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Ukraine: La grande tradition anarchiste et le mouvement de La “Makhnovshchina”…

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Article connexe: « La société contre l’État: l’expérience anarchiste ukrainienne 1917-1923 »

 

Le mouvement makhnoviste ukrainien dans la révolution russe

 

Robert Graham

 

30 mars 2015

 

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2015/03/29/the-makhnovist-movement-in-the-russian-revolution/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Contre-révolution en Russie

La révolution russe de 1917 leva un autre problème d’importance fondamentale pour les anarchistes révolutionnaires: comment gérer la contre-révolution ? Que celle-ci vienne de la droite ou de la gauche ? De 1918 à 1921, la Russie fut dévastée par une guerre civile. Bien des anarchistes prirent position afin de protéger les gains fait par la révolution de 1917, ils n’avaient pas d’autre choix que de travailler avec les Bolchéviques (les “Rouges”) afin d’empêcher les contre-révolutionnaires monarchistes / tsaristes (les “Blancs”) de forcer un retour à l’ancien régime, avec tous les massacres et représailles que cela représenterait. D’après Paul Avrich, pendant la guerre civile russe “une grande majorité des anarchistes donnèrent un soutien varié au régime en danger”, menant Lénine à louer quelques-uns des anarchistes pour “être devenus les soutiens les plus motivés du pouvoir soviétique” (1978:196-197)

Le mouvement makhnoviste

D’autres anarchistes argumentaient eux qu’il y avait des alternatives à simplement soutenir les bolchéviques dans leur lutte contre les contre-révolutionnaires blancs, renforçant ainsi la dictature bolchévique. Ils préconisaient au contraire une “guerre de résistance permanente, ici, là-bas et partout”, comme le dit alors si bien Voline en Février 1918. Mais ce ne fut qu’en Ukraine que les anarchistes furent capables de mettre en place une insurrection populaire avec l’anarchiste Nestor Makhno, emmenant une armée de guerilleros paysans et ouvriers (La “Makhnovshchina”) contre des forces variées allant des troupes d’occupation allemandes et autrichiennes, aux “hommes forts” locaux (“hetman”) en passant par les “Blancs” et les bolchéviques eux-mêmes lorsque ce fut nécessaire. (Volume One, Selections 85 & 86).

Lorsque les makhnovistes libéraient un endroit, ils abolissaient tous les décrets issus par les blancs et les rouges, laissant ainsi les “assemblées paysannes et celles des travailleurs des usines et des ateliers” décider pour elles-mêmes la façon d’organiser leurs affaires. La terre devait retourner à “ces paysans qui s’autosuffisent par leur travail de la terre” et “les usines et ateliers, les mines et autres outils et moyens de production, devaient retourner aux ouvriers eux-mêmes.” (Volume One, Selection 85).

Les makhnovistes dénonçaient “l’autorité terrienne bourgeoise d’un côté et la dictature communiste bolchévique de l’autre.” Ils mettaient à mal la police secrète bolchévique, la tristement célebre tchéka, dans des zones qui avaient été sous contrôle bolchévique et réouvraient les imprimeries et les salles de réunion que les bolchéviques avaient fermé, proclamant que “la liberté de parole, de réunion, de la presse, d’assemblée, de se syndiquer étaient des droits humains inaliénables pour chaque ouvrier et paysan et que toute restriction sur ces droits constituait un acte contre-révolutionnaire.” Les makhnovistes appelèrent les soldats de l’armée rouge, parfois avec succès, à déserter et à rejoindre les makhnovistes dans leur lutte pour “une société des travailleurs non-autoritaire, sans parasites et sans commissaires politiques-bureaucrates.” (Volume One, Selection 85).

Malgré leur opposition à la “milice d’État, aux policiers et aux armées”, qu’ils abolissaient dans les zones libérées, les insurgents makhnovistes adoptèrent quelques aspects d’une organisation militaire plus conventionnelle, incluant une chaîne de commandement et une conscription, il y eut parfois quelques débordements et des “exécutions sommaires” (Avrich, 1988: 114 & 121)

Beaucoup d’anarchistes encore libres de pouvoir le faire comme Voline, Aaron Baton et Peter Arshinov, se rendirent en Ukraine pour assister les makhnovistes, mettant en place la confédération de Nabat, une des organisations anarchiste les plus efficaces durant la révolution russe et la guerre civile. Mais, comme le nota Arshinov: “trois années de guerre civile ininterrompue rendit le sud de l’Ukraine en un champ de bataille permanent,” ce qui rendit la tâche très difficiles pour les makhnovistes et les anarchistes en soutien, pour faire quoi que ce soit de positif. Et pourtant, pendant 5 mois, au début de l’année 1919, la région de “Gulyai-Polye”, où était basé Makhno, fut libre de toute autorité politique, donnant une chance, même si courte, aux anarchistes de mettre leurs idées constructives en pratique en aidant les paysans et les ouvriers à mettre en place des communes libertaires et des assemblées populaires (soviets).

Une “série de congrès régionaux de paysans, d’ouvriers et d’insurgents”, se tint, la troisième en Avril 1919 et ce “en défi d’une interdiction faite par les bolchéviques”. Après que “deux agents de la tchéka envoyés pour assassiner Makhno furent arrêtés et exécutés” en Mai 1919 et que les makhnovistes eurent appelé les soldats de l’armée rouge de les rejoindre, Trotski mit les makhnovistes hors-la-loi, envoyant des troupes pour démanteler leurs communes paysannes. Malgré quelques alliances sporadiques pour combattre les blancs, début 1921, les bolchéviques avaient écrasé le mouvement makhnoviste.

A l’encontre des bolchéviques, les makkhnovistes furent capables de réunir un soutien suffisant au sein de la population ukrainienne, surtout paysanne, qui avait un profond ressentiment pour les saisies de grains et de nourriture dont ils étaient les victimes de la part des bolchéviques, voyant que “le pain qui leur était pris de force nourrissait essentiellement l’énorme machine gouvernementale et bureaucratique” qui avait été créée par les bolchéviques. Pour que la révolution puisse être réussie, les anarchistes pensaient (et pensent toujours) que les masses “devaient se sentir véritablement libres, elles doivent savoir que le travail qu’elles fournissent est le leur et leur bénéfice, elles doivent voir que dans chaque mesure sociale qui est adoptée, s’inscrit la manifestation de leur volonté, de leurs espoirs et de leurs aspirations.”

(Volume One, Selection 86).

Ingérence occidentale en Ukraine: On est parti pour un Syrie 2.0…

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Seule solution pour le peuple ukrainien: qu’il se rappelle de Nestor Makhno et de son héritage politique… Autre article sue le sujet ici.

— Résistance 71 —

 

Les Etats-Unis et l’Union Européenne s’allient aux fascistes ukrainiens

 

Eric Draitser

 

19 février 2014

 

url de l’article en français:

http://www.michelcollon.info/Renaissance-du-fascisme-en-Ukraine.html?lang=fr

 

Dans leur tentative d’arracher l’Ukraine de la sphère d’influence de la Russie, les USA-UE-OTAN se sont alliés eux-mêmes avec des fascistes – et ce n’est pas la première fois. Evidement, pendant des dizaines d’années, des millions de personnes ont « disparues » ou été assassinées par des formes paramilitaires fascistes armées et appuyées par les Etats-Unis.

Les derniers mois ont vu régulièrement des manifestations menées par l’opposition politique ukrainienne et ses partisans – manifestations soi-disant en réaction au refus du président Yanukovich de signer un accord commercial avec l’Union Européenne, vu par beaucoup d’observateurs politiques comme une première étape vers l’intégration à l’U.E. Les manifestations sont restées en général pacifiques jusqu’au 17 janvier, quand des manifestants casqués, armés de matraques et de bombes improvisées ont déchaîné une brutale violence contre la police, entrant en furie dans les bâtiments gouvernementaux, tabassant tous ceux suspects de sympathies envers le gouvernement, et causant des ravages de manière générale dans les rues de Kiev. Mais qui étaient ces extrémistes violents, et quelle est leur idéologie ?

La formation politique est connue sous le nom de « Pravy Sektor » (Secteur de Droite). C’est essentiellement une organisation coordonnant un certain nombre de groupes ultranationalistes de tendance droitière (lire : fascistes), dont les partisans du « SvobodaParty » (Parti de la Liberté), « Les patriotes de l’Ukraine », « Assemblée Nationale Ukrainienne – Autodéfense Nationale Ukrainienne » (UNA-UNSO), et « Trizub ». Toutes ces organisations partagent une idéologie commune qui est frénétiquementantirusse, anti-immigration, et anti-juive, entre autres choses. En plus, elles partagent une référence commune à « l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens », conduite par Stepan Bandera, le collaborateur nazi tristement célèbre qui a combattu activement contre l’Union Soviétique et s’est impliqué dans certains des pires atrocités commises de chaque côté pendant la seconde guerre mondiale.

Pendant que les forces politiques ukrainiennes, opposition et gouvernement, continuaient à négocier, une très différente bataille était engagée dans les rues. Utilisant l’intimidation et la force brutale, relevant plus des « chemises brunes » d’Hitler ou des « chemises noires » de Mussolini que d’un mouvement politique d’aujourd’hui. Ces groupes ont réussi à transformer un conflit de politique économique en une lutte existentielle pour la survie même de la nation que ceux qui se nomment « nationalistes » prétendent aimer de tout leur cœur. Les images de Kiev en feu, des rues de Lvivremplies de voyous, et autres exemples effrayants du chaos dans le pays, montrent sans l’ombre d’un doute que la négociation politique avec l’opposition du Maidan (place centrale de Kiev et centre des manifestations) maintenant n’est plus le problème central. La question est plutôt celle du fascisme ukrainien et s’il doit être soutenu ou rejeté.

En ce qui les concerne, les Etats-Unis ont pris fermement position aux côtés de l’opposition, en dépit de son caractère politique. Début décembre, des membres de la classe dirigeante des USA, tels que John McCain et Victoria Nuland ont été aperçus àMaidanapportant leur appui aux manifestants. Néanmoins, alors que le profil de l’opposition est devenu manifeste ces derniers temps, les USA et la classe dirigeante de l’Ouest, et leur machine à médias, ont peu fait pour condamner la recrudescence fasciste. Au lieu de cela, leurs représentants ont rencontré des représentants du « Secteur de Droite » et les ont jugés comme étant « non menaçants ». En d’autres mots, les USA et leurs alliés ont donné une approbation tacite à la continuation et à la prolifération de la violence au non de leur but final : le changement de régime.

Dans leur tentative d’arracher l’Ukraine de la sphère d’influence de la Russie, les USA-UE-OTAN se sont alliés eux-mêmes avec des fascistes – et ce n’est pas la première fois. Evidemment, pendant des dizaines d’années, des millions de personnes ont « disparues » ou été assassinées par des formes paramilitaires fascistes armées et appuyées par les Etats-Unis. Le Moudjahidisme en Afghanistan, qui plus tard s’est métamorphosé en Al Qaeda, également extrémistes réactionnaires idéologiques, a été créé et financés par les Etats-Unis dans le but de déstabiliser la Russie. Et évidement c’est aussi la douloureuse réalité de la Lybie et, plus récemment, de la Syrie, où les Etats-Unis et leurs alliés financent et soutiennent les extrémistes Djihadistes contre un gouvernement qui a refusé de s’aligner sur les USA et Israël. Il y a ici une tendance inquiétante qui n’a jamais été perdue de vue par les observateurs politiques consciencieux. : les Etats-Unis font toujours cause commune avec l’extrême droite et les fascistes pour un profit géopolitique.

La situation en Ukraine est profondément troublante car ’elle représente une conflagration politique qui pourrait très facilement déchirer le pays moins de 25 ans après qu’il ait gagné son indépendance sur l’Union Soviétique. Cependant, il y a un autre aspect tout aussi inquiétant de la montée du fascisme dans ce pays – il n’est pas le seul.

La menace fasciste à travers le continent

L’Ukraine et la montée de l’extrême-droite ne peuvent être vus, et encore moins compris, hors du contexte. Au contraire, cela doit être examiné dans le cadre d’une tendance croissante à travers l’Europe (et bien entendu le monde) – une tendance qui menace les fondements mêmes de la démocratie.

En Grèce, l’austérité sauvage imposée par la troïka (FMI, BCE et Commission européenne) a paralysé l’économie du pays, conduisant à une dépression aussi grave, sinon pire, que la « grande dépression » aux Etats-Unis. C’est dans ce contexte d’effondrement économique que le parti de « Aube Dorée » est devenu le troisième parti politique le plus populaire dans le pays. Epousant une idéologie de la haine, « Aube Dorée » – en fait un parti nazi anti-juif, anti-immigrant, chauviniste anti-femme – est une force politique que le gouvernement d’Athènes a perçue comme une menace sérieuse pour le tissu même de la société. C’est cette menace qui a conduit le gouvernement à arrêter la direction du parti après qu’un fasciste d’Aube Dorée ait mortellement poignardé un rappeurantifasciste. Athènes a lancé une enquête sur ce parti, mais les résultats de cette enquête et de la procédure judiciaire restent peu clairs.

Ce qui fait d’Aube Dorée une telle menace insidieuse, c’est le fait que, malgré leur idéologie centrale du nazisme, leur rhétorique anti-UE, anti-austérité, plait à beaucoup dans la Grèce dévastée économiquement. Comme beaucoup de mouvements fascistes du 20ème siècle, Aube Dorée prend comme bouc émissaire les immigrants, les musulmans et les africains principalement, devant beaucoup de problèmes auxquels sont confrontés les Grecs. Dans des circonstances économiques désastreuses, une telle haine irrationnelle devient attirante, une réponse à la question de savoir comment résoudre les problèmes de société. En fait, malgré que les leaders d’Aube Dorée soient en prison, d’autres membres de ce parti sont toujours au parlement, occupent toujours des fonctions importantes y compris le maire d’Athènes. Bien qu’une victoire électorale soit peu probable, une nouvelle solide performance dans les urnes rendrait l’éradication du fascisme en Grèce plus difficile.

Si ce phénomène était limité à la Grèce et à l’Ukraine, cela ne constituerait pas une tendance continentale. Néanmoins, partout en Europe, nous voyons malheureusement la montée de partis politiques similaires, quoiqu’un peu moins ouvertement fascistes.EnEspagne, le Parti Populaire (proaustérité) au pouvoir a fait passer des lois draconiennes restreignant les manifestations et la liberté d’expression, habilitant et renforçant les tactiques répressives de la police. En France, le parti du Front National de MarineLePen, qui prend avec véhémence les musulmans et les africains comme boucs émissaires, a eu presque 20% lors du premier tour des élections présidentielles. De même, le Parti pour la Liberté aux Pays-Bas – qui préconise des politiques antimusulman et antiimmigrant – s’est hissé à la troisième place au parlement. Au travers de la Scandinavie, les partis ultranationalistes qui autrefois vivotaient dans l’obscurité sont aujourd’hui des acteurs importants dans les élections. Ces tendances sont pour le moins inquiétantes.

Il convient de noter aussi que, au-delà de l’Europe, il y a un certain nombre de formations politiques quasi-fascistes qui sont, d’une manière ou d’une autre, soutenues par les Etats-Unis. Les coups d’Etat d’extrême droite qui ont renversé les gouvernementsduParaguay et du Honduras ont été tacitement et / ou ouvertement soutenus par Washington dans leur quête sans fin pour supprimer la gauche en Amérique latine. Bien sûr il faut aussi se rappeler que le mouvement de protestation en Russie a été menée parAlexeiNavalny et ses partisans nationalistes qui épousent une idéologie raciste virulente antimusulmane, qui voit les immigrants originaires du Caucase russe et des anciennes républiques soviétiques comme inférieurs aux « Russes européens ». Ces exemples et d’autres se mettent à dessiner un portrait horrible d’une politique étrangère américaine qui tente d’utiliser les difficultés économiques et les bouleversements politiques pour étendre l’hégémonie US dans le monde.

En Ukraine, le « Secteur de Droite » a quitté la table des négociations, prenant part à la lutte dans la rue pour tenter de réaliser le rêve de Stepan Bandera – une Ukraine libérée de la Russie, des Juifs, et de tous les autres vus par eux comme « indésirables ». Porté par le soutien continu des États-Unis et de l’Europe, ces fanatiques représentent une menace plus grave pour la démocratie que Ianoukovitch et le gouvernement pro-russe ne pourraient jamais représenter. Si l’Europe et les Etats-Unis n’admettent pas cette menace naissante, il sera peut-être trop tard quand ils s’en rendront compte.

Traduit pour Investig’Action par Jean-Pierre Geuten

Source : counterpunch.org

La société contre l’État: L’expérience anarchiste ukrainienne 1917-1923

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, politique et social, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , on 26 juin 2013 by Résistance 71

Nous inaugurons avec ce texte « La Lutte contre l’État » la vision makhnoviste de la résistance libertaire, celle qui tint tête à la fois aux contre-révolutionnaires tsaristes et étrangers et aux bolchéviques de Lénine et de Trotski et ce dès la fin 1917. 

Nestor Makhno est une figure de la pratique communiste libertaire d’essence rurale qui posa de très bons jalons pour une société égalitaire et libre. Peu connu, voire inconnu pour beaucoup, l’œuvre et les réalisations du mouvement makhnoviste gagnent à être plus connues. Il y a beaucoup à apprendre de l’expérience ukrainienne libertaire.

— Résistance 71 —

 

La lutte contre l’État

Nestor Makhno

Diélo trouda, n°17, octobre 1926

Le fait que l’Etat moderne soit le type d’organisation d’un pouvoir fondé sur l’arbitraire et la violence dans la vie sociale des travailleurs est indépendant de son caractère « bourgeois » ou « prolétariens ». Il repose sur le centralisme oppressif, découlant de la violence directe d’une minorité sur la majorité. Chaque Etat utilise, pour affirmer et imposer la légalité de son système, outre le fusil et l’or, des moyens puissants de pression morale. A l’aide de ces moyens, un petit groupe de politiciens réprime psychologiquement toute la société et, en particulier, les masses laborieuses, les conditionnant de façon à détourner leur attention du servage instauré par l’Etat. 

Ainsi, il est clair que, pour combattre la violence organisée de l’Etat moderne, il faut employer des moyens puissants, correspondant à l’importance de la tâche. 

Jusqu’ici, les moyens d’action sociale employés par la classe laborieuse révolutionnaire contre le pouvoir des oppresseurs et exploiteurs – l’Etat et le Capital – , conformément aux idées libertaires, ne suffisent pas pour mener les travailleurs à la victoire complète.

Il est arrivé dans l’Histoire que les travailleurs vainquent le Capital; mais la victoire leur échappait ensuite, parce qu’un pouvoir d’Etat se créait, unissant les intérêts du capital privé et capitalisme d’Etat pour triompher des travailleurs. 

L’expérience de la révolution russe nous a démontré à l’évidence nos insuffisances dans ce domaine. Nous ne devons pas l’oublier, nous appliquant à les discerner distinctement. 

Nous pouvons reconnaître que notre lutte contre l’Etat dans la Révolution russe fut remarquable, malgré la désorganisation qui règne dans nos rangs; remarquable surtout en ce qui concerne le la destruction de cette hideuse institution. 

Mais, en revanche notre lutte fut insignifiante dans le domaine de l’édification de la société libre des travailleurs et de ses structures sociales, ce qui aurait pu garantir son développement en dehors de la tutelle de l’Etat et de ses institution répressives.

Le fait que nous, communistes libertaires ou anarcho-syndicalistes, n’avions pas prévu me lendemain de la Révolution russe, et que nous ne nous sommes pas hâté de formuler à temps les nouvelles formes de l’activité sociale, a amené beaucoup de nos groupes ou organisations à hésiter plus d’une fois dans leur orientation politique et socio-stratégique sur le front combattant de la Révolution. 

Afin d’éviter de retomber à l’avenir dans les même erreurs, lors d’une situation révolutionnaire, et pour conserver la cohérence de notre ligne organisationelle, nous devons fondre d’abord toutes nos forces en un collectif agissant, puis définir dès maintenant notre conception constructive des unités économiques et sociales, locales et territoriales, au besoin au besoin les nommer de façon déterminée (soviets libres), et en particulier définir dans les grandes lignes leurs fonctions révolutionnaires fondamentales dans la lutte contre l’Etat.

L’époque actuelle et les leçons de la révolution russe l’exigent. 

Ceux qui se sont mêlés au coeur même de la classe ouvrière et paysanne, en prenant activement part aux victoires et aux défaites de son combat, ceux là doivent sans aucun doute arriver à nos conclusions, et plus précisément à comprendre que notre lutte contre l’Etat doit se mener jusqu’à la liquidation complète de celui-ci; ceux là reconnaîtrons par ailleurs que le rôle le plus difficile dans cette lutte est celui de la force armée révolutionnaire. 

Il est indispensable de lier les forces armées de la Révolution avec les unités sociales et économiques, dans lesquelles la population laborieuse s’organisera dès les premiers jours de la révolution, afin d’instaurer une auto-organisation totale de la vie, en dehors de toutes structures étatiques. 

Les anarchistes doivent concentrer, dès maintenant, leur attention sur cet aspect de la Révolution. Ils doivent être persuadés que, si les forces armées de la révolution s’organisent en armée importantes ou en de nombreux détachements armés locaux, elles ne pourront que vaincre les tenants et les défenseurs de l’étatisme, et par là même créer les conditions nécessaires pour la population laborieuse qui soutient la révolution, afin qu’elle puisse rompre tous ses liens avec le passé et mettre au point le processus d’édification d’une nouvelle vie socio-économique.

L’Etat pourra cependant conserver quelques survivances locales et tenter d’entraver de multiples façons la nouvelle vie des travailleurs , freiner la croissance et le développement harmonieux des nouveaux rapports basés sur l’émancipation totale de l’homme. 

La liquidation finale et totale de l’Etat ne pourra avoir lieux que lorsque l’orientation de la lutte des travailleurs sera la plus libertaire possible, lorsqu’ils élaboreront eux-même leurs structures d’action sociale. Ces structures doivent prendre la forme d’organes d’autodirection sociale et économique, celle des soviets libres (anti-autoritaires). Les travailleurs révolutionnaires et leur avant garde – les anarchistes – doivent analyser la nature et la structure de ces soviets et préciser à l’avance leurs fonctions révolutionnaires. C’est de cela que dépend principalement l’évolution positives et le développement des idées anarchistes parmi ceux qui accomplirons pour leur propre compte la liquidation de l’Etat pour édifier la société libre.

Diélo trouda, n°17, octobre 1926, pp.5-6. 

 

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MAKHNO Nestor

Né en 1889, dans une famille de paysans pauvres, Nestor Makhno va rapidement se trouver confronté au problème de l’exploitation de l’homme par l’homme. En effet, orphelin de père très jeune, il est obligé d’aller travailler à sept ans chez les riches « koulaks » (propriétaires terriens) pour aider sa famille. Il ira ensuite travailler comme fondeur à l’unique usine de son village. La révolution manquée de 1905 (il a alors seize ans) va éveiller son enthousiasme révolutionnaire et après avoir pris contact avec diverses organisations politiques qui le rebutent, il entre finalement au groupe anarchiste-communiste* de Goulaï-Polé, où il va déployer une grande activité.

Arrêté en 1908 par  » l’Okhrana  » (police du tsar), il est condamné à mort; mais, en raison de. sa jeunesse, sa peine sera commuée en réclusion à vie. Il profite de son emprisonnement à Moscou pour parfaire son éducation, bien qu’en raison de sa mauvaise conduite il soit très souvent au cachot. L’insurrection de Moscou, le 1er mars 1917 ; va lui permettre de recouvrer sa liberté et de rentrer à Goulaï-Polé où il reçoit . un accueil triomphal.

Il y retrouve le groupe anarchiste, avec lequel il va d’abord avoir quelques différents. En effet, sa détention lui avait permis de méditer longuement, il déclare à son retour, désireux d’une organisation sociale immédiate : il veut que les paysans s’organisent d’une façon assez solide pour chasser définitivement les « koulaks ». Bien que très hésitants, ses camarades vont tout de même le suivre et impulser une union professionnelle des ouvriers agricoles, une commune libre et un soviet local des paysans qui va partager les terres de façon égalitaire. Exemple qui sera rapidement suivi dans les villages voisins.

C’est à cette époque que se situe l’entrée des armées austro-allemandes en Ukraine.

Makhno est alors chargé par un comité révolutionnaire de former des bataillons de lutte contre l’occupant et la Rada centrale de l’hetman Skoropadsky. II va participer à de nombreux meetings, appelant les travailleurs à l’insurrection générale.

Spontanément tous les détachements .de partisans vont le rejoindre, et Makhno se révélera un organisateur extraordinaire, en semant la terreur dans les rangs ennemis à la tête de la compagnie révolutionnaire dont il a la responsabilité. Appuyé par les masses populaires dont les partisans sont issus, il a un énorme avantage et il est bien certain que devant une telle force, seule l’aide des armées d’occupation peut maintenir l’hetman en place.

Lorsque celles-ci vont être rappelées dans leur pays à la suite de la défaite du bloc germanique sur le front occidental, c’est la débandade chez les propriétaires qui trouvent refuge à l’étranger. C’est à ce moment-là que se situe véritablement l’expérience anarchiste en Ukraine qui, avec sa théorie d’organisation libertaire, se trouve en confrontation directe avec la théorie d’organisation marxiste et les réalisations bolcheviques en Grande-Russie.

Source: Pascal Nurnberg, Le Monde Libertaire, 1972