Archive pour la société contre l’état kropotkine

Changement de paradigme politique: Veuillez laissez l’État dans les WC où vous l’avez trouvé en entrant ~ 1ère partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 29 novembre 2015 by Résistance 71

“La véritable libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt [de connaissance] à faire en l’Homme. La libération est une praxis: l’action et la réflexion d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer.”
~ Paolo Freire ~

“Il a existé en Europe un autre modèle de société historique que la société étatique, ce modèle, nous l’avons appelé la “société celtique”, une société contre l’État, mais une société de développement passant même de l’égalité à une certaine inégalité sans qu’il lui soit besoin de l’État. La société celtique a été un ‘challenge’ à la romanité en Occident comme l’a montré Toynbee… Pendant huit siècles, les Celtes furent les maîtres spirituels de l’Occident.”
~ Alain Guillerm ~

« L’objectif [pour une nouvelle société] est le peuple, la société, la communauté, la liberté, la beauté et la joie de vivre. Nous avons besoins de gens pour entonner le chant de bataille, nous avons besoin de tous ceux qui sont emplis de ce désir créatif, nous avons besoin d’hommes et de femmes d’action. L’appel au socialisme [libertaire] est adressé aux personnes d’action qui veulent faire le premier commencement. »
~ Gustav Landauer ~

 

Aujourd’hui comme hier l’État n’est pas la solution à nos problèmes, il en est la cause… Petite analyse au fil des siècles

 

Résistance 71

 

29 Novembre 2015

 

1ère partie

2ème partie

 

Nous avons expliqué encore et toujours sur ce blog non seulement les turpitudes des états “modernes”, mais nous avons également montré que le concept même de “L’État” est une usurpation, une falsification de la nature humaine dans son application politique. Les philosophes et les anthropologues “classiques” ont passé le plus clair de leur temps, pour des raisons essentiellement d’auto-préservation de leur fonction même dans la société, à nous convaincre ou essayer de nous convaincre que l’État est le stade ultime de l’organisation politico-sociale humaine, que toute société “non-étatique” n’est en fait qu’au stade de l’enfance de son développement et que toute société mature passe par l’étatisation de sa société, etc, etc. Rien de plus faux comme prouvé par des anthopologues tels Marshall Sahlins, Robert Jaulin, Pierre Clastres, des historiens comme Alain Guillerm et tout le courant de pensée anarchiste, le père de la biologie sociale anti malthusienne et anti darwiniste-social que fut Pierre Kropotkine en tête.

La formation de l’État représente la première cancérisation de la société humaine. L’État, cette maladie politico-sociale chronique sous sa forme métastatique moderne, est le fléau de l’humanité et une entrave à son développement. Il ne représente qu’un carcan assujetti par une infime minorité pour contrôler le reste d’entre nous tous. Ce grand garde-chiourme du consensus du statu quo oligarchique qu’est Henry Kissinger a dit que “L’histoire est la mémoire des états”, affirmant par là l’autoritarisme intrinsèque et inévitable de toute institution étatique, dictant la conception même du narratif historique.

Aujourd’hui au XXIème siècle, l’État est devenu totalement assujetti aux grands pouvoirs économiques dans ce grand glissement qui s’est opéré dès la révolution française bourgeoise de 1789 et qui a vu le politique pas à pas être acheté, phagocyté par l’économique, de fait par le pouvoir économique de la haute finance et des cartels de l’industrie. Ceci a mené pas à pas la fonction de gestion politique des États obsolètes et corrompus, à ne plus répondre qu’aux appels du pied de ceux qui paient pour la mise en place de la farce pseudo-démocratique sur la scène publique. Aujourd’hui, les peuples subissent et sont opprimés par les décisions politiques d’incompétents boutiquiers qui gèrent les nations pour leurs maîtres payeurs. Les assemblées nationales ne sont plus que des succursales de conseils d’administration des grandes entreprises transnationales et lors des grands meetings du grand cirque Pinder de la politique mondiale, s’assoient à la table des discussions étatiques les Obama/Goldman Sachs avec Hollande/Qatar-Exxon-Mobil avec Poutine/Gazprom et avec Rouhani/NIOC et tous les Cameron, Harper, Trudeau, Key de la “Couronne”/City de Londres.

Nous vivons le paroxysme de la manipulation et du mensonge étatico-capitaliste bien au-delà de toute possible rédemption. Pour traiter cette maladie chronique, il faut le faire comme pour toute autre maladie: en allant à la source, en traitant la cause de la maladie et non pas ses symptômes.

Nous n’inventons rien, bien des philosophes, anthropologues, historiens, sociologues ont expliqué en long en large et en travers la supercherie de l’État et en quoi il ne sert que les intérêts des privilégiés du système créé. L’État n’a pas été créé à cette fin, il est l’émanation physique dans le monde politique et social de la division politique de la société entre dominants et dominés, chose qui fut le point de départ du cancer politique minant la société humaine. Le fait est que pendant des siècles et des siècles, les sociétés humaines traditionnelles de l’Afrique à l’Asie en passant par l’Europe (cf notre citation de Guillerm en exergue de cet article sur la société celtique) et les Amériques et l’Océanie, se sont auto-gouvernées, auto-gérées de manière indivisées au moyen d’une égalité politique et sociale et une représentation de la société par le truchement d’une “chefferie sans pouvoir” selon l’expression de l’anthropologue Pierre Clastres.

Nous allons évoquer ci-après l’escroquerie étatique qui a mené et mène toujours le monde au chaos et à la destruction, fléaux accentués par le nexus de tous les fléaux humains: le colonialisme dans sa version la plus dévastatrice à ce jour, le colonialisme occidental. Nous allons évoquer l’inutilité de l’État et des institutions en citant quelques penseurs et chercheurs ayant étudié en profondeurs cette queston de l’État et la société, tous n’étant pas anarchistes. Il est bien évident que ces citations ne sont en aucun cas exhaustives du nombre de gens ayant étudié la question, ces auteurs ne représentent qu’une portion à notre sens représentative de cette notion de méfiance obligatoire envers l’État et ses institutions ne gouvernant que par la peur et la coercition du tissus légal de la caste privilégiée.

Notre but avec cette compilation est de faire comprendre au plus de monde possible que la “chose étatique” établie et imposée à tous est non seulement parfaitement questionable, mais aussi parfaitement envisageable de disparaître car totalement inutile au bon fonctionnement de la société. L’histoire de l’État n’est qu’une succession de guerres de conquêtes coloniales, de destruction des peuples pour la satisfaction des désirs égoïstes et prétentieux d’une caste de privilégiés racistes colludant entr’eux afin de toujours renforcer plus avant leur main-mise sur le pillage et le contrôle de l’humanité. Ce que nous vivons aujourd’hui dans le monde en déliquescence n’en est qu’une illustration supplémentaire s’il en fallait encore une.

Les auteurs que nous avons choisi nous disent et nous montrent l’infâmie. Ils l’ont dit pour certains il y a bien longtemps et pourtant les peuples ne bougent pas parce qu’on leur cache ces réflexions. Pourquoi n’étudie t’on jamais Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Clastres ou Guillerm sur les bancs de nos écoles et de nos universités ? Pourquoi a t’on si peur d’introduire ces idées tôt dans le curriculum scolaire ?… Si l’État était si sûr de sa nécessité, de sa valeur et de sa justice, pourquoi aurait-il peur d’un vulgaire Kropotkine, d’un douteux Clastres ou d’un si pathétique Vaneigem pour lui porter ombrage ? Si ces valeurs sont si faciles à défendre, qu’il soutienne le poids de l’argumentation. Voilà où est le problème: l’oligarchie ne peut en aucun se permettre de perdre le combat des idées et le meilleur moyen de gagner l’argumentation est de ne pas débattre… faute de combattants de valeur, en laissant la voix de la raison au placard.

Ce blog a sorti certaines de ces voix du placard, continuons donc notre cheminement bucolique dans la pensée “subversive” nécessaire mais certainement pas suffisante, à un nouveau paradigme politique. Bonne lecture !

* * *

Etienne de La Boétie (XVIème siècle)

“Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre.”

“Premièrement, cela est, comme je crois, hors de doute que, si nous vivions avec les droits que la nature nous a donnés et avec les enseignements qu’elle nous apprend, nous serions naturellement obéissants aux parents, sujets à la raison, et serfs de personne.”

“Il y a trois sortes de tyrans (¹) : les uns ont le royaume par élection du peuple, les autres par la force des armes, les autres par succession de leur race. Ceux qui les ont acquis par le droit de la guerre, ils s’y portent ainsi qu’on connaît bien qu’ils sont (comme l’on dit) en terre de conquête. Ceux-là qui naissent rois ne sont pas communément guère meilleurs, ainsi étant nés et nourris dans le sein de la tyrannie, tirent avec le lait la nature du tyran, et font état des peuples qui sont sous eux comme de leurs serfs héréditaires.”

Thomas More (XVIème siècle)

“Ainsi je suis totalement convaincu qu’à moins que nous nous départions de la propriété privée, il ne peut en aucun cas y avoir une juste répartition des biens, ni que l’humanité puisse être convenablement gouvernée. Aussi longtenps que demeure la propriété privée, la plus grande et meilleure partie de l’humanité restera opprimée par le lourd et inévitable fardeau des attentions et des angoisses.”

“Il y a une règle disant qu’aucune décision concernant les affaires publiques ne peut être prise à moins qu’elle ait été débattue par le sénat en trois occasions au moins et de manière séparées. On ne peut pas consulter des affaires publiques en dehors des assemblées populaires ni du sénat. Le but de cette règle est d’empêcher qu’un prince et des sbires ne conspirent ensemble pour altérer le gouvernement des affaires et réduire les gens en esclavage.”

Antoine de Saint-Just (XVIIIème siècle)

“J’ai pensé que l’ordre social était dans la nature même des choses et n’empruntait de l’esprit humain que le soin d’en mettre à leur place des éléments divers ; qu’un peuple pouvait être gouverné sans être assujetti, sans être licencieux et sans être opprimé ; que l’Homme naissait pour la paix et la iberté et n’était malheureux et corrompu que par les lois insidieuses de la domination.”

“L’ordre social précède l’ordre politique ; l’origine de celui-ci fut la résistance à la conquête.”

Note: Ici Saint Just affirme que la société est antérieure à l’État et que l’État serait né de la résistance à la conquête d’une société par une autre… Clastres plus tard prouvera que non, mais confirmera bien que la société prime l’État.

“La justice naturelle entre les hommes étant considérée comme le principe de leur société, le gouvernement est plutôt un ressort d’harmonie que d’autorité.”

“Les anciens Francs et Germains n’avaient presque points de magistrats : le peuple était prince et souverain ; mais quand les peuples perdirent le goût des assemblées pour négocier et conquérir, le prince se sépara du souverain et le devint lui-même par usurpation. On ne discerna plus alors l’État des citoyens ; il ne fut plus question que de l’État du maître.”

Jean-Paul Marat (XVIIIème siècle)

“La politique, peuples, ne l’oubliez pas, c’est la science du gouvernement et s’en occuper, c’est exercer un contrôle perpétuel sur les hommes arrivés au pouvoir.”

“Il semble que ce soit le sort inévitable de l’Homme, de ne pouvoir être libre nulle part: partout les princes marchent au despotisme et les peuples à la servitude.”

“C’est à la violence que les États doivent leur origine ; presque toujours quelque heureux brigand en est le fondateur et presque partout les lois ne furent, dans leur principe, que des réglements de police, propres à maintenir à chacun la jouissance de des rapines.”

“Pour rester libre, il faut sans cesse rester en garde contre ceux qui gouvernent. Rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude.”

“L’opinion est fondée sur l’ignorance et celle-ci favorise extrêmement le despotisme.”

Note: Voici ce qu’écrivait Marat en 1774 soit 15 ans avant la Révolution Française ! Replacez ce qui suit dans le contexte de 2015. Que constatez-vous ?

“Quand ils ne peuvent empêcher qu’on ne parle ou qu’on écrive, ils opposent l’erreur aux lumières. Quelqu’un vient-il à se récrier de leurs attentats ? D’abord ils tâchent de gagner les crieurs et d’éteindre leur zèle par des dons, surtout par des promesses. Si la vertu des mécontents est incorruptible, ils leurs opposent des plumes mercenaires, de vils écrivains, qui toujours prêts à justifier l’oppression, insultent aux amis de la patrie, mettent toute leur adresse à dénigrer les défenseurs de la liberté, qu’ils traitent de perturbateurs du repos public. Si cela ne suffit pas, on a recours aux expédients les plus affreux, le fer, le cachot et si besoin, le poison… Aussi les princes (dirigeants) ont aussi grand soin de gêner la liberté de la presse… Et ils font plus, pour maintenir les peuples dans l’ignorance et ne laisser aucune porte ouverte aux vérités utiles, ils établissent des inspecteurs de la presse, des censeurs de tout genre, vils argus qui veillent sans cesse pour le despotisme contre la liberté.”

“Lorsqu’ils ne peuvent plus recourir aux emprunts, ils ont d’autres ressources, ils établissent des sociétés de banquiers, qui mettent en émission des effets de commerce ; des caisses d’escomptes ou les marchands trouvent des billets au porteur et des espèces pour les effets qu’ils ont en porte-feuille. Lorsque ces papiers sont accrédités, ils se mettent à la tête de ces établissements, ils attirent tout le numéraire par des émissions énormes et ils se l’approprient par de honteuses banqueroutes, d’autres fois ils établissent des papiers-monnaie forcés et par ces funestes inventions, toutes les richesses des particuliers vont toujours se perdre dans les coffres du prince [des dirigeants].”

“C’est ainsi que les peuples sont conduits par degré, de l’aisance ou de l’opulence à la pauvreté, de la pauvreté à la dépendance, de la dépendance à la servitude, jusqu’à ce qu’ils succombent sous le poids de leurs chaînes.”

Note: Comparez ces deux dernières citations de 1774 avec ce qu’ils se passent aujourd’hui, avec ce qu’il se passe dans l’économie mondiale pilotée par la haute-finance ivre de pouvoir qui ruine et corrompt absolument tout sur son passage. Nous sommes passés de l’État félon acoquiné aux banksters, à l’État larbin des cartels banquiers et industriels écrasant les peuples. Entre le moment où Marat écrit ces lignes en 1774, l’humanité est passée par ”l’indépendance” de l’Amérique en 1776, la révolution de 1789, celles de 1830, 1848, la Commune de Paris 1871, la révolution russe de 1917, les grandes crises économiques notamment celles de 1929, de 1973 et de 2007, deux grandes guerres mondiales, des guerres coloniales, une guerre perpétuelle depuis 2001. Où en est-on ? qu’a fait l’État pour le bien-être général ? Où en sont les peuples ?

Henry David Thoreau (XIXème siècle)

“Le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout.”

“Le gouvernement où la majorité décide dans tous les cas ne peut se fonder sur la justice.. Le respect des lois vient après celui du droit [naturel].”

“La masse des hommes sert l’État non pas en tant qu’hommes, mais en tant que machines, avec leurs corps.”

“Tous les Hommes admettent le droit à la révolution, c’est à dire le droit de refuser l’allégeance au gouvernement, et celui de lui résister quand sa tyrannie ou son inefficacité sont grandes et insupportables.”

“C’est la constitution même de l’État qui constitue le mal.”

“La prison, ce lieu séparé, plus libre et plus honorable, où l’État situe ceux qui ne sont pas avec lui mais contre lui est la seule demeure d’un État esclave où l’Homme libre puisse résider avec honneur.”

“Une fois que le sujet a refusé son allégeance et que le fonctionnaire a démissionné, la révolution est accomplie.”

“L’État ne s’adresse jamais intentionnellement à la raison de l’Homme, intellectuelle ou morale, il ne s’adresse qu’à son corps, à ses sens. Il n’est pas armé d’un esprit ou d’une honnêteté supérieurs mais simplement d’une force physique supérieure. Je ne suis pas né pour être contraint.”

Pierre-Joseph Proudhon (XIXème siècle)

“La “république une et indivisible” des Jacobins a fait plus que détruire le vieux fédéralisme provincial, évoqué peut-être mal à propos par la Gironde, elle a rendu la liberté impossible en France et la révolution illusoire.”

“Nous [les anarchistes] nions le gouvernement et l’État parce que nous affirmons, ce à quoi les fondateurs de l’État n’ont jamais cru, la personnalité et l’autonomie des masses.”

“Le centre politique est partout, la circonférence nulle part.”

“La fédération résout seule, en théorie et en pratique, le problème de l’accord de la liberté et de l’autorité. Le système fédératif est l’opposé de la hiérarchie ou de la centralisation administrative.”

Michel Bakounine (XIXème siècle)

“En un mot nous repoussons toute législation, toute autorité et toute influence privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincus qu’elles ne pourront tourner jamais qu’au profit d’une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts de l’immense majorité asservie. Voilà dans quel sens nous sommes vraiment des anarchistes !”

“L’État, c’est la force et il a pour lui avant tout le droit de la force, l’argumentation triomphante du fusil à aiguille, du chassepot.”

“Toute théorie conséquente et sincère de l’État est essentiellement fondée sur le principe de l’autorité, c’est à dire sur cette idée éminemment théologique, métaphysique, politique, que les masses, toujours incapables de se gouverner, devront subir en tout temps le joug bienfaisant d’une sagesses et d’une justice qui, d’une manière ou d’une autre, leur seront imposées d’en haut.”

“Toute l’histoire des états antiques et modernes n’est qu’une série de crimes révoltants…”

“L’État c’est l’autel de la religion politique sur lequel la société naturelle est toujours immolée: une universalité dévorante, vivant de sacrifices humains, comme l’église. L’État, je le répète encore, est le frère cadet de l’Église.”

“Tout État, sous peine de périr et de se voir dévoré par les États voisins, doit tendre à la toute puissance et devenu puissant, il doit les conquérir. Qui dit conquête, dit peuples conquis, asservis, réduits à l’esclavage sous quelque forme et quelque dénomination que ce soit. L’esclavage est donc une conséquence nécessaire de l’existence même de l’État. L’esclavage peut changer de forme et de nom son fond reste le même. Ce fond se laisse exprimer par ces mots: être esclave, c’est être forcé de travailler pour autrui, comme êtte maître, c’est vivre du travail d’autrui. Dans l’antiquité, ils s’appelaient tout bonnement des esclaves, au Moyen-Age ils prirent le nom de serfs et aujourd’hui on les appelle les salariés. La condition de ces derniers est moins rude et plus digne que celle des esclaves, mais ils n’en sont pas moins forcés par la faim aussi bien que par les institutions politiques et sociales, d’entretenir par un travail très dur, le désœuvrement absolu ou relatif d’autrui.”

Friedrich Nietzsche (XIXème siècle)

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

“Là où cesse l’État, c’est là que commence l’homme, celui qui n’est pas superflu : là commence le chant de ce qui est nécessaire, la mélodie unique et irremplaçable.”

“L’Église ? c’est une espèce d’État et c’en est l’espèce la plus mensongère. Tout comme toi, l’État est un chien hypocrite, tout comme toi il aime à parler par fumée et par hurlements ; car il veut à toute force, l’État, être l’animal le plus important sur la Terre… et on le croit !”

“Les grands fondateurs des états et des empires sont un troupeau de bêtes de proie, une race de maîtres et de conquérants, qui avec toute son organisation militaire et toute sa puissance de contrainte, fonce de ses terribles mâchoires sur une population qui le dépasse formidablement en nombre, mais qui est demeurée à l’état inorganique… telle est l’origine de l’État.”

Pierre Kropotkine (XIXème ~ XXème siècles)

“L’État n’est qu’une des formes revêtues par la Société dans le courant de l’histoire. Comment donc confondre le permanent et l’accidentel ?”

L’homme n’a pas créé la société : la société est antérieure à l’homme.

Aujourd’hui, on sait aussi — l’anthropologie l’a parfaitement démontré — que le point de départ de l’humanité ne fut pas la famille, mais bien le clan, la tribu. La famille paternelle, telle que nous la connaissons, ou telle qu’elle est dépeinte dans les traditions hébraïques, ne fit son apparition que bien plus tard.”

“«Désormais, la commune de village, composée en partie ou entièrement de familles séparées, — tous unis, cependant, par la possession en commun de la terre, — devint, pour des siècles à venir, le trait d’union nécessaire.»

Sur d’immenses territoires de l’Europe orientale, en Asie, en Afrique, elle existe encore.”

“On comprend parfaitement pourquoi les historiens modernes, éduqués dans l’esprit romain, et cherchant à faire remonter toutes les institutions jusqu’à Rome, ont tant de peine à comprendre l’esprit du mouvement communaliste du XIIè siècle. Affirmation virile de l’individu, qui arrive à constituer la société par la libre fédération, des hommes, des villages, des cités, ce mouvement fut une négation absolue de l’esprit unitaire et centralisateur romain, par lequel on cherche à expliquer l’histoire dans notre enseignement universitaire. Il ne se rattache non plus à aucune personnalité historique, ni à aucune institution centrale.

C’est une croissance naturelle, appartenant, comme la tribu et la commune de village, à une certaine phase de l’évolution humaine, et non pas à telle nation ou à telle région.

C’est pourquoi la science universitaire ne la saisit pas.”

“Et qui sont ces barbares ? — C’est l’État : la Triple-Alliance, enfin constituée, du chef militaire, du juge romain et du prêtre — les trois formant une assurance mutuelle pour la domination, les trois unis dans une même puissance qui commandera au nom des intérêts de la société — et écrasera cette société [des communes libres médiévales].”

“L’Européen du XIIè siècle était essentiellement fédéraliste. Homme de libre initiative, de libre entente, d’unions voulues et librement consenties, il voyait en lui-même le point de départ de toute société. Il ne cherchait pas son salut dans l’obéissance ; il ne demandait pas un sauveur de la société. L’idée de discipline chrétienne et romaine lui était inconnue.
Mais, sous l’influence de l’Église chrétienne toujours amoureuse d’autorité, toujours jalouse d’imposer sa domination sur les âmes et surtout le travail des fidèles ; et d’autre part, sous l’influence du droit romain qui déjà, dès le XIIè siècle, fait ravage à la cour des puissants seigneurs, rois et papes, et devient bientôt l’étude favorite dans les universités — sous l’influence de ces deux enseignements, qui s’accordent si bien, quoique ennemis acharnés à l’origine, les esprits se dépravent à mesure que le prêtre et le légiste triomphent.”

“Mais l’État, de par son principe même, ne peut tolérer la fédération libre. Celle-ci représente cette horreur du légiste : «l’État dans l’État.» L’État ne reconnaît pas une union librement consentie, fonctionnant dans son sein : il ne connaît que des sujets.Lui seul, et sa sœur, l’Église, s’accaparent le droit de servir de trait d’union entre les hommes.
Par conséquent l’État doit, forcément, anéantir les cités basées sur l’union directe entre citoyens. Il doit abolir toute union dans la cité, abolir la cité elle-même, abolir toute union directe entre cités. Au principe fédératif, il doit substituer le principe de soumission, de discipline. C’est sa substance. Sans ce principe, il cesse d’être État.”

“Pas plus que le capital individuel, né de la fraude et de la violence et développé sous les auspices de l’autorité, la Loi n’a aucun titre de respect des hommes. Née de la violence et de la superstition, établie dans l’intérêt du prêtre, du conquérant et du riche exploiteur, elle devra ietre abolie en entier le jour où le peuple voudra briser ses chaînes.”

“Non, mille fois non ! L’État, c’est la protection de l’exploitation, de la spéculation, de la propriété privée, produit de la spoliation. Le prolétaire qui n’a que ses bras pour fortune, n’a rien à attendre de l’État, il n’y trouve qu’une organisation faite pour empêcher coûte que coûte son émancipation. La prison et la mitraille pour fermer la bouche de ceux qui ne se laissent pas corrompre. Voilà l’État !…”

“Le Capital et l’État sont deux croissances parallèles qui seraient impossibles l’une dans l’autre et qui, pour cette raison précise, doivent toujours être combattues ensemble, l’une et l’autre à la fois.”

“Dans la vie des sociétés, il est des époques où a révolution devient une impérieuse nécessité, où elle s’impose.”

“D’ailleurs nous n’avons plus à chercher à tâtons la solution. Elle nous a été imposée par l’histoire, en même temps que le problème ; elle a été dite, elle se dit hautement dans bien des pays d’Europe et elle résume le développement économique de notre siècle. C’est l’Expropriation: C’est l’Anarchie !”

“La commune libre, telle est la forme politique qui devra ietre prise par une révolution sociale.”

“Du moment où les monopoles constitues et solidifiés par l’État cessent d’exister, l’État n’a plus de raison d’être.”

 A suivre…

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Entrevoir la solution politico-sociale pour nos sociétés…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 24 novembre 2014 by Résistance 71

Le principe anarchiste

Pierre Kroptkine

“Les Temps Nouveaux”, 1913

 

À ses débuts, l’Anarchie se présenta comme une simple négation. Négation de l’État et de l’accumulation personnelle du Capital. Négation de toute espèce d’autorité. Négation encore des formes établies de la Société, basées sur l’injustice, l’égoïsme absurde et l’oppression, ainsi que de la morale courante, dérivée du Code romain, adopté et sanctifié par l’Église chrétienne. C’est sur cette lutte, engagée contre l’autorité, née au sein même de l’Internationale, que le parti anarchiste se constitua comme parti révolutionnaire distinct.

Il est évident que des esprits aussi profonds que Godwin, Proudhon et Bakounine, ne pouvaient se borner à une simple négation. L’affirmation — la conception d’une société libre, sans autorité, marchant à la conquête du bien-être matériel, intellectuel et moral — suivait de près la négation ; elle en faisait la contrepartie. Dans les écrits de Bakounine, aussi bien que dans ceux de Proudhon, et aussi de Stirner, on trouve des aperçus profonds sur les fondements historiques de l’idée anti-autoritaire, la part qu’elle a joué dans l’histoire, et celle qu’elle est appelée à jouer dans le développement futur de l’humanité.

« Point d’État », ou « point d’autorité », malgré sa forme négative, avait un sens profond affirmatif dans leurs bouches. C’était un principe philosophique et pratique en même temps, qui signifiait que tout l’ensemble de la vie des sociétés, tout, — depuis les rapports quotidiens entre individus jusqu’aux grands rapports des races par-dessus les Océans, — pouvait et devait être réformé, et serait nécessairement réformé, tôt ou tard, selon les principes de l’anarchie — la liberté pleine et entière de l’individu, les groupements naturels et temporaires, la solidarité, passée à l’état d’habitude sociale.

Voilà pourquoi l’idée anarchiste apparut du coup grande, rayonnante, capable d’entraîner et d’enflammer les meilleurs esprits de l’époque.

Disons le mot, elle était philosophique.

Aujourd’hui on rit de la philosophie. On n’en riait cependant pas du temps du Dictionnaire philosophique de Voltaire, qui, en mettant la philosophie à la portée de tout le monde et en invitant tout le monde à acquérir des notions générales de toutes choses, faisait une œuvre révolutionnaire, dont on retrouve les traces, et dans le soulèvement des campagnes, et dans les grandes villes de 1793, et dans l’entrain passionné des volontaires de la Révolution. À cette époque là, les affameurs redoutaient la philosophie.

Mais les curés et les gens d’affaires, aidés des philosophes universitaires allemands, au jargon incompréhensible, ont parfaitement réussi à rendre la philosophie inutile, sinon ridicule. Les curés et leurs adeptes ont tant dit que la philosophie c’est de la bêtise, que les athées ont fini par y croire. Et les affairistes bourgeois, — les opportunards blancs, bleus et rouges — ont tant ri du philosophe que les hommes sincères s’y sont laissé prendre. Quel tripoteur de la Bourse, quel Thiers, quel Napoléon, quel Gambetta ne l’ont-ils pas répété, pour mieux faire leurs affaires ! Aussi, la philosophie est passablement en mépris aujourd’hui.

Eh bien, quoi qu’en disent les curés, les gens d’affaires et ceux qui répètent ce qu’ils ont appris, l’Anarchie fut comprise par ses fondateurs comme une grande idée philosophique. Elle est, en effet, plus qu’un simple mobile de telle ou telle autre action. Elle est un grand principe philosophique. Elle est une vue d’ensemble qui résulte de la compréhension vraie des faits sociaux, du passé historique de l’humanité, des vraies causes du progrès ancien et moderne. Une conception que l’on ne peut accepter sans sentir se modifier toutes nos appréciations, grandes ou petites, des grands phénomènes sociaux, comme des petits rapports entre nous tous dans notre vie quotidienne.

Elle est un principe de lutte de tous les jours. Et si elle est un principe puissant dans cette lutte, c’est qu’elle résume les aspirations profondes des masses, un principe, faussé par la science étatiste et foulé aux pieds par les oppresseurs, mais toujours vivant et actif, toujours créant le progrès, malgré et contre tous les oppresseurs.

Elle exprime une idée qui, de tout temps, depuis qu’il y a des sociétés, a cherché à modifier les rapports mutuels, et un jour les transformera, depuis ceux qui s’établissent entre hommes renfermés dans la même habitation, jusqu’à ceux qui pensent s’établir en groupements internationaux.

Un principe, enfin, qui demande la reconstruction entière de toute la science, physique, naturelle et sociale.

Ce côté positif, reconstructeur de l’Anarchie n’a cessé de se développer. Et aujourd’hui, l’Anarchie a à porter sur ses épaules un fardeau autrement grand que celui qui se présentait à ses débuts.

Ce n’est plus une simple lutte contre des camarades d’atelier qui se sont arrogé une autorité quelconque dans un groupement ouvrier. Ce n’est plus une simple lutte contre des chefs que l’on s’était donné autrefois, ni même une simple lutte contre un patron, un juge ou un gendarme.

C’est tout cela, sans doute, car sans la lutte de tous les jours — à quoi bon s’appeler révolutionnaire ? L’idée et l’action sont inséparables, si l’idée a en prise sur l’individu ; et sans action, l’idée même s’étiole.

Mais c’est encore bien plus que cela. C’est la lutte entre deux grands principes qui, de tout temps, se sont trouvés aux prises dans la Société, le principe de liberté et celui de coercition : deux principes, qui en ce moment-même, vont de nouveau engager une lutte suprême, pour arriver nécessairement à un nouveau triomphe du principe libertaire.

Regardez autour de vous. Qu’en est-il resté de tous les partis qui se sont annoncés autrefois comme partis éminemment révolutionnaires ? — deux partis seulement sont seuls en présence : le parti de la coercition et le parti de la liberté ; Les Anarchistes, et, contre eux, — tous les autres partis, quelle qu’en soit l’étiquette.

C’est que contre tous ces partis, les anarchistes sont seuls à défendre en son entier le principe de la liberté. Tous les autres se targuent de rendre l’humanité heureuse en changeant, ou en adoucissant la forme du fouet. S’ils crient « à bas la corde de chanvre du gibet », c’est pour la remplacer par le cordon de soie, appliqué sur le dos. Sans fouet, sans coercition, d’une sorte ou d’une autre, — sans le fouet du salaire ou de la faim, sans celui du juge ou du gendarme, sans celui de la punition sous une forme ou sur une autre, — ils ne peuvent concevoir la société. Seuls, nous osons affirmer que punition, gendarme, juge, faim et salaire n’ont jamais été, et ne seront jamais un élément de progrès ; et que sous un régime qui reconnaît ces instruments de coercition, si progrès il y a, le progrès est acquis contre ces instruments, et non pas par eux.

Voilà la lutte que nous engageons. Et quel jeune cœur honnête ne battra-t-il pas à l’idée que lui aussi peut venir prendre part à cette lutte, et revendiquer contre toutes les minorités d’oppresseurs la plus belle part de l’homme, celle qui a fait tous les progrès qui nous entourent et qui, malgré dela, pour cela même fut toujours foulée aux pieds !

— Mais ce n’est pas tout.

Depuis que la division entre le parti de la liberté et le parti de la coercition devient de plus en plus prononcée, celui-ci se cramponne de plus en plus aux formes mourantes du passé.

Il sait qu’il a devant lui un principe puissant, capable de donner une force irrésistible à la révolution, si un jour il est bien compris par les masses. Et il travaille à s’emparer de chacun des courants qui forment ensemble le grand courant révolutionnaire. Il met la main sur la pensée communaliste qui s’annonce en France et en Angleterre. Il cherche à s’emparer de la révolte ouvrière contre le patronat qui se produit dans le monde entier.

Et, au lieu de trouver dans les socialistes moins avancés que nous des auxilliaires, nous trouvons en eux, dans ces deux directions, un adversaire adroit, s’appuyant sur toute la force des préjugés acquis, qui fait dévier le socialisme dans des voies de traverse et finira par effacer jusqu’au sens socialiste du mouvement ouvrier, si les travailleurs ne s’en aperçoivent à temps et n’abandonnent pas leurs chefs d’opinion actuels.

L’anarchiste se voit ainsi forcé de travailler sans relâche et sans perte de temps dans toutes ces directions.

Il doit faire ressortir la partie grande, philosophique du principe de l’Anarchie. Il doit l’appliquer à la science, car par cela, il aidera à remodeler les idées : il entamera les mensonges de l’histoire, de l’économie sociale, de la philosophie, et il aidera à ceux qui le font déjà, souvent inconsciemment, par amour de la vérité scientifique, à imposer le cachet anarchiste à la pensée du siècle.

Il a à soutenir la lutte et l’agitation de tous les jours contre oppresseurs et préjugés, à maintenir l’esprit de révolte partout où l’homme se sent opprimé et possède le courage de se révolter.

Il a à déjouer les savantes machinations de tous les partis, jadis alliés, mais aujourd’hui hostiles, qui travaillent à faire dévier dans des voies autoritaires, les mouvements nés comme révolte contre l’oppression du Capital et de l’État.

Et enfin, dans toutes ces directions il a à trouver, à deviner par la pratique même de la vie, les formes nouvelles que les groupements, soit de métier, soit territoriaux et locaux, pourront prendre dans une société libre, affranchie de l’autorité des gouvernements et des affameurs.

La grandeur de la tâche à accomplir n’est-elle pas la meilleure inspiration pour l’homme qui se sent la force de lutter ? N’est-elle pas aussi le meilleur moyen pour apprécier chaque fait séparé qui se produit dans le courant de la grande lutte que nous avons à soutenir ?

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Source:

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Principe_anarchiste