Archive pour la liberté albert libertad

Illusion démocratique: Le criminel c’est l’électeur ! (Albert Libertad)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 12 novembre 2018 by Résistance 71

Lumineux !

Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et ne peut y en avoir !
~ Résistance 71 ~

Notre dossier “Illusion démocratique”

Explication et esquisse de solutions

Manifeste pour la Société des Sociétés

Réseau de Résistance et de Rébellion International

Le criminel c’est l’électeur !

 

Albert Libertad

1906

 

C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime.

Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?

Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.

Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?

Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, – par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, – par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?

Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produis tout, qui laboures et sèmes, qui forges et tisses, qui pétris et transformes, qui construis et fabriques, qui alimentes et fécondes !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien. Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres, pour nous, anarchistes. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, – et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action.

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement tu pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Électeur !

 

Harangue aux résignés… La résignation, c’est la mort !

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, société libertaire with tags , , , , , , , , , , on 20 septembre 2018 by Résistance 71

Aux résignés !

 

Albert Libertad

 

“L’anarchie”, avril 1905

 

 

Je hais les résignés !

Je hais les résignés, comme je hais les malpropres, comme je hais les fainéants.

Je hais la résignation ! Je hais la malpropreté, je hais l’inaction.

Je hais le malade courbé sous quelque fièvre maligne ; je hais le malade imaginaire qu’un peu de volonté remettrait droit.

Je plains l’homme enchaîné, entouré de gardiens, écrasé du poids du fer et du nombre.

Je hais les soldats que courbe le poids d’un galon ou de trois étoiles ; les travailleurs que courbe le poids du capital.

J’aime l’homme qui dit ce qu’il sent où qu’il se trouve ; je hais le votard à la conquête perpétuelle d’une majorité.

J’aime le savant écrasé sous le poids des recherches scientifiques ; je hais l’individu qui courbe son corps sous le poids d’une puissance inconnue, d’un X quelconque, d’un dieu.

Je hais, dis-je, tous ceux qui, cédant à autrui, par peur, par résignation, une part de leur puissance d’homme, non seulement s’écrasent mais m’écrasent, moi ceux que j’aime, du poids de leur concours affreux ou de leur inertie idiote.

Je hais, oui, je les hais, car moi je le sens, je ne me courbe pas sous le galon de l’officier, l’écharpe du maire, l’or du capitaliste, les morales ou les religions ; il y a longtemps que je sais que tout cela n’est que hochets que l’on brise comme verre …Je me courbe sous le poids de la résignation d’autrui. Ô je hais la résignation !

J’aime la vie.

Je veux vivre, non mesquinement comme ceux qui ne satisfont qu’une part de leurs muscles, de leurs nerfs, mais largement en satisfaisant les muscles faciaux tout aussi bien que ceux des mollets, la masse de mes reins comme celle de mon cerveau.

Je ne veux pas troquer une part de maintenant pour une part fictive de demain, je ne veux céder en rien du présent pour le vent de l’avenir.

Je ne veux rien courber de moi sous les mots « partie, Dieu, honneur ». Je sais trop le vide de ces mots : spectres religieux et laïque.

Je me moque des retraites, des paradis, sous l’espoir desquels tiennent résignés, religion et capital.

Je ris de ceux qui, accumulant pour leur vieillesse, se privent en leur jeunesse ; de ceux qui, pour manger à soixante, jeûnent à vingt ans.

Moi, je veux manger lorsque j’ai les dents fortes pour déchirer et broyer les viandes saines et leurs fruits succulents, lorsque les sucs de mon estomac digèrent sans aucun trouble ; je veux boire à ma soif les liquides rafraîchissants ou toniques.

Je veux aimer les femmes, ou la femme selon qu’il conviendra à nos désirs communs, et je ne veux pas me résigner à la famille, à la loi, au code ; nul n’a droit sur nos corps. Tu veux, je veux. Moquons-nous de la famille, de la loi, antique forme de résignation.

Mais ce n’est pas tout : je veux puisque j’ai des yeux, des oreilles, d’autres sens que le boire, le manger, l’amour sexuel, jouir sous d’autres formes. Je veux voir les belles sculptures, les belles peintures, admirer Rodin ou Manet. Je veux entendre les meilleurs opéras, jouer Beethoven ou Wagner. Je veux connaître les classiques en la comédie, feuilleter le bagage littéraire, artistique qu’ont légué les hommes passés aux hommes présent ou mieux feuilleter l’œuvre toujours et à jamais inachevée de l’humanité.

Je veux la joie pour moi, pour la compagne choisie, pour les enfants, pour les amis. Je veux un home où se puissent reposer agréablement mes yeux après le labeur fini.

Car je veux la joie du labeur aussi, cette joie saine, cette joie forte. Je veux que mes bras manient le rabot, le marteau, la bêche ou la faux. Que les muscles se développent, que la cage thoracique s’élargisse à des mouvements puissants, utiles et raisonnés.

Je veux être utile, je veux que nous soyons utiles. Je veux être utile à mon voisin et je veux que mon voisin me soit utile. Je désire que nous œuvrions beaucoup car je suis insatiable de jouissance. Et c’est parce que je veux jouir que je ne suis résigné.

Oui, oui, je veux produire, mais je veux jouir ; je veux pétrir la pâte, mais manger du meilleur pain ; faire la vendange, mais boire du meilleur vin ; construire la maison mais habiter de meilleur appartement ; faire les meubles, mais posséder l’utile, voire le beau ; je veux faire faire des théâtres, mais assez vaste pour y loger les miens et moi.

Je veux coopérer à produire, mais je veux coopérer à consommer.

Que les uns rêvent de produire pour d’autres à qui ils laisseront, ô ironie, le meilleur de leurs efforts, pour moi je veux, groupé librement, produire mais consommer.

Résignés, regardez, je crache sur vos idoles, je crache sur Dieu, je crache sur la patrie, je crache sur le Christ, je crache sur les drapeaux, je crache sur le capital et sur le veau d’or, je crache sur les religions : ce sont des hochets, je m’en moque, je m’en ris…

Ils ne sont rien que par vous, quittez-les et ils se brisent en miettes.

Vous êtes donc une force, ô résignés, de ces forces qui s’ignorent mais qui n’en sont pas moins des forces, et je ne peux pas cracher sur vous, je ne peux que vous haïr…ou vous aimer.

Par-dessus tous mes désirs, j’ai celui de vous voir secouer votre résignation dans un réveil terrible de vie.

Il n’y a pas de paradis futur, il n’y a pas d’avenir, il n’y a que le présent.

Vivons-nous !

Vivons ! La résignation, c’est la mort.

La révolte, c’est la vie.

Résistance politique: Quelques notes sur la liberté

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 23 juin 2018 by Résistance 71

Analyse intéressante mais qui parfois nous semble un peu trop tranchée. Rien n’est réellement tout blanc ou tout noir en terme politique et sociétal. L’intérêt de la réflexion de l’auteur réside à notre sens dans sa tentative de différencier « anarchiste » et « libertaire » et il soulève manifestement quelques bons points quasiment jamais abordée. La tendance sémantique a rendu (à tort) les termes « anarchiste » et « libertaire » synonymes. Il est bien d’en parler.
~ Résistance 71 ~

 

La liberté

 

Albert Libertad

1908

 

Beaucoup pensent que c’est une simple querelle de mots, une préférence de termes qui fait se déclarer les uns libertaires, les autres anarchistes. J’ai un avis tout différent.

Je suis anarchiste et je tiens à l’étiquette non pour une vaine parure de mots, mais parce qu’elle signifie une philosophie, une méthode différentes de celles du libertaire.

Le libertaire, ainsi que l’indique le mot, est un adorateur de la liberté. Pour lui, elle est le commencement et la fin de toutes choses. Rendre un culte à la liberté, inscrire son nom sur tous les murs, lui élever des statues éclairant le monde, en parler à tout propos et hors de propos, se déclarer libre de ses mouvements alors que le déterminisme héréditaire, atavique et ambiant vous fait esclave … voilà le fait du libertaire.

L’anarchiste, en s’en reportant simplement à l’étymologie, est contre l’autorité. C’est exact. Il ne fait pas de la liberté la causalité mais plutôt la finalité de l’évolution de son individu. Il ne dit pas, même lorsqu’il s’agit du moindre de ses gestes : « Je suis libre », mais : « Je veux être libre ». Pour lui, la liberté n’est pas une entité, une qualité, un bloc qu’il a ou qu’il n’a pas, mais un résultat qu’il acquiert au fur et à mesure qu’il, acquiert de la puissance.

Il ne fait pas de la liberté un droit antérieur à lui, antérieur aux hommes, mais une science qu’il acquiert, que les hommes acquièrent, au jour le jour, en s’affranchissant de l’ignorance, en s’emparant des forces de la nature, en supprimant les entraves de la tyrannie et de la propriété.

L’homme n’est pas libre de faire ou de ne pas faire, de par sa seule volonté. Il apprend à faire ou à ne pas faire quand il a exercé son jugement, éclairé son ignorance ou détruit les obstacles qui le gênaient. Ainsi, si nous plaçons un libertaire, sans connaissances, musicales, devant un piano, est-il libre d’en, jouer ? Non ! il n’aura cette liberté que lorsqu’il aura appris la musique et le doigté de l’instrument. C’est ce que dit l’anarchiste.

Aussi lutte-t-il contre l’autorité qui l’empêche de développer ses aptitudes musicales – lorsqu’il en a – ou qui détient les pianos. Pour avoir la liberté de jouer, il faut qu’il ait la puissance de savoir et la puissance d’avoir un piano à sa disposition.

La liberté est une force qu’il faut savoir développer en son individu; nul ne peut l’accorder.

Lorsque la République prend la devise fameuse : « Liberté, égalité, fraternité », fait-elle que nous soyons libres, que nous soyons égaux, que nous soyons frères ? Elle nous dit : « Vous êtes libres ». Ce sont de vaines paroles puisque nous n’avons pas la puissance d’être libres. Et pourquoi n’avons-nous pas cette puissance ? Surtout parce que nous ne savons pas en acquérir là connaissance exacte. Nous prenons le mirage pour la réalité.

Nous attendons toujours la liberté d’un Etat, d’un Rédempteur, d’une Révolution, nous ne travaillons jamais à la développer dans chaque individu. Quelle est la baguette magique qui transformera la génération actuelle née de siècles de servitude et de résignation en une génération d’hommes méritant la liberté, parce qu’assez forts pour la conquérir ?

Cette transformation viendra de la conscience qu’auront les hommes de n’avoir pas la liberté de la conscience, que la liberté n’est pas en eux, qu’ils n’ont pas le droit d’être libres, qu’ils ne naissent pas tous libres et égaux… et que pourtant il est impossible d’avoir du bonheur sans la liberté. Le jour où ils auront cette conscience ils seront prêts à tout pour acquérir la liberté. C’est pourquoi les anarchistes luttent avec tant de force contre le courant libertaire qui fait prendre l’ombre pour la proie.

Pour acquérir cette puissance, il nous faut lutter contre deux courants qui menacent la conquête de notre liberté : il faut la défendre contre autrui et contre soi-même, contre les forces extérieures et contre les forces intérieures.

Pour aller vers la liberté, il nous faut développer notre individualité. – Quand je dis : aller vers la liberté, je veux dire aller vers le plus complet développement de notre individu : – Nous ne sommes donc pas libres de prendre n’importe quel chemin, il faut nous efforcer de prendre le « bon chemin ». Nous ne sommes pas libres de céder à des passions déréglées, nous sommes obligés de les satisfaire. Nous ne sommes pas libres de nous mettre en un état d’ébriété faisant perdre à notre personnalité l’usage de sa volonté et la mettant sous toutes les dépendances; disons plutôt que nous subissons la tyrannie d’une passion que la misère ou le luxe nous a donnée. La véritable liberté consisterait à faire acte d’autorité sur cette habitude, pour se libérer de sa tyrannie et des corollaires.

J’ai bien dit : acte d’autorité, car je n’ai pas la passion de la liberté considérée à priori. Je ne suis pas libérâtre. Si je veux acquérir la liberté, je ne l’adore pas. Je ne m’amuse pas à me refuser à l’acte d’autorité qui me fera vaincre l’adversaire qui m’attaque, ni même je ne me refuse pas à l’acte d’autorité qui me fera attaquer l’adversaire je sais que tout acte de force est un acte d’autorité. Je désirerais n’avoir jamais à employer la force, l’autorité contre d’autres hommes, mais je vis au vingtième siècle et je ne suis pas libre de la direction de mes mouvements pour acquérir la liberté.

Ainsi, je considère la Révolution comme un acte d’autorité de quelques uns sur quelques autres, la révolte individuelle comme un acte d’autorité d’un sur d’autres. Et pourtant je trouve ces moyens logiques, mais je veux en déterminer exactement l’intention. Je les trouve logiques et je suis prêt à y coopérer, si ces actes d’autorité temporaire ont pour but de détruire une autorité stable, de donner plus de liberté; je les trouve illogiques et je les entrave, s’ils n’ont pour but que de déplacer une autorité. Par ces actes, l’autorité augmente de puissance : elle a celle qui n’a fait que changer de nom, plus celle, que l’on a déployée à l’occasion de ce changement.

Les libertaires font un dogme de la liberté, les anarchistes en font un terme. Les libertaires pensent que l’homme naît libre et que la société le fait esclave. Les anarchistes se rendent compte que l’homme naît dans la plus complète des dépendances, dans la plus grande des servitudes et que la civilisation le mène sur le chemin de la liberté.

Ce que les anarchistes reprochent à l’association des hommes – à la société – c’est d’obstruer le chemin après y avoir guidé nos premiers pas. La société délivre de la faim, des fièvres malignes, des bêtes féroces – évidemment pas en tous les cas, mais en la généralité – mais elle le fait la proie de la misère, du surmenage et des gouvernants. Elle le mène de Charybbe en Scylla. Elle fait échapper l’enfant à l’autorité de la nature pour le placer sous l’autorité des hommes.

L’anarchiste intervient. Il ne demande pas la liberté comme un bien qu’on lui a pris, mais comme un bien qu’on l’empêche d’acquérir. Il observe la société présente et il constate qu’elle est un mauvais instrument, un mauvais moyen pour appeler les individus à leur complet développement.

L’anarchiste voit la société entourer les hommes d’un treillis de lois, d’un filet de règlements, d’une atmosphère de morale et de préjugés sans rien faire pour les sortir de la nuit de l’ignorance. Il n’a pas la religion libertaire, libérale pourrait-on dire, mais il veut de plus en plus la liberté pour son individu, comme i1 veut un air plus pur pour ses poumons. Il se décide alors à travailler par tous les moyens à briser les fils du treillis, les mailles du filet et il s’efforce d’ouvrir grandes les baies du libre examen.

Le désir de l’anarchiste est de pouvoir exercer ses facultés avec le plus d’intensité possible. Plus il s’instruit, plus il prend d’expérience, plus il renverse d’obstacles, tant intellectuels, moraux que matériels, plus il prend un champ large, plus il permet d’extension à son individualité, plus il devient libre d’évoluer et plus il s’achemine vers la réalisation de son désir.

Mais que je ne me laisse pas entraîner et que je revienne plus exactement au sujet.

Le libertaire qui n’a pas la puissance de réaliser une observation, une critique dont il reconnaît le bien fondé ou qui même ne veut pas la discuter, répond : « Je suis bien libre d’agir ainsi. » L’anarchiste dit : « Je crois que j’ai raison d’agir ainsi, mais voyons ». Et si la critique faite s’adresse à une passion dont il ne se sent pas la force de se libérer, il ajoutera : « Je suis sous l’esclavage de l’atavisme et de l’habitude ». Cette simple constatation ne sera pas bénévole. Elle portera une force en elle-même, peut être pour l’individu attaqué, mais sûrement pour l’individu qui la fait, et pour ceux qui seront présents moins attaqués par la passion en question.

L’anarchiste ne se trompe pas sur le domaine acquis. II ne dit pas : « Je suis bien libre de marier ma fille si ça me plaît ? – J’ai bien le droit de porter un chapeau haut de forme, si ça me convient » parce qu’il sait que cette liberté, ce droit sont un tribut payé à la morale du Milieu, aux conventions du Monde; sont imposés par l’Extérieur à l’encontre de tout vouloir, de tout déterminisme intérieur de l’individu en cause.

L’anarchiste agit ainsi non par modestie, par esprit de contradiction, mais parce qu’il part d’une conception toute différente de celle du libertaire. Il ne croit pas à la liberté innée, mais à la liberté à acquérir. Et du fait de savoir qu’il n’a pas toutes les libertés, il a bien plus de volonté pour acquérir la puissance de la liberté.

Les mots n’ont pas une valeur en eux-mêmes. Ils ont un sens qu’il faut bien connaître, bien préciser afin de ne pas se laisser prendre à leur magie. La grande Révolution nous a bernés par sa devise : « Liberté, égalité, fraternité » ; les libéralistes, les libéraux nous ont chanté sur tous les tons leur « laissez faire » avec le refrain de la liberté du travail ; les libertaires se leurrent par une croyance en une liberté préétablie et font des critiques en son honneur… Les anarchistes ne doivent pas vouloir le mot mais la chose. Ils sont contre le commandement, contre le gouvernement, contre la puissance économique, religieuse et morale, sachant que plus ils diminueront l’autorité plus ils augmenteront la liberté.

II est un rapport entre la puissance du milieu et la puissance de l’Individu. Plus le premier terme de ce rapport diminue, plus l’autorité est diminuée, plus la liberté est augmentée.

Que veut l’anarchiste ? Arriver à faire que les deux puissances s’équilibrent, que l’individu ait la liberté réelle de ses mouvements sans jamais entraver la liberté des mouvements d’autrui. L’anarchiste ne veut pas renverser le rapport pour faire que sa liberté soit faite de l’esclavage des autres, car il sait que l’autorité est mauvaise en soi-même, tant pour celui qui la subit que pour celui qui la donne.

Pour connaître véritablement la liberté, il faut développer l’homme jusqu’à faire que nulle autorité n’ait possibilité d’être.

= = =

Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

Dieu et lEtat_Bakounine

Daniel_Guerin_L’anarchisme

L’anarchie pour la jeunesse

Rudolph Rocker_Anarchie de la theorie a la pratique

Ecrits-choisis-anarchistes-sebastien-faure-mai-2018