Archive pour la france des sections 1792 1795

France des sections et révolution sociale avec « L’explosion » de Jean-François Varlet, texte d’actualité de… 1794

Posted in actualité, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 10 mars 2021 by Résistance 71

 

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera la révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct.”
~ Albert Camus, 1951 ~

Une fois de plus, pourquoi ce texte datant de 1794 paraît-il tant d’actualité en 2021 ? Serait-ce parce qu’an fond rien n’a changé ? ou plutôt un changement cosmétique s’est opéré pour que… rien ne change vraiment ? Pourquoi prenons-nous la peine de le republier à 8 jours du cent-cinquantenaire de la Commune de 1871 ? Varlet disait en 1794 : « pour tout être qui raisonne, gouvernement et révolution sont incompatibles… » Varlet avait déjà compris qu’il n’y a pas et ne peut y avoir de solution au sein du système. Il va quand même falloir que ça rentre dans nos têtes de piaf et que nous agissions finalement en conséquence. Ce n’est pas l’échec temporaire de la Commune qui peut contredire ce fait… Que les Gilets Jaunes s’imprègnent de ce texte.
~ Résistance 71 ~

 

 

L’explosion

Périsse le gouvernement révolutionnaire, plutôt qu’un principe (1)

Jean-François Varlet

Du 10 vendémiaire an III de la République, une et indivisible

[1er octobre 1794]

Républicain[s],

Il y a mépris, violation des droits de l’homme, lorsqu’un habitant de la cité est plongé dans les cachots pour avoir défendu les principes de la souveraineté du peuple.
Il y a deuil pour la patrie, lorsque les tyrans qui l’oppriment, triomphent ; lorsque les bons citoyens qui la défendent gémissent.
Il y a patriotisme opprimé, lorsqu’une victime de Lafayette, de la commission des douze, de l’inquisition révolutionnaire, est laissé sous la griffe des ambitieux.
Républicains, le souffrirez-vous ? oubliez les individus, mais pensez aux principes dont ils ont été les propagateurs, et surtout lorsque dans leur zèle désintéressé ils ont fait le bien pour le bien lui-même.
N’en doutez pas, ce sont les vérités crues, dites à la tribune du club électoral qui m’ont valu ma nouvelle retraite au Plessis [prison]. Si du fond du cachot ma pensée peut encore parvenir au peuple, je me réjouis ; les tyrans m’auront en vain persécuté ; ils n’auront fait qu’accroître mon zèle, loin de le rendre impuissant.
Mouchards, recors (2), surveillants à gage, vite sur pieds : je donne le bal aux ambitieux. Ma franchise peut offrir un vaste champ aux délations. Vos témoignages ne seront pas douteux. Vous aurez en main des preuves écrites… Espèce vile ! je n’ai obéi à l’ordre injuste dont vous étiez porteurs, je ne vous ai laissé violer mes foyers, que dans l’espoir de traiter d’égal à égal avec les tyrans, vos maîtres, devant le tribunal du peuple.
On m’accuse de contre-révolution.Je devance ma traduction devant des juges : le fait est constant… Je me regarde comme convaincu, si par contre-révolutionnaire l’on entend l’opposition au gouvernement révolutionnaire. J’obéis provisoirement à sa tyrannie, sans oublier ma portion de souveraineté, par la censure que nous avons tous droit d’exercer sur les décrets rendus. Je me servirai de défenseur officieux ; je plaiderai contre un gouvernement nationicide en faveur de la déclaration des droits de l’homme ; je me porterai accusateur d’une poignée d’ambitieux, assez forts peut-être pour braver la vérité… Qu’importe ! je la dirai.
Je m’immole au bonheur de ma patrie ; là où est le péril, là est le dévouement.
L’Ami du peuple [surnom de Marat] ne se gênait pas ; il nommait les masques : imitons-le.
Le plus déhonté des mandataires du peuple, monsieur Billaud de Varennes, place un foyer de conspiration au club électoral, séant au ci-devant Évêché ; il parle en Barrère de Vieuzac, en baron de Montaut, avec lesquels il fait cause commune. Oui, monsieur Billaud de Varennes a raison ; il doit voir des conspirateurs dans les vrais insurgents du trente et un mai. Mais si, comme à cette époque, ils conspirent avec le peuple, l’audace de ses nouveaux ennemis ne leur garantira pas des succès. L’opprobre, l’ignominie les attendent. Un reste de terreur prolonge un instant leur puissance. Engoués du pouvoir qui les enivre, ils le vouent éternel en leurs mains, et vont dans leur aveuglement jusqu’à oublier que tous les plans d’oppression ont échoué avec leurs auteurs contre la force du peuple. Il n’est point d’heureux scélérats chez un peuple qui veut être libre, et qui le sera malgré tout le mouvement que se donnent Barrère, Billaud, Vadier, Collot, Amar, Voulland, Bourdon de l’Oise, Duhem, Ducos, Montaut, Carrier, etc. etc. Et pour atteindre les traîtres d’un seul coup de filet, tous les membres des comités de salut public, de sûreté générale, du tribunal révolutionnaire, coupables de complicité ou de lâcheté sous le règne de Robespierre, imperator et pontifex (3).
Républicains, ne cherchons pas ailleurs que dans le gouvernement révolutionnaire l’origine de l’oppression sous laquelle la république a gémi depuis les journées mémorables des trente et un mai, premier et deux juin. Votre confiance à cette époque m’appela au comité d’insurrection ; et comme on pourrait en induire que j’ai servi la plus odieuse des tyrannies, je dois au peuple, je me dois à moi-même une explication franche.
Parmi les citoyens élus pour sauver la patrie dans la révolution du trente et un mai, il y eut des patriotes francs du collier, élus par le peuple, insurgés avec lui pour le maintien des principes et l’établissement d’une constitution républicaine. Il y eut aussi des intrigants, émissaires de la plus destructive des factions. Cette ligue de Caligula ne vit dans la chute des brissotins qu’une plus vaste carrière ouverte à son ambition. Le comité d’insurrection recéla les germes du gouvernement révolutionnaire, conçu d’avance dans le secret. Les faux insurgents substituèrent à mon insu Robespierre à Brissot : au fédéralisme, une dictature révoltante, décorée du nom de salut public. Pour moi, j’étais trop franc pour être initié ; on me laissa de côté.
J’insurrectionnai, rien de plus. Quand je vis les députés, accusés par la voie [sic] publique, dans les liens de l’arrestation, je me retirai ; je me démis de toutes fonctions, et rentré dans le sein du peuple, je demeurai totalement étranger au gouvernement révolutionnaire, si ce n’est à certaines époques où je me fis un devoir de le combattre. Le gouvernement me crut peu capable de remplir ses vues ; il ne me fut proposé aucun million. Mon éloignement des comités, du tribunal révolutionnaire ; ma nullité absolue, mon séjour aux Madelonnettes (4) depuis le trente et un mai, prouvent assez, ce me semble, que j’ai voulu l’insurrection pure et simple. Ô mes concitoyens ! ne m’accusez pas d’avoir été l’artisan de vos malheurs ; je n’ai pas mérité un si dur reproche. L’horrible dictature de Robespierre ne justifie point la tyrannie de Brissot ; descendu au dedans de moi, je n’y trouve aucun remord, je suis tranquille avec moi-même… c’est quelque chose, je crois ?
Je viens de me défendre en accusé. Ai-je donc oublié que je me porte accusateur !
Républicains ; l’ennemi des brissotins abhorre, exècre les robespierrins [sic]. Leur chef n’est plus : On conspire… À qui s’en prendre ?… À Pitt ? À Cobourg ? Aux étrangers ? Pitt, Cobourg, les étrangers y sont bien pour quelque chose ; mais derrière eux, j’aperçois d’ambitieux députés se disputant sur les débris des factions la possession du trône. Le despotisme a passé du palais des rois dans l’enceinte d’un comité. Ce n’est ni le manteau royal, ni la couronne, ni le sceptre qui font haïr les rois ; mais bien l’ambition, la tyrannie. Elle n’a dans ma patrie que changé de costume. Nation légère et versatile ! jusqu’à quand les noms te tiendront-ils lieu des choses ?… Je crois voir clair : le respect dû à la convention nationale, je ne l’étendrai pas sur des mandataires infidèles, si par l’effet de leurs instigations, une autorité légitimement constituée rend des décrets subversibles de [qui subvertissent] toute harmonie sociale. Baisserai-je un front d’esclave devant un code révolutionnaire, palladium de la tyrannie ? céderai-je à des mouvements de crainte ? obéirai-je à cet ordre despotique : le silence ou la mort ? je n’aurai point cette lâcheté. Les principes consacrés dans la déclaration de nos droits sont supérieurs aux décrets ; ils me crient qu’il faut par dessus tout être libre, se placer entre le respect dû à la masse des délégués du peuple, et le respect dû plus légitimement encore à sa souveraineté.
Je me mets sous les yeux cette devise : Vivent les droits du peuple souverain ! respect à la convention nationale ! à bas les usurpateurs ! périsse le gouvernement révolutionnaire plutôt qu’un principe !
Et j’avance ferme, frappant à bras raccourci sur les dominateurs.
Quelle monstruosité sociale, quel chef-d’œuvre de machiavélisme, que ce gouvernement révolutionnaire ! Pour tout être qui raisonne, gouvernement et révolution sont incompatibles, à moins que le peuple ne veuille constituer ses fondés de pouvoirs en permanence d’insurrection contre lui-même, ce qu’il est absurde de croire.
Esclaves soumis au droit du plus fort ; vieux valets de cour attelés aux chars de toutes les tyrannies ; espèce bipède des égoïstes, des insouciants ; écrivassiers vénals [vénaux] dont le peuple paie chèrement les poisons journaliers ; fanatiques, idolâtres de l’erreur ; intolérants, qui voyez le crime là où n’est pas votre opinion, vous êtes les prôneurs ou les dupes du gouvernement révolutionnaire. Il faut à ses auteurs un prétexte pour légitimer le dictatoriat. Au nom du salut public ils créent une infinité de dictatures en sous-ordre, correspondantes au comité de salut public.
À l’ombre des nuits, dans le silence, sous le secret ; sans formalités, l’arbitraire, les haines individuelles embastillent les citoyens par milliers. Les rois révolutionnaires ne peuvent régner s’ils ne corrompent ; il faut faire de l’argent ; le glaive de Thémis devient un poignard ; des lois de sang ont un effet rétroactif ; les plus gros propriétaires, accusés de feintes conspirations, paraissent devant un tribunal homicide, accusateur impitoyable et sourds à tous moyens de défense ; la conscience criminelle des jurés est toujours convaincue ; les oreilles sont frappées d’un seul cri : la mort ! la mort ! le temple de la justice représente l’antre des cannibales, & ces monstres y parlent d’humanité.
Le dernier degré d’avilissement des droits du peuple est atteint. On voit dans l’état l’autorité opprimante et terrible de quelques ambitieux, au-dessus du pouvoir légitime : la convention nationale. On aperçoit des citoyens dépouillés de tous (5) leurs droits, malheureux, tremblants et muets devant leurs tyrans ; et à cette vue l’on se demande si la France est peuplée de sujets ou de républicains.
Citoyens, jaloux de connaître les lois qui vous gouvernent, n’allez pas demander une définition exacte du gouvernement révolutionnaire à ses partisans ; licencieux sans être libres, féroces sans énergie, c’est ainsi qu’ils expliquent cette belle invention.
« Deux tiers de citoyens sont des scélérats, ennemis de la liberté : il faut les exterminer. La terreur est la suprême loi ; l’instrument des supplices, un objet de vénération. Si la destruction n’est point constamment à l’ordre du jour, si la glaive cesse d’abattre ; si les bourreaux ne sont plus les pères de la patrie, la liberté court des risques. Elle veut régner sur des piles de cadavres, s’abreuver du sang de ses ennemis ».
Hommes sensibles ! Ô mes amis ! ne répliquez pas. Le voyageur se range pour faire place au torrent ; donnez raison aux furieux, car dans les mouvements exaspérés de leur haine, ils vous victimeraient (6). C’est à soi-même qu’il faut se dire : « S’agit-il d’exterminer des scélérats, ou de persuader & convaincre des hommes trompés ? les mille et une conspirations sont-elles bien certaines ? ne sont-ce pas plutôt les imaginations qui conspirent ? L’exécuteur des hautes-œuvres peut-il régénérer la nation, ou ce soin doit-il être confié à la bonne organisation des écoles primaires ? Le gouvernement révolutionnaire amènera-t-il une solution dans les affaires publiques ? Tend-il à exterminer les factions, ou n’est-ce pas au contrat social à nous acheminer vers un ordre de choses durables ? Ces réflexions sont douces et consolantes ; je m’y complais. Les révolutionnaires vont crier au modérantisme. J’aime beaucoup le modérantisme qui me rend humain, tolérant, réfléchi. Hé bien ! soit, je suis un modéré ; j’ai mérité la haine des grands patriotes du jour, et en cela j’ai recueilli selon mon vœu ; car s’ils m’estimaient, je m’estimerais moins.
Patriotes, restez invariablement attachés aux principes, soutenez un citoyen véridique contre l’or, l’usurpation, l’abus du pouvoir ; il se livre, il s’abandonne à la justice de votre cause. Mais quel calme ! quelle stupeur ! quelle léthargie ! Le silence, le néant planent sur vous. Républicains, vous dormez ! et la contre-révolution veille. De la tyrannie de Robespierre, il n’y a d’éteint que le tyran ; son affreux système lui survit ; depuis le décret atroce qui met hors de la loi innocents et coupables sans distinction, pour jeter un voile sur la plus profonde conspiration, les mandataires, continuateurs du tyran, hardis conjurés, méprisés et craints, déposant les masques, contre-révolutionnaires sous vos propres yeux. Vous dormez ! et, bien que les ambitieux paraissent sévir contre les prêtres, contre les nobles, les prêtres et les nobles tiennent en leurs mains le salut d’un état dont ils ont juré la ruine. Vous dormez ! et le poignard de Brutus n’a pas précipité de la tribune Bourdon de l’Oise, assez osé pour dire en plein sénat, Il ne faut point de dictateur, il faut la dictature. Et sur le poignard d’un assassin, réfute l’opinion de Tallien sur la liberté indéfinie de la presse. Vous dormez ! et sept mandataires inculpés sur des faits de notoriété publique, aussi évidents que l’acte énonciatif des délits de Capet, de Brissot, se défendent en coupables ; quelques-uns de leurs collègues leur servent de défenseurs officieux : si, disent-ils, les sept membres inculpés sont coupables, la convention entière a conspiré. C’est ainsi qu’on abuse du respect du peuple, pour le centre d’autorité légitime, seul point de ralliement des républicains ! Le manteau de l’inviolabilité enveloppe les conjurés. Lecointre, accusateur énergique, est traité de calomniateur, d’insensé ; on parle d’union, de paix, et l’ordre du jour est adopté ; le sept membres inculpés ne lavent point la tache infamante qui les couvre ; forts de la loi rendue contre les calomniateurs, il sont la lâcheté de ne point traduire Lecointre au tribunal révolutionnaire. Vous dormez ! et les prisons s’ouvrent aux esclaves, se ferment sur les hommes libres : on y laisse tranquille Fouquier de Tinvillle, exécuteur des massacres juridiques du tyran. Vous dormez ! et la misère vous poigne (7), et vous ne cherchez pas à connaître quel démon frappe de stérilité un sol comblé des dons de la nature. Vous dormez ! et l’aristocratie voit avec une joie secrète, le temple, recéler dans Paris la pierre d’attente du royalisme ; et Meudon, Château Fort forge mystérieusement les foudres conjuratrices (8). Le député populaire qui ose en concevoir quelque doute, est un Pitt, un Cobourg. Vous dormez ! et tous les murs de Paris, les ambitieux ont déjà leurs faisceaux, leurs licteurs, leur garde prétorienne. Vous dormez ! et ce Barrère de Vieuzac, noble et conspirateur né, vous berce de feintes victoires. Je crois à la valeur républicaine : je ne crois pas à Barrère. Ce fourbe, qui depuis dix mois crie fanfare à la tribune de la convention nationale, qu’il rendre compte à la nation des milliers de poudre, fabriqués et partis sur les frontières, à l’instant où Condé, Valenciennes se prennent presque sans coup férir ; qu’il dise si un seul fusil est entré dans le sein du peuple, malgré ce million consacré à l’armement de l’intérieur ; qu’il dise où vont ces armes, que forgent journellement de nombreuses manufactures. Si comme Barrère l’annonça tant de fois, nous avons des arsenaux, des magasins, des camps à l’ennemi ; si de nombreux vaisseaux pris aux anglais, sont rentrés dans nos ports chargés de vivres, les armées ont dû s’alimenter du butin du dehors, la consommation de l’intérieur être moindre. Le peuple des artisans, sur lequel pèse la misère publique, n’a pas senti ces heureux effets. Il demande à Barrère un état général des prises faites ; il veut qu’il indique les dépôts qui les contiennent. Barrère ! Ô Barrère ! vous n’êtes plus si victorieux. Républicains, vous dormez ! et la Vendée meurtrière, renaît plus formidable de ses débris ; ce coin de terre, imprégnée du sang le plus pur, menace encore d’engloutir de nouveaux défenseurs. Vous dormez ! et à la voix souveraine du peuple, l’on substitue des adresses mendiées, tissus [tissées] de basses flagorneries, signifiant toutes par ces mots : La guerre, la terreur, le gouvernement révolutionnaire, restez à votre poste. Vous dormez ! et la société des jacobins dénaturés par des meneurs, est à la merci des ambitieux, qui, de là dominent le peuple entier. Là, les sénateurs sont tribuns ; les surveillés, surveillants. Cette société sert de point d’appui au gouvernement conspirateur, d’aliment aux factions, de degré aux intrigants. Son vice inhérent est d’avoir deux peuples dans son assemblée : le peuple qui paie, parle dans l’intérieur de la salle ; et le peuple qui ne paie pas, le vrai peuple, le public, est muet dans les tribunes. Un vice non moins capital, est l’admission des députés dans cette société. Le peuple n’est plus livré à lui-même ; les mandataires prépondérants viennent aux jacobins se faire chefs de parti ; ils y viennent organiser un second (9) neuf thermidor, contre la convention nationale. Républicains, vous dormez ! et les quatre-vingt cinq départements, travaillés par la tyrannie révolutionnaire, disséminée sur tous les points, ignorent ce qui se passe ici, et ne vous font point part de l’oppression sous laquelle ils gémissent.
Vous dormez ! la république est dans les fers (10)… Citoyens ! citoyens ! sortez de votre assoupissement ! réveillez-vous ! la patrie éplorée vous appelle, patriotes échappés au feu du tribunal révolutionnaire, surnageant ça et là au milieu du vaste gouffre (11), de l’ÉNERGIE !… pour l’amour de la liberté, et à vos corps défendant. L’aristocratie poignarde, vos têtes sont mises à prix. Armes aux bras ! plumes à la main ! corps à corps ! audace contre audace ! c’est ici qu’il faut attaquer, harceler, presser vivement l’ennemi, ne lui point donner de cesse [de répit]. Frondons la tyrannie, publions ses forfaits, traversons ses sinistres desseins, n’attendons pas qu’elle nous surprenne offensivement, OSONS !… il n’est plus de danger, l’oubli de nous-mêmes peut sauver la patrie ; les périls, les obstacles, ils cèdent au courage, le dévouement les élude. Tremblez ! tyrans masqués de popularité, la pensée se fait jour après une longue compression, elle aura sur vous l’effet [explosif] du salpêtre bourré dans un tube. L’homme libre donne l’élan à sa haine contre les oppresseurs, la presse fait ses décharges… les chefs des conjurés, où sont-ils ?… pâles et défaits, ils se traînent dans la poussière, ils exhalent les derniers soupirs, …ils ne sont plus.
La nation française respire, ses phalanges nombreuses se rallient autour de l’autorité qu’elle a librement élue, elles forment un rempart impénétrable devant la convention nationale ; le reste impur de ses assassins marche au supplice. Les âmes s’épanchent, se dilatent. La joie, l’enthousiasme sont universels ; aux créneaux du temple des lois, flotte le drapeau tricolore, avec cette légende, que dix mille voix d’hommes libres, dans un concert unanime, portent dans les airs :

Vivent les droits du peuple souverain ! respect à la convention nationale ! À bas les usurpateurs, PÉRISSE LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE PLUTÔT QU’UN PRINCIPE.

Signé VARLET

Source :

https://unsansculotte.wordpress.com/2013/02/11/lexplosion-par-jean-francois-varlet-gouvernement-et-revolution-sont-incompatibles-1794/

= = =

Lectures complémentaires :

Les amis du peuple de la véritable révolution (PDF)

Jean-Paul Marat « Les chaînes de l’esclavage », 1774, édition de 1792 (PDF)

Petit précis sur la société et l’État (Résistance 71, PDF)

 

Le peuples aux commandes: Le manifeste des « enragés » et la France des sections communales…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 28 juin 2016 by Résistance 71

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »

~Article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, et préambule de la Constitution du 24 juin 1793~

 

Projet de la « Commune des Communes »

A (re)lire: « Les chaînes de l’esclavage », Jean-Paul Marat, 1774

 

Si ce texte nous apparaît toujours autant d’actualité c’est pour une simple et bonne raison: rien n’a changé, les accapareurs et les agioteurs dominent toujours la société française (et d’ailleurs) depuis bien trop longtemps… La raison en est que l’État est le pourvoyeur et le protecteur de la fange aristocrate qu’elle soit monarchiste, fasciste brun, rouge ou républicaine. Rien n’est inéluctable (sauf la mort), il suffit de dire NON !… et de nous unir.

— Résistance 71 —

 

Manifeste des Enragés

 

Jacques Roux

 

25 juin 1793

 

Délégués du peuple français,

Cent fois cette enceinte sacrée a retenti des crimes des égoïstes et des fripons ; toujours vous nous avez promis de frapper les sangsues du peuple. L’acte constitutionnel va être présenté à la sanction du souverain ; y avez-vous proscrit l’agiotage ? Non. Avez-vous prononcé la peine de mort contre les accapareurs ? Non. Avez-vous déterminé en quoi consiste la liberté du commerce ? Non. Avez-vous défendu la vente de l’argent monnayé ? Non. Eh bien ! Nous vous déclarons que vous n’avez pas tout fait pour le bonheur du peuple.

La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La république n’est qu’un vain fantôme quand la contre-révolution opère, de jour en jour, par le prix des denrées, auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes.

Cependant, ce n’est qu’en arrêtant le brigandage du négociant, qu’il faut bien distinguer du commerce ; ce n’est qu’en mettant les comestibles à la portée des sans-culottes, que vous les attacherez à la Révolution et que vous les rallierez autour des lois constitutionnelles.

Eh quoi ! Parce que des mandataires infidèles, les hommes d’Etat, ont appelé sur notre malheureuse patrie les fléaux de la guerre étrangère, faut-il que le riche nous en déclare une plus terrible encore au-dedans ? Parce que trois cens mille français, traîtreusement sacrifiés, ont péri par le fer homicide des esclaves des rois, faut-il que ceux qui gardaient leurs foyers soient réduits à dévorer des cailloux ? Faut-il que les veuves de ceux qui sont morts pour la cause de la liberté paient au prix de l’or, jusques au coton dont elles ont besoin pour essuyer leurs larmes ? Faut-il qu’elles paient au prix de l’or, le lait et le miel qui servent de nourriture à leurs enfants ?

Mandataires du peuple, lorsque vous aviez dans votre sein les complices de Dumouriez, les représentants de la Vendée, les royalistes qui ont voulu sauver le tyran, ces hommes exécrables qui ont organisé la guerre civile, ces sénateurs inquisitoriaux qui décrétaient d’accusation le patriotisme et la vertu, la section des Gravilliers suspendit son jugement… Elle s’aperçut qu’il n’était pas du pouvoir de la Montagne de faire le bien qui était dans son coeur, elle se leva…

Mais aujourd’hui que le sanctuaire des lois n’est plus souillé par la présence des Gorsas, des Brissot, des Pétion, des Barbaroux et des autres chefs des appelants, aujourd’hui que ces traîtres, pour échapper à l’échafaud, sont allés cacher, dans les départements qu’ils ont fanatisés, leur nullité et leur infamie ; aujourd’hui que la Convention nationale est rendue à sa dignité et à sa vigueur, et n’a besoin pour opérer le bien que de le vouloir, nous vous conjurons, au nom du salut de la république, de frapper d’un anathème constitutionnel l’agiotage et les accaparements, et de décréter ce principe général que le commerce ne consiste pas à ruiner, à désespérer, à affamer les citoyens.

Les riches seuls, depuis quatre ans, ont profité des avantages de la Révolution. L’aristocratie marchande, plus terrible que l’aristocratie nobiliaire et sacerdotale, s’est fait un jeu cruel d’envahir les fortunes individuelles et les trésors de la république ; encore ignorons-nous quel sera le terme de leurs exactions, car le prix des marchandises augmente d’une manière effrayante, du matin au soir. Citoyens représentants, il est temps que le combat à mort que l’égoïste livre à la classe la plus laborieuse de la société finisse. Prononcez contre les agioteurs et les accapareurs. Ou ils obéiront à vos décrets ou ils n’y obéiront pas. Dans la première hypothèse, vous aurez sauvé la patrie ; dans le second cas, vous aurez encore sauvé la patrie, car nous serons à portée de connaître et de frapper les sangsues du peuple.

Eh quoi ! Les propriétés des fripons seraient-elles quelque chose de plus sacré que la vie de l’homme ? La force armée est à la disposition des corps administratifs, comment les subsistances ne seraient-elles pas à leur réquisition ? Le législateur a le droit de déclarer la guerre, c’est-à-dire de faire massacrer les hommes, comment n’aurait-il pas le droit d’empêcher qu’on pressure et qu’on affame ceux qui gardent leurs foyers ?

La liberté du commerce est le droit d’user et de faire user, et non le droit de tyranniser et d’empêcher d’user. Les denrées nécessaires à tous doivent être livrées au prix auquel tous puissent atteindre, prononcez donc, encore une fois… les sans culottes avec leurs piques feront exécuter vos décrets.

Vous n’avez pas hésité à frapper de mort ceux qui oseraient proposer un roi, et vous avez bien fait ; vous venez de mettre hors la loi les contre-révolutionnaires qui ont rougi, à Marseille, les échafauds du sang des patriotes, et vous avez bien fait ; vous auriez encore bien mérité de la patrie, si vous eussiez expulsé de nos armées les nobles et ceux qui tenaient leurs places de la cour ; si vous eussiez pris en otage les femmes, les enfants des émigrés et des conspirateurs, si vous eussiez retenu pour les frais de la guerre les pensions des ci-devant privilégiés, si vous eussiez confisqué au profit des volontaires et des veuves, les trésors acquis depuis la révolution par les banquiers et les accapareurs ; si vous eussiez chassé de la Convention les députés qui ont voté l’appel au peuple, si vous eussiez livré aux tribunaux révolutionnaires les administrateurs qui ont provoqué le fédéralisme, si vous eussiez frappé du glaive de la loi les ministres et les membres du conseil exécutif qui ont laissé former un noyau de contre-révolution à la Vendée, si enfin vous eussiez mis en état d’arrestation ceux qui ont signé les pétitions anti-civiques, etc., etc. Or les accapareurs et les agioteurs ne sont-ils pas autant et plus coupables encore ? Ne sont-ils pas, comme eux, de véritables assassins nationaux ?

Ne craignez donc pas de faire éclater sur ces vampires la foudre de votre justice ; ne craignez pas de rendre le peuple trop heureux. Certes, il n’a jamais calculé lorsqu’il a été question de tout faire pour vous. Il vous a prouvé, notamment dans les journées du 31 mai et du 2 juin, qu’il voulait la liberté toute entière. Donnez-lui en échange du pain, et un décret ; empêchez qu’on ne mette le bon peuple à la question ordinaire et extraordinaire par le prix excessif des comestibles.

Jusques à présent, les gros marchands qui sont par principe les fauteurs du crime, et par habitude les complices des rois, ont abusé de la liberté du commerce pour opprimer le peuple ; ils ont faussement interprété cet article de la déclaration des droits de l’homme qui établit qu’il est permis de faire tout ce qui n’est pas défendu par la loi. Eh bien ! décrétez constitutionnellement que l’agiotage, la vente de l’argent-monnaie, et les accaparements sont nuisibles à la société. Le peuple qui connaît ses véritables amis, le peuple qui souffre depuis si longtemps verra que vous vous apitoyez sur son sort, et que vous voulez sérieusement guérir ses maux ; quand on aura une loi claire et précise, dans l’acte constitutionnel, contre l’agiotage et les accaparements, il verra que la cause du pauvre vous tient plus à cœur que celle du riche ; il verra qu’il ne siège point parmi vous des banquiers, des armateurs, et des monopoleurs ; il verra enfin que vous ne voulez pas la contre-révolution.

Vous avez, il est vrai, décrété un emprunt forcé d’un milliard sur le riche ; mais si vous n’arrachez pas l’arbre de l’agiotage, si vous ne mettez un frein national à l’avidité des accapareurs, le capitaliste, le marchand, dès le lendemain, lèveront cette somme sur les sans-culottes, par le monopole et les concussions ; ce n’est donc plus l’égoïste, mais le sans-culotte que vous avez frappé ; avant votre décret, l’épicier et le banquier n’ont cessé de pressurer les citoyens ; quelle vengeance n’exerceront-ils pas aujourd’hui que vous les mettez à contribution ? quel nouveau tribut ne vont-ils pas lever sur le sang et les larmes du malheureux ?

En vain objecterait-on que l’ouvrier reçoit un salaire en raison de l’augmentation du prix des denrées, la vérité il en est quelques-uns dont l’industrie est payée plus cher ; mais il en est aussi beaucoup dont la main d’œuvre est moins salariée depuis la Révolution. D’ailleurs tous les citoyens ne sont pas ouvriers ; tous les ouvriers ne sont pas occupés, et parmi ceux qui le sont, il en est qui ont huit à dix enfants incapables de gagner leur vie, et les femmes en général ne gagnent pas au-delà de vingt sous par jour.

Députés de la Montagne, que n’êtes vous montés depuis le troisième jusqu’au neuvième étage des maisons de cette ville révolutionnaire, vous auriez été attendris par les larmes et les gémissements d’un peuple immense sans pain et sans vêtements, réduit à cet état de détresse et de malheur par l’agiotage et les accaparements, parce que les lois ont été cruelles à l’égard du pauvre, parce qu’elles n’ont été faites que par les riches et pour les riches.

O rage, ô honte du XVIIIème siècle ! Qui pourra croire que les représentants du peuple français qui ont déclaré la guerre aux tyrans du dehors ont été assez lâches pour ne pas écraser ceux du dedans ? Sous le règne des Sartines et des Flesselles, le gouvernement n’aurait pas toléré qu’on fît payer les denrées de première nécessité trois fois au-dessus de leur valeur ; que dis-je ? Ils fixaient le prix des armes et de la viande pour le soldat ; et la Convention nationale, investie de la force de vingt-cinq millions d’hommes, souffrira que le marchand et le riche égoïste leur portent habituellement le coup de la mort, en taxant arbitrairement les choses les plus utiles à la vie. Louis Capet n’avait pas besoin, pour opérer la contre-révolution, de provoquer la foudre des puissances étrangères. Les ennemis de la patrie n’avaient pas besoin d’incendier d’une pluie de feu les départements de l’Ouest, l’agiotage et les accaparements suffisent pour renverser l’édifice des lois républicaines.

Mais c’est la guerre, dira-t-on, qui est la cause de la cherté des vivres. Pourquoi donc, représentants du peuple, l’avez-vous provoquée en dernier lieu ? Pourquoi, sous le cruel Louis XIV, le Français eut-il à repousser la ligue des tyrans, et l’agiotage n’étendit pas sur cet empire l’étendard de la révolte, de la famine et de la dévastation ? Et, sous ce prétexte il serait donc permis au marchand de vendre la chandelle six francs la livre, le savon six francs la livre, l’huile six francs la livre.

Sous le prétexte de la guerre, le sans-culotte paierait donc les souliers cinquante livres la paire, une chemise cinquante livres, un mauvais chapeau cinquante livres. C’est pour le coup qu’on pourrait dire que les prédictions de Cazalès et de Maury sont accomplies ; dans ce cas, vous auriez conspiré, avec eux, contre la liberté de la patrie, que dis-je, vous les auriez surpassés en trahison. C’est pour le coup que les Prussiens et les Espagnols pourraient dire : nous sommes les maîtres d’enchaîner les Français car ils n’ont pas le courage d’enchaîner les monstres qui les dévorent, c’est pour le coup qu’on pourrait dire : qu’en répandant à propos des millions, qu’en associant les bourgeois et les gros marchands au parti des contre-révolutionnaires, la république se détruirait par elle-même.

Mais c’est le papier ; dit-on encore, qui est la cause de la cherté des vivres : ah ! le sans-culotte ne s’aperçoit guère qu’il y en a beaucoup en circulation… Au reste sa prodigieuse émission est une preuve du cours qu’il a et du prix qu’on y attache. Si l’assignat a une hypothèque réelle, s’il repose sur la loyauté de la nation française, la quantité des effets nationaux ne leur ôte donc rien de leur valeur. Parce qu’il y a beaucoup de monnaie en circulation, est-ce une raison pour oublier qu’on est homme, pour commettre dans les tavernes du commerce des brigandages, pour se rendre maître de la fortune et de la vie des citoyens, pour employer tous les moyens d’oppression que suggèrent l’avarice et l’esprit de parti, pour exciter le peuple à la révolte et le forcer par la disette et le supplice des besoins à dévorer ses propres entrailles ?

Mais les assignats perdent beaucoup dans le commerce… Pourquoi donc les banquiers, les négociants et les contre-révolutionnaires du dedans et du dehors en remplissent-ils leurs coffres ? Pourquoi ont-ils la cruauté de diminuer le salaire de certains ouvriers, et n’accordent-ils pas une indemnité aux autres ? Pourquoi n’offrent-ils pas l’escompte, lorsqu’ils acquièrent les domaines nationaux ? L’Angleterre, dont la dette excède peut-être vingt fois la valeur de son territoire et qui n’est florissante que par le papier de sa banque, paie-telle à proportion les denrées aussi cher que nous les payons ? Ah ! le ministre Pitt est trop adroit pour laisser accabler ainsi les sujets de Georges ! Et vous, citoyens représentants, vous, les députés de la Montagne, vous qui vous faites gloire d’être du nombre des sans-culottes, du haut de votre immortel rocher, vous n’anéantirez pas l’hydre sans cesse renaissante de l’agiotage !

Mais ajoute-ton, on tire de l’étranger bien des articles, et il ne veut en paiement que de l’argent. Cela est faux ; le commerce s’est presque toujours fait par l’échange de marchandise contre marchandise, et du papier contre papier ; souvent même on a préféré des effets au numéraire. Les espèces métalliques qui circulent en Europe ne suffiraient pas, pour acquitter la cent-millième partie des billets qui sont en émission. Ainsi, il est clair comme le jour, que les agioteurs et les banquiers ne discréditent les assignats que pour vendre plus cher leur argent, pour trouver occasion de faire impunément le monopole et de trafiquer dans le comptoir du sang des patriotes, qu’ils brûlent de verser.

Mais l’on ne sait pas comment les choses tourneront. –Il est très certain que les amis de l’égalité ne souffriront pas toujours qu’on les fasse égorger au dehors et qu’au-dedans on les assiège par la famine. Il est très certains que toujours ils ne seront pas les dupes de cette peste publique, des charlatans qui nous rongent comme des vers, des accapareurs dont les magasins ne sont plus qu’un repaire de filous.

Mais, lorsque la peine de mort est prononcée contre quiconque tenterait de rétablir la royauté, lorsque des légions innombrables de citoyens soldats forment avec leurs armes une voûte d’acier, lorsqu’elles vomissent de toutes parts le salpêtre et le feu sur une horde de barbares, le banquier et l’accapareur peuvent-ils dire qu’ils ne savent pas comment les choses tourneront ? Au reste, s’ils l’ignorent, nous venons le leur apprendre. Le peuple veut la liberté et l’égalité, la république ou la mort ; et voilà précisément ce qui vous désespère, agioteurs, vils suppôts de la tyrannie.

N’ayant pu réussir à corrompre le cœur du peuple, à le subjuguer par la terreur et la calomnie, vous employez les dernières ressources des esclaves pour étouffer l’amour de la liberté. Vous vous emparez des manufactures, des ports de mer, de toutes les branches du commerce, de toutes les productions de la terre pour faire mourir de faim, de soif et de nudité, les amis de la patrie, et les déterminer à se jeter entre les bras du despotisme.

Mais les fripons ne réduiront pas à l’esclavage un peuple qui ne vit que de fer et de liberté, de privations et de sacrifices. Il est réservé aux partisans de la monarchie de préférer des chaînes antiques et des trésors à la République et à l’immortalité.

Ainsi, mandataires du peuple, l’insouciance que vous montreriez plus longtemps serait un acte de lâcheté, un crime de lèse-nation. Il ne faut pas craindre d’encourir la haine des riches, c’est-à-dire des méchants. Il ne faut pas craindre de sacrifier les principes politiques au salut du peuple, qui est la suprême loi.

Convenez donc avec nous que par pusillanimité vous autorisez le discrédit du papier, vous réparez la banqueroute, en tolérant des abus, des forfaits dont le despotisme eût rougi, dans les derniers jours de sa barbare puissance.

Nous savons sans doute qu’il est des maux inséparables d’une grande révolution, qu’il n’est pas de sacrifices qu’on ne doive faire, pour le triomphe de la liberté, et qu’on ne saurait trop payer cher le plaisir d’être républicain ; mais aussi nous savons que le peuple a été trahi par deux législatures ; que les vices de la Constitution de 1791 ont été la source des calamités publiques, et qu’il est temps que le sans-culotte qui a brisé le sceptre des rois, voit le terme des insurrections et de toute espèce de tyrannie.

Si vous n’y portez un prompt remède, comment ceux qui n’ont aucun état, ceux qui n’ont que 2, 3, 4, 4 ou 6 cents livres de rentes, encore mal payées, soit en pension viagère, soit sur des caisses particulières subsisteront-ils, si vous n’arrêtez le cours de l’agiotage et des accapareurs, et cela par un décret constitutionnel qui n’est pas sujet aux variations des législateurs. Il est possible que nous n’ayons la paix que dans vingt ans ; les frais de la guerre occasionneraient une émission nouvelle de papier ; voudriez-vous donc perpétuer nos maux pendant tout ce temps-là, déjà trop long, par l’autorisation tacite de l’agiotage et des accaparements ? Ce serait là le moyen d’expulser tous les étrangers patriotes, et d’empêcher les peuples esclaves de venir respirer en France l’air pur de la liberté.

N’est-ce donc pas assez que vos prédécesseurs, pour la plupart d’infâme mémoire, nous aient légué la monarchie, l’agiotage et la guerre, sans que vous nous léguiez la nudité, la famine et le désespoir ? Faut-il que les royalistes et les modérés, sous prétexte de la liberté du commerce, dévorent encore les manufactures, les propriétés ? qu’ils s’emparent du blé des champs, des forêts et des vignes, de la peau même des animaux et qu’ils boivent encore dans des coupes dorées le sans et les larmes de citoyens, sous la protection de la loi ?

Députés de la Montagne, non, non, vous ne laisserez pas votre ouvrage imparfait ; vous fonderez les bases de la prospérité publique ; vous consacrerez les principes généraux et répressifs de l’agiotage et des accapareurs ; vous ne donnerez pas à vos successeurs l’exemple terrible de la barbarie des hommes puissants sur le faible, du riche sur le pauvre ; vous ne terminerez pas enfin votre carrière avec ignominie.

Dans cette pleine confiance, recevez ici le nouveau serment que nous faisons de défendre jusques au tombeau la liberté, l’égalité, l’unité et l’indivisibilité de la République et les sans-culottes opprimés des départements.

Qu’ils viennent, qu’ils viennent bien vite à Paris, cimenter les liens de la fraternité ! c’est alors que nous leur montrerons ces piques immortelles qui ont renversé la Bastille ; ces piques qui ont fait tomber en putréfaction la commission des douze et la faction des hommes d’Etat, ces piques qui feront justice des intrigants et des traîtres, de quelque masque qu’ils se couvrent et quelque pays qu’ils habitent. C’est alors que nous les conduirons au pied de ce jeune chêne où les Marseillais et les sans-culottes des départements abjurèrent leur erreur, et firent serment de renverser le trône. C’est alors enfin que nous les accompagnerons dans le sanctuaire des lois, où d’une main républicaine nous leur montrerons le côté qui voulut sauver le tyran et la Montagne qui prononça sa mort.

Vive la vérité, vive la Convention nationale, vive la république française !

Brexit, Frexit and co… Arrêtons de perdre notre temps… Une solution politique pratique: Les assemblées communales, l’exemple de 1792-1795

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 juin 2016 by Résistance 71

Mandataires du peuple, de l’instant que des événements majeurs ont forcé nos députés à nous convoquer en assemblée primaire, la souveraineté du peuple a retourné à sa source ; nous nous sommes ressaisis de toute notre indépendance ; par raison, nous avons encore obéi aux lois que vous êtes appelés à refaire, parce que, bien qu’elles soient défectueuses, elles peuvent éviter le désordre que suivrait leur silence absolu. Ainsi donc notre obéissance n’est que conditionnelle, et, réunis dans notre assemblée primaire, nous n’en avons pas moins senti qu’au moment où les dépositaires de nos intérêts nous les remettaient, c’était d’abord pour les discuter nous-mêmes. Tout ce qui intéressait essentiellement l’organisation, l’ordre, l’harmonie, la reconstruction même de l’édifice social, était de notre compétence.”
~ Jean-François Varlet, 1792 ~

« Peuple ! Sous le règne de la liberté, tu dois avoir sans cesse les yeux fixés sur tes magistrats. “ ~ Jacques Roux ~

La révolution française fut une révolution bourgeoise, elle fut la “révolution”, l’accession au pouvoir de tous les messieurs Jourdain de France et de Navarre, de tous ces bourgeois, accapareurs, agioteurs qui faisaient sans doute de la prose sans le savoir, mais qui ruinaient en toute connaissance de cause le petit peuple de France, qu’ils envoyèrent guerroyer en Europe faute de pouvoir le désarmer.

Dans cette période turbulente, seule la France des sections représentées par les “Enragés” et leurs leaders Jean-François Varlet et Jacques Roux, portes-paroles vocaux des sections parisiennes de sans culottes, représenta ce qui se rapprocha le plus d’une véritable société autogérée depuis la base, court-circuitant une “république” déjà moribonde, corrompue et en conflit interne. Le texte ci-dessous nous éclaire sur l’origine et le fonctionnement des “sections” et assemblées populaires des plus grandes villes de France. Un segment crucial de la période révolutionnaire française qui, dans nos livres d’histoire, est bouclé en deux lignes lapidaires, tout comme par la suite l’est également la Commune de Paris de 1871. Nous y gagnerions en ressortant les textes d’époque des Varlet, Roux, et du Marat pré-révolutionnaire (chose que nous avons faite avec une compilation de ses ”chaînes de l’esclavage”, 1774, l’anti-“Prince” de Machiavel…). Après ce texte explicatif, nous publierons l’hyper lucide “Manifeste des Enragés” de Jacques Roux (1793) et le “Projet d’un mandat impératif” de Jean Varlet (1792). Des textes à (re)découvrir, lire et diffuser sans modération.

Nous pensons que si la France révolutionnaire des “sections” et des assemblées communales avait vécu, elle se serait concrétisée par le succès de la “Commune des Communes” dont il est fait état ci-dessous et qui représente une véritable fondation d’organisation anarchiste de la société. Cette France de l’union populaire et des assemblées communales a terrifié (et terrifie toujours) l’oligarchie bourgeoise républicaine des messieurs Jourdain de France, ceux-ci l’ont étouffé dans l’œuf… Qu’attendons-nous pour y revenir ?…

— Résistance 71 —

A (re)lire: « Les chaînes de l’esclavage », Jean-Paul Marat, 1774

 

Les assemblées communales en France dans la révolution française 1789-1793

Populaction

Décembre 2015

url de l’article original:

http://populaction.com/la-france-des-assemblees-communales-17891793/

 

Pendant la révolution française, environ 40000 communes autonomes occupèrent une grande partie du champ politique. Ces assemblées locales, ouvertes à tous les adultes masculins, se chargèrent non seulement des questions locales, mais aussi des questions nationales. Après décembre 1789, de telles assemblées devinrent la base légale du gouvernement municipal dans toutes les grandes villes de France : Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse…

Les assemblées de section de 1793 furent les institutions les plus démocratiques et les plus radicales à surgir au cours de la Révolution française.

En 1789, pour désigner qui seraient les représentants du Tiers-Etat aux États Généraux convoqués par le roi, la monarchie fut obligée de créer des districts électoraux dans toute la France : dans chaque district, les habitants du district furent priés de se réunir, pour choisir un grand électeur : quelqu’un qui voterait pour élire les représentants du Tiers-Etat.

LA MULTIPLICATION des ASSEMBLÉES DE VILLAGE/QUARTIER/VILLE PENDANT LA RÉVOLUTION : 40 000 COMMUNES AUTONOMES

A Paris, 60 assemblées de district furent ainsi créées… Seulement, après avoir désigné leur grand électeur, les assemblées continuèrent à se réunir (!!!), même si elles avaient perdu leur justification légale ! « Ainsi, alors même que les États Généraux – bientôt convertis en Assemblée nationale – siégeaient à Versailles, les assemblées de district de Paris continuaient à se réunir comme corps quasi légaux, agissant comme gardiennes de leurs libertés limitées dans la situation politique en rapide évolution.

Après décembre 1789, de telles assemblées devinrent la base légale du gouvernement municipal dans toutes les grandes villes de France. » (1) Lyon, Marseille, Bordeaux et Toulouse furent également divisées en sections dont les assemblées s’occupaient des affaires de la communauté. « Collectivement, les diverses sections contrôlaient la commune centrale de la cité » (2).

Pendant la révolution, environ 40 000 communes autonomes, dont les plus grandes étaient contrôlées par les sections, occupèrent une grande partie du champ politique en France. Ces assemblées locales se chargèrent non seulement des questions locales, mais aussi des questions nationales.

LES ASSEMBLÉES DE QUARTIER PARISIENNES ET LA COMMUNE DE PARIS

« Ce mouvement des sections, qui grandit à Paris en 1792 et 1793, était un phénomène conscient de démocratie directe. Tous les hommes adultes pouvaient participer aux assemblées. Que leurs membres soient ou non des radicaux politiques, chaque assemblée populaire était le corps délibérant et décisionnel de la section. Sur le plan idéologique, les sectionnaires considéraient la souveraineté populaire comme un droit inaliénable appartenant à tous les citoyens, un droit qui ne pouvait être délégué aux représentants à l’Assemblée nationale. » (3). Ces assemblées de quartier avaient lieu dans des chapelles ou des églises expropriées.

Chaque assemblée de section élisait 6 députés à la Commune de Paris, dont une des principales fonctions était de coordonner toutes les sections de la cité. « Chaque section disposait aussi de plusieurs comités qui remplissaient diverses fonctions comme la police, les fournitures, les finances (…). Chaque section avait également son propre bataillon de la Garde nationale (les gardes nationaux étaient élus par les assemblées de section elles-mêmes), doté d’une unité d’artillerie, sur lequel elle exerçait un contrôle absolu et dont elle seule pouvait autoriser les mouvements.

« En 1793, au sommet de la démocratie radicale à Paris, la vie dans les sections étaient vibrante, remplie de controverses et truculente. Les périodes de crise pouvaient attirer un millier de citoyens et plus aux assemblées, faisant salle comble pour de vigoureux débats où s’affrontaient avec passion les différentes factions (…) De furieuses confrontations dégénéraient fréquemment en menaces, cris et récriminations mutuelles, allant même jusqu’aux échanges de coups de poing.

LE PROJET DE « COMMUNE DES COMMUNES »

Les sectionnaires radicaux qui occupèrent ce champ politique sont ceux-là même qui avaient envahi les Tuileries en août 1792 et déposé le Roi, ce qui allait conduire à son exécution. Ce sont eux qui réussirent presque à déclencher une insurrection radicale contre la Convention en 1793. (Si cette insurrection avait réussi, elle aurait pu donner tous les pouvoirs à une confédération nationale des sections.)

C’est pendant cette dernière période d’effervescence que le démocrate radical Jean Varlet de la section des Droits de l’Homme tenta d’organiser les délégués de chaque section en un gouvernement parallèle pour former la « Commune des communes », une confédération des villes et de villages (les communes) de toute la France, pour renverser la Convention nationale. Les sectionnaires radicaux furent réellement à l’avant-garde du mouvement révolutionnaire en France. C’est certainement pour cette raison que leurs chefs furent parmi les premiers emprisonnés par les Jacobins quand ceux-ci prirent le pouvoir en juin 1793.

Dérivées des assemblées de district, les sections s’étaient poussées à l’avant-scène au mépris de l’Etat-nation qui les avait créées et jouèrent le rôle de locomotive dans la radicalisation de l’une des grandes révolutions de l’histoire. Elles se perpétuèrent pour former la structure institutionnelle d’une extraordinaire démocratie directe, et à ce titre, elles constituent un autre moment crucial de cette tradition éternelle ». (4)

NOTES :

(1) : Janet Biehl (avec la collaboration de Murray Bookchin), Le municipalisme libertaire, Éditions Ecosociété, 1998, Montréal, Québec, p. 77

(2) : ibid, p. 78

(3) : ibid, p. 78

(4) : ibid, p. 79-80

=*=*=*=

Liste de toutes les sections de la ville de Paris durant la révolutions française:

http://www.parisrevolutionnaire.com/spip.php?article2956