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Résistance mondiale à la realpolitik… De Kissinger à Obama

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 20 septembre 2013 by Résistance 71

Dans un âge de “réalistes” et de vigiles

 

Peut-on être optimiste ?

 

John Pilger

 

19 Septembre 2013

 

url de l’article:

 

http://www.counterpunch.org/2013/09/19/in-an-age-of-realists-and-vigilantes/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le plus important anniversaire de l’année fut le 40ème anniversaire du 11 Septembre 1973 et l’écrasement du gouvernement démocratique au Chili par le général Augusto Pinochet et Henry Kissinger, alors ministre des affaires étrangères américain. Les archives de la sécurité nationale à Washington viennent de poster de nouveaux documents qui révèlent beaucoup à propos du rôle de Kissinger dans une atrocité qui a coûtée des milliers de vies humaines.

Dans des enregistrements audios déclassifiés, on peut entendre Kissinger planifiant avec le président Nixon le renversement du président Salvador Allende. Ils sonnent comme de vrais voyous mafieux. Kissinger met en garde que “l’effet de modèle” qu’a la démocratie réformiste d’Allende peut-être “insidieuse”. Il dit au directeur de la CIA Richard Helms: “Nous ne laisserons pas le Chili descendre dans les égoûts”, ce à quoi Helms répond:”Je suis avec vous là-dessus.” Avec le massacre en cours d’accomplissement, Kissinger réfute un avertissement de ses vétérans de chancellerie concernant la dimension de la répression. Secrètement il dit à Pinochet: “Vous avez rendu un grand service à l’occident”.

J’ai personnellement connu un bon nombre des victimes de Pinochet et de Kissinger. Sara De Witt, étudiante à l’époque, m’a montré l’endroit où elle fut battue, violée et électrocutée. En un jour blafard de la banlieue de Santiago, nous avons été à l’ancien centre de torture connu sous le nom de Villa Grimaldi, où des centaines de personnes, comme elle, souffrirent terriblement et furent assassinées ou “disparues”.

Comprendre la criminalité de Kissinger est vital quand on essaie de mesurer ce que les Etats-Unis appellent la “politique étrangère”. Kissinger demeure une voix influente à Washington, admiré et consulté par Barack Obama. Quand Israël, l’Arabie Saoudite, l’Egypte et le Bahreïn commettent des crimes avec la complicité des Etats-Unis et ses armes, leur impunité et l’hypocrisie d’Obama sont du Kissinger pur sucre. La Syrie ne doit pas avoir d’armes chimiques, mais Israël peut en avoir et les utiliser. L’Iran ne doit pas avoir de programme nucléaire, mais Israël peut avoir plus d’armes nucléaires que la Grande-Bretagne. Ceci est connu sous le vocable de “réalisme” ou de realpolitik par les intellectuels états-uniens et les think-tanks qui clâment une expertise quelconque en “contre-terrorisme” et en “sécurité nationale”, qui ne sont que des termes orwelliens voulant dire juste l’inverse.

Ces dernières semaines, le quotidien the New Statesman a publié des articles de John Bew, un universitaire au département des études de guerre du King’s College, rendu célèbre par le guerrier de la guerre froide Laurence Freedman. Bew se lamente du vote parlementaire qui a stoppé Cameron de rejoindre Obama pour une attaque illégale de la Syrie et de l’hostilité de la plupart de peuple britannique envers le bombardement d’autres nations. Une note à la fn de l’article dit qu’il va “prendre la chair Henry A. Kissinger des affaires étrangères et des relations internationales” à Washington. Si ceci n’est pas de l’humour noir, c’est une profanité envers ceux comme Sara De Witt et les inombrables autres victimes de Kissinger, ainsi que ceux qui sont morts dans l’holocauste de ses bombardements secrets avec Nixon du Cambodge.

Cette doctrine du “réalisme” a été inventée aux Etats-Unis après la seconde guerre mondiale et fut financée par les fondations Ford, Carnegie et Rockefeller, l’OSS (prédécesseur de la CIA) et le CFR. Dans les plus grandes universités, on enseigna aux élèves de regarder et d’analyser les peuples en fonction de leur utilité, de leur degré de disposition, en d’autres termes, en fonction de “leur menace envers nous”. Ce narcissisme servit à justifier de la guerre froide, ses mythes moralisateurs et ses risques cataclysmiques et quand ceci fut terminé, la “guerre contre la terreur”. Un tel “consensus transatlantique” trouve souvent écho en GB avec l’élite britannique si nostalgique de l’ère impérialiste. Tony Blair l’a utilisé afin de pouvoir commettre ses crimes et de les justifier jusqu’à ce que ses mensonges ne le rattrappent. La mort violente de plus de 1000 personnes par mois en Irak fait partie de son héritage et pourtant ses points de vue sont toujours courtisés et son chef collaborateur Allistair Campbell est un conférencier d’après dîners et le sujet d’entretiens obséquieux. Tout le sang versé, semble t’il, a été nettoyé.

La Syrie est le projet courant. Débordé par la Russie et l’opinion publique, Obama a maintenant embrassé “la voie de la diplomatie”. Vraiment ? Un négociateur russe et états-unien sont arrivés à Genève le 12 Septembre, les Etats-Unis ont augmenté leur soutien logistique aux milices affiliées à Al Qaïda avec des armes acheminées clandestinement depuis la Turquie, l’Europe de l’Est et les pays du Golfe. Le parrain n’a aucune intention de faire faux-bond à ses proxies en Syrie. Al Qaïda fut créé par l’opération Cyclone pour armer les moudjahidines en Afghanistan occupé par l’URSS. Depuis lors, les djihadistes ont été utilisés pour diviser les sociétés arabes et pour éliminer la menace du nationalisme pan-arabe aux intérêts occidentaux et à l’expansion coloniale hors-la-loi d’Israël. Voilà le “réalisme” à la Kissinger.

En 2006, j’ai eu un entretien avec Duane “Dewey” Clarridge, qui fut le patron de la CIA en Amérique Latine dans les années 1980. Voilà un vrai “réaliste”. Tout comme Kissinger et Nixon dans les enregistrements, il parla franc. Il référa à Salvador Allende avec un “le mec là, je sais plus son nom au Chili…” et dit “il devait partir parce que cela était dans nos intérêts nationaux”. Quand je lui ait demandé ce qui lui donnait le droit de renverser des gouvernements, il a dit: “Que çà vous plaise ou non, nous ferons ce que nous voudrons. Monde, habitues-toi !”

Le monde ne s’en accommodae plus. Sur un continent ravagé par ceux que Nixon appelait: “Nos salopards”, les gouvernements d’Amérique Latine ont défié les Clarridge et Compagnie et ont mis en place une bonne partie du rêve de démocratie sociale d’Allende, ce qui était la grande peur de Kissinger. Aujourd’hui, la vaste majorité de l’Amérique Latine est indépendante de la politique étrangère américaine et libre de sa politique de vigile. La pauvreté a diminué de près de moitié, les enfants vivent au-delà des cinq ans, les anciens apprennent enfin à lire et à écrire. Ces avancées remarquables sont sans cesse rapportées de mauvaise foi en occident et ignorées par les “réalistes”. Mais ceci ne doit jamais diminuer leur valeur comme une grande source d’optimisme et d’inspiration pour nous tous.