Archive pour Kropotkin contre darwinisme social

Darwinisme et biologie sociale…. Rétablir la réalité avec une pensée critique sur l’évolution de l’Homme (Kropotkine et Darwin)

Posted in actualité, documentaire, média et propagande, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 17 septembre 2018 by Résistance 71

Pensée critique sur l’évolution de l’homme et le darwinisme

Pierre Kropotkine

Tirées d’écrits de Pierre Kropotkine publiés en Angleterre entre 1910 et 1915 sur sa pensée de l’évolution humaine et du darwinisme. Ces écrits furent publiés dans “the “Nineteenth Century and After”.

Nous avons traduits ces extraits d’une compilation réalisée par George Woodcock en 1995 dans la seconde partie de son livre “Evolution and Environment” chez Pierre Kropotkine. (éditions Black Rose Books). Dans ce recueil de pensées, Kropotkine analyse la pensée de Darwin sur l’évolution de l’Homme et la sélection naturelle et se lamente que bien des biologistes et socio-biologistes ne peuvent pas le démarquer du malthusianisme latent alors même qu’il avait reconnu que son hypothèse sur la survie du plus apte fondé sur la compétition naturelle, n’avait pas la validité escomptée. Laissons-lui la parole, celle de la voie du milieu dans laquelle Kropotkine excellait.

~ Résistance 71 ~ septembre 2018 ~

[…] Il n’y a pas le moindre doute sur le fait que l’hésitation de bien des biologistes à reconnaître la sociabilité et l’entraide comme une caractéristique fondamentale de la vie animale est due à la contradiction qu’ils voient entre une telle reconnaissance et la dure lutte pour la survie énoncée par Malthus, qu’ils considèrent comme le fondement même de la théorie darwinienne de l’évolution ; alors même qu’on leur rappelle que Darwin lui-même dans son second ouvrage “La filiation de l’Homme”, avait reconnu la valeur dominante de la sociabilité et des sentiments de “sympathie” dans la préservation des espèces ; ils ne peuvent pas réconcilier cette assertion avec la partie que Darwin et Wallace assignaient à la lutte individuelle malthusienne pour des avantages individuels dans leur théorie de la sélection naturelle.

[…] Darwin savait parfaitement que que sa sélection naturelle n’était qu’une HYPOTHESE et que pour être acceptée comme théorie, elle devait passer deux tests: sa capacité à expliquer un grand nombre de faits, incluant les cas difficiles et une certaine preuve à montrer que les processus auxquels elle faisait appel se produisent vraiment dans la Nature. Ainsi, quand on étudie son travail et sa correspondance, on est frappé par le mal de chien qu’il s’est donné pour tester la valeur de la sélection naturelle comme hypothèse capable d’expliquer la plus grande variété imaginable de faits biologiques et les problèmes les plus complexes rencontrés par l’évolution.

[…] Cette lettre [réponse de Darwin au biologiste George Lewes], écrite en 1868, est très instructive. Elle montre que Darwin distinguait déjà deux parties différentes dans le processus d’adaptation. Les facteurs extérieurs, par leur action directe sur une plante, produisent les commencements d’organes adaptés, des épines élémentaires, dues à l’avortement des lobes des feuilles.

[…] Une lettre de Darwin au géologue Moritz Wagner en 1868 est importante sous un autre aspect. Dans cette lettre il admettait franchement qu’il avait sous-estimé le facteur lamarckien, l’action directe de l’environnement:

A mon avis, la plus grande erreur que j’ai commise a été de ne pas envisager un poids suffisant de l’action directe de l’environnement comme par exemple la nourriture, le climat etc, indépendamment de la sélection naturelle. Des modifications ainsi causées qui ne sont ni à l’avantage ni au désavantage de l’organisme modifié, seraient spécifiquement favorisées, comme je peux le voir maintenant au travers de vos observations importantes, par l’isolation dans une endroit restreint où seuls quelques individus des espèces vivaient dans des conditions pratiquement uniformes. Lorsque j’ai écrit “L’origine de l’espèce” et quelques années après, Je n’ai pu trouver que de minces preuves pour une action directe de l’environnement alors que maintenant il y a un très vaste corps de preuves et votre cas de Saturna est un des plus remarquables qu’il m’ait été donné d’entendre (dans “Vie et correspondance”)

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De la filiation de l’Homme (extraits), Charles Darwin, seconde édition 1874

Sur le concept de coopération, de sympathie et d’entraide

Chapitre V.

“[…] Les hommes primitifs, ou nos ancêtres simio-humains, n’ont pu devenir sociables qu’après avoir acquis les sentiments instinctifs qui poussent certains autres animaux à vivre en société ; ils possédaient, sans aucun doute, ces mêmes dispositions générales. Ils devaient ressentir quelque chagrin lorsqu’ils étaient séparés de leurs camarades pour lesquels ils avaient de l’affection ; ils devaient s’avertir mutuellement du danger et s’entr’aider en cas d’attaque ou de défense. Ces sentiments impliquent un certain degré de sympathie, de fidélité et de courage. Personne ne peut contester l’importance qu’ont, pour les animaux inférieurs, ces diverses qualités sociales ; or il est probable que, de même que les animaux, les ancêtres de l’homme en sont redevables à la sélection naturelle jointe à l’habitude héréditaire.

[…] Et d’abord, à mesure qu’augmentent la raison et la prévoyance des membres de la tribu, chacun apprend bientôt par expérience que, s’il aide ses semblables, ceux-ci l’aideront à leur tour. Ce mobile peu élevé pourrait déjà faire prendre à l’individu l’habitude d’aider ses semblables. Or la pratique habituelle des actes bienveillants fortifie certainement le sentiment de la sympathie, laquelle imprime la première impulsion à lu bonne action. En outre, les habitudes observées pendant beaucoup de générations tendent probablement à devenir héréditaires. […] “

De la conclusion de la seconde édition de “La filiation de l’Homme” de Charles Darwin, 1874:

“Le développement des qualités morales est un problème plus intéressant et plus difficile. Leur base se trouve dans les instincts sociaux, expression qui comprend les liens de la famille. Ces instincts ont une nature fort complexe, et, chez les animaux inférieurs, ils déterminent des tendances spéciales vers certains actes définis ; mais les plus importants de ces instincts sont pour nous l’amour et le sentiment spécial de la sympathie. Les animaux doués d’instincts sociaux se plaisent dans la société les uns des autres, s’avertissent du danger, et se défendent ou s’entr’aident d’une foule de manières. Ces instincts ne s’étendent pas à tous les individus de l’espèce, mais seulement à ceux de la même tribu. Comme ils sont fort avantageux à l’espèce, il est probable qu’ils ont été acquis par sélection naturelle.

[…]

Le désir d’aider les membres de leur communauté d’une manière générale, mais, plus ordinairement, le désir de réaliser certains actes définis, entraîne les animaux sociables. L’homme obéit à ce même désir général d’aider ses semblables, mais il n’a que peu ou point d’instincts spéciaux. Il diffère aussi des animaux inférieurs, en ce qu’il peut exprimer ses désirs par des paroles qui deviennent l’intermédiaire entre l’aide requise et accordée. Le motif qui le porte à secourir ses semblables se trouve aussi fort modifié chez l’homme ; ce n’est plus seulement une impulsion instinctive aveugle, c’est une impulsion que vient fortement influencer la louange ou le blâme de ses semblables. L’appréciation de la louange et du blâme, ainsi que leur dispense, repose sur la sympathie, sentiment qui, ainsi que nous l’avons vu, est un des éléments les plus importants des instincts sociaux.

[…]

Néanmoins les bases ou l’origine du sens moral reposent dans les instincts sociaux, y compris la sympathie, instincts que la sélection naturelle a sans doute primitivement développés chez l’homme, comme chez les animaux inférieurs.

Voici ce que disait Nietzsche du darwinisme dans son « Crépuscule des idoles », 1888:

« Pour ce qui en est de la fameuse « Lutte pour la Vie », elle me semble provisoirement plutôt affirmée que démontrée. Elle se présente, mais comme exception ; l’aspect général de la vie n’est point l’indigence, la famine, tout au contraire la richesse, l’opulence, l’absurde prodigalité même, — où il y a lutte, c’est pour la puissance… Il ne faut pas confondre Malthus avec la nature. — En admettant cependant que cette lutte existe — et elle se présente en effet, — elle se termine malheureusement d’une façon contraire à celle que désirerait l’école de Darwin, à celle que l’on oserait peut-être désirer avec elle : je veux dire au détriment des forts, des privilégiés, des exceptions heureuses. Les espèces ne croissent point dans la perfection : les faibles finissent toujours par se rendre maîtres des forts — c’est parce qu’ils ont le grand nombre, ils sont aussi plus rusés… Darwin a oublié l’esprit (— cela est bien anglais !), les faibles ont plus d’esprit… »

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Lectures complémentaires:

Manifeste pour la Société des Sociétés

David Graber Fragments Anthropologiques pour Changer l’histoire de l’humanité

Entraide_Facteur_de_L’evolution_Kropotkine

James_C_Scott_L’art_de_ne_pas_être_gouverné

La mystification par le malthusianisme et le darwinisme-social: Pour une compréhension progressiste de la nature humaine… 1ère partie

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, sciences et technologies, société libertaire, technologie et totalitarisme with tags , , , , , , , , , , on 25 juin 2012 by Résistance 71

Nous avons traduit ici de larges extraits d’un ouvrage tout à fait remarquable du professeur de biologie Lee Alan Dugatkin, de l’université de Louisville dans le Kennetucky, Dr en biologie de l’évolution et qui retrace la vie et l’œuvre de Pierre Kropotkine suivant l’angle de sa science et surtout comment Kropotkine analysait les racines biologiques naturelles de l’anarchisme, caractérisées par l’anti-autoritarisme et l’entr’aide mutuelle, condition sine qua non de l’évolution des espèces.

Kropotkine s’est opposé dès les années 1880 aux dogmes du darwinisme-social et du malthusianisme, qu’il consédérait erronés et réducteurs pour être scientifiquement valides ; Dugatkin retrace pour nous le cheminement du raisonnement de Kropotkine, véritable anti-dote au poison dogmatique de l’ingénierie sociale ancrée dans la pseudo-science malthusienne et social-darwiniste. Ces deux fléaux de la pensée, qui pourrissent tous les débats environnementaux et sociaux depuis des générations sont des outils du contrôle oligarchique sur nos vies, une (pseudo) justification scientifiques des politiques oppressives et rétrogrades utilisée au travers des états pour mieux nous asservir et nous contrôler. Il est évident à la lumière de l’histoire que les dogmes sans fondement de la « surpopulation » et de la « survie du plus apte » sont devenus des instruments de contrôle des populations au seul profit de l’oligarchie en place. Kropotkine l’avait bien compris dès le départ…

Nous avions déjà éclairci ce chemin il y a plusieurs mois avec ces articles (1 et 2) traduits. Il s’avère que Pierre Kropotkine est considéré comme le « père fondateur » de la biologie sociale et que les implications des questions et des études levées par Kropotkine durant sa carrière scientifique, sont l’objet de centaines d’articles scientifiques revus et publiés chaque année dans le monde. Pierre Kropotkine est à l’origine de l’étude de l’altruisme et de l’entr’aide mutuelle tant dans le règne animal qu’humain.

Il serait grand temps que la science renaisse, se débarrasse des oripeaux qui l’affublent des atours de la tromperie et de l’escroquerie pures et simples et se remette enfin au service des peuples et du progressisme. Nous en sommes loin, mais Kropotkine a toujours indiqué le chemin. Retrouvons-le !

Nous publierons cette traduction de larges extraits du livre de Dugatkin « Le prince de l’évolution » en 3 parties:

1ère partie

2ème partie

3ème partie

Pierre Kropotkine sur Résistance 71

 

— Résistance 71 —

*  *  *

1 ère partie

“Dans la société primitive, il n’y a pas d’organe séparé du pouvoir parce que le pouvoir n’est pas séparé de la société, par ce que c’est elle qui le détient, comme totalité une, en me de maintenir son être indivisé, en vue de conjurer l’apparition en son sein de l’inégalité entre maîtres et sujets, entre le chef et la tribu. Détenir le pouvoir, c’est l’exercer ; l’exercer, c’est dominer ceux sur qui il s’exerce: voilà très précisément ce dont ne veulent pas (ne voulurent pas) les sociétés primitives, voilà pourquoi les chefs y sont sans pouvoir, pourquoi le pouvoir ne se détache pas du corps de la société. Refus de l’inégalité, refus du pouvoir séparé : même et constant souci des sociétés primitives.”

Pierre Clastres

 

“Du point de vue de la liberté, quel système serait le mieux ? Dans quelle direction doivent bouger les forces du progrès ? Je n’ai pas de doute que le meilleur système serait un système pas très éloigné de ce que propose Kropotkine.”

Bertrand Russel

 

(Citations ajoutées par nos soins )

 

*  *  *

 

Le prince de l’évolution (larges extraits)

 

Par Lee Alan Dugatkin

Préface du livre

Kropotkine fut une des toutes premières célébrités internationales au monde ; il était connu essentiellement comme un brillant scientifique, mais sa renommée en Europe continentale fut plus centrée sur son rôle et sa guidance pour l’anarchisme. Aux Etats-Unis, il poursuivit ces deux passions. Des dizaines de milliers de personnes suivirent les deux conférences de celui qu’on qualifiait “d’ex-prince Pierre”. Le chemin de la gloire de Kropotkine emprunta les sentiers parfois tortueux de l’exil et de la prison, qui lui firent parcourir plus de 75 000 km à travers les espaces vides de la Sibérie et des contrées de son exil, tout à la fois lui faisant visiter les pays les plus modernes de son époque. Dans sa patrie russe, Pierre passa de l’étape de page préféré du tzar Alexandre II à celle d’un jeune homme épris des théories de l’évolution, en passant par celle de condamné, de prisonnier, d’évadé et d’agitateur politique, se retrouvant poursuivi par la police secrète du tzar dans ses pérégrinations mondiales pour ses idées politiques radicales, mais pour beaucoup éclairées. Qu’il soit emprisonné ou voyageant intensivement, Kropotkine prît toujours le soin d’écrire de manière prolifique sur des sujets aussi variés que l’évolution et l’attitude, la morale, la géographie de l’Asie, l’anarchisme, le socialisme, le communisme, les systèmes pénaux, la révolution industrielle à venir dans l’Est de l’Europe, la révolution française et l’état de la littérature russe.

Bien qu’en apparence des sujets n’ayant aucun rapport les uns avec les autres ou si peu, un fil conducteur commun existait: celui de la loi scientifique de l’entr’aide mutuelle, qui guide l’évolution de toute vie sur Terre ; l’entr’aide était le lien entre tous ces travaux.

La théorie de Kropotkine sur l’entr’aide mutuelle lui vint dans le plus improbable des endroits. En suivant les traces de son héros, Alexandre Von Humboldt, lorsqu’il avait ving ans, il commença une série d’expéditions en Sibérie. A ce stade, il était déjà un biologiste évolutioniste, un des rares en Russie et un grand admirateur de Darwin et de sa théorie de la sélection naturelle.

50 000 km plus tard, plus expérimenté, Kropotkine quitta la Sibérie toujours comme un darwinien ; mais il était devenu un biologiste évolutioniste différent: une nouvelle sorte de biologiste, car Kropotkine ne trouva pas en Sibérie ce qu’il s’attendait à y trouver.

Lorsque Kropotkine commença son long voyage à travers la Sibérie, la thérorie de l’évolution du moment avançait que le monde naturel était un endroit très brutal et que la compétition, la concurrence était la force dominante de l’évolution. Ainsi, dans les étendues glacées sibériennes, Pierre s’attendît à y trouver une nature toutes griffes dehors. Il la rechercha. Il étudia les oiseaux migrateurs, les mammifères, les bans de poissons et les sociétés d’insectes. Ce qu’il trouva est que la compétion était quasiment inexistante. Au lieu de cela, dans tous les recoins du monde animal, il rencontraît une entr’aide mutuelle. Des individus se pressaient pour échanger la chaleur, se nourrissaient les uns les autres, et gardaient leurs groupes des dangers potentiels, le tout semblant ête étroitement imbriqué dans une plus vaste société coopératrice. “De toutes les scènes de la vie animale qui passèrent devant mes yeux”, écrivit Kropotkine, “J’ai vu l’entr’aide mutuelle, le soutien mutuel, et ce de manière si importante que cela me fît suspecter que cela était une caractéristique de la plus grande importance pour le maintien de la vie, la préservation de chaque espèce et de son évolution future.”

Kropotkine ne limita pas ses études au monde animal seul. Il chérissait le temps passé dans les petits villages de paysans sibériens, avec leur sens profond de la communauté et de la coopération: dans ces petits villages sibériens, Kropotkine commença à comprendre “les ressorts intérieurs de la vie des sociétés humaines”. Là, en observant “le travail constructif des masses inconnues”, le jeune scientifique fut le témoin de la coopération humaine et de l’altruisme dans sa plus pure forme.

Le conflit survînt pour lui d’essayer d’aligner ses observations avec la théorie darwinienne. Alors qu’il aurait pu facilement abandonner la pensée évolutioniste dans son ensemble, comme le firent de nombreux scientifiques russes en réfutant les idées de Darwin comme n’étant rien d’autre que le reflet du miroir de la société victorienne, Kropotkine comprît que la pensée évolutioniste pouvait expliquer la diversité de la vie qu’il voyait autour de lui. Ainsi il tendît la corde raide sur laquelle il serait en équilibre permanent pour le restant de sa vie.

Il se fit l’avocat de la sélection naturelle comme la force directrice de la formation de la vie, mais reconnüt que les idées de Darwin avaient été mal interprêtées et mal représentées par les scientifiques britanniques. La sélection naturelle, argumenta Kropotkine, mène à l’entr’aide mutuelle et non pas à la compétition parmi les individus. La sélection naturelle a favorisé et favorise les sociétés dans lesquelles l’entr’aide mutuelle s’est développée et les individus de ces sociétés avaient une prédisposition naturelle et innée à l’entr’aide parce que la sélection naturelle avait favorisée de telles actions. Kropotkine créa même un terme nouveau illustrant ce phénomène: “l’évolution progressive”, pour montrer que l’entr’aide mutuelle était une condition sine qua non de la vie en société, animale et humaine. Des années plus tard, avec l’aide d’autres personnes, Kropotkine formalisera l’idée que l’entr’aide mutuelle était une loi biologique, ceci ayant bon nombre d’implications, mais les graines de ces idées furent semées en Sibérie.

De la toundra sibérienne, la pensée de Kropotkine se tourna vers les implications politiques de l’idée d’entr’aide mutuelle. Les fourmis et les termites, les oiseaux, les poissons et les mammifères coopéraient en l’absence de toute structure organisationnelle, de fait sans aucune forme de “gouvernement”. Ceci était également vrai dans les villages  où l’entr’aide mutuelle abondait, mais où il n’y avait absolument aucune structure de gouvernement centralisé. Kropotkine y voyait beaucoup de similarités avec les écrits anarchistes qu’il avait lu en cachette dans son adolescence. Laissez les gens totalement libres et autonomes, comme Pierre l’avait lu dans la littérature anarchiste et ils coopéreront tout naturellement. En Sibérie, Kropotkine avait découvert que ceci était non seulement vrai pour les humains, mais pour toutes les sociétés qui vivaient en groupes. Ce qui était une marque important de la nature ne pourrait assurément qu’aider en politique et en société.

“Kropotkine écrivît: “J’ai perdu en Sibérie quelque foi que je puisse encore posséder en la discipline de l’État que je chérissais auparavant: j’étais prêt à devenir un anarchiste.”

Pierre devint si convaincu que ses trouvailles scientifiques sur l’entr’aide mutuelle expliquaient les rouages biologiques sous-jacents de l’anarchie politique, que des années après son long voyage en Sibérie, il écrivît dans son oraison funèbre pour Charles Darwin, que les théories de Darwin “étaient un excellent argument pour dire que les sociétés animales sont le mieux organisées de façon anarcho-communiste”. Le temps passant, les idées de Kropotkine sur la science et l’entr’aide mutuelle firent de lui un des penseurs les plus connus de l’anarchisme jusqu’à ce jour. Pendant plus de 80 ans, jusqu’aux années 1960, les idées de Kropotkine sur l’entr’aide mutuelle ont joué un rôle déterminant et critique dans l’étude du comportement et de l’évolution […]

Chapitre 1

L’ex-prince Pierre

Note des traducteurs: Le premier chapitre est consacré à son enfance. Né d’une famille noble, il fit une courte carrière militaire, devint un des favoris du tzar Alexandre II qu’il respectait énormément. C’est  en qualité d’officier de l’armée russe qu’il commença son long périple sibérien en Juillet 1862.

Chapitre 2

En Sibérie

[…] Il vît là que le gouvernement était enclin à “des paroxysmes déments” et bien que le gouvernement de Sibérie ait eu de bonnes intentions, il était toujours une administration centralisée inefficace et corrompue, parce que, pensait Pierre Kropotkine, un bureaucrate sera toujours principalement concerné à faire plaisir à ses supérieurs et non pas à servir le peuple. Le gouvernement, commençait à être convaincu Pierre, était une partie et non pas la solution aux problèmes auxquels faisaient face la Sibérie et même sûrement la Russie de manière générale. Cette conviction devint de plus en plus grande, surtout après avoir rencontré le poète radical en exil M.L. Mikhaïlov, un avocat de la première heure des droits de la femme, Mikhaïlov dont le procès causa une polémique en Russie, lui donna une copie du pamphlet anarchiste de Pierre Joseph Proudhon “Système de contradictioms économiques” (NdT: en français dans le texte original) […]

[…] Lorsque que Pierre s’en fût en Sibérie, il s’attendit à y trouver la nature toutes griffes et dents dehors, le monde dont lui et Sasha parlaient dans leurs discussions à propos de l’évolution.

“J’ai échoué à trouver, pourtant sans faute d’avoir essayé, la lutte âpre pour les moyens de l’existence, parmi les animaux d’une même espèce, ce qui était considéré par les darwiniens (bien que pas toujours par Darwin lui-même…), comme la caractéristique dominante de la lutte pour la vie ainsi que le facteur principal de l’évolution.” Au lieu de cela, Pierre vit que la véritable lutte n’était pas au sein des individus de la même espèce, mais celle de “la lutte pour l’existence que chaque espèce animale devait assumer contre la nature peu clémente”. La dureté de la Sibérie elle-même était le moteur du processus évolutif. De cette lutte millénaire contre des conditions difficiles, l’entr’aide mutuelle avait évolué. Les animaux coopéraient pour lutter contre les conditions de vie difficiles de la Sibérie. L’entr’aide aux yeux de Kropotkine, était fondamentale à la vie animale. “Où que je vis la vie animale en abondance”, nota Pierre “… sur les lacs où une multitude d’espèces et des millions d’individus se rassemblaient pour émanciper leur progéniture, dans les colonies de rongeurs, d’oiseaux migrateurs, ceci prit des proportions très américaines le long du lac Usuri et spécifiquement dans la migration de daims à laquelle j’ai assisté sur l’Amúr et durant laquelle d’inombrables individus de ces animaux intelligents se rassemblaient sur cette immense territoire… Dans toutes ces scènes de la vie animale qui se sont déroulées devant mes yeux, j’ai vu l’entr’aide et le soutien mutuel se perpétrer.” […]

[…] Bien que la vie dans toutes les villes et les colonies était difficile à travers la Sibérie, l’entr’aide mutuelle florissait dans ces localités. Pierre trouva que l’entr’aide mutuelle y interférait aussi avec le gouvernement. Dans les villes et localités près des villes, qui étaient gérées par des bureaucrates, l’entr’aide avait disparu, elle avait été supprimé par le gouvernement et son ingérence dans les affaires locales. Kropotkine écrivit par la suite: “Toutes ces années passées en Sibérie m’ont appris l’impossibilité absolue de faire quoi que ce soit d’utile pour la masse des gens au moyen de la machine administrative. Je me suis défait de cette illusion pour toujours.”

Mais l’entr’aide mutuelle humaine florissait dans certaines parties de la Sibérie, dans les villes et les villages le plus loin des centres de vie administratifs, là la coopération était à son apogée. Là, libérés de toutes contraintes administratives, les paysans sibériens faisaient étale de l’entr’aide la plus débridée. Pierre écrivit: “Le travail constructif des masses inconnues, qui ne trouve que peu de droit de cité dans les livres… L’importance de leur travail constructif dans les formes de croissance sociétaires, se sont révélées devant mes yeux… Voir les avantages immenses que leurs communautés tiraient d’une organisation fraternelle semi-communiste et de voir quel succès était leur mode de colonisation de ces contrées en comparaison avec l’échec de la colonisation étatique, était apprendre quelque chose qui ne peut pas être apprise dans les livres.” […]

[…] De fait, ses observations à la fois sur les animaux et les humains l’ont amené à tirer une conclusion stupéfiante et dramatique: l’entr’aide mutuelle n’était pas seulement commune, mais aussi “de la plus haute importance pour le maintien de la vie, la préservation de chaque espèce et son évolution future. Il parlerait bientôt de l’entr’aide mutuelle comme une loi biologique. […]

[…] Cinq ans en Sibérie formèrent Kropotkine non seulement comme un biologiste évolutioniste et un géographe, mais aussi comme un activiste politique émergent. Il écrivit plus tard: “J’ai perdu en Sibérie toute forme de foi en la discipline étatique que j’eusse pu avoir. J’étais prêt à devenir un anarchiste.” …

La philosophie politique de l’anarchisme pose pour base qu’aucun gouvernement centralisé n’est nécessaire pour que les gens vivent heureux, de manière juste et équitable. Laissez les gens livrés à eux-mêmes, argumentent les anarchistes, et ils se traiteront les uns les autres avec respects et avec décence, Tout comme Kropotkine le fit par lui-même, les anarchistes arrivent à la conclusion que le but ultime de la société est la réduction des fonctions du gouvernement à zéro, et ainsi de développer une société sans gouvernement, sans état, an-archique.

Ce fut l’entr’aide mutuele que Kropotkine vit et nota dans le règne animal qui fit de lui un véritable anarchiste. Le fait que les animaux soient capables d’entr’aide mutuelle et ce de manière naturelle sans l’intervention d’un quelconque “gouvernement”, suggérait des racines biologiques profondes. Kropotkine sentit que le processus d’évolution avait favorisé l’entr’aide mutuelle dans les populations animales et que s’il devait mettre une étiquette politique sur ce fait de comportement animal, ce serait celle “d’anarchie”.

Le lien entre l’anarchie et l’entr’aide mutuelle chez les animaux avaient des conséquences à la fois politiques et scientifiques pour le jeune Pierre. Si les animaux coopéraient en l’absence totale de gouvernement, alors il semblait incompréhensible à Kropotkine que les humains ne puissent pas trouver un moyen de briser les chaînes du gouvernement. Il y avait sûrement un moyen de vivre “libre des entraves du gouvernement”. Kropotkine écrivit: “L’évolution favorise les aggrégations d’organismes essayant de trouver le meilleur moyen de combiner les désirs des individus avec ceux de la coopération pour le bien-être de l’espèce.”

Les anarchistes politiques, écrivit-il, ont la biologie de leur côté, ils ne faisaient en fait qu’adopter “la voie tracée par la philosophie moderne de l’évolution”. L’anarchie, nota t’il,  n’était qu’ “un résumé de la prochaine phase de l’évolution”. Le lien entre la science et la politique se cimenta lorsque Kropotkine commença à penser que “l’anarchisme représente bien plus qu’un mode d’action et une simple conception d’une société libre ; il est une partie intégrante d’une philosophie naturelle et sociale et qu’il doit être traité avec les mêmes méthodes que les sciences naturelles.” […]

Chapitre 3

Pas de perturbations organiques chez Pierre

[…] La répression de l’état inclut une reprise en main du système éducatif dont Kropotkine pensait qu’il devait inclure un composant technique, qui permettrait aux gens de pouvoir être plus autonomes. “Toute la Russie désirait une éducation technique, mais le ministère n’ouvrît que des lycées classiques. Tous les garçons qui promettaient de devenir quelque chose et qui montraient une certaine indépendance d’idées et de réflexion étaient soigneusement écartés ; une éducation technologique dans ce pays qui avait tant besoin d’ingénieurs et de techniciens, d’agriculteurs éduqués et de géologues, était traitée ni plus ni moins que comme l’équivalent de révolutionisme.”

Cette censure anima d’autant plus la haine de Pierre pour l’état. Comme jeune étudiant, il n’avait que peu d’amis à l’université, mais trouva des âmes sœurs au sein du “Cercle Tchaykovsky”, qu’il finit par considérer comme sa famille. Le cercle était un groupe dynamique secret de jeunes radicaux, la plupart anarchistes ou nihilistes, qui tentaient d’éduquer les paysans sur le mal que représentait l’état […]

[…] Le temps passant, le cercle commença à évoluer de distributeur de livres et de pamphlets à l’interaction directe avec les paysans. “De jeunes gens allèrent dans les villages comme médecins, infirmiers, assistants, enseignants, scribes de village, et même comme ouvriers agricoles, maréchaux-ferrants, forgerons, charpentiers, coupeurs de bois etc, et essayaient de vivre en relation étroite avec les paysans”, nota Pierre ; “ces gens y allèrent sans aucune vision révolutionnaire. Ils désiraient simplement enseigner à lire et à écrire à la masse de paysans, à les instruire à d’autres choses, aider leur santé, et participer à les sortir de leur misère noire par tous les moyens.”

L’état ne resta pas les bras croisés devant ces “agitateurs” et se mît à rechercher activement les membres du cercle Tchaykovsky. Nikolaï Tchaykovsky lui-même, un chimiste de formation, fut arrêté à plusieurs reprises et alla en prison […]

[…] Comme pour toutes ses autres passions, Kropotkine s’immergea dans le cercle de Tchaykovsky, rencontrant des paysans, leur apprenant au sujet des mouvements ouvriers émergents en Europe de l’Ouest et implorant son audience de continer à s’éduquer pour eux-mêmes. Kropotkine s’habillait souvent comme eux et diffusait la parole anarchiste sur la malfaisance de tout gouvernement et que les individus coopéraient naturellement et résolvaient les problèmes entr’eux le plus souvent bien mieux que l’état ne puisse le faire […]

Note des traducteurs:

Ici le chapitre continue sur l’arrestation de Kropotkine et son incarcération à la “bastille russe”: l’infâme prison Pierre et Paul, où il resta incarcéré deux ans en isolement complet, gardant sanité et santé grâce à un régime personnel de culture physique et la lecture qui lui était autorisée. Une requête de l’académie des sciences russe faite au tzar, força celui-ci à donner le droit à Kropotkine d’écrire dans sa cellule. Néanmoins atteint de scorbut, il fut transféré à l’hôpital carcéral de St Pétersbourg, d’où il s’échappa durant sa convalescence avec l’aide extérieure d’amis anarchistes. Il s’enfuit avec un faux-passeport en Finlande, puis en Suède d’où il s’embarqua pour l’Angleterre.

A suivre…