Archive pour Louis Hall « un message de Kanienkeh 1974 »

Résistance politique: Les pensées d’un Mohawk ~ 3ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, documentaire, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 27 juin 2013 by Résistance 71

Cet épisode de la reconquête d’un territoire Mohawk volé 200 ans plus tôt (loin d’être le seul à la fois aux USA et au Canada…) se passe moins d’un an après le siège de Pine Ridge dans le Dakota en 1973, là où l’American Indian Movement  (AIM) marqua (après l’occupation d’Alcatraz) le renouveau de la résistance indigène à la colonisation perpétuelle par l’occident des terres natives. Depuis lors, les natifs sont en lutte incessante pour leurs droits sur le continent des Amériques, des Cris et Iroquois du Canada aux Mapuches du Chili en passant par le Chiapas et Oaxaca au Mexique.

Notre libération de la pensée hégémonique coloniale dominante passe par la compréhension des problèmes des populations colonisées de tous les continents et par une fusion de nos intérêts communs pour enfin sortir du monde oligarchique et nous diriger sur la voie de l’émancipation politique et sociale et donc de la liberté et du bonheur pour tous.

Nous sommes tous des colonisés !

— Résistance 71 —

 

Les pensées d’un Mohawk

 

Une série d’écrits et de dessins par Louis Karoniaktajeh Hall

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

A MESSAGE FROM GANIENKEH

INDEPENDENT NORTH AMERICAN INDIAN STATE

 

NO. 1 DECEMBER, 1974

 

GANIENKEH

 

Le 13 Mai 1974 à quatre heures du matin, l’avant-garde de la nation Mohawk avec l’aide des traditionels d’autres nations indiennes, est retournée sur l’ancien site de Ganienkeh, perdu par fraude et mensonge près de 200 ans plus tôt. Ceux en quête de justice espèrent reprendre possession du plus de territoire possible. Des représentants permanents des nations du monde aux Nations-Unies ont été avertis de la manœuvre des indigènes nord-américains. L’action est en accord avec les droits de l’Homme comme étant garantis par les Nations-Unies. L’état concerné et le gouvernement fédéral décidèrent de ne prendre aucune action contre les Indiens alors qu’ils occupaient la zone du lac de Moss (Adirondack Park et ses 6 millions d’acres de terrain qui sont parties du territoire Ganienkeh/Mohawk). Assurément, les Etats-Unis s’attendent à ce que l’action indienne s’étiole pour cause de manque de soutien.

A tous les Indiens d’Amérique du Nord:

Les Amérindiens se soulèvent de partout. Ils sont appelés “militants”. Un militant est quelqu’un qui est prêt et à la volonté de se battre; de se battre pour leurs droits. Beaucoup d(Indiens n’ont aucun désir de se battre pour quoi que ce soit. Ils pensent qu’ils n’ont aucun droit. Le sentiment naturel de penser avoir des droits a été forcé hors d’eux-mêmes. Ils pensent que seuls les blancs ont des droits. On les a induit à penser qu’ils sont des êtres inférieurs, nés pour se voir dépouiller de leurs possessions, de leurs terres, de leur liberté et même de leur âme. La guerre psychologique a plus avant réduit l’homme rouge opprimé, parqué dans des réserves, que l’homme blanc appelle “des terres réservées pour usage futur” (NdT: La vaste majorité des “réserves” ont en fait la dénomination administrative de “camp de prisonniers de guerre”, par exemple la réserve de Pine Ridge dans l’état du Dakota est administrativement nommée: “camp de prisonniers de guerre # 44”…). Déclaration menaçante s’il en est. Alors que l’homme blanc appelle les réserves “terre de la couronne” ou “terre gouvernementale”, cela veut dire que d’après l’homme blanc, les Indiens ne sont en possession d’aucune terre. Sous cette oppression, privation, racisme, discrimination et persécution, la personnalité humaine se brise. Beaucoup d’Indiens dans les réserves ou les villes vivent dans un état avancé de pauvreté et de dépravation. Ils n’ont aucun espoir pour le futur. Ils n’ont de plus aucune confiance en l’humanité. Les indiens militants traditionnels les appellent “les Indiens détruits”.

Pour oublier leur existence pathétique, ils s’enfoncent dans l’alcool et la drogue. Bon nombre se suicident. Tant de personalités indiennes sont si brisées qu’ils trahissent et espionnent leur propre peuple. Les Indiens renégats aident à opprimer leur propres frères. Les traitres sont légions dans les terres et la vie de l’homme rouge.

De ce chaos ambiant s’est levée une nouvelle espèce d’Indiens, les militants traditionnels. Bien que l’action militante soit souvent associée à la jeunesse, les militants amérindiens ont des anciens dans leurs rangs. Certains sont très vieux et veulent  voir justice rendue, que les terres soient restituées et restaurées pour l’homme rouge avant qu’ils ne s’en aillent vers le “monde des esprits”. Les militants traditionnels sont prêts et désireux de se battre pour leur droit de vivre en accord avec leurs coutumes et traditions.

Quels sont ces droits ? Le plus évident de ces droits est simplement celui de vivre. Dans les 20 premières années de la venue de l’homme blanc sur le continent américain, plus de 12 millions d’Indiens ont été massacrés (source provenant des archives des conquistadors eux-mêmes). Tout le monde a le droit à une nationalité. Ce qui veut dire que toutes les nations ont le droit d’exister en tant que telles. En 1890, le Canada a rayé l’existence des nations indigènes lorsqu’il a légiféré la loi sur les Indiens ou Indian Act. Ceci est totalement illégal, n’ayant jamais consulté avec les intéressés qui ne savaient pas qu’une nation devait faire ses propres lois. Si une nation accepte les lois d’une autre nation étrangère, alors elle se “dénationalise” et rejoint la nation étrangère. La loi internationale stipule que si un citoyen américain vote dans des élections canadiennes, il perd alors sa nationalité états-unienne et devient un citoyen canadien et un sujet britannique.

Les Indiens ne connnaissant pas la loi internationale ont accepté l’Indian Act canadien et la loi fédérale sur les indiens aux Etats-Unis et ainsi sont devenus des citoyens canadiens ou américains, sans vraiment le devenir, dans la mesure où ils le sont devenus dans un sens discriminatoire. Tout ce que cela a réussi à faire est à faire perdre aux Indiens leur sens de la nation et leur nationalité (véritable). Ils sont devenus des citoyens de 3ème zone sans les bénéfices, les droits et la protection qu’ont les citoyens de seconde et de première classe. Ceci est la plus grande objection de l’Indian Act provenant des blancs qui connaissent l’affaire. Cela a créé des citoyens indiens sans droits. En acceptant l’Indian Act, les nations indiennes furent dégradées au status de “bandes”, qui est un état inférieur à celui de “tribu”, qui au moins a ses propres lois faites pour elle-même. Aux Etats-Unis, les nations indiennes furent réduites au status de tribus.

Avant que les Indiens n’acceptent ces lois étrangères (NdT: Imposées par des colons sur une terre volée ne l’oublions pas non plus…), ils étaient reconnus en tant que nations. La confédération des six nations iroquoises (Haudenosaunee) n’a pas accepté l’Indian Act canadien ou la loi fédérale sur les indiens des Etats-Unis et a conservé son statut de nation. Aucune nation n’a le droit de réduire une autre nation au rang de bande ou de tribu en utilisant le mensonge. Les Indiens ont tous les droits de dénoncer cette action. Les Indiens ont le droit de déclarer et de réaffirmer leur nationalité; mais ils doivent s’organiser.

Règles pour une nation

Des tribus se rassemblent et se coalisent en une nation. Par exemple la nation Ganienkehaga (Mohawk) comprend neuf tribus organisées en trois clans. Il y a un “Royaner” ou “chef” et une Mère de clan pour chaque tribu et tous les Rotiyaner (pluriel de “chef”) ont un pouvoir égal. Il n’y a pas de roi, de premier ministre de grand chef ou de président. Ces titres individuels n’attendent que l’occasion pour l’erreur et la corruption. La nation Mohawk est une des six nations de la confédération iroquoise Haudenosaunee (NdT: les autres étant les nations Onondaga, Seneca, Cayuga, Oneida et Tuscaroa). La nation doit faire sa propre loi. La loi internationale (dont bien des principes proviennent de la constitution iroquoise Gayanerekowa, plus vieille constitution de l’humanité remontant aux environs du XIIème siècle), disqualifie un membre ou même une nation complète de sa nationalité s’il vote dans des élections d’une autre nation ou s’il accepte la loi nationale d’une autre nation. Ainsi, un membre d’une nation ne doit pas voter dans des élections d’une autre nation car par le fait de mettre son bulletin dans l’urne, il rejoint cette nation. C’est ce qui est arrivé aux Indiens. Ils ont voté dans des élections (conseils de bandes ou de tribus), légiférées par une autre nation et ont ainsi rejoint les nations du Canada ou des Etats-Unis dans un statut de citoyen de 3ème classe opprimé, discriminé et privé de droit.

La confédération iroquoise est historiquement la toute première des nations, ayant un gouvernement du peuple avec la toute première constitution de l’humanité, Gayanerekowa ou la Grande Loi. Ele appartient à l’homme rouge. Elle est la manière de maintenir paix et bonheur de la façon dont Deganawida l’avait envisionné. Un Huron, il fonda Kanonsonnionwe (le mot Mohawk pour dire la confédération des 6 nations). Il voulait que toutes les nations indiennes deviennent membres de la confédération, ce qui d’après les experts en gouvernance des nations, est pensé être la meilleure de toutes les institutions politiques possibles.

Les nations indiennes qui pensent à se réorganiser ne peuvent pas se tromper en adoptant les principes de Gayanerekowa. Personne ne pourra les accuser d’avoir emprunté à l’homme blanc, qui lui-même a emprunté de Gayanerekowa pour la constitution des Etats-Unis, de la Ligue des Nations puis pour la charte des Nations-Unies. Pour tous les droits de l’Homme et les libertés dont les gens du monde bénéficient aujourd’hui, ils peuvent remercier le grand faiseur de paix, Deganawida, un Indien d’Amérique du Nord.

74 nations de ce monde ont regagné leurs territoires et leurs gouvernements et contrôlent maintenant leur propre destinée. Les Etats-Unis ont rendu Okinawa au Japon. L’Amérique est un énorme bout de terrain et les Indiens devraient travailler à la restitution d’une bonne partie aux nations indiennes pour qu’elles puissent réorganiser leurs propres gouvernements et sociétés. Le gouvernement et le système économique imposés sur les réserves par l’homme blanc a été une échec retentissant. Le système politique de réserve indienne a dégénéré très rapidement en corruption. GANIENKEH plannifie de rétablir les communautés coopérantes de nations indiennes variées, autogérées et autosuffisantes ainsi que financièrement indépendantes, sans petits bénéfices ni pour les blancs ni pour les Indiens. Le système de communauté coopérante élimine la pauvreté ce qui améliore l’espérance de vie et les Indiens faisant les choses pour et par eux-mêmes retomberont enfin sur leurs pieds et en seront grandement réhabilités. L’incidence des indiens détruits serait également grandement réduite. Il y a tant d’Indiens qui ne trouvent pas de travail dans les villes ou dans leurs propres réserves et qui doivent demander des allocations d’état et sont appelés des “clochards assistés”. Les gouvernements donnent ces services à contre-cœur et se plaignent toujours de ce que cela pèse sur leur économie.

Les planificateurs du projet indien de Ganienkeh réalisent que le bien le plus important des gens est de retourner au système de coopération et de solidarité de leurs ancêtres. Le chemin vers la paix et l’harmonie se trouve dans la solidarité et la coopération en lieu et place de la concurrence qui ne fait qu’amener tensions, panique, division, acharnement, haine et bigoterie. Cela est caractérisé par l’exploitation et l’oppression du peuple. Une étude de communautés coopérantes existantes et bien-portantes est très révélatrice. En mettant en place ce sytème qui élimine d’emblée la pauvreté, une situation sera créée qui assurera la paix et le bonheur des gens. Être membres de leur propre communauté coopérante et solidaire transformera beaucoup d’indiens. Pour assurer un succès complet, une assistane et un certain soutien sont nécessaires pendant les premiers mois sous forme de vivres, de matériel et de personnes. Toute contribution, donation et publicité donnés à ce grand projet nord-américain sera grandement apprécié par tous ceux qui se sont engagés dans cette aventure venant à point.

Secretary – GANIENKEH COUNCIL FIRE

SIX NATIONS CONFEDERACY

GANIENKEH via

Eagle Bay, New York 13331

 

 

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Kanienkeh (Ganienkeh) aujourd’hui:

 

http://www.ganienkeh.net/

 

Kanienkeh, 33 ans plus tard: 2007

 

http://www.ganienkeh.net/33years/