Archive pour manifestations brésil 2013

Résistance politique: Le mouvement social au Brésil

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 1 juillet 2013 by Résistance 71

Une fois de plus: Il est nécessaire pour tout mouvement d’avoir:

  • Une vision politique claire
  • Une action coordonnée
  • Une acuité spéciale à ne pas se faire récupérer par la fange politique usuelle

Il en va de même bien sûr pour nous ici en Europe. Il faut communiquer et relier les luttes entre elles de pays à pays, c’est l’union qui fait trembler l’oligarchie et qui la vaincra sans coup férir. Celle-ci le sait parfaitement bien, ce n’est bien sûr pas par hasard si elle dépense des milliards pour entretenir la division, la haine et le chaos.

— Résistance 71 —

 

Ni révolution ni mouvement contre la corruption: le fond social des soulèvements populaires au Brésil

 

27 Juin 2013

 

url de l’article:

http://www.federation-anarchiste.org/spip.php?article1174

 

 

Le mouvement social brésilien vu par une anarchiste.

Nous reproduisons le texte que nous a adressé une camarade et sympathisante anarchiste brésilienne.

Le Groupe Regard Noir.

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La longue nuit du 17 Juin a changé le scénario brésilien et redimensionné les manifestations sociales. La mobilisation massive – d’environ 1 million de personnes – dans une dizaine des principales villes du pays et du monde est un événement unique dans l’histoire politique brésilienne depuis les protestations pour l’impeachment du Président Collor en 1992. Ces manifestations marquent une rupture : ce qu’on observe monter dans la scène brésilienne est peut être un nouvel acteur politique collectif, le catalyseur d’une puissante force sociale dans les rues.

A l’origine des mouvements populaires, on retrouve la hausse des tarifs du transport public dans plusieurs villes du Brésil. Au début, les actes sont appelés à Sao Paulo, la plus grande ville et capitale économique du pays, par le Movimento Passe Livre – MPL (mouvement pour le tarif zéro), mouvement surgi lors du Forum Social Mondial, en 2005. Les revendications, notamment progressistes, incluent la réduction du tarif des transports, l’établissement d’un réseau des transports accessible et de qualité, et la non-criminalisation des mouvements sociaux. L’objectif du mouvement a toujours été la lutte pour passer d’un système de transport du grand cartel privé à un système entièrement public, financé par des impôts progressifs. Néanmoins, les mouvements ont un caractère horizontal et il n’y a pas vraiment de coordination régionale ou nationale. Par exemple, à Rio de Janeiro, la convocation des nouveaux actes est décidée en assemblée ouverte à tous.

Initialement les manifestations étaient fortement criminalisés par les principaux moyens de communication du pays, qui sont dominés par quelques familles – on peut aisément parler de monopole – alliées du grand capital et de la droite réactionnaire au Brésil. Il est important de souligner que la scène politique brésilienne se caractérise, d’un côté, par une forte alliance de la droite libérale avec les segments nationalistes, et d’autre côté, par la fragmentation de la gauche et la marginalisation, voire criminalisation, de l’extrême-gauche.

Suite à l’adhésion populaire massive aux mouvements, les grands médias changent radicalement de position pour reconnaître la légitimé des actions, tout en condamnant les actes de « vandalisme » lors des manifestations. Cette adhésion a été accompagnée d’un changement de direction des mouvements, caractérisé par la présence des groupes conservateurs, de l’harcèlement des membres des partis politiques de gauche dans les manifestations, et l’apparition de slogans aussi flous que dépolitisés, tel que le combat contre la corruption. On y voit clairement une tentative de dispersion du mouvement par les secteurs réactionnaires de la société, menant une campagne de dépolitisation sommé à des appels nationalistes (« On y porte que le drapeau du Brésil »).

Après la mobilisation nationale du 20 Juin, le MPL dénonce la «  séquestration » des mouvements par la droite, caractérisée par des devises conservatrices qui demandent, entre autres, la criminalisation de l’avortement ou la réduction de l’âge de responsabilité pénale. En protestation, le lendemain, il annonce qu’il ne fera plus d’appel aux manifestations. Dans la même nuit, à Sao Paulo et à Rio, on témoigne des scénarios de guerre urbaine accompagnés d’une violence policière utilisée jusqu’ici seulement lors des actions de « nettoyage » dans les favelas.

Des manifestants rapportent des actes de brutalité policière, on observe l’arrestation arbitraire dans les rues, et même le siège d’un bâtiment universitaire fédéral par des policiers militaires, d’où les manifestants n’ont pu sortir qu’au lendemain avec l’intervention du président de l’Université. A Porto Alegre, le siège de la Federação Anarquista Gaúcha – FAG (Fédération anarchiste du Rio Grande do Sul) a été envahie par des policiers en civil suite à des dénonciations par la presse conservatrice des liaisons de cette fédération avec des « anarchistes internationaux », à fin de mettre en place des tactiques de guérillas lors de manifestations. Rien, bien évidemment, n’a été prouvé.

On témoigne donc une recrudescence progressive de l’Etat policier dans les grandes villes du pays, la criminalisation ostensive des soulèvements populaires et la marginalisation des partisans de gauche vers une radicalisation du mouvement à droite. Face au danger réactionnaire, la gauche affiche une double stratégie : la rétraction des mouvements et la tentative d’organisation d’un front commun.

L’analyse anarchiste des soulèvements met en lumière que le mouvement manque de bases politiques claires, ce qui lui permettrait d’éviter sa fragmentation. La force sociale représentée par les derniers mouvements ne peut être négligée et il faut rappeler son caractère de classe, au-delà de toute idéologie. Il est capital que cette lutte ne soit pas séquestrée par un parti politique ou par les secteurs conservateurs, mais une lutte non-partisane est très différente d’un combat anti-partisan. Cela signifie respecter toutes les couleurs/drapeaux qui collaborent à la mobilisation populaire, dans le but d’unir les différentes forces politiques autour d’un agenda commun.

On reconnaît donc l’importance d’une force populaire, d’un soulèvement de la classe travailleuse depuis son origine. Malgré les revendications proches des idéologies libertaires et de gauche, ainsi que la participation des militants des partis politiques dans la construction du mouvement, celui-ci n’est identifié à aucune idéologie spécifique. Une grande partie des anarchistes au Brésil semble vouloir construire et organiser de la meilleure manière possible la lutte sans se revendiquer «  capitaines du mouvement ». Ils mettent aussi l’accent sur l’importance de renforcer les structures de base, telles que les syndicats, les entités d’étudiants ou les associations de quartiers afin de mener une discussion quotidienne des revendications pour être apportées lors des mobilisations. Cela permettra aux groupes opprimés de construire un projet politique propre dans le but de faire face aux classes dominantes et à leurs instruments qui essayent de coopter les mobilisations populaires.

Résistance politique: Solidarité avec le peuple brésilien…

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Brésil la révolte, les anarchistes et les peuples indigènes

La Coordination anarchiste brésilienne (CAB) fait le lien entre deux aspects de la révolte au Brésil : dans les villes, la lutte pour un vrai service de transports, et plus généralement pour de vrais services publics ; dans les zones rurales, la lutte des peuples indigènes contre l’agro-business dévastateur et le plan IIRSA. Avec, en toile de fond, la gabegie liée au Mundial 2014.

 

Extrait d’un article de la CAB publié sur Anarkismo.net, le réseau communiste libertaire international.

 

25 Juin 2013

 

url de l’article:

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article5386

 

La lutte n’est pas un crime!

Stoppons la répression des mouvements sociaux au Brésil !

Durant le premier semestre 2013, il y a eu des mobilisations du nord au sud du Brésil qui ont été confrontées à la réaction des gouvernements, de l’appareil répressif et des médias. Depuis les luttes pour la défense des transports publics dans la capitale, en passant par les grèves des chantiers du PAC (Plan d’accélération de la croissance) jusqu’aux résistances des peuples indigènes, toutes ces luttes ont été l’objet d’une criminalisation liée à l’organisation de la Coupe du monde de football.

La Coupe du monde arrive ! Mais en plus de ce méga-évènement, nous avons les projets pharaoniques du Plan d’accélération de la croissance (PAC) et de l’Initiative pour l’intégration des infrastructures régionales de l’Amérique du Sud (IIRSA) [1]. Ces politiques publiques perpétuent l’œuvre de 500 ans de massacres des peuples autochtones. Expropriations et expulsions se multiplient au profit des entreprises. L’argent du peuple brésilien est gaspillé. Dans les villes où aura lieu la Coupe, et même dans d’autres villes, on annonce la construction de bâtiments et autres édifices. […]

Transports publics et offensive populaire dans les villes

Chaque début d’année, le patronat des transports, en lien avec les pouvoirs publics, augmente scandaleusement les prix, alors que les transports sont de mauvaise qualité (inadaptés aux handicapés), fréquemment en retard et bondés. En outre, les travailleurs des transports sont surexploités.

Cette situation scandaleuse a conduit la jeunesse à s’opposer aux augmentations et à revendiquer un « pass gratuit » pour les étudiants et les chômeurs, et un autre modèle de transports, 100 % gratuits. […] Sur ce point, les récentes victoires Porto Alegre et à Goiânia sont l’exemple à suivre. […] La réduction du coût des transports collectif est une victoire de la rue et du peuple entraîné par la jeunesse. Loin d’être une mobilisation virtuelle, cette action a été le fruit d’un patient travail de mobilisation auquel nous avons modestement apporté notre contribution.

D’autres luttes pour la réduction des tarifs se sont multipliés au Brésil, tandis que la réaction conservatrice du gouvernement, des médias et des entreprises tentait de légitimer la répression des mouvements sociaux, avec des dizaines d’incarcérations et des poursuites judiciaires. […]

La résistance indigène contre l’agro-industrie

Plusieurs mobilisations des peuples indigènes ont marqué le premier semestre 2013, parmi lesquelles l’occupation de l’Assemblée nationale par près de 300 personnes […]. Il y a plus d’une centaine de propositions de lois contraires aux droits des peuples indigènes en examen à la Chambre des députés et au Sénat. Parmi celles-ci, on peut souligner la Proposition d’amendement de la Constitution (PEC) 215 […]. Si ce texte est appliqué, il donnera le pouvoir au Congrès de modifier la réglementation des terres des peuples indigènes, pouvoir qui était jusqu’à présent réservé à une organisation des peuples natifs. De nombreux députés souhaitent en effet mettre les terres indigènes au service de l’agro-industrie.

Une bonne partie du capitalisme brésilien, donc de la lutte des classes et des luttes indigènes, repose sur l’agro-industrie, basée sur la monoculture et l’exportation. Pour s’étendre, elle s’attaque aux exploitations familiales, expulse les travailleurs ruraux et vole les terres des peuples indigènes. Ce modèle concentre les richesses, génère de la misère, de la violence et de la pauvreté presque partout où il s’installe. A la campagne et dans les villes, il tue lentement les travailleurs qui consomment les produits empoisonnés par les pesticides. On constate également une augmentation du coût des produits alimentaires de base (riz, haricot et blé) qui représentent jusqu’à 70 % de la consommation du pays, mais seulement 30 % des terres cultivées, et cela en raison de la progression de la monoculture. […]

Du sud au nord du pays, nous sommes solidaires des luttes des peuples indigènes. Depuis les procès de résistance dans la communie de Maracanã à Rio de Janeiro, en passant par les luttes des Pitaguarys dans le Ceara ou encore les mobilisations des Guaranis et des Kaingangs dans le Rio Grande do Sul, nous sommes main dans la main avec les indigènes pour la défense de leur territoire et contre les impacts du plan IIRSA.

La solidarité vaut plus que des écrits ! Soyons solidaires de celles et ceux qui luttent !

Coordination anarchiste brésilienne, 19 juin 2013

[1] L’IIRSA a été lancée en 2000 par la Colombie, l’Équateur, le Pérou, la Bolivie, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, le Chili, le Venezuela, le Guyana et le Surinam. Il s’agit d’un projet d’intégration du capitalisme sud-américain, avec des conséquences sociales et environnementales désastreuses. Nous en avions parlé en 2006 dans l’article « Venezuela : Les deux visages du chavisme »->754.