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Résistance politique: indignation, réflexion, coordination… action (directe) !

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Joindre l’action à la parole a t’il toujours un sens ?

 

par Resistance 71

 

Peut-on achever un dessein, un projet concret sans action ? Peut-on changer la société par la parole ? Y a t’il encore des gens pour le croire ?

L’histoire du progrès social est une histoire de lutte. Rien, jamais, n’a été donné aux peuples. Ceux-ci ont toujours arraché les conditions du progrés social par la lutte perpétuelle de la vaste majorité qui n’a rien ou peu, contre l’infime minorité qui a tout et en veut toujours plus.

Nous vivons aujourd’hui le paroxysme de l’injustice sociale où les peuples, partout, ont été et sont en ce moment même, dépouillés de tout ce qui pas à pas, avait été gagné sur la veûlerie du capital et de ses gardes-chiourme, dans le sang, les larmes et la sueur. Nous assistons semble t’il impuissants (c’est le message qu’on nous fait passer en boucle) à l’effondrement de notre société et sommes convaincus pour le grand nombre de la fatalité des marchés et de l’inéluctabilité des faits endurés, alors que tout ceci est programmé, manipulé et contrôlé dans les grandes largeurs par une poignée de financiers et d’industriels criminels qui ont vampirisés l’ensemble du système sociétaire à l’échelle planétaire.

Notre société s’effondre ? Excellent, nous devrions nous en réjouir et œuvrer pour son remplacement. Au lieu de cela, nous sommes de plus en plus réduits au rang de spectateurs que l’oligarchie en contrôle veut impuissants et incapables de reprendre leur destinée en main.

Tout ceci n’est que poudre aux yeux et fadaises totales. Nous avons le pouvoir de tout refaire ! Pas de changer cosmétiquement une société déliquescente et bien au-delà de toute rédemption, pour plaire à ces”élites autoproclamées”, qui elles, veulent en finir avec la société telle que nous la connaissons pour passer à l’étape ultime de leur domination globale: établir leur gouvernance mondiale fasciste supranationale et nous faire tous retourner dans une société néo-féodale post-industrielle où ceux d’entre nous qui survivront le génocide planétaire programmé, ne seront plus que des serfs au service de la futilité oligarchique reine.

Nous, les peuples, sommes le seul rempart contre cette ignominie en devenir. Les circonstances de la crise / dépression financière et économique qui sévit depuis maintenant trois ans et qui forcent des pans entiers de nos sociétés au chômage, à la précarité et à la déliquescence sociale, ont provoqué (enfin) une prise de conscience populaire massive du degré d’escroquerie et de cynisme criminel que cette situation représente.

Les peuples sont assommés économiquement, ballotés de guerre impérialiste en “révolution colorée” ingérente, pour arriver au bord de l’abîme actuel, nouvelle occurence de l’histoire qui veut que toute dépression économique s’achève dans une guerre d’importance, sinon mondiale. Nous en sommes si près… et pourtant, le tragique de la situation ne semble pas déranger beaucoup de monde…

Ces derniers mois, depuis le mouvement espagnol des “indignés”, relayé en Europe (nous ne traiterons pas ici du “printemps arabe” qui fut important mais malheureusement récupéré), puis ravivé par le mouvement d’occupation de Wall Street à New York et maintenant à travers les Etats-Unis, nous vivons au rythme de la contestation sur toile de fond du désastre grec et du pillage en règle de cette nation et l’écrasement social de sa population sous les coups répétés du fascisme néolibéral et ses potions obsolètes faites de contraction économique et d’austérité, imposées par le bras armé du capital: Le FMI et ses clones de la finance internationale, banques centrales privées en tête.

Le mouvement des “indignés” est nécessaire, mais il est temps de dire maintenant après analyse initiale, qu’il manque singulièrement d’action et d’objectifs bien définis. Se rassembler, être solidaire, parler, discuter et identifier les problèmes, est excellent et certainement nécessaire, mais ceci dans un but bien précis: celui d’agir !

Or, pour agir, il faut des buts, des revendications qui définiront les moyens d’action pour que le mouvement puisse faire pression sur les parasites qui nous gouvernent. Rappelons-nous: rien, jamais, n’a été lâché volontairement par l’état et / ou le capital. Ces deux acolytes se contenteraient encore bien du servage, voire de l’esclavage si ce n’était pour quelques énergumènes qui les ont empêchés de continuer de la sorte…

De toute évidence, la société telle que nous la connaissons arrive au bout du chemin, elle est au delà de toute rédemption, même les oligarques qui l’ont amenée à ce stade le savent et veulent par les crises induites, imposer leur gouvernance mondiale. D’évidence, leur dessein ne va pas dans l’intérêt commun des peuples, loin s’en faut. Le conflit d’intérêt entre eux et nous est historique et permanent. Il nous faut donc en sortir, pas ré-arranger ce qui existe, mais au contraire, changer radicalement de direction en ayant présent à l’esprit que la cause #1 de toutes les turpitudes causées depuis des générations et des générations est l’inégalité sociale. Sacrifions le système du profit, de la propriété pour une société non plus pyramidale mais plate, égalitaire et autogérée et nous supprimerons 95% de la misère, des délits, des crimes, des guerres et des velléités hégémoniques. Le conflit n’est pas dans la nature humaine au point de l’annihiler, c’est une notion socialement induite dans un conflit de classes permanent. Supprimons le problème à la source, et les fondations solides seront établies.

Quoi qu’il en soit, il reviendra aux peuples de décider de leur destin, mais pas avant de s’être débarassé de ce système qui pourrit tout ce qu’il touche. Pour y parvenir, il faut agir. Pour agir correctement, il faut analyser, comprendre et s’organiser. Ceci est en train de se faire à l’échelle mondiale. Ensuite il faudra agir, car réfléchir et parler sans agir n’est que  verbalisme (pas forcément creux), par contre agir sans réflexion et analyse, n’est qu’activisme souvent aveugle.

La combinaison de la réflexion et de l’action, connue aussi sous le nom de praxis, est nécessaire à tout mouvement et toute action sociale.

Pour cela il faut aussi avoir des revendications et des objectifs précis, se donner les moyens de les mettre en pratique de façon coordonnée et solidaire. Néanmoins, entre réflexion et action… Il ne doit parfois pas y avoir l’épaisseur d’un cheveu. Nous voulons dire par là que réflexion et action doivent être quasiment simultanées afin d’être efficace; il n’y a pas une “phase de réflexion” à laquelle succéderait une “phase d’action”, la praxis englobe les deux concepts.

C’est ce qu’il manque au mouvement des “indignés” actuellement.

Plus le mouvement tardera à combiner réflexion et action, plus il sera vulnérable à la récupération politique et au co-optage par les instances politico-étatiques et sujet à une récupération réformisrte au profit de l’oligarchie dont la fonction est de fabriquer sa propre dissidence. Ce qui pose la question de quel type d’action doit être engendré par les discussions et les Assemblées Générales de rue ?

Notre vision est celle de l’action directe non-violente. Ce qui nous amène ici à définir ce qu’est “l’action directe” puis dans un second temps, la “non-violence” pour enfin déterminer une option de praxis.

Qu’est-ce que l’action directe ?

La définir de manière originale prendrait sans doute trop de temps ici pour un simple billet de blog, voyons ce que certains experts en la matière en ont dit:

“Toute personne qui a jamais pensée qu’elle avait le droit à quelque chose et qui a pris ce droit sans ambage ou qui l’a fait conjointement avec d’autres qui partageaient ses convictions, était un acteur direct…”

(Voltairine De Cleyre)

“L’Homme a autant de liberté qu’il veut bien en prendre. L’anarchisme de fait, soutient l’action directe, le défi ouvert et la résistance à toutes lois et restrictions économiques, sociales et morales; mais la défiance et la résistance sont illégales. C’est en cela que réside le salut de l’Homme.”

(Emma Goldman)

L’action directe n’est pas assimilée à la désobéissance civile, mais la désobéissance civile est de l’action directe. Typiquement (mais pas systématiquement comme l’avait démontré l’historien et activiste Howard Zinn), quelqu’un qui pratique la désobéissance civile acceptera les conséquences légales de ses actes. L’action directe elle, va une étape plus loin.

Prenons un exemple:

Quelqu’un s’engageant dans la désobéissance civile, refusera par exemple de payer des impôts pour ne pas soutenir un système éducatif qui soutient un militarisme et un impérialisme néo-colonialiste. L’acteur direct fera de même et se combinera avec d’autres personnes pensant la même chose pour créer un système éducatif différent qui opère systémiquement différemment. Cela se fera en ignorant totalement l’État et laissera les représentants dudit état seuls juges de savoir s’il convient d’envoyer la gentes armées pour l’arrêter. Nous avons pris l’exemple de l’éducation, mais cela peut s’appliquer à toute affaire institutionnalisée.

Il conviendra à chacun de déterminer quelle forme donner à son action.

La forme la plus commune n’impliquant pas forcément de confrontation directe physique est la désobéissance civile qui est très efficace si elle est faite en nombre suffisant. L’historien et grand activiste durant les mouvements de lutte pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam aux Etats-Unis, Howard Zinn, définit ainsi la désobéissance civile: “le fait de volontairement enfreindre la loi pour un but social vital.”

La non-violence a toujours été et est toujours débattue de nos jours dans les milieux radicaux. L’Histoire nous a prouvé que la violence amène une réaction plus violente encore. Il convient donc de la désamorcer en affaiblissant le système, répressif par nature, en lui enlevant sa légitimité (par le boycott des institutions) et ses moyens de financement (l’impôt)

Un jeune Gandhi écrivît en 1919 et en 1921 dans “Young India” la chose suivante:

“Aucunes règles ne peuvent nous dire comment cette désobéissance civile doit être effectuée et par qui, quand et où, non plus ne peuvent-elles nous dire quelles lois entretiennent le mensonge. Ce n’est que l’expérience qui peut nous guider… Je pense que quand il y a un choix à faire entre la couardise et la violence, je conseillerai la violence.”

D’aucuns viendront toujours relancer la question judicieuse de la légitime défense, qui n’est pas notre propos ici.

Notre point important ici est de parvenir à minimiser l’impact négatif sur les acteurs directs en pronant une action concertée de masse sur des actions de boycott visant essentiellement les piliers de soutien du systèmes qui sont au nombre de trois à notre sens:

  • Les institutions étatiques et financières
  • Le vote
  • L’impôt

En corollaire, il conviendrait d’établir un boycott tant que faire ce peu (ce n’est pas toujours facile, mais peut-être suffisemment fait en coordinant l’effort de masse et en favorisant le commerce et les services locaux) de la totalité ou du plus grand nombre possible des entreprises du CAC40.

Si ceci était réalisé ne serait-ce que partiellement par un grand nombre de citoyens, la paralysie du système sur la durée se ferait dûment sentir. En parallèle, les citoyens continueraient le travail et la production mais pour satisfaire des besoins vitaux (alimentation, logement, habillement) en privilégiant le commerce local et en fédérant la coopération solidaire de telle sorte que l’impact des boycotts soient absorbés par les institutions étatiques et privées tout en minimisant l’impact sur la base, qui pas à pas se dé-hiérarchiserait pour ne former qu’une masse active se suffisant à elle même de manière autogérée.

Cette forme nouvelle de société ne serait en rien dépendante d’un état et d’entités économiques parasitaires, ne serait en rien représentée par une quelconque “avant-garde”  dont le “rôle historique” serait d’organiser les communautés, mais au contraire, une communauté fédérée volontairement qui donnerait l’exemple aux autres pour suivre le chemin emprunté.

Ceci n’est qu’un exemple de ce que pourrait être un programme d’action directe concertée et massivement approuvée afin que la voix du peuple porte là où elle se doit. Rien ne changera jamais sans combiner une action judicieuse et réfléchie, bien coordonnée, à une analyse critique de la situation. A cet égard, la coopération ne peut se faire qu’à travers une très bonne communication par le dialogue. Dans l’action dialogique on ne  conquiert pas les gens pour une cause révolutionnaire, mais on gagne le respect et l’adhérence des gens. Le dialogue n’impose pas, ne manipule pas, ne procède pas par slogans. Cela renforcera l’efficacité de l’action, car action il devra y avoir !

Pour la solidarité et l’unification, le grand pédagogue critique brésilien Paulo Freire disait:

“Pour que les opprimés s’unissent, ils doivent d’avord couper le cordon ombilical de la magie et des mythes qui les relie au monde de l’oppression; l’unité qui les unit entr’eux doit être d’une nature différente. Pour parvenir à cet unité indispensable, le processus révolutionnaire doit-être, depuis le début, une action culturelle… Seules les formes d’action qui évitent les discours et les blabla inefficaces d’un côté et l’activisme mécanique de l’autre, peuvent aussi s’opposer à l’action de division de l’élite dominante et progresser vers l’unification des opprimés.” (“La pédagogie des opprimés, 1970).

Le travail à faire demeure énorme, mais les peuples sont passés à une première étape essentielle: la compréhension (totale ou partielle selon les individus) des mécanismes d’oppression auxquels nous sommes soumis depuis bien trop longtemps et leurs abus paroxystiques actuels; nous avons engagé une première mouture de coopération et de communication internationales entre les mouvements locaux et les mouvements de solidarité envers les acteurs du “printemps arabe”, puis maintenant des mouvements des “indignés” et d’occupation de Wall Street.

Il nous faut continuer en y ajoutant des revendications communes non divisives et un modus operandi d’action à entreprendre pour parvenir aux objectifs communs et au primordial: l’arrêt du parasitisme institutionnel généralisé et organisé par l’oligarchie mondiale en place et la reprise de notre destinée en main. Celle de l’humanité entière qui a été kidnappée il y a bien trop longtemps pour le seul profit d’une “élite” auto-proclamée, arrogante et criminelle au plus haut degré.

Union, coopération, communication, réflexion et action pour une humanité progressiste, émancipée et donc… libre !

*  *  *  *

Articles sur Résistance 71 à lire sur le sujet:

https://resistance71.wordpress.com/2011/10/28/resistance-politique-petit-guide-de-la-desobeissance-civile-howard-zinn/

https://resistance71.wordpress.com/2011/11/05/resistance-politique-message-aux-indignes/

Résistance politique: message aux « Indignés »…

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Nous sommes d’accord dans les grandes lignes avec cette analyse de Mohamed Belaali, que nous reproduisons ici.

Le mouvement des « indignés » a deux mérites à nos yeux:

  • Il parvient à rassembler maintenant internationalement un volume de personnes pour (essayer de) contester l’hégémonie de la classe dominante parasitaire.
  • Il parvient plus ou moins (même si cela est de plus en plus difficile tant les tentatives de récupération sont constantes) à rester apolitique et laisse une grande autonomie de décision aux personnes impliquées. Il éduque sur le principe des Assemblées Générales et donc de la démocratie directe, sans délégation parasitaire.
Néanmoins, les problèmes majeurs auxquels fait face le mouvement sont directement liés aux deux point sus-mentionnés. A notre sens, le manque d’objectifs socio-politiques est un handicap car il musèle une des choses les plus importantes dans un mouvement d’opposition et de contestation: l’action.
S’assoir sur une place et discuter est nécessaire, mais cela devrait déboucher sur des décisions claires sur:
  • Les revendications
  • l’action à suivre collectivement pour attaquer les fondements même de ce à quoi nous nous opposons
  • Le suivi et l’organisation collective des actions décidées par la collectivité
Réfléchir et parler sans agir est futile, agir sans ligne directrice n’est qu’activisme aveugle. La libération est praxis à savoir la réflexion et l’action des hommes et des femmes sur le monde avec pour fin de le transformer pour le bien collectif, pour l’intérêt général. En ce sens, l’action de base de se rassembler, d’être solidaire et de discuter sur la solution aux problèmes posés par l’oligarchie depuis des siècles est un excellent point de départ, qu’il faut concrétiser par une action directe par la désobéissance civile et le boycott des institutions, à commencer par le vote. En effet, ce n’est pas en votant d’autres clowns au pouvoir que cela changera quoi que ce soit dans un système complètement sous contrôle du petit 0,1% voire même du 0,001% de la population mondiale (et non pas le 1% mis en exergue, qui représenterait 70 millions de personnes dans cette oligarchie.. ce qui n’est pas le cas !…).
Le schéma est simple pour le mouvement:
Sacrifier l’action n’est que verbalisme futile qui ne touche en rien l’oligarchie qui continue son œuvre de destruction planifiée de nos vie…
Sacrifier la réflexion n’est qu’activisme aveugle
La solution est dans la praxis de la réflexion + l’action
Pour cela il faut utiliser la pensée et la pédagogie critique pour unifier réflexion et action localement dans un premier temps, puis en fédérant les efforts et les discussions.
Le mouvement des indignés, maintenant international, se doit de passer à l’action, en c ela Mohamed Belaali a parfaitement raison: « On ne change pas le monde avec seulement de l’indignation ! »
« En premier lieu les oppressés exposent le monde de l’oppression et par la praxis, s’impliquent directement dans sa transformation. Dans un second temps, dans lequel la réalité de l’oppression a déjà été transformée, cette pédagogie cesse d’appartenir aux oppressés et devient la pédagogie de tout le monde dans le processus permanent de libération. »
(Paulo Freire, « La pédagogie des oppressés », 1970)
— Résistance 71 —

 

On ne change pas le monde avec seulement de l’indignation !

 

Publié par Poetes Indignes le 03/11/2011

url de l’article original:

http://poetesindignes.wordpress.com/2011/11/03/on-ne-change-pas-le-monde-avec-seulement-de-l’indignation/

 

Mohamed BELAALI

 

« Nous sommes les 99 % » s’écriaient les contestataires américains le 17 septembre 2011. « Nous n’avons rien pendant que l’autre pour cent a tout » s’exclamaient les protestataires. « Occupons Wall Street » répondaient d’autres encore. Ces cris d’indignations ont raisonné comme un tonnerre dans le ciel des États-Unis. Ailleurs dans le monde, le 15 octobre des hommes et des femmes, par centaines de milliers, marchaient pacifiquement contre les marchés financiers, les banques, les gouvernements qui désormais ne les représentent plus. Ils se présentent eux-même comme les héritiers des révolutionnaires égyptiens. Ils sont « tous unis pour un changement global ». Quelles que soient les formes et les dimensions que prend ce mouvement dans chaque pays, la contestation du capitalisme est planétaire. Il reste maintenant à transformer l’indignation en révolte et la révolte en révolution. Il ne s’agit pas seulement d’améliorer la société capitaliste pour la rendre supportable, mais de l’abolir.

Les révoltes dans le Monde arabe, en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie etc. sont le produit de la lutte des classes imposée par le capitalisme lui-même à travers le monde. Au Nord comme au Sud de la planète, nonobstant des conditions matérielles d’existence très différentes d’une formation sociale à l’autre, c’est toujours une petite minorité, la bourgeoisie, qui exploite et domine l’immense majorité de la population. Le slogan des contestataires américains « Nous sommes les 99 % » illustre bien cette situation de conflit de classes. Même si le mouvement aux Etat-Unis n’est qu’à ses débuts, il fait déjà preuve d’une certaine maturité politique en s’attaquant au symbole du capitalisme comme le montre le nom même du mouvement « Occupons Wall Street ». Wall Street est le centre du capitalisme mondial et son symbole le plus visible contrairement à la finance internationale qui, elle, reste abstraite pour la plupart des citoyens. Dénoncer Wall Street, les guerres impérialistes et la crise économique avec ses cortèges de millions de chômeurs, de précaires, de sans abris etc. inscrit d’emblée le mouvement dans une perspective et dans un combat progressistes. Il faut donc marcher main dans la main avec les « indignés » contre la bourgeoisie. Toute contestation de cette classe sociale et de son système, même symbolique, constitue un pas en avant sur le chemin de l’unité dans l’action.

Mais l’indignation, quelles que soient d’ailleurs sa force et sa sincérité, ne permet pas de bouleverser radicalement la société capitaliste. Il ne s’agit pas seulement de mener un combat pour améliorer momentanément les conditions d’existence des travailleurs et des salariés en général pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une nouvelle société. La tendance générale du capitalisme n’est pas d’améliorer ces conditions, mais de les dégrader. Les politiques de « rigueur et d’austérité » imposées par la bourgeoisie ne font que préparer d’autres crises plus violentes et moins prévisibles avec toutes les conséquences terribles pour les travailleurs. Or les « indignés » avouent eux-mêmes que leur mouvement n’est pas « une révolution, mais plutôt une évolution » (1). « Nous ne sommes pas contre le système, c’est le système qui est contre nous ! » dit un slogan des « indignés » qui reflète bien cette position ambiguë qui consiste à dénoncer les conséquences du capitalisme tout en acceptant le système qui les engendre !

L’indignation s’apparente ici davantage à une revendication morale que politique. On fait appel en quelque sorte à la classe dominante pour améliorer la situation sans vraiment la remettre radicalement en cause. On s’indigne contre le chômage de masse, contre les marchés financiers, contre les inégalités, contre la corruption des dirigeants etc., sans réellement mettre en exergue les fondements matériels dont ils sont le reflet. L’indignation, comme la morale, n’a pas d’autonomie ; elle est intimement liée au système capitaliste qui la produit. C’est le capitalisme en crise profonde qui a donné naissance au mouvement des « indignés ». Ce n’est pas un hasard si le Mouvement est apparu d’abord en Espagne, au Portugal, en Grèce et en Italie c’est à dire dans des pays ravagés par la crise, conséquence directe d’un système aux abois. En Espagne par exemple, le chômage a battu tous les records : 21,2 % de la population active (près de 5 millions d’hommes et de femmes) et 46,2 % des jeunes de moins de 25 ans sont privés d’emploi ! 2 millions de chômeurs ne touchent aucune prestation. La grande misère ronge des millions d’espagnols alors que la crise est loin d’être terminée (2). La situation de la Grèce est encore pire ! Et ce n’est certainement pas avec l’indignation et les « assemblées populaires » que l’on mettra un terme à cette souffrance infligée par la bourgeoisie à des millions d’hommes et de femmes dans toute l’Union Européenne.

L’histoire nous enseigne que la bourgeoisie ne renonce jamais à ses privilèges, qu’elle n’accorde jamais rien par générosité ou grandeur d’âme et qu’elle ne recule devant rien pour sauver ses intérêts.

Évidemment, il ne s’agit pas de renoncer à la lutte pour l’amélioration de la situation des salariés dans le cadre même du système. Mais ce combat inévitable reste largement insuffisant. C’est le salariat lui-même, cette forme d’esclavage moderne, qu’il faut abolir.

C’est cette position réformiste des « indignés » qui explique, entre autres, la longue liste de soutiens hypocrites apportés au Mouvement par les porte-parole du capital. On peut citer pêle-mêle et à titre d’exemple seulement, Ben Bernanke président de la Banque centrale américaine, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, ancien et nouveau présidents de la Banque Centrale Européenne (BCE), Angela Merkel, Herman Von Rompuy, José Manuel Barroso et des milliardaires comme Warren Buffett ou Georges Soros qui dirige un Fonds spéculatif qui porte son nom. Même Obama disait qu’il comprenait le mouvement des « indignés ». Par cette « sympathie » douteuse, la bourgeoisie tente de récupérer le Mouvement pour le dévier de sa trajectoire initiale et le vider de sa substance progressiste. La classe dominante peut également recourir à son arme fétiche, la répression pour empêcher le Mouvement de devenir plus combatif. Elle a déjà réprimé violemment les manifestants de la Plaça Catalunya à Barcelone, le campement d’Oakland en Californie et dans d’autres villes américaines, européennes et australiennes. En France, la police de Sarkozy réprime systématiquement les rassemblements des « indignés » et les militants sont parfois traduits devant les tribunaux (3). La bourgeoisie occidentale brutalise ainsi ses propres citoyens qui manifestent pacifiquement tout en dénonçant cyniquement les atteintes aux droits de l’homme ailleurs dans le monde !

La classe dirigeante combinera tentatives de récupération et répression pour étouffer le Mouvement ou tout du moins le canaliser.

Malgré ses faiblesses, le mouvement des « indignés » reste un événement majeur dans la lutte anticapitaliste. Il est l’expression d’une colère planétaire contre tous les symboles du système. Son mérite réside dans son existence même. Mais il doit se débarrasser lui même des tendances réformistes et petites-bourgeoises qui l’animent et le maintiennent encore dans l’illusion de pouvoir moraliser un système amoral. Il doit dépasser l’indignation pour aller vers un changement radical de la société. Il ne peut le faire qu’en s’alliant avec la classe ouvrière, seule classe réellement révolutionnaire malgré le chômage de masse et la bureaucratie des directions des partis et syndicats qui se réclament d’elle. Sinon, il restera un mouvement démocrate petit-bourgeois aspirant à moraliser et à améliorer le capitalisme avant d’être domestiqué par la classe dominante. Le capitalisme porte en lui les germes de sa propre destruction. Il a largement démontré, à travers ses crises à répétition, son inefficacité et sa dangerosité pour l’homme et la nature. Il n’a pas d’avenir. Les travailleurs et les laissés-pour-compte du monde entier doivent s’unir pour hâter sa disparition.

Mohamed Belaali

(1) Voir l’entretien d’Ignacio Sierra, porte-parole du groupe Democracia Real Ya accordé au journal algérien El Watan reproduit par le site « Poètes Indignés »

http://poetesindignes.wordpress.com/2011/07/22/%C2%ABles-ind…

(2) http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/10/24/la-grande-mi…

(3) Onze « indignés » jugés par le TGI de Paris Le 31 octobre 2011 pour avoir « décollé » la vitre d’un fourgon de police dans lequel ils pénétraient après une manifestation le 19 septembre.

URL de cet article 15013

http://www.legrandsoir.info/on-ne-change-pas-le-monde-avec-seulement-de-l-indignation.html