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Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 2ème partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

Par

Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

En contraste total avec une compréhension administrative centraliste et bureaucratique de l’exercice du pouvoir politique, le confédéralisme pose un type d’autogestion politique où tous les groupes de la société et toutes les identités culturelles peuvent s’exprimer dans des assemblées locales, dans des conventions générales et des conseils (NdT: Ceci est connu par exemple depuis le XIIème siècle au sein de la confédération des 5 puis 6 nations iroquoises suivant la Grande Loi de la Paix, loi de la terre, Kaiane’reko:wa et même auparavant avec la plus vieille confédération reconnue au monde: celle de l’Islande.). Cette compréhension de la politique et de la démocratie ouvre ce même espace politique à toutes les strates de la société et permet la formation de groupes politiques divers et différents. Ceci sert également à l’intégration politique de la société dans son entièreté. La politique devient une grande partie de la vie quotidienne. Sans politique la crise de l’État ne peut pas être résolue car la crise est alimentée par un manque de représentation de la société politique. Les termes de fédéralisme et d’auto-administration, connus dans les “démocraties libérales” doivent être repensés. Ces termes ne doivent pas être pensés en termes de hiérachisation de l’administration de l’état-nation mais plutôt comme des outils centraux de l’expression sociale et de la participation citoyenne. Ceci poussera naturellement la politisation de la société. Il n’y a aucun besoin de grandes théories politiques ici, ce dont nous avons besoin est de laisser libre-court à l’expression des besoins sociaux en renforçant structurellement l’autonomie des acteurs politico-sociaux et en créant les conditions pour l’organisation de la société dans son entièreté. La création d’un niveau opérationnel où toutes sortes de groupes politiques, sociaux, de communautés rfeligieuses ou de tendances intellectuelles pourront s’exprimer directement dans toutes les prises de décision politique. Ceci peut aussi être appelé la démocratie participative. Plus forte est la participation et au plus puissant est ce type de démocratie.

Là où l’état-nation est en contraste total avec l’idée même de démocratie, voire même en nie l’existence, le confédéralisme démocratique constitue lui, un processus démocratique fluide et continu.

Les acteurs sociaux, qui sont par eux-mêmes des unités fédératives, sont les cellules de la germination de la démocratie participative. Ils peuvent se combiner, s’associer dans de nouveaux groupes et confédérations (associations libres) en rapport avec la situation. Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative est essentiellement démocratique.

De cette façon, ce que nous appelons démocratie est l’application des processus démocratiques de prise de décision politique partant du local pour rayonner vers le global et ce dans un cadre de processus politique fluide et continu. Ce processus va affecter la structure de la toile sociale de la société en contraste avec la poussée pour l’homogénéité de l’état-nation, une construction qui ne peut être obtenue que par la force menant ainsi à la perte inhérente de la liberté.

J’ai déjà dit que le niveau local est le niveau où les décisions sont prises. Quoi qu’il en soit, la pensée menant à ces décisions a besoin d’être en ligne et en connexion avec les problèmes globaux et généraux. Nous devons comprendre et intégrer le fait que mêmes les villages et les banlieues urbaines demandes des structures confédérées. Tous les aspects de la société doivent être autogérés et tous les niveaux doivent être libres de participer.

L’auto-defense

Essentiellement, l’état-nation est une entité structurée militairement. Les états-nations sont tous ultimement des produits de toutes sortes de conflits et de guerres internes et externes. Absolument aucun de tous ces états-nations existant, n’est apparu “naturellement”, par lui-même. Invariablement, ils ont un grand nombre de guerres en archives. Ce processus n’est pas limité à leur phase de création, mais plutôt, il construit sur la militarisation de la société entière. Le leadership civil de l’état-nation n’est qu’un ustensile de son appareil militaire. Les démocraties dites libérales vont même plus loin en peignant leurs structures militaires aux couleurs de la démocratie libérale. Cela ne les empêche nullement de rechercher des solutions autoritaires au climax d’une crise qui a été engendrée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est la nature même de l’état-nation. Le fascisme est la forme la plus pure de l’état-nation.

Cette militarisation ne peut-être repoussée qu’avec l’aide de l’auto-défense. Les sociétés sans aucun mécanisme d’auto-défense perdent leur identité, leur capacité de prise de décision démocratique et leur nature politique. C’est pourquoi l’auto-défense d’une société n’est pas seulement limitée à la dimension militaire. Cela présuppose également la préservation de son identité, de sa propre conscience politique et d’un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’auto-défense.

Sur cette toile de fond, le confédéralisme démocratique peut être appelé un système d’auto-défense de la société. Seulement avec l’aide de réseaux confédérés peut-il y avoir une base pour opposer la domination globale des monopoles et du militarisme de l’état-nation.

Contre le réseau des monopoles, nous devons construire un réseau tout aussi fort de confédérations politico-sociales. Ceci veut dire en particulier que le paradigme social du confédéralisme n’implique aucunement un monopole militaire des forces armées, qui n’ont pour seule tache que d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. Elles sont sous le contrôle direct des institutions démocratiques (les assemblées). La société elle-même déterminera leurs devoirs. Une de leurs taches majeure sera la défense de la liberté d’action de la société d’interventions intérieures et extérieures. La composition du leadership militaire doit être déterminée en termes et parties égaux d’à la fois les institutions politiques et les groupes confédérés.

Le confédéralisme démocratique contre la velléité d’hégémonie

Dans le confédéralisme démocratique, il n’y a aucune place pour quelque sorte de volonté hégémonique que ce soit. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’idéologie. L’hégémonie est habituellement un principe qui est suivi par le type classique de civilisation. Les civilisations véritablement démocratiques rejettent les pouvoirs hégémoniques et les idéologies.

[…]

La façon collective de gérer les affaires sociales a besoin de compréhension, de respect des opinions non consentantes ou dissidentes et des méthodes démocratiques de prise de décision. Ceci est en contraste total avec la compréhension de la notion de leadership dans la modernité capitaliste où des décisions bureaucratiques arbitraires du caractère de l’état-nation sont diamétralement opposées avec le leadership démocratique confédéré en ligne avec des fondations éthiques.

Dans le confédéralisme démocratique les institutions de leadership n’ont pas besoin de validation, de légitimation idéologiques. De la sorte, elles n’ont aucune velléité d’obtenir l’hégémonie.

Il est bien entendu que le point de focalisation du confédéralisme démocratique se situe au niveau local, néanmoins l’organisation du confédéralisme au niveau global n’est en rien exclu. Au contraire, nous avons besoin d’établir une plateforme de sociétés civiles nationales en termes d’une assemblée confédérée afin de nous opposer aux Nations-Unis en tant qu’association des états-nations sous la direction des grandes puissances. De cette façon, nous pourrions obtenir de meilleures décisions en ayant toujours une claire vision sur la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique peut-être décrit comme une sorte d’auto-administration, d’autogestion, en contraste total avec l’administration de l’état-nation. Mais, sous certaines circonstances, une coexistence pacifique est possible aussi loin que l’état-nation n’interfère pas avec les affaires centrales de l’autogestion. (NdT: On reconnaît ici le principe même du traité Wampum Deux Rangées mis en place par la confédération iroquoise pour gérer les relations entre la confédération et des groupes extérieurs venant en contact, ceci pour dire que le mécanisme de gestion de l’autre existe, il a déjà été mis en place dans l’histoire et fonctionne parfaitement bien, le colonialisme en tant que fonction inhérente de l’État destructeur a cancérisé la société humaine. L’État est un cancer ! ). Toute intervention d’interférence appelerait à une action d’auto-défense de la part de la société civile.

Le confédéralisme démocratique n’est en guerre avec aucun état-nation mais il ne restera pas passif et timide à tout effort d’assimilation. Un renversement révolutionnaire ou la fondation d’un nouvel état ne créent en rien un changement durable et viable. Sur le long terme, liberté et justice ne peuvent être accomplies que par un processus dynamique politique démocratique et confédéré.

Ni le rejet total ni la reconnaissance totale de l’état sont utiles aux efforts démocratiques de la société civile. L’estompage de l’état, particulièrement de l’état-nation, est un processus de long-terme.

L’état sera dépassé lorsque le confédéralisme démocratique aura prouvé ses capacités à résoudre les problèmes en vue des affaires politiques et sociales. Ceci ne veut pas dire que des attaques par l’état-nation doivent être acceptées. Les confédérations démocratiques vont maintenir l’auto-défense et ses forces à tout moment. Les confédérations démocratiques ne seront pas limitées à s’organiser au sein d’un territoire particulier. Elles vont devenir des confédérations au-delà des frontières lorsque les sociétés concernées le désireront.

Les principes du confédéralisme démocratique

  1. Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état qui leur soit propre. Mais la fondation d’un état n’augmente en rien la liberté des peuples. Le système des Nations-Unies (ONU) qui est basé sur l’état-nation est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles pour tout développement social. Le confédéralisme démocratique est le paradigme par contraste du peuple opprimé.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme politico-social non étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le confédéralisme démocratique est le modèle organisationnel culturel d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du epuple. Ses processus de prises de décisions reposent sur les communautés. De plus hauts niveaux ne servent qu’à la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués (révocables) aux assemblées générales. Pour une durée et un espace limités, ils sont à la fois les portes-parole et institutions exécutives. Quoi qu’il en soit, la base du pouvoir de décision demeure avec les institutions de la base populaire au sein des communautés.
  4. Au Moyen-Orient, la démocratie ne peut pas être imposée par le système capitaliste et ses puissances impérialistes qui ne font qu’endommager la démocratie. La propagation de la démocratie de la base populaire est élémentaire. C’est la seule approche qui peut s’occuper des divers groupes ethniques, religions et différences de classes actuelles. Cela est aussi en adéquation avec la structure confédérale traditionnelle de la société dans son ensemble.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est un mouvement anti-nationaliste. Il vise à réaliser le droit d’auto-défense des peuples par l’avancement de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan sans questionner les frontières politiques existantes. Son but n’est absolument pas la formation d’un état-nation kurde, mais le mouvement a l’intention d’établir des structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, qui seront ouvertes à tous les Kurdes et dans le même temps qui formeront une confédération parapluie pour les quatre parties du Kurdistan.

Les problèmes des peuples au Moyen-Orient et les voies possibles pour une solution

La question nationale n’est pas un fantasme de la modernité capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, ce fut cette modernité capitaliste qui imposa cette question à la société. La nation remplaça la communauté religieuse., mais la transition vers une société nationale a besoin de dépasser ceci si la nation ne veut pas demeurer le déguisement des monopoles répressifs.

[…] La méthode pour gérer ce problème ne doit pas être idéologique mais scientifique et pas du domaine de l’état-nation, mais au contraire basé sur le concept de nation démocratique et de communalisme démocratique.

[…] Au lieu de cultiver une concurrence productive, le capital impose des guerres internes et externes au nom de l’état-nation.

La théorie du communalisme serait une alternative au capitalisme. Dans le cadre de nations démocratiques qui ne poussent pas pour des monopoles de pouvoir, cela peut conduire à la paix dans une région qui n’a été que le théâtre de guerres sanglantes et de génocides.

Dans ce contexte, nous pouvons parler de quatre nations majoritaires: arabes, perses, turques et kurdes. Je ne veux pas diviser les nations en majorité et minorité car je ne trouve pas cela très approprié. Mais à cause de considérations démographiques, je parlerai de nations majoritaires. Nous pouvons utiliser le terme de monoritaire dans le même contexte démographique.

  1. Il y a plus de 20 états-nations arabes qui divisent la communauté arabe et endommagent leurs sociétés par des guerres sans fin. […] Un nationalisme tribal motivé religieusement combiné avec une société patriarcale sexiste sont pervasifs à toutes les zones de la société résultant en un conservatisme très particulier et une forme d’obéissance très esclavagiste. Personne ne croit que les Arabes seront capables de trouver une solution nationale arabe à leurs problèmes endogènes. Quoi qu’il en soit, une démocratisation et une approche communaliste pourraient bien apporter une telle solution. Leur faiblesse envers Israël, que les états-nations arabes regardent comme un concurrent, n’est pas seulement le résultat d’un soutien international des puissances hégémoniques [à Israël], mais plutôt est le résultat de fortes institutions communales au sein d’Israël. Au cours du siècle écoulé, la société de la nation arabe a été affaiblie par un nationalisme radical et l’islamisme. Pourtant, s’ils sont capables d’unifier le socialisme communaliste auquel ils ne sont pas du tout étrangers avec la compréhension d’une nation démocratique, alors ils seront capables de trouver une solution sécure de long terme.
  2. Les Turcs et les Turkmens forment une autre nation d’influence. Ils partagent une compréhension idéologique et de pouvoir similaire avec les Arabes. Ils sont de profonds convaincus du bienfondé de l’état-nation et ont de profondes racines religieuses et de nationalisme racial.
    […] Les problèmes nationaux sont complexes. Le pouvoir dérive et se renforce de l’état-nation, d’un nationalisme distinctif et d’une société patriarcale sexiste, créant un environnment social ultra conservateur. La famille y est vue comme la plus petite cellule de l’État. Les communautés turques et turkmens luttent pour le pouvoir. Les autres groupes ethniques sont soumis à une politique de subjugation. Les structures du pouvoir centralisées de l’état-nation turc avec son idéologie officielle très rigide ont empêché jusqu’à aujourd’hui une solution viable à la question kurde. La société a été amenée à penser qu’il n’y a aucune alternative à l’État. (NdT: ceci est également vrai dans toute la société occidentale où les institutions étatiques persuadent les peuples qu’il n’y a non seulement pas d’alternative à l’État, mais que l’État serait la forme organisationnelle la plus “évoluée” pour l’humanité…) Ainsi, il n’y a aucun équilibre entre l’individu et l’état. L’obéissance aveugle est vue comme la plus grande des vertus. […]
    Une confédération démocratique des communautés nationales turques pourrait être une sérieuse contribution à la paix dans le monde et à un système de modernité démocratique.
  3. La société national kurde est très complexe. Dans le monde, les Kurdes sont la plus grande nation sans un état à leur nom. Les Kurdes sont sur leurs terres actuelles depuis le Néolithique.
    La question nationale kurde émerge du fait qu’on leur a toujours nié le droit à une nationalité. Certains ont essayé de les assimiler, de les annihiler et à la fin, simplement de nier leur existence même. Ne pas avoir son propre état possède des avantages et des inconvénients. Ce fut certainement un bénéfice dans la compréhension pour la réalisation de concepts sociaux alternatifs bien au-delà de la modernité capitaliste. La zone d’établissement du peuple kurde est divisée par les frontières de quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) et se trouve au cœur même d’une très importante région géostratégique, ce qui donne aux Kurdes un gros avantage stratégique. Les Kurdes ne forment pas une société nationale au moyen du pouvoir d’état. Bien qu’il existe aujourd’hui une entité politique kurde dans un “Kurdistan irakien”, ceci n’est pas un état-nation mais plutôt une entité para-étatique.
    Le Kurdistan a aussi été la patrie de minorités arméniennes et aramaïques/araméennes avant que celles-ci ne soient les victimes de génocides (commis par les états-nations). Il y a aussi de petits groupes arabes et turcs. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de religions et de croyances différentes vivant côte à côte en terres kurdes. Il y a aussi quelques rudiments de culture tribale et clanique tandis qu’il n’y a pratiquement aucune culture urbaine.
    Toutes ces propriétés sont une grande opportunité pour de nouvelles formations politiques démocratiques ; des coopératives communales dans l’agriculture, mais aussi dans la distribution de l’eau, de l’énergie, sont d’excellents moyens de production. La situation est aussi favorable pour le développement d’une société politique éthique, même l’idéologie patriarcale est moins ancrée ici que dans les sociétés voisines.
    Ceci est bénéfique pour l’établissement d’une société démocratique où la liberté de la femme et l’égalité seront un des principaux piliers. Ceci donne aussi l’opportunité de construire une nation démocratique fondée sur des identités multi-nationales ce qui représente une bien meilleure solution à l’impasse présentée par l’état-nation. L’entité émergente de tout ceci pourrait servir de modèle pour tout le Moyen-Orient et s’étendre dynamiquement dans les pays voisins. Convaincre les pays voisins de ce modèle changera la face et la destinée dub Moyen-Orient et renforcera la chance pour la modernité démocratique de créer une alternative réelle et viable.
  4. Les raisons des problèmes de la nation perse ou iranienne d’aujourd’hui peuvent être trouvées dans les interventions des civilisations historiques et la modernité capitaliste. Bien que leur identité d’origine fut le résultat de la tradition zoroastre et mithraïque, celles-ci furent annulées par un dérivé de l’Islam. Le manichéisme qui émergea de la synthèse du judaïsme, du christianisme et de l’Islam mélangés à la philosophie grecque ne fut pas capable de prévaloir sur l’idéologie de la civilisation officielle. De fait, cela n’alla pas plus loin que de pomponner la tradition de la rébellion. Ceci convertit donc la tradition islamique en une dénomination chi’ite et l’a adopté pour être la dernière idéologie civilisationnelle en date. Des efforts sont faits pour moderniser cette idéologie en passant des éléments de la modernité capitaliste au travers du filtre chi’ite.
    La société iranienne est multi-ethnique et multi-religieuse et possède une très riche culture. Toutes les identités nationales et religieuses du Moyen-Orient peuvent se trouver en Iran. Cette diversité est en contraste marqué avec l’affirmation hégémonique de la théocratie qui cultive un subtil nationalisme religieux et la classe dirigerante ne se recoqueville pas de sa propagande anti-moderniste lorsque cela sert ses intérêts. Des tendances révolutionnaires et démocratiques ont été intégrées par la civilisation traditionnelle. Un régime despotique y gouverne avec perspicacité.
    Malgré un centralisme étatique très fort en Iran, une forme de fédéralisme existe depuis la base populaire. Lorsque des éléments de civilisation démocratique et fédéraliste s’y entrecroisent incluant les Azeris, les Kurdes, les Balouchis, les Arabes et les Turkmens, le projet d’une “Confédération Démocratique d’Iran” peut tout à fait émerger et devenir une solution très attractive. Le mouvement des femmes et les traditions communales joueront ici un rôle spécial et prépondérant.
  5. La question nationale arménienne contient une des plus grandes tragédies que le “progrès” de la modernité capitaliste ait amené au Moyen-Orient. Les Arméniens sont un vieux peuple. Ils partagent bien de leurs installations territoriales avec les Kurdes. Tandis que les Kurdes vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage, les Arméniens sont des artisans et des artistes. Tout comme les Kurdes, les Arméniens ont développé une tradition d’auto-défense. Mise à part une très courte période, les Arméniens n’ont jamais fondé d’État. Ils reposent sur la foi chrétienne qui leur donne leur identité et leur foi en la rédemption. A cause de leur religion, ils furent souvent opprimés par la majorité musulmane. Ainsi, le nationalisme émergeant bourgeonna dans la bourgeoisie arménienne. Il y eut très vite de grandes différences avec le nationalisme turc ce qui déboucha sur le génocide des Arméniens par les Turcs. Les Arméniens sont le second groupe culturel avec les juifs vivant dans une diaspora. La création d’un état arménien à l’ouest de l’Azerbaïdjan n’a néanmoins pas résolu la question nationale arménienne. Les conséquences du génocide ne peuvent pas être exprimées par les mots. La quête de leur pays perdu définit leur psychée nationale et est au cœur même de la question arménienne. La situation est aggravée par le fait que ces zones ont été colonisées depuis par d’autres personnes. Tous concepts basés sur un état-nation ne peuvent pas résoudre le problème, offrir une vraie solution. Il n’y a là-bas ni une structure populaire homogène, ni de frontières suffisamment claires comme il est requis dans le système de la modernité capitaliste.
    Ainsi des structures confédérées pourraient bien être la solution pour le peuple arménien. […] Cela leur permettrait de retrouver une place dans la pluralité culturelle moyen-orientale. S’ils se renouvelaient sous une nation arménienne confédérale démocratique, non seuleent continueraient-ils à jouer un rôle historique important au sein de la culture moyen-orientale, mais ils y trouveraient également le vrai chemin de la libération.
  6. Dans les temps modernes, les chrétiens araméens (Assyriens) ont aussi souffert de la même destinée que les Arméniens. Eux aussi sont un des plus vieux peuples du Moyen-Orient. Ils ont partagé une zone teritoriale avec les Kurdes et avec d’autres peuples. Tout comme les Arméniens, ils ont souffert d’une oppression de la part de la majorité musulmane pavant la voie pour un nationalisme araméen de leur bourgeoisie. Les Araméens furent aussi victimes d’un génocide aux mains des Turcs sous les auspices criminels du Comité pour l’Unité et le Progrès fasciste. Des collabos kurdes au régime ont été complices de ce génocide. La question de la société nationale araméenne a ses racines dans la civilisation mais s’est aussi développée plus avant avec le christianisme et les idéologies de la modernité. Pour une solution viable, il est besoin d’un changemement radical des Araméens. Leur véritable salut réside probablement dans leur départ de la mentalité de la civilisation classique et de la modernité capitaliste et en lieu et place, embrasse la civilisation démocratique et renouvelle leur riche mémoire culturelle comme un élément de la modernité démocratique afin qu’ils se reconstruisent comme une “Nation Araméenne Démocratique”.
  7. L’histoire du peuple juif donne aussi une expression de la problématique générale de l’histoire culturelle du Moyen-Orient. La recherche de la toile de fond d’expulsion, de pogroms et de génocide revient à équilibrer les comptes des civilisations. L’ancienne communauté juive a pris les influences des anciennes cultures sumérienne et égyptienne ainsi que que celles des cultures tribales locales. Elle a énormément contribué à la culture moyen-orientale. Comme les Araméens, ils furent les victimes des développement extrèmes de la modernité. Sur cette toile de fond, les intellectuels de descendance juive ont développé un point de vue complexe envers ces affaires.
    […] L’état-nation israélien est en guerre depuis sa création. Le slogan est: œil pour œil. On ne peut pas combattre le feu avec le feu. Même si Israël jouit d’une relative sécurité grâce au soutien international qu’il possède, ceci ne représente en rien une solution durable. Rien ne sera sécure en permanence aussi longtemps qu’on n’aura pas dépassé la modernité capitaliste.
    Le conflit en Palestine démontre que le paradigme de l’état-nation n’est pas une solution viable. Il y a eu trop d’effusion de sang et ce qui demeure est le difficile héritage de problèmes en apparence insolubles. L’exemple israélo-palestinien démontre l’échec total de la modernité capitaliste et le modèle d’état-nation.
    Les Juifs font partie des porteurs de culture du Moyen-Orient. Nier leur droit à l’existence est une attaque sur le Moyen-Orient en tant que tel. Leur transformation en une nation démocratique comme pour les Arméniens et les Araméens rendrait leur participation à une confédération démocratique du Moyen-Orient bien plus facile.
    Le projet pour une “Confédération Démocratique de l’Égée Orientale” serait un point de départ tout à fait positif. Des identités religieuses et nationales au sens strict du terme pourraient bien évoluer en des identités ouvertes et flexibles sous un tel projet. Israël pourrait aussi bien évoluer en une nation plus démocratique et acceptable. Ses voisins devront sans aucun doute participer à cette transformation eux-mêmes.
    Les tensions et les conflits armés du Moyen-Orient rendent la transformation du paradigme politique de la modernité inévitable. Sans cela, une solution aux difficiles problèmes sociaux et aux questions nationales est impossible. La modernité démocratique offre une alternative à ce système actuel qui est absolument incapable de résoudre les problèmes.
  8. L’annihiliation de la culture hellénique en Anatolie (NdT: aussi appelée l’Asie Mineure, qui correspond aujourd’hui au territoire turc oriental, plus de 90% de sa superficie) est une perte qui ne peut pas être compensée. Le nettoyage ethnique qui fut entrepris par à la fois les Turcs et les Grecs dans le premier quart du XXème siècle a laissé sa marque. Aucun état n’a le droit de chasser des peuples de leurs terres ancestrales et de leur région culturelle. Quoi qu’il en soit, les états-nations ont démontré leur inhumanité envers les problèmes politiques et culturels encore et toujours. Les attaques sur les cultures hellénique, araméenne, juive et arménienne montèrent d’un cran alors que l’Islam se répandait sur le Moyen-Orient. Ceci en retour, contribua au déclin de la civilisation moyen-orientale. La culture musulmane n’a jamais été capable de remplir le vide laissé et émergeant. Au XIXème siècle, lorsque la modernité capitaliste s’avança au Moyen-Orient, elle y trouva un désert culturel créé par une érosion culturelle auto-infligée. La diversité culturelle renforce également les mécanismes de défense d’une société. Les monocultures sont moins robustes. Ainsi la conquête du Moyen-Orient ne fut pas difficile. Le projet de nation homogène comme il fut propagé par l’État-nation ne fit qu’avancer leur déclin culturel.
  9. Les groupes ethniques caucasiens (NdT: blancs) ont aussi leurs problèmes sociaux qui ne sont pas insignifiants. Encore et encore ont-ils migré vers le Moyen-Orient et stimulé sa culture. Ils ont contribué de manière incontestable à sa richesse culturelle. L’arrivée de la modernité a presque fait disparaître ces minorités culturelles. Eux aussi trouveraient une place plus qu’adéquate au sein d’une structure confédéraliste démocratique.

Finalement, laissez-moi encore dire que les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient sont profondément enracinés dans la civilisation de classes. Elles se sont resserrées avec la crise globale de la modernité capitaliste. Cette modernité et sa domination clâmée ne peut offrir aucune solution sans mentionner l’absence de perspective à très long terme pour la région moyen-orientale.
Le futur est le Confédéralisme Démocratique.

= = =

Note de Résistance 71:

Nous avons trouvé le texte complet en français en ligne, le voici:

« Le Confédéralisme Démocratique », Abdullah Ocalan, 2011

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Déstabilisation de l’Europe et du Moyen-Orient: Erdogan, la Turquie et le projet totalitaire…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 22 mars 2016 by Résistance 71

Très bonne analyse de Meyssan sur la situation turque et géopolitique dans la zone européenne et moyen-orientale, mais nous aimerions amener quelques précisions de notre côté, car nous pensons que l’analyse de Meyssan demeure malgré tout incomplète.

La première des choses est sa mention du bout de la plume du PKK kurde. Depuis le départ, pour des raisons politiques, Meyssan ignore et omet de dire que le PKK depuis la fin des années 90 n’est plus un parti, mouvement marxiste-léniniste et que depuis 2004, les kurdes de Turquie et du Rojava syrien (région du nord de la Syrie englobant la devenue célèbre Kobané pour sa résistance héroïque aux assauts de l’EIIL/Daesh) ont fait le choix du confédéralisme démocratique, grandement inspiré dans la théorie comme dans la pratique, du communalisme libertaire et écologique pensé par l’anarchiste américain Murray Bookchin. La fédération des communes libres kurdes représente l’avenir positif du Moyen-Orient comme Abdullah Ocalan l’a expliqué dans son manifeste pour le confédéralisme démocratique que nous publions en ce moment même.
En référence historique, une s’impose ici: la comparaison avec l’Espagne et sa révolution sociale de 1936-39 qui lutta contre le fascisme de Franco et de l’église catholique et finit par perdre suite à la coalition de la préservation du statu quo étatiste des fascismes (Franco/Mussolini/Hitler), des marxistes (staliniens de l’URSS et d’ailleurs) et du soi-disant front populaire qui ferma ses portes et refusa toute aide à la “république” (qui reste dans les “livres d’histoire”) des anarchistes internationalistes. Aujourd’hui, les Kurdes du Rojava et de Turquie et les populations volontairement associées à la confédération démocratique sont “oubliées” et subissent une répression sanglante de la part de l’état fasciste turc, bras armé de tous les états ligués contre le seul danger viable à l’État et son oppression générale des peuples: la société des sociétés en association des communes libres.

La seconde chose est de continuer le raisonnement jusqu’au bout quand, comme Meyssan, on associe en partie justement du reste, Ergogan à Hitler. Comment ? En mentionnant le fait qu’Hitler est arrivé au pouvoir en Allemagne grâce aux manes financières de la City de Londres et de Wall Street et que lui et son parti nazi ont continué à recevoir ces manes jusqu’à au moins 1944, comme l’a si justement prouvé l’historien Antony C. Sutton dans son ouvrage de recherche “Wall Street et la montée d’Hitler” dont nous avons traduit de très larges extraits il y a déjà quelques années. Ainsi Hitler fut et est demeuré la création de l’occident capitaliste comme le fut auparavant l’URSS avec Lénine et Trotsky tous deux agents respectivement de la City de Londres et de Wall Street (cf Sutton “Wall Street et la révolution bolchévique”). De la même manière Erdogan et ce qu’il représente: la secte des frères musulmans, sont des créations de l’occident et soutenus par les mêmes pouvoirs financiers (la secte des frères musulmans a été développé après sa naissance par les services britanniques dans les années 1920 après l’éclatement de l’empire ottoman,à des fins de contrôle et de division de l’islam sunite, dans le plus pur style britannique du “diviser pour mieux régner”). Ainsi, ce qui arrive à la Turquie, à l’Europe et au Moyen-Orient n’est pas la volonté d’un seul homme: Erdogan et de sa clique, qui aurait kidnappé la destinée politique de l’ensemble de la région, comme semble vouloir l’indiquer Meyssan, mais tout ceci est le résultat d’une planification minutieuse arrivant à son dénouement: le chaos programmé généralisé dans la zone euro-moyen-orientale. Erdogan est un pion, payé grassement pour ce qu’il fait. Il est à 100% la création de la City de Londres et de Wall Street tout comme Lénine, Trotsky, Staline. Hitler, Mussolini, Franco, Mao, Saddam Hussein, le Shah d’Iran, la maison Al-Saoud et toute la litanie de dictateurs sud-américains l’ont été avant lui. Il sert de bouc-émissaire pur protéger ses commanditaires et si çà tourne au vinaigre, il sera sacrifié, comme toutes les autres marionnettes avant lui.

Pour La City et Wall Street, tout cela n’est que business as usual, sur fond de guerre du gaz bien évidemment, véritable enjeu de l’affaire et trop souvent occulté pour des raisons géopolitiques… Ce qui se passe en ce moment est une guerre par procuration entre Exxon-Mobil (Rockefeller) et Royal Dutch Shell (Rothschild) contre Gazprom (Russie/Poutine) et l’entreprise nationale du pétrole et du gaz iranienne. Tout le reste n’est qu’écran de fumée et posture idéologique de circonstance pour entretenir l’idéologie du “choc des civilisations” bidon inventé de toute pièce par la fange néoconservatrice occidentale.

~ Résistance 71 ~

 

Le suicide européen face à la Turquie

 

Thierry Meyssan

 

21 Mars 2016

 

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http://www.voltairenet.org/article190851.html

 

En signant un accord —au demeurant illégal en droit international— avec la Turquie pour ralentir l’afflux de migrants, les dirigeants de l’Union européenne se sont engagés un peu plus dans un pacte avec le diable. Une grande partie des 3 milliards d’euros annuels alloués à Ankara servira à financer le soutien aux jihadistes et, par conséquent, à augmenter le nombre de migrants fuyant la guerre. Surtout, en abrogeant dans les prochains mois les visas avec la Turquie, les Européens instituent la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles. En écrasant les peuples irakien et syrien sous l’oppression des jihadistes qu’ils financent indirectement et en abandonnant le peuple turc à la dictature du président Erdoğan, ils préparent les bases d’un très vaste affrontement dont ils seront les victimes.

Le Conseil européen des 17 et 18 mars 2016 a adopté un plan visant à résoudre le problème posé par l’afflux massif de migrants en provenance de Turquie [1]. Les 28 chefs d’État et de gouvernement se sont soumis à toutes les demandes d’Ankara.

Nous avions déjà analysé la manière dont les États-Unis entendaient utiliser les événements du Proche-Orient pour affaiblir l’Union européenne [2]. Au début de l’actuelle crise des « réfugiés », nous avons été les premiers à observer à la fois que cet événement avait été délibérément provoqué et les problèmes insolubles qu’il allait poser [3]. Malheureusement, toutes nos analyses ont été vérifiées et nos positions ont été, depuis, largement adoptées par nos détracteurs d’alors.

Allant plus loin, nous voulons étudier la manière dont la Turquie s’est emparée du jeu et l’aveuglement de l’Union européenne qui persiste à avoir un coup de retard.

Le jeu de Recep Tayyip Erdoğan

Le président Erdoğan n’est pas un homme politique comme les autres. Et il ne semble pas que les Européens, ni les peuples, ni leurs dirigeants, en aient pris conscience.

  • Premièrement, il est issu de la Millî Görüş, un mouvement islamique panturquiste lié aux Frères musulmans d’Égypte et favorable au rétablissement du Califat [4]. Selon lui —comme d’ailleurs selon ses alliés du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP)—, les Turcs sont les descendants des Huns d’Attila, eux-mêmes enfants du loup des steppes d’Asie centrale, dont ils partageaient l’endurance et l’insensibilité. Ils forment une race supérieure appelée à gouverner le monde. Leur âme est l’islam.

Le président Erdoğan est le seul chef d’État au monde à se revendiquer d’une idéologie suprémaciste ethnique, parfaitement comparable à l’aryanisme nazi. Il est également le seul chef d’État au monde à nier les crimes de son histoire, notamment les massacres des non-musulmans par le sultan Abdülhamid II (les massacres hamidiens de 1894-95 : au moins 80 000 chrétiens tués et 100 000 chrétiennes incorporées de force dans les harems), puis par les Jeunes Turcs (génocide des Arméniens, des Assyriens, des Chaldéens, des Syriaques, des Grecs pontiques et des Yézidis de 1915 à 1923 : au moins 1 200 000 morts) ; un génocide qui fut exécuté avec l’aide d’officiers allemands, dont Rudolf Höß, futur directeur du camp d’Auschwitz [5].

En célébrant le 70ème anniversaire de la libération du cauchemar nazi, le président Vladimir Poutine soulignait que « les idées de suprématie raciale et d’exclusivisme ont provoqué la guerre la plus sanglante de l’Histoire » [6]. Puis, lors d’une marche —et sans nommer la Turquie—, il appelait tous les Russes à se tenir prêts à renouveler le sacrifice de leurs grands-parents si nécessaire afin de sauver le principe même de l’égalité entre les hommes.

  • Deuxièmement, le président Erdoğan, qui n’est soutenu que par un tiers de sa population, gouverne seul son pays par la contrainte. Il est impossible de savoir précisément ce que pense le peuple turc, puisque la publication de toute information mettant en cause la légitimité du président Erdoğan est désormais considérée comme une atteinte à la sécurité de l’État et conduit immédiatement en prison. Cependant, si l’on se réfère aux dernière études publiées, en octobre 2015, moins d’un tiers de l’électorat le soutient. C’est nettement moins que les nazis en 1933, qui disposaient alors de 43 % des voix. Raison pour laquelle, le président Erdoğan n’a pu gagner les élections législatives qu’en les truquant grossièrement. Entre autres : 
 Les médias d’opposition ont été muselés : les grands quotidiens Hürriyet et Sabah ainsi que la télévision ATV ont été attaqués par des nervis du parti au pouvoir ; des enquêtes ont visé des journalistes et des organes de presse accusés de soutenir le « terrorisme » ou d’avoir tenu des propos diffamatoires contre le président Erdoğan ; des sites web ont été bloqués ; des fournisseurs de services numériques ont supprimé de leur offre les chaînes de télévision d’opposition ; trois des cinq chaînes de télévision nationales, dont la chaîne publique, ont été, dans leurs programmes, clairement favorables au parti au pouvoir ; les autres chaînes de télévision nationale, Bugün TV et Kanaltürk, ont été fermées par la police. 
 Un État étranger, l’Arabie saoudite, a déversé 7 milliards de livres de « dons » pour « convaincre » les électeurs de soutenir le président Erdoğan (soit environ 2 milliards d’euros). 
 128 permanences politiques du parti de gauche (HDP) ont été attaquées par des nervis du parti du président Erdoğan. De nombreux candidats et leurs équipes ont été passés à tabac. Plus de 300 commerces kurdes ont été mis à sac. Plusieurs dizaines de candidats du HDP ont été arrêtés et placés en détention provisoire durant la campagne. 
 Plus de 2 000 opposants ont été tués durant la campagne électorale, soit par des attentats, soit du fait de la répression gouvernementale visant le PKK. Plusieurs villages du sud-est du pays ont été partiellement détruits par des blindés de l’armée.

Depuis son « élection », une chape de plomb s’est abattue sur le pays. Il est devenu impossible de s’informer sur l’état de la Turquie par sa presse nationale. Le principal quotidien d’opposition, Zaman, a été placé sous tutelle et se borne désormais à louer la grandeur du « sultan » Erdoğan. La guerre civile, qui fait déjà rage à l’Est du pays, s’étend par des attentats à Ankara et jusqu’à Istanbul, dans la totale indifférence des Européens [7].

  1. Erdoğan gouverne presque seul, entouré d’un groupe restreint, dont le Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Il a publiquement déclaré durant la campagne électorale qu’il n’appliquait plus la Constitution et que tous les pouvoirs lui revenaient désormais.

Le 14 mars 2016, le président Erdoğan a déclaré que face aux Kurdes : « La démocratie, la liberté et l’état de droit n’ont plus la moindre valeur ». Il a annoncé son intention d’élargir la définition légale des « terroristes » pour inclure tous ceux qui sont « des ennemis des Turcs » —c’est-à-dire les Turcs et les non-Turcs qui s’opposent à leur suprémacisme—.

  • Troisièmement, le président Erdoğan utilise les pouvoirs qu’il s’est anti-constitutionnellement octroyés pour transformer l’État turc en parrain du jihadisme international. En décembre 2015, la police et la Justice turques avaient pu établir les liens personnels de M. Erdoğan et de son fils Bilal avec Yasin al-Qadi, le banquier global d’Al-Qaïda. Il a donc limogé les policiers et les magistrats qui avaient osé « porter atteinte aux intérêts de la Turquie » (sic), tandis que Yasin al-Qadi et l’État intentaient un procès au quotidien de gauche BirGün pour avoir reproduit mon éditorial, « Al-Qaida, éternel supplétif de l’Otan».

En février dernier, la Fédération de Russie déposait un rapport de Renseignement au Conseil de sécurité de l’Onu attestant du soutien de l’État turc au jihadisme international, en violation de nombreuses résolutions [8]. J’ai publié une étude précise sur ces accusations, immédiatement censurée en Turquie [9].

La réponse de l’Union européenne

L’Union européenne avait envoyé une délégation pour surveiller les élections législatives de novembre 2015. Elle a longuement différé la publication de son rapport, puis s’est résolue à en publier une brève version édulcorée.

Paniqués par les réactions de ses populations réagissant durement à l’entrée massive de migrants —et, pour les Allemands, à l’abolition du salaire minimum qui en a résulté—, les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union ont mis au point avec la Turquie une procédure pour qu’elle résolve leurs problèmes. Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés, Filippo Grandi, a immédiatement relevé que la solution choisie viole le droit international, mais en supposant que les choses puissent être améliorées, ce n’est pas là le problème principal.

L’Union s’est engagée à 
 verser 3 milliards d’euros annuels à la Turquie pour l’aider à faire face à ses obligations, mais sans mécanisme de vérification de l’usage de ces fonds ; 
 mettre fin aux visas requis aux Turcs pour entrer dans l’Union [10] —ce n’est plus qu’une question de quelques mois, voire de semaines— ; 
 accélérer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union —ce sera par contre beaucoup plus long et aléatoire—.

En d’autres termes, aveuglés par la récente défaite électorale d’Angela Merkel [11], les dirigeants européens se sont contentés de trouver une solution provisoire pour ralentir le flux des migrants, sans chercher à résoudre l’origine du problème et sans tenir compte de l’infiltration de jihadistes parmi ce flux.

Le précédent de Munich

Dans les années 30, les élites européennes et états-uniennes considéraient que l’URSS, par son modèle, menaçait leurs intérêts de classe. Elles soutenaient donc collectivement le projet nazi de colonisation de l’Europe orientale et de destruction des peuples slaves. Malgré les appels répétés de Moscou à la création d’une vaste alliance contre le nazisme, les dirigeants européens acceptèrent toutes les revendications du chancelier Hitler, y compris l’annexion de régions peuplées par les Sudètes. Ce furent les accords de Munich (1938), conduisant l’URSS a pratiquer le sauve-qui-peut et à conclure de son côté le Pacte germano-soviétique (1939). Ce n’est que trop tardivement, que certains dirigeants européens, puis états-uniens, réalisèrent leur erreur et décidèrent de s’allier avec Moscou contre les nazis.

Sous nos yeux, les mêmes erreurs se répètent. Les élites européennes considèrent la République arabe syrienne comme un adversaire, soit qu’elles défendent le point de vue colonial d’Israël, soit qu’elles espèrent recoloniser elles-mêmes le Levant et s’approprier ses gigantesques réserves de gaz encore inexploitées. Elles ont donc soutenu l’opération secrète états-unienne de « changement de régime » et ont feint de croire à la fable du « printemps arabe ». Après cinq ans de guerre par procuration, constatant que le président Bachar el-Assad est toujours là bien qu’on ait annoncé un millier de fois sa démission, les Européens ont décidé de financer à hauteur de 3 milliards d’euros annuels le soutien turc aux jihadistes. Ce qui, selon leur logique, devrait permettre leur victoire et donc mettre fin aux migrations. Elles ne tarderont pas à réaliser [12], mais trop tard, qu’en abrogeant les visas pour les ressortissants turcs, elles ont autorisé la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles [13].

La comparaison avec la fin des années 30 est d’autant plus juste que lors des accords de Munich, le Reich nazi avait déjà annexé l’Autriche sans provoquer de réaction notable des autres États européens. Or, aujourd’hui la Turquie occupe déjà le Nord-Est d’un État membre de l’Union européenne, Chypre, et une bande de quelques kilomètres de profondeur en Syrie qu’elle fait administrer par un wali (préfet) nommé à cet effet. Non seulement, l’Union s’en accommode, mais par son attitude, elle encourage Ankara a poursuivre ses annexions au mépris du droit international. La logique commune du chancelier Hitler et du président Erdoğan est basée sur l’unification de la « race » et l’épuration de la population. Le premier voulait unir les populations de « race allemande » et les épurer des éléments « étrangers » (les juifs et les Roms), le second veut unir les populations de « race turque » et les épurer des éléments « étrangers » (les Kurdes et les chrétiens).

En 1938, les élites européennes croyaient en l’amitié du chancelier Hitler, aujourd’hui en celle du président Erdoğan.

 

[1] “Next operational steps in EU-Turkey cooperation in the field of migration”, Voltaire Network, 16 March 2016.

[2] « La cécité de l’Union européenne face à la stratégie militaire des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 avril 2015.

[3] « La fausse « crise des réfugiés » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 septembre 2015.

[4] « Vers la fin du système Erdoğan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 juin 2015.

[5] « La Turquie d’aujourd’hui poursuit le génocide arménien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 avril 2015.

[6] « Discours de Vladimir Poutine pour le 70e anniversaire de la Victoire de la Grande Guerre Patriotique », par Vladimir Poutine, Traduction Sayed 7asan, Réseau Voltaire, 9 mai 2015.

[7] « L’Union européenne a abandonné ceux qui se battent pour défendre les libertés en Turquie », par Can Dündar, Le Monde (France) , Réseau Voltaire, 18 mars 2016.

[8] « Rapport de renseignement russe sur l’aide actuelle turque à Daesh », Réseau Voltaire, 18 février 2016.

[9] « Comment la Turquie soutient les jihadistes », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 février 2016.

[10] “Roadmap towards a visa-free regime with Turkey”, Voltaire Network, 16 March 2016.

[11] „Alternative für Deutschland nimmt kein Blatt vor den Mund“, von Ian Blohm, Übersetzung Horst Frohlich, Strategic Culture Foundation (Russland) , Voltaire Netzwerk, 12. März 2016.

[12] « Lettre ouverte aux Européens coincés derrière le rideau de fer israélo-US », par Hassan Hamadé, Réseau Voltaire, 21 mai 2014.

[13] “Israeli general says al Qaeda’s Syria fighters set up in Turkey”, Dan Williams, Reuters, January 29, 2014.

Espoir démocratique: La révolution sociale kurde du Rojava syrien et en Turquie, réprimée par l’état fasciste turc…

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Le siècle kurde après une longue histoire de persécution

Maxime Azadi

25 Août 2015

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http://www.actukurde.fr/actualites/714/le-siecle-kurde-apres-une-longue-histoire-de-persecution.html

Le mot kurde a de nombreuses significations aujourd’hui. Il était oublié pendant des dizaines d’années. Le peuple qui porte ce nom a subi des massacres et une négation abominable après avoir traversé une histoire mouvementée qui prend ses origines dès la première civilisation.

Opprimés, turquifiés, arabisés, iranisés, trahis et oubliés par les grands puissants, les Kurdes ont pourtant réussi à laisser leurs traces dans l’histoire à travers des siècles, de l’âge néolithique à nos jours.

Divisés et partagés entre les frontières de la Turquie, de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie, les Kurdes n’ont pu échapper d’être victimes de la realpolitik, des échanges économiques et des calculs géostratégiques. Mais les oubliés d’hier sont devenus les héros d’aujourd’hui dans le chaos du Moyen-Orient.

Les revendications kurdes de Turquie et des autres parties du Kurdistan ne datent pas d’hier. La lutte de ce peuple a pris une forme d’autonomie en Irak, après les massacres sauvages perpétrés par le régime de Saddam Hossein, notamment dans les années 1980.

En Iran, la lutte de libération du peuple kurde se renforce de plus en plus et se prépare à un changement radical. Une face à face paraît imminente et inévitable si le régime iranien continue sa politique dangereuse. Mais aujourd’hui, les deux parties évitent toute confrontation frontale pour des raisons tactiques ou stratégiques.

En Syrie, les Kurdes sont revenus avec force sur le devant de la scène depuis la révolution du juillet 2012 avec la prise du contrôle de leurs villes et la construction d’une autonomie ouverte à tous les composants du pays. Leur résistance historique et leurs projets démocratiques ont poussé les puissants régionaux et internationaux à changer leurs stratégies. Les frontières artificielles divisant et malmenant les Kurdes ont perdu leur sens face à une résistance légitime, ce qui a changé le cours de l’histoire qui se joue dans ce monde chaotique. Certains, comme le mouvement kurde, parlent d’une troisième guerre mondiale pour décrire les crises actuelles.

En Turquie, les revendications du peuple kurde sont inscrites dans un projet à long terme, comprenant toutes les parties du Kurdistan et le Moyen-Orient. Il s’agit d’un confédéralisme démocratique, exigeant une société démocratique, écologique et basé sur l’égalité des sexes, soit une société sans Etat. Il faut noter que c’est grâce à cette stratégie que les Kurdes syriens ont pu mettre en ouvre une autonomie inclusive et démocratique.

Le leader kurde, Abdullah Ocalan prépare depuis des années la communauté kurde pour une autre solution et contre les dangers éventuels. Luttant pour le « moins d’État qui correspond un peu plus de société civile », le mouvement kurde a adopté la vision de « l’écologie sociale » et du « municipalisme libertaire », mettant en œuvre des communes, des conseils du peuple, des assemblés populaires, de nombreuses organisations de la société civile. Il s’agit de créer des communautés autogérées, tout en réduisant la pression de l’Etat sur la vie dans tous les domaines.

Cette stratégie avance étape par étape, évitant une confrontation frontale avec l’Etat-nation, démocratisant d’abord le système de la Turquie, afin de résoudre le problème kurde. L’objectif est une autonomie démocratique dans une confédération moyen-orientale. Mais les moyens peuvent changer, selon la conjoncture, pour mettre en œuvre ce projet.

Les Kurdes sont conscients que leur lutte exige la démocratisation de tous les Etats qui les entourent et colonisent le Kurdistan, afin de pouvoir vivre en paix avec les autres nations et groupes sociaux. Le mouvement kurde de Turquie soutient l’idée que l’Etat-nation n’est pas une solution et veut mettre en œuvre les communautés autogérées qui seraient plus adaptées au tissu régional.

Il faut également admettre que c’est grâce à cette stratégie que le mouvement kurde est aujourd’hui plus fort que jamais. Envisager une solution sur la négation et la destruction du peuple kurde n’est plus possible. Les Kurdes ne sont pas seulement une force incontournable mais aussi la seule force qui a un projet démocratique pour l’avenir de la région.

C’est justement cette stratégie globale révolutionnant les mentalités qui a emmené le gouvernement turc sur la table des négociations. Rappelons que derrière ce processus, il y a une résistance de 40 ans. Si on parle seulement de la répression de ces dernières années, on voit clairement à quel point les Kurdes ont payé un lourd tribut. Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées entre 2009 et 2013, des civils ont été massacrés et trois militantes kurdes ont été assassinées en pleine cœur de Paris. Tous les indices mènent aujourd’hui à Ankara, dans ce triple assassinat.

Avec la déclaration historique de Mr Ocalan, le 21 mars 2013, le nouvel an kurde, les négociations entre le mouvement kurde et l’Etat turc sont entrées dans une nouvelle étape. Une nouvelle ère a commencé, comme disait M. Ocalan, malgré la position liberticide du gouvernement AKP, le parti au pouvoir du Recep Tayyip Erdogan.

Afin de passer à l’étape des pourparlers, le leader kurde Abdullah Ocalan évoque notamment dix mesures pour une paix durable, y compris la rédaction d’une nouvelle Constitution offrant «un statut juridique pour les Kurdes» et reconnaissant «les droits collectifs et culturels» de ce peuple.

LA DECENTRALISATION DANS TOUS LES DOMAINES

Les dix mesures exigent des pourparlers sur une politique démocratique, une autonomie démocratique, la redéfinition de citoyen dans une nouvelle constitution afin de garantir les droits des citoyens libres, la reconnaissance en tant qu’une organisation de la société civile de toutes les organisations sous la bannière du mouvements kurdes, considérées comme illégales par les autorités, des mesures socio-économiques, une nouvelle politique de l’ordre publique garantissant les libertés, des garanties juridiques pour mettre fin à toutes les formes de discrimination visant la femme, la culture et l’environnement, ainsi que la reconnaissance constitutionnelle de l’identité kurde et le droit à l’enseignement en langue maternelle. Enfin, une nouvelle constitution.

Les idées d’Ocalan pour une nouvelle Turquie et un nouveau Moyen-Orient sont aujourd’hui plus répandues que jamais, tout comme la force politique et militaire du mouvement kurde. Malgré le processus de paix, des milliers de jeunes ont rejoint les rangs du PKK. Ils viennent de toutes les parties du Kurdistan. Parmi ces combattants figurent également de nombreux étrangers dont des turcs, arabes, allemands, assyriens…

Le mouvement kurde se prépare, se réorganise et change ses tactiques, en mettant sur place toutes les options, d’abord une paix et des libertés, mais aussi une défense légitime dans un Moyen-Orient où les calculs régionaux et internationaux s’annoncent dangereux.

Sur la scène politique de la Turquie, les idées d’Ocalan ont pris la forme d’un nouveau parti qui répand de plus en plus ses influences au sein de différentes communautés. Il s’agit du parti démocratique des peuples (HDP), coalisé avec toutes les couches sociales. S’imposant comme seule alternative démocratique, ce parti se présente comme la seule force qui veut faire reculer le règne autoritaire du Président de la République, Recep Tayyip Erdogan. Le succès historique de ce parti dans les élections législatives du 7 juin 2015 en est la preuve.

Mais ce n’est pas tout! L’objectif n’est pas simplement de se débarrasser du régime Erdogan ou de créer un pouvoir étatique, mais de créer une autonomie démocratique pour les kurdes en Turquie.

Les événements récents suivant les bombardements du régime AKP contre les bases du PKK, à partir de 24 juillet, expliquent beaucoup de choses sur les intentions du gouvernement d’une part et la stratégie du PKK d’autre part.

Cette stratégie du PKK n’est pas basée sur la reconquête des villes mais sur la libération des villes kurdes. Ce qui signifie à une autogestion démocratique dans toute la région kurde, avec ses communes, conseils du peuple, coopératifs, forces d’autodéfense et une économie autonome. La décentralisation dans tous les domaines.

Les Kurdes s’imposent aujourd’hui comme un acteur démocratique incontournable pour l’avenir de la Turquie et du Moyen-Orient, malgré des attaques incessantes et des massacres atroces comme on a vu le 25 juin à Kobané quand les éléments de Daech se sont infiltrés dans la ville depuis la Turquie.

Le pouvoir en Turquie continue de nager dans les eaux troubles pour empêcher les Kurdes d’obtenir leur liberté, sauf qu’il est devenu aveugle et ne voit plus la réalité en face.

Les Kurdes sont plus que jamais déterminés, ne reculant devant qui que ce soit pour transformer leurs rêves en réalité, après des siècles de persécutions.

Guerre impérialiste en Syrie: La Russie appelle pour que les Kurdes s’assoient à la table des négociations…

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 11 mars 2016 by Résistance 71

La Russie appelle pour une participation des Kurdes aux négociations sur la Syrie

Press TV

11 Mars 2016

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http://www.presstv.ir/Detail/2016/03/11/455119/Lavrov-Kurds-Syria-Daesh-Takfiri-HNC-Saudi-YPG

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a appelé les Nations-Unies et leur envoyé spécial pour la Syrie Staffan de Mistura d’inviter la minorité kurde à participer aux prochaines négociations concernant le processus de paix en Syrie.

Je suis convaincu que Staffan de Mistura devrait prendre une telle décision”, a dit Lavrov dans une conférence jointe avec son homologue chinois à Moscou ce Vendredi.

Lancer des négociations sans la participation de ce groupe serait un signe de faiblesse de la part de la communauté internationale”, a dit Lavrov.

Il a aussi averti que tenir des pourparlers sans les Kurdes serait “une sérieuse entorse aux droits d’un groupe de taille signifiante vivant sur le sol syrien”.

Lavrov a ajouté que les Kurdes sont “des alliés à la fois de la coalition américaine et de la Russie”, critiquant Ankara pour “bloquer l’invitation des Kurdes du Parti d’Union Démocratique Kurde Syrien (PYD)”.

La Turquie voit les Unités de Protection du Peuple Kurde (YPG) et le PYD comme des alliés du Parti des Travailleurs Kurdes (PKK) mis hors-la-loi en Turquie, ce même PKK qui se bat pour une région kurde autonome en Turquie depuis les années 1980.

Ceci arrive alors que des entretiens entre les délégués du gouvernement syrien et du groupe de la soi-disante opposition syrienne soutenu par l’Arabie Saoudite (NdT: qui finance et aide l’EIIL/Daesh avec la Turquie et Israël), alias le Comité des Hautes Négociations (CHN), doivent reprendre à Genève le 14 Mars.

Le CHN a déclaré Vendredi qu’il participerait aux pourparlers en tant qu’effort “pour aider les efforts internationaux de mettre fin aux effusions de sang en Syrie et de trouver une solution politique.

Une source proche du gouvernement syrien à Damas avait confirmé plus tôt que se délégation participerait aux négociations.

Les négociations de paix faites par l’ONU ont échoué début Février après que le CHN eut quitté la table de négociations suite à des gains de terrain faits par l’Armée Arabe Syrienne soutenue par la Russie contre les militants et ce, sur plusieurs fronts.

Un accord de cesser-le-feu fut négocié par la Russie et les Etats-Unis et a pris effet en Syrie le 27 Février dernier.

La Syrie a été perturbée par une insurrection soutenue de l’étranger depuis le mois de Mars 2011. D’après un rapport du mois de février par le Syrian Center for Policy Research, le conflit a fait plus de 470 000 morts, 1,9 millions de personnes ont été blessées et a déplacé la moitié des 23 milions de la population syrienne d’une manière ou d’une autre. Mais le Syrian Observatory for Human Rights (NdT: seule source occidentale officielle depuis le début de l’invasion par procuration de la Syrie et bureau dirigé depuis Londres par un agent du MI5 britannique) déclare que la guerre n’aurait fait que 270 000 morts.