Archive pour kropotkine contre Huxley

La mystification par le malthusianisme et le darwinisme-social: Pour une compréhension progressiste de la nature humaine… 3ème et dernière partie…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, résistance politique, science et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 9 juillet 2012 by Résistance 71

« Le Prince de l’évolution » (Lee Alan Dugatkin) 3ème partie

1ère partie

2ème partie

*  *  *

« La terre ne nous appartient pas, nous ne faisons que l’emprunter à nos enfants »

(Proverbe Lakota Sioux)

« Mitakuye Oyasin » (Nous sommes tous inter-connectés) – Lakota Sioux –

« La machine d’État, dans toutes les sociétés occidentales, devient de plus en plus étatique, c’est à dire qu’elle va devenir de plus en plus autoritaire ; et de plus en plus autoritaire, pendant un bon moment au moins, avec l’accord profond de la majorité, qu’on appelle souvent la majorité silencieuse… La machine étatique va aboutir à une espèce de fascisme, pas un fascisme de parti, mais un fascisme intérieur. »

(Pierre Clastres, pensée visionnaire de 1975, dans un entretien avec l’Anti-Mythes)

*  *  *

Chapitre 6

Nous sommes tous inter-reliés

[…] Les conséquences politiques de l’entr’aide mutuelle s’étendaient bien au-delà de la Révolution Française. Les discussions sur l’entr’aide, sous une forme ou une autre, permirent la plupart des écrits de Kropotkine sur la politique, mais furent particulièrement importantes dans son livre “La conquête du pain” (1892), son pamphlet “La science moderne et l’anarchisme” (1908) et son article “Les bases scientifiques de l’anarchisme” (1887), qui parurent dans la revue XIXème Siècle.

Les racines de l’anarchisme, que Kropotkine définissait comme étant “un système de socialisme non-gouvernemental”, étaient comme rhizomes à l’entr’aide mutuelle. Bien que Pierre pensait sans aucun doute beaucoup de bien des implications philosophiques de l’anarchisme, le concept lui-même n’était pas une abstraction reliée aux lieux d’étude de philosophes. Au lieu de cela, l’anarchie et sa théorie sous-jacente de l’entr’aide mutuelle, trouvaient leur place au sein des sciences naturelles. “Le penseur anarchiste ne recourt pas à des conceptions métaphysiques comme les droits naturels et les devoirs de l’État”, assurait Kropotkine à ses lecteurs. Au contraire, la théorie de l’anarchisme repose sur la science et plus particulièreement sur la science de la biologie évolutionniste. L’Homme était partie intégrante de la Nature et ses instincts sociétaires pouvaient être étudiés de la même manière qu’on étudie les poissons ou les grenouilles. “Il n’y a aucune raison de changer soudainement notre méthode de recherche lorsque nous passons de la fleur à l’humain ou d’une colonie de castors à une ville humaine”, clamait Kropotkine.

Dans les écrits de Darwin, Kropotkine trouva les éléments de cohésion qui reliaient l’entr’aide mutuelle et la politique chez les humains. Dans “La Filiation de l’Homme”, publié douze ans après son “Origine de l’Homme”, Darwin offrait des explications quant au pourquoi quelques communautés humaines florissaient et d’autres échouaient. Et la réponse était: l’entr’aide mutuelle. La lecture de Darwin par Kropotkine impliquait que ces communautés qui incluaient le plus grand nombre d’altruistes florissaient. Voici qui était le véritable Darwin, comme Pierre le comprenait: “Le chapitre consacré par Darwin à ce sujet aurait pu être la base d’une vision bien différente et plus complète, englobante de la nature et du développement des sociétés humaines.”

Les efforts de Kropotkine pour promouvoir un système politique bâti sur l’entr’aide mutuelle représentaient à ses yeux bien plus que la connexion entre ses passions scientifiques et politiques ; il avait le sentiment profond que cela était matière à la survie même de l’espèce humaine […]

[…] De manière conceptuelle, le défi était très direct. Pour parvenir à établir une bonne société, nous devons simplement suivre les règles de la nature: “La voie tracée par la philosophie moderne de l’évolution”, comme Kropotkine aimait l’appeler.

Lorsque les gens comprendront le processus de l’évolution, ils pourront être convaincus des aspects organiques de la société, un organisme qui ne demandait qu’à “trouver le meilleur moyen de combiner les désirs de l’individu avec ceux de la coopération pour le bien-être de l’espèce”.

Si une telle société était étudiée de la façon qu’un scientifique de l’histoire naturelle étudierait, disons un escargot, les observations considéreraient aussi nécessairement la question des parasites. Dans la société humaine, les parasites vinrent d’une forme d’individus qui essayèrent de pomper la société et de coopter toutes les ressources pour eux-même. Bien que ces parasites mirent en danger l’existence même du super-organisme sociétaire, ils fournirent également une cible. Eliminons les parasites en même temps que l’environnement dans lequel ces parasites prolifèrent et le résultat sera une société où règnera suprêmement l’entr’aide mutuelle.

La question pratique devenait alors comment réaliser cela et surtout où commencer ?

Kropotkine argumentait que les anarchistes devaient se concentrer sur les sociétés européennes, où il y avait à la fois une abondance de richesses, menant potentiellement à une société prospère et un foyer de parasites capitalistes. Les richesses de la société occidentale, clamait Pierre, étaient accumulées par le biais des mains et du travail de millions de travailleurs sur une longue période de temps. Au début, cela impliqua de construire une infrastructure dans laquelle, “chaque hectare de terrain a son histoire de travaux forcés”, se lamentait Pierre “d’un labeur intolérable de la souffrance des gens. Chaque kilomètre de rail de chemin de fer a reçu sa part de sang humain.” Alors que les temps changeaient, ainsi le fit également la source d’abondance. “Avec la coopération de ces êtres intelligents, les machines modernes, elles-mêmes le fruit de trois ou quatre générations d’inventeurs, pour la plupart inconnus, cent personnes fabriquent de quoi habiller dix mille personnes pour une période de deux ans”, écrivait Kropotkine ; mais les gens dont le travail a généré la richesse, ceux qui ont véritablement construit l’infrastructure et créé les machines, ne partagent que très peu les récompenses qui ont émergées de leur travail. Les parasites économiques ont volé toute la richesse, acheté toute la terre et moyens de production, laissant les travailleurs dans le néant. Les produits et dividendes de la masse ont été usurpés par quelques tricheurs, proclamait Kropotkine. “De quel droit quelqu’un peut-il s’approprier le plus petit morceau de ce tout immense et dire: ceci m’appartient et ne vous appartient pas ?” demandait Pierre. Cette apropriation des plus injuste était anti-naturelle aussi loin que Kropotkine envisionnait les choses. Cela allait à l’encontre des forces évolutionnaires qui font bouger les sociétés vers des actions justes et bonnes pour le bien de tous.

La solution au problème du parasitage économique humain était l’expropriation, la redistribution de la richesse accumulée par le petit nombre au grand nombre. Ceci seulement pourra rétablir l’équilibre naturel  des choses dans l’évolution.

“Ceci ne pourra pas être accompli par des actes parlementaires, mais seulement en prenant possession immédiate et effective de tout ce qui est nécessaire pour assurer le bien-être de toutes et tous, ceci est la seule méthode scientifique de travailler”, écrivait Kropotkine.

Il ne voyait pas la violence comme un moyen nécessaire à cette fin altruiste. Le système capitaliste est un système contre-nature et il est par définition instable et facile à mener à l’extinction. Un mélange de grèves générales et de fermetures, pensait Kropotkine, causeraient la désorganisation complète du système fondé sur l’entreprise privée et le salariat. La société serait forcée de prendre la production en compte elle-même, dans sa totalité et de réorganiser l’ensemble pour suffire aux besoins de tous. Au même moment, les gens prendraient le contrôle de la distribution des biens de consommation et alimentaires, des vêtements, du logement, des transports et des moyens de productions, de distribution et de services. Cela prendrait un certain temps, mais libérée des chaînes de l’économie parasitaire et avec la puissance de la propriété commune, l’entr’aide mutuelle reprendrait ses droits. Le super-organisme résultant de ce processus “ne serait pas cristallisé dans des formes rigides et définitives, mais continuerait à modifier ses aspects parce qu’il sera un organisme vivant et évoluant”, nota Kropotkine

(NdT: Plusieurs exemples se sont déroulés dans l’histoire de ce processus. Le plus marquant ayant été la révolution libertaire espagnole de 1936-39, elle-même le résultat d’une culture anarchiste espagnole qui éduqua les gens dès 1869. Un exemple toujours actif aujourd’hui est la Commune d’Oaxaca au Mexique et le mouvement du Chiapas. Bien évidemment, les médias n’en parlent JAMAIS, il ne faut pas donner de mauvaises idées aux moutons occidentaux…).

Une telle société dans laquelle une journée de 4 ou 5 heures de travail jusqu’à l’âge 45 ou 50 ans, permettrait de produire facilement tout ce qui est nécessaire pour le confort de la société, cette société éduquerait tous ses membres et donneraient le choix de carrière. Les bénéfices évidents de l’entr’aide mutuelle encourageraient les gens a accomplir ce qui est bon pour la communauté, ce qui en retour, serait une justification de l’entr’aide mutuelle […]

[…] Les racines de l’éthique ont émergé de la biologie évolutioniste; pas la biologie du “chien qui mange le chien” promue par les “faux darwinistes” tel Huxley, des idées, pensait Kropotkine, qui menaient les gens à panser que “le mal était la seule leçon que l’Homme pouvait tirer de la nature”. Au lieu de cela, ce fut Darwin lui-même qui écrivit sur l’évolution de l’altruisme humain et ses effets sur les communautés dans son ouvrage “La filiation de l’Homme”, qui donna à Pierre une explication naturaliste de l’éthique. Kropotkine écrivit dans son magnus opus sur le sujet: “Ethique: origine et développement”:

“Etant ainsi nécessaire pour la préservation, le bien-être et le développement progressif de chaque espèce, l’instinct d’entr’aide mutuelle est devenu ce que Darwin a décrit comme ‘un instinct permanent’… il est toujours à l’œuvre dans tout animal social et spécifiquement chez l’Homme.”

L’entr’aide mutuelle, comme tous les traits favorisés par la sélection naturelle, peut-être représenté sous la forme d’un arbre […]

[…] Au cours de l’évolution, les organismes qui agissent de manière éthique seraient favorisés par la sélection naturelle. Kropotkine pensait que les animaux et les humains agissaient pour maximiser le plaisir et le bien-être et minimiser la douleur et la souffrance et parce que l’entr’aide mutuelle était bénéfique aux espèces, la sélection naturelle favoriserait les organismes qui associeraient l’action éthique avec le plaisir et l’absence d’action éthique avec la douleur. “Quand une bande de singes voient un de leur membre tomber des suites d’un tir de chasseur, ces singes obéissent à un sentiment de compassion plus fort que toutes leurs considérations personnelles pour la sécurité”, écrivait Kropotkine… Il nare le même phénomène concernant des fourmis qui se précipitent dans les flammes pour sauver leurs petits camarades. “le monde animal… des insectes à l’humain, sait parfaitement ce qui est bien et ce qui est mal et ce sans consulter une bible ou toute autre philosophy..” expliquait Kropotkine à ses lecteurs.

La science et la politique de Pierre Kropotkine touchaient à tant de problèmes fondamentaux concernant la place de l’humanité dans la nature, cela n’etait pas du tout surprenant de voir que beaucoup de gens voulaient entendre bien plus sur ce qu’il avait à en dire. Ainsi, le temps était venu pour Pierre de prendre son entr’aide mutuelle pour un tour académique. Heureux de parler avec quiconque voudrait l’écouter et discuter avec lui, Kropotkine s’en fut en 1897 pour le premier de ses deux tours académiques aux Etats-Unis.

Chapitre 7

Un Russe bien préservé

Kropotkine l’éclectique fit le tour de l’Amérique du Nord en 1897 puis de nouveau en 1901. Là-bas, durant des mois et au travers de milliers de kilomètres de voies ferrées, le plus souvent devant des parterres d’audience complets se comptant par milliers, il donna des douzaines de discours sur des sujets tels que: l’entr’aide mutuelle, la géographie, la géologie, la littérature russe et sur la chrétienté. D’autres anarchistes, russes ou autres, tels que Michel Bakounine, Serge Kravchinski et Alexandre Berkman, avaient déjà visité ou immigré en Amérique du Nord, au début du XXème siècle, mais l’impact qu’ils eurent sur les gens au Canada ou aux Etats-Unis fut minimum comparé à la réception qui fut faite à Kropotkine […]

[…] Quatre mois après le second départ de Kropotkine des Etats-Unis, le président William McKinley fut assassiné à l’exposition Panaméricaine des chutes du Niagara dans l’état de New York, par l’anarchiste Léon Czolgosz…

Une vague anti-anarchiste déferla sur les Etats-Unis. Bien qu’absolument aucune preuve n’ait pu être faite là dessus, des rumeurs commencèrent à circuler disant que Kropotkine ainsi qu’Emma Goldman, avaient ourdi le complot de l’assassinat de McKinley lorsque Pierre était à Hull House. Peu de temps après, en réponse directe à l’assassinat du président, le congrès des Etats-Unis passa la loi d’immigration de 1903 qui étendait le banissement d’immigrants pour y inclure “les anarchistes ou toute personne qui croit ou fait état que renverser par force le gouvernement ou l’état des Etats-Unis ou tout gouvernement que ce soit.” Il n’y aura pas de troisième visite en Amériqie du Nord pour Pierre Kropotkine.

Chapitre 8

Le vieux fou

“Du point de vue de la liberté, quel système serait le mieux ? Dans quelle direction doivent bouger les forces du progrès ? Je n’ai pas de doute que le meilleur système serait un système pas très éloigné de ce que propose Kropotkine.” (Bertrand Russel)

De retour à Londres en 1901, Pierre avait du mal à trouver du travail. Il avait du mal à trouver une maison d’édition pour son dernier livre “Idéaux et réalités dans la littérature russe” et de plus il était toujours en convalescence après une crise cardiaque, ce qui limitait sa capacité de travail […]

[…] Kropotkine était aussi frustré du calage du mouvement révolutionnaire anarchiste basé sur l’entr’aide mutuelle. La cause n’était pas aidée par l’augmentation du nombre d’assassinats de leaders politiques aux mains de soi-disants anarchistes. Bien qu’il refusait de condamner publiquement des actes spécifiques de terrorisme si les terroristes faisaient partie d’un groupe oppressé, Kropotkine voyait les actes de violence terroriste comme étant à la fois barbares et contre-productifs à la cause anarchiste. Au lieu de soutenir la faction armée de groupes anarchistes autour du monde, Pierre s’aligna avec les syndicalistes, un groupe unifié similaire à ses yeux aux guildes médiévales qu’il adorait tant.

Les sociétés anarchistes n’avaient pas le vent en poupe, de plus une thérorie rivale gagnait du terrain aux dépends de l’anarchisme biologique de Kropotkine. Bien que l’anarchisme et le marxisme partageaient le même but général d’une distribution équitable des ressources, Pierre détestait l’approche marxiste pour parvenir à ce but. Kropotkine se considérait lui-même comme un véritable communiste, dans le sens de la commune, vue comme un groupe d’individus partageant propriété et revenu communs, avec un corps décisionnaire non-hiérarchique et non pas comme marxiste, ayant une solution centrée sur l’État pour chaque problème, petit ou grand. De petites sociétés, coordonnées, coopératives entr’elles, autonomes, mais connectées, où “chaque région devient son propre producteur et son propre consommateur de biens produits”, sont le seul chemin vers un monde meilleur. Les expériences empiriques de sa vie et sa connaissance de la biologie de l’évolution ainsi que de la philosophie l’avaient convaincu que l’État était une grosse partie du problème et en aucun cas une solution.

Marx tout comme Kropotkine, avait essayé d’enrober sa théorie politique de biologie, mais Pierre ne voulait pas être partie prenante de cela. Kropotkine argumentait que le marxisme était très superficiel en matière biologique, car il ne focalisait que sur les sociétés humaines et leurs dynamiques; ceci était trop étriqué pour être valide. Au lieu de cela, c’était l’anarchie par son concept d’entr’aide mutuelle, qui représentait le seul lien véritable entre la politique et la biologie. “La méthode de recherche anarchiste est celle des sciences exactes, son but est de construire une philosophie synthétique comprenant en une généralisation toute la phénoménologie de la nature”, écrivit Kropotkine. Le marxisme, engoncé dans sa philosophie centrée sur l’État et sa caractéristique biologique étriquée, ne pouvait pas proposer cela. De plus Kropotkine voyait le marxisme comme un culte. “Leur mecque est à Berlin, leur religion catholique est le marxisme, quant au reste… Je m’en fiche”, écrivait-il.

Puis vint la révolte des paysans russes de 1905, comme résultat de la répression du gouvernement tzariste contre les travailleurs qui étaient de plus en plus en grève à St Petersbourg et dans le centre de la Russie, incluant une grève massive à St Petersbourg en Janvier 1905, impliquant quelques 120 ou 150 000 travailleurs. Le “dimanche sanglant” marqua le début de la révolte […]

[…] Bien que le tzar fit quelques concessions en conséquence de la révolution de 1905, dans les deux ans qui s’ensuivirent, le gouvernement russe regagna peu ou prou le contrôle total du pouvoir […]

[…] Pierre avait compris, que même si le gouvernement du tzar était déposé, le cours de ces évènements seul ne mènerait pas nécessairement à une société fondée sur l’entr’aide mutuelle. Pour s’assurer que cela puisse se faire dans le futur, il continua à écrire sur la philosophie et la morale de l’anarchisme, ceci inclua une entrée dans la renommée avec sa définition de l’anarchisme qu’on lui demanda d’écrire dans l’édition de 1910-11 de l’Encyclopedia Britannica: “L’anarchie est le principe ou la théorie de la vie, la conduite sous laquelle la société est conçue sans gouvernement”. Dans les sociétés anarchistes, qui sont une sorte de “vie organique dans les grandes largeurs, l’harmonie est obtenue non pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à une autorité quelconque, mais par les accords libres conclus entre des groupes variés.. pour la satisfaction de la variété infinie de besoins et d’aspirations de l’être civilisé, incluant bien sûr, la satisfaction d’un nombre toujours croissant de besoins dans les domaines scientifique, artistique, littéraire et sociable”, dit Kropitkine à ses lecteurs.

Bien que son entrée pour l’Encyclopedia Britannica ne fut pas à propos de la Russie per se, le message de Pierre au lecteur en ce qui concerne la Russie et la révolution était clair: “les anarchistes reconnaissent, que comme toute évolution de la nature, la lente évolution de la société est suivie de temps en temps par des périodes d’accélération de l’évolution qui sont appelées des révolutions et ils (les anarchistes) pensent que l’ère des révolutions n’est pas encore terminée.” Kropotkine était persuadé que plus de révolutions se produiraient dans son pays natal.

Avec sa philosophie de l’entr’aide mutuelle comme guide principal, Kropotkin voyait la révolution non-violente comme le chemin vers la société anarchiste. Des gens mourraient sûrement dans une telle révolution, mais la violence à grande échelle ne faisait absolument pas partie de la stratégie de Kropotkine […]

[…] Alors qu’il était en convalescence, Pierre entendit parler de la révolution de Février 1917 en Russie, qui déposa pour de bon le tzar Nicolas II et la dynastie des Romanov. C’était presque trop beau à croire pour Pierre.

La révolution de Février n’avait pas de leader et fut relativement pacifique, menée en partie par des grèves, des manifestations et des soulèvements étudiants. De manière encore plus remarquable, l’armée rejoignit la révolution, ce qui stoppa le pouvoir tzariste […]

[..] Les Kropotkine (NdT: Pierre et son épouse Sophie) arrivèrent à Pétrograde le 30 Mai 1917 et étaient attendus par une foule de plusieurs milliers de personnes qui attendaient leur arrivée, incluant deux officiels du gouvernement: Kerensky et Skobolev. Peu de temps après son retour en Russie, le premier ministre Kerensky offrit à Kropotkine le ministère de l’éducation du gouvernement provisioire russe, mais Pierre refusa, citant son dédain pour l’état et le gouvernement. Bien qu’il refusa toute position officielle, Kropotkine travailla avec Kerensky afin d’essayer de sécuriser des ressources suffisantes pour les necessiteux de la nation. Dès le mois d’Août, les Kropotkine quittèrent Pétrograde pour Moscou. Deux mois plus tard, le rêve de Kropotkine pour une Russie anarchiste s’évanouît pour de bon ; avec la révolution d’Octobre 1917 et la montée en puissance de Lénine et de son gouvernement sous contrôle et complètement centralisé, la Russie se dirigeait maintenant dans la direction opposée de celle que Kropotkine avait travaillé si dur pour.

Après la révolution d’Octobre, Kropotkine et Lénine échangèrent quelques lettres et se rencontrèrent même au moins une fois. Kropotkine en appela à Lénine pour qu’il laisse le peuple russe s’autodiriger, de sécuriser des ressources pour aider les paysans russes qui n’avaient plus assez à manger et de mettre fin aux exécutions des “ennemis de l’État”. Lénine fut cordial dans ses réponses et demandant même à Pierre s’il désirait que son livre sur la Révolution Française soit publiée par les presses d’état, mais il n’honora aucune des requêtes de Kropotkine. En fait, Lénine regardait ses échanges avec Kropotkine comme un moyen de garder quelque soutien de la part des paysans, mais en privé, Lénine était bien moins cordial, écrivant: “Je suis fatigué de ce vieux fou (Kropotkine). Il ne comprend rien à rien en politique et s’impose avec ses conseils, qui pour la plupart sont très stupides.” Trotski lui aussi, faisait peu de cas de Kropotkine, le dégradant comme un “anarchiste suranné”.

En Juin 1918, les Kropotkine s’établirent dans une petite maison dans le village de Dmirrov, à quelques soixante kilomètres au nord de Moscou […]

[…] Le 15 Octobre 1920, le New York Times publia un papier indiquant que “Kropotkine était en train de mourir de faim”… Le 9 Février 1921, le New York Times rapporta que Pierre Kropotkine s’était éteint (NdT: Emma Goldman passa quelque temps avec lui peu avant sa mort). Sa dépouille fut envoyée à Moscou, ses funérailles furent décidées pour le 12 Février. Lénine offrit des funérailles d’État, mais la famille de Kropotkine refusa. Une collecte fut rapidement organisée par des groupes anarchistes pour payer la cérémonie.

Une foule de plusieurs milliers de personnes alla à la rencontre du train qui ramenait le corps de Kropotkine à Moscou. La foule transporta le cercueil au palais du travail où il fut disposé dans le hall des colonnes avant son inhumation.

Épilogue

[…] En plus du fait que Kropotkine fut un des plus célèbres anarchistes politiques de l’histoire, il était une figure très importante en termes de sa science. Il fut la première personne qui proposa que la coopération animale était cruciale pour comprendre les processus de l’évolution. Il mit au défi le principe darwinien dominant qui prétendait que l’évolution n’était que le strict fait de la survie du plus fort. Ceci aurait déjà été assez remarquable si Kropotkine avait fait tout cela dans l’obscurité, mais bien au contraire, à son époque, il était la face publique de ces idées et une des personnes les plus reconnaissable de la planète, dissertant et donnant des conférences sur un nombre incroyable de sujets autour du monde.

Il y a aujourd’hui une sub-discipline à part entière de la biologie qui est dévouée à l’étude de la coopération et de l’altruisme chez les animaux. Ceci n’est pas une mince affaire. E.O. Wilson a nomément dit que comprendre la coopération et l’altruisme dans le règne animal est un des problèmes fondamentaux de l’étude de l’attitude animalière et qu’une insistance à ce sujet peut-être constatée dans les laboratoires de bon nombre de chercheurs qui se spécialisent dans ce domaine aujourd’hui et ce des laboratoires de UCLA à Princeton en passant par les universités du Texas ou d’Helsinki. Le travail de Kropotkine de la fin des années 1880 marque la date de naissance de ce champ de recherche.

Beaucoup des idées qui sont le point de focalisation de recherches dans les laboratoires modernes sur la coopération animalière sont basées sur la permutation d’idées qui ont d’abord été édictées par Pierre Kropotkine. Il y a littéralement des centaines d’articles scientifiques qui sortent chaque année sur la coopération animale, beaucoup dans des revues et magazines importants pour la recherche comme Nature ou Science et autant de ces articles prouvent que Kropotkine était un prophète en son domaine. Il parla de la coopération de divers animaux lorsqu’ils avaient pour tâche de surveiller et d’alerter, aujourd’hui des laboratoires des universités de Cornell et de Cambridge ont quelques douzaines de personnes qui recherchent en ce domaine particulier et tous peuvent remercier Kropotkine d’avoir amener ce sujet à la surface et d’avoir convaincu les gens de son importance.

Il ne fut pas seulement la première personne qui démontra clairement que la coopération était importante parmi les animaux, il fut aussi la première personne à argumenter fortement que comprendre la coopération chez les animaux mettrait en lumière la coopération chez l’humain et de fait permettrait à la science de promouvoir la coopération humaine et peut-être de permettre à notre espèce de se sauver elle-même de son auto-destruction. De nos jours, des anthropologues, des scientifiques de la politique, des économistes, et des psychologues publient des centaines de recherches chaque année sur la coopération humaine, et les chercheurs dans ces domaines commencent seulement à réaliser que beaucoup des sujets qu’il recherchent et étudient de près ont été suggérés et promus en première instance par Pierre Kropotkine.

Fin