Archive pour mexique terrorisme d’état

Déclaration conjointe du Congrès national indigène et de l’EZLN concernant le crime d’Ayotzinapa et pour la liberté des leaders yaquis

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 25 novembre 2014 by Résistance 71

CNI et EZLN

 

22 Octobre 2014

publié en français le 23 novembre 2014

 

url de la déclaration en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Declaration-conjointe-du-Congres

 

Note : Ce texte a été lu par les membres du Congrès national indigène à l’une des mobilisations qui ont eu lieu au Mexique le 22 octobre 2014, et non par des représentants de l’EZLN, comme il a été dit dans la presse corrompue.

Mexique, le 22 octobre 2014.

Aux élèves de la normale rurale Isidro Burgos, Ayotzinapa, Guerrero 
À la Tribu Yaqui 
À la Sexta nationale et internationale 
Aux peuples du monde

Parce que la peine de ceux d’en bas est faite de rage et rébellion, et non de démission et d’acceptation. EZLN, 19 octobre 2014

Réunis par la douleur et la rage qui nous envahissent, nous vous faisons parvenir notre parole, celle des peuples que nous formons dans les luttes de résistance et de rébellion, miroir de la partie de ce pays qui se nomme Congrès national indigène (CNI).

La disparition des quarante-trois compañeros élèves de l’école normale rurale Isidro Burgos d’Ayotzinapa, Guerrero, séquestrés-disparus par les mauvais gouvernements, l’ombre du deuil s’impose à nous, comme un voile d’angoisse et de rage. L’espoir de la réapparition des compañeros, c’est la douleur qui nous unit, c’est aussi la rage qui s’est révélée et qui s’est mobilisée dans tout le pays en portant un cri de dignité et de révolte dans le Mexique d’en bas.

Nous savons que tant que des criminels gouvernent ce pays, avec à leur tête le chef suprême des paramilitaires Enrique Peña Nieto, ceux qui forgent la conscience en exerçant et en défendant l’éducation sont assassinés et disparaissent, et ceux qui défendent l’eau, comme la Tribu héroïque et millénaire Yaqui, se retrouvent en prison.

Le gouvernement mexicain a essayé de minimiser la répression criminelle envers les compañeros élèves de l’école normale, propageant à travers le pays l’idée qu’il s’agissait de quelques victimes de plus de la délinquance. Seulement quelques morts de plus pour les médias, mais nous les peuples qui subissons la répression sous toutes ses formes, nous savons que les délinquants se trouvent dans tous les partis politiques, dans les chambres de députés et de sénateurs, dans les présidences municipales, dans les palais du gouvernement.

Pour les peuples originaires, Ayotzinapa est notre douleur. Les quarante-trois compañeros de l’école normale ont disparu et l’État fait comme s’il ne savait pas où ils sont, comme si ce n’était pas l’État qui les avait enlevés, prétendant faire disparaître la conscience, mais aujourd’hui les disparus sont présents dans la pensée de ce pays, dans le regard attentif et dans le cœur du Congrès national indigène.

Dans ce pays il y a des mafias dangereuses qui se font appeler État mexicain, et nous les gênons, nous qui sommes les peuples qui luttent, nous qui n’avons pas de visage — il nous est arraché — nous qui ne sommes personne, nous voyons et sentons la violence, nous subissons les attaques multiples et simultanées, nous savons que dans ce pays il se passe quelque chose de mauvais, très mauvais, qui s’appelle guerre et qui est contre tous. Une guerre qui, d’en bas, est observée et subie dans sa totalité.

Aujourd’hui nous réitérons, tant que nos compañeros de l’école normale d’Ayotzinapa n’apparaissent pas vivants, et tant que, dans l’État de Sonora, nos frères Mario Luna Romero et Fernando Jiménez sont maintenus prisonniers pour avoir défendu l’eau sacrée de la rivière Yaqui. Tant qu’ils seront séquestrés par les mauvais gouvernements, nous continuerons de répondre en conséquence.

Dans tout le pays comme au Guerrero, la répression contre les peuples, le pillage des ressources naturelles, la destruction des territoires sont opérés par le narco-État qui, sans aucun scrupule, utilise le terrorisme pour engendrer la douleur et peur. C’est leur manière de gouverner.

Plutôt que de se voir forcés à l’attente de la mort, à la dépossession, à une douleur et une rage toujours plus grande, de cette douleur et de cette rage nous faisons naître la dignité et la révolte contre cette guerre d’extermination.

Nous exigeons que les quarante-trois élèves de l’école normale disparus réapparaissent vivants !

Nous exigeons le démantèlement de toute la structure d’État qui soutient le crime organisé !

Nous exigeons la libération immédiate des compañeros Mario Luna et Fernando Jiménez !

Votre douleur est la nôtre, votre rage est la nôtre !

Le 22 octobre 2014 Plus jamais un Mexique sans nous

Congrès national indigène Comité clandestin révolutionnaire indigène, Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale

Résistance politique: Rencontre EZLN et Congrès National Indigène au Chiapas… La résistance s’organise plus avant

Posted in actualité, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 17 juin 2014 by Résistance 71

Rencontre de partage avec le Congrès national indigène

 

lundi 16 juin 2014, par SCI Moisés

 

Armée zapatiste de libération nationale. 
Mexique. 
29 mai 2014.

 

url de l’article en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/Rencontre-de-partage-avec-le

En español:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2014/05/30/comparticion-con-cni/

 

Au Congrès national indigène et aux peuples indigènes du Mexique, 
À la Sexta,

Compañeras et compañeros,

Recevez toutes et tous nos salutations zapatistes. Voici où nous en sommes de la rencontre de partage entre les peuples zapatistes et les peuples originaires du Congrès national indigène (CNI).

Premièrement. Les compañer@s du CNI que nous invitons à cette première session de partage sont les mêmes que ceux qui l’étaient déjà aux dates qui ont été suspendues.

Deuxièmement. Nouvelles dates et lieu de cette rencontre.

Lieu : Caracol de La Realidad.

Arrivée : samedi 2 et dimanche 3 août 2014. Ainsi pourront-ils se déplacer sans se presser et en faisant attention, pour arriver dans les meilleures conditions à La Realidad.

Partage : du lundi 4 au vendredi 8 août.

Résolutions et accords du partage : samedi 9 août.

Départ : dimanche 10 août

Troisièmement. Seuls les zapatistes et le Congrès national indigène sont concernés par cette rencontre. Personne d’autre ne sera admis, pas même les médias libres ou les compas de la Sexta.

Quatrièmement. La séance des résolutions et des accords de la rencontre, elle, sera ouverte aux compas de la Sexta et aux médias libres.

Cinquièmement. Tout ce qui concerne l’hébergement et la restauration de nos invités à la rencontre — c’est-à-dire les compañeras et compañeros du CNI — est pris en charge par les zapatistes.

Nous nous activons dès à présent pour que tout soit prêt, pour que nos compas du Congrès national indigène n’aient à souffrir ni de la pluie ni du soleil, et pour faire de notre mieux question alimentation.

Sixièmement. Nous appelons toute la Sexta nationale et internationale à donner un coup de main pour participer aux frais de déplacement de nos invités. Pour la plupart, ils vont venir de très loin et voyageront à leurs frais.

Dans presque tous les lieux où vivent et luttent ces compañeras et compañeros du CNI qui vont venir, il y a aussi des compas de la Sexta qui trouveront certainement comment réunir les ressources pour que les invité•e•s fassent bon voyage.

Nous, les peuples originaires, nous sommes les gardiens de la terre. La terre ne rémunère pas ceux qui la soignent et qui l’aiment, elle ne donne pas de postes au gouvernement, elle n’est pas aux informations, elle ne vote pas, elle ne donne pas de récompenses. La terre donne la vie, c’est tout.

Septièmement. C’est avec une grande douleur que nous avons appris qu’un compañero du Congrès national indigène, qui était venu à La Realidad pour prendre part à notre douleur et à notre rébellion, est mort dans un accident alors qu’il retournait à sa terre.

Ce compa décédé s’appelle David Ruiz García, du peuple originaire ñhañú, communauté San Francisco Xochicuatla, commune de Lerma, dans l’État de Mexico, Mexique.

Nous envoyons une grande accolade compañera à sa famille, à son peuple, et à ses compañeras et compañeros de lutte du CNI.

Ce compañero David n’est pas mort au cours d’une balade, mais en accomplissant son devoir : la mission que lui avaient donnée les compañeras et compañeros de son peuple et du Congrès national indigène était de se joindre à nous, les zapatistes, dans l’hommage à notre compa Galeano.

C’est pourquoi nous avons estimé que, pour honorer la mémoire de ce compañero, nous donnerons son nom à cette première rencontre de peuples originaires du Mexique et peuples zapatistes.

D’où le nom :

Rencontre de partage « Compañero David Ruiz Garcia » 
entre le Congrès national indigène et les peuples zapatistes.

C’est notre modeste hommage pour embrasser ce collègue et pour lui permettre de marcher encore une fois avec les peuples indigènes de notre pays, le Mexique.

C’est tout, compañeras et compañeros.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain. 
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène, 
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, 
sous-commandant insurgé Moisés.

Dans La Réalité zapatiste. 
Mexique, mai 2014. 
Année 20 de la guerre contre l’oubli.

Traduit par h.g.

Source du texte d’origine : 
Enlace Zapatista

Résistance politique: 2014… 20 ans d’insurrection au Chiapas (EZLN), petit bilan…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 20 décembre 2013 by Résistance 71

« Pourquoi serons-nous pardonnés ? De quoi  devons-nous demander pardon ? De ne pas être mort de faim ? De ne pas rester silencieux devant notre misère ? De ne pas avoir accepté humblement la gigantesque charge historique de haine et d’abandon qui nous échoit ? D’avoir pris les armes lorsque nous avons compris que tout autre chemin était barré ? Pour ne pas avoir suivi le code pénal de la province du Chiapas, le plus absurde et répressif de notre temps ? Pour avoir démontré au reste du pays et au monde que la dignité humaine existe toujours et est toujours présente dans ses plus pauvres habitants ? De nous être préparés conscienscieusement avant de bouger ? D’avoir pris des fusils pour combattre au lieu d’arcs et de flèches ? Pour avoir appris à combattre avant de la faire ? Pour être tous des Mexicains ?  Pour être pour la plupart des autochtones indiens ? Pour appeler le peuple mexicain à combattre de toutes les manières possibles pour ce qui leur appartient ? De lutter pour la liberté, la démocratie et la justice ? De ne pas suivre les schémas classiques de la guerilla ? De ne pas abandonner ? De ne pas être corrompus ? De ne pas trahir notre cause ?… Qui a besoin de demander pardon et qui peut le donner ?.. »
~ Communiqué de l’EZLN du 18 Janvier 1994 ~

 

« L’EZLN identifia la société civile (mexicaine) comme étant son unique interlocutrice. Dans ces conditions, aucun dialogue n’était possible avec le gouvernement… La stratégie du gouvernement mexicain en 1998, fut d’annihiler la base des communautés zapatistes et de démanteler les communes autonomes, ceci échoua et ce malgré la violence extrême avec laquelle la tentative fut faite. L’EZLN survécût à une des plus féroces offensives qui fut jamais déclenchée contre elle. Non seulement cela, mais elle parvint à conserver sa capacité militaire, à étendre sa base populaire et à croître politiquement en démontrant la justesse de ses revendications. »
~ Gloria Muñoz Ramírez ~ « Le Feu et la Parole », 2004 ~

 

Note de Résistance 71: Le livre de Gloria Muñoz Ramírez « Le Feu et la Parole », publié en français aux éditions Nautilus en 2004, est certainement le meilleur ouvrage à ce jour sur le mouvement zapatiste du Chiapas et son expérience autogestionnaire de lutte indigène. Un excellent cadeau de fin d’année pour en savoir plus sur un mouvement bien sûr « oublié » des médias,  provenant d’une journaliste de qualité qui s’est immergée dans le mouvement zapatiste sur place entre 1997 et 2004…

 

20e anniversaire de l’insurrection zapatiste – « Liberté, Démocratie, Justice ! »

 

Bernard Duterme

 

15 décembre 2013

 

url de l’article:

http://www.cetri.be/spip.php?article3313&lang=fr

 

Article publié (en versions adaptées) par La Revue Nouvelle (novembre 2013), Altermondes (Paris, décembre 2013), Demain Le Monde (janvier-février 2014).

« Vous êtes néophyte dans la connaissance du zapatisme ? (…) Vous n’êtes jamais allé dans un village zapatiste ? Vous n’étiez pas encore né quand l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) est apparue au grand jour ? Vous ne vous étiez rendu compte de rien jusqu’au jour de la fin du monde, ni même après ? (…) Voici ce que vous auriez toujours dû savoir à propos du zapatisme  »(1). Le sous-commandant Marcos, porte-parole des Indiens insurgés du Sud-Est mexicain, n’a pas son pareil parmi les leaders révolutionnaires d’hier et d’aujourd’hui, pour ré-attirer l’attention sur sa rébellion.

« Le jour de la fin du monde  » auquel il fait allusion dans cet extrait d’une nouvelle série de longs communiqués incoercibles rendus publics en juillet dernier, c’est le 21 décembre 2012, le solstice d’hiver choisi par plus de 40 000 zapatistes encagoulés pour occuper pacifiquement et silencieusement cinq villes du Chiapas. Impressionnante démonstration de force, après quatre ans de relative discrétion. D’autant que l’on savait le mouvement rebelle miné par les stratégies de division et de pourrissement du pouvoir mexicain, le quadrillage militaire et le harcèlement paramilitaire, ainsi que le découragement de certaines « bases d’appui » zapatistes.

Aujourd’hui donc, sur le clavier du « SupMarcos » comme dans les cinq « caracoles » (sièges des « conseils de bon gouvernement » qui gèrent l’« autonomie de fait » de centaines de communautés rebelles réparties sur un territoire fragmenté de la taille de la Belgique), c’est de nouveau l’effervescence. Lancement des « petites écoles zapatistes » ouvertes aux « zapatisants » du monde entier, relance du « Congrès national indigène (CNI) » qui fédère les peuples indiens du Mexique en lutte contre l’exploitation minière, agro-industrielle, énergétique, touristique transnationale qui mange leurs territoires, mais aussi célébrations en cascade du triple anniversaire de la rébellion : les dix ans de l’autogouvernement de fait, les vingt ans du soulèvement armé, les trente ans de la fondation de l’EZLN.

Novembre 1983, décembre 1993, août 2003

C’est en novembre 1983 en effet qu’une poignée de guérilleros issus des Forces de libération nationale (FLN), rejoints l’année suivante par l’universitaire citadin qui deviendra le « sous-commandant Marcos », créent au fin fond de l’État du Chiapas l’« Armée zapatiste de libération nationale », avec la ferme intention, à la mode de Che Guevara, d’y « allumer » la révolution. Marcos et ses camarades ne seront toutefois pas les seuls à « travailler » aux côtés des Mayas tzotziles, tzeltales, tojolabales, choles de la région. Les animateurs sociaux du très concerné diocèse catholique de San Cristobal de Las Casas, dont les frontières coïncident précisément avec la zone d’influence actuelle des zapatistes, sont aussi à l’œuvre dans les villages indigènes, depuis de nombreuses années.

Dix ans plus tard, forts de ces influences multiples mais contrecarrés dans leurs projets d’émancipation par l’autoritarisme d’une élite locale raciste et par les effets de la libéralisation de l’économie mexicaine, la chute du prix du café et la réforme constitutionnelle de 1992 qui casse tout espoir de réforme agraire, d’importants secteurs de la population indigène du Chiapas vont se soulever en armes (avec les moyens du bord, souvent de vieilles pétoires) dans les principales villes de la région. « Démocratie, liberté, justice ! ». Et ce, le jour même de l’entrée en vigueur des Accords de libre-échange nord-américain (Alena) qui ouvrent les richesses du Mexique aux États-Unis et au Canada. Mais le coup d’éclat zapatiste de la nuit du 31 décembre 1993 au 1er janvier 1994 fera long feu. Lourdement réprimés, les Indiens insurgés vont rapidement se replier et réintégrer leurs villages. Débutera alors un long processus de militarisation de la région par les autorités, de négociation erratique et de mobilisation pacifique de l’EZLN au retentissement mondial.

Dix ans plus tard, en août 2003, déçus, voire trahis par la non-application des « accords de San Andrés » (seuls accords signés à ce jour entre gouvernement mexicain et commandants rebelles, sur la reconnaissance des « droits et cultures indigènes »(2)), les zapatistes rendent publique la création de leurs propres organes d’autogouvernement, radicalement étanches aux instances et interventions de l’État, au mal gobierno. C’est l’« autonomie de fait », celle que la Constitution ne veut pas leur reconnaître. Le « mandar obedeciendo  » (commander en obéissant), ici et maintenant. La pratique politique expérimentée alors dans les villages zapatistes rejette toute forme de confiscation du pouvoir, d’abandon de souveraineté dans des structures en surplomb. Elle s’organise dans la rotation incessante et la révocabilité immédiate de tous les mandats, de toutes les « charges » qu’à tour de rôle les délégués indigènes – hommes et femmes – assument bénévolement au sein des cinq « conseils de bon gouvernement », où l’on administre l’autonomie éducative, sanitaire, juridique et, autant que faire se peut, productive et commerciale des communautés rebelles. Le bilan qu’en dressent aujourd’hui les zapatistes eux-mêmes est plutôt positif : en dépit de bien des difficultés, non éludées, les indicateurs sociaux progressent…

La portée mondiale d’un mouvement paradoxal

Toute l’originalité, la force et la faiblesse de la rébellion zapatiste résident dans l’évolution et les réalités auxquelles renvoie ce triple anniversaire. Une avant-garde révolutionnaire léniniste classique fait place à une révolte indienne massive, déterminée, presque suicidaire, qui elle-même, au gré des circonstances, des rapports de force, de rencontres « intergalactiques(3) » avec des bus entiers de rebelles venus du reste du pays et du monde, va s’affirmer en un mouvement à la fois ouvert et autonome, radicalement démocratique et profondément identitaire, nationaliste mexicain autant qu’ethnique et altermondialiste, imprégné d’un esprit libertaire, de clés de lecture marxiste, d’une culture chrétienne émancipatrice, d’idéaux féministes et de références mayas. Une addition de combinaisons plutôt inédites. Le mouvement zapatiste garde en tout cas le mérite d’avoir donné vie, à partir de son ancrage local, à un idéal éthique et politique désormais universel : l’articulation de l’agenda de la redistribution à celui de la reconnaissance. « Nous sommes égaux parce que différents  ».

En cette année d’anniversaires, le sous-commandant Marcos continue à cultiver l’« indéfinition » de la rébellion et à jouer de son humilité (« le chemin se fait en marchant  », « venez le discuter avec nous  », « que faut-il faire ? avec qui ? »), l’un des ressorts sans doute de son écho international si positif des premières années. Dans le même temps, force est de reconnaître que celui qui reste le porte-parole des commandants indigènes et le chef militaire de l’EZLN (4) balise aussi la voie à suivre (« en bas à gauche  », en marge de toute représentation, médiation ou institution politiques, en « réseau » avec les luttes « anticapitalistes » d’ici et d’ailleurs) et clive volontiers le panorama (en caractérisant les « véritables zapatistes » et ceux qui ne peuvent l’être), avec ou sans second degré, selon l’humeur. Ses postures lui valent depuis quelques années déjà de fortes inimitiés au sein des gauches mexicaines – radicales et modérées – qui lui reprochent sa « superbe », ses « zigzags politiques  », voire son « antipolitisme inconséquent  ».

Reste que la priorité donnée par les zapatistes à l’expérimentation d’« une autre manière de faire de la politique » dans les communautés autonomes – ce que la sociologie anglo-saxonne appelle les « politiques de préfiguration » (commencer par fonctionner soi-même démocratiquement) – est en partie le résultat de l’inconséquence des principaux partis mexicains, y compris de gauche (PRD(5)), qui n’ont pas respecté, sur le plan national, les « accords de San Andrés » et, dans le Chiapas, agressent régulièrement l’EZLN ou ses « bases d’appui »… Au-delà, le contexte demeure extrêmement problématique pour les indigènes de la région, zapatistes ou non. Ils figurent toujours parmi les populations les plus pauvres du Mexique, souvent encore sans accès aux services de base, marginalisés ou instrumentalisés par un modèle de développement prédateur – « extractiviste », forestier, agricole, touristique… – qui profite des multiples richesses naturelles et culturelles du Chiapas, au détriment de ses premiers habitants.

Notes

(1) Tiré d’un communiqué du sous-commandant Marcos de juillet 2013, publié sur www.enlacezapatista.ezln.org.mx le 1er août.
(2) Les accords de San Andrés, qui portaient donc sur l’affirmation des identités indigènes, datent de février 1996. Les autres thèmes prévus par les négociations entre rebelles et gouvernement n’ont jamais pu aboutir. Ils étaient censés porter sur les dimensions plus politiques (démocratisation) et socioéconomiques (redistribution) des revendications zapatistes.
(3) Du nom donné par Marcos à la « Première rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme » convoquée par l’EZLN en 1996 dans le Chiapas, qui sera suivie de multiples initiatives similaires.
(4) Au côté désormais, depuis début 2013, du sous-commandant Moises, indigène tojolabal.
(5) PRD pour Parti de la révolution démocratique, fondé en 1989 à partir d’une dissidence du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel, à la tête du Mexique de 1930 à 2000 et de nouveau depuis 2012). Le candidat du PRD aux élections présidentielles de 2006, Lopez Obrador, perdant d’extrême justesse (les résultats furent contestés plusieurs mois par des millions de Mexicains de pratiquement toutes les gauches), n’a pas reçu l’appui des zapatistes, mobilisés à cette époque dans une démarche nationale parallèle, intitulée « l’autre campagne ».