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Entretien avec un prisonnier politique anarchiste d’une commune en lutte d’Oaxaca Mexique…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, société libertaire with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2019 by Résistance 71


… l’autre lutte autonome

 

Entretien avec Miguel Peralta, prisonnier anarchiste d’Eloxochitlan de Flores Magon, Oaxaca, Mexique

 

Miguel Peralta

 

15 octobre 2019

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Miguel-Peralta-prisonnier-anarchiste-d-Eloxochitlan-de-Flores

 

Histoire des luttes de son village, assemblée communautaire, infiltration des partis politiques, répression, solidarité internationale, liens entre mouvement libertaire et mouvement indigène au Mexique…

Dans cet entretien réalisé au printemps 2018 par Voices in Movement pour le média anarchiste américain It’s going down, Miguel Peralta revient sur la longue histoire collective qui l’a conduit, à trente-quatre ans, à se retrouver sous la menace d’une peine de cinquante ans de prison.

Après quatre ans, cinq mois et quinze jours d’enfermement, Miguel a été libéré le 15 novembre 2019 à la suite d’une longue grève de la faim appuyée par le Groupe de solidarité pour la liberté de Miguel Peralta au Mexique et un mouvement de solidarité internationale.

En France, la solidarité avec Miguel est organisée par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL), qui a diffusé cet entretien et les informations sur sa situation. Pour tout message, aide financière, événement de soutien… contacter le CSPCL : cspcl(at)samizdat.net

Voices in Movement : Hola, bonne après-midi ou bonne nuit à toutes et tous, nous sommes ici avec notre compañero Miguel, prisonnier politique d’Oaxaca, au Mexique, et on va un peu parler avec lui de sa procédure judiciaire, de sa vision des différentes luttes à Oaxaca et au Mexique, de la relation entre les mouvements anarchistes et autochtones, et aussi au final des différentes choses en lien avec la solidarité internationale dans ces cas-là, et des formes possibles par lesquels on pourrait l’aider dans son procès judiciaire.

Salut Miguel, merci d’être avec nous !

Miguel : Comment va ? Bonne nuit, ou bonjour à tous les compas qui nous écoutent.

Ok on va commencer, est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, de qui tu es, d’où tu viens, où tu te trouves actuellement et n’importe quelle autre chose que tu aimerais partager avec les compas qui écoutent cette émission ?

Ok bon, mon nom complet c’est Miguel Ángel Peralta Betanzos, je fais partie de la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui fait elle-même partie du groupe autochtone mazatèque, et qui se situe au nord-est de l’État d’Oaxaca. Dans ma communauté et dans la région mazatèque nous parlons la langue mazatèque.

J’ai étudié un peu d’anthropologie, depuis petit j’ai toujours aimé être entouré d’amis, tant des compas d’autres endroits du monde que de mon propre village. Connaître son territoire, arpenter un peu la communauté et ses sentiers… J’aime bien la musique, différents types de sons et… la bouffe, la gastronomie de ma communauté et des autres endroits, j’aime beaucoup lire aussi, faire du sport, jouer, faire du basket, un peu de foot, nager, aller à la rivière, sentir et marcher sous la pluie, marcher pieds nus dans la boue, depuis petit. J’aime les fêtes traditionnelles de mon village, la fête des morts qui est le moment où on peut le plus célébrer et partager la communalité [1], la communalité avec nos compas et nos proches sur notre terre. J’aime me souvenir de nos morts aussi, mes grands-parents, mes oncles qui ont été vivants et qui nous ont laissé leur empreinte dans notre conscience.

Je suis membre de l’assemblée communautaire, qui est l’entité où se développent différentes activités collectives comme le tequio ou la faena [2] , qui font partie du travail ou de l’entraide qui se vivent au quotidien dans la communauté. On a aussi participé à différentes luttes, que ce soit au sein de la communauté mais aussi en dehors comme en 2006, où on a participé aux révoltes d’Oaxaca.

Tu peux mentionner quelques antécédents de la lutte dans ton village, Eloxochitlán de Flores Magón ?

Lors du boom de la culture du café, dans les années 1970, 1980, 1990, il y a eu une augmentation du caciquisme, du despotisme. La figure du cacique, c’est la personne qui arrivait à s’imposer grâce à son pouvoir et grâce à l’argent, et qui s’appuyait aussi sur des gens armés. Il décidait en gros de la destinée de la communauté, c’est lui aussi qui répartissait les charges collectives ou les charges municipales. Eh bon face à cela, au travers des instituteurs démocratiques et des paysans conscients, il y a eu une lutte contre le caciquisme qui a démarré durant ces décennies-là eh bon, durant les années 1990, en 1996, il y a eu un congrès indigène qui a eu lieu dans la communauté d’Eloxochitlán.

Les thèmes qui y avaient été développés concernaient l’identité et l’autonomie. C’était le moment de la lutte zapatiste, qui avait détonné en 1994, et en 1996 il y a eu ce congrès dans la communauté d’Eloxochitlán. À ce congrès il y a eu différents villages des alentours qui ont partagé leurs expériences de lutte. En 1997, il y a eu tout un cycle d’activités qui a démarré avec une marche-randonnée du village jusqu’à la ville de Mexico, qui a duré à peu près cinq jours et à laquelle ont participé quelque chose comme quatre cents personnes, cela pour rendre hommage à la mort de Ricardo Flores Magón [3] qui a été assassiné dans une prison des États-Unis, et pour lancer ce qu’ils ont appelé l’année citoyenne Ricardo Flores Magón, eh bon durant toute cette année-là il y a eu des discussions sur les questions de genre, sur le féminisme, sur la paramilitarisation et sur l’autodéfense évidemment, et il y a eu des concerts de rock et de punk dans la communauté, de musique traditionnelle mazatèque aussi. Il y a eu aussi des ateliers de médecine traditionnelle, des projections de films, et aussi des ateliers sur la terre, les cultures et les semences transgéniques. Ça, c’était en 1997.

Et en 2001, il y a une radio communautaire qui a été mise en place qui servait un peu de pont dans la lutte pour l’autodétermination, en plus d’un fanzine qui s’appelait La Voz de N’guixó [4], et ça servait pour renforcer la conscience sur la défense des ressources naturelles et ça a aussi permis de lutter contre les partis politiques. Après, il y a eu la création d’un conseil, qu’ils ont appelé le conseil indigène, eh bon, je crois que c’est ça un peu les antécédents qui ont été à l’origine d’une partie de la lutte que nous avons menée contre les partis politiques, et aussi pour la défense du territoire.

Et donc maintenant que nous entrons un peu plus dans le vif du sujet, tu peux nous expliquer un peu comment se passe la politique dans les villages d’Oaxaca, et en particulier le système des us et coutumes ?

Dans l’État d’Oaxaca, il y a approximativement plus de cinq cents municipalités, la majorité autochtones et qui sont réparties en huit régions. C’est très caractéristique d’Oaxaca cette question, parce que la majorité des gens parlent une langue autochtone, mais aussi parce que depuis très longtemps ces municipalités sont régies par un système qui s’appelle us et coutumes, plus de la moitié sont régies par ce système dont le nom a été modifié il y a tout juste quelques années de cela, il y a cinq ans, pour le remplacer par celui de système normatif interne, qui veut dire qu’on suppose que les municipalités ont leur propre autonomie dans laquelle elles se régissent par ce système, et où elles élisent leurs autorités, tant leurs autorités municipales que toutes les charges qui sont liées à cette organisation politique.

Mais c’est de cette manière aussi que l’État a une forme d’ingérence à Oaxaca, parce que, au final bon ok,  les municipalités sont régies par les us et coutumes, les élections se font par une assemblée et c’est en assemblée que sont pris les accords pour élire leurs autorités, mais quand elles élisent leur représentant ou leurs différents représentants, elles envoient leurs documents au bureau du « Système normatif interne », et c’est là qu’ils avalisent pour de bon les représentants. Mais la voix et la parole de ces représentants est importante, et elle se donne durant l’assemblée communautaire, durant les assemblées communautaires des municipalités.

Ok, continuons avec le panorama historique de lutte et d’organisation de ton village.

Après, durant la décennie des années 2000, notre communauté était supposée être régie par les us et coutumes, et ne pas se retrouver avec des partis politiques. Mais aux alentours de 2006, après le soulèvement d’Oaxaca, il s’est formé une sorte de tendance au sein de la communauté visant à y introduire les partis politiques, mais cette fois de manière visible, à visage découvert, à la « gueule du chien », comme on dit ici. Et donc est entré le PRI, qui a de fait beaucoup de gens sous sa coupe, mais aussi le PAN, et le PRD, bien évidemment [5]. Mais d’autres partis sont aussi entrés, comme Convergencia il me semble ; tout cela s’est passé entre 2009 et 2011, et en 2011 les élections ont été menées comme si elles avaient lieu avec des partis politiques.

Une personne qui se nomme Manuel Zepeda Cortés débute alors sa campagne électorale, une chose que l’on n’avait jamais vu jusqu’alors au sein de la communauté : qu’une personne fasse du prosélytisme et qu’en plus elle distribue de l’argent pour que les gens votent pour lui ! Car bon, jusque-là les élections dans la communauté, elles étaient appelées en soufflant dans une conque, une date était fixée, et les personnes se rendaient au centre du village pour pouvoir élire leurs autorités traditionnelles.

Mais cette fois-là, cela ne s’est pas déroulé comme cela, ça s’est divisé en deux, et cette personne a demandé qu’on lui apporte ses tee-shirts orange, et il les a fait revêtir aux personnes de son groupe. Et c’est là que ça a commencé, cette tendance des partis, et qu’a commencé la lutte contre les partis politiques, mais d’une manière très directe, très frontale, parce qu’on n’a pas permis que cette personne arrive et s’empare du palais municipal en 2011, et ce qu’il a fait alors, c’est d’appeler la police de l’État d’Oaxaca, et de fait, l’armée entre dans notre communauté en février 2011 sous le prétexte de chercher des armes et de la drogue, mais on sait bien que cela ils l’ont fait pour lui, car ils ont ouvert le palais municipal pour cette personne.

Et c’est comme ça qu’il y a eu des affrontements durant tout son triennat, et de fait le mandat de cette personne était en partie illégal, parce que le tribunal a mis en cause cette élection car la communauté n’était pas d’accord pour que cette personne gouverne, et il l’a fait de manière dictatoriale en utilisant les moyens policiers et la répression sous ses différentes formes, à tel point que la peur a commencé à s’installer à l’intérieur de la communauté du fait des personnes armées qu’il a amenées. De fait, il a formé un groupe paramilitaire au sein de la communauté afin de s’en prendre aux personnes qui étaient contre lui.

Une autre chose que cette personne a faite, c’est d’exproprier l’eau du village pour ses bassins, et d’acheter des terrains pour en extraire de la pierre et du sable ; parce que cette personne avait une broyeuse et se chargeait de vendre ce matériau à quelques entreprises dédiées à la construction de routes ou de bâtiments ; et il y a eu beaucoup de gens qui n’étaient pas d’accord avec cette situation et qui ont commencé à protester, parce qu’il s’appropriait de l’eau des autres ; mais à ce moment-là, il avait déjà un groupe paramilitaire et il avait déjà la police de l’État de son côté ainsi que l’armée, et il les appelait chaque fois qu’il se passait quelque chose.

Ensuite, en 2012 ils arrêtent le compañero Pedro Peralta et ils le torturent, et ils l’incarcèrent trois ans dans la prison de Cuicatlán, et une lutte démarre pour la liberté des prisonniers politiques. Ils incarcèrent aussi le compañero Jaime Betanzos et le compañero Alfredo Bolaños à cette époque. Après il y a cette lutte qui commence contre les partis politiques, et la communauté commence à s’unifier ; et en 2014 on retourne à une élection plus collective, plus traditionnelle, où les groupes ont pu se mettre d’accord et élire leurs autorités.

Mais ça, ça n’a pas duré longtemps, à peu près huit mois, car ensuite il y a eu l’attaque des autorités communautaires, car durant le triennat révolu de ce monsieur, qui s’est passé de manière dictatoriale, il y a eu du vol, de l’enrichissement illicite. Il a volé tout l’argent de la communauté et il a commencé à se construire d’autres trucs, à s’acheter des voitures, des terrains et bien d’autres choses, des comptes bancaires à l’étranger et ces choses que vous saurez par le futur ; et la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca, qui est l’institution en charge de l’argent des villages, a requis en 2014 au président municipal du village, qui était alors Alfredo Bolaños, qu’il convoque ce monsieur Manuel Zepeda afin qu’il procède aux justifications concernant les 21 millions de pesos de dépenses qu’il restait à justifier, et c’est cela qui a abouti au conflit dans lequel nous nous trouvons maintenant, qui s’est transformé en un affrontement en 2014.

Prétextant ne pas avoir à rendre de comptes, celui-ci a occupé le palais municipal et c’est alors qu’a commencé l’escalade de la violence. Et le peuple s’est organisé pour défendre ses droits collectifs, et c’est pour cela que nous sommes incarcérés aujourd’hui.

Le 17 novembre 2014, après que la cour des comptes supérieure de l’État d’Oaxaca a fait citer Manuel Zepeda Cortés à comparaître, celui-ci se refuse à le faire et le même jour, aux alentours de midi, il occupe avec environ quatre-vingts personnes le palais municipal et séquestre les autorités communautaires ; il les maintient séquestrées pendant environ huit heures, et les gens commencent à s’organiser pour aller libérer ces personnes enfermées dans le palais municipal, mais eux les avait frappées, et ils ont fait signer au président municipal un acte par lequel il renonçait à sa charge élective, chose qui ne pouvait avoir lieu car la communauté l’avait élu, à moins que ce document n’ait été émis par le Congrès de l’État d’Oaxaca. Mais après cela une ambiance hostile s’est déposée sur la communauté, une ambiance de violence sourde prête à éclater, car le groupe de cette personne n’arrêtait pas de patrouiller, ils circulaient armés dans la communauté, insinuant la peur.

Le 14 décembre, une assemblée est convoquée dans la communauté d’Eloxochitlán pour élire un représentant communautaire, l’alcalde municipal, qui est la personne chargée de délimiter le territoire. Ce doit être une personne adulte, qui connaît les terres de la communauté, pour que puisse être vendus les terrains si certaines personnes veulent les vendre ou les céder, ainsi que pour surveiller les espaces communs du village et du territoire. Ce jour-là, l’assemblée communautaire se rassemble au centre du village, et c’est là qu’un affrontement éclate, car les gens de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés appellent aussi à cette assemblée, mais eux convoquent pour l’agresser, pour lancer l’agression contre les compañeros de l’assemblée communautaire. Moi je me trouvais alors à Mexico, car j’avais été mandaté pour acheter des jouets pour les enfants qui allaient être offerts le 6 janvier suivant, le 6 janvier 2015 (on était encore en 2014) [6]. Et c’est là que j’apprends qu’un affrontement avait éclaté. Tout d’abord, à 11 heures du matin, les compañeros montent jusqu’au centre du village en faisant une petite manifestation jusqu’au palais municipal, où doit être célébrée l’assemblée, et là ils sont reçus par des tirs d’armes à feu. L’affrontement commence, et certains se retrouvent blessés par balle.


Oaxaca… Guerre sociale, mort à l’État

Il y a ensuite un second épisode, cette fois dans la maison de ce monsieur Manuel Zepeda Cortés, et là ils arrêtent une personne, qui se nomme Manuel Zepeda Lagunas — le fils —, qu’ils arrêtent en possession d’une arme à feu, et ils l’emmènent à Huautla, parce que c’est là que se trouve un commissariat. L’autorité municipale — les représentants communautaires — les emmènent là-bas, au commissariat de Huautla, et ils le livrent à la police de l’État d’Oaxaca. Après que cette agression a eu lieu, dans la communauté l’ambiance est tendue, parce que personne ne sait exactement ce qui s’est passé à partir de là. Là-bas, une fois que cette personne est livrée au commissariat, il y a d’autres compañeros qui emmènent à l’hôpital nos compas qui ont été blessés, certains par des tirs dans la nuque, la tête, les mains. Ils les emmènent à l’hôpital pour qu’ils soient pris en charge, mais à partir de 8 heures du soir, [les flics] commencent arrêter les compañeros, et notamment celui qui était chargé de la présidence municipale, Alfredo Bolaños Pacheco, ainsi que les policiers de village qui l’accompagnaient et qui avaient amené [au commissariat] cette personne qu’ils avaient arrêtée.

Après cela, le compañero Jaime Betanzos est aussi arrêté, alors qu’il se trouvait en train d’attendre un transport pour revenir à notre communauté. Il est détenu par des agents de la police ministérielle à Huautla, au carrefour à côté de Banco Azteca, et ils l’emmènent à la ville d’Oaxaca ; sept autres compañeros sont eux aussi emmenés avec lui, tous accusés du délit d’homicide, alors qu’ils ont apporté cette personne en vie. À partir de ce moment commence la chasse contre les membres de l’assemblée ; beaucoup de gens sont obligés de fuir de la communauté, beaucoup de gens s’en vont, par peur de la répression. De fait, la police de l’État d’Oaxaca monte une unité spéciale ; la police fédérale arrive elle aussi le 15 décembre, et à ce moment sur place, on ne respire que la peur.

À partir de là, l’assemblée commence à se séparer, à se désagréger, eh bon, la lutte pour les prisonniers a été très diverse, très vague disons, très séparée au niveau de l’organisation pour cette raison même, de par la peur qui a été semée et qu’ils ont réussi à semer également au travers des médias : au travers de la police et de la répression, mais aussi au travers de l’apathie et du déplacement forcé, car beaucoup de familles se sont déplacées vers d’autres villes et d’autres communautés. Des familles entières ont dû se déplacer, et c’est la raison pour laquelle cela n’a pas été possible de revenir et de s’organiser, car beaucoup vivent dans la peur, et ils nous disent seulement cela, que celui qui s’organise va finir en prison, et c’est là que se trouve le compliqué de la situation. La peur part de là, on mentionne la prison et ils ont peur de finir ici, en prison. C’est toujours un peu compliqué d’avoir un proche enfermé, parce que c’est des frais, pour plein de raisons très différentes, et parce que, au final, c’est très difficile d’arriver à se réorganiser. Il y a beaucoup de compañeros qui parfois cherchent à résoudre la question de l’harmonie et de la communauté, mais la communauté de leur famille, eh bon, du coup ils ne cherchent pas à partager ce qui a trait au communautaire, à la lutte.

Cela, c’est ce qui s’est passé dans notre communauté : qu’il y a énormément de peur qui a été semée au travers des médias et de la répression, et que cela, ça a fait que nous n’avons pas pu avancer dans la lutte pour notre liberté à nous, les compañeros qui sommes emprisonnés, et au-delà pour la liberté et pour l’autodétermination de notre village, pour recommencer à nous organiser contre cette imposition qui existe et qui continue à semer la peur au travers de ces personnes qui se font passer pour des défenseurs des droits humains et qui demandent des mesures de protection pour elles-mêmes, et que le gouvernement leur accorde cette « couverture » afin de continuer à gouverner au travers de la répression.

C’est là qu’on en est aujourd’hui. On tente de se réorganiser, au moins pour qu’on soit libérés, au travers des différentes formes de lutte que nous avons à l’intérieur de la prison, c’est-à-dire tant depuis le travail qu’on y fait [des sacs et des hamacs vendus en solidarité, NdT], que des jeûnes ou des grèves de la faim qu’on mène depuis l’enfermement/isolement.

Bien. Tu veux nous raconter les détails de ton arrestation ?

Eh bien… Bon, moi on m’a arrêté le 30 avril 2015, alors que je travaillais à Mexico dans le quartier de Tepito. Des personnes vêtues en civil, sans identification, sont entrées dans le local où je travaillais avec mon frère. Ils ont commencé à nous agresser, sans jamais s’identifier. Ils n’avaient pas d’ordre d’arrestation et on a résisté un moment à la détention. Mais il y a de plus en plus de flics qui sont arrivés et ils ont réussi à nous sortir sous la menace de leur flingue et sous la lacrymo. Ils m’ont emmené à la Procuraduria [équivalent du parquet du juge d’instruction, NdT] de la capitale dans une voiture banalisée et après ils m’ont fait la révision médicale, ils m’ont mis face à un journaliste, ils m’ont pris quelques photos très générales. Ensuite ils m’ont confié à la police ministérielle d’Oaxaca et ces policiers m’ont emmené à une taule qui s’appelle « Tlaxiaco », qui se trouve dans la région mixteca d’Oaxaca, à environ 400 à 500 kilomètres de ma communauté. C’est ça, le panorama de mon arrestation.

Et où tu te trouves aujourd’hui ?

Aujourd’hui… ! Bon, en fait à Tlaxiaco je ne suis resté qu’un mois, parce qu’on a sollicité avec mes avocats mon transfert à une prison plus rapprochée de ma communauté, ce qui est dans mes droits. Du coup je suis maintenant dans un endroit qui s’appelle San Juan Bautista Cuicatlán, qui se trouve dans la région de la cañada d’Oaxaca, à quatre heures de ma communauté. C’est là que je me trouve. J’ai passé à peu près deux ans et huit mois dans cet enfermement [NdT : aujourd’hui plus de quatre ans et demi].

Et ton dossier judiciaire, il en est où aujourd’hui ?

Eh bien on est dans une procédure irrégulière, il n’y a pas eu de procédure normale et conforme au droit, vu que tout le dossier est une construction politique. De fait, en ce moment nous sommes sept prisonniers de ma communauté, certains sont dans la prison d’Ixcotel (centre d’Oaxaca), un autre compañero se trouve enfermé à Etla, et moi je suis ici à Cuicatlán. À chaque fois les audiences ont été différées. On a sollicité par exemple des interrogatoires, et les personnes offensées ou bien celles qui nous accusent ont tardé énormément pour se présenter. De fait, il manque toujours les déclarations de deux personnes, et bien que plus de deux ans se soient écoulés, elles ne sont jamais venues déclarer. Il n’y a que les policiers de l’État d’Oaxaca et les flics ministériaux qui l’ont fait car c’est dans leur obligation, et nous nous avons insisté énormément pour qu’ils aillent remettre leur compte-rendu. Et par exemple moi, cela fait plus de deux ans que j’ai fait un recours, et ce n’est qu’en décembre dernier qu’est sortie la résolution du tribunal à ce sujet, pour me le nier. Au sujet de la procédure au tribunal mixte de Huautla, ils ont laissé couler. Il n’y a pas de justice impartiale, ils ont été payés. Les juges ont été remplacés plein de fois durant notre procédure, et ils n’ont fait aucun cas de nos demandes, qui sont des questions de droit et des questions légales, là où je pense que, s’il y avait de la justice et de l’impartialité, on devrait être libres, parce qu’il n’y a aucun signalement direct déterminant la conduction du prétendu crime que nous aurions commis, ou du délit qu’on nous impute.


Oaxaca… Vive la Commune, vive l’insurrection

Bon, Miguel, tu nous as parlé de la lutte de ton village et de ton cas judiciaire, mais pour les gens d’ailleurs, tu peux nous faire un panorama plus large des luttes sociales au Mexique ? Où est-ce que tu vois les exemples de lutte qui t’inspirent, et qu’est-ce que tu penses être les nécessités de cette diversité des luttes du Mexique… Et une chose qui m’intéresse plus, si tu peux donner ton avis : toi tu es d’un village indigène de la Sierra mazateca d’Oaxaca, mais tu es aussi influencé par des réflexions et des pratiques libertaires et anarchistes. Tu pourrais partager avec nous comment tu vois cette relation entre les mouvements et les courants de lutte anarchistes et les mouvements et les luttes indigènes ?

Je crois que la lutte ou les luttes sociales au Mexique sont très diverses, il existe une infinité de mouvements, tant des mouvements urbains qui sont dans la défense ou l’autodéfense de leur propre territoire, ou dans l’organisation pour s’approprier des espaces publics, comme dans les assemblées des quartiers de la ville de Mexico, par exemple en ce moment. Suite au tremblement de terre[6], il y a beaucoup de gens qui sont en train de se réorganiser pour avoir un toit et pouvoir lutter aussi contre les mégaprojets. Et c’est sans parler des luttes de la campagne, du mouvement indigène en soi et des mouvements qui se trouvent hors des villes, qui sont dans la lutte contre le même monstre qui est le capitalisme et contre les mégaprojets. Le problème des exploitations minières notamment, cela englobe toute la question des ressources naturelles, parce que l’eau se trouve au centre. Et même jusqu’aux plantes médicinales, que certaines entreprises étrangères (japonaises, américaines, canadiennes, espagnoles et françaises) tentent de monopoliser ou de breveter pour les commercialiser et vendre le médicament, et nous rendre dépendants de leurs médecines et qu’on consomme cela, alors qu’on sait bien qu’il existe une médecine traditionnelle des peuples.

Il y a des luttes pour le territoire, pour l’autodétermination et pour l’autonomie, et il y a beaucoup de différences de fait dans le mouvement indigène, parce que certains sont dans la question du refus de l’intromission des partis politiques, quand d’autres sont dans la lutte pour la défense du territoire, sans être pleinement conscients que les partis politiques sont fourrés là-dedans, et d’autres qui sont dans la question de l’autonomie en soi, sans avoir aucune ingérence avec l’État.

Et donc sur quelques questions, par exemple comme ce que tu me demandes sur la relation qui existerait entre mouvements indigènes et mouvements libertaires ou anarchistes, je crois qu’ils partagent certains principes basiques au sein de la réflexion libertaire et il y a quelques penseurs libertaires qui ont influencé aussi la luttes des villages et des peuples, comme par exemple sur la question de l’autogestion, de l’autonomie, de la défense du territoire, de l’expropriation aussi de ses ressources et de ses espaces, de l’autodétermination, et toutes ses luttes se conjuguent contre un même monstre, qui est le capitalisme depuis ses débuts.

Il y a aussi des ruptures au sein des luttes ; il y a une rupture très forte au sujet de la question électorale au Mexique. Il y a des mouvements ou une partie du mouvement indigène qui cheminent vers la question électorale, qu’ils ont appelé le « bon gouvernement », et il y a une autre partie du mouvement indigène qui n’est pas dans cette situation-là, qui continue à défendre la question de l’autonomie sans avoir aucune visée vers la question électorale ou de prendre le pouvoir national, eh bon, chacun mène la lutte depuis chez lui et depuis ses espaces. Je crois qu’il existe quelques mouvements et quelques communautés qui ont leurs propres formes communautaires de défense, et je crois que cela, c’est ce qui guide et ce qui peut avoir une certaine relation avec le mouvement libertaire, et que cela part d’une lutte de l’être même, depuis la communauté ou depuis les individus. Il y a par exemple des communautés qui ne luttent pas seulement contre les mégaprojets, certaines luttent contre l’identité même, ou pour leur propre identité à elles, pour la langue, pour le maïs, pour leur cosmovision, pour leur manière de se vêtir, et aussi contre les aliments [industriels] et les transgéniques, et je crois aussi que cela, cela fait partie du mouvement indigène et aussi du mouvement libertaire, le fait que nous luttions pour être soi-même, pour être libres. Au final, ces deux parties cherchent un bien commun, de fait c’est cela qu’on idéalise, cette question du bien commun, du fait que cela exige l’autogestion dans les communautés et aussi dans le mouvement libertaire.

Au fil du territoire et de la géographie qui est la nôtre, il existe des mouvements qui nous inspirent, comme par exemple à Oaxaca la lutte des Ikoots, à Álvaro Obregón, qui luttent contre les éoliennes, à Cherán [dans le Michoacán] les compas qui luttent pour l’autonomie, les Yaquis, dans le Sonora, qui luttent pour la défense du territoire et pour la défense du fleuve Yaqui, il y a les compañeros de Xanica dans la Sierra sud d’Oaxaca qui défendent leur territoire, leur système communautaire et leur organisation, et, plus au sud du continent, les compañeros mapuche qui ont toute une longue tradition dans leur lutte en défense du territoire, de l’autonomie, de l’autodétermination et de l’identité mapuche ancestrale, et je crois que, dans toutes ces luttes, la question, c’est que toutes maintiennent leurs propres formes d’organisation. Au final, on ne peut pas idéaliser, dire que tout est harmonie et que dans les luttes indigènes tout est harmonieux, parce qu’il y a aussi des conflits, il y a beaucoup de questions qui sont en lutte à l’intérieur comme la question du machisme, la question culturelle…

Il y a aussi des compas dans la Sierra Norte de l’État de Puebla, les Totonaques et les Nahuas, qui sont en train de lutter contre les entreprises chinoises et canadiennes qui sont en train de leur piquer leur eau et les minerais de ces endroits et de leurs villages, et là aussi il y a une tradition de médecine naturelle et traditionnelle, et de lutte pour un marché juste, où ils puissent commercialiser les produits qu’ils font. Tout ça, c’est les luttes qui nous inspirent en ce moment.

Pour les compas qui écoutent cet entretien, comment peuvent-ils faire ou comment peut-on faire pour te soutenir dans la procédure judiciaire que tu traverses toi et les autres compañeros prisonniers d’Eloxochitlán de Flores Magón ? Et pour finir, tu pourrais mentionner pour toi ce que la solidarité internationale signifie, et de quelle manière peut-on cultiver cette solidarité ?

La question de la solidarité internationale me paraît très importante, à partir du moment où il y a cette réciprocité entre compañeros, au moins par le biais de lettres, d’appels… Parce que au final la solidarité internationale ce n’est pas pour une lutte locale ou pour une question territoriale, c’est une question plus large, et une lutte plus large qu’on ne peut pas réduire à un seul endroit seulement, mais c’est dans le monde entier et pour tous les individus. C’est quelque chose qui rompt les murs et les frontières. Je crois que la solidarité internationale est importante aussi parce qu’au travers de ses formes de mobilisation, elle génère une certaine pression dans les pays et dans les espaces où se font la lutte et le soutien…

Par exemple nous, qui sommes enfermés dans une prison : si vous téléphonez au tribunal, si vous envoyez des lettres par exemple, cela génère une certaine pression, et on entre dans une autre dimension de la lutte… Et il y a des question importantes que ça amène, comme l’accompagnement, la camaraderie, et il y a une certaine amitié qui se crée aussi entre compañeros car on échange des lettres, des appels et on peut s’écouter au travers des différents médias à notre disposition, eh bon, dans notre cas pour moi ça me paraît important cette partie-là, parce que vous vous pouvez diffuser nos histoires dans d’autres endroits et vous pouvez amener notre parole et nos petites luttes jusqu’à d’autres endroits, d’autres lieux. Et une autre partie, ce serait de nous aider à commercialiser nos produits, parce que moi par exemple je dédie mon temps à faire des hamacs et des sacs, et une partie ce serait de pouvoir nous aider économiquement pour la question juridique, pour que nos proches puissent venir nous voir, puissent nous amener des aliments à la prison, parce que ici c’est compliqué d’obtenir pas mal de choses qu’il faut amener de l’extérieur. C’est pour cela que ça me paraît important cette partie de l’accompagnement international ou de la solidarité avec des compañeros avec lesquels on ne se connaît pas, mais avec qui on a des choses en commun qui nous attirent et nous appellent à être ensemble dans cette lutte.

Une autre chose qui me paraît importante de mentionner est le fait que la solidarité internationale puisse se diriger vers des compañeros qui sont d’autres endroits, d’autres lieux du globe afin qu’ils soient attentifs à la situation qu’on traverse depuis l’enfermement, en sollicitant leur soutien aux mobilisations qui sont organisées au travers de l’envoi de lettres, en appelant au téléphone, ou bien, s’il y a un moment de répression, me demander aussi à moi mon soutien pour les situations qui éclatent au cours de la procédure et au cours de cette lutte qu’on mène depuis l’isolement.

Il y a quelque chose d’autre que tu veux partager avec les compas qui écoutent cet entretien ?

Eh bien remercier les compañeros qui écoutent [ou lisent ! Merci à vous, NdT], qui sont partie prenante des luttes et qui se solidarisent aussi avec les compañeros dans le monde qui sont emprisonnés, ou avec les luttes libertaires ou les luttes des peuples, car on est pareils. Et j’aimerais aussi remercier le collectif Los Otros Abogados, qui sont les compañeros qui s’occupent de mon dossier et qui ont mis de leurs efforts et de leur solidarité pour pouvoir avancer dans cette procédure et arriver à nous libérer de ce joug de la loi, de l’injustice et du pouvoir, et pouvoir avancer vers la liberté. Avec l’effort de ces compas nous avons avancé lentement, mais on arrive peu à peu à ouvrir la brèche grâce à leur solidarité, leur effort, leur travail avant tout, eh bon, on a une dette envers eux.

De l’autre, eh bien vous demander votre soutien à notre petite lutte, comme je vous l’expliquais on a ces manières de nous organiser et de lutter depuis l’enfermement, on a quelques produits à commercialiser, pour que vous puissiez aussi acquérir certaines choses comme je vous disais, les hamacs et les sacs que je fabrique ici pour tuer le temps, pour ne pas m’ennuyer, mais aussi pour pouvoir nous maintenir avec un peu de ressources pour les coûts immédiats pour les question de défense, des avocats, pour pouvoir faire les dépôts administratifs, pour que nos familles puissent venir nous visiter et pour l’alimentation et les nécessités basiques des personnes qui nous retrouvons dans l’isolement. Et puis eh bien, depuis ici je vous adresse une forte embrassade, et j’espère que vous aussi vous allez bien dans vos luttes, eh bon que la force soit avec vous… et à bas les murs des prisons !

Notes

[1] La communalité est une notion politique développée à Oaxaca, qui se réfère à ce qui a trait à la vie communale d’un village ou d’un peuple : les fêtes, le travail collectif, le territoire commun, la cosmovision… « l’être-communal ».

[2] Le tequio (appelé faena dans la Mazateca), ce sont les travaux collectifs effectués au nom de la communauté, et convoqués traditionnellement par le représentant du village au travers du soufflement dans une conque de caracol.

[3] Ricardo Flores Magón est un célèbre anarchiste mexicain du début du vingtième siècle né à Eloxochitlán, fondateur du journal Regeneración, et qui initia la révolution mexicaine par des soulèvements armés en 1910 au nom des idéaux de « Terre et Liberté ».

[4] « La Voix de N’guixó », nom mazatèque de la communauté, NdT.

[5] PRI : Parti révolutionnaire institutionnel, ancien parti-État qui a dirigé le Mexique des années 1930 aux années 2000. PAN : Parti d’action nationale, qui lui a succédé au pouvoir de 2000 à 2012, parti capitaliste de la droite intégriste. PRD : Parti de la révolution démocratique, formé dans les années 1980 de l’agglomérat de différents partis de tendance marxistes avec des scissions nationalistes du PRI, telle celle de López Obrador, actuel président du Mexique et qui a depuis créé son propre parti, Morena (Mouvement de régénération nationale), pour gagner les dernières élections politiques.

[6] À la différence de la France, l’Espagne et les pays latino-américains distribuent les « cadeaux de Noël » le 6 janvier, jour des Rois mages qui seraient venus offrir leurs cadeaux au petit Jésus, NdT.

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Lectures complémentaires:

Charles-Macdonald_Anthropologie_de_l’anarchie

Nous_sommes_tous_des_colonisés (PDF)

Pierre_Clastres_De l’ethnocide

Pierre_Clastres_Echange-et-pouvoir-philosophie-de-la-chefferie-indienne

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Pierre_Kropotkine_La_Commune_de_Paris_PDF

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

zenon_pourquoi suis je anarchiste ?

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique

L’anarchisme-africain-histoire-dun-mouvement-par-sam-mbah-et-ie-igariwey

Inevitable_anarchie_Kropotkine

Le_monde_nouveau_Pierre_Besnard

 

 

 

Gilets Jaunes !… D’autres combattants pour l’émancipation périssent, solidarité internationale suite au communiqué sur l’assassinat de membres du CNI au Mexique… (EZLN)

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En accord avec le Réseau de Résistance et de Rébellion International (3RI) mis en place par les Zapatista du Chiapas, nous réitérons ce que nous avons dit à maintes reprises:

« L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! »

Gilets Jaunes, Zapatistes du Chiapas, Communes Libres d’Oaxaca et du Rojava, peuple de Zomia, Palestiniens, peuples africains opprimés, Amérindiens, Kanaks, Aborigènes d’Australie, Maoris et tous les peuples colonisésMême combat !

Parce que nous sommes tous colonisés!

Lâchons prise des antagonismes induits et mettons en place la société des sociétés, celle des communes libres confédérées ayant abandonné la dictature étatico-marchande pour enfin devenir une humanité achevée, non aliénée, émancipée du chaos de la division.

~ Résistance 71 ~

 

 

Communiqué du CNI-CIG et de l’EZLN sur le lâche enlèvement et l’assassinat de compañeros du conseil populaire indigène Emiliano Zapata de la province mexicaine de Guerrero

 

EZLN, CNI, CGI

 

6 mai 2019

 

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/05/05/communique-from-the-cni-cig-and-the-ezln-on-the-cowardly-kidnapping-and-murder-of-companeros-from-the-emiliano-zapata-popular-indigenous-council-of-guerrero-2/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Congrès National Indigène (CNI), le Conseil de Gouvernement Indigène (CGI) et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) condamnent avec rage et douleur l’enlèvement et les assassinats de José Lucio Bartolo Faustino, membre du CGI de la communauté indigène Nahua de Xicotlán et de Modesto Verales Sebastián, délégué du CNI de Nahua. Tous deux faisaient partie du Conseil Indigène Populaire Emiliano Zapata qui est membre du CNI-CGI. Le crime a été commis par des groupes paramilitaires du cartel de la drogue qui opèrent depuis la municipalité de Chilapa de Alvarez et qui sont protégés par l’armée mexicaine ainsi que par les polices municipales et d’état.

Le 4 mai à 15H00, nos compañeros étaient à une réunion avec d’autres membres des conseils à Chilpancingo, Guerrero. Sur le chemin du retour vers leur communauté, ils furent enlevés et assassinés par ces groupes liés au narco-trafic qui agissent en toute impunité et sous la totale protection du mauvais gouvernement qui prétend adresser les demandes de sécurité et de justice des communautés indigènes. Ces communautés dénoncent depuis bien longtemps la manière dont le criminel Celso Ortega exerce et déchaîne la violence contre elles. Il convient de dire que les communautés ont depuis des années organisés leur propre police afin de pouvoir résister à la violence, l’extorsion, les menaces et la culture de la drogue qui sont imposés par deux entités criminelles dans la région de Los Ardillos et de Los Rojos. Ces deux groupes narco-criminels contrôlent les présidences des conseils municipaux de toute la région et sont protégés à la fois par l’armée mexicaine et les polices municipales et fédérales. A un moment ils parvinrent même à faire élire un de leurs leaders comme président du congrès de l’état de Guerrero.

Nous tenons pour responsables les trois niveaux de mauvais gouvernement pour ce crime lâche et odieux car ils sont coupables d’avoir réprimé notre peuple dans l’organisation de la défense de ses territoires. Nous tenons aussi pour responsable le mauvais gouvernement pour la sécurité de nos frères et sœurs des conseils indigènes.

En tant que CNI-CGI et EZLN nous envoyons toutes nos condoléances et notre solidarité vers les familles des compañeros assassinés et nous partageons avec elles la motivation de continuer sur la voie de l’autonomie et de la dignité que nos compagnons assassinés ont si vaillamment représentées. Ils sont des exemples pour toutes et tous.

Nous dénonçons sans réserve aucune l’intensification de la répression néolibérale contre les peuples, nations et tribus originels qui ne consentent en rien à ce projet de mort dans l’état de Guerrero et de fait dans tout le Mexique, ainsi que la violence utilisée pour nous imposer ces projets et la répression, les enlèvements, les disparitions et les assassinats de ceux d’entre nous qui ont décidé de semer les graines d’un nouveau monde depuis les espaces géographiques indigènes que nous sommes et où nous vivons.

Nous demandons justice pour nos compañeros

Dans l’attente…

Mai 2019

Pour la totale reconstructions de nos peuples

Plus jamais un Mexique sans nous

National Indigenous Congress

Indigenous Governing Council

Zapatista Army for National Liberation

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Lectures complémentaires:

Paulo_Freire_Extension ou Communication

Leducation-comme-pratique-de-la-liberte_Paulo_Freire_1965

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Effondrer-les-empires-coloniaux-par-apostasie-collective-de-jo-busta-lally

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

Aime_Cesaire_Discours_sur_le_colonialisme

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Ricardo_Flores_Magon_Textes_Choisis_1910-1916

James-C-Scott-Contre-le-Grain-une-histoire-profonde-des-premiers-etats

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Manifeste pour la Société des Sociétés

Comprendre-le-systeme-legal-de-loppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-peter-derrico1

Comprendre-le-systeme-legal-doppression-coloniale-pour-mieux-le-demonter-avec-steven-newcomb1

Effondrer le colonialisme

40ans_Hommage_Pierre_Clastres

6ème_déclaration_forêt.lacandon

confederalisme_democratique

Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte

 

Résistance politique avec Ricardo Flores Magon, journaliste, anarchiste et révolutionnaire mexicain (1874-1922) ~ 5ème partie ~

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1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

5ème partie

6ème partie

 

A quoi sert l’autorité ?

Ricardo Flores Magon

1914

Ce jour là, Juanito et Luisita, les enfants de Rosa, ne purent quitter le lit : la fièvre les dévorait. Rosa se tordait les mains de désespoir face à la douleur de ces morceaux de sa chair. Voilà trois semaines qu’on l’avait licenciée de l’usine : il y avait trop de bras sur le marché du travail. Elle raclait en vain le fond des tiroirs et renversait ustensiles et récipients : pas un centime dans les uns, rien de valeur dans les autres. Sur la table, il n’y avait même pas un morceau de pain ou une tasse de café et les enfants, rougis par la fièvre, agitaient leurs petits bras hors des draps, en quête de nourriture. La porte s’ouvrit brusquement et des individus vêtus de noir, avec des liasses de papier sous le bras, pénétrèrent dans la pièce sans autre cérémonie. C’était le notaire, accompagné de ses clercs et de ses aides. Ils venaient faire respecter la loi. Rosa n’avait pas payé au bourgeois le loyer de son taudis, car elle était dans la misère et les représentants de l’Autorité allaient la jeter à la rue. Que répondrait Rosa si on lui demandait si l’autorité est bonne pour les pauvres ?

Au milieu de l’agitation et de la confusion de la rue commerçante, soudainement, un bourgeois agite les bras et crie : « au voleur ! au voleur ! » Une chaîne sans montre pend à la boutonnière de son gilet. La foule s’agglutine ; les représentants de l’Autorité, bâton à la main, s’ouvrent un passage au milieu de la multitude ; mais où est le voleur ? Tous ceux qui se trouvent près du bourgeois sont vêtus avec élégance. Pedro, après avoir cherché en vain du travail tout le matin, vient à passer dans les parages. Il s’approche de la foule, cherchant à savoir le pourquoi de toute cette excitation. C’est alors qu’une main vigoureuse l’attrape par le col et qu’une voix hautaine lui crie : « Suis-moi, voleur ! » C’est un policier. Pedro pourrait-il dire que l’Autorité est bonne pour les pauvres ?

José se sent fatigué. Il a marché toute la journée pour atteindre la ville à la recherche d’un travail. Épuisé, il s’assoit sur un banc, dans un parc. Dès que ses membres sont au repos, il s’endort. Une violente secousse le réveille : c’est un représentant de l’Autorité qui le rappelle à l’ordre. Il a commis un « délit » en s’endormant. Pedro s’excuse du mieux qu’il peut et le fonctionnaire de police lui ordonne de sortir du parc. José marche et marche encore jusqu’à ce que la fatigue le pousse à s’asseoir au bord d’un trottoir, dans une rue écartée.

Il s’endort de nouveau et, pour la deuxième fois, en guise de bienvenue, un représentant de l’Autorité le secoue, lui ordonnant de se lever et de circuler. José explique sa situation au flic : voilà trois mois qu’il ne travaille plus car il y a abondance d’esclaves et il a été forcé de se mettre en route pour trouver un bourgeois qui accepte de l’exploiter. Le représentant de l’Autorité lui répond que seuls les paresseux ne trouvent pas de travail. Il lui passe les menottes et le conduit à la prison, où on le mettra au travail, au service de l’Autorité. Pendant ce temps, les parents de José et sa famille meurent de fin dans le village qu’il a quitté. José pourrait-il dire que l’Autorité est bonne pour les pauvres ?

Un tramway a écrasé les jambes de Simon, alors qu’il se rendait à son travail. Simon se met d’accord avec un avocat pour le payer s’il réussit à obtenir une indemnisation de la compagnie pour les préjudices subis. L’indemnisation que Simon aurait dû percevoir est importante, mais les avocats de la compagnie se sont mis d’accord avec celui de Simon et avec les flics qui furent témoins de l’accident pour dépouiller la victime et se répartir l’argent. Simon et sa famille devront vivre de la mendicité ou de la prostitution sous peine de périr. Simon pourrait-il penser que l’Autorité est bonne pour les pauvres ?

La vie à la hacienda est invivable pour Lucas et sa famille. Le patron veut lui voler l’amour de sa compagne ; le fils du patron veut abuser de sa fille ; les contremaîtres redoublent d’insolence ; il gagne un salaire de misère. Lucas décide de partir avec sa famille, mais il faut le faire en cachette du patron qui, comme chacun sait, est le maître des vies et des haciendas. Ils réussissent à partir, mais pour tomber entre les griffes de l’Autorité, avertie par le patron de la « fugue » des esclaves. Les femmes sont rendues à la hacienda, où elles seront à la merci des appétits du patron et de son fils pendant que Lucas est envoyé en prison, comme récidiviste, selon les dires du patron. Lucas pourrait-il dire que l’Autorité est bonne pour les pauvres ?

Les chemins se sont effondrés avec les pluies torrentielles. Pour les bourgeois, il faut absolument que les chemins soient restaurés le plus vite possible pour que leurs camions, leurs automobiles et leurs marchandises puissent transiter facilement. Alors, l’Autorité met la main sur tous les mâles de la classe laborieuse de la région et les oblige à travailler à la réparation de ponts et à la construction de digues, sans aucun salaire, afin que les bourgeois puissent continuer leur commerce.

Pendant ce temps, les familles des prolétaires sont rongées par la faim. Comment ces prolétaires pourraient-ils dire que l’Autorité est bonne pour les pauvres ?

Pourquoi nous, les pauvres aurions- nous besoin de l’Autorité ? Elle nous jette dans des casernes pour que nous défendions, fusil en main, les intérêts des riches, comme c’est le cas en ce moment à Cananea, où les soldats gardent les propriétés de la compagnie pour empêcher que les grévistes les mettent en pièces. Elle nous fait payer des impôts pour entretenir présidents, gouverneurs, députés, sénateurs, flics de toutes sortes, petits employés en tous genres, juges, magistrats, soldats, geôliers, bourreaux, diplomates et toute une bande de parasites qui servent uniquement à nous opprimer au bénéfice de la classe capitaliste. Nous, les pauvres, n’avons pas besoin de cette vermine. Nous devons secouer l’épaule pour que le système bourgeois roule à terre, et prendre possession de la terre, des maisons, des machines, des moyens de transport et de subsistance et déclarer que tout est à tous, hommes et femmes selon ce qui est exposé dans le manifeste du 23 septembre 1911.

A bas l’Autorité, frères déshérités !

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Tout pour tous !

Ricardo Flores Magon

1914

Il est absurde de croire que le riche détient le droit à accumuler entre ses mains la richesse. Le riche n’a pas le droit de posséder la terre puisqu’elle n’est pas son oeuvre, il ne l’a pas fabriquée de ses mains. La terre doit être, pour cette raison la propriété de tous les êtres humains. N’importe quel titre qui protège la possession d’une partie déterminé de terre, pour une personne, est un titre qui soutient l’inégalité, parce que cela prive le reste des gens du droit d’user des choses qui appartiennent à tous. La terre est notre mère, la mère de tous les êtres humains, et c’est pour cette raison, qu’aucun d’entre nous ne peut la réclamer pour un usage personnel qui engendrerait l’exclusion des autres. Comme la vrai mère qu’elle est, elle appartient en entier à tous ses enfants, les humains. Il est inutile d’alléguer que ceux qui possèdent la terre l’ont acheté; celui qui l’a vendue a vendu quelque chose qui ne lui appartenait pas. Tout autant inutile d’alléguer qu’elle a été acquise à travers un héritage; celui qui l’a légué en héritage a légué une chose qui ne lui appartenait pas, puisqu’elle appartient à tous les humains. Inutile aussi d’argumenter qu’elle a été obtenue dans une guerre de conquête, étant donné que ce serait justifier le crime qu’on nomme conquête.

Personne ne peut s’approprier les mines, les carrières, les forêts, les sources, parce que tout cela forme une partie intégrante de la terre, et doit être propriété de tous les êtres humains.

Personne ne peut profiter, en excluant les autres, des maisons, des machines, des trains et des autres moyens de transport, ainsi que des marchandises de toutes sortes accumulées dans les entrepôts, les greniers, les magasins etc., étant donné que tout doit être considéré pour ce qu’il est : le résultat du travail des générations passées et de la présente. Puisque tous les humains ont coopéré dans la production de cette richesse, celle-ci doit être propriété de tous sans exception; autant de l’ingénieur que du manoeuvre, de l’astronome que du boulanger, de l’artiste et du savant comme du menuisier et du maçon. Il est impossible pour l’ingénieur de déclarer qu’il doit obtenir la majeur partie des bénéfices parce que sans ses calculs mathématiques il aurait été impossible de monter les ponts, de percer les tunnels, de construire les édifices etc., puisque s’il en était ainsi, le travailleur manuel pourrait alléguer, et ce avec raison, que sans ses bras et son cerveau toute la science de l’ingénieur serait impuissante pour terminer les oeuvres entreprises, l’agriculteur et le meunier pourraient dire à l’ingénieur que sans eux il n’aurait pas obtenu de viande, de légumes, de lait ou d’oeuf et ainsi il n’aurait pas pu faire ses calculs et sans le tailleur et le cordonnier il n’aurait aucun vêtement à porter et ses pieds ne seraient pas aussi confortables dans une paire de souliers.

Personne ne peut réclamer de privilèges exclusifs pour lui-même en se basant sur sa participation dans la production de la richesse sociale. Le travail de l’ingénieur, du médecin, du savant et de l’artiste est aussi bon et aussi utile que celui du manoeuvre, du maçon, du menuisier, du métallurgiste, du mineur, du tailleur, etc. Tous ont le droit de jouir des richesses sociales qui aujourd’hui se retrouvent entre les mains de certains bandits que l’on nomme riches ou bourgeois.

Nous devons faire table rase des bourgeois, des autorités, des militaires, des policiers et du clergé en même temps qu’exproprier la richesse sociale pour en faire enfin la propriété de tous et la révolution sociale aura triomphé, mes frères déshérités. Mettons en pratique les principes du manifeste du 23 septembre 1911, mes frères enchaînés et arrêtons de nous sacrifier à vouloir élever quelqu’un à la présidence de la république. À celui qui nous demande notre vote, répondons-lui avec nos balles!

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“La question sociale est une question agraire…”
~ Gustav Landauer ~

“La terre ne nous appartient pas, nous appartenons à la terre.”
“La terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants et à tous les non-nés.”
~ Proverbes amérindiens ~

Résistance au colonialisme: déclaration à l’issue du second congrès international sur la communalisé qui s’est tenu à Oaxaca au Mexique

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“Une des premières victimes du langage écrit est la mémoire. Dès que vous pouvez écrire quelque chose, le pouvoir de la mémoire diminue grandement… Le monde de la parole est celui des conteurs, des poètes et des visionnaires, c’est un média s’étendant à l’infini, c’est une forme d’art.. Le langage écrit traverse le domaine de la comptabilité des mots, des “experts” qui passent leur vie à remplir des catalogues de mots, d’immenses dictionnaires, essayant de fixer une valeur exacte, quasi numérique sur chaque pensée ou émotion humaine. […] Ainsi de manière ironique, une fois que le langage passe la barrière de l’écriture, non seulement la créativité et l’expression en souffrent, mais il devient aussi beaucoup plus facile de mentir. Une fois qu’une histoire ou une historiographie est écrite, elle devient la version acceptée de la vérité nonobstant les fausses informations qu’elle peut contenir ou la partialité avérée de la source. Les gens qui vivent dans la tradition orale doivent se rappeler ce qu’ils disent et ont dit. Le seul moyen de maintenir une constance dans le récit est de dire la vérité. Les menteurs sont souvent confondus parce que leurs histoires manquent de constance, ils ne peuvent plus se rappeler ce qu’ils ont dit parce que leur source est erronée. […] Comment quelqu’un pourrait-il mentir lorsque les ancêtres demeurent les témoins perpétuels de nos dires ? Nous n’avions pas besoin de langage écrit jusqu’à ce que nos langues nous furent presque extirpées ainsi que des bouches de nos enfants par le moyen des pensionnats pour Indiens et bon nombre de nos langues furent en danger d’extinction. Parce que nos langues sont directement connectées avec la manière dont nous pensons et nous représentons le monde, avec qui nous sommes, nous perdons notre chemin lorsque nous perdons notre langage… Il y a par exemple en langue Lakota 52 noms différents pour nommer les nuages. Pour ceux qui connaissent la langue, prédire la météo 2 jours et 2 nuits en avance n’est pas un secret ; aussi nous pouvons dire que si vous avez oublié les noms des nuages, alors vous avez perdu votre chemin.”
~ Russel Means, 2012 ~

Cet article fait suite à notre récente publication:
« Anthropologie et résistance politique: de la communalité »

 

Déclaration finale à l’issue du second Congrès Internationale sur la Communalité

 

Comitancillo, Guelatao, Oaxaca, Tlahuitoltepec, 5-9 mars 2018.

 

La Voie du Jaguar

 

30 mars 2018

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Deuxieme-Congres-international-de-la-communalite-Declaration-finale

 

Nous, qui avons participé à ce Deuxième Congrès, considérons que, en tant que pensée libératrice et mode de vie, la communalité se présente comme une alternative au modèle néolibéral en crise.

La communalité est une notion et une clé historique pour comprendre la reproduction matérielle et culturelle des peuples originaires et des communautés en résistance depuis les différentes régions de Mésoamérique. Aujourd’hui elle inspire l’implication créative d’un grand nombre de peuples, de villages, de communautés, d’universités et d’organisations dans différents contextes de lutte et de résistance. Elle représente un mode de vie opposé au modèle économique et politique néolibéral, capitaliste, patriarcal et néocolonial, qui peut seulement exister et se maintenir par l’exploitation, le génocide et la destruction de l’environnement. Ces politiques de mort pénètrent les territoires indiens en imposant des mégaprojets comme la mine, les parcs d’éoliennes, la fracture hydraulique des schistes bitumineux, les barrages, les gazoducs, les oléoducs, les puits de pétrole, les aéroports, les routes à grande circulation, et les complexes touristiques.

Malgré l’invisibilité du travail et des formes d’existence des femmes et la violence qui s’exerce sur elles, leur résistance historique sur différents plans de la vie matérielle, symbolique et spirituelle a été à l’origine de processus historiques qui ont ouvert des horizons de vie solidaires, humains et équitables. Ce Deuxième Congrès international de la communalité rend hommage à la Rencontre internationale des femmes qui luttent, convoquée et réalisée par les sœurs de l’EZLN dans le Caracol de Morelia, Chiapas.

Guiapa’ layú, ra ñaa ne xuba’ xquendanabaani ne xquendabiaani’ guidxi xtinu

Défendre le territoire et la milpa, c’est défendre la vie communale. La milpa et le maïs sont une partie essentielle de la culture de nos peuples avec l’assemblée, la fête et le travail commun (dans leur dimension communale). Ils constituent un mode de vie antagonique au modèle de développement néolibéral destructeur, qui a pu être mis en place grâce aux réformes de l’article 27 de la Constitution, aux lois agraires, sur l’énergie, concernant les hydrocarbures et la forêt, mais aussi grâce à la privatisation des terres (Programa de Regularización y Registro de Actos Jurídicos Agrarios — Raja, dont les antécédents furent Procede et Fanar).

Xquenda binnilaanu rusizaaca’ gunaa ne nguiu’ zenanda xtiidxa’guidxi da’gu’liisa

Nous, communalistes, entendons l’autorité comme service, « servir et non se servir » (tel est le principe d’une politique autonome). La charge communale est un motif de fierté et d’honorabilité. L’assemblée est le lieu où la population prend des décisions. Plus qu’une forme de démocratie directe et de participation horizontale, elle représente l’exercice de notre droit à l’autonomie et à la libre détermination, cela malgré les efforts pour nous imposer les partis politiques dans l’exercice du pouvoir.

Saa nga guendaliisa ne xtiipa´ rusibaani guidxi xtinu

Nos fêtes manifestent notre résistance et fortifient le tissu social. La communalité exprime sa force dans ce plaisir pris collectivement, dans l’allégresse et les sourires que suscitent nos musiques. Les fêtes montrent une égalité fraternelle et solidaire. Comme nos langues, nos chants et nos danses, elles reconnaissent cette fraternité comme la valeur suprême de nos peuples et de nos communautés. Ces fêtes et ces transports de joie sont gubidxa, le soleil qui ne meurt jamais (el sol que nunca muere).

Diidxazá ne xtiidxa’ ca binnigoolasa cusiidi laanu xi caquiiñe’ guidxi layú

Nos langues enferment notre cosmovision héritée de nos grand-mères et grand-pères. Elles nous permettent de penser et de nommer un monde de solidarité entre les humains et les autres êtres ou éléments de la nature. La parole et le caractère oral du parler de nos peuples sont importants et même essentiels. L’éducation dans nos langues permet la reproduction et la recréation de nos cosmovisions et de notre vie en communauté.

C’est un devoir de tout éducateur ou de toute éducatrice communaliste de former les enfants de nos peuples et d’aller au-delà de cet environnement matériel d’enfermement que sont les salles de classe afin d’éduquer en liberté, au sein de la vie quotidienne des communautés, dans le tequio, dans nos langues, dans la milpa, dans les jeux, dans le service, et en accord avec les traditions communautaires, c’est-à-dire éduquer en communalité.

Guidaaguliisa xtiipa’ ti guiapa’ guendanabaani

Ce Congrès s’élève clairement contre toutes les formes de violence dues à la politique des États et à leurs plans militaires, violence qui est aussi, dans bien des cas, le résultat de l’impunité et de la corruption de la part des mauvais gouvernements. La communalité nous incite à nous organiser pour prendre soin de la vie, dans son sens le plus étendu : nous consacrer à la défense de tout le vivant sur le guidxi layú (la terre).

La communalité est vie et pensée, pratique et théorie, elle est ce qui se partage, elle est vie égalitaire. Elle est contre l’extrême violence — la mort des femmes et des hommes — qui se présente désormais comme la principale menace à notre existence et à laquelle nous nous affrontons comme peuples, communautés, collectifs et même en tant qu’individus.

Résistance et solution politique: Congrès International de la Communalité Oaxaca, Mexique

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 23 mars 2018 by Résistance 71

A lire en complément:

la-sixta

Manifeste pour la societe des societes

 

 

Oaxaca, Mexique, deuxième congrès international sur la communalité

 

Terre et territoire

 

17 mars 2018

 

Source: https://www.lavoiedujaguar.net/Oaxaca-Mexique-Deuxieme-Congres-international-sur-la-communalite

 

La comunalidad es la antítesis del capitalismo
y una alternativa al neocolonialismo. [1]

Dans le cadre du Deuxième Congrès international sur la communalité [2], une première discussion autour du thème de la terre et du territoire eut lieu à San Pedro Comitancillo [3] les 5 et 6 mars 2018. San Pedro Comitancillo se trouve dans l’isthme de Tehuantepec. Participèrent à cette rencontre des gens venus d’Ixtepec, de Matías Romero, de Juchitán, de Santa María Guegolani, de Santa María Ixhuatan, d’Unión Hidalgo, de San Juan Guichicovi, de San Mateo del Mar, de Salina Cruz, de San Miguel Chimalapa et des États du Chiapas, de Veracruz, du Querétaro, de la ville de Mexico, de l’État de Mexico, de Puebla, de Jalisco et aussi des compagnons venus de Colombie, d’Espagne, d’Allemagne, d’Argentine et de Bolivie.

Les participants à cette première rencontre ont reconnu l’importance du territoire comme lieu où se développe une vie sociale forte autour d’un bien commun à tous. Ils ont constaté que le territoire et, par voie de conséquence, les habitants sont désormais l’objet d’une agression continue de la part d’entreprises commerciales transnationales qui convoitent, soit l’eau, soit la terre, soit la richesse du sous-sol, soit le bois des forêts, etc., rendant ainsi de plus en plus aléatoire et problématique la vie communale : « Ce système de mort a pénétré la vie des peuples, a colonisé notre mode de vie et connaît différentes expressions : patriarcat, racisme, machisme, autoritarisme, discrimination, corruption, individualisme. Pourtant la communalité nous avait permis jusqu’à présent à travers tout un système d’aide mutuelle, de réciprocité, d’échanges de savoir-faire et de connaissances de bien vivre sur cette terre. »

Tout au long de ces échanges, les participants ont constaté que l’avancée du capitalisme se fait au détriment de la communauté agraire pour défaire l’ensemble de la vie sociale : la vie des familles, l’éducation, le temps et les rythmes de vie, l’alimentation, l’habitat, la langue, la manière de se soigner et celle de s’habiller, la manière de percevoir l’activité ou le travail, les savoirs, toute la vie et la culture d’une population. Ils ont pu noter que la création des zones économiques spéciales [4] dans l’isthme de Tehuantepec, protégeant les entreprises privées au détriment des droits des peuples, a entraîné la militarisation de la région.

Ils ont aussi précisé que, pour les peuples originaires, le territoire forme un tout qui ne peut être fragmenté : la santé du territoire est un équilibre entre toutes ses parties. Le système « extractiviste » a touché la santé intégrale communautaire par la contamination, la pollution, l’insécurité, l’alcoolisme et la consommation de la drogue.

Enfin, ils ont avancé un certain nombre de propositions :

☀ Faire du commun une pratique quotidienne, au sein de la famille, du quartier, de la communauté, à l’école.

☀ Régénérer ou fortifier ce qui constitue la communalité : les assemblées, le travail commun ou tequio, les fêtes, les décisions prises collectivement, les charges communales, etc.

☀ Inculquer à la jeunesse le sens de la participation collective, le concept d’autonomie et la reconnaissance du territoire et des richesses culturelles (histoire, mémoire, identité, connaissances et savoir-faire) qui le constituent. Contre l’idée de compétition, appeler à la coopération et à la solidarité.

☀ Combattre ce qui va à l’encontre du commun, expulser les partis politiques ; combattre l’individualisme et l’ambition personnelle.

☀ Semer, créer des réseaux d’échange locaux et régionaux, soutenir des communautés menacées, socialiser l’information, partager des expériences et des capacités. Travailler ensemble au bien commun.

☀ Maintenir vivantes les connaissances héritées de nos ancêtres. Apprendre notre langue à nos enfants. Récupérer notre propre forme d’éducation. Prendre en considération les savoirs de nos peuples en discutant avec les anciennes et anciens et les transmettre (ce qui pourrait être une tâche assignée à l’école et aux radios communautaires).

☀ Réaliser un colloque sur l’atelier de dialogue culturel en hommage à Juan José Rendón Monzón, qui a travaillé à revitaliser la communalité des peuples ikoot, binnizá et ayuujk.

☀ Nommer la zone économique spéciale Zone indigène communale à défendre et réaliser notre propre cartographie.

☀ Faire un front de défense territorial dans toute la région de l’Isthme.

☀ Face à la fragmentation de nos peuples par les entreprises, il est proposé la construction d’un sujet politique lié au communal, à la terre et à l’indigène pour une vie digne sur la base du respect et du renforcement de la communalité face à l’offensive capitaliste (cf. la proposition d’un atelier sur les stratégies préventives face aux mégaprojets extractivistes de la zone économique spéciale convoqué par la Rema — Rede Mexicana de Afectados por la Minería — et le Comité d’Ixtepec pour la défense de la vie et du territoire qui se tiendra les 27 et 28 avril à San Pedro Comitancillo).

☀ Améliorer la santé intégrale communautaire, ce qui suppose éduquer selon des logiques non capitalistes les enfants : récupérer le système de la milpa, semer des plantes médicinales, créer des espaces de formation, prêter attention à la famille et à la communauté, ne pas user de produits chimiques, organiser des rencontres de discussions et commencer avec les voisins ; persister et non renoncer est un constant travail.

Déclaration

Nous, les peuples de l’isthme de Tehuantepec, reconnaissons les différentes expressions de la communalité, qui, comme des fleurs, naissent et se donnent dans d’autres régions. Ce sont : l’exercice de l’autorité au service des peuples comme pouvoir communal ; la fête, qui resserre les liens sociaux et le sentiment d’appartenance pour offrir l’espace du plaisir où l’on goûte les plats, les musiques et les danses traditionnelles communautaires, et où s’expriment nos formes de solidarité ; le travail communal — tequios, gozonas, mano vuelta [5] — qui permet la reproduction matérielle et spirituelle de la vie communautaire en franche opposition à l’individualisme qui caractérise le système néolibéral en crise.

Reconstruire la vie revient à reconstruire la communauté et le commun avec, pour objectif : la récupération critique de la culture et de la langue sans tomber dans le folklore ; une ouverture sincère au dialogue entre tous ceux qui font partie de la communauté ; la reconnaissance des femmes en tant que créatrices et fondatrices de la vie ; la reconceptualisation de la notion du travail vu comme activité communautaire et en relation avec la terre. En ce sens, le projet d’une université communale dans différents centres de l’État d’Oaxaca, offrant un espace de création et de recréation de la communalité, est une réelle avancée.

Nous, participants au deuxième congrès international de la communalité, qui s’est tenu à San Pedro Comitancillo, dénonçons les autorités municipales et ejidales de la région de l’Isthme qui, comme dans le cas de San Pedro, ont facilité l’imposition de mégaprojets comme la ligne de transmission Xipe, qui traverse toute la région, et nous exhortons les autorités communales, ejidales et municipales à ne pas tomber dans ce genre de complicité et à défendre nos territoires devant la menace que représentent les zones économiques spéciales.

Nous dénonçons les violences qu’implique l’imposition du modèle « extractiviste », qui assiège et agresse nos territoires, comme crimes perpétués contre la vie communale et, tout particulièrement, contre les femmes, les jeunes, les filles et les garçons ; des crimes qui ont coûté la vie à des hommes et à des femmes issus de nos peuples.

Nous nous joignons à la dénonciation présentée par l’assemblée communautaire d’Unión Hidalgo concernant l’illégalité des contrats signés entre les petits propriétaires et EDF (Électricité de France), qui prétend imposer un parc d’éoliennes sur leur territoire [6], et nous soutenons la campagne internationale contre EDF et son ambition extractiviste.

Nous célébrons la lutte communautaire du comité d’Ixtepec « Vida y Territorio » qui a obtenu l’arrêt du projet minier à Ixtepec, annoncé le 17 septembre 2017 par le ministère de l’Économie au Journal officiel.

Nous célébrons aussi la décision collective des compagnons de Comitancillo qui, à la suite de cette rencontre, se sont engagés à former un groupe de travail pour s’informer et informer la communauté sur les projets qui la menacent, et nous faisons un appel à la solidarité nationale et internationale pour rappeler partout l’agression continue des mégaprojets sur les territoires indiens.

Traduction : Georges Lapierre.

Notes

[1] La communalité est l’antithèse du capitalisme et une alternative au néocolonialisme.

[2] Le Premier Congrès international sur le thème de la communalité eut lieu à Puebla en 2016, ce Deuxième Congrès s’est tenu à Oaxaca du 5 au 9 mars 2018.

[3] Les autres sièges furent : Oaxaca, Tlahuitoltepec (région mixe — ou Ayuujk — dans la Sierra Norte), Guelatao (région zapotèque de la Sierra Norte). Les 7, 8 et 9 mars, les participants de ce Deuxième Congrès international se sont regroupés dans un seul lieu : le village de Guelatao.

[4] Les zones économiques spéciales (ZEE) décrétées par le gouvernement fédéral comprennent les infrastructures : routes, aéroports, ports, voies ferrées, ainsi que la mise en service des sources d’énergie nécessaires à l’exploitation des ressources d’une région (barrages, éoliennes, etc.).

[5] Tequio : mot d’origine nahuatl, repris par l’Église, pour signifier le travail commun dû, autrefois pour l’empereur aztèque, puis pour l’Église : il est désormais au service de la communauté.

Gozona : mot zapotèque, c’est la contribution, sous forme de nourriture ou de bien matériel, apportée par chacun lors d’un tequio ou d’une fête ou pour toutes autres occasions.

Mano vuelta : mots castillans, c’est l’échange de services, la plupart du temps sous la forme d’un travail manuel. (NdT.)

[6] Le parc Gunna Sicarú.

Résistance au colonialisme: Communiqué du Congrès National Indigène et de l’EZLN sur la répression des enseignants au Mexique

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Depuis la tempête

Communiqué Commun du Congrès National Indigène et de l’EZLN au sujet de la lâche attaque policière contre la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Éducation et la communauté indigène de Nochixtlán, Oaxaca.

Le 20 juin 2016.

Au peuple du Mexique.
Aux peuples du Monde:

Face à la lâche attaque répressive qu’ont subi les enseignants, les enseignantes et la communauté à Nochixtlán, dans l’état de Oaxaca, – par laquelle l’État Mexicain nous rappelle qu’il s’agit d’une guerre contre tous et toutes – ; les peuples, nations et tribus formant le Congrès National Indigène et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, faisons savoir au digne mouvement enseignant qu’il n’est pas isolé, que nous savons que la raison et la vérité sont de son côté, que la dignité collective avec laquelle leur résistance s’exprime est inébranlable, et que celle-ci est l’arme principale de ceux qui, comme nous, sont d’en-bas.

Nous rejetons l’escalade répressive avec laquelle ils cherchent à imposer dans tout le pays la réforme néolibérale capitaliste qu’ils appellent “éducative”, principalement dans les états de Oaxaca, Chiapas, Guerrero et Michoacán. C’est par des menaces, des persécutions, des coups, des emprisonnements injustes et maintenant des assassinats qu’ils veulent faire plier la dignité des enseignants en rébellion.

Nous appelons nos peuples et la société civile en général à être aux côtés du corps enseignant qui résiste à chaque instant, à nous reconnaître en lui, car la violence utilisée pour les déposséder de garanties basiques du droit du travail afin de rendre l’éducation privée, est un reflet de la violence avec laquelle ils sont en train de spolier les peuples originels, les peuples paysans et urbains.

Ceux qui sont au pouvoir et qui s’en délectent ont décidé que l’éducation, la santé, les territoires indigènes et paysans, mais aussi la paix et la sécurité, sont une marchandise destinée à ceux qui peuvent la payer, que les droits ne sont pas des droits, mais des produits et services qu’on peut arracher, dépouiller, détruire ou négocier selon ce que dicte le grand capital. Et cette aberration, ils prétendent l’imposer de manière sanglante ; en assassinant et en faisant disparaître nos compañer@s, en envoyant nos porte-paroles dans des prisons de haute sécurité, en faisant de la torture éhontée un véritable marketing gouvernemental et, grâce à l’aide des médias commerciaux, en assimilant à la délinquance ce que la société mexicaine a de plus cher, c’est-à-dire ceux qui luttent, qui ne se rendent pas, qui ne se vendent pas et qui ne lâchent rien.

Nous exigeons l’arrêt de la répression contre le corps enseignant en lutte et la libération immédiate et inconditionnelle de TOUS les prisonniers politiques.

Nous invitons tous les peuples de la campagne et des villes à être attentifs et solidaires avec la lutte enseignante, à nous organiser de manière autonome afin d’être au courant et vigilants face à cet orage qui s’abat sur toutes et tous, tout en sachant qu’un orage, en plus de la tempête et du chaos, rend aussi fertile la terre d’où éclot toujours un nouveau monde.

Depuis les montagnes, les champs, les vallées, les ravins et les quartiers des peuples, nations et tribus originaires du Mexique.
Jamais plus un Mexique Sans Nous !

Congrès National Indigène.
Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Mexique, le 20 juin 2016.

 

Source:

http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2016/06/22/depuis-la-tempete/