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La Grande Loi de la Paix ou Constitution de la Confédération Iroquoise (XIIème siècle) ~ 3ème partie: Wampums 79-117 ~

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La Constitution de la Confédération Iroquoise

 

Kaianerekowa (Gayanashagowa) ou la Grande Loi de la Paix

 

Traduction Résistance 71 

 

Introduction

1ère partie: wampums 1-54

2ème partie: wampums 55-78

3ème partie: wampums 79-117

 

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Les droits et pouvoirs de guerre

 

  1. Skanawatih sera investi de double fonction, devoir et autorité. Une moitié de son être devra tenir sa fonction de chef et l’autre moitié celle de chef de guerre. En cas de guerre, il devra notifier les cinq chefs de guerre de la confédération et leur commander de se préparer à la guerre, qu’ils aient leurs hommes prêts au temps et à l’endroit prescrits pour l’engagement avec l’ennemi de la Grande Paix.

 

  1. Lorsque le conseil de la confédération des Cinq Nations a pour but l’établissement de la Grande Paix parmi le peuple d’une nation étrangère et que cette nation refuse d’accepter la Grande Paix, par ce refus elle amène sur elle une déclaration de guerre de la part des Cinq Nations. Les Cinq Nations devront alors établir la Grande Paix par la conquête de la nation discordante.

 

  1. Lorsque les hommes des Cinq Nations, maintenant appelés à devenir guerriers, sont prêts pour la bataille contre une nation obstinée qui a refusée d’accepter la Grande Paix, alors un des cinq chefs de guerre devra être choisi par les guerriers des Cinq Nations pour mener leur armée à la guerre. Il sera du devoir du chef de guerre choisi de se tenir devant les guerriers et de leur parler. Son but sera de motiver les guerriers à la nécessité d’une bonne attitude et d’une obéissance stricte aux commandements des chefs de guerre. Il devra délivrer un discours les exhortant au plus grand zèle de bravoure et de courage et de ne jamais se rendre coupables de couardise. A la conclusion de son discours, il devra commencer à marcher et commencer à chanter le chant de guerre de la sorte:

Je suis maintenant très surpris et vais donc l’utiliser, ce pouvoir de mon chant de guerre, je suis les Cinq Nations et je supplie le créateur tout puissant. Il a assemblé cette armée. Mes guerriers seront pétris du courage du créateur. Ils sont entre lui et mon chant, car c’est lui qui a donné ce chant, ce chant de guerre que je chante !

 

  1. Lorsque les guerriers des Cinq Nations sont en expédition contre l’ennemi, le chef de guerre devra chanter le chant de guerre alors qu’il approche le pays ennemi et ne cessera de chanter tant que ses éclaireurs ne lui ont dit que l’armée est proche de l’ennemi et de ses lignes, c’est alors que le chef de guerre devra approcher l’endroit très précautionneusement et se préparer à l’attaque.

 

  1. Lorsque la paix sera établie après la fin de la guerre contre la nation étrangère, alors le chef de guerre devra faire en sorte que toutes les armes de guerre soient retirées à cette nation. Alors la Grande Paix sera établie et cette nation observera les lois de la Grande Paix pour les temps à venir.

 

  1. Dès qu’une nation étrangère est conquise ou a d’elle même acceptée la Grande Loi de la Paix, leur propre système de gouvernance interne continuera, mais elle devra cesser toute acte de guerre contre toute autre nation.

 

  1. Si une guerre contre une nation étrangère est poussée jusqu’au stade où cette nation est en passe d’être exterminée à cause de son refus d’accepter la Grande Paix et si cette nation doit par son obstination être exterminée, tous ses droits, propriétés et territoires deviendront la propriété des Cinq Nations.

 

  1. A chaque fois qu’une nation étrangère est conquise et les survivants amenés dans le territoire des Cinq Nations et placés sous les auspices de la Grande Paix, les deux devront être connus sous les vocables de conquérants et de conquis. Une relation symbolique devra être établie et placée dans une position symbolique. La nation conquise n’aura pas de voix dans les conseils de la confédération et dans le corps des chefs.

 

  1. Quand la guerre des Cinq Nations contre une nation étrangère rebelle a pris fin, la paix devra être restaurée dans cette nation en lui enlevant toutes armes de guerre ; ceci sera effectué par le chef de guerre des Cinq Nations. Lorsque tous les termes de la paix auront été agréés, une amitié devra alors être établie.

 

  1. Lorsque la proposition d’établir la Grande Paix est faite à une nation étrangère, ceci doit être fait au sein d’un conseil tenu mutuellement. La nation étrangère devra être persuadée par la raison et sera sollicitée avec insistance d’en venir à la Grande Paix. Si les Cinq Nations échouent d’obtenir le consentement de la nation au premier conseil, un second conseil devra se tenir et en cas de second échec, un troisième conseil devra se tenir et ce troisième conseil mettra fin à la méthode de persuasion pacifique. Durant le troisième conseil, le chef de guerre des Cinq Nations devra s’adresser au chef de la nation étrangère et lui demander par trois fois d’accepter de rejoindre la Grande Paix. Si un refus s’ensuit, le chef de guerre devra alors laisser tomber la poignée de coquillages de lac blancs qu’il tiendra dans sa main tendu ; il devra alors bondir rapidement en avant et tuer le chef contrevenant avec sa massue de guerre. La guerre sera alors déclarée et le chef de guerre devra avoir ses guerriers derrière lui pour faire face à toute urgence. La guerre devra continuer jusqu’à ce que la confrontation soit gagnée par les Cinq Nations.

 

  1. Lorsque les chefs des Cinq Nations proposent de rencontrer une nation étrangère en conseil avec des propositions d’acceptance de la Grande Paix, un groupe important de guerriers devra se cacher dans un endroit sécure à l’abri des espions de la nation étrangère mais suffisamment proche pour pouvoir intervenir. Deux guerriers devront accompagner le chef de la confédération qui porte les propositions et ces deux guerriers devront être particulièrement rusés. Si le chef devait être attaqué, ces deux guerriers devraient retourner très vite vers l’armée de guerriers avec la nouvelle de cette calamité, qui énonce la trahison de la nation étrangère.

 

  1. Lorsque le conseil des Cinq Nations déclare la guerre, tout chef de la confédération peut rejoindre les guerriers en renonçant temporairement à son titre sacré de chef qu’il détient de son élection par les femmes de sa famille. Le titre de chef retourne alors aux femmes qui peuvent l’accorder temporairement à un autre fils de leur choix jusqu’à la fin de la guerre et lorsque le chef, s’il est toujours en vie, peut reprendre son titre et siéger de nouveau au conseil.

 

  1. Une certaine ceinture wampum de nacres noires devra être l’emblème de l’autorité qu’ont les cinq chefs de guerre pour prendre les armes de guerre et de résister à l’invasion avec leurs hommes. Ceci sera appelé une guerre de défense du territoire.

 

Trahison ou sécession d’une nation

 

  1. Si une nation, partie d’une nation ou plus d’une nation au sein des Cinq Nations se mettait en tête de détruire la Grande Paix de quelque manière que ce soit en négligeant ou violant ses lois et que ceci ait pour résultat la dissolution de la confédération, une telle nation ou de telles nations seront coupables de haute trahison et appelées ennemies de la confédération et de la Grande Paix.

Il sera alors du devoir des chefs de la confédération demeurant loyaux de prévenir les personnes contrevenantes. Ils seront mis en garde une fois et si un second avertissement s’avère nécessaire, alors ils seront chassés du territoire de la confédération par les chefs de guerre et leurs hommes.

 

Droits du peuple des Cinq Nations

 

  1. A chaque fois qu’une chose de la plus haute importance ou d’une grande urgence est présentée devant le conseil de la confédération et que la nature de l’affaire affecte le corps entier des Cinq Nations, menaçant celle-ci de ruine ou de perdition, alors les chefs de la confédération devront soumettre l’affaire à la décision de leur peuple et la décision du peuple devra affecter la décision du conseil confédéral. Cette décision sera alors la confirmation de la voix du peuple.

 

  1. Les hommes de chaque clan des Cinq Nations devront avoir un feu de conseil allumé en permanence en préparation d’un conseil de clan. Lorsqu’il semble nécessaire de se réunir en conseil pour discuter du bien-être des clans, alors les hommes pourront se rassembler autour du feu. Ce conseil aura les mêmes droits que le conseil des femmes.

 

  1. Les femmes de chaque clan des cinq nations devront avoir un feu de conseil brûlant en permanence en prévision de la réunion d’un conseil de clan. Quant à leur avis, cela devient nécessaire pour l’intérêt du peuple, alors elles devront tenir conseil et leurs décisions et recommandations devront être introduites devant le conseil des chefs par le chef de guerre pour y être considérées.

 

  1. Tous les feux de conseil de clan d’une nation ou des Cinq Nations peuvent s’unir en un grand feu de conseil général ou des délégués de tous les feux de conseils peuvent être nommés pour s’unifier dans un conseil général pour y discuter des intérêts du peuple. Le peuple aura le droit de nommer ou de déléguer son pouvoir à des membres de la communauté. Lorsque leur conseil aura atteint une conclusion en quelque sujet que ce soit, leur décision sera rapportée au conseil de la nation ou celui de la confédération (selon le cas) par le ou les chefs de guerre.

 

  1. Avant que le véritable peuple unisse leurs nations, chaque nation avait ses feux de conseil. Avant la Grande Paix, les conseils se tenaient. Les feux du conseil des cinq continueront de brûler comme avant, ils ne sont pas éteints. Les chefs de chaque nation dans le futur devront résoudre les affaires de leur nation à ce feu de conseil toujours gouverné par les lois et les réglementations du conseil de la confédération et par la Grande Paix.

 

  1. Si un neveu ou une nièce observe une irrégularité dans la performance des fonctions de la Grande Paix et de ses lois, soit au conseil confédéral ou dans l’attribution des titres de chef, ils peuvent demander par le truchement du chef de guerre que des corrections soient apportées et que les choses soient faites conformément aux façons prescrites par la Grande Loi de la Paix.

 

Protection des cérémonies religieuses

 

  1. Les rites et festivals de chaque nation devront rester intacts et continueront comme auparavant parce qu’ils ont été donnés aux peuples il y a très longtemps comme étant de bonnes choses nécessaires pour le bien des gens.

 

  1. Il sera du devoir des chefs de chaque confrérie de conférer à l’approche de chaque période de remerciement de la mi-hiver et de notifier leur peuple du prochain festival. Ils devront tenir conseil à ce sujet et s’occuper de tous les détails et commencer le remerciement cinq jours après la lune nouvelle de Dis-ko-nah. Le peuple devra s’assembler à l’endroit dit et les neveux devront notifier les gens du quand et du où. Du début à la fin du festival, les chefs présideront au remerciement et s’adresseront au peuple de temps en temps.

 

  1. Il sera du devoir des personnes en charge des festivals de remerciement de faire tout ce qui doit l’être pour ces occasions.

Les festivals reconnus pour le remerciement devront être ceux de la mi-hiver, du remerciement pour le sirop d’érable, pour le sarclage du maïs, le petit festival du maïs vert, le grand festival du maïs mûr et le grand remerciement pour la moisson. Tous les festivals de chaque nation devront se tenir dans leurs longues maisons.

 

  1. Lorsque le remerciement pour le maïs vert est arrivé, les responsables spécifiques, hommes et femmes, devront faire très attention de remplir leurs devoirs correctement.

 

  1. Lorsque le festival de remerciement pour le maïs mûr se déroule, les chefs de la nation doivent y donner la même attention que celle apportée pour le remerciement de la mi-hiver.

 

  1. Chaque fois qu’un homme se réalise par sa vie exemplaire et sa connaissance des bonnes choses, qu’il est un enseignant naturel des bonnes choses, il devra être reconnu par les chefs comme un enseignant de la paix et de la religion et le peuple devra l’écouter.

 

Le chant d’intronisation

 

  1. Le chant utilisé pour introniser un nouveau chef de la confédération devra être chanté par Adodarhoh comme suit:

 

“Haii, haii Agwah wi-yoh Haii, haii A-Kon-he-watha Haii, haii Ska-we-ye-se-go-wah Haii, haii Yon-gwa-wih Haii, haii Ya-kon-he-w-tha

Haii, haii cela est très bon en fait Haii, haii, c’est un balai,– Une grande aile, Haii, haii elle m’est donnée Haii, haii, comme instrument de balayage.”

 

  1. A chaque fois qu’une personne ayant le droit d’apprendre le chant de la pacification, a le privilège de pouvoir le faire, mais il devra préparer un festin auquel participeront avec lui ses professeurs et chanteront. Le festin est donné pour qu’aucune mauvaise fortune ne leur échoit pour avoir chanté le chant en une occasion où le chef n’est pas instauré.

 

Protection de la maison

 

  1. Un certain signe conventionnel devra être connu de toute personne des cinq nations, signe qui dénotera que l’occupant de la maison est absent. Un bâton ou une perche dans une position inclinée ou barrant le chemin sera ce signe. Toute personne qui n’a aucune raison d’entrer dans la maison de par le droit conféré à ceux qui y vivent, ne devra pas approcher de la maison présentant un tel signe, ni de jour ni de nuit et devra rester à une distance respectable de la maison.

 

Les adresses funéraires

 

  1. Aux funérailles d’un chef de la confédération dites ceci: “Maintenant nous nous réconcilions alors que tu t’en vas. Tu fus un chef de la confédération des Cinq Nations et le peuple unifié avait confiance en toi. Maintenant nous te libérons, car c’est un fait que nous ne pouvons plus marcher ensemble sur cette terre. Ainsi, nous déposons ta dépouille ici. Ici nous l’abandonnons. Maintenant nous te disons: Persévère vers l’endroit où le créateur vaque en paix. Ne laisse pas les choses terrestres t’importuner. Ne laisse rien de ce qui transpirait lorsque tu vivais t’importuner. Tu as pris plaisir à chasser, tu as pris du plaisir en jouant à Lacrosse et ton esprit s’est amusé dans les fêtes et les occasions plaisantes, mais maintenant ne laisse pas les pensées de ces choses te donner quelque trouble que ce soit. Ne laisse pas ta famille t’importuner et ne laisse pas non plus tes amis et associés troubler ton esprit. Ne regarde rien de tout cela.

Maintenant, vous ici présents qui étiez reliés à cet homme et vous qui étiez ses amis et associés, regardez le chemin qui est aussi le votre ! Bientôt nous serons nous-mêmes laissés en cet endroit. Pour cette raison, restreignez-vous en allant de place en place. Ne cachez rien dans vos conversations ni dans vos actions. Ne pratiquez pas la langue de bois ni le commérage. Faites attention à cela et ne parlez pas, ne vous abandonnez pas à de mauvaises attitudes. Vous devrez vous abstenir de frivolités inutiles pendant un an, mais si vous ne pouvez pas le faire en guise de cérémonie, alors dix jours de respect pour ces choses sont requis.”

 

  1. Aux funérailles d’un chef de guerre dites: “Maintenant nous sommes réconciliés alors que tu t’en vas. Tu fus un chef de guerre de la confédération des Cinq Nations et le peuple unifié avait confiance en toi pour le garder de ses ennemis (le reste demeure identique à l’adresse funéraire pour un chef de la confédération)

 

  1. Aux funérailes d’un guerrier dites; “Maintenant nous sommes réconciliés alors que tu t’en vas. Tu fus un protecteur dévoué de ta famille et tu as toujours été prêt à prendre part aux batailles pour la confédération des Cinq Nations. Le peuple unifié avait confiance en toi (le reste demeure identique à l’adresse funéraire pour un chef de la confédération).

 

  1. Aux funérailles d’un jeune homme dites: “Maintenant nous sommes réconciliés alors que tu t’en vas. Au tout début de ta carrière es-tu pris et la fleur de ta vie s’est fânée trop vite. (le reste demeure identique à l’adresse funéraire pour un chef de la confédération)

 

  1. Aux funérailles d’une femme chef dites: “Maintenant nous sommes réconciliés alors que tu t’en vas. Tu fus une femme chef de la confédération des Cinq Nations. Tu fus une mère des nations. Maintenant nous te libérons car il est vrai que nous ne pouvons plus marcher ensemble sur cette terre. Ainsi nous déposons ici ta dépouille. Nous l’abandonnons ici. Maintenant nous te disons: ‘Persévère vers l’endroit où le créateur vaque en paix. Ne laisse pas les choses terrestres t’importuner. Ne laisse rien qui transpirait lorsque tu vivais t’importuner. Prendre soin de ta famille était un devoir sacré pour toi et tu étais fidèle. Tu étais une parmi les plusieurs héritières des titres de chef. Tu participais aux fêtes et tu as eu bien des occasions plaisantes…” (le reste demeure identique à l’adresse funéraire pour un chef de la confédération)

 

  1. Aux funérailles d’une femme dites: “Maintenant nous sommes réconciliés alors que tu t’en vas. Tu fus une femme dans la fleur de la vie et sa floraison est maintenant terminée. Tu a tenu la position sacrée de mère de la nation. Prendre soin de ta famille était un devoir sacré pour toi et tu étais fidèle. Tu participais aux fêtes et tu as eu bien des occasions plaisantes…” (le reste demeure identique à l’adresse funéraire pour un chef de la confédération)

 

  1. Aux funérailles d’une jeune femme dites: “Maintenant nous sommes réconciliés alors que tu t’en vas. Tu étais un tendre bouton de fleur qui a réjoui nos cœurs pour seulement quelques jours. Maintenant la floraison s’est arrêtée. Ne laisse rien des choses qui ont transpirées sur terre t’importuner. Ne laisse rien de ce qui t’es arrivé lors de ta vie t’importuner.”

(le reste demeure identique à l’adresse funéraire pour un chef de la confédération)

 

  1. Quand un nouveau né meurt dans les trois jours de sa naissance, le deuil doit continuer pendant cinq jours. Ensuite, vous devrez rassembler les petits garçons et les petites filles dans la maison du deuil et durant la fête des funérailles, un orateur devra s’adresser aux enfants et leur dire de continuer à être joyeux, bien que la tristesse ait été jetée sur eux au travers de cette mort. Que les nuages noirs s’envolent et que le grand ciel bleu soit de nouveau visible. Ils seront ainsi de nouveau en paix dans la clarté du soleil.

 

  1. Lorsqu’une personne décédée est amenée sur le lieu d’enterrement, le porte-parole du côté opposé du conseil du feu devra remonter le moral de la famille privée d’un être cher et raviver leur feux de la paix, les motiver de remettre de l’ordre dans leur maison pour une fois de plus revenir dans la clarté après que les ténèbres les aient enveloppé. Il leur dira que les nuages noirs s’envoleront et que le grand ciel bleu sera de nouveau visible. C’est pourquoi ils seront de nouveau en paix dans la lumière du soleil.

 

  1. Trois lignes de nacres de coquillages d’une longueur d’une longueur de bras chacune seront employées pour s’adresser à l’assemblée aux funérailles d’un mort. Le porte-parole devra dire:

“Oyez vous tous assemblés, ce corps va être recouvert. Rassemblez vous en cet endroit de nouveau dans dix jours et c’est la parole du créateur de ce que le deuil doive cesser après que dix jours se soient écoulés. Ensuite une fête sera donnée.”

Puis, à l’expiration des dix jours, le porte-parole devra dire: “Continuez à écouter vous qui êtes ici. Les dix jours de deuil sont achevés et vos esprits doivent maintenant se libérer de la tristesse qui échoit lors de la disparition d’un membre de la famille. Les membres de la famille ont décidé de compenser un peu ceux qui ont assisté et aidé à ces funérailles. Ceci n’est qu’une simple expression de remerciement. Ceci est pour la personne qui a fait la cuisine alors que le corps reposait dans la maison. Laissons la venir devant l’assemblée pour recevoir ce cadeau et qu’elle soit relevée de sa tâche.”

En substance, ceci devra être répété pour chaque personne qui a assisté de quelque manière que ce soit jusqu’à ce que tout le monde ait été honoré.

Fin

 

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La Grande Loi de la Paix ou Constitution de la Confédération Iroquoise (XIIème siècle) ~ 2ème partie: Wampums 55-78 ~

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La Constitution de la Confédération Iroquoise

 

Kaianerekowa (Gayanashagowa) ou la Grande Loi de la Paix

 

Traduction Résistance 71 

 

Introduction

1ère partie: wampums 1-54

2ème partie: wampums 55-78

3ème partie: wampums 79-117

 

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Le symbolisme officiel

 

  1. Un grand tissage de perles de coquillages, auquel les chefs des cinq nations ont équitablement participé, symbolisera la finitude de l’union et certifiera le serment des nations représentées par les chefs de la confédération des nations Mohawk, Oneida, Onondaga, Cayuga et Seneca, qui sont toutes unifiées et ont formé un seul corps ou une union appelée union de la grande loi, qu’elles ont établi.

Un tissage de perles de coquillages sera le symbole du conseil du feu et de la confédération des cinq nations. Le chef que le conseil des gardiens du feu appointera comme porte-parole au début de la session du conseil devra tenir la ceinture de nacres dans ses mains en parlant. Quand il a fini de parler, il déposera la ceinture sur une endroit élevé (ou sur un poteau) de façon à ce que les chefs assemblés et les gens puissent la voir et sachent que le conseil est ouvert en en cours de session.

Lorsque le conseil est ajourné, le chef qui a été nommé par ses camarades chefs pour le fermer devra prendre la ceinture dans ses mains et s’adresser à l’assemblée des chefs. Ainsi se terminera la conseil jusqu’à un moment et un endroit décidés par le conseil. Alors la ceinture devra être placée dans un endroit sûr.

Tous les cinq ans, les chefs de la confédération des cinq nations et le peuple devront se rassembler et se demander les uns les autres si leurs esprits sont toujours dans la même vague d’unité pour la Grande Loi Unificatrice et si une des cinq nations ne veut pas continuer à prêter serment d’unité, alors la Grande Loi Unificatrice devra être dissoute.

 

  1. Cinq rangées de coquillages attachées ensemble pour n’en former qu’une devront représenter les Cinq Nations. Chaque rangée représentera une nation et l’ensemble un territoire complètement unifié connu sous le nom de territoire de la confédération des Cinq Nations.

 

57.Cinq flèches devront être solidement attachées ensemble, chaque flèche représentant une nation. Comme les cinq flèches solidemement attachées, ceci symbolisera l’union complète des nations. Ainsi sont complètement unifiées les cinq nations et imbriquées les unes dans les autres, unies en une tête, un corps et un esprit. C’est pourquoi elles devront travailler, légiférer et entrer en conseil ensemble pour l’intérêt des générations futures.

 

Les chefs de la confédération devront manger ensemble dans un bol commun le met préparé de la queue de castor cuite. Lorsque qu’ils mangent il ne peuvent pas utiliser d’ustensiles tranchant car s’ils le faisaient, ils pourraient accidentellement se blesser et alors un bain de sang s’en suivrait. Toutes mesures appropriées doivent être prises pour absolument éviter que le sang coule.

 

  1. Les chefs des Cinq Nations se trouvent maintenant debout en cercle se tenant par les mains. Ceci signifie et garantit qui si un des chefs de la confédérations quitte le conseil et cette confédération, ses bois de cerf, emblème de son titre de chef, ainsi que ses droits de naissance, devront être hébergés sur les bras des chefs de l’union dont les mains sont jointes. Il renonce à son titre, les bois de cerf tombent de son front mais restent au sein de la confédération.

 

Une autre signification est que si à un moment donné, un des chefs de la confédération choisit de se soumettre à la loi d’un peuple étranger, il n’est plus dans, mais en dehors de la confédération et on devra dire des personnes de cette classe qu’ils “se sont aliénés”. De même, de telles personnes qui se soumettent aux lois de nations étrangères doivent abandonner leurs droits et appartenance à la confédération des Cinq Nations et son territoire.

Vous, les chefs de la confédération des Cinq Nations, demeurez ferme de façon à ce que si un arbre tombe sur vos bras joints, il ne pourra pas vous séparer ou affaiblir votre poigne. Ainsi se préservera la force de l’union.

 

  1. Une ceinture tissée de nacres de coquillages wampum d’une largeur de trois mains, la moitié supérieure blanche, la moitié inférieurs noire, faite à contribution égale par les hommes des cinq nations, sera la manifestation physique de ce que les les gens ont fusionné en une tête, un corps et une pensée ; cela symbolisera aussi leur ratification du pacte de paix de la confédération, où les chefs des Cinq Nations ont établi la Grande Paix.

La portion blanche des nacres représente les femmes tandis que la portion noire représente les hommes. La portion noire est de plus le signe du pouvoir investi chez les hommes des Cinq Nations.

Cette ceinture wampum investit le peuple du droit de corriger leurs chefs errants. Dans le cas d’une partie où tous les chefs s’engagent sur un chemin qui n’est pas embrassé par le peuple et qu’ils ne considèrent toujours pas le troisième avertissement donné par les femmes de leurs familles, alors l’affaire devra être porté devant le conseil général des femmes des Cinq Nations. Si les chefs notifiés et avertis trois fois ne rentrent toujours pas dans le rang, alors l’affaire devra être portée devant les hommes des Cinq Nations. Les chefs de guerre devront alors, par droit et suivant l’autorité qui leur est conférée, entrer le conseil ouvert, pour avertir le ou les chefs de retourner sur le droit chemin. Si les chefs incriminés entendent le conseil, ils devront dire: “Nous répondrons demain”. Si une réponse favorable est ensuite donnéee en faveur de la justice et en accord avec la Grande Loi de la Paix, alors les chefs devront de nouveau prêter allégeance en fournissant chacun les ceintures wampum requises. Alors les chef de guerre ou les chefs devront exhorter les chefs errants d’être juste et bon.

Si les chefs devaient refuser d’entendre le troisième avertissement, deux options sont alors possibles: soit les hommes peuvent décider en conseil de déposer le ou les chefs ou de les frapper à mort avec leurs massues de guerre. S’ils décident dans leur conseil de prendre la première option, le chef de guerre devra s’adresser aux chefs intéressés et leur dire: “Puisque vous, chefs des Cinq Nations, avez refusé de retourner dans le bon processus de la constitution, nous déclarons dès maintenant vos positions vacantes, nous vous retirons vos bois de cerf, symboles de votre chefferie et d’autres devront être choisis pour siéger à vos places, laissez donc place libre.”

Si les hommes en conseil devaient choisir la seconde option, le chef de guerre devra ordonner à ses hommes d’entrer dans le conseil et de prendre positions aux côtés des chefs errants, s’asseyant entre eux si possible. Lorsque ceci est fait, le chef de guerre tiendra alors à bout de bras le wampum noir et dira aux chefs errants: “Et bien maintenant, chefs des Cinq Nations, oyez ces derniers mots de vos hommes. Vous n’avez pas tenu compte des avertissements des femmes de vos familles, vous n’avez pas tenu compte des avertissements du conseil général des femmes et vous n’avez pas non plus tenu compte des avertissements des hommes de vos nations, qui tous insistaient pour que vous retourniez sur le chemin de l’action juste. Puisque vous êtes déterminé à resister et à ne pas rendre justice à votre peuple, il n’y a plus qu’une seule façon d’agir pour nous.” A ce moment, le chef de guerre laissera tomber le wampum noir et les hommes devront se lever d’un bond et battre à mort les chefs errants. Chaque chef errant peut se soumettre avant que le wampum noir ne soit lâché. Son exécution sera immédiatement suspendu.

Le Wampum Noir ici utilisé symbolise que le pouvoir d’exécuter est enterré mais qu’il peut encore être déterré par les hommes. Il est enterré, mais lorsque l’occasion se présente, ils peuvent le déterrer et en dériver leur pouvoir et leur autorité pour agir comme ici prescrit.

 

  1. Une large ceinture wampum sombre de 38 rangées, ayant un cœur blanc en son centre et de part et d’autre deux carrés blancs tous connectés avec le cœur par des rangées de nacres blanches, sera l’emblème de l’unité des Cinq Nations.

 

(Note: Il s’agit de la Ceinture d’Ayonwatha/Hiawatha)

 

Le premier carré à gauche représente la nation Mohawk et son territoire ; le second carré à gauche, près du cœur représente la nation Oneida et son territoire ; le cœur blanc au milieu représente la nation Onondaga et son territoire, il veut aussi dire que le cœur des cinq nations est solitaire dans sa loyauté à la Grande Paix, que la Grande Paix est logée dans le cœur (c’est à dire avec les chefs Onondaga) et que le Feu du Conseil doit y brûler pour les Cinq Nations, de plus, cela veut dire que l’autorité est donnée pour faire avancer la cause de la paix et que les nations hostiles en dehors de la confédération devront cesser la guerre ; le carré blanc à droite du cœur représente la nation Cayuga et son territoire et le quatrième et dernier carré à droite représente la nation Seneca et son territoire.

Le blanc symbolisera ici qu’aucune pensée maléfique ou de jalousie ne viendra s’imiscer dans l’esprit des chefs lorsqu’ils sont réunis en conseil sous les auspices de la Grande Paix. Le blanc, emblème de la paix, de l’amour, de la compassion et de l’équité entoure et garde les Cinq Nations.

 

  1. Qu’une grande calamité menace les générations naissantes et vivantes des Cinq Nations, alors celui qui est capable de grimper en haut de l’arbre de paix devra le faire. Lorsqu’il sera arrivé en haut de l’arbre, il devra regarder dans toutes les directions et s’il voit des choses malfaisantes s’approcher, il devra alors appeler le peuple des Cinq Nations rassemblé au pied de l’arbre et devra dire: “Une calamité menace votre bonheur.” C’est alors que les chefs devront se réunir en conseil et discuter de ce malheur à venir.

Lorsque toute la vérité au sujet du trouble se profilant est connue et prouvée, alors le peuple devra chercher un arbre de Kahonkaahgonah (Orme des marécages) et lorsqu’ils l’auront trouvé, ils devront rassembler leurs têtes toutes ensemble et se loger pour un temps parmi ses racines. Ensuite, leurs travaux finis, ils pourront espérer le bonheur pour bien des jours après.

 

  1. Quand le conseil de la confédération des Cinq Nations déclare une lecture des ceintures wampum rappelant ces lois, ses membres devront fournir au lecteur un matelas spécial de lecture en fibres de chanvre sauvage. Le matelas ne devra pas être utilisé à nouveau, car une telle formalité est appelée en honneur de l’importance de la loi.

 

  1. Si deux fils de côtés opposés au feu du conseil se mettent d’accord sur le désir d’entendre la loi de la Paix leur être récitée et ainsi rafraîchir leurs mémoires sur la façon édictée par le fondateur de la Confédération, ils devront en notifier Adodarho. Celui-ci devra ensuite consulter cinq de ses chefs co-actifs qui devront consulter huit de leurs frères. Ils devront ensuite décider d’acquiescer à la demande des deux fils des côtés opposés du feu du conseil, Adodarho devra envoyer des messagers pour avertir les grands chefs de chacune des cinq nations. Ensuite, ils devront envoyer leurs chefs de guerre pour notifier leur frêre et cousin chefs de a réunion, du jour et de l’heure de sa tenue.

Quand tous sont arrivés et sont en réunion, Adodarhoh, en conjonction avec ses cousins chefs, devra nommer un chef qui devra réciter la Grande Loi de la Paix. Ensuite ils devront annoncer qui ils ont choisi pour le récit de la Grande Loi aux deux fils. Ensuite, celui qui a été choisi devra réciter les lois de la Grande Paix.

 

  1. A la cérémonie d’intronisation des chefs, s’il n’y a qu’un seul réciteur et chanteur expert de la loi et de l’hymne de la Pacification à se tenir devant le feu du conseil, alors lorsque ce réciteur et chanteur a fini de s’adresser d’un côté du feu, il devra se rendre de l’autre côté et répondre à son propre discours et chanson. Il agira ainsi pour les deux côtés du feu jusqu’à ce que la cérémonie complète soit achevée. Un tel réciteur et chanteur sera appelé “Deux Visages” parce qu’il récite et chante pour les deux côtés du feu du conseil.

 

  1. Moi, Dekanavida et les chefs de l’union, déracinons le plus grand des sapins et dans la dépression du sol de ses racines, y déposons toutes les armes de la guerre. Dans les profondeurs de la terre, sous les courants profonds sous-terrains de cette eau coulant dans des régions inconnues, nous scellons toutes les armes de la discorde. Nous les enterrons hors de la vue de tous et nous replantons l’arbre. Ainsi est établie la Grande Paix et les hostilités ne seront plus entre les Cinq Nations, la paix règnera sur les peuples unifiés.

Les lois de l’adoption

 

  1. Le père d’un bel enfant, d’un enfant intelligent, à grande capacité ou aimé spécialement à cause de certaines circonstances pourra, par la volonté du clan de l’enfant, choisir un nom de son clan (père) et l’officialiser par une cérémonie, comme cela est prévue. Ce nom ne sera que temporaire et sera appelé: “Un nom porté autour du cou”.

 

  1. Si une personne, membre de la confédération des Cinq Nations, estime particulièrement un homme ou une femme d’un autre clan ou d’une nation étrangère, elle pourra choisir un nom et l’adresser à cette personne estimée. La prise de nom se fera en accord avec la cérémonie d’officialisation des noms. Un tel nom n’est que temporaire et sera appelé: “nom porté autour du cou”. Une courte cordelette de coquillages devra être délivrée avec le nom afin d’officialiser et d’archiver l’évènement.

 

  1. Si un membre quelconque des Cinq nations, une famille ou une personne appartenant à une nation étrangère soumettent une proposition d’adoption dans un clan d’une des Cinq Nations, il(s) devra fournir une cordelette de coquillages d’une longueur d’une envergure de bras, comme promesse au clan dans lequel il(s) veut être adoptée. Les chefs de la nation devront alors considérer officiellement la proposition et prendre une décision.

 

  1. Un membre quelconque des Cinq Nations qui, par estime ou autre sentiment, désire adopter un individu, une famille ou un nombre de familles, peut lui, leur proposer l’adoption et si elle est acceptée, alors l’affaire devra être portée à l’attention des chefs pour confirmation et les chefs devront alors confirmer l’adoption.

 

  1. Lorsque l’adoption de quelqu’un a été confirmée par les chefs de la nation, les chefs devront s’adresser au peuple de leur nation et dire: “Maintenant vous et notre nation devez être informés qu’une telle personne, telle famille ou telles familles ont cessé à tout jamais de porter le nom de leur nation de naissance et l’ont enfoui profond dans la terre. En conséquence, ne laissons jamais quiconque de notre nation mentionner le nom de la nation originelle de leur naissance. Faire cela serait précipiter la fin de notre paix.”

 

Les lois d’émigration

 

  1. Quand une personne ou une famille appartenant à la confédération des Cinq Nations, désire abandonner leur nation de naissance et le territoire des Cinq Nations, ils doivent en informer les chefs de leur nation et le conseil confédéral devra en prendre connaissance.

 

  1. Quand une personne ou une famille ou quiconque des Cinq Nations émigre et réside dans une région distante du territoire des Cinq Nations, les chefs de la confédération pourront selon leur volonté, envoyer un messager portant une large ceinture wampum noire et lorsque le messager arrive, il devra rassembler les gens ou s’adresser à eux personnellement en montrant la ceinture de coquillages et ils sauront alors que ceci est un ordre pour eux de retourner dans leurs maisons d’origine et autour du feu des conseils.

 

Titre de propriété

 

  1. La terre, le sol d’un bout à l’autre du territoire est la propriété du peuple qui l’habite. Par droit de naissance, Ongwehonwe (les êtres originaux de la terre) sont les propriétaires du sol qui leur appartient et qu’ils occupent et personne d’autre ne pourra le posséder. La même loi a été maintenue depuis des temps immémoriaux.

Le grand créateur nous a fait du même sang et du même sol et comme seulement des langages différents constituent la différence entre les nations, il a établi différents terrains de chasse et territoires et a mis des lignes de séparation entre eux.

 

  1. Quand une nation étrangère ou un individu sont admis au sein des Cinq Nations, l’admission doit-être comprise comme n’étant que temporaire. Si la nation ou la personne créent une perte, une mauvaise action ou cause une souffrance quelconque qui pourraient mettre en danger la paix au sein de la confédération, les chefs confédérés devront demander à un de leurs chefs de guerre de le ou les réprimander et si une offense similaire est de nouveau commise, alors la partie qui a offensée devra être chassée du territoire des Cinq Nations.

 

  1. Quand un membre d’une nation étrangère vient en territoire des Cinq Nations et y cherche refuge et la résidence permanente, les chefs de la nation qui l’a accueilli devront étendre l’hospitalité et faire de cette personne un membre de cette nation. Des droits égaux lui seront alors accordés en toute matière, sauf celles ci-après mentionnées.

 

  1. Une personne étrangère qui a été adoptée temporairement n’aura pas le droit de voter au conseil des chefs de la confédération. Car seuls ceux qui ont été investis comme chefs peuvent le faire. Les étrangers n’ont rien par le sang pour leur faire revendiquer le vote et s’il devait l’obtenir, sans connaître toutes les traditions de la confédération, cela pourrait être détrimental à la Grande Paix. De cette manière, la Grande Paix pourrait-être mise en danger et peut-ête même détruite.

 

  1. Quand les chefs de la confédération décident d’admettre une nation étrangère et qu’une adoption est effectuée, les chefs doivent alors informer la nation adoptée que son admission n’est que temporaire. Ils doivent aussi dire à la nation qu’elle ne doit jamais essayer de contrôler, d’interférer avec ou de blesser les Cinq Nations, ni avoir de mauvais égards pour la Grande Paix ou quelque règle de sa coutume que ce soit. Qu’en aucun cas elle ne devra perturber ou causer une blessure. Si la nation adoptée devait déroger à ces injonctions, alors son adoption sera annulée et elle sera expulsée.

L’expulsion devra se passer de la façon suivante: Le conseil devra nommer un de ses chefs de guerre pour porter le message d’annulation et il devra dire: “Vous (nom de la nation), écoutez-moi tandis que je vous parle. Je suis ici pour vous informer une fois de plus d’une décision du conseil des Cinq Nations. Vous aviez pris connaissance précédemment de cette mesure. Maintenant, les chefs des Cinq Nations ont décidé de vous expulser et de vous exiler. Nous vous renions maintenant et anulons votre adoption. Vous devez donc chercher un chemin de départ et vous devez mener vos gens hors du territoire. C’est vous et non pas nous qui avez fait une mauvaise action et causé cette sentence d’anulation. Allez donc sur votre chemin et partez du territoire de la confédération des Cinq Nations.”

 

  1. A chaque fois qu’une nation entre dans la confédération ou accepte la Grande Paix, les Cinq Nations et la nation étrangère devront entrer en un accord par lequel la nation étrangère devra prendre en charge de persuader d’autres nations d’accepter la Grande Paix.

A suivre …

Comprendre la résistance autochtone au colonialisme: Un exemple de modèle politique non étatique autonome… La confédération iroquoise, une vision Mohawk

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 22 août 2013 by Résistance 71

“Vous êtes tous égaux et avez tous le même pouvoir et si vous vous disputez sérieusement, les conséquences seront des plus sérieuses et ce désaccord fera que vous ne vous respecterez plus l’un l’autre et tandis que vous vous querellerez les uns avec les autres, la panthère blanche (le dragon de la discorde) viendra et prendra vos droits ; puis vos petits-enfants souffriront et seront réduits à la pauvreté et à la disgrâce.”

~ Prophécie iroquoise du XVème siècle ~

 

“Quoi que vous fassiez, vous devez penser aux conséquences de vos actions sur les 7 prochaines générations”

~ Proverbe iroquois ~

 

 

Le dragon de la discorde

 

(Traduction d’extraits du chapitre 3 du livre “Heeding the Voices of Our Ancestors, Kahanawake Mohawk Politics and the Rise of Native Nationalism”, 1995)

 

Taiaiake Alfred, Ph.D

Professeur Science Politique Université de Victoria, BC

Mohawk, Kanahwake

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

[…]

 

La loi sur les Indiens (Indian Act)

 

Un système de gouvernement élu nominalement succéda au gouvernement traditionnel en 1890, lorsque la communauté (Mohawk de Kanahwake, NdT: prononcez “Ganaouagué”) accepta les provisions de la loi sur les Indiens (Indian Act) ~ Villeneuve 1984 ~

La loi sur les Indiens établît également un système électoral et mit en place un “conseil de bande” d’hommes localement élus afin de former le leadership politique de la communauté. Le gouvernement canadien avait auparavant fait de gros efforts pour avoir un certain degré de contrôle sur le territoire. […] Ainsi, l’avènement en 1890 des institutions politiques modernes à Kanahwake directement issues du gouvernement canadien et comportant le conseil de bande, le système d’allotement de terrain et la liste des membres, représentait le succès des efforts du gouvernement canadien de remplacer le système de contrôle local inhérent au système de gouvernance traditionnel et remplacé par un système de gouvernance euro-américain.

[…]

Le “caractère iroquois” était en fait une émergence culturelle politique à Kanahwake qui permettait une accommodation à la loi sur les Indiens fondée sur la perception que le gouvernement canadien partageait la motivation Mohawk d’une co-existence mutuelle idéale entre nations (NdT: Cf. la référence de base sur le traité Wampum à deux rangées, source de tout traité et accord entre nations partageant la même terre de l’île de la grande tortue…). Dans la vision Mohawk, à la fois le département (des affaires indiennes) et le gouvernement local Mohawk avaient des responsabilités dans les différents domaines de l’autorité. Mais quand le département essaya de gagner plus d’influence sur les affaires internes, ou de restreindre l’autonomie politique de Kanahwake, les Mohawks réagirent très fermement. Les Mohawks et le gouvernement canadien avaient deux visions différentes sur la même législation et les mêmes institutions.. Lorsque la nature de la loi comme perçue et imposée par le gouvernement canadien devint claire, la résistance Mohawk émergea, alimentée par un sentiment que le gouvernement canadien avait trahi le “sens réel” de la loi aux yeux des Mohawks. L’incompréhension, la double compréhension, contribua ainsi à la paix pendant un moment, mais éventuellement s’en vint à former le cœur même de la résistance Mohawk à l’intégration au système canadien.

Le gouvernement canadien avait créé la loi sur les Indiens non pas comme un moyen de co-existence pacifique avec les nations autochtones et les communautés indiennes autonomes, mais comme un instrument de domination coloniale interne sur ce que le Canada voyait comme étant des communautés minoritaires marginales. Alors qu’en surface était présentée une protection volontaire des terres indiennes et des statuts, la loi sur les Indiens et les législations affiliées étaient en fait le moyen par lequel le Canada cherchait à éventuellement à usurper toutes les terres indiennes au nom de la Couronne (NdT: La banque d’Angleterre qui a créée l’entreprise commerciale Canada en première instance…) et d’abroger les droits indiens et les statuts spéciaux en assimilant tous les Indiens dans la population et la culture générale, Plus le temps passa, et plus les Mohawks devenaient réceptifs à la véritable nature de la loi sur les Indiens (Indian Act).

[…]

Le contraste entre les idéologies assimilationnistes et traditionnalistes fut mit en exergue lors d’une réunion parlementaire de comité sur la loi indienne en Juin 1947. Parlant pour le conseil de bande élu, la longue maison (traditionnalistes) et la confédération des six nations iroquoises, Matthew Lazare décrivit la position de Kanahwake sur la réforme de la communauté. Il proposa un programme en 6 points qui incluait:

  • Un retour au gouvernement traditionnel de style iroquois
  • Un contrôle des membres
  • Un rejet de l’impôt sous toute forme que ce soit, spécifiquement l’imposition individuelle des Mohawks
  • Un rejet de la citoyenneté canadienne
  • Une demande pour que tous les résidents non-indiens partent de kanahwake
  • Une demande pour que les nonnes des Sœurs de Ste Anne, particulièrement abusives, soient retirées des fonctions d’enseignement dans les écoles gouvernementales

 

[…] La loi sur les Indiens est un document assimilationniste par excellence, qui recherche à coopter la nation autochtone en plaçant les indigènes au sein de la société canadienne, mais pour être certain, tout en créant un statut inférieur et en maintenant des institutions politiques racialement séparées (ségrégation).

 

Retour dans les bois

 

(Traduction d’extraits du chapitre 4 du livre “Heeding the Voices of Our Ancestors, Kahanawake Mohawk Politics and the Rise of Native Nationalism”, 1995)

 

“Frères ! Nous avons tout supporté patiemment pendant  bien longtemps; nous avons fait tout ce qui pouvait être fait en accord avec le bien-être de nos nations en général et ce sans compter tous les avantages qui nous ont été retirés… Notre patience est maintenant complètement épuisée !”

~ Thayendenaga, Mohawk, 1794 ~

 

Lorsque les Mohawks de Kanahwake “retournèrent dans les bois” à la recherche de principes de guidance, ils revisitèrent une tradition politique uniquement faite dans le but de redonner à leurs communautés de solides fondations. Les institutions et la pensée politique de leurs ancêtres avaient survévu jusqu’à l’époque moderne. Plus qu’une mémoire ou des réminiscences culturelles, elles étaient des concepts opérationnels dans de nombreuses communautés iroquoises. La nation Onondaga au nord de l’état de New York aux Etats-Unis, était toujours gouvernée par un conseil traditionnel iroquois, tout comme l’étaient divers segments d’autres communautés iroquoises dans l’état de New York et dans la province de l’Ontario. Dans l’esprit de beaucoup d’Iroquois, la philosophie politique traditionnelle iroquoise demeurait une idée importante et une puissante alternative aux valeurs euro-américaines.

 

Note du traducteur: Les Iroquois en général et les Mohawks en particulier, sont traditionnellement des “hommes et femmes des bois”. Chasse, pêche et guerres se passaient dans les forêts s’étendant sur ce qui est aujourd’hui de part et d’autre de la frontière américano-canadienne: les provinces de l’Ontario, du Québec autour de Montréal et sur les lacs et rivières environnant, pour le Canada et l’état de New York aux Etats-Unis. Le territoire de la confédération iroquoise s’étendait  à l’Ouest du lac Erie, au sud du lac Ontario (le nord étant territoire Huron, jusqu’ à l’Est de l’état de New York (http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Iroquois_5_Nation_Map_c1650.png ) et le territoire était traversé par la “piste des Iroquois” à travers bois de l’Ouest du territoire Seneca juqu’en Est, territoire Mohawk. Les Iroquois étaient des coureurs des bois, extrêmement agiles, rapides, silencieux, dont les prouesses physiques sont devenues légendaires. Les Iroquois n’étaient pas des cavaliers, les chevaux ne passant pas dans les forêts denses, ils étaient en revanche de remarquables coureurs à pieds, nageurs et canoëistes… Ils vivaient dans des villages élaborés autour desquels ils cultivaient maïs, haricots et courges. La société iroquoise était une société d’abondance d’obédience matrilinéaire.

 

La théorie disant que les sociétés indiennes ont maintenu des éléments clef de leur culture traditionnelle tout en accommodant d’autres à la modernité, de manière plus superficielle a été un autre point de focalisation de recherche à Kanahwake.

[…] Dans les années 1960, l’anthropologue Morris Freilich a mis en avant un argument en faveur des Mohawks de Kanahwake représentant un cas de persistance culturelle. Dans son travail de recherche sur le métier de construction de hauts bâtiments à structure d’acier, entrepris par les Mohawks et leur communauté transciente de Brooklyn à New York, Freilich a comparé la culture contemporaine Mohawk avec celle de la société Mohawk traditionnelle (Freilich 1963). Sa conclusion en fut que les caractéristiques définissant la société traditionnelle Mohawk prenant en compte les rôles de genres et l’interaction de groupe étaient aussi présents dans la société Mohawk contemporaine. Pour Freilich, que la préoccupation soit la guerre ou les grattes-ciel, la structure de la société Mohawk est demeurée la même. Il vit donc un schéma de sept caractéristiques culturelles persistantes.

En ce qui concerne les hommes:

  • Une “mentalité de héros conquérant” qui poussait les hommes à se prouver à eux-mêmes loin de Kanahwake et de retourner à la maison pour la gloire.
  • Un rejet de toute autorité hiérarchique, formelle ou linéaire
  • La nécessité du danger ou de tout excitement inhérents à tout domaine que les hommes avaient choisi d’entreprendre

Les femmes quant à elles avaient deux caractéristiques persistantes:

  • La nécessité d’être en relation étroite avec la lignée matrilinéaire ou d’autres femmes Mohawk
  • L’éducation des enfants

En tant que groupe:

  • L’entretien d’un système d’adoption complexe, qui permet aux non-Mohawks d’être intégrés facilement dans la communauté
  • Un désintérêt général à l’accumulation de propriétés et de biens matériels

Freilich, 1963.

[…]

Une autre anthropologue, Mary Mathur, émît la théorie en 1973 du processus de “revitalisation rationnelle”, menant à la création de “traditionnalistes auto-conscients”. Avec la théorie de Mathur, les représentations statiques de culture sont abandonnées en faveur d’une approche qui voit la culture comme un processus dynamique et le traditionalisme comme un référant constant entre ce qui est rappelé du passé et ce qui est demandé pour subvenir aux exigences du présent. Elle argumente sur le sujet particulier de la tradition iroquoise rendant des communautés comme Kanahwake parfaitement adaptées pour une assertion d’un “nationalisme tribal” dans un contexte tout à fait contemporain.

De fait, les deux clefs essentielles de la tradition iroquoise de la Grande Loi de la Paix, qui forme la base même de la culture iroquoise, sont sa sophistication politique et le fait que cela demandait un prosélytisme actif (Mathur 1973). Mathur affirme que les Iroquois contemporains ont conservé leur sophistication politique et l’énergie observée par Latifau dans leurs ancêtres du XVIIIème siècle […] Ainsi, Mathur voit les Mohawks comme chanceux de posséder à la fois le message et le moyen pour faire avancer leurs objectifs dans l’ère contremporaine.

[…]

Tout en revigorant certains moyens, le système de la Grande Loi de la Paix et des techniques de communication, les Mohawks de Kanahwake ont façonné un message consistant en des éléments variés auparavant identifiés (Voget, 1951), comme les caractéristiques d’un “ nativisme” pendant les années 1950.

Ceci fut modernisé et consolidé en trois principes fondamentaux:

  • La mise en place de la souveraineté par le retour d’une forme traditionnelle de gouvernement
  • Le renforcement d’une identité de peuple distinct par le point de focalisation sur les ancêtres
  • Le redressement des injustices historiques entourant la dépossession des Mohawks de leur terre traditionnelle

Il y a une signifiance toute spéciale de la terre dans le cas des Iroquois, car les conflits sur les terres sont devenus le champ de bataille légal principal et est le résultat de l’échec du Canada pour sauvegarder les droits substantifs à la terre des Iroquois, droits dérivés des traités et des contrats légaux domestiques. En références particulières aux Mohawks de Kanahwake, les crises concernant l’aménagement fluvial du St Laurent dans les années 1950 et la crise d’Oka en 1990, en sont des exemples clairs.

Les problèmes de territoires ont été les étincelles qui ont mis le feu aux poudres en maintes occasions et ont mis à feu le nationalisme Mohawk dans l’ère contermporaine. A cet égard, les Mohawks de Kanahwake sont l’exemple typique de ce que Mathur appelle “le nouvel indien” défiant la société non-native sur un “nouveau champ de bataille” pendant les années 1970 et suivantes. Pour Mathur, les Iroquois furent uniques dans leur façon de propager leur propagande, leurs idées et leurs stratégies parmi les autres nations indiennes. Cette action directe a mené à la reconnaissance d’un niveau singulier d’intensité et de militantisme dans le tradtionalisme Mohawk, chose qui s’est manifestée dans ce qu’elle appella à cette époque le “nationalisme tribal” (Mathur, 1973)

L’interaction des problèmes territoriaux, de la souveraineté et de l’identité était évidente au travers des confrontations augmentant régulièrement entre les Mohawks et les gouvernements du Canada et des Etats-Unis. Ces idées se sont cristalisées dans un plan d’action en 1974, lorsque les Mohawks de Kanahwake occupèrent et tentèrent de réétablir une zone de leur territoire traditionnel dans les montagnes d’Adirondack près d’Utica dans l’état de New York. Dans la confrontation qui s’ensuivit avec les autorités de l’état de New York, un négociateur fédéral observa que “la souveraineté est un mot clef pour la nation Mohawk. Ils insistent sans discontinuer sur le fait que la nation Mohwaks est un gouvernement indépendant et souverain.” (Kwartler 1980) Clairement à ce moment, les Mohawks qui étaient en première ligne de l’activisme politique, sont passés par le processus décrit par Mathur et ont en fait consolidé tout en ensemble de principes qui met en valeur la politique contemporaine à Kanahwake.

Cette discussion a établie le cadre pour une analyse de détail du contenu du processus adaptatif de Kanahwake et de la création, en réponse à une demande fonctionnelle, d’une idéologie politique particulièrement modernisée et dérivée d’une solide base de traditions iroquoises, qui ont été enfouies pendant des années. Les Mohawks de Kanahwake ont ainsi compris que dans la nouvelle réalité politique une prise de position sûre en tant que nation et la sauvegarde de leur base territoriale, demandaient une reformulation de leur stratégie envers une plus grande confiance en des éléments traditionnels de leur culture politque.

 

La tradition politique iroquoise: Kaienerekowa (NdT: prononcez: “Gaïénérégooua”): La Grande Loi de la Paix

 

Quels sont les éléments clef de Kaienerekowa, La Grande Loi, le texte qui forme la référence de base de toutes les valeurs traditionnelles iroquoises sur le gouvernement et l’organisation sociale ?

NdT: Kaienerekowa est la constitution de la confédération des six nations iroquoises (Seneca, Cayuga, Onondaga, Oneida, Mohawk, Tuscaroa). Elle est composée de 117 articles, mis sous forme de ceintures wampum ~

La confédération iroquoise était à l’origine (NdT: XIIIème-XIVème siècle selon les estimations anthropologistes) composée de cinq nations (NdT: La nation Tuscaroa rejoignant la confédération vers la mi-XVIIIème siècle, date toujours sujet à débat…). La tradition orale iroquoise raconte comment les nations furent unies par un Pacificateur après une longue période de guerres intestines. Le message du Pacificateur (NdT: qui d’après la tradition orale iroquoise était un Huron, nation de langue iroquoienne, du nom de Deganawida) de partage du pouvoir, de compromis et de but unificateur, fut reçu par les cinq nations comme une solution à leur problème de concurrence incessante et d’hostilité généralisée. Kaienerekowa ou Grande Loi de la Paix, demeure une pièce maîtresse de théorie politique. Au travers un savant mélange de symbolisme et de spécificité, cette loi orale (NdT: documentée sous la forme de ceintures wampum) émanant du XIVème siècle détaille la formation d’un système véritablement démocratique d’organisation politique et le tout premier système politique fédéral d’Amérique du Nord.

Kaienerekowa était très spécifique en regard du fonctionnement du système de la confédération des nations. Des structures complexes de représentation proportionnelle des nations, de pouvoir de veto, de règles et d’ordre ainsi que de précédence dans le débat étaient entre-mêlées de symbolismes déjà mentionnés. La société iroquoise était caractérisée par une démocratie extensive. Le point d’entente central du système fédéral était d’assurer la perpétuation de la souveraineté populaire et tout le mécanisme politique était arrangé de telle sorte que les chefs ne faisaient que représenter la volonté des peuples. Le système iroquois était véritablement démocratique dans le sens où toute la légitimité découlait directement du peuple. Alors que les chefs étaient sélectionnés (par les femmes) pour représenter les peuples au grand conseil et corps politiques étrangers, ils déterminaient les intérêts de la nation au travers un processus de discussion publique et de consultation permanente. Kaienerekowa instruit que:

“Dès qu’un sujet important est présenté au conseil de la ligue (grand conseil) et que ce sujet affecte l’ensemble de la confédération, les sachems de la ligue doivent soumettre le sujet à la décision des peuples et la décision des peuples doit affecter la décision du conseil… Cette décision du grand conseil doit être la confirmation de la décision des peuples.

La démocratie iroquoise avait (et a toujours..) deux caractéristiques principales:

  • Tous les membres de la communauté participent au processus politique
  • Tous les clivages de la société sont représentés par une sorte de mécanisme, sexe et clan sont les deux bases essentielles de la différenciation des rôles politiques.

Ces deux mécanisme spéciaux, qui de manière usuelle prennent la forme de petits conseils ayant fonction de donner un avis vis à vis des chefs et au travers d’un débat public de toutes choses concernant la nation, par ce biais, les membres de la communauté étaient assurés d’avoir une influence sur les décisions des chefs.

La différenciation des rôles politiques fondée sur le sexe illustre ces deux principes. Aucune décision ne pouvait être prise sans le consentement unanime de tous les groupes représentatifs et les femmes avaient un rôle spécial garanti dans ce processus, menant à l’avènement d’un concensus politique. Dans la vision iroquoise, les femmes sont par nature responsable de la perpétuation de la communauté à la fois en terme physique en donnant naissance, mais aussi en préservant la culture en élevant et éduquant les enfants. Elles sont de manière innée, concernées par la stabilité et le bien commun. En conséquence et au travers un certain nombre de mécanismes formels, les femmes iroquoises reçurent la responsabilité politique de sélectionner et de répudier les leaders nominaux des clans et nations et aussi de mettre un veto sur toute décision qu’elles estiment aller à l’encontre des meilleurs intérêts de la communauté entière. Les positions nominales de leaders sont limitées aux hommes, parce que les Iroquois jugent généralement les hommes plus qualifiés pour les demandes inhérentes au leadership. Ainsi, les hommes étant plus ouvertement agressifs et psychologiquement égoïstes, cela les rend plus capables aux fonctions d’orateur, de débat et de chefferie militaire. Et pourtant, les chefs traditionnels iroquois ne représentent que la volonté de leur communauté, une communauté contrôlée de manière très efficace par les femmes.

Le rôle politique du chef est d’être un représentant au sens le plus littéral du mot. Sa fonction essentielle est de déterminer la volonté générale du peuple et de représenter ses intérêts au sein de la Ligue.

Mais un chef iroquois est plus que cela. Il est aussi un leader moral et spirituel. Si le pouvoir politique en général est dérivé de la communauté, alors le statut du chef n’est pas dérivé d’un effort de consolider le soutien de factions variées ou de groupes, mais du respect des gens pour la valeur morale de l’homme.

Le mot Mohawk pour “chef” est Royaner, qui se traduit par “celui qui est fait de bonté”. Les rôles politiques et spirituels des chefs sont succintement résumés dans Kaienereko:wa:

L’épaisseur de la peau des chefs doit être de sept envergures de bras. Leur cœur doit être empli de paix et de bonté. Leur esprit est dirigé vers le bien-être du peuple, les esprits de colère et de fureur ne doivent pas trouver droit de cité en eux et tout ce qu’ils disent et font, ne doit l’être que pour le bien du peuple et non pas pour eux-mêmes. Ils doivent penser non seulement dans le présent mais aussi pour les générations futures qui ne sont pas encore nées.”

La chefferie est alors une confiance sacrée entre le peuple de la nation et ces hommes sélectionnés pour leurs vertus et leur caractère propice à représenter le peuple à la fois dans les domaines politique et spirituel.

La société iroquoise est matrilinéaire et est organisée en unités sous-tribales appelées clans. Toutes les fonctions politiques et sociales au niveau local sont centralisées dans les clans, de même pour les nations et la Ligue, la représentation suit aussi ce schéma. Les chefs de chaque nation furent choisis parmi des clans spécifiques par leurs femmes comme représentants d’un groupe familial particulier. Au Grand Conseil de la Ligue, les chefs des nations se réunissent pour ne parler que comme un seul homme. Les mécanismes de représentation et d’organisation sociale sont vitaux pour la bonne compréhension de la société iroquoise dans son ensemble, mais cela nous concerne moins ici que les implications que ces mécanismes ont, pour que les idées iroquoises définissent les rôles politiques et de chefferie.

Kaienereko:wa a infiltré les cinq nations dans tous les aspects de la société et spécifie que chaque nation demeure distincte et souveraine mais en même temps partie intégrante d’un tout plus important. Pour les Iroquois, il n’y avait pas de différence entre le mode de gouvernement et l’esprit de la politique entre villages et Ligue.

[…] Les Iroquois croient que la transition d’une existence tribale isolée à celle d’un gouvernement formel fut intitié par le Pacificateur Huron Deganawida, qui vint en territoire iroquois après avoir traversé le lac Ontario. Il amena ses idées de paix et de justice d’abord aux Mohawks, puis aux autres nations; Deganawida réussit alors à unifier les nations iroquoises sous ce système de religion et de gouvernement.

[…]

Le but du gouvernement dans cette tradition est de gouverner tous les aspects de la vie des peuples. Ceci n’est possible que par la nature homogène et non-différenciée de la société iroquoise et par le fait que l’instrument du gouvernement n’est pas du tout un État dans le sens moderne du terme, mais en fait la force morale de la communauté elle-même. C’est le gouvernement par le peuple, basé sur un principe d’accord consensuel en regard des intérêts de la nation dans la sphère politique. C’est le gouvernement par le peuple, basé sur une conception partagée de moralité dans les sphères sociale et religieuse.

Jusqu’ici le “peuple” a été la référence au cours de cette discussion à la fois pour identifier la société civile et le système de gouvernement dans la société iroquoise. Que veut-on dire exactement par ce mot ? D’un côté, le “peuple” se réfère à Onkwehonwe, ou les indigènes vivant sur la terre iroquoise, mais à un autre niveau d’analyse, des références au “peuple” révèle en fait les vues iroquoises sur la nature humaine, qui établit leur besoin pour un système formel de gouvernement.

[…]

Ces deux éléments du narratif, la lutte primordiale entre le bien et le mal et l’incompatibilité des groupes raciaux ou “nations”, sont la base des structures iroquoises de la formation de gouvernement orienté sur la nation. Les Iroquois pensent que chaque “race” ou chaque “nation”, doit déterminer sa propre voie séparée d’existence en harmonie avec les existences différentes mais également valides des autres nations.

De la sorte, la conception iroquoise de la nature humaine est une conception qui accepte les différences entre les Hommes comme étant un fait naturel et inéluctable de la vie. L’acceptation est le mot clef, car les iroquois croient que la paix n’est possible que si chaque nation se gouverne elle-même par les règles que le Créateur leur a donné à chacune. Ceci est une vue relativiste. Kaienereko:wa fut donnée au Onkwehonwe par Sonkwaiatison (le créateur) par son messager, le personnage de Deganawida, le Pacificateur. Ceci représente également une vue très sensible de la psychologie des dynamiques de groupes et de la politique de la diversité. En son centre réside la croyance en l’auto-détermination et l’autonomie nationale donne les seules garanties d’une co-existence pacifique.

Les vues sur la nature humaine exprimées dans Kaienereko:wa sont sans nul doute le produit de siècles d’observation de la part des Iroquois qui ont transmis ce message au cours des âges, et pourtant les circonstances historiques immédiates qui entourent la création de la Ligue confirment également le symbolisme révélé par l’histoire de cette création. Le fait que le Pacificateur délivra ce message au milieu de temps de troubles et de guerres intestines donne tout son contexte au but du message lui-même. La prophécie iroquoise fut que le Créateur dit aux Iroquois:

“Vous avez été créé depuis la terre de cette île. Je réalise maintenant que vous ne pourrez pas survivre longtemps parmi les autres… vous aurez besoin de temps avant que vous n’entriez en contact avec d’autres humains. Vous recevrez également une voie sacrée par un messager qui vous visitera vous et vos descendants.”

L’intuition de l’histoire de la création d’un mauvais côté de la nature humaine et de la difficulté que cela posait à une co-existence pacifique furent réalisées dans les années menant à la formation de la Ligue. Les Iroquois avaient oublié les instructions du créateur et avaient dégénéré en barbares qui ne pouvaient plus vivre les uns avec les autres, et encore moins avec les autres nations vivant sur terre. C’était le temps où les Iroquois n’avaient plus aucune valeur morale et guerroyaient vicieusement entre eux et avec les autres nations. La vision correspond à une période historique durant laquelle les cinq nations furent isolées, pauvres et en danger constant de perdre leur indépendance au profit de groupes et nations indiennes plus puissants. Ce fut le point le plus bas de leur existence et le temps était parfait pour l’apparition du messager portant le rappel du créateur par le biais de Kaienerekowa et du comment vivre une bonne vie en suivant les principes de la paix, de la rectitude et du pouvoir partagé. La reconstitution et la revitalisation des Iroquois sous l’égide des principes de Kaienerekowa initia une ère dans laquelle la Ligue de la confédération iroquoise prospéra et qui dura jusqu’au premier contact avec les Européens arrivant sur le continent, une ère durant laquelle la Ligue iroquoise prospéra et en fait domina au sein de ses territoires traditionnels.

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Le symbolisme impliqué dans l’histoire transmet tous les concepts de base de Kaienereko:wa. En tout premier lieu, il confirme la validité du message de paix ; secundo, il démontre que seulement par l’unité peuvent les gens, les peuples, survivre et finalement, il montre que la conciliation peut surmonter tout obstacle pour parvenir au consensus nécessaire.

Le symbole iroquois le plus pervasif est, et de loin, celui du grand arbre de la paix. Dans cet arbre, on peut voir l’essence même de la philosophie politique iroquoise. Un grand arbre planté sur les rives du lac Onondaga représente les principes fédéralistes de Kaienerekowa, la confédération volontaire des nations autonomes, l’auto-détermination, l’auto-gestion, et la coexistence pacifique dans un esprit démocratique des peuples pour et par eux-mêmes. Sous l’arbre repose une massue, symbolisant l’obsolescence des conflits pour ceux qui acceptent la Grande Loi de la Paix. De la base de l’arbre pousse les grandes racines blanches, symbolisant la paix et la charité pour toute nation qui désire remonter à la racine iroquoise et prendre ombrage et protection sous les principes de Kaienerekowa. Au dessus de l’arbre se tient un aigle, toujours en alerte, observant attentivement tout danger ou menace à la sécurité et à la paix des peuples. Le symbole du grand arbre de la paix est un rappel valide et puissant des idées contenues au sein du système traditionnel de la pensée iroquoise. Mais apprécier la beauté de la forme pure de ces idées est une chose, penser aux moyens de permettre à ces idées de transcender les limites entre philosophie et politique en est une autre.

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La tradition politique iroquoise dans sa véritable forme représentée par une lecture holistique de Kaienereko:wa contient des éléments clef qui sont cruciaux pour l’intégrité du système, comme la différenciation des rôles par genres (sexes), la représentation des clans, la participation directe et la prise de décision fondée sur une base de consensus. Mais ce qu’il y a de plus important encore, Kaienerekowa englobe des valeurs et des principes qui doivent être intégrés dans la pratique de la politique au sein de la communauté afin que le système fonctionne de manière optimale. De manière générale, le mouvement traditionaliste de Kanahwake s’est focalisé sur des aspects structurels superficiels de Kaienerekowa et a négligé l’importance de l’intégration des valeurs sous-jacentes à la philosophie iroquoise. Aucune interprétation traditionaliste au sein de la communauté est devenue hégémonique dans les esprits des Mohawks, parce que chacune a focalisé sur des aspects superciels et a échoué à réinstaurer le système qui permettrait au traditionalisme de progresser au-delà de l’utilité comme moyen de renforcer le pouvoir vis à vis de forces extérieures, de devenir un mouvement politique et social unificateur au sein de la communauté elle-même. Chaque longue maison a fragmenté le message holistique et s’est concentrée sur un aspect particulier du système de valeur. Comme un moyen et un message à des forces extérieures, la communauté demeure forte. Dans toute confrontation, les Mohawks s’unissent et la pleine force du message de Kaienerekowa et l’énergie de tous les Mohawks sont mis en commun.

Mais de manière interne, dans le processus de créer un consensus sur une base spirituelle, culturelle et structurelle pour une co-existence parmi les Mohawks, le mouvement traditionaliste a échoué.

Ceux qui insistent sur la paix ignorent la nature politique de la relation Mohawk avec la société non-indigène et les véritables conflits qui existent dans les arènes sociales et culturelles entre les Mohawks et les autres communautés. Ceux qui font une fixation sur le pouvoir (partagé) ignorent la base de la force de Kaienerekowa, la force de l’esprit, du corps et du relationnel et se focalisent sur une notion de pouvoir corrompue à l’européenne, une fausse abstraction de la notion indigène. Ils se précipitent vers la réalisation du pouvoir sans l’équilibre de l’influence des deux autres principes pour limiter ou porter conseil à leurs efforts. Quant à ceux de la rectitude, qui rendent responsable la société blanche de tous les maux de leur communauté, ils focalisent seulement sur l’injustice inhérente à l’imposition d’une histoire qui n’a pas été choisie par les Mohawks. Ils ignorent la nature complexe de la relation présente et l’importance de l’harmonie et de la coopération dans la réalisation des objectifs édictés.

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L’objectif politique des Mohawks est essentiellement de rester en contrôle… Pour ce faire, restaurer respect, équilibre parmi les Mohawks est l’objectif interne principal à Kanahwake. Pour la vaste majorité des Mohawks, la première étape vers la réconciliation est la réforme des institutions gouvernementales déja existantes de manière interne. A cet égard, le Mohawk Council Kanahwake (MCK, Conseil Mohawk de Kanahwake, qui est l’entité gouvernementale élue avec laquelle le gouvernement canadien traite, seule..) est vu comme un problème en termes de représentation. Le problème réside dans sa charte comme un organe administratif du gouvernement canadien et une créature de la loi sur les Indiens (Indian Act).

Il est tout simplement inacceptable pour les Mohawks d’avoir un gouvernement fondé sur des lois et des principes euro-américains.

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Les valeurs politiques des Mohawks tournent autour de deux axes: responsabilité et leadership. Le concept de responsabilité est intégré dans la règle simple que tout pouvoir et toute légitimité découlent de la volonté collective des individus, du peuple. Les institutions et les actions des chefs sont similaires et maintenues au standard qu’un consentement unanime doit-être obtenu pour que la légitimité d’une action soit validée… Les Mohawks demandent une responsabilité à chaque étape du processus politique. Il n’y a pas de parallèle au concept très européen de “consentement tacite”, le public se doit d’être constamment consulté et le collectif sera perpétuellement évaluateur de la pratique du gouvernement à Kanahwake ou ailleurs. De plus, l’assomption d’un statut de leadership n’implique aucun élèvement de statut ou de privilège. Bien au contraire, les leaders sont vus comme les serviteurs de l’intérêt collectif commun. Les leaders sont moins respectés que tolérés par le public Mohawk. La chefferie est une charge émanant de la fonction de médiation, qui est la charge et l’occupation principale d’un leader Mohawk. La primauté étant placée sur la responsabilité, cela dicte que les leaders passent le plus clair de leur temps à développer un consensus et les leaders prennent le rôle de conseillers entre les intérêts variés et les factions au sein de la communauté.

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Dans l’abstraction, les Mohawks appliqueraient les principes de Kahswentha (NdT: wampum à deux rangées) dans leurs relations avec toute entité souveraine voisine, comme ils l’ont toujours fait. Il n’y a en fait aucune différence dans leur position envers les Hollandais du XVIème siècle, les Anglais du XVIIème, les Français du XVIIème, les Britanniques du XIXème et les Canadiens du XXème […]

La vision des Mohawks sur les relations avec d’autres nations autochtones et la confédération iroquoise est celle du transfert de leur propre souveraineté aux autres communautés indigènes. Dans une étude faite sur les territoires Mohawks, 93% des opinions exprimées indiquaient qu’il devrait y avoir un lien partiel ou total entre les Mohawks, la confédération iroquoise et les autres communautés autochtones. En revanche, alors que les Canadiens désirent voir les sociétés indigènes intégrées dans le cadre politico-économique qu’ils ont créé, les Mohawks rejettent l’idée de plier à ce qui somme toute demeure des institutions étrangères…

Ainsi les Canadiens voudraient amener les Mohawks comme membres à part entière de la nation qu’ils ont créée, tandis que Kanahwake doit, en tant que citoyens d’une autre nation, résister à la tentative d’éroder leurs institutions Mohawks et leur identité.

De la perspective des Mohawks, le problème réside en fait dans un manque de respect de la souveraineté de la nation Mohawk. Ils aspirent à un partenariat avec un Canada qui reconnaitrait les limites de leur alliance enracinée dans leur philosophie politique, ce tout en permettant Canadiens et Mohawks de bénéficier d’une telle association.