Archive pour mouvement zapatiste des chiapas

Résistance politique: Solidarité amérindienne contre le colonialisme et l’arrogance eurocentrique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 5 mai 2013 by Résistance 71

Du mouvement Mapuche au Chili à Idle No More du Canada en passant par les mouvements autonomistes zapatistes et Yaquis au Mexique, la résistance au (néo)colonialisme  occidental, fléau se nichant à la racine même du mondialisme néolibéral criminel, se développe. Nous, les peuples occidentaux, devons venir à terme de notre histoire et rejoindre ces mouvements dont nous avons tant à apprendre. Notre émancipation passe par la leur.

En définitive, nous sommes tous des colonisés. Des colonisés de la pensée fondamentalement raciste d’une petite clique de gouvernants, qui se cachant derrière le leurre de « l’universalisme » de la culture occidentale et sa supériorité intrinsèque, massacre et pille le monde depuis bien trop longtemps.

Cette ère touche à sa fin, l’ère des peuples émancipés sonne à la porte…

— Résistance 71 —

 

Le regard des Yaquis sur la situation du mouvement indigène au Mexique

 

1er mai 2013, par Mario Luna

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Le-regard-des-Yaquis-sur-la

 

Vícam, Sonora, Mexique, janvier 2013.

La réapparition publique des zapatistes « ne nous surprend pas, nous avons toujours su qu’ils n’étaient pas partis », note Mario Luna, Yaqui, secrétaire des autorités traditionnelles de Vícam.

La plus grande menace pour les peuples indigènes, « c’est la volonté de privatiser l’eau, et tous les mégaprojets sont en relation avec ça », affirme dans un entretien avec Ojarasca le représentant d’un des peuples fondateurs du Congrès national indigène (CNI).

L’organisation nationale indigène

Depuis leurs différents bastions, les peuples indigènes se sont regroupés et renforcés, mais ils doivent se structurer davantage. Il y a un enlisement de l’organisation au niveau national. Au CNI, le premier point observé, c’est que de nombreuses batteries du gouvernement concentrent leurs attaques sur nos communautés pour éviter ainsi que nous allions rejoindre nos compañeros.

Du Chiapas jusqu’en Basse-Californie, la situation s’est aggravée : attaques contre les communautés de la côte au Michoacán, harcèlement constant envers des compañeros du Guerrero et de Wirikuta, envers les Cucapás et les Kumiai, affrontements avec les forces de l’ordre chez les Yaquis. Il est par conséquent risqué de sortir pour nous rencontrer.

Un autre point important est le décès de personnalités très actives au sein du CNI, comme Juan Chávez — qui se joignait à nous et ravivait notre attention lorsque nous étions inactifs —, Don Trino et d’autres compañeros. Cela a provoqué un repli des uns et des autres, et notre progression s’est un peu ralentie. La communication continue, nous avons fait des réunions entre communautés mais nous n’avons pas réussi à organiser un grand rassemblement.

Les défis

La dépossession de nos biens est autorisée par les plus hautes sphères du pouvoir. Nous avons eu recours à la voie juridique, et il en a résulté des dispositions en notre faveur, mais le harcèlement et la dépossession continuent. Ils n’ont aucun état d’âme à mettre en application les mégaprojets dans nos lieux les plus sacrés, à fragiliser l’écosystème et à mettre en péril la vie des habitants. C’est une politique d’État qui vise directement les peuples indigènes.

Ce qui nous menace le plus, c’est la volonté de privatiser l’eau, un élément vital pour les indigènes. Ce marché est favorisé par tout le pouvoir de l’État et des groupes économiques qui se tiennent derrière lui. Le contrôle de l’eau a commencé au nom de la lutte contre les inondations, puis sous prétexte d’améliorer l’irrigation, maintenant avec l’argument que d’autres populations ont soif.

À Wirituka, à Oaxaca et au Guerrero, les menaces viennent des compagnies minières, mais, dans le fond, tout dépend de l’eau. La concession de sources et de points d’eau facilite la vente aux grandes compagnies minières. Nos camarades du Michoacán souffrent de la déforestation et du vol de l’eau. Dans l’isthme de Tehuantepec, même le vent est à vendre pour permettre aux grandes compagnies éoliennes d’engendrer des ressources économiques fondées sur la dévastation.

Sur le point de céder à des mouvements désespérés

La plupart d’entre nous répondent très faiblement, excepté dans quelques régions du Michoacán, du Guerrero et de l’Oaxaca, où l’on prépare l’autodéfense. Peut-être le mouvement trouvera-t-il une nouvelle impulsion avec la réapparition publique du commandement de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN).

Dans certaines communautés, nous sommes sur le point de céder à des mouvements désespérés. Si le gouvernement persiste à nous marginaliser, le peuple répondra de manière agressive : la rage contenue et le désespoir ne pourront s’exprimer autrement.

À présent, les membres du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) sont à la tête du pays, et on ne constate aucune intention de changer la manière dont les peuples indigènes sont traités. Le nouveau gouvernement a même attribué des fonds à l’aqueduc contre lequel nous, les Yaquis, luttons depuis six ans. Le non-respect de nos usages, de nos coutumes, et les incursions dans nos terres ont beaucoup offensé la tribu.

Nous savions que l’EZLN n’était pas partie

Avec la réapparition publique de l’EZLN, de nombreuses stratégies conçues et implantées dans nos bastions émergeront. Les pratiques d’autodéfense n’auraient pas été connues sans le mouvement zapatiste.

Nous, les Yaquis, avons une structure militaire qui nous a permis une défense non pacifique, mais nous envisageons à présent la manière légale. Nous sommes également en train de restructurer l’autorité traditionnelle. Partout domine la tendance à l’organisation interne, à la prise de conscience et à l’identification du véritable ennemi, qui est un système qu’on retrouve dans tous les partis politiques et dans toutes les strates du gouvernement.

Les lois et les conventions internationales doivent être appliquées ; les peuples doivent prendre en main ces droits gagnés à la force de leurs poings. À cela s’ajoutent l’autodéfense et les formes d’organisations millénaires.

La réapparition publique des zapatistes et la confirmation de leur participation au CNI ne nous surprennent pas. Nous savions que nos compañeros n’étaient pas partis ; au contraire, ils sont actifs au sein des communautés ainsi qu’auprès des autres peuples. Cela nous aide beaucoup car l’attention de la presse s’oriente ainsi vers la problématique indigène.

Le chemin du CNI

Depuis que nous avons rejoint le CNI, nous avons beaucoup appris de la démarche des autres peuples, mais nous avons aussi senti plus vivement la répression, car le gouvernement sait que, quand la tribu fait un pas, il n’y a pas de retour en arrière. Ils ne s’attendent pas à ce que nous, indigènes, nous rassemblions et puissions diriger notre destin. Cela les rend nerveux, et ils commencent à lancer toute leur machinerie contre nous, mais nous sommes habitués à cela.

Nous avons fait prendre conscience à d’autres peuples du fait que, seuls, tout ce que nous arriverions à faire, c’est résister. Or, nous ne voulons pas transmettre à nos enfants une lutte interminable. Nous devons faire un pas de plus ; nous avons déjà subi beaucoup de dommages, et nous ne pouvons plus le permettre.

Le pas suivant, c’est de prendre en main le destin de notre peuple. Nous gouvernons notre territoire, ce que les gouvernements feignent de respecter, mais, quand nous faisons valoir nos droits constitutionnels, nous nous apercevons qu’en fin de compte le rejet de notre manière de voir les choses prend le dessus. Nous devons dire : « Les choses sont ainsi, et vous devez respecter ce que nous proposons. » Nous devons les y contraindre car ils ne le feront pas d’eux-mêmes. Voilà le pas qui suit.

Propos recueillis par Adazahira Chávez 
Source : Ojarasca , février 2013. 
Traduit par M.L

Résistance politique: la volonté du peuple (du Chiapas et d’ailleurs suffit d’y réfléchir) est autogestionnaire…

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Eux et Nous (VI)

Les regards

Armée zapatiste de libération nationale. 
Mexique.

14 février 2013.

 

Destinataires : les adhérent·e·s de la Sexta dans le monde entier 
Expéditeur : sous-commandant insurgé Moisés

 

Url de l’article original en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Eux-et-nous-VI-Les-regards-VI

 

– Extrait –

 

[…] Parce que nous croyons et avons confiance dans le peuple, il est temps maintenant de faire quelque chose face à ce que pendant tant d’années nous avons vu et vécu des dommages qu’ils nous ont causés et dont nous souffrons, il est temps d’unir notre pensée, d’apprendre, et ensuite de la travailler, de l’organiser. Nous pouvons déjà le faire bien grâce aux nombreuses expériences que nous avons accumulées et cela nous guide pour ne plus suivre les mêmes formes grâce auxquelles ils nous tenaient.

Tant que nous ne faisons pas ce qui est la pensée des villages, les villages ne nous suivent pas. Et pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs, il n’y a qu’à regarder les nôtres dans le passé. Construire quelque chose de nouveau qui en vérité soit la parole, la pensée, la décision, l’analyse et la proposition du village, qui soit étudié par le village et soit finalement la décision du village.

C’est ainsi que pendant dix ans, nous avons travaillé dans la clandestinité, on ne nous connaissait pas. « Un jour, ils nous connaîtront », nous disions-nous, et c’est en y pensant que nous avons accompli les tâches pendant ces années. Et puis nous avons décidé un jour qu’il était temps qu’ils nous connaissent. Aujourd’hui, ça fait dix-neuf ans que vous nous connaissez, à vous de dire si c’est mauvais ou bon ce que nous sommes en train de faire. Mes compañer@s nous disent qu’ils vivent mieux avec leurs gouvernements autonomes. Elles et ils se rendent compte de ce qu’est la véritable démocratie qu’ils pratiquent avec leurs villages, qu’on ne fait pas la démocratie seulement une fois tous les trois ou six ans. La démocratie a lieu dans chaque village, dans des assemblées municipales autonomes et dans les assemblées des zones qui élisent les conseils de bon gouvernement, et on fait de la démocratie dans l’assemblée où se joignent toutes les zones qui contrôlent les conseils de bon gouvernement, c’est-à-dire que la démocratie se pratique tous les jours ouvrables dans toutes les instances de gouvernement autonome et aux côtés des villages, des femmes et des hommes. Ils traitent par la démocratie tous les sujets de la vie, ils sentent que la démocratie est à elles et à eux, parce que eux et elles discutent, étudient, proposent, analysent et décident, en fin de compte, de tous les sujets.

Elles et eux nous disent, nous demandent : il sera comment, ce pays, ce monde, si nous nous organisons avec les autres frères et sœurs indigènes, et aussi avec les frères et sœurs pas indigènes ? Le résultat est un grand sourire, comme pour nous dire leur joie, parce que les résultats du travail qu’ils sont en train de faire, elles et ils les ont entre leurs mains.

Oui, c’est comme ça, le peuple veut seulement que nous nous organisions, les pauvres de la campagne et de la ville, sans que personne d’autre que nous-mêmes et ceux que nous nommons ne nous dirige. Pas ceux et celles qui ne cherchent qu’à arriver au pouvoir, et qui, une fois au pouvoir, nous relèguent dans l’oubli ; et ensuite en arrive un autre apparenté avec qui là, oui, ça va changer pour de bon, et les mêmes escroqueries continuent. Ils ne vont pas tenir parole, nous le savons bien, ils le savent bien, autrement dit ça ne vaut pas la peine de leur écrire cela, mais en vérité c’est comme ça que ça marche dans ce pays. C’est désespérant, usant, horrible.

Nous, les pauvres, nous savons comment est la meilleure forme de vie, celle que nous voulons, mais ils ne nous laissent pas faire, parce qu’ils savent que nous allons leur faire disparaître l’exploitation et les exploiteurs, et que nous allons construire la vie nouvelle sans exploitation. Ça ne va pas nous coûter grand savoir, parce que nous savons comment doit être le changement, parce que tout ce que nous avons souffert réclame changement. Les injustices, les douleurs, les tristesses, les mauvais traitements, les inégalités, les mauvaises manipulations, les mauvaises lois, les persécutions, les tortures, les prisons, et bien d’autres mauvaises maisons que nous subissons, nous savons bien que nous n’allons pas reproduire ces choses, que nous n’allons pas nous faire le même mal. Comme nous disons par ici, nous les hommes et femmes zapatistes, si nous nous trompons, eh bien soyons assez bon•ne•s pour corriger, pas comme maintenant où les un•e•s foutent la merde et c’est les autres qui paient, c’est-à-dire que ceux qui foutent la merde maintenant, ce sont les député•e•s, les sénateurs et sénatrices et les mauvais gouvernements du monde, et ceux qui paient ce sont les peuples du monde.

Il n’y a pas besoin d’avoir fait beaucoup d’études, ni de savoir parler en bon « castilla », ni de savoir beaucoup lire. Nous ne sommes pas en train de dire que ça ne sert à rien, mais que ce qui suffit pour le travail, oui, ça sert, parce que ça nous aide à travailler en ordre, c’est-à-dire que c’est un instrument de travail pour communiquer entre nous. Ce que nous sommes en train de dire, c’est que le changement, nous savons le faire, il n’y a pas besoin que quelqu’un sorte faire sa campagne pour nous dire que lui ou elle•va être le changement, comme si nous, les exploité•e•s, nous ne savions pas à quoi ressemble le changement que nous voulons. Vous me comprenez, frères et sœurs indigènes et peuple du Mexique, sœurs et frères indigènes du monde, frères et sœurs non indigènes du monde ?

Alors, sœurs et frères indigènes et non indigènes pauvres, entrez dans la lutte, organisez-vous, dirigez-vous entre vous, ne vous laissez pas diriger ou regardez bien ceux que vous voulez qui vous dirigent, qu’ils fassent ce que vous, vous avez décidé, et vous verrez que les choses prennent petit à petit un chemin semblable à celui que nous avons pris, nous les hommes et les femmes zapatistes.

Ne cessez pas de lutter, de même que les exploiteurs ne cesseront pas de nous exploiter, mais arrivons jusqu’au bout, c’est-à-dire la fin de l’exploitation. Personne ne va le faire pour nous, sinon nous-mêmes. Nous, femmes et hommes, prenons les rênes, prenons le volant, et conduisons notre destin là où nous voulons aller, allons là où le peuple l’a décidé. Ainsi, pas de doute, le peuple c’est la démocratie, le peuple se corrige et continue. Pas comme maintenant où ce sont 500 député•e•s et 228 sénateurs et sénatrices qui font des conneries, et ceux qui subissent la peste et les toxiques sont des millions, ce sont les pauvres qui les subissent, le peuple du Mexique.

Frères et sœurs ouvrier•e•s, nous vous avons présent•e•s à l’esprit de même que tou•te•s les autres travailleurs et travailleuses, nous avons la même odeur de sueur que ceux qui travaillent pour les exploiteurs et exploiteuses. À présent que mes compañeras et compañeros zapatistes sont en train d’ouvrir la porte, si vous nous avez entendus, entrez à la Sexta et connaissez le gouvernement autonome de nos compañer@s de l’EZLN. Et la même chose si nous comprennent aussi nos sœurs et frères indigènes du monde, de même que les frères et sœurs non indigènes du reste du monde.

Nous sommes les principaux producteurs et productrices de la richesse de celles et ceux qui sont déjà riches, basta ya, ça suffit, nous savons qu’il y a d’autres exploité•e•s, nous voulons nous organiser aussi avec elles et eux, luttons pour ce peuple du Mexique et du monde, qui est à nous et pas aux néolibéraux.

Frères et sœurs indigènes du monde, sœurs et frères non indigènes du monde, peuples exploités ; peuples d’Amérique, peuples d’Europe, peuples d’Afrique, peuples d’Océanie, peuples d’Asie,

Les néolibéraux sont ceux qui veulent être les patrons du monde, c’est ça que nous disons, c’est-à-dire qu’ils veulent faire leur propriété de tous les pays capitalistes. Leurs contremaîtres sont les gouvernements capitalistes sous-développés. C’est ainsi qu’ils vont nous tenir si nous, tous les travailleurs et toutes les travailleuses, nous ne nous organisons pas.

Nous savons qu’en ce monde il y a de l’exploitation. La distance où nous nous trouvons de chaque côté du monde ne doit pas nous séparer ; nous devons nous rapprocher, en unissant nos façons de penser, nos idées, et lutter pour nous-mêmes.

Là où vous vous trouvez, il y a de l’exploitation, vous souffrez la même chose que nous.

Vous subissez la répression tout comme nous.

Ils sont en train de vous voler, tout comme nous ils nous volent depuis plus de cinq cents ans.

Ils vous méprisent, tout comme ils continuent à nous mépriser.

C’est ainsi que nous sommes, c’est ainsi qu’ils nous tiennent et c’est ainsi que nous allons continuer si nous ne nous prenons pas par la main les un•e•s et les autres.

Nous avons plus qu’assez de raisons pour nous unir et faire naître notre rébellion, et nous défendre de cette bête qui ne veut pas nous lâcher et qui ne va jamais le faire si nous ne l’y obligeons pas nous-mêmes.

Ici, nos communautés zapatistes, avec leurs gouvernements autonomes en rébellion, et avec leur union des compañeras et compañeros, elles affrontent nuit et jour le capitalisme néolibéral, et nous sommes prêt•e•s à tout, à ce qui viendra et comme ça viendra.

Voilà, c’est comme ça qu’ils sont organisé•e•s, les compañeros et compañeras zapatistes. Il n’y a besoin que de décision, d’organisation, de travail, de mise en pratique, et ainsi de corriger et améliorer sans repos, ou si on se repose c’est pour se refaire des forces et continuer, le peuple commande et le gouvernement obéit.

Oui, c’est possible, sœurs et frères pauvres du monde, vous avez ici l’exemple de vos frères et sœurs indigènes zapatistes du Chiapas (Mexique).

Il est temps que nous fassions vraiment le monde que nous voulons, le monde que nous pensons, le monde que nous désirons. Nous savons comment faire. C’est difficile, parce qu’il y a ceux qui ne veulent pas, et ce sont précisément ceux qui nous exploitent. Mais si nous ne le faisons pas, notre avenir sera plus dur et il n’y aura jamais de liberté, jamais.

C’est comme ça que nous, nous l’entendons, c’est pour ça que nous sommes en train de vous chercher, nous voulons que nous nous rencontrions, que nous nous connaissions, que nous apprenions de nous-mêmes.

Pourvu que vous puissiez arriver ! Sinon, nous chercherons d’autres façons de nous voir et de nous connaître.

Ici, nous vous attendrons depuis cette porte qu’il me revient de surveiller, pour pouvoir entrer à l’humble école de mes compañeras et compañeros qui veulent partager le peu que nous avons appris, pour voir si ça va vous servir là-bas, sur vos lieux de travail et de vie ; nous sommes sûrs que ceux qui sont déjà entrés à la Sexta, ils viendront, ou pas, mais d’une manière ou d’une autre ils entreront à la petite école où nous expliquons comment est la liberté pour les zapatistes, et qu’on puisse voir ainsi notre avancée et nos erreurs, que nous ne cachons pas, mais directement avec les meilleurs maîtres qui soient, c’est-à-dire les villages zapatistes.

Elle est humble, la petite école, comme nous l’avons commencée, mais à présent, pour les compañeras et compañeros zapatistes, elle représente la liberté pour faire ce qu’ils•elles veulent et comment ils pensent une vie meilleure.

Ils et elles sont sans cesse en train de l’améliorer, parce qu’ils en voient la nécessité et qu’en outre leur pratique est celle qui montre comment améliorer, autrement dit la pratique est la meilleure façon de travailler pour améliorer. La théorie nous donne l’idée, mais celle qui donne la manière, le comment gouverner de façon autonome, c’est la pratique.

C’est comme ce qu’on entend par ici et qui dit : « Quand le pauvre croira dans le pauvre, nous pourrons chanter liberté. » Juste que ça, non seulement nous l’avons entendu, mais nous sommes en train de le mettre en pratique. C’est ça le fruit que veulent partager nos compañeras et compañeros. Et c’est la vérité, parce que malgré toutes les mauvaisetés qu’ont faites contre nous les mauvais gouvernements, ils n’ont pas pu et jamais ils ne pourront le détruire, parce que ce qui est construit est au peuple, pour le peuple et par le peuple. Les villages le défendront.

Je pourrais vous raconter bien des choses, mais ce n’est pas la même chose que vous les entendiez, que vous les voyiez ou que vous les regardiez, et que, si vous avez une question de vive voix, vous répondent mes compañeros et compañeras bases de soutien. Ils auront peut-être du mal à vous répondre à cause de la langue, mais la meilleure réponse c’est leur pratique, aux compañer@s, et elle est à la vue de tout le monde parce qu’ils sont en train de la vivre.

C’est tout petit, ce que nous sommes en train de faire, mais c’est grand pour les pauvres du Mexique et du monde. De même que nous sommes quelque chose de très grand, car nous sommes très nombreuses et nombreux nous, les pauvres du Mexique et du monde, et nous avons besoin de construire nous-mêmes le monde où nous vivrons. On voit comme c’est tout le contraire quand ce sont les peuples qui se mettent d’accord que quand c’est un groupe qui dirige et non les villages qui se mettent d’accord. On a compris vraiment ce que c’est que représenter, on sait bien comment le mettre en pratique, c’est-à-dire les sept principes du mandar obedeciendo, commander en obéissant.

On voit déjà l’horizon de comment est ce qui d’après nous est un nouveau monde ; comme vous pourrez bien le voir, l’apprendre et le faire naître, ce monde différent que vous vous imaginez, là-bas où vous vivez, et nous faire partager les savoirs et créer nos mondes différents de ce que nous connaissons à présent.

Nous voulons nous voir, nous entendre même si c’est bien grand pour nous toutes et tous, cela nous aiderait à nous connaître avec les autres mondes, et le meilleur monde que nous voulons.

Il y a besoin d’organisation, il y a besoin de décision, il y a besoin d’accord, il y a besoin de lutter, il y a besoin de résistance, il y a besoin de se défendre, il y a besoin de travailler, il y a besoin de pratique. Et s’il manque encore quelque chose, ajoutez-le ici, compañeras et compañeros.

Bon, pour le moment, ici, nous sommes en train de nous mettre d’accord sur comment va être la petite école pour vous, de voir s’il y aura de la place. Bref, nous sommes en train de nous préparer. Et que tout compañero ou compañera invité•e et qui le voudra puisse la voir et la sentir même s’il ne peut pas venir jusqu’ici, nous sommes en train de penser à la manière d’y parvenir.

Nous vous attendons, compañeras et compañeros de la Sexta.

Nous sommes en train de nous préparer pour vous recevoir, prendre soin et nous occuper de vous comme vos compañeras et compañeros que nous sommes, comme nos compañeros et compañeras que vous êtes. Et aussi pour que notre parole arrive à votre oreille si vous ne pouvez pas venir jusqu’à chez nous, et que nous, avec votre aide allions chez vous.

Et bien sûr nous vous disons que ça va peut-être prendre du temps, mais que comme dit notre peuple frère mapuche, une fois, dix fois, cent fois, mille fois nous vaincrons, toujours nous vaincrons.

Et pour terminer — et que continue à vous parler le compañero sous-commandant insurgé Marcos sur ce qui est son tour, parce que nous allons nous relayer lui et moi pour tout vous expliquer, eh bien maintenant c’est à lui — bien que cela fasse des années que je fais ce travail, c’est la première fois que j’ai à signer publiquement comme ici, et c’est…

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. 
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, 
sous-commandant insurgé Moisés 
Mexique, février 2013.

Crise sociale mondiale: La société organique, vivante, évolutrice doit prendre le pas sur la sclérose capitaliste…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , on 21 juin 2012 by Résistance 71

Pour comprendre comment nous sortir des sables mouvants générés par la société spectacle marchande, nous devons envisager les problèmes sous des angles inédits.

John Holloway, très proche du mouvement zapatiste mexicain, nous y incite…

— Résistance 71 —

 

Changer le monde sans prendre le pouvoir

 

Entretien avec John Holloway (Juin 2008)

 

url de l’article en ligne:

http://www.lavoiedujaguar.net/Changer-le-monde-sans-prendre-le

 

 

Changer le monde sans prendre le pouvoir. Le sens de la révolution aujourd’hui, essai de John Holloway (éditions Syllepse, Paris, et Lux, Montréal, 2008), a suscité de violentes réactions à la gauche de la gauche. La thèse défendue contrarie : penser la révolution en terme de parti et de prise de pouvoir mène à un échec inévitable.

Entretien (publié dans CQFD en juin 2008) avec l’auteur, chercheur en sciences sociales irlandais installé au Mexique depuis 1991.

John, tu es proche des zapatistes, à ton avis que peut apporter la théorie politique à un mouvement comme le leur ?

John Holloway : Antonio García de León [1] a fait remarquer dès les premiers jours de l’insurrection zapatiste que cette révolte venait de l’intérieur de nous-même. En disant qu’ils veulent construire un monde nouveau sans prendre le pouvoir, ils nous ont lancé un défi pratique et théorique. Les tentatives pour changer le monde en prenant le pouvoir ont échoué. Alors comment s’y prendre ? Il n’y a pas de modèle préexistant.

Ici, en pleine commémoration de 68, la gauche semble incapable de penser les émeutes des cités, mais aussi le refus du travail salarié. La gauche traditionnelle conçoit la lutte de classes comme une lutte entre le travail et le capital. Elle oublie que Marx insistait sur le caractère ambivalent du travail comme une clef pour comprendre le capitalisme. Il faisait la distinction entre le travail aliéné ou abstrait et l’activité vivante consciente ou travail utile – ce que je préfère appeler le « faire ». 1968 était avant tout une révolte contre le travail aliéné, la révolte du « faire » contre le travail. En 1968, il devient clair que la lutte contre le capital est avant tout une lutte contre le travail. Au lieu de penser la lutte de classes en termes de « travail » contre « capital », il faut la penser en termes de « faire » contre « le travail et donc le capital ». Voilà le défi : comment développer ici et maintenant une vie où nous pourrions faire ce que nous considérons comme nécessaire ou désirable, au lieu d’abandonner nos jours à un travail qui produit le capital ? C’est pourquoi l’idée de « chômeurs heureux » est si importante. En Argentine, les piqueteros [2] les plus radicaux ne se battent pas pour l’emploi, mais pour une vie consacrée à « faire » ce qu’ils considèrent important. Si nous refusons de travailler c’est parce que nous voulons faire quelque chose de mieux de nos vies : rester au lit, sortir faire un tour avec le chien, jouer de la musique, organiser une révolution, qu’importe… Notre refus ouvre la porte à un « faire-autrement », et ce « faire-autrement » est l’avant-garde de notre lutte contre le capital. Cette lutte n’est pas seulement de la négation, mais de la négation-et-création, la création de quelque chose qui ne colle pas avec le capitalisme. Tant que nous ne parlons que de refus, nous autorisons le capital à fixer le planning.

Mais comment affirmer nos résistances, de l’émeutier de cité au chômeur qui se lève tard, face aux vieilles catégories de pensées ?

Nous avons tous nos hauts et nos bas, et parfois on se sent perdu, en particulier parce que nos luttes sont fragmentées. Je vois ça en termes de création de failles, d’espaces ou de moments dans lesquels nous disons : « Ici, dans cet espace ou ce moment, nous ne ferons pas ce que le capital veut que nous fassions. » Des failles plus que de simples espaces autonomes. Les failles s’agrandissent, courent, se creusent. Ces failles sont les espaces du « faire contre le travail ». Si, comme la gauche traditionnelle, nous sommes aveugles à cet antagonisme, tout le reste suit : l’État, le pouvoir, le progrès, etc.

Pour toi, la prise de pouvoir est donc forcément un échec pour un mouvement qui souhaite changer le monde…

Je distingue deux types de pouvoir, le « pouvoir- sur » (le pouvoir du capital, le pouvoir de l’État…) et le « pouvoir-faire » : notre pouvoir de créer, de faire des choses, qui est forcément un pouvoir social puisque notre « faire » dépend toujours du « faire » des autres. Rejeter l’idée de prendre le pouvoir ne nous met pas dans un vide. Au contraire, cela signifie que nous ne devons pas prendre le « pouvoir-sur » mais construire notre « pouvoir-faire. »

Dans ton livre, il est beaucoup question d’identités. Que t’inspire le repli identitaire ?

Le capitalisme nous pousse à nous identifier aux rôles qu’il nous fait jouer. Le mouvement contre le capital est nécessairement anti-identitaire. Un mouvement qui dit : « Non, nous sommes plus que ça ! » Si on dit seulement « nous sommes noirs, nous sommes femmes, nous sommes gays, nous sommes indigènes », alors on est piégé dans une logique qui nous réintègre dans la domination. Nous avons besoin de dépasser nos identités, d’affirmer et de nier dans un même souffle : nous sommes noirs et plus que cela, nous sommes femmes et plus que cela. Dès leur soulèvement, les zapatistes ont dit qu’ils se battaient pour les droits des indigènes mais aussi pour la création d’un monde nouveau fondé sur la reconnaissance de la dignité.

Qu’est-ce qui peut donc nous rassembler ? Où se trouve notre force ?

Notre force, c’est que nous sommes des personnes ordinaires. C’est la chose la plus profonde que les zapatistes disent : « Nous sommes des hommes et des femmes, des vieux et des enfants ordinaires, donc nous sommes rebelles. » Si l’antagonisme central est entre le « faire » et le travail, la contradiction centrale du capitalisme est donc la frustration. La frustration engendrée est probablement l’expérience la plus profonde que nous partageons tous et toutes. Elle se transforme en explosions et nous apprend le langage de la révolte.

Propos recueillis et traduits par Julien Bordier et Juliette Goudeket. 
CQFD n° 57, juin 2008.

Notes

[1] Historien, auteur de Resistencia y utopia, Era, 1998.

[2] Piqueteros : mouvements de masse rassemblant les chômeurs d’un quartier ou d’une banlieue.