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Résistance politique pour une societé des sociétés: le Conseil National Indigène et l’heure des peuples…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, écologie & climat, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 janvier 2017 by Résistance 71

Voilà une source de départ de la société des sociétés… Que 2017 soit fructueuse ! Les nations indigènes nous montrent la voie (du jaguar… 😉 )

~ Résistance 71 ~

 

Es la hora de los pueblos

C’est l’heure des peuples

 

Georges Lapierre

 

6 janvier 2017

 

url de l’article en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Es-la-hora-de-los-pueblos

 

Es el momento de los pueblos, de sembrarnos y reconstruirnos.
 Es el momento de pasar a la ofensiva…

Le moment des peuples est venu, celui de semer ce que nous sommes et de nous reconstruire.
 C’est le moment de passer à l’offensive [1].

C’est l’heure des peuples ou de nos peuples, affirme le Congrès national indigène, c’est vite dit et pourtant… Comme si nous nous trouvions au début d’une aventure, sur la ligne d’un départ, nous ne savons pas encore où cela va nous mener, cette entrée dans l’action, ce commencement à être, cette affirmation de ce que nous sommes, de ce que nous aimons, de ce que nous voulons, de nos désirs, de nos souhaits : se mettre en mouvement, les premiers pas, la première parole, dans le sens où l’entendent les Kanak, le premier acte d’une aventure qui consiste à construire un autre monde, une alternative au capitalisme, un monde qui contiendrait d’autres mondes, d’autres vies, d’autres modes de vie. Il faut bien commencer, sans doute allons-nous trébucher au premier pas, pour nous relever ou pour ne pas nous relever. Nous n’avons pas une idée bien définie de ce que nous cherchons, ce n’est pas une idéologie qui nous anime, mais le refus d’être emportés par cette tourmente dévastatrice de toute forme de vie sociale qu’est devenu notre présent. Nous ne partons pas de rien, nous ne partons pas du vide, de cette apesanteur sociale dans laquelle tournent les individus du premier monde, nous ne sommes pas des individus isolés, nous partons de ce que nous sommes encore, de ce qui nous constitue encore : un vivre ensemble, un savoir-vivre, une communauté de pensée. Nous partons de notre mémoire, de notre histoire, de nos nostalgies, de nos usages, de nos coutumes, ce que l’on appelle couramment la tradition. Nous nous appuyons sur quelques fondamentaux qui rendent possible un vivre ensemble : la prise en commun des décisions touchant la collectivité, c’est le rôle de l’assemblée, elle est souveraine, incontournable. Aucune décision nous concernant ne peut venir d’ailleurs, d’en haut, pour nous être imposée contre notre volonté. À cela, nous pouvons ajouter un autre élément, le dialogue, le va-et-vient incessant entre les institutions collectives et l’assemblée ou les différentes assemblées communautaires. Le Conseil indigène de gouvernement reposera sur ce va-et-vient, sur un continuel dialogue entre les déléguées et délégués qui composent ce Conseil de gouvernement et les différentes assemblées communautaires qui les ont désignés.

Du 29 décembre au 1er janvier 2017 eut lieu la deuxième étape du Congrès national indigène. Cette rencontre s’est tenue au Cideci de San Cristóbal de Las Casas. Y étaient invités les délégués des peuples consultés au sujet de la constitution d’un Conseil indigène et de la participation d’une candidate indienne à l’élection présidentielle de 2018. Le Congrès National Indigène s’est ainsi trouvé subitement grossi de tous ces délégués issus des 43 peuples et des 523 communautés qui ont pu être consultés dans 25 États de la République mexicaine — ce qui n’a pas été sans poser quelques problèmes de préséance, mal réglés, à mon sens, par la distinction entre délégués participants et délégués observateurs. Tous ces mandataires ont bien précisé qu’ils ne voulaient pas de partis politiques ni de programmes de gouvernement sur leurs territoires, mais qu’ils retenaient la proposition de l’EZLN et du CNI de former un Conseil indigène de gouvernement, dont le porte-parole serait une candidate indienne à la présidence de la République. « Il n’est pas dans nos intentions de batailler avec les partis politiques et toute la classe politique… Nous ne prétendons pas rivaliser avec eux. Nous ne sommes pas du même monde… Nous ne sommes pas leurs paroles mensongères et perverses. Nous sommes la parole collective venue d’en bas, à gauche, celle qui secoue le monde…
Pretendemos sacudir la conciencia de la nación, que en efecto pretendemos que la indignación, la resistencia y la rebeldía figuren en las boletas electorales de 2018. Nous prétendons secouer la conscience de la nation, nous prétendons, en effet, que l’indignation, la résistance et la rébellion figurent dans les bulletins électoraux de 2018. » Il fut aussi précisé le premier jour, au cours de la lecture des accords, qu’il ne fut pas toujours possible de réaliser cette consultation à cause de l’insécurité due à la présence des narcotrafiquants. Il y eut tout de même 430 actes signés par les communautés approuvant l’initiative de l’EZLN et du CNI. Entre janvier et mai, d’autres actes d’approbation devraient parvenir au CNI.

Il devait y avoir entre 700 et 1 000 délégués, qui ont fait le voyage depuis le Nord désertique du Mexique jusqu’aux montagnes pleines de brouillard du Sud-Est mexicain ; aussi bien ceux qui, comme les Yaquis du Sonora, les Wixáritari de Jalisco, les Purhépechas de Cherán ou les Nahua d’Ostula dans le Michoacán, ont marqué l’histoire récente des luttes indiennes pour l’autonomie que tous ceux qui s’organisent et qui résistent obstinément, au quotidien, pour défendre leur territoire, leur coin de vie, face aux grands projets multinationaux, des chauffeurs indigènes des taxis de Xochimilco ou des vendeurs ambulants de la capitale aux déléguées et délégués des villages perdus dans les montagnes de la Sierra Sur de l’Oaxaca. Tous sont appelés à désigner les membres, femmes et hommes, qui formeront le Conseil national indigène de gouvernement ainsi que la future candidate, qui sera la voix de ce Conseil lors de la compétition électorale de 2018. Cette prochaine étape du cinquième Congrès national indigène aura lieu le 27 et 28 mai.

Au cours de cette rencontre, un contraste a pu se faire jour entre différentes attitudes, entre l’éthique qui préside aux rapports entre les gens dans les petites communautés campagnardes, marquée par le respect mutuel, l’attention, la patience et l’écoute, et l’individualisme caractérisé par le machisme, l’irrespect et le goût pour le pouvoir, avec ce qu’il suppose de petits secrets, de commandements et de passe-droits. Sans aucun doute, les peuples indigènes sauront se garder de l’intrusion dans leur projet d’attitudes et de comportements contraires à l’éthique dont ils sont porteurs. Au-delà de présenter un mode de gouvernement respectueux des vœux de la population, ils proposent aussi, et surtout, une éthique de vie, une manière d’être ensemble reposant sur un certain nombre de règles acquises dès l’enfance, reconnues et assimilées par tous — pour former ainsi une communauté de pensée. L’art du bon gouvernement repose d’ailleurs sur cet art de vivre en collectivité, il en est l’émanation. Cette éthique sourd de la vie communautaire, de la réciprocité des échanges et de la reconnaissance mutuelle (en tant que sujet social).

Le samedi 31 fut consacré à une discussion en groupes réduits (trois tables de discussion) sur deux sujets : les chemins du Congrès national indigène face à la spoliation, au dédain, à l’exploitation capitaliste, et le renforcement de nos résistances et de nos rébellions. C’est le premier thème de discussion, le second portant sur les étapes pour la constitution du Conseil indigène de gouvernement pour le Mexique et la nomination de la candidate pour 2018. La fin de la journée fut consacrée à la synthèse des réponses apportées à ces deux questions. Deux phénomènes préoccupent au plus haut point les peuples indiens : l’activité minière et les projets de mines à ciel ouvert des entreprises transnationales, soutenus et imposés par le gouvernement ; et, dans ce domaine, la militarisation du pays, reconnue tout dernièrement par une loi votée par le Parlement, est des plus inquiétantes (l’armée mexicaine aura désormais pour tâche de protéger et de défendre les intérêts des multinationales et les capitaux engagés au Mexique). L’autre phénomène particulièrement préoccupant est l’extension de la culture et du trafic de la drogue, qui, si elle offre des débouchés commerciaux aux petits paysans, favorise, avec la complicité du pouvoir politique (des pouvoirs politiques, devrai-je dire), la constitution de bandes armées à caractère paramilitaire.

Il est encore trop tôt pour entreprendre une analyse critique des courants souterrains qui parcourent ce mouvement naissant, lui conférant force ou faiblesse. Cependant je me permettrai deux remarques, l’une concernant son implication dans la société mexicaine, l’autre touchant le pragmatisme du mouvement zapatiste. La société mexicaine se trouve dans une position des plus ambiguës : elle est emportée par un mouvement général de décomposition sociale accompagné d’une ouverture sur le monde prestigieux et enchanteur de la marchandise, cet accès soudain à la marchandise venant compenser dans une certaine mesure la perte des valeurs sociales. Le temps passé à gagner de l’argent, à travailler, donc, devient du temps perdu pour le plaisir de se retrouver. Je sens la société mexicaine hésitante, comme assise entre deux options : le goût pour la fête, la dépense somptuaire, la rencontre, la musique, la poésie, la danse, entraînant dans son sillage une activité effrénée, c’est un versant ; l’autre versant consiste à trouver de l’argent, travailler, s’exiler, ou survivre dans un état de manque permanent, frôlant la pauvreté et la misère, la cigale devant se faire fourmi si elle veut continuer à chanter. La société mexicaine peut avoir le sentiment, justifié, de se trouver coincée entre le chant de sirènes des marchandises, pour beaucoup inaccessibles, et le désenchantement permanent d’une vie sociale de plus en plus appauvrie. L’appel du CNI pourrait, non seulement, « secouer la conscience nationale », comme il est dit dans le communiqué, mais, plus fondamentalement, l’état de torpeur hypnotique dans lequel se trouve la société mexicaine.

Le mouvement zapatiste, quant à lui, semble avoir laissé de côté toute idéologie, il n’a pas abandonné pour autant la critique de ce qu’il appelle le système capitaliste, c’est toujours l’idée, ou, plutôt, le souhait qui l’anime, mais cette critique se fait pragmatique, elle s’accroche à ce qui existe, aux autres mondes, aux autres modes de vie, aux autres réalités sociales qui existent encore et qui, du simple fait de leur existence, sont une critique du « système-monde » capitaliste. Il ne s’agit pas de proposer ou d’imposer un modèle abstrait de gouvernement selon l’idée que l’on peut se faire d’un bon gouvernement, mais de partir d’un modèle existant, qui a fait ses preuves et qui a donné satisfaction. Les zapatistes partent de ce qu’ils ont construit à partir de ce qui existait déjà : la forme d’autogouvernement des communautés indiennes tzotziles, tzeltales, choles, tojolabales, mames et métisses du Chiapas. Ils ne proposent pas l’inconnu mais le déjà connu de la société autochtone, dont est en grande partie issue la société mexicaine, un retour aux sources vives de la société mexicaine, en quelque sorte. Ce pragmatisme les conduit à avoir une intelligence stratégique de la réalité ; ils ne se présentent pas comme une avant-garde révolutionnaire mais comme des hommes et des femmes engagés dans une guerre sociale terrible opposant, sur toute la planète, l’humain aux forces d’extermination représentées par le « système-monde » capitaliste.

Oaxaca, le 4 janvier 2017,

Georges Lapierre, avec la collaboration de Luna,
 déléguée de l’assemblée régionale chontale.

Notes

[1] Se reporter aux dernières déclarations du CNI, ¡Y retembló ! Informe desde el epicentro, diffusées par le CSPCL

Résistance politique: La révolution (anarchiste) mexicaine de 1910… Expropriation et autogestion…

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La révolution mexicaine de 1910

 

Robert Graham

 

28 Février 2015

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2015/02/28/the-1910-mexican-revolution/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Révolution au Mexique

Tandis que les ouvriers russes parvenaient à paralyser la Russie en Octobre 1905, ce fut durant la révolution mexicaine de 1910 que l’expropriation fut pour la première fois appliquée sur une grande échelle par des paysans sans terres et des Indiens. Les anarchistes du Mexique prônaient que le peuple saisisse les terres et abolissent tout gouvernement depuis la fin des années 1860 (NdT: comme en Espagne…), lorsque Julio Chavez Lopez déclara que ce qu’ils voulaient était “la terre afin de la cultiver en paix et de la moissonner en toute tranquilité ; de quitter le système d’exploitation et de donner la liberté pour tous”.

En 1878, le groupe anarchiste La Social prônait l’abolition de l’état mexicain et du capitalisme, la création de communes fédérées autonomes, une répartition propriétaire égale pour tous ceux qui travaillent la terre et l’abolition du salariat. (NdT: ceci représente une combinaison des idées de Proudhon et Kropotkine). Lorsque le gouvernement renouvela sa campagne d’expropriation des terres paysannes en faveur d’intérêts étrangers (bien sûr essentuellement américains) et d’un petit groupe de propriétaires terriens très riches, les anarchistes poussèrent les paysans à la révolte. Les rébellions paysannes d’inspiration anarchiste se propagèrent à travers le Mexique entre 1878 et 1884. Une autre rébellion paysanne éclata à Vera Cruz en 1896, menant à une longue insurrection qui continua avec la révolution mexicaine de 1910.

En 1906 et 1908, la Parti Libéral du Mexique (PLM) d’orientation anarchiste, mena plusieurs émeutes dans les campagnes mexicaines. A la veille de la révolution, le PLM publia un manifeste intitulé: “Aux armes ! Aux armes pour la terre et la liberté” (NdT: en espagnol, le fameux slogan: “¡Tierra y Libertad !”), écrit par l’anarchiste Ricardo Flores Magón (1874-1922). Le manifeste incitait les paysans à “saisir la Winchester” et à prendre la terre, car: “la terre appartient à toutes les femmes et les hommes, qui par le simple fait d’être en vie, ont le droit de partager communément, par leur travail, toute la richesse que la terre est capable de produire”. Le PLM organisa les premières insurrections armées contre la dictature de Diáz à la fin de l’automne 1910, commençant ainsi la révolution qui durera jusqu’en 1919. A travers le Mexique, la paysannerie largement indigène se souleva, saisissant les terres et les redistribuant entre ses membres.

Les anarchistes en dehors du Mexique regardèrent l’expropriation des grands propriétaires de la terre par la paysannerie comme une autre validation de leurs idées. Comme le dit alors Voltairine De Clayre (1866-1912): “Les paysans qui ne connaissent rien du jargon des réformateurs terriens ou des socialistes, savaient bien mieux que ces pirouetteurs des villes comment se réapproprier la terre, ignorer la machinerie bureaucratique de maintien de la propriété (dans bien des cas ils avaient brûlé toutes les archives des actes de propriété…) et commencèrent à labourer la terre, à semer, à cultiver, à récolter et à garder le produit de leur travail pour eux-mêmes.” Ceci fut le modèle de révolution sociale paysanne que Chavez Lopez avait essayé d’instaurer en 1869 et que Bakounine avait prôné durant la guerre franco-prussienne de 1870-71 (NdT: menant à la Commune de Paris de 1871) et que les anarchistes d’Europe et d’Amérique Latine avaient essayé de mettre en pratique depuis des années.

Résistance politique: Solidarité amérindienne contre le colonialisme et l’arrogance eurocentrique…

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Du mouvement Mapuche au Chili à Idle No More du Canada en passant par les mouvements autonomistes zapatistes et Yaquis au Mexique, la résistance au (néo)colonialisme  occidental, fléau se nichant à la racine même du mondialisme néolibéral criminel, se développe. Nous, les peuples occidentaux, devons venir à terme de notre histoire et rejoindre ces mouvements dont nous avons tant à apprendre. Notre émancipation passe par la leur.

En définitive, nous sommes tous des colonisés. Des colonisés de la pensée fondamentalement raciste d’une petite clique de gouvernants, qui se cachant derrière le leurre de « l’universalisme » de la culture occidentale et sa supériorité intrinsèque, massacre et pille le monde depuis bien trop longtemps.

Cette ère touche à sa fin, l’ère des peuples émancipés sonne à la porte…

— Résistance 71 —

 

Le regard des Yaquis sur la situation du mouvement indigène au Mexique

 

1er mai 2013, par Mario Luna

 

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Le-regard-des-Yaquis-sur-la

 

Vícam, Sonora, Mexique, janvier 2013.

La réapparition publique des zapatistes « ne nous surprend pas, nous avons toujours su qu’ils n’étaient pas partis », note Mario Luna, Yaqui, secrétaire des autorités traditionnelles de Vícam.

La plus grande menace pour les peuples indigènes, « c’est la volonté de privatiser l’eau, et tous les mégaprojets sont en relation avec ça », affirme dans un entretien avec Ojarasca le représentant d’un des peuples fondateurs du Congrès national indigène (CNI).

L’organisation nationale indigène

Depuis leurs différents bastions, les peuples indigènes se sont regroupés et renforcés, mais ils doivent se structurer davantage. Il y a un enlisement de l’organisation au niveau national. Au CNI, le premier point observé, c’est que de nombreuses batteries du gouvernement concentrent leurs attaques sur nos communautés pour éviter ainsi que nous allions rejoindre nos compañeros.

Du Chiapas jusqu’en Basse-Californie, la situation s’est aggravée : attaques contre les communautés de la côte au Michoacán, harcèlement constant envers des compañeros du Guerrero et de Wirikuta, envers les Cucapás et les Kumiai, affrontements avec les forces de l’ordre chez les Yaquis. Il est par conséquent risqué de sortir pour nous rencontrer.

Un autre point important est le décès de personnalités très actives au sein du CNI, comme Juan Chávez — qui se joignait à nous et ravivait notre attention lorsque nous étions inactifs —, Don Trino et d’autres compañeros. Cela a provoqué un repli des uns et des autres, et notre progression s’est un peu ralentie. La communication continue, nous avons fait des réunions entre communautés mais nous n’avons pas réussi à organiser un grand rassemblement.

Les défis

La dépossession de nos biens est autorisée par les plus hautes sphères du pouvoir. Nous avons eu recours à la voie juridique, et il en a résulté des dispositions en notre faveur, mais le harcèlement et la dépossession continuent. Ils n’ont aucun état d’âme à mettre en application les mégaprojets dans nos lieux les plus sacrés, à fragiliser l’écosystème et à mettre en péril la vie des habitants. C’est une politique d’État qui vise directement les peuples indigènes.

Ce qui nous menace le plus, c’est la volonté de privatiser l’eau, un élément vital pour les indigènes. Ce marché est favorisé par tout le pouvoir de l’État et des groupes économiques qui se tiennent derrière lui. Le contrôle de l’eau a commencé au nom de la lutte contre les inondations, puis sous prétexte d’améliorer l’irrigation, maintenant avec l’argument que d’autres populations ont soif.

À Wirituka, à Oaxaca et au Guerrero, les menaces viennent des compagnies minières, mais, dans le fond, tout dépend de l’eau. La concession de sources et de points d’eau facilite la vente aux grandes compagnies minières. Nos camarades du Michoacán souffrent de la déforestation et du vol de l’eau. Dans l’isthme de Tehuantepec, même le vent est à vendre pour permettre aux grandes compagnies éoliennes d’engendrer des ressources économiques fondées sur la dévastation.

Sur le point de céder à des mouvements désespérés

La plupart d’entre nous répondent très faiblement, excepté dans quelques régions du Michoacán, du Guerrero et de l’Oaxaca, où l’on prépare l’autodéfense. Peut-être le mouvement trouvera-t-il une nouvelle impulsion avec la réapparition publique du commandement de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN).

Dans certaines communautés, nous sommes sur le point de céder à des mouvements désespérés. Si le gouvernement persiste à nous marginaliser, le peuple répondra de manière agressive : la rage contenue et le désespoir ne pourront s’exprimer autrement.

À présent, les membres du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) sont à la tête du pays, et on ne constate aucune intention de changer la manière dont les peuples indigènes sont traités. Le nouveau gouvernement a même attribué des fonds à l’aqueduc contre lequel nous, les Yaquis, luttons depuis six ans. Le non-respect de nos usages, de nos coutumes, et les incursions dans nos terres ont beaucoup offensé la tribu.

Nous savions que l’EZLN n’était pas partie

Avec la réapparition publique de l’EZLN, de nombreuses stratégies conçues et implantées dans nos bastions émergeront. Les pratiques d’autodéfense n’auraient pas été connues sans le mouvement zapatiste.

Nous, les Yaquis, avons une structure militaire qui nous a permis une défense non pacifique, mais nous envisageons à présent la manière légale. Nous sommes également en train de restructurer l’autorité traditionnelle. Partout domine la tendance à l’organisation interne, à la prise de conscience et à l’identification du véritable ennemi, qui est un système qu’on retrouve dans tous les partis politiques et dans toutes les strates du gouvernement.

Les lois et les conventions internationales doivent être appliquées ; les peuples doivent prendre en main ces droits gagnés à la force de leurs poings. À cela s’ajoutent l’autodéfense et les formes d’organisations millénaires.

La réapparition publique des zapatistes et la confirmation de leur participation au CNI ne nous surprennent pas. Nous savions que nos compañeros n’étaient pas partis ; au contraire, ils sont actifs au sein des communautés ainsi qu’auprès des autres peuples. Cela nous aide beaucoup car l’attention de la presse s’oriente ainsi vers la problématique indigène.

Le chemin du CNI

Depuis que nous avons rejoint le CNI, nous avons beaucoup appris de la démarche des autres peuples, mais nous avons aussi senti plus vivement la répression, car le gouvernement sait que, quand la tribu fait un pas, il n’y a pas de retour en arrière. Ils ne s’attendent pas à ce que nous, indigènes, nous rassemblions et puissions diriger notre destin. Cela les rend nerveux, et ils commencent à lancer toute leur machinerie contre nous, mais nous sommes habitués à cela.

Nous avons fait prendre conscience à d’autres peuples du fait que, seuls, tout ce que nous arriverions à faire, c’est résister. Or, nous ne voulons pas transmettre à nos enfants une lutte interminable. Nous devons faire un pas de plus ; nous avons déjà subi beaucoup de dommages, et nous ne pouvons plus le permettre.

Le pas suivant, c’est de prendre en main le destin de notre peuple. Nous gouvernons notre territoire, ce que les gouvernements feignent de respecter, mais, quand nous faisons valoir nos droits constitutionnels, nous nous apercevons qu’en fin de compte le rejet de notre manière de voir les choses prend le dessus. Nous devons dire : « Les choses sont ainsi, et vous devez respecter ce que nous proposons. » Nous devons les y contraindre car ils ne le feront pas d’eux-mêmes. Voilà le pas qui suit.

Propos recueillis par Adazahira Chávez 
Source : Ojarasca , février 2013. 
Traduit par M.L