Archive pour le confédéralisme démocratique

Société contre l’État: La confédération des communes libres avenir de nos sociétés…

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« Renversez l’État, la société fédérée surgira de ses ruines, vraiment une, vraiment indivisible, mais libre et grandissant en solidarité par sa liberté même. » […]
« Opposons à un idéal copié sur le passé un idéal nouveau, l’anarchie, c’est à dire l’abolition complète des États et l’organisation du simple au composé par la fédération libre des forces populaires, des producteurs et des consommateurs. […] La révolution ne sera victorieuse que le jour où le travailleur des usines et le cultivateur des champs marcheront la main dans la main à la conquête de l’égalité pour tous, en portant le bonheur dans les chaumières comme dans les édifices des grandes agglomérations industrielles. »

(Pierre Kroptkine, 1882)

Manifeste pour la commune libre

Commune libre et autogestion

 

L’avenir de la société

 

Tiziana Antonelli

 

4 Mai 2016

 

url de l’article:

http://www.monde-libertaire.fr/?article=Lavenir_de_la_societe

 

« Il n’y a plus d’État, il n’y a plus de pouvoir central supérieur (…), il y a seulement la force collective résultant de la fédération (…) Les communes jouissent de toute leur indépendance, c’est cela l’anarchie véritable. » J. Guillaume

La Commune de Paris aujourd’hui

La commémoration de la Commune de Paris est tombée cette année au moment où émerge une défiance croissante des masses envers la justice et les formes de légitimation des classes au pouvoir.

Alors qu’on approche des élections municipales dans plusieurs grandes villes, la classe politique craint par-dessus tout l’accroissement des abstentions. L’abstentionnisme marque un tournant dans le panorama politique italien : déjà depuis quelques années il n’existe plus de représentation parlementaire qui se revendique explicitement de l’héritage historique du mouvement ouvrier (communiste ou socialiste) ; selon les recherches des instituts spécialisés, les ouvriers constituent la majorité des abstentionnistes, et l’abstentionnisme est l’option politique majoritaire des ouvriers. Il s’agit d’un vrai mouvement de masse, avec de profondes racines de classes, qui ne réussit pas encore à s’exprimer avec une proposition alternative au modèle étatique d’organisation sociale.

Les gouvernements source de la misère et de la violence

D’autre part la classe politique et les gouvernements démontrent chaque jour leur incompréhension et leur aversion à l’égard des exclus du pouvoir et des revenus de la société capitaliste, l’immense masse des frustrés, du prolétariat. Les politiques d’austérité et de croissance des profits, se traduisent par une augmentation de l’exploitation de la force de travail, par la réduction des salaires, par l’augmentation du chômage, en un mot la croissance de la misère des classes populaires. La répression qui frappe quiconque s’oppose aux projets des institutions et des classes dominantes, se transforme en une militarisation de la société et aboutit à la ségrégation et la plus grande violence à l’égard des migrants.

Le congrès de la Fédération

C’est dans ce contexte que la Fédération Anarchiste Italienne a décidé de mettre à l’ordre du jour du prochain congrès le projet de transformation sociale, et en particulier les formes d’organisations sociales anti-étatiques. Ce qui se passe actuellement au Kurdistan démontre l’utilité de la réflexion et de la proposition politique des anarchistes organisés. Le mouvement de libération du peuple kurde, inspiré par des idéaux assez différents des nôtres, cherche une solution à la situation dramatique des peuples de la région dans des formes d’organisations bien éloignées de l’idée de l’État-nation, qui prévoient une forte participation de la base, et susceptibles d’évoluer vers une société libertaire et égalitaire. En dehors des forces et de la présence du mouvement anarchiste, la prégnance du modèle anarchiste est perceptible dans sa continuelle réapparition, jusque dans les secteurs sociaux et politiques bien éloignés de nos idées. Il existe une poussée sociale profonde en faveur de l’anarchie, qui s’impose par delà les sujets qui en sont les porteurs. D’où l’importance du débat au sein de la Fédération : donner à cette poussée sociale profonde conscience de soi, de sa propre force et des objectifs concrets dans lesquels ils s’expriment.

Un nouveau modèle d’organisation sociale

La Commune de Paris a annoncé un nouveau modèle de société. Aujourd’hui nous ne nous y intéressons pas seulement pour commémorer cette épopée prolétarienne, mais surtout pour en tirer des enseignements pour l’avenir.

Errico Malatesta avait probablement raison quand il affirmait, cinquante ans après, que la Commune est plus importante pour ce qu’elle aurait pu être que pour ce qu’elle fut. Ce qu’elle a mis en place, malgré tous les efforts des philistins que se sont servis de l’émancipation de la classe ouvrière comme tremplin de leur propre ascension parlementaire (la longue marche à l’intérieur des institutions), c’est que le prolétariat peut conquérir sa libération seulement sur les décombres de l’État et à l’intérieur d’une organisation sociale basée sur l’assemblée de base, sur la révocabilité des délégués et sur le mandat impératif, sans compter la rétribution des fonctions égale au salaire moyen d’un ouvrier. En même temps, la Commune procéda à la liquidation des organes de répression et de l’armée, remplacés par le peuple en armes. Un autre point important fut la substitution du centralisme étatique par le fédéralisme des Communes.

Dans un article précédent (1903) le même Malatesta avait émis des doutes sur la Commune, qu’il considérait comme étant toujours une forme de gouvernement qui n’avait pas mal tourné uniquement parce qu’il avait peu duré. « La critique anarchiste s’est penchée depuis de nombreuses années sur les évènements connus sous le nom de Commune de Paris, et il est peu resté, ou pas grand-chose, du régime communaliste, comme cela fut entendu à Paris en 1871, qui puisse être accepté et donné en exemple aux anarchistes ». Avec le temps, à l’intérieur de l’anarchisme italien on a eu un regard plus favorable, en particulier suite à l’expérience des conseils et des soviets qu’ils reprirent à Bologne en 1920, en approuvant deux motions, l’une en faveur des Conseils de fabrique en période révolutionnaire, et une en faveur des Soviets en tant qu’organismes de reconstruction sociale, à condition qu’ils soient l’expression directe de la volonté populaire, et non des principes abstraits imposés par un parti particulier. Par la suite ce sera la Fédération Anarchiste Italienne, lors du Congrès constitutif de 1945, qui verra dans les Comités (en fait les anciens Conseils) les instruments de la reconstruction économique et sociale. L’expérience de la Commune réapparaît surtout sur l’aspect qui avait rendu le plus dubitatif Malatesta, c’est à dire sur le terrain de la réorganisation de la société dans sa complexité, et pas seulement dans la production, et la distribution sous la responsabilité des organisations de travailleurs.

Il s’agit d’un passage très significatif, qui fait que les modèles de reconstruction sociale de type syndicaux, qui mettent au centre le rôle des producteurs, n’ont pas réussi à entraîner la totalité des militants italiens.

Même le mécanisme de la délégation, objet des critiques de Malatesta, est devenu le patrimoine commun du mouvement anarchiste, commun aux deux branches qui se séparèrent au Congrès de Carrare en 1965. Il est intéressant de noter à ce propos la position de Michele Damiani, porte parole des Groupes d’Initiative Anarchiste, exprimée dans un article de 1966 : « Dans une société organisée anarchiquement sur le principe de la Commune autonome et fédérée aux autres communes, nous anarchistes serions « électeurs et éligibles », et un peu plus loin « … une chose est … de déléguer à d’autres la faculté d’établir des lois pour les imposer à tous, en usant de la force, et c’en est une autre de déléguer les devoirs, la charge de travail : délégations toujours révocables et à tout moment ».

Voici comment l’expérience de la Commune a été reprise dans le mouvement anarchiste. Cette expérience et le débat qui en est issu nous fournissent des instruments pour la construction d’une société libertaire.

Tiziana Antonelli

Tiré de Umanità Nova, 27/03/2016

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Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 1ère partie ~

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Le Confédéralisme Démocratique

 

Traduction d’extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative

 

par Résistance 71

 

Mars 2016

 

1ère partie

2ème partie

 

Abdullah Ocalan est un militant et activiste indépendantiste kurde né en Turquie en 1948. Il est le fondateur du Parti Ouvrier Kurde, de ses initiales plus connues de PKK en 1978, parti en lutte contre la Turquie et la Syrie pour un regain de souveraineté. Originellement marxiste-léniniste, Ocalan a transformé sa pensée et sa ligne politique vers une pratique plus libertaire et a renoncé lui et le PKK, au credo et sectarisme marxiste-léniniste à la fin des années 90.

Réfugié, herbergé puis chassé de Syrie par Hafez al-Assad, Ocalan a été enlevé en 1998 au Kenya par les services de renseignement turcs (MIT) avec l’aide de la CIA et exfiltré en Turquie.

Condamné à mort, sa peine fut commuée en détention à vie en QHS. Il est enfermé sur l’île prison d’Imrali en Mer de Marmara. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont en 2011 ce manifeste pour le confédéralisme démocratique, idée qu’il a développée d’après la pensée et la pratique du municipalisme libertaire et écologique de l’anarchiste et ex-marxiste américain Murray Bookchin (décédé en 2006) dont l’œuvre est continuée par sa compagne Janet Biehl, qui a séjourné au Rojava syrien.

Ocalan a tourné résolument le PKK et la lutte des Kurdes de Turquie et de Syrie, vers le Confédéralisme Démocratique, qui a commencé à se mettre en place essentiellement en territoire kurde de Turquie et dans la province kurde du nord de la Syrie du Rojava autour des communes de Kobané depuis 2005 et cette forme libertaire de gouvernance démocratique directe y est effective et fonctionnelle dans cette région du monde.

Notre lectorat notera au gré des écrits de l’auteur la similitude flagrante entre le peuple kurde, autochtone à cette zone du Proche-Orient depuis le Néolithique et la sitiuation politique et économique des nations amérindiennes originelles toujours sous le joug colonial. Ce que le PKK et ses branches du YPG/YPJ kurdes syriens accomplissent est par là similaire à ce que les Zapatistes du Chiapas au Mexique ont réalisé depuis 1994 ainsi que de toutes les revendications issues des mouvements amérindiens tant du nord que du sud. C’est pour cela qu’ils sont la cible de l’État et de son totalitarisme inhérent, suffit de voir la répression sauvage dont font l’objet les Kurdes de Turquie et du Rojava au main de l’état fasciste turc, soutenu par l’OTAN.

Voici ce que nous dit Abdullah Ocalan dans la préface de son manifeste:

“Depuis plus de 30 ans le Parti Ouvrier Kurde (PKK) a lutté pour les droits légitimes du peuple kurde. Notre lutte, notre combat pour la libération a tourné la question kurde en une question internationale qui a affecté l’ensemble du Moyen-Orient et a amené une solution possible à la question kurde.

Lorsque le PKK fut formé à la fin des années 1970, le climat politique et idéologique était caractérisé par un monde bipolaire issus de la guerre froide et le conflit entre les camps socialiste et capitaliste. Le PKK fut inspiré à cette époque par la montée des mouvements de décolonisation partout dans le monde. Dans ce contexte, nous essayâmes de trouver notre propre voie en accord avec la situation particulière de notre nation. Le PKK n’a jamais regardé la question kurde comme un seul problème ethnique ou de nationalité. Nous avons plutôt cru que c’était un projet de libération de la société et de sa démocratisation. Ces buts déterminèrent nos actions de manière croissante dans les années 1990.

Nous avons aussi reconnu un lien causal entre la question kurde et la domination globale du système capitaliste moderne. Sans questionner ni défier ce lien, une solution serait impossible. Autrement nous ne nous serions impliqués que dans de nouvelles dépendances. (NdT: ceci est très très similaire aux multiples déclarations des Zapatistes du Chiapas, qui soutiennent Ocalan et la lutte du PKK…)

Ainsi, du point de vue des problèmes d’ethnicité et de nationalité comme la question kurde, qui ont aussi leurs racines très profondes dans l’histoire et les fondations de la société, il n’a semblé n’y avoir plus qu’une seule solution viable: la création d’un état-nation, ce qui représentait le paradigme de la modernité capitaliste de l’époque.

Nous n’avons pas néanmoins cru que n’importe quel modèle politique prêt à l’emploi pourrait améliorer la situation de manière durable pour le peuple au Moyen-Orient. N’était-ce pas le nationalisme et les états-nations qui avaient créé tant de problèmes au Moyen-Orient en première instance ?

Observons donc de plus près la toile de fond historique de ce paradigme et voyons si nous pouvons cartographier une solution qui évite le piège du nationalisme et qui sied mieux à la situation du Moyen-Orient en général.”

-[]- Le manifeste d’une petite cinquantaine de pages est divisé en 4 grands chapitres couvrant les concepts de: l’état-nation, le confédéralisme démocratique, les principes du CD et les problèmes des peuples au MO et les voies possibles de solution.

En voici des extraits traduits par nos soins. L’intégralité de ce texte existe en français, mais pas en ligne à notre connaissance, il a été édité sous forme de pamphlet (payant).

Notez à la lecture de ce qui suit qu’Ocalan place justement le cœur du processus de décision de la société comme étant un processus POLITIQUE et non pas comme on veut nous le faire croire des capitalistes aux marxistes un processus ECONOMIQUE. Ocalan identifie à juste titre le politique comme le moteur de la société dont l’économique dépend. Ainsi, à l’instar de l’anthropologue politique Pierre Clastres il considère que l’origine naturelle de la société humaine est une société dont l’organe politique n’est pas séparé du peuple, mais y est totalement intégré afin d’assurer une prise de décision collective consensuelle à quelque niveau que ce soit. Le confédéralisme démocratique suit ce modèle, à l’instar de bien des sociétés traditionnelles non étatiques donc contre l’État de par le monde.

La dernière parti du manifeste envisage des solutions à la crise politique et identitaire du Moyen-Orient. On peut ou pas être d’accord sur la vision d’Ocalan mais il a le mérite d’offrir une possibilité de solution politique à la région au moyen du Confédéralisme Démocratique, solution qui envisage l’ensemble de la diversité culturelle, ethnique et religieuse, mise en réseau confédéraliste amenant à terme, paix et coopération.

Finalement, nous voyons en Abdullah Ocalan un véritable progressiste qui a mis à profit les aléas de sa vie et son emprisonnement pour réfléchir et parfaire une voie de salut politique avec l’élaboration de son concept de confédéralisme démocratique adapté aux besoins et à la culture du peuple kurde. Suivant les pas de son mentor Murray Bookchin, lui aussi ex-marxiste, il a correctement analysé le fait que l’État-nation et ses institutions ne sont en rien des solutions à nos problèmes planétaires mais au contraire une entrave, une partie inhérente du problème de la société humaine, que celle-ci se doit maintenant d’affronter. Contrairement à la doxa marxiste de l’état prolétarien totalitaire, ne sachant être que totalitaire, Ocalan s’est libéré, il a “lâcher-prise”, s’est retourné pour voir d’où il venait et a apprécié le fait que la société humaine s’est épanouie au mieux et de tout temps hors des états-nations ; il a ainsi appris où et comment les Kurdes devaient emmener leur société. L’idée, l’idéal de ce Confédéralisme Démocratique n’est pas nouveau, il remonte au cœur même de la conscience politique humaine, puisant dans sa riche nature faite de compassion, d’empathie, de coopération, d’entr’aide mutuelle, toutes ces choses naturelles qui sont avant tout de grandes parts de notre survie sur cette planète depuis l’avènement de l’embryon des sociétés humaines il y a plus d’un million d’années –[]-

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L’état-nation

Avec la sédentarisation des gens vint l’idée de la zone dans laquelle ils vivaient, de son étendue et de ses “frontières”, qui étaient essentiellement déterminées par la nature et les caractéristiques de terrain. Les familles, clans et tribus qui y vivaient depuis un certain temps ont développé des notions d’identité commune et d’appartenance. Il n’y avait pas encore de frontières et le commerce, la culture et le langage n’avaient aucune restriction. Les limites territoriales demeurèrent très flexibles pendant très longtemps.

[…]

Avec l’apparition du commerce entre nation-état, le commerce et la finance poussèrent pour uine participation politique et ajoutèrent leur pouvoir aux structures de l’État. Le développement de l’état-nation au début de la première révolution industrielle il y a plus de deux cents ans alla la main dans la main avec une accumulation non régulée du capital d’un côté et l’exploitation sans restriction d’une population croissante d’un autre côté. La nouvelle bourgeoisie qui émergea de cette révolution a voulu prendre part aux décisions politiques et aux structures étatiques.

Le capitalisme, leur nouveau système économique, devint alors un composant inhérent du nouvel état-nation. Celui-ci a eu besoin de la bourgeoisie et du pouvoir de son capital afin de remplacer l’ancien monde féodal et son idéologie qui était fondée sur des structures tribales et des droits hérités d’une nouvelle idéologie nationale qui unifiait tous les clans et les tribus sous le toit de la nation. De cette manière, le capitalisme et l’état-nation devinrent si étroitement impliqués l’un envers l’autre que l’un ne pouvait plus imaginer vivre sans l’autre. La conséquence directe en fût que l’exploitation ne fut pas seulement endorsée par l’État, mais même grandement encouragée et facilitée par celui-ci.

Mais par-dessus tout, l’état-nation doit être pensé comme la forme ultime de pouvoir. Aucun autre type d’état ne possède cette force de pouvoir.. Une des raisons principales en est que la couche supérieure de la classe moyenne a été liée au processus de monopolisation de manière exponentielle. L’état-nation lui-même est la force la plus avancée de complet monopole. C’est l’unité monopolistique la plus développée pour le commerce, l’industrie, la finance et le pouvoir. On doit aussi ici penser au monopole idéologique comme partie indivisible du monopole du pouvoir.

L’état et ses racines religieuses

J’a déjà discuté des racines religieuses de l’État en détail dans mon ouvrage “The Roots of Civilisation”, London, 2007. Bien des concepts et notions politiques contemporains ont leur origine dans des concepts ou des structures religieux ou théologiques.

[…]

L’État et son pouvoir sont dérivés de volonté et de loi divines et ses dirigeants sont devenus des rois par la grâce de dieu. Ces gens représentaient le pouvoir divin sur terre.

Aujourd’hui, la plupart des États s’appellent eux-mêmes séculiers, affirmant que les vieux liens entre la religion et l’état ont été rompus et que la religion ne fait plus partie de l’état. Ceci n’est qu’une partie de la vérité. Même si les institutions religieuses ou les représentants du clergé ne participent plus au processus de prise de décision politique et social, ils influencent toujours ce processus de la même manière qu’ils sont influencés par des idées et des développements politico-sociaux. Ainsi, le sécularisme ou la laïcité, comme cela est appelé en Turquie, contient toujours des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’état est une décision politique, cela n’est pas apparu naturellement. C’est pourquoi aujourd’hui même le pouvoir et l’état senblent être quelque chose de donné, on pourrait même dire divinement donné. Des notions comme état séculier ou pouvoir séculier demeurent très ambigues.

[…]

Autrefois, quand une tribu en subjuguait une autre, ses membres devaient adorer les dieux de leurs vainqueurs. On pourrait bien appeler ce processus un processus de colonisation et même d’assimilation. L’état-nation est un état centralisé ayant des attributs quasi divins qui ont complèteement désarmé la société et monopolisé l’utilisation de la force.

La bureaucratie

Comme l’état-nation transcende sa base matérielle, ses citoyens, il assume une existence au-delà des institutions politiques. Il a besoin de plus d’institutions pour le protéger et protéger sa base légale et idéologique et ses structures économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaires qui en résulte coûte cher et ne sert qu’à la préservation de l’État transcendant lui-même, qui à son tour élève la bureaucratie aux dessus du peuple.

Pendant la modernité européenne, l’état a eu tous les moyens à sa disposition pour étendre sa bureaucratie à toutes les strates de la société. Là, elle a grandi comme un cancer infectant toutes les lignes de vie de la société. La bureaucratie et l’état-nation ne peuvent pas exister l’un sans l’autre. Si l’état-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitlaiste, il est aussi certainement la cage de la société naturelle. Sa bureaucratie sécurise le fonctionnement sans heurts du système, sécurise la base de la production de biens et sécurise les profits pour les acteurs économiques importants à la fois dans l’état-nation socialiste et celui affilié au business. L’état-nation domestique la société au nom du capitalisme et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse désirant localiser et résoudre les problèmes sociaux se doit d’observer et de comprendre ces liens particuliers.

L’homogénéité

L’état-nation dans sa forme originale vise à monopoliser tous les processus sociaux. La diversité et la pluralité doivent être combattues, une approche qui a mené à l’assimilation et au génocide. Il n’exploite pas seulement les idées et le travail potentiel de la société et ne colonise pas seulement les esprits au nom du capitalisme ; il assimile également toutes les formes d’idées spirituelles et intellectuelles afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une seule culture nationale, une seule identité nationale et une seule communauté religieuse unifiée. Ainsi il renforce aussi une homogénéité citoyenne. La notion de citoyen a été créée pour répondre à cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne ne définit rien si ce n’est la transition faite entre l’esclavage privé et l’esclavage d’état. Le capitalisme ne peut pas faire de profit en l’absence de telles armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle qui ait jamais été créée et est le résultat direct d’un “projet d’ingénierie sociale”.

Ces buts sont généralement remplis en utilisant la force ou des récompenses financières et ont souvent eut pour résultat l’annihilation physique des minorités, des cultures, des langues ou leur assimilation forcée. L’histoire de ces deux cents dernières années est pleine d’exemples illustrant ces violentes tentatives de créer des nations qui correspondent à la réalité imaginaire d’un vrai état-nation.

Etat-nation et société

Il est souvent dit que l’etat-nation se préoccupe de la destinée des gens du commun. Ceci est faux. Il est plutôt le gouverneur national du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste qui est plus intriqué dans les structures dominantes du capital que nous ne tendons à le dire généralement: c’est une colonie du capital et ce indépendamment du nationalisme avec lequel il se présente, il sert de la même manière les processus capitalistes d’exploitation. Il n’y a aucune autre explication pour la redistribution des plus horribles des guerres menées par la modernité capitaliste. Ainsi donc, par là-même, l’état-nation n’est pas avec les peuples, il est au contraire un ennemi des peuples !

Les relations entre les autres etats-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates de l’etat-nation. Sans la reconnaissance par d’autres états-nations, aucun d’entre eux ne pourraient survivre. La raison en est la logique du système capitaliste mondial.

Les fondations idéologiques de l’état-nation

Dans le passé, l’histoire des états était souvent assimilée à l’histoire de leurs dirigeants, qui leur donnait des qualités quasiment divines. Cette pratique changea avec l’avènement de l’état-nation ; maintenant l’état entier est idéalisé et élevé au rang divin.

En assumant la comparaison de l’état-nation avec un dieu vivant, alors le nationalisme serait sa religion.

[…]

Leur nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse.

Un autre pilier de l’état-nation est son sexisme qui pervertit la société entière. Bien des systèmes “civilisés” ont employé le sexisme afin de préserver leur propre pouvoir. Ils assurèrent l’exploitation des femmes et l’utilisèrent comme un réservoir de labeur à très bon marché. Les femmes sont aussi vues comme une ressource de valeur car elles produisent des enfants et la reproduction nécessaire aux hommes. Ainsi, la femme devient à la fois un objet sexuel et une commodité. Elle est un outil pour la sauvegarde du pouvoir de l’homme et peut au mieux devenir un accessoire dans la société patriarcale dominée par le mâle.

D’un côté, le sexisme de la société de l’état-nation renforce le pouvoir des hommes ; de l’autre, l’état-nation transforme sa société en une colonie par l’exploitation des femmes. De ce point de vue, les femmes peuvent aussi être vues comme une nation exploitée, colonisée.

Au cours de l’histoire de la civilisation humaine, le patriarcat a consolidé le cadre traditionnel des hiérarchies, qui dans l’état-nation, est alimenté par le sexisme.

[…] Sans la répression des femmes, la répression de la société n’est pas possible, ni même concevable. Le sexisme fait des femmes la pire de toutes les colonies.

[…] Tout le pouvoir et les idéologies étatiques sont des ramifications des attitudes et comportements sexistes. Sans la mise en esclavage de la femme, aucun autre esclavage n’est possible et ne peut exister et encore moins se développer. Le capitalisme et l’état-nation dénotent le système de mâle dominant le plus institutionalisé. De manière plus directe: le capitalisme et l’état-nation sont le monopole du mâle despote et exploiteur.

(NdT: Ocalan parle ici essentiellement de ce qu’il connaît le mieux: la société et l’état-nation turcs. L’occident vit la même chose à un degré simplement différent, et encore, pas toujours…)

Les Kurdes et l’état-nation

Après cette brève introduction à ce qu’est l’état-nation ainsi que ses bases idéologiques, nous allons maintenant voir pourquoi la fondation d’un état-nation kurde séparé n’a absolument aucun sens pour les Kurdes.

Ces dernières décennies, le peuple kurde a non seulement lutté pour la reconnaissance de son existence par les puissances politiques dominantes, mais aussi pour la libération de sa société de la poigne féodale. Ainsi, cela n’a aucun sens de remplacer les vieilles chaînes par de nouvelles ni même de renforcer la répression. Sans opposition contre la modernité capitaliste il n’y aura aucune place pour la libération des peuples. Voilà pourquoi la création d’un état-nation kurde n’est pas une option pour moi ou le PKK.

L’appel à un état-nation kurde séparé résulte des intérêts de la classe dirigeante ou des intérêts de la bourgeoisie, mais ne reflète en rien les intérêts du peuple car un autre état ne serait que la création d’une injustice supplémentaire et viendrait handicaper plus avant le droit à la liberté.

La solution pour la question kurde de ce fait, a besoin d’être trouvée dans une approche qui va affaiblir la modernité capitaliste ou la repousser. Il y a des raisons historiques, sociales et conjoncturelles, comme le fait que la nation kurde est éclatée dans quatre pays différents (NdT: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran), ce qui rend absolument indispensable une solution démocratique embrassant tout le peuple. De plus il est notoire que le Moyen-Orient fait l’objet d’un grand déficit en démocratie. De fait un projet démocratique kurde fera avancer la démocratisation du Moyen-Orient de manière générale.

Appelons ce projet démocratique le confédéralisme démocratique.

Le confédéralisme démocratique

Ce type de règle ou d’administration peut-être appelé une administration politique non étatique ou la démocratie sans état. Il ne faut pas confondre les processus de prises de décision démocratiques avec les processus connus comme étant de l’administration publique. Les états sont des administrateurs tandis que les démocraties gouvernent. Les états sont fondés sur le pouvoir, les démocraties sont fondées sur le consensus collectif. La règle dans l’état est déterminée par décret, même si cela peut-être en partie légitimé par le processus électoral, les démocraties elles, utilisent les élections directes. L’État utilise la coercition comme moyen légitime, les démocraties sont fondées sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il est flexible, multi-culturel, anti-monopole et orienté sur le consensus. L’écologie et le féminisme en sont des piliers centraux. Dans le cadre de ce type d’autogestion, une économie alternative deviendra nécessaire, une qui augmentera les ressources de la société au lieu de les exploiter ce qui ainsi rendra justice aux besoins de la société.

[…]

C’est un droit naturel que d’exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale avec l’aide et l’entremise d’associations politiques.. Mais ce droit a besoin d’une société éthique et politique. Le confédéralisme démocratique est ouvert aux compromis concernant les traditions étatiques ou gouvernementales. Il permet une coexistence égalitaire.

Le confédéralisme démocratique repose sur l’expérience historique de la société et de son héritage collectif… Il est la progéniture de la vie de la société.

L’état s’oriente continuellement vers toujours plus de centralisme afin de poursuivre les intérêts des monopoles du pouvoir. L’inverse est vrai pour le confédéralisme démocratique. Ce ne sont pas les monopoles, mais la société elle-même qui est au centre de la vie et de l’attention politiques.

[…]

L’aliénation putative de la société de sa propre existence encourage le retrait de la participation active des citoyens, une réaction qui est souvent appelée le “désenchantement politique”. Mais les sociétés sont essentiellement politiques et orientées sur les valeurs. Les monopoles politique, économique, idéologique et militaire sont des constructions qui contredisent la nature même de la société en simplement poussant pour une accumulation de surplus. Ceux-ci ne créent en rien de la valeur, ni du reste une révolution ne crée une société nouvelle. Elle ne ne peut qu’influencer la toile éthique et politique d’une société. Tout le reste est à la discrétion de la société politique fondée sur la morale.

J’ai déjà mentionné le fait que la modernité capitaliste renforce la centralisation de l’État. […] L’état-nation comme substitut moderne pour la monarchie a laissé une société sans défense et affaiblie derrière lui. A cet égard, l’ordre légal et la paix publique n’impliquent que la direction de la classe bourgeoise. Le pouvoir se constitue lui-même dans l’état centraliste et devient un des paradigmes administratifs fondamental de la modernité. Ceci met l’état-nation en contraste total avec la démocratie et le républicanisme.

[…] Ainsi, aussi longtemps que nous faisons l’erreur de croire que les sociétés ont besoin d’être homogènes en tant qu’entités monolithiques, il sera très difficile de vraiment comprendre le confédéralisme. L’histoire de la modernité est aussi celle de 4 siècles de génocide physique et culturel (ethnocide) au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique en tant que catégorie sociologique, est la contre-partie de cette histoire et il repose sur la volonté de combattre si nécessaire pour la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente de l’état-nation capitaliste. Quoi qu’il en soit, tous les efforts néo-libéraux pour changer l’état-nation sont demeurés des échecs. Le Moyen-Orient fournit une quantité d’exemples très instructifs à cet égard.

A suivre…

La vision politique et sociale de demain: Le Confédéralisme Démocratique

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Extraits du “Confédéralisme Démocratique” d’Abdulah Ocalan

 

Compilé par Résistance 71

 

1er Novembre 2014

 

Petit précis historico-politique:

 

Le peuple Kurde présente la particularité d’occuper aujourd’hui un territoire réparti sur quatre pays: La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Néanmoins, l’origine endémique de ce peuple en cette région remonte au Néolithique. Société traditionnellement clanique, elle se trouve tiraillée entre les différents grands mouvements impérialistes générés par le conflit des états-nations depuis plusieurs siècles, de l’empire Ottoman aux résultats coloniaux des accords Sykes-Picot de 1916 suite à son démantèlement.

Dans les années 1970 est né le Parti Ouvrier du Kurdistan (de son sigle kurde PKK) d’obédience marxiste. A la fin des années 1980, le parti opére une première critique interne et établi que le mode de société kurde ne répond pas au système trop rigide du marxisme (c’est également ce que le mouvement zapatiste de l’EZLN a indépendemment conclu au Mexique vers la même époque…) et le PKK commence à réorienter sa vision vers une politique favorisant un mode de démocratie directe avec le pouvoir rendu à la base sans contrôle d’un “parti d’avant-garde”. A cette époque, le PKK était entré en conflit armé avec l’état turc et fut classé par la Turquie, les Etats-Unis et l’OTAN comme groupe “terroriste”, luttant en fait pour leur autodétermination en tant que peuple et nation.

En 1999, le leader du PKK, Abdulah Ocalan, fut enlevé au Kenya et remis aux autorités turques pour être emprisonné. Les forces de la guérilla kurde du PKK se retranchèrent alors au Kurdistan irakien, toujours sous domination de Saddam Hussein. Le virage vers la démocratie directe avait déjà été amorcé et c’est ensuite sous l’influence de la désobéissance civile de l’Intifada palestienne inspiratrice, des idées zapatistes du Chiapas qui filtraient et de l’influence du municipalisme libertaire de Murray Bookchin et de Janet Biehl, qu’Ocalan et le PKK s’embarquèrent dans l’expérience de la démocratie directe via le modèle du “confédéralisme démocratique”, qui est la remise en pratique, adaptée aux besoins locaux de la culture et des populations kurdes et non-kurdes ayant décidé volontairement de s’unir et d’œuvrer ensemble pour une société égalitaire et libre, du principe des communes libres autogérées et régies par des assemblées populaires où les femmes et les ethnies sont représentés et ont leur mot à dire en toute chose de l’affaire politique et de la gestion sociale.

En 2011, du fond de sa prison turque, Ocalan écrivit un manifeste explicatif du mouvement kurde pour le confédéralisme démocratique. Publié en kurde, il fut ensuite traduit en anglais, français, espagnol, italien et arabe.

Nous vous en proposons quelques extraits ici afin de faire comprendre que la vie sans l’état, sans l’état-nation (présenté à tort comme le summum de l’évolution politique et sociale de l’humanité par une oligarchie bien protégée au sein du système en place…), sans hiérarchie est non seulement possible et souhaitable comme l’histoire l’a déjà souvent prouvé. La formule de gouvernance étatique et hiérarchique est obsolète, répressive, oligarchique et vouée à une corruption inéluctable par essence.

Au regard du chaos politico-social provoqué par les empires au fil des âges, il devient primordial que de plus en plus de personnes réalisent enfin que vivre dans une société à la gouvernance imposée par le plus petit nombre afin d’opprimer et de contrôler le plus grand nombre n’est en rien inéluctable et encore moins souhaitable. Cessons de nourrir la bête totalitaire étatique de notre consentement et comme bon nombre de sociétés traditionelles avant nous, les sociétés amérindiennes comme la confédération des 5 nations iroquoises depuis le XIIIème siècle et leur “charte confédérative” de la Grande Loi de la Paix dont nous avons maintes fois parlé sur ce blog et que nous sommes en train de traduire dans son intégralité en français (117 article) chose qui n’a à notre connaissance jamais été faite ; les Parisiens de 1792-93 organisés en sections autogérées, les Communards de 1871, les communes espagnoles autogérées en nombre croissant de 1878 à 1939, culminant avec la révolution espagnole de 1936-39 ; les communes libres et fédérées du Chiapas zapatiste depuis 1994 et ce modèle récent d’autogestion confédérale kurde, recréons, adaptons pour nous-mêmes la démocratie véritable des assemblées populaires non hiérarchiques décidant ensemble de nos vies dans le soucis exclusif de l’intérêt général et non pas des intérêts particuliers du plus petit nombre que l’État sert par construction.

Voici donc un petit aperçu du “Confédéralisme Démocratique” (modèle politique à géométrie variable selon la société impliquée…) tel qu’il est pratiqué par les populations de Rojava dans le nord de la Syrie, populations qui sont aujourd’hui en guerre contre les troupes mercenaires “djihadistes” de l’empire qu’est L’EIIL/EI.

— Résistance 71 –

Voir notre dossier sur le fédéralisme

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Le Confédéralisme Démocratique (Morceaux choisis)

 Abdulah Ocalan (2011)

Emphase de texte par nos soins

 

État-Nation et pouvoir

[…] Son système économique, le capitalisme, se transforma ainsi en élément essentiel de l’Etat-nation nouvellement créé. La bourgeoisie et le pouvoir du capital permirent à l’Etat- nation de remplacer l’ordre féodal et son idéologie, fondée sur des structures tribales et des droits hérités des aïeux, par l’idéologie nationale, unifiant tous les clans et tribus sous le toit de la nation. Capitalisme et Etat-nation en vinrent à être si intimement liés que l’existence de l’un sans l’autre semble aujourd’hui inima- ginable. Ainsi, l’Etat, non content de cautionner l’exploitation, se mit à encourager et à faciliter celle-ci.

L’Etat-nation est la forme de pouvoir la plus maximale. Aucun des autres types d’Etat ne possède une capacité de pouvoir équivalente. La principale raison de ce pouvoir réside dans le fait que les classes moyennes supérieures y ont été progressivement rattachées au processus de monopolisation. L’Etat-nation est lui- même le plus complet des monopoles. Il s’agit, en réalité, d’une unité de monopoles, tels que le monopole du commerce, de l’industrie, de la finance et du pouvoir. Le monopole idéologique est, quant à lui, indivisible du monopole du pouvoir.

[…]

L’état et ses racines religieuses

La plupart des Etats modernes s’affirment laïcs, revendiquant avoir coupé les liens existant entre la religion et l’Etat et séparé la première du second. Cela n’est que partiellement vrai. Certes, les institutions religieuses et autres représentants du clergé ne participent plus au processus décisionnel sociopolitique ; en revanche, ils continuent d’influencer les décisions prises, tout en se trouvant eux-mêmes sous l’influence des idées et évolutions socio-politiques. Par conséquent, la laïcité contient toujours en son sein des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’Etat résulte d’une décision politique. Elle ne s’est pas faite naturellement, et c’est pour cela qu’aujourd’hui encore, Etat et pouvoir nous apparaissent comme des phénomènes donnés, voire même « tombés du ciel ». Les notions d’Etat laïc ou encore de pouvoir laïc demeurent ambigües.

L’Etat-nation s’est également doté d’un certain nombre d’attributs, tels que la nation, la patrie, le drapeau et l’hymne national, et bien d’autres encore, attributs qui servent à remplacer les anciens attributs fournis par la religion. En particulier, la notion d’unité de l’Etat et de la nation transcende les structures matérielles et politiques, et nous renvoie ainsi à l’unité avec Dieu des sociétés pré-étatiques. Ces notions ont donc été choisies pour se substituer au divin.

[…]

L’Etat-nation est un Etat centralisé, aux attributs quasi-divins, qui a totalement désarmé la société et monopolise l’usage de la force.

Etat-nation et bureaucratie

Transcendant sa base matérielle, c’est-à-dire les citoyens, l’Etat- nation adopte une existence propre, bien au-delà de ses seules institutions politiques. Il a donc besoin d’institutions supplémentaires qui lui soient spécifiques, et ce, afin de protéger sa base idéologique, ainsi que ses structures juridiques, économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaire qui remplit ce rôle, en perpétuelle expansion, se révèle coûteuse, ne servant par ail- leurs qu’à assurer la préservation de l’Etat, qui élève en retour la bureaucratie au-dessus du peuple.

La modernité européenne a fourni à l’Etat tous les moyens né- cessaires à l’expansion de sa bureaucratie dans toutes les couches de la société. Là, il se développa comme une tumeur, infectant toutes les forces vives de celle-ci. Etat-nation et bureaucratie ne peuvent exister l’un sans l’autre. Si l’Etat-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitaliste, il est aussi une prison pour la société naturelle. Sa bureaucratie garantit le fonctionnement du système, la base de la production des biens, ainsi que les profits engrangés par les acteurs économiques concernés, qu’il s’agisse d’un Etat-nation socialiste réel ou bien à économie de marché. Au nom du capitalisme, l’Etat-nation domestique la société et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse visant à localiser et résoudre les problèmes sociaux doit donc procéder à un examen approfondi de ces relations.

[…]

En plus d’exploiter les idées et la force de travail de la société et de coloniser les esprits au nom du capitalisme, l’Etat-nation assimile également toutes sortes de cultures et d’idées intellectuelles et spirituelles, et ce, afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une culture et une identité nationale unique, ainsi qu’une communauté religieuse unique et unifiée. Pour ce faire, il impose aussi une citoyenneté homogène. La notion de citoyen même est le résultat de cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne n’est rien d’autre qu’un passage de l’esclavage de la sphère privée à l’esclavage public de la sphère étatique. Le capitalisme ne peut dégager de bénéfices sans ces armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle jamais créée et résulte d’un immense « projet d’ingénierie sociale ».

L’usage de la force ou des motifs financiers permet générale- ment d’atteindre ces objectifs, résultant bien souvent en l’annihilation physique des minorités, de leurs cultures ou de leurs lan- gues, ou bien en l’assimilation forcée. Les deux derniers siècles sont pleins d’exemples de la violence utilisée pour tenter de créer un Etat-nation correspondant à la réalité imaginaire d’un véritable Etat-nation. Nous allons, à présent, prenant comme exemple la république de Turquie, évoquer quelques caractéristiques de l’Etat-nation.

Etat-nation et société

On dit souvent que l’Etat-nation se soucie du sort du peuple. Ceci est faux. Il s’agit plutôt d’un gouverneur national au sein du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste, qui est beaucoup plus profondément lié aux structures dominantes du capital, et ce bien plus que ce que nous l’assumons généralement.

Il s’agit d’une colonie du capital. Aussi nationaliste qu’il se montre, l’Etat-nation sert toujours dans une même mesure les processus capitalistes de l’exploitation. Rien d’autre ne peut expliquer les terribles guerres de redistribution vécues à l’époque de la modernité capitaliste. Ainsi, l’Etat-nation n’est pas avec le peuple – il est son ennemi.

Les relations entre les différents Etats-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates des Etats-nations. Sans la reconnaissance par les autres Etats-nations, aucun d’entre eux ne pourrait survivre. La raison se trouve dans la logique du système capitaliste mondial.

[…]

Les fondements idéologiques de l’État-Nation

Dans le passé, l’histoire des Etats se confondait avec l’histoire de leurs dirigeants, ceux-ci se voyant affublés de qualités presque di- vines. L’essor de l’Etat-nation a changé cette pratique. C’est maintenant l’Etat tout entier qui est idéalisé et élevé au niveau du divin.

Le nationalisme

Si l’on compare l’Etat-nation à un dieu, alors le nationalisme est sa religion. En dépit de certains éléments en apparence positifs, l’Etat-nation et le nationalisme présentent des caractéristiques métaphysiques. Dans ce contexte, le profit capitaliste et l’accumulation de capital font figure de catégories entourées d’un voile de mystère. Il existe, entre ces termes, un réseau de relations contradictoires, fondé sur la force et l’exploitation. Leur quête d’un pouvoir hégémonique sert la maximalisation des profits. En ce sens, le nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse. Sa réelle mission consiste cependant à servir l’Etat- nation presque divinisé et sa vision idéologique, qui imprègne tous les domaines de la société. Arts, science, conscience sociale : rien de tout cela n’est indépendant. Un véritable éveil intellectuel nécessite donc une analyse fondamentale de ces éléments de la modernité.

[…]

Le sexisme

Le sexisme, contaminant l’ensemble de la société, est un autre pi- lier idéologique de l’Etat-nation. De nombreux systèmes civilisés ont employé le sexisme afin de préserver leur pouvoir, imposant l’exploitation des femmes et utilisant celles-ci comme un réser- voir de travail bon marché. Les femmes sont également considé- rées comme une ressource précieuse, en cela qu’elles produisent la descendance et permettent la reproduction des hommes. La femme est donc à la fois vue comme un objet sexuel et une marchandise. Elle est un outil pour la préservation du pouvoir masculin et peut, au mieux, accéder au statut d’accessoire de la société masculine et patriarcale.

D’une part, le sexisme de la société de l’Etat-nation renforce le pouvoir des hommes ; d’autre part, l’Etat-nation fait de la société une colonie par l’exploitation des femmes. A cet égard, les femmes peuvent également être considérées comme une nation exploitée.

[…]

Ainsi, la femme est la nation colonisée de la société historique qui se trouve dans la position la pire au sein de l’Etat-nation. Toutes les idéologies du pouvoir et de l’Etat ont leur origine dans des comportements et des attitudes sexistes. L’esclavage de la femme est le champ social le plus profond et le plus dissimulé ; tous types d’esclavage, d’oppression et de colonisation s’y produisent. Le capitalisme et l’Etat-nation agissent en pleine conscience de ce fait. Sans l’esclavage de la femme, aucun autre type d’esclavage ne peut exister, ni a fortiori se développer. Le capitalisme et l’Etat-nation représentent l’institutionnalisation ultime du mâle dominant. Pour parler encore plus crûment, le capitalisme et l’Etat-nation sont le monopole du mâle despotique et exploitant.

Les Kurdes et l’État-Nation

Suite à cette courte introduction à l’Etat-nation et à ses fondements idéologiques, nous allons maintenant tenter de démontrer pourquoi un Etat-nation kurde se révélerait inadapté aux besoins du peuple kurde.

Depuis des décennies, les Kurdes luttent non seulement contre l’oppression exercée par les puissances dominantes et pour la reconnaissance de leur existence, mais également dans le but de libérer leur société de l’emprise du féodalisme. Il serait donc illogique de se libérer pour s’enchaîner à nouveau, voire même augmenter l’oppression. Dans le contexte de la modernité capitaliste, c’est pourtant à cela qu’équivaudrait la fondation d’un Etat- nation. Tant que l’on ne s’opposera pas à la modernité capitaliste, la libération des peuples demeurera impossible. Voilà pourquoi la fondation d’un Etat-nation kurde est, pour moi, inenvisageable.

L’appel à la création d’un Etat-nation séparé représente les intérêts de la classe dirigeante et ceux de la bourgeoisie, mais ne reflète en aucun cas les intérêts du peuple ; en effet, un Etat supplémentaire ne ferait que renforcer l’injustice et entraver plus encore le droit à la liberté.

Par conséquent, la solution à la question kurde se trouve dans une approche visant à affaiblir ou à repousser la modernité capitaliste. Les raisons historiques, les caractéristiques sociales et les évolutions concrètes relatives à cette question, ainsi que l’exten- sion de la zone de peuplement des Kurdes sur le territoire de quatre pays ; tout ceci rend d’autant plus indispensable une so- lution démocratique. Il est également important de se rappeler que l’ensemble du Moyen-Orient souffre d’un manque cruel de démocratie. Grâce à la position géostratégique de la zone de peu- plement kurde, le succès du projet démocratique porté par les Kurdes promet également de pouvoir effectuer des progrès dans la démocratisation de tout le Moyen-Orient. Ce projet démocra- tique, nous l’avons baptisé le confédéralisme démocratique.

Le Confédéralisme Démocratique

On peut qualifier ce type de gouvernance d’administration politique non-étatique ou encore de démocratie sans Etat. Les processus démocratiques de prise de décision ne doivent pas être confondus avec les processus auxquels les administrations publiques nous ont habitués. Les démocraties gouvernent, là où les Etats se contentent d’administrer. Les Etats sont fondés sur la force, les démocraties se basent sur le consensus collectif. Les postes de responsabilité de l’Etat sont attribués par décret, bien qu’ils soient en partie légitimés par des élections. Les démocraties fonctionnent avec des élections directes. L’Etat considère légitime l’usage de la coercition, tandis que les démocraties reposent sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il s’agit d’un système flexible, multiculturel, antimonopoliste et fondé sur le consensus. L’écologie et le féminisme comptent parmi les piliers de celui-ci. Dans le cadre de ce type d’auto-administration, il sera nécessaire de mettre en place une économie alternative permettant d’augmenter les ressources de la société, au lieu d’exploiter celles-ci, et qui sera ainsi mieux à même de répondre aux multiples besoins de la société.

[…]

Exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale par le biais d’une association politique est un droit naturel. Cependant, ce droit ne peut s’exercer qu’au sein d’une société éthique et politique. En ce qui concerne les Etats-nations, républiques ou démocraties, le confédéralisme démocratique est ouvert au compromis par rapport aux traditions étatiques ou gouvernementales. Il privilégie et autorise la coexistence égalitaire.

L’héritage de la société et l’accumulation de la connaissance historique

Le confédéralisme démocratique repose sur le vécu historique de la société et son héritage collectif. Il ne s’agit pas d’un système politique moderne et arbitraire mais bien du résultat de l’histoire et de l’expérience accumulée par la société – c’est-à-dire du vécu de celle-ci.

L’Etat se dirige constamment vers toujours plus de centralisation, et ce, afin de soutenir les intérêts des monopoles du pouvoir. Le confédéralisme fonctionne de manière exactement inverse. Dans ce système, ce ne sont pas les monopoles, mais la société qui est au centre de la réflexion politique.

[…]

L’histoire de la modernité représente quatre siècles de génocide physique et culturel au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique, en tant que catégorie sociologique, constitue le contrepoint à cette histoire et repose sur la volonté de lutter si nécessaire, ainsi que sur la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente à l’Etat-nation capitaliste. Tous les efforts déployés par les néolibéraux pour transformer l’Etat-nation sont, cependant, demeurés sans succès. Le Moyen-Orient en est un exemple édifiant.

[…]

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

Contrastant avec l’interprétation centraliste et bureaucratique de l’administration et de l’exercice du pouvoir, le confédéralisme propose un type d’auto-administration politique dans lequel tous les groupes de la société, ainsi que toutes les identités culturelles, ont la possibilité de s’exprimer par le biais de réunions locales, de conventions générales et de conseils. Cette vision de la démocratie ouvre ainsi l’espace politique à toutes les couches de la société et permet la formation de groupes politiques divers et variés, ce qui constitue de ce fait un progrès dans l’intégration politique de l’ensemble de la société. La politique y fait alors partie de la vie quotidienne.

[…]

Pour ce faire, nul besoin de pompeuses théories, seule suffit la volonté de permettre aux besoins sociaux de s’exprimer, en ren- forçant l’autonomie structurelle des acteurs sociaux et en créant les conditions nécessaires à l’organisation de l’ensemble de la société.

[…]

Plus la participation est importante, plus ce type de démocratie est fort. Là où l’Etat-nation entre en contradiction, voire même en conflit, avec la démocratie, le confédéralisme démocratique constitue un processus démocratique continu.

[…]

Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative se doit d’être de nature démocratique. Ainsi, ce que nous appelons démocratie se résume à l’application de processus démocratiques de prise de décision depuis le niveau local jusqu’au niveau global, et ce, dans le cadre d’un processus politique continu. Ce processus influera la structure et le tissu social de la société, au contraire de l’homogénéité voulue par l’Etat-nation et qui ne peut s’accomplir que par l’usage de la force, entraînant ainsi la perte de la liberté.

[…]

la vision sous-tendant ces décisions doit être en lien avec les questions globales. Nous devons nous rendre compte que même les villages et les quartiers urbains ont besoin d’une structure confédérale. Tous les domaines de la société doivent s’auto-administrer et tous les niveaux de la société doivent être libres de participer.

Confédéralisme démocratique et auto-défense

L’Etat-nation est une entité à structure principalement militaire. Les Etats-nations sont toujours plus ou moins les produits de guerres intérieures et extérieures. Aucun des Etats-nations exis- tants n’est apparu de lui-même. Ils ont invariablement un histo- rique de guerres à leur actif. Ce processus n’est pas limité à l’étape de leur fondation, mais s’appuie bel et bien sur la militarisation de l’ensemble de la société. Le gouvernement civil de l’Etat n’est qu’un accessoire de l’appareil militaire. Les démocraties libérales vont encore plus loin en camouflant leurs structures militaristes sous des couleurs libérales et démocratiques. Cela ne les empêche cependant pas de rechercher des solutions autoritaires au summum d’une crise provoquée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est dans la nature de l’Etat-nation ; le fascisme est la forme d’Etat-nation la plus pure.

[…]

Seule l’autodéfense peut permettre de repousser cette militarisation. Les sociétés qui ne possèdent pas de mécanisme d’auto- défense perdent leur identité, leur capacité à la prise de décision démocratique et leur nature politique. Par conséquent, l’auto- défense de la société ne se limite pas qu’à l’aspect militaire des choses. Elle présume également la préservation de l’identité, l’existence d’une conscience politique propre et un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’autodéfense.

Dans ce contexte, on peut qualifier le confédéralisme démocratique de système d’autodéfense de la société.

[…]

La société elle-même doit être capable de déterminer ses devoirs, et une de ses tâches principales sera donc de défendre le libre arbitre de la société contre les interventions intérieures et extérieures. La composition du commandement militaire doit être déterminée à parts égales par les institutions politiques et les groupements confédérés.

[…]

Le confédéralisme démocratique face à l’hégémonie

Le confédéralisme démocratique est fermement opposé à tout type d’hégémonie, et ce, notamment dans le domaine idéologique. Tandis que les civilisations classiques s’appuient généralement sur le principe d’hégémonie, les civilisations démocratiques refusent les puissances et les idéologies hégémoniques.

[…]

La gestion collective des affaires de la société nécessite la compréhension et le respect des opinions divergentes, associés à des processus de prise de décision démocratiques.

[…]

Les structures confédérées démocratiques à l’échelle mondiale

Bien que le confédéralisme démocratique se concentre sur le niveau local, il n’est pas exclu d’organiser le confédéralisme à l’échelle mondiale. Au contraire, il nous faut établir une plate- forme de sociétés civiles nationales, c’est-à-dire une assemblée confédérée, afin de s’opposer aux Nations Unies, qui sont une association d’Etats-nations sous la direction de superpuissances. Nous parviendrons ainsi, peut-être, à prendre de meilleures déci- sions permettant de faire progresser la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique est un type d’auto-administration qui contraste avec l’administration par un Etat-nation. Cependant, dans certaines circonstances, la coexistence pacifique entre ces deux entités est possible, aussi longtemps que l’Etat-nation n’interfère pas avec ce qui relève de l’auto-administration. S’il s’y risquait, en effet, la société civile serait en droit d’assurer son autodéfense.

[…]

Sur le long cours, la liberté et la justice ne peuvent prévaloir qu’au sein d’un processus dynamique de démocratie confédérée.

[…]

L’Etat ne sera vaincu que lorsque le confédéralisme démocra- tique aura prouvé sa capacité à résoudre les questions sociales. Cela ne signifie cependant pas que l’on doive se soumettre aux attaques des Etats-nations. Les confédérations démocratiques maintiendront en permanence des forces d’autodéfense. Les confédérations démocratiques ne seront pas forcées de s’organiser au sein d’un territoire unique. Elles pourront prendre la forme de confédérations transfrontalières, lorsque les sociétés concernées le souhaiteront.

Les principes du confédéralisme démocratique

 

  1. Le droit à l’autodétermination des peuples comprend le droit à un Etat propre. La fondation d’un Etat ne permet cependant pas d’augmenter la liberté d’un peuple, et le système des Nations Unies, fondé sur les Etats-nations, a démontré son inefficacité. Les Etats-nations se sont ainsi mis à représenter de sérieux obstacles face aux évolutions sociales. Le confédéralisme démocratique est le paradigme inverse, celui des peuples opprimés.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme social et non-étatique. Il n’est pas contrôlé par un Etat. Le confédéra- lisme démocratique représente également les aspects organisationnels et culturels d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la population, et ce sont les communautés concernées qui y maîtrisent le processus décisionnel. Les niveaux les plus élevés ne sont présents qu’afin d’assurer la coordination et la mise en œuvre de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués aux assemblées générales. Pour assurer un gain de temps, ils font office à la fois de porte-parole et d’institution exécutive. Cependant, le pouvoir décisionnel de base est dévolu aux institutions populaires.
  4. La démocratie au Moyen-Orient ne peut être imposée par le système capitaliste et ses puissances impériales, qui causent au contraire du tort à celle-ci. La diffusion de la démocratie au niveau des masses est essentielle, car il s’agit de la seule approche permettant d’intégrer différents groupes ethniques, religions et classes sociales. Elle se marie également très bien avec la structure confédérée et traditionnelle de la société.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est également un mouvement antinationaliste. Il vise à accomplir le droit à l’autodéfense des peuples en contribuant à la progression de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan, sans toutefois remettre en cause les frontières politiques existantes. La fondation d’un Etat-nation kurde ne fait pas partie de ses objectifs. Le mouvement a pour but l’établissement de structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, structures ouvertes à tous les Kurdes et formant, dans le même temps, une confédération globale pour les quatre parties du Kurdistan.

[…]

~ Les 10 pages restantes font spécifiquement référence aux problèmes des peuples du Moyen-Orient et les façons possibles d’y remédier ~

= = =

Source du texte complet en français:

http://www.freedom-for-ocalan.com/francais/Abdullah-Ocalan-Confederalisme-democratique.pdf

Les membres de la confédération des communes libres de la région de Rojava du nord de la Syrie souscrivent à une charte ou un “contrat social”des communes de Rojava.

Le contrat/charte comporte 93 articles et un préambule que nous avons traduit ci-dessous.

Lisez, recopiez, transmettez, inspirez-vous de ce préambule de Charte. Il représente l’universalité humaine adaptée à une circonstance spécifique, c’est à dire notre lot à toutes et tous.

 

La charte complète (en anglais):

http://www.anarkismo.net/article/27497

 

Préambule de la Charte des communes de Rojava:

Nous, peuple des régions autonomes démocratiques d’Afrin, de Jazira et de Kobané, confédération de Kurdes, d’Arabes, d’Assyriens, d’Araméens, de Turkmens, d’Arméniens et de Tchétchènes, déclarons librement et solennellement l’étabilissement de cette Charte.

Poursuivant la liberté, la justice, la dignité et la démocratie et menès par les principes d’égalité et de durabilité environnementale, la Charte proclame un nouveau contrat social, fondé sur la coexistence mutuelle et paisible ainsi que la compréhension de tous les segments de la société. Elle protège les droits de l’Homme fondamentaux et les libertés ainsi que réaffirme le droit des peuples à l’autodétermination.

Sous cette Charte, nous, le peuple de ces régions autonomes, nous unifions dans l’esprit de la réconciliation, du pluralisme et de la participation démocratique de façon à ce que tous puissent s’exprimer librement en public. En construisant une société libre de tout autoritarisme, de militarisme, de centralisme et de l’intervention religieuse dans les affaires publiques, la Charte reconnaît l’intégrité territoriale de la Syrie et aspire à maintenir la paix domestique et internationale.

En établissant cette Charte, nous déclarons un système politique et civil d’administration fondé sur un contrat social qui réconcilie la riche mosaïque de la Syrie au travers la phase transitionnelle libre de dictature, de guerre civile et de destruction et vers une nouvelle société démocratique où la vie civile ainsi que la justice sociale sont préservées.

(Suivent les 93 articles de la Charte)

Traduction Résistance 71