Archive pour l’Idée anarchiste

Résistance politique: L’Idée circule… Qu’on se le dise !

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“Qui dit gouvernement, dit négation du peuple

Qui dit négation du peuple, dit affirmation de l’autorité politique

Qui dit affirmation de l’autorité politique, dit dépendance individuelle

Qui dit dépendance individuelle, dit suprématie de caste Qui dit suprématie de caste, dit inégalité

Qui dit inégalité, dit antagonisme

Qui dit antagonisme, dit guerre civile

Donc qui dit gouvernement, dit guerre civile.

Oui, l’anarchie c’est l’ordre

Car, le gouvernement c’est la guerre civile.”

— Anselme Bellegarrigue —

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« Aucune armée ne peut vaincre une idée dont l’heure est venue » (Victor Hugo)

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L’anarchisme est-il une idée dont l’heure est venue ?

La pensée anarchiste apparaît gagner en demande et en acceptance au sein d’une audience plus large.

 

Le 13 Octobre 2012  |  

 

 Par Katherine Acosta

url de l’article original:

http://www.alternet.org/visions/anarchism-idea-whose-time-has-come?akid=9531.217006.pw_mRT&rd=1&src=newsletter726768&t=7&paging=off

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Il semble ces jours, que partout les gens parlent de l’anarchisme. Dmitry Orlov rejoint la discussion avec une série d’articles en trois parties “Vive l’anarchie”, utilisant principalement le travail de l’anarchiste russe du XIXème siècle Pierre Kropotkine, Orlov argumente que l’anarchie, plutôt que la hiérarchie, est l’ordre dominant de la nature, que les organisations hiérarchiques finissent éventuellement par s’effondrer et que l’effondrement en cours du système capitaliste industriel présente une opportunité pour l’émergence de l’anarchisme.

Orlov,(aka kollapsnik at Club Orlov), est probablement mieux connu pour son livre Reinventing Collapse, dans lequel il compare l’effondrement de l’URSS et l’effondrement imminent des Etats-Unis. Né en Russie, Orlov est dans une position unique pour faire une telle comparaison, il immigra aux Etats-Unis alors qu’il avait 12 ans et en tant qu’adulte, fit de nombreux voyages retour en ex-URSS, dans les années qui ont immédiatement suivies l’effondrement de son système politique et économique.

Avec une verve toute russe que je trouve immensément attractive, Orlov décrit dans son livre comment les soviétiques étaient mieux positionnés que les Américains pour un effondrement économique. Par exemple, la plupart des citoyens soviétiques ne possédaient pas leur propre maison ou habitation, au lieu de cela ils vivaient dans des habitations appartenant à l’état. Quand l’URSS s’est effondrée, ils sont simplement restés là où ils étaient et personnes ne les a mis dehors. Comparez cela avec les Etats-Unis où les gens furent séduits de signer pour des emprunts immobiliers sur des habitations au prix outrageusement gonflés et où, depuis la crise de 2008, plus de 3 millions ont été repossédées.

De la même manière, peu de citoyens soviétiques possédaient leur propre véhicule, mais ils avaient l’avantage d’un système de transport public hautement développé. La plupart des Américains par contre, sont dépendants de leurs voitures, accablés par les coûts de la propriété du ou des véhicules et de leur entretien et des frais de mise en circulation. En URSS, les citoyens habitués aux politiques centralisées agricoles inefficaces, avaient déjà l’habitude de faire pousser leur propre nourriture. Ces dernières années, quelques américains se sont rendus compte de cette nécessité mais pas suffisamment. Je suis constamment surpris par le nombre de gens que je rencontre qui sont incapables d’identifier de simples légumes de potagers par leurs feuilles.

Quand exactement l’effondrement politique et économique des Etats-Unis qu’Orlov a prédit depuis cinq ans (de manière convaincante je dois le dire), se produira t’il ? Orlov ne peut pas le dire. Mais il croit que ce n’est pas très éloigné dans le futur.. Orlov utilise l’analogie d’un pont qui se désagrège peu à peu pour prédire ce qui va arriver:

Supposez que vous ayez un vieux pont. Le ciment est craqué, des morceaux manquent, les armatures rouillées du béton armé sont visibles. Un inspecteur déclare le pont comme étant “structurellement dangereux”. Ce pont va s’effondrer à un moment donner dans le temps, mais quand ? C’est quelque chose que personne ne peut vous dire.

Je lis Orlov depuis des années, mais je n’ai jamais vraiment appréhendé de quel bord politique il se situait. Parfois je pensais avoir décelé une note libertaire, mais je le voyais essentiellement comme apolitique, parfois même comme fataliste. Il est certainement un des penseurs les plus originaux parmi “l’intelligentsia de la théorie du pic pétrolier” et certainement le plus amusant. A l’encontre de certains écrivains sur le baril de pétrole, il semble n’avoir aucun intérêt à défendre les compagnies pétrolières dans leurs profits prédateurs ou d’influencer des officiels de gouvernements pour agir ou d’autres pour mitiger les effets du manque de pétrole. Probablement ceci aurait du me mettre la puce à l’oreille, mais mes antennes anarchistes n’étaient pas encore bien développées à cette époque.

Quoi qu’il en soit, il est très excitant de voir Orlov devenir plus ouvertement engagé politiquement. Dans la première partie de sa série, Orlov introduit le penseur anarchiste Pierre Kropotkine, né prince en 1842. Il renonça à ce statut et dévoua sa vie à améliorer le quotidien de l’homme du commun par ses écrits et son activisme. Peut-être que sa plus grande contribution à la pensée anarchiste fut la publication de son livre: “L’entr’aide mutuelle, un facteur de l’évolution”, où Kropotkine, scientifique, zoologue et géographe argumente que la coopération, l’entr’aide, plutôt que la concurrence, la compétition, est la caractéristique la plus commune de l’attitude animale et est essentielle à la survie et à l’évolution des espèces:

“Dans onze de ces quelques endroits (en Sibérie orientale et en Manchourie), qui abondent en vies animales, j’ai échoué de rencontrer, bien que je fus avide de la rencontrer, cette lutte amère pour les moyens d’existence parmi les animaux appartenant à la même espèce, ce qui était considéré par la plupart des darwinistes (bien que pas par Darwin lui-même) comme la caractéristique dominante de la lutte pour la survie et le facteur principal de l’évolution… Où que j’ai pu observer la vie animale en abondance, comme par exemple près des lacs où bon nombre d’espèces et des millions d’individus se rassemblemt pour procréer et élever leur progéniture, dans les colonie de rongeurs, dans les migrations d’oiseaux qui eurent lieu à cette époque à une échelle comparable à ce qui peut se passer aux Etats-Unis le long du lac Usuri, spécifiquement la migration des daims dont j’ai été témoin le long des rives du lac Amur. Et durant laquelle beaucoup de ces milliers d’animaux intelligents se rassemblaient en provenance d’un immense territoire, venant avant les neiges profondes afin de traverser l’Amur à son endroit le plus étroit, dans toutes ces scènes de la vie animale qui sont passées devant mes yeux, j’ai vu entr’aide mutuelle et support mutuel à un tel point que cela me rendit suspicieux quand à cette caractéristique importante pour le maintien de la vie, la préservation des espèces et de leur évolution future.”

Dans la seconde partie de cette série, Orlov note que Kropotkine a fait remarquer que le terme “survie du plus apte” a été mal interprété pour vouloir dire que les animaux sont en concurrence contre des animaux de la mème espèce, alors que ceci est le raccourci pour une extinction plus rapide. Kropotkine donne de nombreux exemples de ce qui permet aux sociétés animales de survivre et d’abonder et c’est presque toujours la coopération au sein de leur propre espèce et parfaois avec d’autres espèces et qu’il n’y a pratiquement jamais de concurrence ouverte.

Orlov écrit que “lorsque la plupart des gens disent ‘darwinien’, il se trouve qu’ils pensent en fait ‘hobbesien’. Il est probablement plus juste de dire que ce qu’on connait de manière commune comme notion de darwininisme-social est en fait plus du ‘spencerisme’ que de l’ ‘hobbesienisme’ même, puisque c’est Herbert Spencer, le sociologue anglais du XIXème siècle et contemporain de Kropotkine à qui on attribue la phrase de “la survie du plus apte ou du plus fort”. Il fut influent en son temps. Spencer a beaucoup emprunté à la biologie évolutionaire pour développer ses théories sociales, par exemple sa notion que si un gouvernement intervient dans l’économie pour donner de l’aide aux pauvres, une éducation publique, etc, cela empêcherait la capacité des individus à développer des forces adaptatives et serait ainsi un  inconvénient et non pas un service pour ces individus et leur descendance, le travail de Kropotkine sur l’entr’aide mutuelle fut une réponse à ce genre d’idées.

Orlov describes les observations ultérieures de Kropotkine sur la nature et l’organisation sociale animale:

“Les sociétés animales peuvent être très organisée mais leur organisation est anarchique, manquant de hiérarchie profonde: il n’y a pas de soldats, de caporaux, de sergents, de lieutenants, de capitaines, de commandants, de colonels et de généraux quelque soit l’espèce qui a évoluée sur la planète terre mise à part le babouin en rangers armé (chaque fois que vous voyez un animal portant des rangers et un flingue, fuyez !..)  Quelques groupes d’animaux s’organisent par ordre, comme qui picore en premier chez les poulets et qui mange en premier dans un groupe de lions mais ceci n’est qu’un ordre qui ne créé aucun privilège aucune classe ou rang, ni aucune chaîne de commandement. Ainsi, les sociétés animales sont égalitaires. Même la reine des abeilles ou des termites n’a pas de position de commandement, elle n’est que l’organe reproducteur de la colonie et ne donne pas d’ordre ni n’en reçoit de personne d’autre.”

Si l’anarchisme est l’ordre naturel de la vie sur terre, comme Orlov l’insinue, pourquoi donc les sociétés humaines les plus contemporaines sont-elles organisées différemment ? D’après Orlov:

Des traces d’anarchisme peuvent-être discernées en remontant aussi loin que la réforme de l’église, dans des mouvements recherchant l’autonomie, la décentralisation et l’indépendance de gouvernement centraux. Mais éventuellement, virtuellement tous furent noyés par les mouvements révolutionnaires socialistes et communistes, qui luttèrent pour renégocier le contrat social afin de distribuer les fruits de la production industrielle plus équitablement parmi la classe travailleuse. Dans tous les pays développés, la classe laborieuse fut capable à terme de sécuriser des gains comme le droit de se syndiquer, le droit de faire grève et de négocier collectivement, l’éducation publique, une semaine de travail régulée, des retraites garanties par les gouvernements et des schémas de compenstation en cas d’invalidité, des sécurités sociales gouvernementales etc, etc, le tout en échange de se soumettre au système hiérarchique de contrôle d’un état industrialisé centralisé. La pensée anarchiste ne pouvait pas gagner de terrain dans un tel climat politique, où les récompenses pour la soumission à un ordre officiel hiérarchique furent si attirantes. Mais maintenant, l’expérience industrielle touche à sa fin…

Mettant de côté pour un moment les faits que des exemples de sociétés anarchistes remontent aussi loin qu’avant la réforme et que des exemples (comme les nations indigènes des Amériques) plus récents furent endommagés ou éliminés par les puissances colonialistes et impérialistes. La thèse d’Orlov est intrigante. Si les gens sont plus ou moins d’accord de se soumettre à une autorité hiérarchique quand elle distribue les ressources un peu plus équitablement que le laissez-faire capitaliste, que se passe t’il donc si la hiérarchie arrête de jeter des os dans notre direction ?

Frances Fox Piven et Richard Cloward démontrent dans leur désormais texte classique: Poor People’s Movements que des opportunités pour des insurrections populaires émergent relativement rarement et en général coïncident avec “de profonds changements dans une société plus large (page 7)”. Le déclin de la société industrielle et l’effondrement à venir du capitalisme mondialiste produit, et continuera de produire, une dislocation sociale et de la misère, mais cette rupture avec le passé créé aussi l’espace pour bâtir quelque chose de neuf ; peut-être quelque chose de plus équitable ? De plus libre ? de plus attentionné ? Après tout, la société industrielle a produit ses propres formes de misère: ennui, conformité, étouffement de la créativité et aliénation pour ne nommer que quelques formes connues.

Orlov écrit: “Nous ne pouvons qu’espérer qu’avec l’estompage de l’âge industriel, l’anarchisme est voué à une renaissance, à gagner en confiance et en acceptance parmi ceux qui désirent sortir du schéma industriel par anticipation au lieu que de se retrouver cloués sous les décombres de la société.”