dont disposent les policiers.

Je condamne les mensonges éhontés des « dépositaires de l’autorité publique » au tribunal afin de charger la barque de manifestants raflés au hasard pour faire du chiffre.

Je condamne la justice de classe des comparutions immédiates, distribuant à la chaîne du ferme quand les voyous cravatés ont droit à tant d’égards, de longues années de procédure et, au final, une étrange mansuétude — quand ce n’est pas l’impunité pure et simple.

Je condamne la stratégie de la tension et de l’escalade choisie par le pouvoir afin d’apeurer, de délégitimer, de discréditer et de criminaliser la contestation.

Je condamne l’attitude lâche et cynique du gouvernement, qui utilise les corps policiers comme paravents commodes face aux colères populaires et n’hésite pas à sacrifier des pions en uniforme dans le cadre de son jeu du pourrissement.

Je condamne le chantage à l’état d’urgence, à la menace terroriste et à je ne sais quel « esprit du 11 janvier », pures instrumentalisations destinées à museler la révolte.

Je condamne les excuses sociologiques sur la fatigue des policiers, comme si la répression eût été moins féroce en d’autres circonstances, comme si celle-ci n’était pas avant tout décidée en haut lieu dans des bureaux cossus par des planqués en col blanc frais comme des gardons.

Je condamne la culture de l’impunité autour des violences policières — couvertes par la hiérarchie, la justice et le pouvoir, avec la complicité honteuse des grands médias.

Je condamne l’omertà quasi-absolue d’un « quatrième pouvoir » médiatique qui a depuis longtemps démissionné de sa mission sacrée de contre-pouvoir afin de se faire l’auxiliaire et le relais le plus féroce des pouvoirs établis.

Je condamne le fait que les médias dominants prennent pour argent comptant les communiqués de presse des préfectures et de l’Intérieur, aussitôt considérés comme parole d’évangile, comme si le pouvoir n’avait pas pour coutume d’enjoliver les choses, ne cherchait jamais à tourner les évènements à son avantage ou n’avait pas prouvé à maintes reprises son approche très libérale de la vérité ; comme si les leçons de base du journalisme — critiquer les sources — avaient été passées par pertes et profits.

Je condamne la reprise médiatique brute des bilans hallucinants établis par les préfectures, lesquelles osent sans rire affirmer que des policiers caparaçonnés, armurés, équipés, surarmés, entraînés, coordonnés et bénéficiant d’un soutien aérien essuient systématiquement plus de blessures que des manifestants dont l’écrasante majorité est désarmée, sans protections et dépourvue de la moindre culture des affrontements.

Je condamne l’absence d’effort des autorités et des grands médias pour comptabiliser les blessés côté manifestants alors que le ratio policiers/manifestants blessés dépasse parfois 1 à 20.

Je condamne l’entreprise de manipulation et d’instrumentalisation autour des affrontements, divertissement bien opportun pour esquiver les autres aspects du conflit.

Je condamne le mécanisme récurrent qui consiste à fabriquer et exposer sans relâche de prétendus « ennemis de l’intérieur », objets de tous les fantasmes et d’une focalisation complaisante, insistante et en vérité gourmande, afin de justifier la violation routinière des libertés fondamentales, générer une demande d’ordre et construire un consentement à la répression.

Je condamne la logique du spectacle.

Je condamne le parti-pris voyeuriste des médias télévisuels, qui ne leur fait appeler « violences » que les seules choses qui produisent des images spectaculaires.

Je condamne la volonté de faire de l’audimat facile avec des images choc, fruit d’une logique commerciale méprisable et radicalement incompatible avec la production d’une information de qualité.

Je condamne le fait que les médias télévisuels, si friands d’images d’affrontements, redécouvrent subitement les vertus de la pudeur lorsqu’il s’agit de montrer les crânes ouverts, le bleu délicat des ecchymoses, les contusions violacées, les brûlures, les impacts de tirs de LBD sur peaux manifestantes ou les traînées de sang sur bitume citadin.

Je condamne la servilité scandaleuse des présentateurs qui déroulent le tapis rouge aux représentants de l’État, ne daignent jamais contredire leurs éléments de langage robotiques et ne cherchent en rien à les bousculer dans leur discours préfabriqué.

Je condamne l’hostilité à peine déguisée des mêmes présentateurs envers le camp manifestant, aussitôt assigné au banc des accusés et sommé de s’expliquer sur le déroulement des évènements, comme s’il existait de fait je ne sais quel principe de responsabilité collective.

Je condamne cette différence flagrante dans le ton employé selon le camp questionné, les uns ayant droit aux sommations et à l’interrogatoire en règle, les autres à tous les égards et une déférence pour le moins suspecte.

Je condamne le glissement permanent de la figure du journaliste vers celle du publicitaire, du procureur ou du propagandiste.

Je condamne le fait que l’on ne demande jamais aux représentants du pouvoir ou des policiers s’ils condamnent les violences policières.

Je condamne le déni outrancier de violences policières pourtant avérées, documentées et récurrentes.

Je condamne ceux qui ont, par leur action ou par leur silence, permis la mort de Malik, Zyed, Bouna, Rémi — et tous les autres, et le prochain.

Je condamne le fait que pour une vidéo de violences policières montrée, vingt soient tues.

Je condamne le fait que les médias alignés, si prompts à se retrancher derrière leurs réflexes défensifs de caste lorsque leur atterrante partialité est mise en cause, n’aient pas la même solidarité lorsque leurs confrères indépendants, mouillant la chemise pour produire des images de ce qui se passe réellement au coeur de la mêlée, sont régulièrement ciblés et pris à partie par des policiers (mais pourquoi donc, d’ailleurs ?).

Je condamne l’usage de ces euphémismes détestables tels qu’ « évacuation musclée », « heurts », « échauffourées » ou « tensions » pour masquer la violence de la répression.

Je condamne le fait que les violences policières soient toujours mises au conditionnel, alors que les violences contestataires ont naturellement droit à l’indicatif de l’évidence.

Je condamne l’écoeurant deux poids, deux mesures dans les réactions lorsque les dégradations matérielles sont commises dans le cadre d’un mouvement social d’ampleur, ou par des agriculteurs soutenus par la toute-puissante FNSEA.

Je condamne la vacuité sensationnaliste du cirque médiatique qui braque à dessein ses projecteurs aveuglants sur le dernier maillon de la chaîne de la violence, occultant par là même toutes les violences qui ont eu lieu en amont et nourrissent une rage bien légitime.

Je condamne la vanité des commentateurs bourgeois qui distribuent leurs brevets de moralité depuis leur bulle douillette, jouissant eux-mêmes de droits que nos aïeux ont conquis alors que leurs ancêtres spirituels, la bave aux lèvres et la bouche pleine d’anathèmes, hurlaient déjà à la canaille et à la chienlit.

Je condamne la malveillance systématique dans le traitement médiatique des mouvements sociaux, dont les participants sont invariablement rapportés à des branleurs, des râleurs professionnels, d’aimables crétins n’ayant pas bien compris la pé-da-go-gie néolibérale, des ringards sclérosés ou — le cynisme n’ayant décidément aucune limite — des privilégiés animés par une mentalité de caste et défendant des avantages indus au détriment des autres.

Je condamne le mépris de classe et le racisme social derrière ces réactions consternantes de la noblesse d’épée médiatique, grassement payée pour aboyer et vomir sur les petits depuis son cocon doré.

Je condamne les ânes bâtés qui hurlent pour une chemise, mais n’ont pas un mot pour 2 900 suppressions d’emploi ou la souveraine lâcheté d’une direction méprisante.

Je condamne ceux qui se scandalisent davantage d’une vitrine cassée que d’une vie brisée.

Je condamne ce monde glacial où les images d’une Porsche brûlée suscitent plus d’écho qu’un intermittent s’immolant par le feu à Marseille devant une caisse de retraite.

Je condamne la violence sociale d’un système contraignant des millions de personnes à passer sous les fourches caudines du travail contraint et exploité afin d’assurer leur simple survie matérielle.

Je condamne la violence sociale d’un système forçant les gens ordinaires à se vendre même pour un boulot de merde, et où il faudrait de surcroît aimer cela, voire baiser les pieds de nos bons maîtres.

Je condamne la violence sociale d’un système où la sixième puissance économique du monde laisse crever 2 000 personnes dans la rue chaque année pendant que d’autres possèdent dix résidences secondaires.

Je condamne la violence sociale d’un système où certains sont contraints de voler des pâtes dans la honte pour manger, là où d’autres peuvent cramer 3 SMIC dans une seule bouteille.

Je condamne la violence sociale d’un système où des centaines de personnes meurent chaque année au travail — par exemple parce qu’un patron rapace refusait d’appliquer les consignes de sécurité ou rognait sur la qualité du matériel afin de maximiser son profit.

Je condamne la violence sociale d’un système qui fait du pauvre l’ennemi public n°1, toujours suspecté d’être un bon à rien, un fainéant, un parasite, un profiteur qu’il faut fliquer et éperonner comme une vulgaire bête de somme.

Je condamne le divertissement du spectacle médiatique au regard de cette violence quotidienne, structurelle mais rendue invisible.

Je condamne la gestion néolibérale du travail (pardon, des ressources humaines), laquelle entraîne suicides, dépressions, stress, blessures, arrêts maladie, syndromes d’épuisement professionnel, humiliations, frustrations, dépérissement du sens, ennui, prise d’anxiolytiques ou de dopants pour tenir, déshumanisation, flicage et mise en concurrence sauvage des opprimés entre eux.

Je condamne les cadences infernales, les horaires éclatés, les produits cancérigènes, les objectifs délirants de rentabilité, de vente ou de productivité, la surveillance disciplinaire, la compétition acharnée, les harcèlements divers, les moyens supprimés alors que les objectifs sont maintenus voire amplifiés, les surcharges de travail, les procédés déloyaux des directions, les mises au placard, les listes noires de syndicalistes, le contrôle social inquisiteur, l’inhumanité glaçante de l’utilitarisme marchand.

Je condamne le fait que les salariés soient la variable d’ajustement systématique de l’ordre capitaliste.

Je condamne la violence criminelle d’élites incestueuses, dont le seul projet est d’exposer les travailleurs aux rapports de force les plus inégaux et les plus sauvages, démantelant petit à petit tous les garde-fous qui permettaient aux salariés de ne pas être complètement nus face à la violence du capital.

Je condamne le fait que nos vies soient à la fois le terrain de jeu, les munitions et la matière première de la guerre féroce que se livrent les capitalistes entre eux.

Je condamne la hiérarchisation implicite des violences qui naturalise la violence institutionnelle, excuse les violences répressives mais s’offusque bruyamment des violences contestataires.

Je condamne les casseurs de manif’, les briseurs de contestation, les préposés à la destruction sociale, les conducteurs zélés du bulldozer néolibéral, les défenseurs de l’ordre établi, les escrocs en cravate qui voudraient nous vendre la riante chimère d’un « capitalisme à visage humain ».

Je condamne le mensonge ignoble selon lequel la loi Travail a été « vidée de sa substance ».

Je condamne la violence de la loi Travail.

Je condamne la violence de la loi du travail.

SILENCE

 

Publicités

Éducation: La destruction de l’enseignement supérieur par le fric roi.. Lettre ouverte au secrétaire d’état à l’enseignement supérieur et de la recherche

Posted in actualité, économie, ingérence et etats-unis, N.O.M, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, sciences et technologies, technologie et totalitarisme, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , on 13 octobre 2014 by Résistance 71

Tout ceci est planifié et orchestré et ne résulte aucunement d’erreurs ou de « mauvaise compréhension », prouvant une fois de plus qu’il n’y a aucune solution au sein du système. Le torpillage organisé de l’éducation de la maternelle à l’université est un passage obligé de la destruction des sociétés pour l’établissement du Nouvel Ordre Mondial fasciste.

— Résistance 71 —

 

Pourquoi j’ai démissionné de l’université de Lorraine

 

Vincent Goulet

 

7 Octobre 2014

 

url de l’article original:

http://www.questionsdeclasses.org/?Pourquoi-j-ai-demissionne-de-l

 

Lettre ouverte d’un ancien Maître de conférences à Geneviève Fioraso, Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche.

Madame la Secrétaire d’Etat,

Recruté en 2010 comme maître de conférences à l’université de Lorraine, je me suis finalement résolu à envoyer ma lettre de démission à mon président en avril dernier. C’était, je m’en souviens, un jour où vous parliez à la radio pour redire, avec moult chiffres à l’appui, que l’université en France était sur la voie du progrès, c’est-à-dire de l’excellence et de la justice sociale. Pendant quatre ans d’exercice à Nancy, j’ai vu tout le contraire : une détérioration croissante des conditions de travail jusqu’à l’impossibilité de faire correctement mon métier d’enseignant-chercheur.

Si chacun peut apprendre en ce monde, nul ne peut se vanter d’y enseigner avec facilité. Enseigner est un métier passionnant et frustrant, dont vous avez pu brièvement prendre, en début de votre carrière, la mesure. Mais il n’est aujourd’hui plus question de pédagogie : plutôt que des enseignants, nous sommes devenus avant tout des gestionnaires de diplômes. La multiplication des formations professionnalisantes, le manque de personnel administratif conjugués au nombre insuffisant d’enseignants-chercheurs statutaires conduit chacun de nous à prendre en charge la responsabilité d’un diplôme ou d’une année avec toutes les charges que cela comporte : élaboration des maquettes des enseignements, construction et suivi des emplois du temps, recherches d’enseignants vacataires, rédaction des multiples dossiers de financement, organisation des sélections et recrutements des étudiants, levée de la taxe d’apprentissage auprès des entreprises, organisation des « portes ouvertes », suivi des dossiers de demande de VAE, multiples réunions sur le fonctionnement du campus, et j’en passe…

Toutes ces tâches n’ont pas de lien direct avec la pédagogie et la transmission du savoir aux étudiants. Nous sommes devenus des super « chefs de service administratif ».

J’aurais bien aimé me former aux nouvelles techniques numériques comme Moodle, me lancer dans les délices de l’innovation pédagogique ou tout simplement avoir le temps de mieux préparer mes cours. Mais non, toujours dans l’urgence, nous n’avons plus le loisir de laisser maturer nos idées, ces germes d’innovations dont vous faites sans cesse la promotion et qui ne peuvent grandir que dans une certaine disponibilité d’esprit qui est le propre des êtres civilisés.

Vous avez dû entendre déjà une autre plainte qui monte des bas-fonds de l’université, université que vous connaissez finalement peu en pratique : les tâches administratives nous asphyxient aussi comme chercheur. La deuxième part de notre métier, théoriquement la moitié de notre temps de travail, est réduite à la portion congrue, toujours renvoyée à plus tard, toujours morcelée, si bien qu’on ne peut guère mener une réflexion approfondie. L’immense majorité des Français croit encore que le « prof de fac » est en vacances de juin à octobre. Avec la semestrialisation et une rentrée universitaire début septembre, la plupart des enseignants-chercheurs ne quittent leur bureau que le 21 juillet pour le retrouver le 25 août. Temps de vacances bien méritées, mais plus celui d’écrire un article scientifique de fond ou encore moins un livre.

La pernicieuse logique du financement de la recherche sur contrat nous contraint à déposer en permanence des projets de recherche, de faire des tableaux de financement, de faire et défaire des retro-plannings pour ensuite remplir des évaluations intermédiaires censées justifier l’utilisation des fonds reçus. Les contraintes d’administration de la recherche achèvent d’étouffer l’esprit de la recherche : nous sommes devenus des « porteurs de projet » spécialistes en montage de dossier de financement. Les directeurs de labo sont mués en véritables chefs d’entreprise. Contraints de courir après les financements et de gérer au jour le jour les multiples problèmes administratifs, ils peinent à s’investir dans leur mission première : l’animation scientifique du collectif de recherche dont ils ont la responsabilité. La concurrence étant organisée par le ministère de la recherche lui-même, beaucoup se lancent dans la course aux « Labex » (laboratoire d’excellence), « Idex » (initiative d’excellence) ou autres « Equipex » (équipements d’excellence) et aux bénéfices symboliques associés à ces financements. Dans ce monde saturé d’excellence, grande est la tentation de s’en remettre à sa mesure quantitative : chaque financement arraché aux institutions devient un trophée brandi en réunion de directeurs de labo, où chacun cherche à montrer qui en a le plus gros (de budget). Dans ce contexte, on ne lit plus attentivement les travaux des collègues pour les discuter, on rédige des dossiers souvent à la hâte, dans le cadre politique propre à l’établissement plutôt que dans un souci de cohérence scientifique, et on se méfie des autres chercheurs qui sont autant de concurrents en lice pour obtenir ces si prestigieux financements. Je devais être naïf, mais j’avais une autre image de la « communauté scientifique ».

Ajoutez à ce triste tableau, Madame Fioraso, une fusion à « moyen constant » des quatre universités de Lorraine en un unique méga-établissement, une fusion citée en exemple par votre prédécesseuse, Mme Pécresse, et que vous n’avez pas remise en cause. Toutes les entreprises du privé savent qu’une fusion coûte cher à court terme pour économiser de l’argent à long terme. En Lorraine, nous avons fait une fusion à moyens constants, une fusion « à sec », en quelque sorte. Enfin pas tout à fait : plutôt que des enseignants ou des personnels administratifs, l’université a embauché une armée de consultants et de chargés de mission qui ont peuplé les « services centraux » et qui nous ont rapidement cassé les pieds pour que nous remplissions leurs paperasserie d’évaluation de l’excellence désormais érigée en Leitmotiv – alors que nous pleurions pour une ramette de papier ou quelques crayons de papiers. « Big is beautiful », sur le papier du moins, favorable parait-il à de bons « classements internationaux des universités » mais c’est au détriment des étudiants et de leurs conditions d’études : imaginez votre premier cours de TD devant un groupe de TD de 45 étudiants de L1, tout juste sortis du lycée. Bien sûr, vous leur souhaitez la bienvenue et annoncez que vous espérez la réussite de tous, mais en votre for intérieur vous savez bien qu’il serait opportun que dix ou quinze d’entre eux abandonnent avant Noël pour avoir des conditions normales d’études… Autre injonction contradictoire : délivrer des diplômes très « professionnalisants » avec des ordinateurs dépassés et des logiciels obsolètes. Tous juste si les vacataires du monde de l’entreprise ne doivent pas amener leur propre matériel pour faire cours.

Pendant deux ans, j’ai beaucoup râlé, essayé de mobiliser mes collègues pour protester et faire bouger les choses. Hélas, des cohortes de docteurs sans poste attendant aux portes de l’enseignement supérieur, et on m’a bien fait comprendre que j’avais bien de la chance d’avoir été recruté. Ultime argument : « c’était encore pire ailleurs » qu’à l’université de Lorraine. Bien loin de me consoler, cela m’a plutôt inquiété… Comme le disait l’économiste et sociologue Albert Hirschman, quand on ne sent pas bien dans une institution et que la « Loyalty » à ses propres valeurs l’emporte, l’alternative se réduit à « Voice » ou « Exit ». Après avoir fatigué les oreilles de mes collègues, j’ai finalement décidé de partir. Cela n’a pas été facile, ni de gaité de cœur. Plutôt qu’enseignant-chercheur statutaire, je suis devenu chercheur-enseignant précaire, chercheur sur contrat et enseignant en vacation. Avec des revenus divisés par deux, mais enfin un peu de liberté.

Je reste néanmoins un incurable optimiste : un jour, bientôt peut-être, le monde universitaire se remettra en mouvement pour exiger sa juste place et sa juste reconnaissance dans notre société ; un jour, bientôt peut-être, les conditions de travail seront meilleures dans les facs ; un jour, bientôt peut-être, on aura le courage de réformer l’actuel système inégalitaire de l’enseignement supérieur et on cessera de faire des économies sur l’éducation des jeunes générations ; un jour, peut-être, les perspectives de recherche seront dégagées par les chercheurs eux-mêmes et non pilotées par des administrations ou des politiques régionaux soucieux de retours rapides sur investissement.

Tout cela, Madame la Secrétaire d’Etat, vous ne pouvez pas l’ignorer. Bien des collègues avant moi vous ont déjà fait part du malaise qui nous étreint toutes et tous. Ce courrier vous est remis par des collègues engagés dans la marche pour les sciences qui arrivera à Paris le 18 octobre prochain. Les gels de postes de plus en plus nombreux dans les universités commencent à faire bouger les choses. Sauriez-vous vous défaire de la langue de bois ministérielle et des spreadsheets de votre cabinet pour prendre enfin la mesure de la crise que traversent l’enseignement supérieur et la recherche ?

 

Vincent Goulet,

Docteur en sociologie

Ancien Maître de Conférences à l’université de Lorraine.

Le dogme du libéralisme (et néolibéralisme globaliste) fondement du Nouvel Ordre Mondial

Posted in actualité, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique with tags , , , , on 11 février 2011 by Résistance 71

Les présupposés du libéralisme

Par Jacques Langlois

Le libéralisme repose sur des présupposés anthropologiques relatifs à la consistance de la nature humaine et de la société. Ils ont été tellement propulsés par l’idéologie, notamment économique ou politique, qu’ils sont en quelque sorte devenus une seconde nature inconsciente et refoulée ; et que l’on ne saurait s’interroger sans faire s’écrouler l’édifice de carton-pâte qui est fondé sur ces prémisses tout à fait fausses, controuvées et démenties par l’ethnologie moderne. Ces stéréotypes, ces bas-fonds de la doxa occidentalo-capitaliste, passent pour évidents et incontestables au point que la prophétie libérale sur la nature humaine s’est pour ainsi dire autoréalisée : car c’est bien sûr ces bases que les gens globalement se comportent et raisonnent.

Le premier fondement caché du libéralisme réside dans la nature pécheresse des hommes (tradition chrétienne depuis saint Augustin, mais aussi versant majoritaire de la pensée antique sur l’égoïsme intrinsèque et naturel des hommes ; à l’exception notable d’Aristote qui voyait les hommes comme naturellement sociables, civiques et politiques). Cet égoïsme donne la base des conduites intéressées, c’est-à-dire guidées avant tout par la recherche de l’intérêt personnel. L’idée est courante au XVIIe siècle chez les premiers penseurs des Lumières ; lisons la Rochefoucauld et les matérialistes comme d’Holbach ou Helvétius ; rappelons-nous que Kant parlait de l’inconfortable asociabilité des hommes. Il y a là encore une exception avec Rousseau : « L’homme naît bon et la société le déprave. » À la fin du XVIIIe siècle, la chose est généralisée sous forme d’utilitarisme dans lequel l’homme raisonne en fonction des peines et des plaisirs personnels. Bentham ajoute, en moraliste, que la conduite individuelle doit cependant être orientée par « la recherche du bonheur du plus grand nombre ». Ce qui suppose d’admettre qu’il puisse y avoir des personnes sacrifiées à cet optimum ! De ce fait, l’égale dignité de chaque homme est jetée aux orties puisqu’il y a des individus que l’on peut exclure au nom du maximum de bonheur de la collectivité. Adam Smith a bâti son économie libérale sur l’intérêt qui fait « que l’on n’attend pas son dîner de la bienveillance du boucher ». Mandeville révèle le pot aux roses en prétendant que les vices privés (vanité, égoïsme, rapacité, etc.) sont des vertus publiques puisque chacun maximisant son intérêt contribue à la croissance économique. Cependant, Smith, qui est aussi un moraliste de l’école écossaise (oui, ça existe), montre que l’intérêt matériel n’est pas le principe majeur de la sociabilité ; c’est la sympathie, laquelle provient de ce que l’on respecte les riches et qu’on les imite puisqu’ils ont réussi et que l’on se mettrait bien à leur place. Il oublie toutefois que l’imitation peut se transformer en jalousie (avoir ce que les autres ont ou garder ce que l’on a) mais aussi en envie (détruire ce que les autres ont et que l’on n’a pas). Smith anticipe ainsi la « violence mimétique » chère à René Girard, violence qui débouche sur le sacrifice d’un bouc émissaire, le pauvre par exemple, ce raté sans mérite, fainéant, alcoolique, lapiniste, risquophobe si l’on en croit Malthus, Sarkozy et les élites libérales actuelles. C’est bien commode car l’existence des pauvres est en même temps la justification de leur sort et de la bonne image que le riche peut avoir de lui puisqu’il a réussi grâce à son travail et son talent. Autre apport (notez que cette pensée libérale dégueulasse émane en général des Anglo-saxons), celui du Rosbif Spencer qui transforma les idées de Darwin en « darwinisme social » : ce sont les plus adaptés à la concurrence dans le « struggle for life » qui sont les meilleurs ; les exclus ne sont que des inadaptés à la compétition généralisée. L’économie néoclassique de la fin du xixe siècle transformera l’intérêt en « utilité » et pourra alors se lancer dans une approche du calcul rationnel des utilités et des coûts d’opportunité par les individus. L’homme n’est plus seulement intéressé ; il est aussi « rationnel », calculateur, « matérialiste » ; il devient « homo œconomicus ». D’où les développements économicistes actuels sur « les anticipations rationnelles » (Robert Lucas) ou le « capital humain » (Gary Becker), tous deux lauréats du prix de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel (dit faussement prix Nobel d’économie).

Le deuxième postulat naturaliste du libéralisme est que l’homme n’est qu’un individu et que la société n’est qu’une collection d’individus atomisés comme des petits pois dans une boîte. L’homme n’a pas d’enracinement, d’attaches dans des communautés ; il s’est fait tout seul grâce à ses dons innés ; il n’a pas été socialisé, normalisé, orienté dans une culture préexistante. On se demande même comment il acquiert le langage. Il est libre. Il se trouve cependant qu’il vit en société. Pourquoi ? Deux réponses libérales apparaissent. D’une part, c’est son intérêt parce qu’il peut ainsi échanger et bénéficier des avantages de la division du travail, ce qui profite à tous, même aux plus pauvres puisqu’ils peuvent ainsi acheter moins cher et se spécialiser dans une activité rentable à condition « de travailler plus pour gagner plus », ce qui à la longue le fait accéder à la propriété acquise par son travail. D’autre part, isolé, l’homme ne peut pas défendre sa propriété, sa personne et sa descendance contre les autres ; les engagements risquent de ne pas être tenus, les voleurs et les assassins rodent, la sécurité des biens et des personnes n’est pas assurée. On vit dans un contexte où « c’est la guerre de tous contre tous » car « l’homme est un loup pour l’homme ». Alors, suivant les analyses de Hobbes(cène), les hommes passent un « contrat social » pour assurer la paix et la propriété. Ce contrat, ce qui suppose des individus déjà rationnels par nature, consiste à ériger une puissance souveraine et absolue au-dessus des parties, un tiers neutre qui détiendra le pouvoir « de donner et de casser la loi » (Bodin) et le « monopole de la violence légitime » (Weber) pour faire respecter le contrat, les propriétés et la sécurité. Ce en quoi on voit que M. Sarkozy est hobbesien sans le savoir, de même qu’il ignore que monarchie ne s’oppose pas à élection puisqu’il y a eu dans l’histoire des monarchies électives (réponse au directeur du baveux Libération, Laurent Joffrin, lors d’une conférence de presse du président en janvier 2008). Alors, dans le même mouvement, les hommes dépassent l’état de nature, créent la société civile et l’État politique. Ce qui implique que le pouvoir politique, comme l’avait déjà dit saint Thomas d’Aquin, est la conséquence des passions humaines tempérées par la « droite raison » qui pousse à organiser la sécurité des relations sociales et commerciales. Dès lors, s’opère en plus une coupure « naturelle » entre les passions, sources de division, et la raison qui fait admettre la nécessité d’un maître pour maintenir l’ordre. Coupure reprise par Descartes pour garder son Kant à soi. C’est un troisième axiome libéral : le pouvoir politique est supérieur et extérieur à la société.

Notons cependant un avis discordant quoique reposant sur les mêmes axiomes ; celui de Hayek, pape du libéralisme moderne, ex-Autrichien devenu Gibby. La société, certes, n’est que la résultante des interactions individuelles intéressées. Mais cette conséquence n’implique pas un pouvoir politique, un État (hors les fonctions régaliennes) intervenant sur la société ; celle-ci se construit spontanément dans un univers d’incertitudes que seul le marché (qui seul permet l’échange d’informations réduisant les aléas) peut coordonner. Et il fait cela automatiquement et bien mieux que tout projet de changement porté par des réformistes ou pis, des révolutionnaires. Hayek naturalise ainsi le marché des passions et des intérêts, le rend mécanique et fatal, lui prête la qualité d’être « le meilleur des mondes possibles » car il harmonise tout. Voilà le conservatisme libéral justifié par l’évolutionnisme et le commerce, et ainsi tout projet, toute fin, tout but de changement et de signification ou de valeur morale des conduites sociales sont récusés a priori comme « constructiviste », c’est-à-dire théorique et non compatible avec la nature réelle des hommes et de la société.

Comme les hommes sont individualistes et mus par leurs passions égoïstes, comment se fait-il que la démocratie ait fait son apparition ? Notons déjà que cette démocratie-là est en fait une procédure électorale atomistique établie pour désigner des « représentants » du peuple dans ce qui n’est qu’une « démocratie représentative » bourgeoise. Elle est donc très limitée, très ponctuelle, instantanée car réduite au seul moment du suffrage. Elle repose sur une coupure entre le peuple et le pouvoir politique, lequel ne peut être confié qu’à des gens cultivés et propriétaires (remplacés aujourd’hui par les experts). En effet, seul le propriétaire connaît son intérêt et est capable de raisonner correctement pour défendre ce qu’il a (d’où les débuts de la démocratie sous forme de suffrage censitaire). Elle élimine par construction l’expression des forces sociales réelles, c’est-à-dire des groupements réels, territoriaux ou professionnels ou associatifs. Ceux-là peuvent être consultés mais ils ne participent pas à l’élection et le pouvoir élu légalement (transformé en légitimement par M. Sarkozy) conserve en dernière instance la décision politique. Par ailleurs, les « constituants » (Français ou Américains) se sont méfiés de la « populace » ignare : ils ont pris leurs précautions pour que le peuple ne parvienne pas au pouvoir ; aux états-Unis, cela consiste à différencier et équilibrer les pouvoirs de façon que ni les représentants, ni les sénateurs, ni le président exécutif et son administration ne puissent décider sans l’accord des autres. C’est ce qui explique l’impuissance d’Obama qui n’est pas le messie, seulement le mais si… Dans le même ordre d’idée, le pouvoir est équilibré entre les États et le pouvoir fédéral. De plus, aujourd’hui on constate que le pouvoir s’est éloigné dans des instances supranationales non élues et où les « experts », plus ou moins infiltrés par les lobbys, font la pluie et le beau temps.

Cependant la pseudo-démocratie a un grand mérite : elle permet de faire croire au peuple qu’il participe aux décisions, que son bien est pris en compte en tant qu’intérêt général ; de plus cela permet d’associer les représentants sociaux du peuple, comme les syndicalistes ou les associatifs, au système institutionnel, ce qui à la fois le légitime, rabaisse les exigences desdits représentants et les transforme en tigres de papier intéressés à la survie du régime d’où ils tirent prestige, honneur, rémunération, signes de reconnaissance (voitures, logements, médailles, invitations dans les hautes sphères, etc.). La fausse démocratie camoufle que les représentants et dirigeants soi-disant élus font les lois qui favorisent leurs amis, c’est-à-dire le capital. Il importe donc de respecter sa façade en trompe-l’œil et à la Potemkine. Il importe de la maintenir, même comme coquille vide, pour perpétuer les croyances dans le caractère juste et sacré de la démocratie formelle et bourgeoise (Marx).

Un troisième fondement du libéralisme se trouve, en tant que corollaire du premier, dans le caractère fixiste, intemporel et universel (rationae loci et tempori) de la prétendue nature humaine égoïste, guerrière, compétitrice et individualiste. Pourtant, l’ethnologie et les sciences humaines ont montré depuis longtemps qu’il n’y avait pas de nature humaine sauf en ce qui concerne pour ainsi dire le câblage de départ qui donne à chaque homme et à chaque culture un potentiel, un univers de possibilités, que justement les cultures actualisent et transforment en spécificité ; et c’est la culture particulière, du reste évolutive et ouverte aux relations extérieures, qui produit l’essentiel des attitudes, des normes et des représentations des personnes vivant en société. De ce fait, on trouve encore des cultures qui cultivent l’entraide, l’altruisme, la solidarité, la coopération, la frugalité, l’égalité, le respect de la mère nature. Mais aussi l’honneur et l’héroïsme du sacrifice pour la communauté. Voilà bien des valeurs que le libéralisme, si j’ose dire, ne valorise pas avec sa morale de boutiquier consistant à dire « Enrichissez-vous », « Chacun pour soi et le marché pour tous », « Conduisez-vous comme Harpagon veillant sur sa cassette ou un enfant soucieux de grossir sa tirelire ».

Jacques Langlois

Surendettement des Nations: l’arme de destruction massive du néolibéralisme: fusion état-finance = fascisme global

Posted in actualité, économie, crise mondiale, néo-libéralisme et paupérisation, politique et social, politique française with tags , , , , on 16 novembre 2010 by Résistance 71

Stratégie de l’endettement, choc du surendettement : après le Sud, le Nord

par Nicolas Sersiron

url de l’article original:

http://www.cadtm.org/Strategie-de-l-endettement-choc-du

14 novembre 2010

Comment les gouvernements des pays riches et les détenteurs de capitaux ont-ils surendetté les pays du Tiers Monde.

La première opération a été d’éliminer par des assassinats ou des évictions forcées les véritables démocrates, ceux qui recherchaient l’égalité et la justice sociale pour leur peuple : Lumumba vs Mobutu, Mossadegh vs le Chah d’Iran, Allende vs Pinochet, Soekarno vs Suharto, Sankara vs Compaoré, et bien d’autres ont été ainsi remplacés par des dirigeants corruptibles. La deuxième opération était de faire endosser par les gouvernements des pays nouvellement indépendants, le remboursement des emprunts faits par l’ancien pays colonisateur auprès de la Banque Mondiale (BM), ce qui constituait pourtant au regard du droit international |1| une dette odieuse qui n’avait donc pas à être remboursée. La troisième a été d’envoyer des agents (secrets) corrupteurs tels John Perkins |2| pour soudoyer directement les dirigeants du Sud. Or les prêts de la BM, du FMI et les « aides » des pays occidentaux avaient souvent des visées géostratégiques –renforcer les liens pour contenir l’influence de l’ennemi soviétique– mais surtout des visées économiques : soit écouler les surproductions du nord, soit financer les investissements nécessaires à l’exploitation des richesses exportées vers le nord. Ils n’ont jamais profité aux populations. Les détournements faits par les dirigeants du Sud étaient secrètement encouragés, l’essentiel était de conserver le flux de matières premières nécessaires au profit des grandes compagnies occidentales. Pour maintenir voire dépasser la prédation de la période coloniale, il fallait plus intéresser les dirigeants du sud aux profits des ETN (entreprises transnationales) qu’au bien-être de leurs peuples.

La conquête du monde commencée par les rois et les armateurs européens entre les XV et XVIII n’avait d’autre but que de s’approprier l’or et les autres richesses. Au grand génocide des indiens d’Amérique a succédé le commerce triangulaire avec l’immigration forcée d’environ 50 millions d’Africains pour la production des matières exportées. Vers 1850, la fin de l’esclavage a été concomitante avec les premières conquêtes coloniales en Afrique et en Asie : ce ne sont plus des individus mais des pays et des continents qui ont été asservis à l’enrichissement des Européens. Un siècle plus tard, les indépendances de l’après guerre, marqueront le début d’un nouveau système de soumission : le système dette. Sa mise en place progressive sera orchestrée par les gouvernements et les institutions financières internationales. Il est une redoutable arme de conquête du pouvoir et de la richesse pour les grands actionnaires du nord. Connaissez-vous une ETN qui pourrait enrichir ses propriétaires sans les matières premières des pays en développement ? Elles sont leur énergie vitale. Leur achat à très bas prix et les bas salaires des travailleurs sont indispensables pour qu’après transformation et commercialisation, en passant par les paradis fiscaux et la défiscalisation des prix de transfert, elles se gavent de superprofits. Total, la 5ème ETN du monde existerait-elle ainsi sans le pétrole africain ou le gaz birman dont leurs peuples sont spoliés ? Bien sûr que non !

Mais c’est la crise des années 80 et la médecine de choc administrée par le FMI qui va faire entrer les peuples du Sud dans un cycle d’appauvrissement, casser leurs services publiques et imposer la privatisation de leurs grandes entreprises d’Etat. Les banques occidentales débordaient des euros-dollars du Plan Marshall et des pétrodollars de la crise de 1973. Elles ont alors beaucoup prêté aux nouveaux pays indépendants à des taux très bas mais indexés sur le taux officiel étasunien (prime rate). La brutale remontée de ce taux (multiplié par 3), décidée par Paul Volker en 1979, a provoqué leur faillite. Le FMI venu à leur secours par des prêts conditionnés, leurs a imposé de rembourser les banques qu’il a ainsi sauvées de la faillite. Pour les pays du Tiers Monde, rembourser un créancier avec un nouveau prêt à taux plus élevé revenait à entrer dans une spirale infernale dont ils ne sont pas encore sortis après 25 ans. Ce fût le choc du surendettement. Profitant de cet état de sidération des peuples, et avec l’aide de leurs dirigeants corrompus, à chaque nouveau prêt de secours, le FMI a imposé des mesures de libéralisation et de dérégulation des économies du Sud favorables aux investisseurs du Nord et catastrophiques pour les populations. La disparition des taxes douanières a mis en concurrence les petits producteurs agricoles du Sud avec les productions industrielles et subventionnées du Nord, les privatisations des entreprises publiques ont créé des « déflatés » par millions, l’instauration de la TVA a permis de faire rembourser les dettes publiques par l’ensemble des populations jusqu’aux plus pauvres. Quant à la liberté de mouvement de capitaux elle permet encore aujourd’hui des rapatriements vers le Nord de bénéfices colossaux faits par les ETN qui ne profitent nullement aux peuples du Sud, si ce n’est à leur bourgeoisie dirigeante. Cet ensemble de mesures ultralibérales imposées par le FMI est appelé « plan d’ajustement structurel » (PAS)

Comment la croissance de la dette publique au nord depuis les années 80 a-t-elle abouti au surendettement et à la résurrection du FMI avec ses mesures de choc ?

« Le déficit chronique en France est le produit de la reconquista défiscale des possédants » F.Lordon.

Comme dans les pays du Tiers Monde, on retrouve la stratégie de l’endettement des Etats au profit de la grande finance. Les plans d’austérité à partir de 1983 en France, la dérégulation et la disparition des barrières douanières ont mis en concurrence déloyale les salariés du nord avec les travailleurs du sud. L’Europe s’est ainsi désindustrialisée au profit des services. Ainsi à la différence du Sud, la matière première indispensable aux surprofits des grandes entreprises dans les pays du Nord est devenue le travail. L’organisation de la concurrence avec le moins-disant social des travailleurs du Sud et les gains de productivité ont fait augmenter le chômage, entrainant une diminution des salaires et des recettes de l’état. Les cadeaux fiscaux continus faits aux entreprises et aux plus hauts revenus ont approfondi le déficit budgétaire. Or pour sortir de l’endettement public, les solutions ultralibérales à la sauce européenne ne proposent que la diminution des dépenses, soit la sous-budgétisation des grands services publics gratuits, ceux qui avaient été gagnés en France par le Conseil National de la Résistance (CNR). La privatisation, auparavant rampante, est maintenant la solution ultralibérale aux problèmes financiers de l’éducation, de la santé publique et de la retraite par répartition.

En 2007, l’origine de la catastrophe financière mondiale, est le surendettement des ménages américains, conséquence d’une perte de pouvoir d’achat des décennies précédentes au profit du capital. La crise immobilière liée aux prêts « subprime » et le crash de Lehman Brothers met le système bancaire occidental au bord de la faillite. Il est sauvé par les Etats, donc par les contribuables. La crise entraine un chômage de masse qui, avec le surendettement des Etats et l’attaque de la finance, génère une sidération populaire propice à la solution de choc ultralibérale. La diminution des dépenses publiques, est alors présentée comme l’unique solution. Le surendettement provoqué est bien le cheval de Troie qui, après avoir permis l’application des PAS au sud ouvre la porte aux nouveaux plans d’austérité au Nord. Le FMI, cet outil de l’accaparement capitaliste par la dérégulation internationale, a été refinancé en 2009, à hauteur de 1.000 Milliards de dollars. Avec l’UE, ils proposent leurs « aides » conditionnées aux pays les plus endettés : ce sont les PAS du Nord. Au nom de l’assainissement des finances, les populations grecques, hongroises, roumaines, etc. subissent des coupes sombres dans leurs revenus et les services publics sont gravement touchés. La baisse des retraites par l’allongement de la durée du travail et la diminution du nombre des fonctionnaires en France sont les seules issues proposées pour combler les déficits publics. On ne parle pas de la défiscalisation des entreprises et des possédants depuis 20 ans, rien non plus sur les évasions fiscales colossales dans les paradis fiscaux, silence sur la perte de la part salariale dans la valeur ajoutée nationale au profit des créanciers de la dette. Le petit contribuable du Nord, après celui du Sud, en plus de perdre le bénéfice des services publics, est sommé de rembourser par des impôts indirects payés par tous, dont l’injuste TVA, les créanciers dont beaucoup sont responsables de la crise. Si les peuples n’obtiennent pas, après des audits sur le surendettement, l’annulation des dettes illégitimes, on assistera à un appauvrissement massif des populations du Nord comme ça a été le cas pour les populations du Sud avec les plans d’ajustement structurel.

notes articles:

|1| Le Traité de Versailles de 1919 avait interdit à l’Allemagne de mettre à la charge du nouvel Etat polonais reconstitué la dette que l’Allemagne avait contractée pour coloniser la Pologne.

|2| Les confessions d’un assassin financier. Révélations sur la manipulation des économies du monde par les Etats-Unis, 2005, alTerre, Québec