Archive pour kurdes résistance politique syrie

Guerre impérialiste en Syrie: La Russie appelle pour que les Kurdes s’assoient à la table des négociations…

Posted in actualité, altermondialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et social, résistance politique with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 11 mars 2016 by Résistance 71

La Russie appelle pour une participation des Kurdes aux négociations sur la Syrie

Press TV

11 Mars 2016

url de l’article original:

http://www.presstv.ir/Detail/2016/03/11/455119/Lavrov-Kurds-Syria-Daesh-Takfiri-HNC-Saudi-YPG

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a appelé les Nations-Unies et leur envoyé spécial pour la Syrie Staffan de Mistura d’inviter la minorité kurde à participer aux prochaines négociations concernant le processus de paix en Syrie.

Je suis convaincu que Staffan de Mistura devrait prendre une telle décision”, a dit Lavrov dans une conférence jointe avec son homologue chinois à Moscou ce Vendredi.

Lancer des négociations sans la participation de ce groupe serait un signe de faiblesse de la part de la communauté internationale”, a dit Lavrov.

Il a aussi averti que tenir des pourparlers sans les Kurdes serait “une sérieuse entorse aux droits d’un groupe de taille signifiante vivant sur le sol syrien”.

Lavrov a ajouté que les Kurdes sont “des alliés à la fois de la coalition américaine et de la Russie”, critiquant Ankara pour “bloquer l’invitation des Kurdes du Parti d’Union Démocratique Kurde Syrien (PYD)”.

La Turquie voit les Unités de Protection du Peuple Kurde (YPG) et le PYD comme des alliés du Parti des Travailleurs Kurdes (PKK) mis hors-la-loi en Turquie, ce même PKK qui se bat pour une région kurde autonome en Turquie depuis les années 1980.

Ceci arrive alors que des entretiens entre les délégués du gouvernement syrien et du groupe de la soi-disante opposition syrienne soutenu par l’Arabie Saoudite (NdT: qui finance et aide l’EIIL/Daesh avec la Turquie et Israël), alias le Comité des Hautes Négociations (CHN), doivent reprendre à Genève le 14 Mars.

Le CHN a déclaré Vendredi qu’il participerait aux pourparlers en tant qu’effort “pour aider les efforts internationaux de mettre fin aux effusions de sang en Syrie et de trouver une solution politique.

Une source proche du gouvernement syrien à Damas avait confirmé plus tôt que se délégation participerait aux négociations.

Les négociations de paix faites par l’ONU ont échoué début Février après que le CHN eut quitté la table de négociations suite à des gains de terrain faits par l’Armée Arabe Syrienne soutenue par la Russie contre les militants et ce, sur plusieurs fronts.

Un accord de cesser-le-feu fut négocié par la Russie et les Etats-Unis et a pris effet en Syrie le 27 Février dernier.

La Syrie a été perturbée par une insurrection soutenue de l’étranger depuis le mois de Mars 2011. D’après un rapport du mois de février par le Syrian Center for Policy Research, le conflit a fait plus de 470 000 morts, 1,9 millions de personnes ont été blessées et a déplacé la moitié des 23 milions de la population syrienne d’une manière ou d’une autre. Mais le Syrian Observatory for Human Rights (NdT: seule source occidentale officielle depuis le début de l’invasion par procuration de la Syrie et bureau dirigé depuis Londres par un agent du MI5 britannique) déclare que la guerre n’aurait fait que 270 000 morts.

Publicités

La fourberie de l’empire… La Turquie (OTAN) bombarde les Kurdes et laissent l’EI tranquille à l’instar des yanks qui tiennent l’armée syrienne à distance…

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, France et colonialisme, guerre iran, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 14 octobre 2014 by Résistance 71

L’EIIL / EI est l’armée mercenaire de l’OTAN. Objectif: réaliser la partition du Moyen-Orient pour un contrôle impérialiste. De fait, l’EI est la nouvelle armée coloniale de l’occident… Les terroristes sont à Washington, Londres, Paris, Ankara au chaud dans les gouvernements… ou plutôt les extensions de conseils d’administration des banques, compagnies pétrolières et marchands de canons…

— Résistance 71 —

 

Washington parviendra t’il à faire nettoyer ethniquement le nord de la Syrie ?

 

Thierry Meyssan

 

14 octobre 2014

 

url de l’article original:

http://www.voltairenet.org/article185560.html

 

À Kobané et dans sa région, où plus de 300 000 Kurdes syriens sont menacés d’extermination par l’Émirat islamique, chacun peut mesurer la duplicité de l’Otan. Alors que la Coalition états-unienne déclare lutter contre l’Émirat islamique, un membre de l’Otan, la Turquie, lui fournit l’assistance militaire et médicale dont il a besoin, empêche les civils de fuir et les combattants du PKK de venir à leur aide.

Dans le théâtre antique grec, chaque spectateur connaissait à l’avance la fin tragique de la pièce. Les personnages, aveuglés par les Dieux, poursuivaient en actes ce qu’ils prétendaient rejeter en paroles. Mais le chœur révélait aux spectateurs les projets du Destin.

La tragédie qui se joue à Kobané (en arabe Aïn al-Arab) a été écrite pour se clore par le génocide annoncé de 300 000 Kurdes syriens. L’Émirat islamique a déjà pris le contrôle de plusieurs quartiers de la ville et de nombreux villages alentour. Si l’Armée arabe syrienne ne parvient pas à franchir les lignes de l’Émirat islamique pour les sauver, ils seront tous massacrés.

La population kurde est défendue par le PYG (parti autonomiste soutenant la République arabe syrienne), mais la Turquie a fermé sa frontière de sorte que les civils ne peuvent pas fuir et que les renforts du PKK turc (parti indépendantiste lié au PYG) ne peuvent arriver.

Les forces kurdes sont commandées par Mahmoud Barkhodan, assisté de Narine Afrine (de son vrai nom Mayssa Abdo). Le choix d’une femme comme commandant en second a semé la panique au sein de l’Émirat islamique, les jihadistes étant convaincus qu’ils ne peuvent entrer au paradis s’ils sont tués par une femme.

Face à la résistance kurde, l’Émirat islamique a transféré l’essentiel de ses forces en Syrie pour écraser Kobané.

Selon notre analyse, maintes fois répétée dans ces colonnes et dans de nombreuses émissions de radio et de télévision en Amérique latine, en Russie et dans le monde musulman, l’Émirat islamique est une création des États-Unis chargée de nettoyer ethniquement la région de manière à pouvoir la remodeler. Chacun peut constater que les déclarations lénifiantes des dirigeants états-uniens sont démenties par leur action militaire sur le terrain, non pas contre, mais en faveur de l’Émirat islamique.

La Coalition a procédé à six vagues de bombardements à Kobané. Elle n’a jamais ciblé des positions de l’Émirat islamique et ne lui a causé aucune perte. Elle tient par contre à distance, plus au Sud et à l’Ouest, l’Armée arabe syrienne qui ne parvient pas à ouvrir une brèche pour sauver la population.

Le Gouvernement régional du Kurdistan irakien (pro-Israélien) refuse d’aider les Kurdes syriens, avec lesquels il est en conflit depuis longtemps. Il argue de ne pas avoir d’accès direct à la Syrie pour justifier sa passivité.

Membre de l’Otan, la Turquie refuse de porter assistance aux populations menacées de génocide tant que les Kurdes syriens ne renoncent pas à leur statut autonome en Syrie et qu’ils ne rejoignent pas le combat de l’Otan contre la République arabe syrienne et son président élu Bachar el-Assad.

Selon les combattants du PYG, la Turquie fournit quotidiennement des armes à l’Émirat islamique et accueille ses blessés dans ses hôpitaux, alors que eux-mêmes ont les plus grandes difficultés à acheminer les blessés kurdes en Turquie pour y être soignés.

En Turquie, le groupuscule islamiste kurde Hür Dava Partisi (anciennement dénommé Hezbollah de manière à créer une confusion avec la résistance libanaise) est entré en guerre contre le PKK (parti kurde majoritaire dans le pays). Le Hüda-Par (abréviation du Hür Dava Partisi) est soutenu en sous-main par l’AKP du président Recep Tayyip Erdoğan à la fois pour lutter contre l’indépendantisme kurde et pour soutenir les Frères musulmans.

Le 30 août, un leader de l’Émirat islamique, Hikmet, et deux de ses gardes du corps ont été tués par le PKK à Istanbul où ils séjournaient à l’invitation du Hüda-Par et sous la protection de la police turque.

Dans un SMS envoyé à tous ses militants, le PKK a donné instruction d’éliminer physiquement tous les membres du Hüda-Par, accusés de travailler pour le gouvernement turc et d’aider l’Émirat islamique.

Établissant une comparaison avec le massacre de Srebrenica (Yougoslavie, 1995) l’émissaire spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a mis en cause le 10 octobre la responsabilité turque en cas de chute de Kobané et de génocide de sa population. Il a exigé vainement que la Turquie ouvre sa frontière.

Le chef de la Coalition états-unienne, le général John Allen, a également publiquement sommé la Turquie d’ouvrir sa frontière et d’empêcher le génocide des Kurdes de Kobané. Toutefois, il ne semble pas que le refus turc ait altéré les relations entre Washington et Ankara, bien au contraire.

Le nouveau ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a affirmé que son pays n’interviendrait pas tant que la Coalition formée par les États-unis contre l’Émirat islamique (et dont la Turquie fait partie) ne déciderait pas d’imposer une zone d’exclusion aérienne au nord de la Syrie et ne se donnerait pas pour objectif de renverser la République arabe syrienne.

Au demeurant, le Parlement turc a autorisé son gouvernement à combattre à la fois l’Émirat islamique et le PKK.

Recevant M. Çavuşoğlu à Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a appuyé l’idée de la création d’une « zone de sécurité » au Nord de la Syrie, sans préciser ce qu’il entendait exactement par là, mais soulignant son accord avec la Turquie.

La France, également membre de l’Otan, fournit directement des armes au Gouvernement régional séparatiste du Kurdistan irakien, sans autorisation du Gouvernement central irakien. Le Gouvernement régional du Kurdistan irakien a étendu son territoire de 40 % de manière coordonnée avec l’Émirat islamique lorsque celui-ci s’emparait de la zone arabe sunnite irakienne. Durant les années précédentes, la France soutenait politiquement le PKK turc (pro-Syrien), elle aide désormais militairement le Gouvernement régional du Kurdistan irakien (pro-Israélien).

Actuellement, l’espace aérien au Nord de la Syrie est contrôlé par la Coalition menée par les États-Unis. L’Émirat islamique dispose d’avions (des Mig volés à la Syrie et des F-15 volés à l’Irak), mais n’a que peu de pilotes et de personnel technique pour les utiliser. La création d’une zone d’exclusion aérienne par l’Otan en territoire syrien, outre qu’elle constituerait une violation flagrante du droit international, n’aurait donc aucune incidence sur les combats en cours.

L’idée de la création d’une zone de non-survol en Syrie a été promue par Israël qui y voit un moyen de démembrer à terme ce pays, sur le modèle de ce qui fut fait de 1991 à 2003 en Irak (au profit de l’actuel Gouvernement régional du Kurdistan). Cependant, la seule comparaison valable doit être faite avec la zone tampon imposée en 1983, durant la guerre civile libanaise. Ressentie comme une recolonisation ouverte du Liban, elle tourna au fiasco après l’élimination de 300 soldats états-uniens et français.

En Turquie, le PKK multiplie les manifestations pour contraindre le gouvernement Erdoğan à rouvrir la frontière. 31 personnes ont déjà été tuées par la police durant la répression de ces manifestations.

La seule question est de savoir combien de temps encore les Kurdes syriens pourront résister seuls aux jihadistes armés et financés par les États-unis en vertu d’un vote du Congrès, réuni en séance secrète en janvier 2014. En d’autres termes : quand Washington et ses alliés parviendront-ils à faire nettoyer ethniquement le Nord de la Syrie par leur créature, l’Émirat islamique ?

Résistance à l’empire: La révolution sociale kurde écrasée par l’EI, agent de l’empire ?…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 12 octobre 2014 by Résistance 71

Assistons-nous à la mise à mort d’une nouvelle révolution sociale de la dimension proche de celle de la révolution espagnole de 1936 par les nouveaux agents impérialistes que sont les pantins de l’armée mercenaire de la CIA appelée EIIL ou EI ?

C’est ce que pense l’anthropologue anarchiste David Graeber dans cet article très instructif.

— Résistance 71 —

 

Pourquoi le monde ignore t’il les Kurdes révolutionnaires en Syrie ?

 

David Graeber

 

11 Octobre 2014

 

url de l’article original:

http://www.lavoiedujaguar.net/Pourquoi-le-monde-ignore-t-il-les

 

Au sein de la zone où se déroule la guerre de Syrie, une expérience démocratique est en train de se faire écraser par l’État islamique. Que le reste du monde n’en soit pas conscient est un scandale.

En 1937, mon père s’est porté volontaire pour combattre dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole. Une tentative de coup d’État fasciste avait été temporairement mise en échec par la révolte des ouvriers, dirigée par les anarchistes et les socialistes. Dans une grande partie de l’Espagne une véritable révolution sociale avait suivi, instaurant dans des villes entières une gestion de démocratie directe, mettant les industries sous contrôle des travailleurs et favorisant un renforcement radical du pouvoir des femmes.

Les révolutionnaires espagnols espéraient créer une société libre qui serait un exemple pour tout le monde. Au lieu de cela, les puissances mondiales ont décrété une politique de « non-intervention », ils ont maintenu un blocus rigoureux à l’encontre de la République, même après que Hitler et Mussolini, prétendument d’accord sur une non-intervention, ont commencé à engager des troupes et à fournir des armes pour renforcer le camp fasciste. Le résultat a été des années de guerre civile qui ont pris fin avec l’écrasement de la révolution et quelques-uns des plus sanglants massacres d’un siècle sanglant.

Je n’ai jamais imaginé que la même chose pouvait se reproduire dans ma propre vie. De toute évidence, aucun événement historique n’a jamais lieu deux fois. Il y a mille différences entre ce qui s’est passé en Espagne en 1936 et ce qui se passe aujourd’hui dans le Rojava, les trois provinces largement kurdes du nord de la Syrie. Mais les similitudes sont si frappantes et si pénibles que je sens qu’il m’incombe d’intervenir, comme quelqu’un qui a grandi dans une famille dont les convictions politiques étaient largement définies par la révolution espagnole, pour dire que nous ne pouvons pas laisser l’histoire finir de la même façon.

La région autonome du Rojava, telle qu’elle existe aujourd’hui, est l’un des rares points lumineux — même très lumineux — issus de la tragédie de la révolution syrienne. Après avoir chassé les agents du régime d’Assad en 2011 et malgré l’hostilité de la quasi-totalité de ses voisins, le Rojava a non seulement maintenu son indépendance mais développe une expérience démocratique remarquable. Des assemblées populaires ont été créées comme organe absolu de prise de décisions, des conseils ont été choisis soigneusement en tenant compte de l’équilibre ethnique (dans chaque commune, par exemple, les trois responsables principaux doivent inclure un Kurde, un Arabe et un chrétien assyrien ou arménien, et au moins un des trois doit être une femme), il y a des conseils de femmes et de jeunes, et, en écho remarquable au mouvement Mujeres Libres (Femmes libres) d’Espagne, la milice « YJA Star » (l’Union des femmes libres, le star fait ici référence à la déesse mésopotamienne Ishtar), une armée de femmes qui a effectué une grande partie des opérations de combat contre les forces de l’État islamique.

Comment cela peut-il se produire et rester encore presque entièrement ignoré par la communauté internationale, et même, en grande partie, par la gauche internationale ? Principalement, semble-t-il, parce que le parti révolutionnaire du Rojava, le PYD, travaille en alliance avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de Turquie, un mouvement de guérilla marxiste qui a été depuis les années 1970 engagé dans une longue guerre contre l’État turc. L’OTAN, les États-Unis et l’UE l’ont classé officiellement comme organisation « terroriste ». Parallèlement, les gauchistes le rejettent largement comme stalinien.

Mais, en fait, le même PKK n’a plus rien à voir avec l’ancien parti hiérarchique léniniste qu’il était jadis. Sa propre évolution interne et la conversion intellectuelle de son propre fondateur, Abdullah Öcalan, détenu dans une île-prison turque depuis 1999, ont changé entièrement ses objectifs et ses tactiques.

Le PKK a même déclaré qu’il ne cherche plus à créer un État kurde. Au lieu de cela, en partie inspiré par la vision de l’écologiste social et anarchiste Murray Bookchin, il a adopté la vision du « municipalisme libertaire », appelant les Kurdes à créer des communautés autogérées, libres, fondées sur les principes de la démocratie directe, qui s’uniraient en dépassant les frontières nationales — espérant ainsi qu’avec le temps ces frontières perdraient de plus en plus leur sens. Ainsi, proposent-ils que la lutte kurde devienne un modèle pour un mouvement global vers une véritable démocratie, une économie coopérative et une dissolution progressive de l’État-nation bureaucratique.

Depuis 2005, le PKK, inspiré par la stratégie des rebelles zapatistes au Chiapas, a déclaré un cessez-le-feu unilatéral avec l’État turc et a commencé à concentrer ses efforts sur le développement de structures démocratiques dans les territoires qu’il contrôlait déjà. Certains ont mis en doute le sérieux de tout cela. Il est clair qu’il reste encore des éléments autoritaires. Mais ce qui s’est passé dans le Rojava, où la révolution syrienne a donné aux radicaux kurdes l’occasion de réaliser de telles expériences dans un grand territoire contigu, suggère que c’est autre chose qu’une façade. Conseils, assemblées et milices populaires ont été formés, la propriété du régime a été remise à des coopératives autogérées — et tout ça en dépit des attaques continuelles par les forces d’extrême droite de l’État islamique. Les résultats sont conformes à toute définition d’une révolution sociale. Au Moyen-Orient, au moins, ces efforts ont été remarqués : en particulier après que les forces du PKK et du Rojava sont intervenus pour lutter avec succès à travers le territoire de l’État islamique en Irak pour sauver des milliers de réfugiés yézidis piégés sur le mont Sinjar après que les peshmergas locaux ont fui le territoire. Ces actions ont été largement célébrées dans la région, mais n’ont recueilli presque aucun écho dans la presse européenne ou nord-américaine.

Maintenant, l’État islamique est de retour, avec des tanks de fabrication US et de l’artillerie lourde prise aux forces irakiennes, pour exercer leur vengeance contre un grand nombre de ces mêmes milices révolutionnaires à Kobané, déclarant leur intention de massacrer et de réduire en esclavage — oui, asservir littéralement — l’ensemble de la population civile. Pendant ce temps, l’armée turque se cantonne à la frontière et empêche les renforts et les munitions d’arriver aux défenseurs, pendant que les avions des États-Unis vrombissent, en frappant parfois des coups symboliques, des frappes ponctuelles — juste pour être apparemment en mesure de dire qu’ils ne sont pas restés inactifs tandis qu’un groupe, contre qui ils prétendent être en guerre, écrase les défenseurs d’une des grandes expériences démocratiques dans le monde.

S’il existe un parallèle à faire aujourd’hui avec les prétendus dévots et meurtriers phalangistes de Franco, ce ne pourrait être qu’avec l’État islamique. S’il y a un parallèle à faire avec les Mujeres Libres d’Espagne, ce ne pourrait être qu’avec les femmes courageuses qui défendent les barricades à Kobané. Est-ce que le monde et — cette fois-ci plus scandaleusement encore — la gauche internationale vont vraiment être complices en laissant l’histoire se répéter ?

David GraeberThe Guardian, 8 octobre 2014. 
Traduit par E.K., R.V. et M.U.

David Graeber est anthropologue et se définit comme anarchiste.

Maître de conférences en anthropologie sociale à l’Université Goldsmiths de Londres, il a été professeur agrégé d’anthropologie à l’Université de Yale.

Il a participé activement au mouvement Occupy Wall Street.