Archive pour le communalisme africain

Contre le colonialisme, la société traditionnelle africaine et le communalisme égalitaire…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, philosophie, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 2 décembre 2014 by Résistance 71

La plus grande partie des sociétés traditionnelles originelles africaines, du continent des Amériques, d’Asie, d’Oceanie et de l’Europe pré-athénienne, sont des sociétés communalistes au pouvoir partiellement ou totalement dilué dans les peuples des communautés. L’humanité a vécu des dizaines de milliers d’années de la sorte et contrairement au dogme inculqué, l’Etat n’est pas le « stade ultime » de la société humaine et encore moins sa plus grande « réussite », de fait, l’anthropologie politique démontre qu’il est une « anomalie », un artifice mis en place pour maintenir la division politique de la société une fois celle-ci apparue.

Il est plus que grand temps que nous retournions sur le chemin de la Nature dont nous nous sommes égarés en suivant une fausse signalisation routière…

— Résistance 71–

 

L’anarchisme africain et son origine communaliste

 

Sam Mbah & I.E. Igariwey, 1997

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2014/11/22/sam-mbah-in-memoriam/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Les sociétés traditionnelles africaines étaient pour la plus grande part, fondées sur le communalisme. Le terme est utilisé ici dans un sens binaire. D’abord il dénote un mode défini de production ou de formation sociale qui vient généralement, mais pas inévitablement, des sociétés de chasseurs-cueilleurs et précèdent le féodalisme. Si on accepte l’évolution culturelle, on peut voir que la plupart des sociétés européennes et asiatiques sont passées par ces étapes du développement. (NdT: Ce qui inscrit cette réflexion dans un cadre anthropologique structutaliste évolutioniste [Levi-Strauss] et qui prescrit que la société passe par des étapes évolutives allant des sociétés primitives aux sociétés structurés étatiques, l’État représentant le stade ultime du développemnt sociétaire humain. Cette théorie a été démontée par la recherche et l’analyse de l’anthropologue politique français Piere Clastres que nous avons abondamment publié sur ce blog, à lire pour en savoir plus…)

Le communalisme est aussi utilisé dans un second sens pour dénoter une façon de vivre qui est distinctivement africaine. Ce mode de vie peut-être entr’aperçu dans la structure collectiviste des sociétés africaines dans lesquelles:

  • Des communautés différentes apprécient une indépendance (presque) inconditionnelle l’une de l’autre
  • Les communautés gèrent leurs propres affaires et agissent en tout point de manières autogestionnaire et
  • Chaque individu sans exception prend part, soit directement ou indirectement, à la prise de décision et à la gestion des affaires de la communauté et ce à tous les niveaux

En contraste avec l’Europe et l’Asie. L’essentiel du continent africain ne s’est jamais développé au-delà du stade communaliste. Malgré le développement féodal indigène et plus tard l’imposition du capitalisme (NdT: nouvelle forme de féodalisme surtout dans sa forme néo-libérale extrême…), les caractéristiques communales persistent toujours aujourd’hui, parfois pervasiment, dans la plupart des sociétés africaines qui se situent en dehors des grandes agglomérations et des banlieues/bidonvilles de celles-ci. De manière essentielle, la plupart de l’Afrique est communaliste à la fois au sens culturel (production/formation sociale) et descriptif (structurel).

Parmi les caratérisrtiques les plus importantes du communalisme africain figurent l’absence de classes sociales, de stratification sociale, l’absence de relations exploitantes ou socialement antagonistes, l’existence d’un accès égalitaire à la terre et aux autres éléments de production, égalité au niveau de la distribution du produit social et le fait que de forts liens de familles et de relations fraternelles forment la base même de la vie sociale dans les sociétés africaines communalistes. Au sens de ce cadre défini, chaque famille a été capable de subvenir à ses besoins fondamentaux. Sous le communalisme, par vertu d’être un membre d’une famille ou d’un communauté, chaque Africain était assuré d’avoir suffisamment de terre pour subvenir à ses propres besoins.

Parce que dans les sociétés traditionnelles africaines l’économie était largement horticole et la subsistence fondée, comme le note Robert Horton “souvent sur de petits vllages agriculteurs, chasseurs, éleveurs, pêcheurs etc… qui s’occupaient d’eux-mêmes de manière indépendante avec peu de référence au reste du continent.” Des communautés variées produisaient des surplus ou des commodités qu’elles échangeaient au moyen du troc, contre les choses qui leur manquaient. La situation était telle que personne ne mourrait de faim tandis que d’autres s’empiffraient et jetaient les excédents.

D’après Walter Rodney: “De cette façon, l’industrie du sel d’une localité serait stimulée, tandis que l’industrie du fer serait encouragée dans une autre. Dans une zone côtière, de lac ou de rivière, le poisson séché pouvait devenir profitable, tandis que le yams et le millet poussaient très bien ailleurs, ce qui donnait une base solide d’échange.” Ainsi, dans bien des parties de l’Afrique une symbiose se développa entre des groupes gagnant leur vie de manières différentes, ils échangeaient des produits et coexistaient à leur avantage mutuel.

L’organisation politique sous le communalisme était une structure horizontale, caractérisée par un haut niveau de diffusion des fonctions et du pouvoir. Le leadership politique, pas l’autorité, prévalait et le leadership n’était pas fondé sur l’imposition des choses, sur la coercition ou la centralisation; il se dégageait d’un consensus commun ou d’un besoin mutuellement ressenti.

Le leadership développé sur la base des liens de la famille et de la fraternité, de la reconnaissance confraternelle, évoluait autour des anciens ; il n’était conféré que par l’âge, un facteur qui a de profonde racine dans le communalisme. En Afrique, l’âge avancé était équivalent et l’est toujours du reste, à la possession de la sagesse et du jugement rationnel. Les anciens présidaient aux réunions et dans les règlements des disputes, mais pratiquement jamais avec un sens de “supériorité”, leur position ne conférait pas à une autorité étendue socio-politique associée au système moderne de l’État ou avec les états féodaux. (NdT: A ce sujet, la ressemblance est stupéfiante avec la structure de fonctionnement socio-politique des sociétés traditionnelles du continent des Amériques. Ceci représente une fonction universelle de la société humaine et confirme de plus en plus que la forme de gouvernance moderne de “l’État”, si elle est un avantage pour maintenir la division politique puis économique des peuples et donc de maintenir le consensus oligarchique du pouvoir, n’est pas en fait comme on veut nous le faire entendre, une “logique naturelle” de la société humaine, mais bel et bien une anomalie qui se doit d’ètre corrigée, une autre de ces “ruses de la raison” si chères au philosophe Friedrich Hegel…)

Il y avait un sens profond d’égalité parmi les membres de la communauté. Le leadership se concentrait sur les intérêts du groupe plutôt que sur l’autorité sur les membres de la communauté. Invariablement, les anciens partageaient le travail avec le reste de la communauté et recevaient la même part ou valeur du total social produit que le reste des personnes, souvent sous forme aussi de tributs et de mécanismes de redistribution (NdT: similaires aux potlaches des communautés amérindiennes du nors-ouest du continent)

La relation entre les segments de coordination de la communauté était caractérisée par l’équivalence et l’opposition et ceci avait tendance à empêcher l’émergence d’un rôle de spécialisation et donc d’une division du travail parmi les individus. Généralement, les anciens présidaient à l’administration de la justice, des disputes et de leurs arrangements ainsi que de l’organisation des activités communales, des fonctions qu’ils partageaient nécessairement avec des représentants sélectionnés de leurs communautés, dépendant de la nature spécifique de la dispute ou du problème impliqué.

De telles réunions ou assemblées n’étaient pas guidées par des lois écrites, car il n’y en avait simplement pas. Au lieu de cela, elles se fondaient sur les systèmes de croyance traditionnelle, du respect mutuel, des principes indigènes de la loi naturelle et de la justice. Les sanctions sociales existaient pour des cas variés de transgressions pour vol, sorcellerie, adultère, homicide, viol etc… Quand un individu commettait une offense à la communauté, souvent sa famille entière, ses parents et sa famille étendue souffraient avec lui et parfois pour lui/elle. Ceci était dû au fait que de telles offenses, crimes étaient vus par la communauté comme quelque chose qui amenait la honte non seulement sur l’individu contrevenant, mais encore plus parfois sur sa famille.