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Résistance politique: Modèle de processus consensuel dans la société iroquoise…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 6 août 2013 by Résistance 71

Tout est possible lorsque le politico-économique est décidé localement et le consensus obtenu au travers d’une société horizontale. Une fois de plus, il est de plus en plus évident que nous avons beaucoup à apprendre des nations indigènes des Amériques et de tous les peuples colonisés.

La solution est là, locale, et ne pourra être mise en pratique efficacement que lorsque nous aurons enfin compris que notre organisation sociale doit sortir du carcan oppresseur de l’état, des institutions et des entités décisionnaires n&ayant rien à voir avec nous, le peuple… Les Iroquois le savent depuis environ le XIIème siècle, qui fut en Europe jusqu’à la fin XVème siècle, la période des cités médiévales indépendantes et fédérées.

L’état a détruit le consensus et imposé la société pyramidale oligarchique, il est le résultat de la division au sein des peuples, qui par essence, favorise la minorité accapareuse.

— Résistance 71 —

 

Décisions, décisions

 

Mohawk Nation News

 

2 Août 2013

 

url de l’article original

http://mohawknationnews.com/blog/2013/08/02/decisions-decisions/

 

— Traduit de l’anglais par Résistance 71 —

 

Comment résolvons nous les problèmes en utilisant le processus de prise de décision consensuelle des Mohawks ? Divisez le groupe en trois clans: clans du loup, de la tortue et de l’ours. Asseyez-vous en cercle chacun faisant face à l’autre en égal. Utilisez le critère de base: paix, rectitude et pouvoir.

Le problème: prétendez être des gens d’une réserve indienne où un train a déraillé et percuté le centre de la communauté. Dix personnes sont décédées. Ils vont être dépassés très vite par le FBI, les services sociaux, les médias, les conseillers psy, les opérations caritatives, les curieux, les autorités et les représentants de l’entreprise de chemins de fer impliquée. Les gens ont besoin de se rassembler avant d’être sous les feux de la rampe.

Le clan du loup délibère en premier. Après avoir discuté les multiples facettes de l’horreur de l’évènement, ils parviennent à trois bonnes idées. D’abord, demander à des observateurs neutres de gérer ceux de l’extérieur ; puis demander à un groupe neutre d’être au front pour faire tampon ; troisièmement, les clans gèreront les victimes, les familles et la communauté. Tout le monde veut la paix. Ces trois décisions sont passées par dessus le feu au clan de la tortue, qui les discutent. Ils sont d’accord avec les trois idées et développent plus avant la troisième. Puis ceci est passé au dessus du feu au clan de l’ours qui discute et entérine les décisions des deux autres clans.

Ceci constitue la voie traditionnelle des Haudenosauneee (Iroquois) pour résoudre des problèmes. Chaque personne doit participer de façon à ce que le niveau de connaissance soit élevé et discuté jusqu`à compréhension. Une résolution est alors atteinte pour l’intérêt commun. Il est essentiel qu’il y ait une unité d’esprit.

La structure de la prise de décision dans la loi internationale et la règle de la loi provient de la constitution iroquoise, Kaianere:kowa ou la grande loi de la paix. Elle est faite et conçue pour que le monde entier arrête la guerre. La constitution des Etats-Unis fut fondée sur cette philosophie de l’égalité et de chacun à une voix. Les outils pour résoudre les problèmes sont basés sur notre relation avec le monde naturel. Le problème est que les Etats-Unis ont maintenu leur système commercial hiérarchique en leur sein. La charte de l’ONU est fondé sur la constitution des Etats-Unis avec le même inconvénient. Chacun a la responsabilité, le devoir de sauver la véritable règle de la loi dans le monde.

Le processus de prise de décision donne à chacun une voix. Leurs pensées et sentiments sont validés. Ils n’attendent pas après une information fabriquée pour que des décisions soient prises par une minorité de personnes, décisions qui sont ensuite appliquées de force. Chacun doit rechercher la vérité.

http://www.youtube.com/watch?v=DlUpmv4oZrY

Prise de décision de consensus:

http://www.seedsforchange.org.uk/consensus

Colonialisme et oppression: Résoudre le problème colonialiste des Amériques et néo-colonialiste en Afrique…

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La véritable décolonisation passe par la restitution et un compromis de gestion d’une terre et de ressources communes d’une communauté à une autre, d’égal à égal. Il faut faire cesser l’exploitation de l’Homme par l’Homme, qui n’est rendue possible que par l’inégalité politique et économique d’une minorité (l’occident) forcée sur le reste du monde. La survie et la continuité de développement de notre monde passe par là, cela devient de plus en plus évident. Nous sommes au bout du rouleau du modèle actuel, qu’il faut jeter dans les oubliettes de l’histoire.

A titre d’exemple, le traité originel entre les indigènes du nord-est américain et les premiers colons hollandais est un modèle de bons sens et d’équilibre naturel. Ceci fut bien sûr trop élaboré dans sa simplicité pour les esprits tordus et arrogants occidentaux… Voici ce qu’en dit la nation iroquoise des Onondagas:

— Résistance 71 —

 

WAMPUM – Guswenta – La ceinture wampum à deux rangées

Le traité original des peuples Haudenosaunee (Iroquois) avec les premiers colons européens au tout début du XVIIème siècle.

 

Source: Onondaga Nation (Membre de la Confédération Iroquoise)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

En 1613, les Mohwaks ont remarqué des gens venant dans le territoire sans s’annoncer. (NdT: Les Mohawks sont les gardiens de la “porte orientale” du territoire iroquois et de ce fait, venant de l’Est et se dirigeant vers l’Ouest, les colons ont d’abord rencontré les Mohawks. La nation Onondaga, gardienne du feu, est au centre géographique de la confédération…). Ils commencèrent à couper des arbres, à défricher la terre pour y établir maisons et fermes. Ils étaient entrés en territoire Haudenosaunee (Iroquois) et occupaient maintenant des espaces non occupés de nos terres. Ils s’habillaient bizarrement et avaient des poils sur le visage. Ils avaient des pots et poëlles métalliques et avaient amené avec eux leurs familles. Ces gens avaient besoin d’un endroit pour vivre. Les Mohawks envoyèrent un coureur chez les Onondaga pour demander une réunion des nations iroquoises. A cette réunion fut discuté et décidé qu’une délégation de nos nations devaient se rendre là où ces gens s’étaient établis afin de déterminer quelles étaient leurs intentions. Ce fut difficile pour la délégation. Les gens qu’ils rencontrèrent parlaient dans une langue qu’ils n’avaient jamais entendu auparavant. Cela prit beaucoup de temps et de patience pour que les deux peuples commencent à communiquer. Après quelques discussions, nous avons décidé qu’il devait y avoir une façon de se parler au début de chaque rencontre. Les colons avec leurs grands voiliers pensaient qu’ils devaient être appelés “père” et les Iroquois “fils”.

Les Haudenosaunee pensèrent que cela ne pouvait pas se faire de la sorte. Nous devrions nous adresser l’un à l’autre comme “frères”. Cette relation montre que nous sommes égaux les uns vis à vis des autres. Alors que nous nous découvrions les uns les autres, il y eut un accord établi sur la façon dont nous allions vivre et nous traiter les uns les autres. Chacun de nos modes de vie serait visualisé dans les rangées mauves parcourant toute la longueur d’une ceinture (wampum). Sur une des lignes figure le vaisseau de nos frères blancs ayant à son bord leurs us et coutumes, sur l’autre figure le canoë ayant à bord nos us et coutumes. Chacune des embarcations voyageront le long de la rivière de la vie côte à côte (parallèllement). Aucune des deux parties n’essaiera de piloter l’autre vaisseau.

Nous nous sommes mis d’accord sur trois éléments fondamentaux pour faire durer ce traité. Le premier accord était l’amitié. Les Haudenosaunee et leurs frères blancs vivront en toute amitié. Le second principe est la paix; la paix règnera entre nos deux peuples; le principe final est la permanence, à savoir que cet accord est permanent, sans limite temporelle.

Les Hollandais mirent cet accord sur papier avec trois chaînes en argent. Des chaînes en fer ne pouvaient pas être employées car le fer finit par rouiller et se briser. L’argent peut–être poli et renouvelé lorsque nous nous rencontrons. Nous fûmes d’accord pour appeler ceci “La chaîne d’argent garante de l’amitié”. Les Haudenosaunee expliquèrent aux Hollandais que nous n’utilisions pas de papier pour garder une trace de notre histoire, mais que nous utilisions des ceintures faites de perles de nacre de coquillages wampum colorées blanches et mauves. Nous leur avons dit que nous avions fait une ceinture scellant et documentant cet accord. La ceinture représente deux rangées parallèles de perles mauves courant l’une à côté de l’autre et symbolisant la route des deux vaisseaux de nos nations. Sur l’une navigue le canoë de notre façon de vivre avec à son bord notre mode de vie, nos lois et nos peuples; dans l’autre votre vaisseau avec vos lois, religion et vos peuples. Nos vaisseaux voyageront côte à côte le long de la rivière de la vie. Chacun respectera les modes de vie de l’autre et n’interfèrera pas avec l’autre. Ensemble nous voyagerons dans l’amitié, la paix et la permanence de nos relations, aussi longtemps que l’herbe sera verte, aussi longtemps que l’eau ruissèlera au bas de la colline, aussi longtemps que le soleil se lèvera à l’Est et se couchera à l’Ouest et aussi longtemps que notre Terre-Mère demeurera.

L’importance de ceci aujourd’hui:

Les Haudenosaunee voient ceci comme un traité organique, comme une méthode que nous avons établie afin que nos peuples puissent vivre ensemble et en paix; afin que chaque nation respecte les modes de vie de l’autre alors que nous nous réunirions périodiquememt pour trouver des solutions aux problèmes auxquels nous sommes inévitablement périodiquement confrontés.

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Source:

http://www.onondaganation.org/culture/wpm_tworow.html

Résistance politique: La toute première constitution de l’humanité, celle de la Confédération Iroquoise, montre un chemin égalitaire déjà débroussaillé

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Les nations natives d’Amérique du nord et du sud combattent le terrorisme depuis 1492… Qui en parle ?

(Résistance 71)

“Dans les villages iroquois, la terre était possédée en commun et travaillée en commun. La chasse était faite ensemble, et les prises étaient divisées entre tous les membres du village. Les maisons étaient considérées comme étant propriété commune et étaient partagées par plusieurs familles. Le concept de propriété privée de terrain ou de maison était complètement étranger aux Iroquois… Les femmes étaient très importantes dans la société iroquoise. Les familles suivaient une descendance matrilinéaire, c’est à dire que la lignée familiale descendait par rapport aux femmes, dont les maris rejoignaient les familles, tandis que les fils rejoignaient les familles de leurs épouses lorsqu’ils se mariaient. Les familles vivaient dans les ‘longues maisons’ et lorsqu’une femme voulait divorcer, elle mettait les affaires de son mari sur le pas de la porte.”

(Howard Zinn, “Une histoire populaire des Etats-Unis”, 1980)

 

*  *  *

La confédération des 6 nations iroquoises (Ontario & New York) : 1ère démocratie américaine, source d’inspiration pour la constitution et la déclaration d’indépendance des USA

 

Les sauvages américains, des peuples démocratiques

 

url de l’article original:

http://matricien.org/societes-gentilices/confederalisme-iroquois/

 

Les immigrants venus en Amérique à l’époque coloniale cherchaient la liberté. Ils en ont trouvé l’exemple dans la confédération des Iroquois, comme chez d’autres nations indiennes du continent. Des rapports égalitaires régissent les relations entre membres d’une même tribu, car les Amérindiens éprouvent une aversion pour la subordination. Le chef, nommé par tous les membres du clan ou de la tribu (tout dépendant de la structure sociale) est remplacé selon le bon vouloir de ces derniers. Il joue un rôle de porte-parole, ses fonctions sont symboliques et son pouvoir limité. De plus, il ne retire aucun privilège de sa fonction. Ces concepts se sont largement propagés au sein des anciennes colonies britanniques, comme le montrent les propos tenus par Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et John Adams à l’occasion de la Convention constitutionnelle de 1787.

Un rôle clé dans la diplomatie avec les européens

Dans tout l’est de l’Amérique du Nord, les nations indiennes avaient formé des confédérations avant l’arrivée des immigrants européens : les Séminoles dans ce qui est aujourd’hui la Floride, les Cherokees et les Choctaws dans les Carolines, et les Iroquois et leurs alliés les Hurons dans le nord de l’État de New York et dans la vallée du Saint-Laurent. Les colons connaissaient surtout le système de confédération des Iroquois, car ces derniers jouaient un rôle clé dans le domaine diplomatique, non seulement en ce qui concerne les relations entre les Français et les Anglais, mais également sur le plan des relations avec les autres confédérations indiennes. Appelés Iroquois par les Français, et Cinq Nations (et plus tard Six Nations) par les Anglais, les peuples iroquois s’appelaient eux-mêmes Haudenosaunee, ce qui signifie le Peuple aux longues maisons. Ils contrôlaient le seul passage terrestre relativement plat entre les colonies anglaises de la côte Est et les comptoirs français de la vallée du Saint-Laurent.

Des sociétés confédérales matrilinéaires

La famille iroquoienne est constituée de six confédérations, chacune regroupant de nombreuses nations amérindiennes. Les Hurons, les Pétuns, les Neutres, les Ériés, les Susquenhannocks et les Iroquois forment les six confédérations. Chacune d’elles regroupe un certain nombre de nations. Les Hurons-Wendat et les Iroquois sont les deux nations les plus connues de cette famille, ainsi que les Tobaccos, qui en comptait toutefois plusieurs autres à l’arrivée des Européens. Au sein de cette grande famille, deux sous-groupes se distinguent, qui s’étalent sur un territoire de plusieurs centaines de kilomètres carrés: les tribus sédentaires de la côte est, qui vivent surtout d’agriculture et de pêche, et les tribus de chasseurs migrateurs, qui sont dispersées entre la côte nord-est, le centre et le nord du Québec, autour des Grands Lacs Érié, Ontario et Huron, au nord du lac Supérieur et la vallée du Saint Laurent. Les confédérations sont des alliances politiques et stratégiques entre plusieurs nations qui, ainsi regroupées, peuvent assurer la défense de leur territoire. Ils formaient une société matriarcale (société dont la mère est le chef de famille, et dont l’héritage matériel et social se transmettait de mère en fille). La confédération huronne, fondée en 1440, comprend cinq nations : les Attignawantans (“peuplade de l’Ours”), les Attigneenongnahacs (“peuplade de la Corde”), les Arhendaronons (“peuplade du Rocher”), les Tahontaenrats (“peuplade du Cerf”) et les Ataronchronons (“peuplade des Marais”). Des Iroquoiens, seuls les Hurons furent les alliés des Français.

Les mères garantes de la première démocratie américaine

Matriarcat Iroquois : Dans les institutions démocratiques iroquoises, la mère est le pilier de la société. Elle possède la terre, le foyer, et les enfants, nomme et révoque les chef, et dispose d’un droit de veto ultime. Les Iroquois sont ceux qui se rapprochent probablement le plus de l’état matriarcal. Le jésuite Joseph-François Lafitau qualifie les sociétés iroquoiennes d’«empire de femmes». Elles se comportent parfois en véritables guerrières amazones. Les femmes, surtout celles qui sont âgées, sont reconnues pour leur sagesse. Les femmes nommaient leur candidat lors d’une vacance au conseil des chefs et avaient le droit de désapprouver et même d’empêcher l’élection d’un chef qu’elles jugeaient indigne.

Une société idéale

La Confédération Iroquoise fut l’entité politique la plus puissante en Amérique du Nord, pendant deux siècles avant et après Christophe Colomb. Une société collectiviste et égalitaire, sans état, sans gouvernement et sans forces de l’ordre, dont les marxistes (Engels & Lafargue) eux-même faisaient l’éloge. Aujourd’hui encore, la Confédération Haudenosaunee se considère comme une nation souveraine, sur son territoire de Grand River, en Ontario, au Canada. Depuis 1977, ils disposent de leur propre passeport, reconnu internationalement à l’ONU.

Qui a contribué à l’essor économique des français

On a souvent dit des Iroquois qu’ils étaient des guerriers cruels et sanguinaires s’acharnant sans relâche sur les colons français. Dans son texte, John A. Dickinson atténue cette vision des faits et constate que, loin de causer des pertes dramatiques à la Nouvelle-France, les Iroquois ont plutôt, de façon indirecte, contribué à son essor économique. «L’image traditionnelle de cette guerre (entre français et iroquois) ne résiste pas à une analyse des faits. La cruauté toute relative des Iroquois était bien réelle, mais elle était dirigée le plus souvent contre d’autres nations amérindiennes (algonquins patriarcaux).»

Une société clanique auto-gérée

Les Mohawks et les Oneidas comptaient trois clans, les autres nations iroquoises en avaient de huit à dix. Pour la plupart, ces clans portaient des noms d’animaux (Ours, Loup, Tortue, Aigle, etc.). La ligue était gouvernée par un conseil de 50 sachems, et chacune des nations fondatrices de la confédération était représentée par une délégation de 8 à 14 membres. Les tribus et villages individuels étaient gouvernés par leur propre conseil de sachems et de chefs.

Une constitution exemplaire qui surpasse le droit romain

La Gayanashagowa, ”grande loi qui lie” ou ”grande loi de l’Unité” ou ”grande loi de paix”, est la constitution orale de la confédération des 6 nations Iroquoises. Elle a été édictée au XIIe siècle par le prophète Deganawida (le Grand Pacificateur), et son disciple Hiawatha, qui prêchaient la Grande Paix. Rédigée en 1720, elle est composée de 117 paragraphes. Elle a servi d’inspiration aux Pères Fondateurs des USA, pour sa déclaration d’indépendance et sa constitution, et pour certains fondements constitutionnels de l’ONU. On a même pu écrire que les Indiens iroquois “avaient surpassé le droit romain”.

Un modèle à suivre pour s’unir

Dès 1744 à Lancaster, en Pennsylvanie, le tadodaho (chef de la confédération) Canassatego avait expliqué la vision iroquoise de l’unité aux représentants des colonies :

“Nos ancêtres dans leur sagesse ont établi une union et l’amitié entre les Cinq Nations. Cette décision nous as rendu puissants ; elle nous a donné un grand poids et une grande autorité vis-à-vis des nations voisines. Notre confédération est puissante; si vous suivez les méthodes adoptées par nos sages, vous disposerez vous aussi de cette force et de ce pouvoir. Ainsi, quoi qu’il arrive, ne rompez jamais votre union.”

Quand les civilisés copient les sauvages

Les 13 premières colonies américaines fut le projet d’une poignée de réfugiés et d’exilés de vivre indépendamment de la dictature de la Banque (d’Angleterre) et de l’État (britannique). Benjamin Franklin, l’un des Pères Fondateurs, était un ami du peuple iroquois. Face aux guerres fratricides entre les 13 colonies, il fustigea la puérilité de ces dernières, comparée à la paix et l’unité des ”sauvages”, pourtant sans écriture et sans technologie. Alors, il demanda aux chefs de la confédération iroquoise de leur traduire leur constitution, afin qu’elle leur serve d’inspiration.

Des colons incapables de s’unir

En 1751, faisant référence à l’unité iroquoise, benjamin Franklin n’avait pas hésité à utiliser des arguments xénophobes pour faire honte aux colons anglais réticents et les encourager à accepter une union : « Il serait tout de même étrange (…) que six nations de sauvages incultes soient capables de former une union et de la maintenir au cours des âges de manière apparemment indissoluble, et qu’une dizaine ou une douzaine de colonies anglaises soient incapables de former une telle union, qui leur est pourtant encore plus nécessaire et qui présente pour elles certainement plus d’avantages. » En réalité, on découvrira par la suite que Franklin avait un très grand respect pour les Iroquois. Il avait commencé sa prestigieuse carrière diplomatique en tant que représentant de la Pennsylvanie lors de la négociation de traités avec les Iroquois et leurs alliés, alors qu’il apparaissait déjà comme l’avocat infatigable de l’union des colonies.

Une juridiction simplifiée

Comme l’a écrit Jefferson : « Le seul État sur terre qui peut, selon moi, se comparer au nôtre, est celui des Indiens, car ils sont sujets à encore moins de contraintes juridiques que nous ne le sommes nous-mêmes. » Thomas Paine avait bien résumé les observations de la civilisation indienne lorsqu’il avait écrit, en première page de son pamphlet Le Sens commun que « l’existence d’un gouvernement, comme le fait de devoir porter des vêtements, manifeste une perte d’innocence ».

Une société anarchiste heureuse

En 1787, dans une lettre à Edward Carrington, Jefferson avait établi un lien entre la  liberté d’expression de l’opinion publique et le bonheur, en donnant les Indiens d’Amérique comme exemple :

« Notre gouvernement ayant pour fondement l’opinion de la population, notre objectif premier devrait être de préserver ce droit ; d’ailleurs, si je devais choisir entre un gouvernement sans presse et une presse sans gouvernement, j’opterais sans hésitation pour la seconde solution. (…) Je suis convaincu que les sociétés qui, [comme les Indiens], vivent sans gouvernement, jouissent dans l’ensemble d’un niveau de bonheur infiniment plus élevé que celles qui vivent sous l’empire des gouvernements européens. »

Un modèle en voie de disparition

Les amérindiens d’aujourd’hui subissent eux aussi de graves problèmes sociétaux (chômage, alcool, violences conjugales…), notamment à cause de la disparition de leur droit clanique traditionnel (matrilinéarité & propriété collective), et de son incompatibilité (rigidité) face aux contraintes du monde moderne (le nomadisme éclate les cellules claniques traditionnelles).

Un indomptable esprit d’indépendance

”Tous ses membres sont des hommes libres, tenus de protéger leur mutuelle liberté, égaux en droits personnels, – ni les sachems, ni les chefs militaires ne revendiquent de prérogatives quelconques; ils forment une collectivité fraternelle, unie par les liens du sang. Liberté, égalité, fraternité, sans avoir été jamais formulés, étaient. les principes fondamentaux de la gens, et celle-ci, à son tour, était l’unité de tout un système social, la base de la société indienne organisée. Ceci explique l’indomptable esprit d’indépendance et la dignité de l’attitude personnelle que chacun reconnaît aux Indiens.” – Lewis Henry Morgan : Systems of consanguinity and affinity of the human family, 1871.

L’idéal marxiste réalisé

Friedrich Engels, dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat – Friedrich Engels décrit la société matriarcale iroquoise comme la réalisation de l’idéal marxiste : une société sans état, sans banque, sans classes, sans forces de l’ordre, sans juges, sans prisons, sans pauvres, égalitaire, féministe, anarchiste…

« Et avec toute son ingénuité et sa simplicité, quelle admirable constitution que cette organisation gentilice! Sans soldats, gendarmes ni policiers, sans noblesse, sans rois ni gouverneurs, sans préfets ni juges, sans prisons, sans procès, tout va son train régulier. Toutes les querelles et toutes les disputes sont tranchées par la collectivité de ceux que cela concerne, la gens ou la tribu, ou les différentes gentes entre elles, – c’est seulement comme moyen extrême, et rarement appliqué, qu’intervient la menace de vendetta, dont notre peine de mort n’est d’ailleurs que la forme civilisée, nantie de tous les avantages et de tous les inconvénients de la civilisation. Bien que les affaires communes soient en nombre beaucoup plus grand que de nos jours, – l’économie domestique est commune et communiste dans une série de familles, le sol est propriété de la tribu, seuls les petits jardins sont assignés provisoirement aux ménages, – on n’a quand même nul besoin de notre appareil administratif, vaste et compliqué. Les intéressés décident et, dans la plupart des cas, un usage séculaire a tout réglé préalablement. Il ne peut y avoir de pauvres et de nécessiteux – l’économie domestique communiste et la gens connaissent leurs obligations envers les vieillards, les malades, les invalides de guerre. Tous sont égaux et libres – y compris les femmes. Il n’y a pas encore place pour des esclaves, pas plus qu’en général pour l’asservissement de tribus étrangères. Quand les Iroquois, vers 1651, eurent vaincu les Ériés et la « Nation neutre », ils leur offrirent d’entrer avec des droits égaux dans la confédération; c’est seulement quand les vaincus s’y refusèrent qu’ils furent chassés de leur territoire. Et quels hommes, quelles femmes produit une pareille société, tous les Blancs qui connurent des Indiens non corrompus en témoignent par leur admiration pour la dignité personnelle, la droiture, la force de caractère et la vaillance de ces barbares.

Quant à cette bravoure, l’Afrique nous en a fourni des exemples tout récents. Les Zoulous, il y a quelques années, les Nubiens, – deux tribus chez lesquelles les institutions gentilices ne sont pas encore mortes -, ont fait, il y a quelques mois, ce que ne peut faire aucune armée européenne. Armés seulement de lances et de javelots, sans armes à feu, sous la pluie de balles des fusils à tir rapide de l’infanterie britannique – reconnue la première du monde dans la bataille rangée -, ils se sont avancés jusqu’à ses baïonnettes et l’ont plus d’une fois bousculée et même repoussée, malgré l’énorme disproportion des armes, et bien qu’ils ignorent le service militaire et ne sachent pas ce que c’est que faire l’exercice. Ce qu’ils peuvent endurer et accomplir, les Anglais eux-mêmes en témoignent lorsqu’ils se plaignent qu’un Cafre puisse, en vingt-quatre heures, parcourir plus vite qu’un cheval un plus long chemin; le plus petit muscle fait saillie, dur et tendu comme une lanière de fouet, dit un peintre anglais.

(allusion à l’héroïque résistance que les Zoulous opposèrent en 1879 et les Nubiens en 1881-1883 aux armées de l’Empire britannique)

Voilà ce qu’étaient les hommes et la société humaine, avant que s’effectuât la division en différentes classes. Et si nous comparons leur situation à celle de l’immense majorité des civilisés de nos jours, la distance est énorme entre le prolétaire ou le petit paysan d’aujourd’hui et l’ancien membre libre de la gens. » – L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat – Friedrich Engels

*  *  *

Quelques exemples et analyses de la constitution iroquoise:

 

La Grande Loi qui Lie

elle comprend 117 articles et définit les fonctions et prérogatives des cinquantes chefs ou royaneh qui siègent au Conseil des nations, ainsi que le nombre de royaneh par nation.

Le système de prise  de décision :

L’organisation repose sur un système de prise de décision fondé sur le principe de subsidiarité et qui veut que seules les questions ne pouvant être tranchées au niveau inférieur de décision soient portées devant l’instance supérieure. Le peuple iroquois appelé aussi peuple haudenosaunee est organisé en famille, clan, nation et confédération. Ce n’est pas un système hiérarchisé car les royaneh et autres chefs n’ont pas de pouvoir à exercer : ils sont seulement les porte-paroles des décisions populaires. Par contre ils doivent avoir des compétences humaines et une honnêteté  profonde pour discuter et négocier les problèmes qui sont portés devant les instances supérieures. Chaque niveau d’organisation a son propre conseil du feu au cours duquel les décisions se prennent selon un même processus : le conseil forme trois groupes, dont deux débattent et le troisième arbitre. Toutes les décisions doivent être prises à l’unanimité à chaque niveau d’organisation.

Ce fonctionnement présente des risques de blocage ou de dérapage. Le pouvoir ultime de trancher et le pouvoir de veto sur les décisions votées à l’unanimité est accordé aux Mères de clans, les royaneh femmes, les « citoyennes » les plus influentes de la Confédération. Elles détiennent aussi le pouvoir de nommer de nouveaux chefs ou de les destituer.

L’article 53 stipule :  » Lorsque les femmes royaneh, détentrices du titre de chef, choisissent un de leurs fils comme candidat, elles doivent en choisir un qui inspire une confiance totale, qui est bienveillant et honnête, qui sait s’occuper de ses propres affaires, qui soutient sa famille et qui a obtenu la confiance de sa nation ».

article 36 :  » les femmes sont les héritières des titres des chefs confédérés, aussi bien que de ceux des chefs de guerre  »

Les femmes les plus sages ou les plus âgées peuvent ainsi casser un chef politique, en cas de défaut de confiance, d’erreur politique ou d’injustice sociale. Le vol, le mensonge, l’irrespect des lois et l’accumulation de richesses étaient durement réprimés. Un bon politique, c’est à dire un bon chef, était nommé à vie pour sa générosité, son intelligence, son bon sens, sa rhétorique et sa probité.

Le fonctionnement des institutions :

Le Conseil des nations, ou Grand Conseil,

est composé de cinquante membres nommés à vie, chacun appartenant à une famille ancienne de lignée maternelle. Ce Grand Conseil est tripartite. Lors des assemblées, les chefs sont répartis en deux corps délibérants, séparés par le feu central. Le premier corps, à l’est du feu, est composé des royaneh mohawk et seneca (dits « les plus vieux frères »). Le second se trouve à l’ouest et est composé des dignitaires oneida et cayuga (dits « les plus jeunes frères »). Le troisième corps délibérant de cette assemblée est au nord, ce sont les chefs onondaga, les gardiens du feu du Conseil, qui tranchent en cas de divergence entre les deux autres corps. C’est pour cela que l’Arbre de la Grande Paix a été planté sur le territoire onondaga, car il est le coeur de la Confédération.

article 9 :  » Toutes les affaires de la Confédération des Cinq Nations seront traitées par l’action combinée de deux corps délibérants de chefs confédéraux. D’abord la question sera votée par les chefs mohawk et seneca, puis elle sera discutée et votée par les chefs oneida et cayuga. Les décisions seront alors soumises aux chefs onondaga (les gardiens du feu) pour l’arbitrage définitif. La même procédure sera observée quand une question aura été portée devant le Conseil par un individu où un chef de guerre ».

En cas de désaccord, l’article 11 prévoit que les deux parties qui voteront une décision l’emporteront et que les chefs onondaga devront au deuxième tour entériner la décision des deux parties.

Les chefs de guerre :sont au service des chefs de la Confédération.

Article 37 : » il n’y aura qu’un chef de guerre par nation, et son devoir sera d’être l’émissaire des chefs de cette nation, de brandir les armes de la guerre en cas de nécessité. Le chef de guerre ne participera pas aux débats du Conseil, mais aura le rôle de garant quant à leur bon déroulement. En cas de comportement répréhensible de la part d’un chef, il recevra pour lui les plaintes du peuple et les avertissements des hommes. Il transmettra les voeux des peuples aux chefs de la Confédération. En tout état de cause, son rôle est de soumettre les affaires, les questions et les propositions du peuple au Conseil confédéral ».

Article 39 :  » Un chef de guerre qui agit contrairement aux lois de la Grande Paix peut être déposé par les femmes et par les hommes de sa nation, séparément ou conjointement. Après cela les femmes, détentrices des titres, choisiront le candidat. »

Les clans :

Article 42 :  » le peuple des Cinq Nations sera divisé en clans… Les clans forment chaque nation, ils devront être les seuls propriétaires du territoire. C’est un droit de naissance »

Article 43 :  » les membres d’un clan devront reconnaître comme leurs parents tous les autres membres de ce clan quelle que soit leur nationalité. Les hommes et les femmes d’un même clan ne pourront jamais s’unir ».

Article 44 :  » La descendance se fait par le lien maternel. Les femmes sont la source de la Nation, elles possèdent le pays et sa terre. Les hommes et les femmes sont d’un rang inférieur à celui des mères ».

Les droits des nations étrangères :

Article 80 :  » Quand le conseil confédéré des Cinq Nations se fixe pour objectif de proposer la Grande Paix à une nation étrangère et que cette nation refuse cette proposition, alors les Cinq Nations en font un cas de guerre contre cette nation. Les Cinq Nations devront alors chercher à établir la Grande Paix par la conquête de la nation rebelle ».

Article 81 :  » Quand les hommes des Cinq Nations, appelés à la guerre, sont prêts à se battre contre une nation obstinée à refuser la Grande Paix, ils devront choisir, parmi les cinq chefs de guerre, celui qui mènera la bataille. Ce dernier les exhortera, leur rappellera la discipline à tenir, l’obéissance aux ordres, la bravoure et le courage dont ils devront faire preuve et les incitera surtout à ne jamais céder à la lâcheté. A la suite de son discours, il entonnera le chant de guerre :

 » A mon grand désarroi, je suis contraint d’avoir recours au pouvoir de mon chant de guerre. J’appartiens aux Cinq Nations. Je prie et me soumets au Tout-Puissant Créateur. Il a levé cette armée. Mes guerriers seront valeureux par la force du Créateur. Entre lui et mon chant, ils sont, car c’est lui qui donna le chant, ce chant de guerre que j’entonne ».

Article 84 :  » Chaque fois qu’une nation étrangère est conquise ou bien a accepté la Grande Paix de son plein gré, son propre système de gouvernement est conservé, mais elle devra cesser d’être agressive envers d’autres nations ».

Le droit des peuples des Cinq Nations :

Article 93 :  » Quand un sujet grave ou de grande urgence est présenté au Conseil de la Confédération, et que ce cas concerne l’Union dans son ensemble, la menaçant de ruine absolue, alors les chefs de la Confédération ont le devoir de soumettre le problème à la décision du peuple. Décision qui sera prépondérante dans les débats du Conseil de la Confédération et aboutira à la confirmation de la décision populaire « .

Article 95 :  » Les femmes de chaque clan doivent avoir un Feu du Conseil constamment allumé et prêt à accueillir une assemblée. Si, selon elles, il est nécessaire pour le peuple de tenir un conseil, alors il sera tenu et la décision qui en découlera sera transmise au Conseil de la Confédération par le Chef de Guerre.

Article 96 :  » Tous les conseils du feu des clans peuvent, en cas de nécessité, se réunir en un conseil du feu général, ou bien une assemblée de délégués de chaque conseil du feu peut se rassembler pour le bien du peuple. Le peuple a le droit de nommer des délégués qui seront investis de son pouvoir. Si une décision est prise par ce conseil du feu général, alors celle-ci est transmise au conseil de la nation ou au Conseil de la Confédération par le ou les chefs de guerre ».

Protection des cérémonies religieuses

Article 99 :  » Les rites et les cérémonies de chaque nation doivent se perpétuer, car, nécessaires au bien des hommes, ils furent donnés par les ancêtres ».

Article 104 :  » Toutes les fois qu’un homme fait preuve d’une vie exemplaire et montre qu’il connaît ce qui est bien, il est naturellement en état d’enseigner. Les chefs le reconnaissent alors comme un professeur de paix et de spiritualité que le peuple devra écouter ».