Archive pour la lutte des mapuches au chili

Luttes d’émancipations et insurrections… De la France au Chili en passant par ailleurs… Union !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 7 février 2020 by Résistance 71

 

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”
~ Friedrich Nietzsche ~

“Qu’est-ce que l’État ? C’est le signe achevé de la division dans la société, en tant qu’il est l’organe séparé du pouvoir politique: la société est désormais divisée entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent. La société n’est plus un. Nous indivisé, une totalité une, mais un corps morcelé, un être social hétérogène… »
~ Pierre Clastres ~

 

 

Unité et différences dans les insurrections de France et du Chili

 

Raoul Vaneigem

 

Janvier et 5 février 2020

 

Source:

https://www.lavoiedujaguar.net/Unite-et-differences-dans-les-insurrections-de-France-et-du-Chili

 

Lettre de Raoul Vaneigem aux insurgées et aux insurgés du Chili, pour faire suite à une demande de précision sur la notion de « bien public », suivie de « Réponse et nouvelles du Chili ».

La France a occupé et continue d’occuper dans l’imaginaire des révolutions une place particulière. Elle est le pays où pour la première fois dans l’histoire une révolution a brisé l’immobilisme et l’obscurantisme qu’imposait la prépondérance d’une économie essentiellement fondée sur l’agriculture. Sa victoire n’a pas signifié le triomphe de la liberté, elle a seulement marqué la victoire d’une économie de libre-échange qui, très vite, a étouffé les aspirations à une vraie liberté.

La vraie liberté, c’est la liberté vécue. Les philosophes des Lumières en avaient pris conscience. Les Diderot, d’Holbach, Rousseau, Voltaire en avaient gravé l’évidence dans la mémoire universelle, et avant eux les principaux penseurs de la Renaissance, Montaigne, La Boétie, Rabelais, Castellion (à qui l’on doit le propos « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme »).

Bien que présente dans nombre de pays d’Europe, la lutte pour la liberté revêt en France une singulière acuité. Dès les XIe et XIIe siècles les insurrections communalistes se multiplient et s’intensifient. Elles ont pour but de libérer les villes de l’autorité tyrannique de la classe aristocratique, dont les revenus viennent principalement des paysans, des serfs qui travaillent leurs terres. Les nobles n’ont pas l’intention de laisser échapper à leur emprise ces « communes » qui génèrent de nouvelles sources de revenus. Artisans, commerçants, tisserands, petits producteurs sont le ferment d’un capitalisme naissant. Ils se heurtent à la noblesse et au régime féodal qui entrave leur expansion.

Une rumeur répand sa traînée de poudre : « L’air des villes rend libre. » Elle va contribuer à identifier cette bourgeoisie, dont le nom est tiré de bourg (ville) à un idéal de liberté, qui en est en fait son idéologie. Car il apparaît rapidement que cette bourgeoisie exerce à son tour une oppression sur la classe des travailleurs qu’elle exploite impitoyablement, comme en témoigne la Complainte des tisseuses de soie de Chrétien de Troyes (1135-1190).

Bien que la bourgeoisie ne cesse de croître en puissance et d’opprimer les classes laborieuses, son combat contre l’arrogance aristocratique entretient — de bon gré et de mauvais gré — un esprit de subversion et de revendication qui perce de coups redoutables la carapace et les murailles du régime de droit divin, faisant vaciller la citadelle du pouvoir aristocratique. C’est ce qui explique le caractère contradictoire de la révolution française de 1789 : d’une part le formidable essor d’une liberté qui se révèle comme le véritable devenir de l’humanité ; d’autre part la terrible mystification qui consiste à réduire la liberté à la libre circulation des biens et des personnes, indistinctement traités comme des marchandises.

Après avoir décapité la monarchie de droit divin, le libre-échange instaure une monarchie du profit, plus inhumaine encore que le despotisme féodal. Girondins et jacobins fraient le chemin à une manière de monarchisme désacralisé, à un bonapartisme où le progrès de l’industrialisation exige l’esclavage du plus grand nombre. C’est dans sa lignée que s’inscrivent les deux régimes illustrant le mieux la barbarie de notre histoire : le nazisme où l’Homme devient pur objet ; le bolchevisme où, au nom de l’émancipation de l’Homme, le rêve communiste tourne au cauchemar.

Entre la fascination de ces deux extrêmes, l’idéal politique occidental a perpétué une forme édulcorée de ce jacobinisme que les conquêtes de Napoléon avaient implanté partout en Europe. C’est un mélange de bureaucratie tentaculaire et de théâtre citoyen où progressisme et conservatisme font l’objet d’une mise en scène rafistolée au goût du jour. Le peuple insurgé doit savoir que s’il perturbe le spectacle en y entrant il n’aura de place réservée qu’à l’état de cadavre.

Ni dictature absolue ni expression de la volonté du peuple, qu’est-ce d’autre que cet avorton engendré par la rapacité financière si ce n’est un totalitarisme démocratique ?

À l’exception d’un éphémère gouvernement du peuple par le peuple, que la Commune de Paris avait tenté de promouvoir, le capitalisme n’a jamais desserré son étreinte, il n’a fait que moderniser son emprise. Les luttes sociales ont été des coups de gueule assez efficaces pour que les gestionnaires du profit jettent quelques aumônes aux révoltés mais insuffisants pour que la menace d’une éradication totale les fasse trembler.

Dans le même temps que Robespierre faisait décapiter Olympes de Gouges, qui luttait pour les droits de la femme, la Révolution française avait promulgué dans sa fameuse Déclaration une version formelle des Droits de l’homme. Le fait que ces droits ont été et sont toujours bafoués par la plupart des gouvernements les a auréolés d’un esprit de subversion que l’État s’est empressé d’édulcorer et d’institutionnaliser.

Dans la guérilla menée en France contre l’occupation nazie et ses nombreux collaborateurs se constitue le Conseil de la Résistance. Il est l’organisme chargé de diriger et de coordonner les différents mouvements insurrectionnels, toutes tendances politiques comprises. Le conseil est composé de représentants de la presse, des syndicats et des membres de partis hostiles au gouvernement de Vichy à partir de la mi-1943. Son programme, adopté en mars 1944, prévoit un « plan d’action immédiat » (c’est-à-dire des actions de résistance), mais il comporte aussi une liste de réformes sociales et économiques à appliquer dès la libération du territoire.

Il ne faut pas se leurrer. Ces réformes ont pour but d’éviter une conflagration révolutionnaire, rendue possible par l’armement des factions séditieuses. Le Parti communiste français s’emploiera à briser les velléités révolutionnaires du peuple en arme et lui livrera, pour l’apaiser, un ensemble d’avantages qui s’inscrivent dans la lignée de la res publica issue de la Première République française. C’est ce qui va constituer pour les Français un « bien public » destiné à améliorer l’existence du plus grand nombre.

Ces mesures en matière de santé, d’aide à la famille, d’allocations de chômage, de protection pour les travailleurs, d’alimentation de qualité, d’enseignement pour toutes et tous ont été très vite adoptées par la plupart des pays européens. Elles n’existent ni au Chili ni dans la plus grande partie du monde. Or, comble d’absurdité, c’est dans cette absence, dans ce vide humanitaire que le gouvernement français, obéissant aux lois mondiales du profit, voit un modèle à imiter, un objectif à atteindre.

Il liquide les acquis sociaux pour les revendre aux intérêts privés, il ruine les hôpitaux publics, il supprime les trains, les écoles, il soutient l’industrie agro-alimentaire qui empoisonne les aliments, il implante au mépris des citoyens ses nuisances énergétiques et bureaucratiques, il incite à consommer de plus en plus alors qu’il accroît la paupérisation. Surtout, il écrase la joie de vivre sous la pression d’une morne désespérance. Le profit rythme partout la danse macabre d’une mort rentabilisée.

Une réponse inespérée est venue spontanément tant du Chili que de la France. C’est maintenant un même peuple qui, par-delà les spécificités de l’évolution historique, se trouve confronté aux mêmes problèmes, aux mêmes questions. Au reste, ces interrogations que posent la résistance et l’auto-organisation insurrectionnelle, ne les entend-on pas se propager dans le monde et intéresser les pays les plus divers ?

Partout le peuple prend conscience de la vie qu’il porte en lui et de la mort à laquelle le condamne l’État, « le plus froid des monstres froids » ?

Ma perception du mouvement dit des Gilets jaunes en France n’engage que moi. Ce n’est qu’un témoignage dont mon enthousiasme personnel s’est emparé. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas un jour où, depuis mon adolescence, je n’ai aspiré à un tel renversement de l’ordre des choses. Libre à chacune et à chacun de puiser dans le fouillis de mes idées ce qui lui semble pertinent et de rejeter ce qui ne lui convient pas.

L’apparition du mouvement informel et spontané des Gilets jaunes a marqué le réveil d’une conscience à la fois sociale et existentielle qui n’était plus sorti de sa léthargie depuis le coup de semonce de Mai 1968.

Bien qu’ayant échoué à mettre en œuvre le projet d’une autogestion de la vie quotidienne, la tendance la plus radicale du Mouvement des occupations de Mai 1968 pouvait néanmoins se prévaloir d’avoir contribué à un authentique bouleversement des mentalités et des comportements. Une prise de conscience, dont les effets commencent à peine à se concrétiser aujourd’hui, a marqué dans l’histoire de l’humanité un point de non-retour. Elle a créé une situation qui, si exposée qu’elle puisse être à des régressions épisodiques, ne reviendra jamais en arrière ; les hommes tardent encore à en convenir mais il n’est pas une seule femme qui n’en soit convaincue dans sa chair.

L’épaisseur du silence sciemment entretenu enjoint de répéter inlassablement une vérité que le martèlement du mensonge échoue à briser. La dénonciation, par les situationnistes, du welfare state — de l’état de bien-être consumériste, du bonheur vendu à tempérament — a porté un coup mortel à des vertus et à des comportements imposés depuis des millénaires et passant pour d’inébranlables vérités : le pouvoir hiérarchique, le respect de l’autorité, le patriarcat, la peur et le mépris de la femme et de la nature, la vénération de l’armée, l’obédience religieuse et idéologique, la concurrence, la compétition, la prédation, le sacrifice, la nécessité du travail. L’idée s’est alors fait jour que la vraie vie ne pouvait se confondre avec cette survie qui ravale le sort de la femme et de l’homme à celui d’une bête de somme et d’une bête de proie.

Cette radicalité, on a cru qu’elle avait disparu, balayée par les rivalités internes, les luttes de pouvoir, le sectarisme contestataire ; on l’a vue étouffée par le gouvernement et par le parti communiste, dont ce fut la dernière victoire. Elle fut surtout, il est vrai, dévorée par la formidable vague d’un consumérisme triomphant, celui-là même que la paupérisation croissante assèche aujourd’hui lentement mais sûrement.

Il faut rendre cette justice à la colonisation consumériste : elle a popularisé la désacralisation des valeurs anciennes plus rapidement que des décennies de libre-pensée. L’imposture d’une libération, prônée par l’hédonisme de supermarché, propageait une abondance et une diversité de produits et de choix qui n’avaient qu’un inconvénient, celui de se payer à la sortie. De là naquit un modèle de démocratie où les idéologies s’effaçaient au profit de candidats dont la campagne promotionnelle était menée selon les techniques publicitaires les plus éprouvées. Le clientélisme et l’attrait morbide du pouvoir achevèrent de ruiner une pensée dont les derniers gouvernements en date ne craignent pas d’exhiber l’effarant délabrement.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Jamais la France n’a connu un mouvement insurrectionnel aussi persistant, aussi innovant, aussi festif. Jamais on n’a vu autant d’individus se débarrasser de leur individualisme, passer outre de leurs options religieuses, idéologiques, caractérielles, refuser les chefs et les leaders autoproclamés, rejeter l’emprise des appareils syndicaux et politiques. Quel plaisir d’entendre l’État déplorer que les Gilets jaunes n’aient pas de responsables que l’on pourrait saisir par les oreilles comme des lapins. Le peuple ne l’a pas oublié : chaque fois qu’une organisation a prétendu gérer ses intérêts, elle l’a pris au piège, elle l’a abusé et anéanti.

Les revendications corporatistes ont généré une colère qui s’est généralisée parce que, au-delà de la barbarie répressive, du mépris, de la provocation d’un gouvernement d’escrocs, ce qui est visé n’est rien d’autre que le système mondial qui au nom du profit saccage la vie et la planète.

Dans la rue se retrouvent côte à côte les conducteurs de train, de bus et de métro, les avocats, les éboueurs, les danseurs d’opéra, les égoutiers, les écoliers, des étudiants, les professeurs, les chercheurs, la police scientifique, une petite faction de policiers refusant la fonction de tueurs que leurs chefs leur assignent, les travailleurs des secteurs « gaz et électricité », les fonctionnaires chargés des impôts et des taxes, les petites et moyennes entreprises en proie à la rapacité du fisc, les pompiers, très souvent au premier rang dans les affrontements avec les flics, les employés de Radio France, le personnel des hôpitaux, où les économies budgétaires assassinent bel et bien les patients trop démunis pour se payer l’hôpital privé.

Des voisins qui ne s’étaient jamais parlé se découvrent en redécouvrant la solidarité. Comme lors des opérations de résistance menées contre le nazisme, on assiste à un harcèlement systématique des « collaborateurs ». Les ministres, les notables et leurs larbins ne quittent plus leurs tanières sans risquer de succomber non sous le feu d’armes meurtrières mais sous les tomates du ridicule, de la dérision, de l’humour corrosif.

Une mutation est en train de s’opérer au sein des insurrections nationales et internationales. À la phase de colère aveugle, qui se heurte de front à l’intransigeance du pouvoir et de ses forces armées, doit maintenant succéder une phase de colère lucide capable de saper l’État à la base. Il s’agit maintenant de substituer la légitimité d’une volonté populaire à l’autorité que l’État a usurpée par farce électorale. Un État qui n’est plus aujourd’hui que l’instrument des intérêts privés gérés par les multinationales.

Nous assistons à un formidable renversement de perspective. La liberté enfin rendue à son authenticité est résolue d’anéantir l’économie de libre-échange qui jadis l’inspira involontairement et formellement avant de l’étouffer sous le poids croissant de sa tyrannie. C’est la revanche de la liberté vécue sur les libertés du profit.

La terre dont nous revendiquons la libre jouissance n’est pas une abstraction, elle n’est pas une représentation mythique. C’est le lieu de notre existence, c’est le village, le quartier, la ville, la région où nous nous battons contre un système économique et social qui nous empêche d’y vivre. Puisque nous n’avons rien d’autre à attendre des instances étatiques que le mensonge et la matraque, il nous appartient désormais de « faire nos affaires » en nous défaisant du monde des affaires.

C’est à nous de jeter les bases sociales et existentielles d’une société qui brise le joug de la destruction rentabilisée. Il nous incombe d’oser investir notre rage et notre créativité dans des Communes où notre existence se réinvente à la chaleur de la générosité et de la solidarité humaines. Qu’importent les erreurs et les tâtonnements ! C’est une tâche de longue haleine que de fédérer internationalement un grand nombre de petites collectivités qui ont l’avantage incomparable d’agir directement sur le milieu où elles sont implantées.

Cessons d’aborder nos problèmes par le haut. Des sommets de l’abstraction, il ne se déverse que des chiffres qui nous déshumanisent, nous transforment en objets, nous réduisent à l’état de marchandises. La politique du grand nombre instaure toujours un chaos qui en appelle à l’Ordre noir de la mort. Il ne faut plus que le ciel des idées soit la négation de nos réalités vécues.

La vérité fait partout entendre le chant de la vie. La dimension humaine est une qualité, non une quantité. L’individu devient collectif lorsque la poésie d’un seul rayonne pour tous.

Notre bien public c’est la terre. Elle est notre vraie patrie et nous sommes résolus d’en chasser les envahisseurs mercantiles qui la mutilent en la découpant en parts de marché. Notre liberté est une et indivisible.

31 janvier 2020

Raoul Vaneigem

Réponse et nouvelles du Chili

datées du 5 février 2020

Pour le moment, je vous dis que la lutte se poursuit dans cette longue et étroite bande de terre. Le combat direct avec la police se poursuit, car la répression est également « à domicile » ces jours-ci. De plus, ce que vous dites dans votre texte se produit également ici, à savoir que les fonctionnaires de la capitale ne peuvent pas sortir dans la rue sans devenir la cible de la dérision publique.

Les collectivités humaines de tout le Chili s’organisent pour récupérer les territoires usurpés et pillés par l’État et les colonisateurs qui l’ont précédé. Un exemple en est la récupération de terres (400 hectares) que les communautés mapuche de la commune de Los Sauces, province de Malleco, région d’Araucanie, ont effectué le dernier vendredi de janvier.

Ce qui s’en vient, c’est l’autogestion généralisée de nos besoins, la destruction totale des chaînes qui nous lient physiquement et spirituellement à l’économie terroriste. La terre vivra à nouveau et nous vivrons avec elle.

= = =

Lectures complémentaires:

L’abbcedaire de Raoul Vaneigem

L’essentiel-et-l’indispensable-de-Raoul_Vaneigem

Raoul_Vaneigem-extraits-de-lappel-a-la-vie-contre-la-tyrannie-etatique-et-marchande

Manifeste pour la Société des Sociétés

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

Chiapas-Feu-et-Parole-dun-Peuple-qui-Dirige-et-dun-Gouvernement-qui-Obeit

Paulo_Freire_La_pedagogie_des_opprimes

3ri-et-societe-des-societes-du-chiapas-zapatistes-aux-gilets-jaunes-en-passant-par-le-rojava-fevrier-2019

 


Conscience Gilet Jaune

 

Résistance politique: La nation Mapuche du Chili, leur lutte est la nôtre… La lutte anti-colinialiste est la nôtre, nous sommes tous des colonisés !…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 8 avril 2013 by Résistance 71

Un autre mouvement de lutte pour l’autonomie d’une nation indienne d’Amérique du Sud, celles des Mapuches, seule nation qui parvint à stopper l’oppression Inca puis espagnole à leur encontre et qui est victime d’une répression féroce de la part de l’État chilien depuis la fin du XIXème siècle.

Nous attirons particulièrement l’attention du lecteur sur la conclusion de l’article et l’évidence qui se fait de plus en plus jour que c’est en demeurant non autoritaire et non-hiérarchique qu’un mouvement de contestation politique et social peut vaincre les institutions étatiques, celles du larbinisme institutionnalisé. L’EZLN du Chiapas et le mouvement d’Oaxaca au Mexique nous en donne une autre preuve.

L’oligarchie occidentale fait appliquer sur nous, les peuples occidentaux, nous croyant protégés, les techniques hégémoniques et de destruction culturelle utilisées sur les peuples colonisés. Nous reviendrons sur ce point bientôt dans un article, mais cela mérite ample réflexion.

— Résistance 71 ~

 

A la Mapuche

 

Raul Zibechi

 

8 Avril 2013

 

url de l’article original en français:

http://www.lavoiedujaguar.net/A-la-mapuche

 

article original en espagnol:

http://www.jornada.unam.mx/2013/04/05/opinion/020a2pol

 

Fin janvier, dans une commission de solidarité avec le peuple mapuche composée de Chiliens et de Latino-Américains, nous avons rendu visite aux prisonniers Héctor Llaitul et Ramón Llanquileo, au pénitencier d’El Manzano, dans les environs de Concepción, et à la prison d’Angol, une cinquantaine de kilomètres plus au sud. Le motif de la visite était de dénoncer la situation des prisonniers qui en étaient à soixante-dix-neuf jours de grève de la faim, ainsi que de rendre visible la situation d’un peuple persécuté dans une Araucanie militarisée.

La commission était composée de cinq premiers prix nationaux, du président de l’Église évangélique luthérienne, du président du Collège médical, d’un ex-juge et d’un diplomate, de dirigeants étudiants et syndicaux, de divers intellectuels, de la Pastorale mapuche et de la Commission éthique contre la torture.

Llaitul et Llanquileo appartiennent à la Coordination Arauco Malleco, créée en 1998, focalisée sur la récupération des terres ancestrales aux mains de sociétés forestières et de latifundiaires. Les prisonniers ont arrêté leur grève de la faim le 28 janvier, quand la commission s’est engagée à mettre sur pied une commission nationale et internationale d’observation des droits humains du peuple mapuche, qui se rendra dans le pays en octobre.

Le 3 janvier a été publiée la Quatrième Déclaration des historiens sur la question nationale mapuche, signée par des centaines d’intellectuels, dans laquelle ils rappellent que les faits de violence, qu’on attribue souvent aux seuls Mapuches, « ont leur point de départ dans la mal nommée “pacification de l’Araucanie” réalisée par l’État chilien entre les décennies de 1860 et 1880, en violation des accords conclus avec les Mapuches après l’obtention de l’indépendance (1825) ».

Les historiens signalent que « l’État du Chili a occupé à feu et à sang l’Araucanie et, utilisant les méthodes les plus violentes et les plus cruelles, a usurpé de grandes extensions de terre indigène qu’il a bradées à bas prix ou offertes à des colons chiliens et étrangers, confinant les Mapuches dans des réserves petites et misérables ». Il faut rappeler qu’il n’y a qu’aux militants mapuches qu’on applique la loi antiterroriste du régime d’Augusto Pinochet pour des actions qui n’ont rien à voir avec le terrorisme, comme de brûler des plantations ou des camions qui transportent du bois.

La solidarité nationale s’est développée de façon soutenue au Chili, en particulier depuis la grève de la faim de Patricia Troncoso entre octobre 2007 et janvier 2008. La solidarité des lycéens avec les communautés mapuches a été remarquable : ils ont créé une commission pour travailler les liens en bas – en bas entre les deux mouvements. Mais le soutien international est maigre, c’est pourquoi il est nécessaire de d’accomplir un saut pour rompre l’encerclement de désinformation qu’a tissé la démocratie chilienne contre ceux qui résistent au modèle.

Malgré le bon moral des prisonniers mapuches et de l’ensemble du mouvement, il est facile de se laisser gagner par le découragement lorsqu’on constate les divisions, les reproches et critiques croisés qu’on entend dans les différentes instances qui regroupent le peuple mapuche, que ce soit dans les communautés rurales ou dans les espaces urbains. Il n’est pas question de reproduire ici les raisons et arguments de la fragmentation du monde mapuche en résistance, mais seulement de signaler un fait et, surtout, d’essayer de faire une lecture différente de celles que réalisent les académies et les partis politiques.

Le premier élément est de souligner qu’il n’y a aucune organisation, pas même un espace de coordination, qui regroupe tout le peuple mapuche. Il s’agit d’un cas bien différent de ceux que nous connaissons dans le monde andin, où les Quichuas équatoriens et les Quechuas et Aymaras boliviens (en plus des peuples des basses terres) ont construit de grandes organisations représentatives de leurs peuples. S’agit-il d’un avantage ou d’un désavantage pour le peuple mapuche ?

Le second élément est que depuis la décennie de 1990 de nouvelles générations ont créé une myriade d’organisations urbaines et rurales, dans ce que l’historien Gabriel Salazar dénomme la « sixième époque » de la guerre mapuche, commencée en 1981 quand ont pris de la force les protestations de rue contre la dictature. Cette nouvelle génération se rattache à une longue histoire qui dit que le peuple mapuche a été le seul de ce continent à vaincre les Incas et les Espagnols, qu’il a forcés à s’arrêter au nord du fleuve Bio Bio.

Depuis la fondation du Conseil de toutes les terres et plus tard de la Coordination Arauco Malleco, organisation qui se définit comme autonome et anticapitaliste, sont nées des dizaines d’organisations : d’étudiants, de femmes, de jeunes, sportives, culturelles, d’historiens, de pêcheurs, de communication ; petites et locales, avec des liens face à face, sans parvenir à créer une grande organisation qui regroupe tout le monde.

En troisième lieu, ils font de la politique d’une manière différente, qui se traduit en souveraineté ou autonomie, comme le rappelle bien Gabriel Salazar. Ils ne se regardent pas dans le miroir de l’État, ni pour le conquérir ni pour construire des organisations à son image et ressemblance. Peut-être, sûrement, parce que l’État a toujours été quelque chose d’extérieur au peuple mapuche. Jamais ils ne se sont sentis ni se sentent chiliens. Ils n’arborent pas le drapeau du Chili, mais le leur propre, celui qu’ils ont hérité de leurs ancêtres. Leur lutte a ses références dans une « mémoire de soi-même pour ainsi dire sans équivalent dans le monde, dans laquelle se stratifient non seulement une, mais cinq ou six époques de guerre tout au long de six siècles d’histoire ou plus » (Movimientos sociales en Chile, Gabriel Salazar, p. 119).

Arrivés à ce point, nous pourrions dire : « malgré la fragmentation, ils résistent ». Est-ce que ça ne serait pas l’inverse ? C’est parce qu’ils n’ont pas créé un appareil unique (étaticocentrique) qu’ils sont toujours l’un des peuples qui résistent à la cooptation de droite et de gauche. Ce serait donc vrai que l’unité et l’homogénéisation facilitent la domestication des mouvements antisystémiques ? L’EZLN aurait raison ? L’histoire du peuple mapuche enseigne que pour lutter, et pour vaincre, il faut la volonté communautaire de lutte ; mais pas un appareil qui porte aux sommets les caudillos, qui annule les différences et les autonomies.

Raúl Zibechi

Source du texte original : 
La Jornada, Mexico, 
5 avril 2013.

Traduit par El Viejo

Résistance politique: Une autre lutte souvent oubliée… Celle de la nation Mapuche au Chili…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 19 mars 2013 by Résistance 71

Chili: la lutte du mouvement mapuche autonome

 

par Gloria Muñoz Ramírez

 

Article publié le 1er septembre 2005

Url de l’article original en français:

http://risal.collectifs.net/spip.php?article1455

 

 

Territoire mapuche, Chili. Le mouvement mapuche autonome lutte pour la reconstruction d’un peuple indigène historiquement spolié, pillé et détruit. Aujourd’hui, les mapuche ne luttent pas seulement pour récupérer leur terre usurpée par le gouvernement chilien et les transnationales, ils revendiquent aussi les meilleurs éléments d’une culture qui va en disparaissant en même temps qu’ils perdent leur territoire : la langue, les valeurs, l’organisation ancestrale, les traditions, les relations humaines, bref le « ser mapuche » (littéralement, l’ « être mapuche »).

La reconstruction du peuple-nation mapuche est une lutte anticapitaliste qui essaye de construire un futur différent de celui que projette le gouvernement chilien pour les peuples indigènes. C’est une lutte historique qui, expliquent les prisonniers politiques mapuche de la prison d’Angol, « est pour notre droit à exister dans la dignité, à récupérer notre terre, à défendre et protéger nos ressources naturelles. C’est aussi une lutte pour l’autonomie, la libre détermination du peuple mapuche et la récupération de notre tissu politique, économique et culturel ».

Ce mouvement est complexe. Il n’a pas qu’une seule composante et ne peut pas être vu comme homogène. Durant la dernière décennie, sont apparues des organisations mapuche présentant différents modes de pensées et diverses revendications. Certaines sont liées au gouvernement chilien, aux partis politiques de gauche, et d’autres se définissent comme autonomes et indépendantes et subissent actuellement la répression du gouvernement sous toutes ses formes : emprisonnement, torture, disparitions. Malgré cela, les mapuche se sont depuis dix ans renforcés, ont appris et situent leur lutte sur la carte mondiale de la résistance indigène.

Le mouvement autonome ne dispose pas à proprement parlé de structures solides, il est expression et mouvement. Il y a ceux qui transcendent l’expérience de leur lutte en communauté, de récupération de la terre et commencent à s’organiser de manière plus complexe, mais pas nécessairement dans des structures ou sous des sigles définis. Il y a une pensée qui exprime bien leur identité mapuche : la résistance et la reconstruction pour une nature autonome.

Le mouvement autonome est composé aussi de différentes expressions, mais elles partagent toutes l’idée d’une autonomie et d’une reconstruction de la nation mapuche, indépendante de l’Etat chilien.

Un peu d’histoire

Pour comprendre la lutte actuelle du peuple mapuche, il est nécessaire de rappeler des éléments importants de leur histoire. Les spécialistes s’accordent sur le fait qu’avant l’arrivée des premiers conquistadores espagnols au XVIème siècle, les mapuche occupaient un vaste territoire, s’étendant de la vallée de l’Aconcagua au Reloncavi, comprenant même la grande île de Chiloé.

Les Espagnols, raconte Jose Bengoa, auteur de L’histoire des anciens mapuche du Sud (Historia de los antiguos mapuches del sur), firent violemment irruption dans ce territoire, avec des conséquences désastreuses, massacrant les mapuche qui se trouvaient entre Santiago et le fleuve Bio Bio, et provoquant de grandes migrations de populations vers le sud.

Cependant entre le XVIème et le XVIIIème siècle, ils développèrent une résistance héroïque contre l’avancée de l’envahisseur, arrivant à repousser les conquistadores jusqu’au nord du fleuve Bio Bio, établissant ainsi une frontière séparant le territoire de la couronne espagnole de celui des mapuche.

La résistance indigène ne permit pas la conquête que se projetaient les Espagnols. Jamais les mapuche ne se rendirent et ne laissèrent passer les usurpateurs au-delà du fleuve Bio Bio. Ils obtinrent même de la Couronne espagnole un accord de respect mutuel sur les relations frontalières, qui reconnaissait ainsi la présence de la nation mapuche.

Ce que ne réussirent pas les Espagnols, c’est finalement le gouvernement du Chili indépendant qui le réalisa. En 1860, les incursions des militaires chiliens et les migrations de colons vers le territoire mapuche commencèrent. Le puissant pouvoir militaire de l’Etat réussit à vaincre alors les mapuche et leurs armes rudimentaires. En 1883, après 23 ans de batailles, l’armée chilienne finit par occuper les territoires mapuche du sud du fleuve Bio Bio.

Le système économique mapuche fut détruit. Il y eut des dizaines de milliers de morts, et les rares survivants du massacre furent confinés dans des réserves, représentant approximativement 5% de leur ancien territoire.

Enrique Antileo, de l’organisation mapuche Meli Wixan Mapu, relate le processus migratoire consécutif au manque de terres dans les réserves où ils furent confinés. Entre 1930 et 1940, d’importants flux migratoires se dirigèrent vers les villes à la recherche de meilleures conditions de vie, même s’ils ne firent finalement que nourrir la croissance des ceinturons de misère des périphéries des grandes villes.

La réforme agraire de 1960 favorisa les paysans minifundistes [1] mapuche, et, à l’époque, avec le soutien du gouvernement de Salvador Allende (1970-1973), ils purent récupérer certaines des terres usurpées. Ce processus fut interrompu par l’arrivée de la dictature de Pinochet en 1973. A partir de ce moment, la situation pour les mapuche n’a fait qu’empirer.

Les terres récupérées durant la réforme agraire furent rendues à leurs « propriétaires » ou cédées à d’autres entrepreneurs, durant une période où moururent des dizaines de dirigeants mapuche, persécutés par la dictature.

Comme dans la majorité des pays ayant des populations indigènes, les recensements officiels ont tendance à diminuer le nombre des habitants originaires. Le recensement de 1992 fit apparaître le chiffre d’un million de mapuche âgés de plus de 14 ans. Pourtant, pour des raisons inexplicables, celui de 2002 fit état quant à lui de seulement 650.000 mapuche, ce qui veut dire que 350.000 d’entre eux ont officiellement disparu.

Les chiffres des organisations mapuche signalent pour leur part qu’ils sont approximativement un million et demi, dont plus de la moitié se trouvent en zone urbaine (500.000 dans la seule ville de Santiago). Les mapuche habitant dans les villes créent des espaces de résistance urbaine, et, de cette manière, se lient avec la lutte menée dans leurs territoires.

Multinationales forestières

La lutte du peuple mapuche pour la récupération de ses terres a pris un nouveau tournant, avec un décret qui complique encore un peu plus la situation déjà grave. Il s’agit d’un décret concernant les entreprises forestières, dans lequel l’Etat chilien s’engage auprès des consortiums forestiers ayant acheté ou, tout simplement, usurpé de vastes terres agricoles, jusqu’alors propriétés de petits paysans mapuche.

Dans les années 90, l’avancée de l’industrie forestière semblait impossible à arrêter. Les petites et moyennes communautés mapuches furent enfermées dans une espèce de prison à l’air libre, les plantations de pins et d’eucalyptus asséchant les sources d’eau, contaminant et épuisant les sols, causant préjudice au droit à la vie de tout un peuple, expulsé pour laisser la place aux plantations.

Le problème des entreprises forestières, ajouté à l’exploitation du territoire par des transnationales de toutes sortes, et au mépris absolu de la culture indigène, a revitalisé les organisations mapuche déjà existantes et a provoqué la naissance de nouvelles qui ont lancé à partir de 1995 une série de mobilisations tendant à réclamer leurs droits historiques sur leur territoire, dénonçant les consortiums nationaux et transnationaux qui l’occupent et l’exploitent.

Simultanément à la revendication de ses terres, le mouvement mapuche commença à exiger des droits politiques, principalement le droit à l’autonomie et à l’autodétermination de son peuple.

Le plus significatif, relate un groupe d’habitants de la région de l’Arauco, est le processus de reconstruction et de résistance. « La résistance, c’est faire face aux investissements capitalistes dans les communautés indigènes, à ceux du gouvernement comme à ceux d’entreprises forestières, touristiques, hydroélectriques, de constructeurs de ports de commerce, etc. La reconstruction, d’un autre côté, c’est nous sauver en tant que peuple et empêcher que notre culture se perde ».

La lutte directe pour la récupération des terres fut menée à partir de 1997 contre les principales entreprises forestières ; Mininco s.a., propriété de la famille Mate Larrain, la Forestal Bosques Arauco, du groupe Angelini, et les entreprises Volterra, Cautin et Millalemu. Les deux premières entreprises détiennent à elles seules 1,2 million d’hectares sous leur contrôle, dans lesquelles elles sèment du pin et de l’eucalyptus destinés à l’exportation. Au total, ce sont approximativement 2 millions d’hectares occupés à ces fins.

Par rapport à elles, le peuple mapuche, lui, dispose de moins de 700 000 hectares pour son travail agricole.

Le mouvement mapuche de la région de l’Arauco a récupéré grâce à la mobilisation directe environ 20 000 hectares ces dernières années, dans les zones de Tirua sur, Traiguen, Lleu Lleu, Ercilla, Collipuyi et Chol Chol, zones qui étaient auparavant aux mains des grandes entreprises forestières. Sur ces 20 000 hectares récupérés, 5 000 ont été régularisés grâce à la pression des communautés, mais pour le reste, la menace d’expulsions violentes plane encore. Dans les zones récupérées, régularisées ou non, sont semés principalement la pomme de terre et le blé.

C’est dans la zone de Traiguen que fut organisée une des premières récupérations. Il y eut une lutte contre l’entreprise forestière Mininco, qui avait sous son contrôle 1 200 hectares que les mapuche décidèrent de récupérer. Trois communautés du secteur se sont unies, chacune d’entre elles ayant des droits historiques sur ces terres. La première chose qu’ils firent fut d’occuper la propriété. La police arriva et les délogea. Ils recommencèrent et furent à nouveau expulsés, et ainsi de suite. L’entreprise plantait des pins, que les mapuche arrachaient, jusqu’à ce qu’elle abandonne finalement les lieux. Aujourd’hui, les indigènes y travaillent la terre, sèment et élèvent du bétail.

La récupération de ces terres a eu pour conséquence une forte répression de la part du gouvernement chilien. Il y a actuellement neuf prisonniers mapuche dans les prisons du sud, et environ 15 fugitifs accusés d’association illicite et de terrorisme.

La situation des prisonniers viole toute les garanties légales et les droits de l’homme : ils sont accusés d’association illicite et de terrorisme sans qu’il y ait pour preuve aucune arme, aucun mort, aucun blessé, ni même aucun témoin. Les témoins qui se présentent sont payés et anonymes.

La réponse du gouvernement a consisté aussi à perquisitionner et harceler directement les communautés, dans l’idée de semer la peur, d’intimider les gens et de mettre fin à l’organisation.

Les entreprises touristiques

Les grands et magnifiques lacs situés en territoire mapuche attirent la convoitise de dizaines de chefs d’entreprises touristiques, qui se sont installés sur les rivages de Villarrica, Likanriay, Pucon et Valdivia, en construisant des hôtels cinq étoiles, des centres de remise en forme et de sport d’aventure pour un tourisme d’élite, avec tout ce que cela représente de négatif pour la préservation de l’environnement et de la culture mapuche. Bien que la situation semble décourageante, la résistance mapuche ne cesse pas et la mobilisation a réussi à arrêter certains projets et à expulser certains chefs d’entreprise. Près du lac Lleu Lleu, par exemple, dans la région 8 [2] de la province de l’Arauco, la résistance aux projets touristiques a pris une importance considérable. Quelque 14 communautés mapuche y habitent.

Ce territoire comporte environ 15 hectares de rives du lac, et c’est précisément là que prétend s’installer un projet touristique mené par l’entrepreneur Osvaldo Carvajal, qui consiste à construire des hôtels de luxe, des terrains de golf, des pistes d’atterrissage, etc.

Les propriétaires « authentiques » de ces terres, les mapuche, seraient « utilisés » pour les services et le folklore.

Les indigènes ont protesté, se sont mobilisés et ont récupéré leurs terres. Actuellement, ils les occupent et les utilisent pour l’agriculture. La résistance n’est pas facile, car les menaces d’expulsion continuent, « mais les gens ont bien en tête que ces terres sont à eux. Ils ne sont pas disposés à les perdre », affirment les habitants.

L’entrepreneur Osvaldo Carvajal, accusent-ils, est un élément-clé de la persécution des mapuche. Il a créé ses propres services de renseignement et soutient le commando Hernan Trizano, un groupe paramilitaire organisé par des chefs d’entreprise en collusion avec la police.

Résistance aux travaux de voiries

Actuellement est en construction la route de la côte, qui est prévue pour traverser tout le Chili, de Tirua à Puerto Mont, en passant par trois régions du territoire mapuche. Les indigènes s’opposent à ce projet et, jusqu’à présent, ont su empêché le passage de la route dans certaines communautés. Celle-ci aurait du être terminée il y a cinq ans, mais les conflits dans la région l’ont empêché.

L’objectif principal de cette route n’est évidemment pas le progrès, mais l’exploitation du bois, le développement du tourisme et le pillage des ressources naturelles, cette zone ayant pour activité l’élevage de perles.

La construction de cette route, commentent les habitants de la région, modifie des cours d’eau, détruit des montagnes et rase des communautés entières. En résumé, elle est faite pour détruire et piller.

Centrales hydroélectriques

En amont du fleuve Bio Bio [3], zone mapuche, existe un méga projet hydroélectrique prévoyant la construction de sept barrages dont deux pour le moment sont terminés : le barrage de Pangue et celui de La Ralco. Ce dernier est le plus grand, et a inondé 3 500 hectares de terres mapuche, rasant deux communautés entières.

La construction des cinq autres centrales hydroélectriques affectera autant d’autres communautés mapuche, puisque les ressources hydriques se trouvent à l’intérieur de leur territoire.

Il existe un autre projet prévoyant la construction de six ports en territoire mapuche, plus particulièrement sur la côte des régions 8 et 9. Il s’agit, comme pour les routes, d’installer l’infrastructure nécessaire au pillage du bois, de la pêche et d’autres ressources naturelles.

Les entreprises forestières, de leur côté, projettent de construire leurs propres bases de commercialisation à l’intérieur du territoire, pour, depuis la côte, en faire sortir le bois d’exportation.

« Contre l’invasion, l’exploitation et le pillage que tout cela implique, nous, les mapuche, résistons, car si tous ces projets se concrétisent, les communautés indigènes vont tout simplement disparaître. Nous ne nous laisserons pas faire, bien que le prix de la résistance soit élevé », affirment-ils lors d’une réunion organisée dans une petite communauté de l’Arauco.

Notes :

[1] Propriétaires de petites exploitations (ndlr).

[2] La dictature a réorganisé le Chili en 12+1 regiónes, des sous divisions administratives. Santiago, la capitale, est une région à part entière : la región metropolitana (ndlr).

[3] Dans la Cordillère et la précordillère des Andes. Au Chili, tous les fleuves vont de la Cordillère à la mer (ndlr).

Source : La Jornada (www.jornada.unam.mx), supplément Ojarasca 100, août 2005.

Traduction : Julien Pelloux, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).