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Colonialisme au XXIème siècle: Le cas « oublié » du grand silence australien… (John Pilger)

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Le pays secret fait une nouvelle fois la guerre à son propre peuple

 

John Pilger

 

22 Avril 2015

 

url de l’article original:

http://johnpilger.com/articles/the-secret-country-again-wages-war-on-its-own-people

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’Australie a une nouvelle fois déclaré la guerre à son peuple indigène, ce qui nous rappelle la brutalité qui amena une condamnation universelle de l’apartheid en Afrique du Sud. Les peuples aborigènes doivent être expulsés de leurs terres ancestrales où leurs communautés ont vécu des millénaires. En Australie de l’Ouest, là où les compagnies minières font des milliards de dollars de bénéfices en exploitant la terre aborigène, le gouvernement de cet état dit qu’il ne peut plus “soutenir” plus longtemps les terres ancestrales aborigènes.

Des populations vulnérables, à qui on refuse déjà les services de base que la très vaste majorité des Australiens considèrent comme acquis, ont été mises en demeure et averties qu’elles allaient être dépossédées sans aucune consultation préalable et qu’elles seraient virées de leurs terres à la pointe du fusil. Et une fois de plus, les leaders aborigènes ont averti d’une “nouvelle génération de personnes déplacées” et d’un “génocide culturel” (NdT: appelé ethnocide par l’anthropologue politique français Robert Jaulin).

Le mot génocide est un mpt que les Australiens détestent entendre. Le génocide se passe dans d’autres pays, pas dans ce pays si “chanceux” où la richesse par habitant est la seconde de cette planète. Lorsque l’expression “acte de génocide” fut utilisée en 1997 dans le rapport qui fit date “Bringing Them Home”, rapport qui révéla que des milliers d’enfants aborigènes furent enlevés de leurs communautés par des institutions blanches et furent systématiquement violentés ; une campagne massive de déni fut lancée par une clique de l’extrême droite se regroupant autour du premier ministre d’alors John Howard. Cela incluait ceux qui s’appelaient eux-mêmes le groupe des Galatiens, puis Quadrant, puis la Bennelong Society ; la presse de Rupert Murdoch fut leur porte-voix.

La Génération Volée est quelque chose de bien exagéré, disaient-ils, si tant est que cela se soit même produit. L’Australie coloniale était un endroit bénin, il n’y a pas eu de massacres. Les premiers Australiens soit furent victimes de leur propre infériorité culturelle ou ils étaient les nobles sauvages. Des euphémismes utiles furent utilisés.

Le gouvernement du premier ministre actuel Tony Abbott, un conservateur zélé, a ranimé cet assaut sur un peuple qui représente l’unicité singulière de l’Australie. Peu de temps arès être arrivé en fonction, le gouvernement Abbott a coupé 534 millions de dollars des programmes sociaux indigènes, incluant 160 millions du budget de la santé aborigène et 13,4 millions de l’aide légale indigène.

Dans le rapport publié en 2014 ‘Overcoming Indigenous Disadvantage Key Indicators‘, la dévastation est rendue claire et nette. Le nombre de personnes aborigènes hospitalisées pour tentatives de suicide a grandement augmenté, tout comme le nombre de suicides perpétrés de plus en plus jeune dans cette population, parfois touchant des enfants aussi jeunes que 11 ans. Les indicateurs montrent un peuple considérablement appauvri, traumatisé et abandonné. Lisez l’exposé classique sur l’apartheid sud-africain, “The disgarded People” de Cosmas Desmond, qui m’a dit qu’il pourrait en écrire un semblable sur l’Australie.

Ayant insulté les indigènes australiens en déclarant lors d’un petit-déjeuner au G20 en compagnie du premier britannique David Cameron, qu’il “n’y avait rien sur ce continent si ce n’est des buissons” avant l’arrivée de l’homme blanc, Abbott annonça que son gouvernement n’allait plus honorer l’engagement pris il y a longtemps, au sujet des terres ancestrales aborigènes. Il fit remarquer sarcatisquement que “ce n’est pas le boulot des contribuables que de financer les choix de style de vie.

L’arme utilisée par Abbott et son état raciste ainsi que ses contre-parties territoriales est la dépossession par l’abus de pouvoir et la propagande, la coercition et le chantage, comme leur demande de location pour 99 ans de terres indigènes dans les Territoires du Nord (Darwin) en échange des services de base: un vol de terre qui ne dit pas son nom. Le ministre des affaires indigènes, Nigel Scullion, refute cela en clâmant que “ceci est au sujet de communautés et de ce que les communautés veulent.” En fait, il n’y a eu aucune véritable consultation, seulement la co-option de quelques-unes.

Les gouvernements conservateur et travailliste ont déjà retiré le programme national pour l’emploi, le CDEP, des terres natives, mettant ainsi fin à toute opportunité d’emploi et ils ont fait interdire tout investissement dans l’infrastructure des territoires comme pour le logement, les groupes électrogènes, l’assainissement. Les économies faites sont infimes.

La raison en est une doctrime extrême qui évoque les campagnes punitives du début du XXème siècle, celles de la “protection en chef des Aborigènes”, avec le fanatique A.O. Neville qui décréta que les premiers Australiens “s’assimilent” jusqu’à l’extinction. Influencé par le même mouvement eugéniste qui inspira les nazis, les “lois de protection” de la province du Queensland furent un modèle pour l’apartheid sud-africain. Aujourd’hui, les mêmes dogme et racisme sont tissés dans l’anthropologie, la politique, la bureaucratie et les médias. “Nous sommes civilisés, ils ne le sont pas”, écrivit l’historien australien acclamé de tous Russel Ward, il y a de cela deux générations. L’esprit demeure identique.

J’ai fait des reportages sur les communautés aborigènes depuis les années 1960, j’ai observé une routine saisonnière qui veut que l’élite australienne interrompt ses mauvais traitements et sa négligence “normaux” sur les peuples des nations premières pour les attaquer de manière directe. Ceci se produit généralement à l’approche des élections ou si les sondages d’opinion d’un premier ministre sont bas. Botter le cul des noirs est populaire, bien que saisir des terres riches en minerais ait un objectif plus prosaïque. Engorger les gens dans les bidonvilles des centres économiques de la nation satisfait le besoin d’ingénierie sociale des racistes.

La dernière attaque frontale subie fut en 2007 lorsque le premier ministre Howard envoya l’armée dans des communautés aborigènes des Territoires du Nord pour “sauver des enfants” qui, avait alors dit le ministre des affaires aborigènes, Mal Brough, étaient victimes de gangs pédophiles en “nombre impensable”.

Connue sous le vocable de “L’intervention”, les médias y prirent une part prépondérante. En 2006, le programme des affaires courantes de la TV nationale, l’émission “Lateline” de la chaîne ABC (NdT: Australian Broadcasting Corporation, l’équivalent australienne de la BBC) diffuse un entretien sensationnel avec un homme dont le visage est caché. Décrit comme étant un “jeune travailleur” qui a vécu dans la communauté aborigène de Mutitjulu, il fit une série d’allégations évocatrices. Exposé par la suite comme un officiel expérimenté du gouvernement qui rapportait directement auprès du ministre, ses affirmations furent discréditées par l’Australian Crime Commission, la poiice de l’état des Territoires du Nord et un rapport sans appel de pédiâtres commissionnés. La communauté n’a jamais reçu quelque excuse que ce soit.

L’intervention” de 2007 a permis au gouvernement fédéral de détruire bien des vestiges d’auto-détermination des Territoires du Nord, la seule partie d’Australie où le peuple aborigène a gagné des droits à la terre régis par la loi fédérale. Ici, ils administrèrent leurs terres ancestrales avec la dignité de l’auto-détermination et une connexion avec la terre et la culture menant comme Amnesty le rapporta, à une diminution de 40% du taux de mortalité.

C’est cette “vie traditionnelle” qui est anathème à une industrie parasite de fonctionnaires, de contractants, d’avocats, de consultants qui contrôlent et le plus souvent profitent de l’Australie aborigène, même indirectement au travers les structures corporatrices imposées aux organisations aborigènes (NdT: comme cela l’est également en Amérique du Nord et du Sud). Les terres ancestrales sont vues comme une menace, car elles expriment un communalisme en total porte-à-faux avec le néo-conservatisme qui régit l’Australie. C’est comme si l’existence continue d’un peuple qui a survécu et résisté à plus de deux siècles de colonialisme massacrant et de vol, demeurait un spectre errant sur l’Australie blanche: une réminiscence d’à qui appartient vraiment la terre.

L’attaque politique courante a été lancée par l’état/province le plus riche, l’Australie de l’Ouest. En Octobre dernier, le premier ministre de l’état, Colin Barnett, a annoncé que son gouvernement n’avait plus les moyens du budget de 90 millions de dollars pour assurer les services municipaux de base des 282 territoires aborigènes répertoriés, services incluant la distribution d’eau, d’électricité, l’assainissement, les écoles, l’entretien des routes, la collecte des ordures ménagères. Ceci est l’équivalent d’informer les banlieues blanches de Perth que leurs arroseurs de pelouse et leurs chasses d’eau ne pourraient plus fonctionner et qu’ils devaient déménager et que s’ils refusaient, la police les expulserait manu-militari.

Où devront aller les dépossédés ? Où devront-ils vivre ? En six ans, le gouvernement de Barnett a construit très peu de logement pour les indigènes dans les zones reculées. Dans la région de Kimberley, les SDF aborigènes, mis à part les cas de catastrophes naturelles, sont plus nombreux que partout ailleurs, et ceci dans un état réputé pour sa richesse indécente, ses parcours de golf et ses prisons regorgeant de noirs appauvris. L’Australie de l’Ouest met en prison les Aborigènes en moyenne huit fois plus que ne le faisait l’Afrique du Sud de l’apartheid. Cet état a un des taux d’incarcération juvénile le plus haut au monde, pratiquement tous des indigènes, ceci incluant des enfants maintenus en isolement (QHS) dans des prisons pour adultes, avec leurs mères montant la garde dehors.

En 2013, l’ancien ministre des prisons, Margaret Quirk, m’a dit que l’état “ratissait et entreposait” les prisonniers aborigènes. Lorsque je lui ai demandé ce que cela voulait dire, elle répondit. “On les entrepose”.

En Mars, Barnett a changé de refrain. Il y avait des “preuves émergentes” a t’il dit, “de mauvais traitements aux enfants” dans les territoires. Quelle preuve ? Barnett a dit que des gonorrhées ont été trouvées chez des enfants de moins de 14 ans, puis dit qu’il ne savait pas si cela venait des communautés. Son chef de la police, Karl O’Callaghan y alla aussi de son couplet disant que l’abus sexuel d’enfants était omniprésent. Il cita une étude vieille de 15 ans de l’Australian Institute of Family Studies. Ce qu’il oublia de dire était que ce rapport mettait en évidence la pauvreté comme cause primordiale de la “négligence” et que les cas d’abus sexuels comptaient pour moins de 10% de l’ensemble des cas étudiés.

L’ Australian Institute of Health and Welfare, une agence fédérale, a récemment publié un rapport sur ce qu’il appelle le “Fardeau Fatal” de maladie du tiers monde et de traumatisme, portés par le peuple indigène “résultant de près de 100 000 ans de mortalité dûe à des morts prématurées.” Ce “fardeau fatal” est le produit de la pauvreté extrême imposé par l’Australie de l’Ouest, comme dans le reste de l’Australie et du déni des droits de l’Homme.

Dans la vaste et très riche Australie de l’Ouest de Barnett, une toute petite fraction des revenus générés par l’exploitation minière, du pétrole, du gaz naturel, bénéficie aux communautés aborigènes desquelles le gouvernement a la responsabilité de s’occuper. Dans la ville de Roeburne, au milieu de la région riche en minerais et en plein développement de Pibara, 80% des enfants aborigènes souffrent d’une infection de l’oreille appelée otitis media qui peut causer à terme la surdité.

En 2011, le gouvernement de Barnett a fait preuve de brutalité dans une des communautés d’Oombulgurri ce que les autres communautés peuvent s’attendre a subir. “D’abord le gouvernement a mis un terme aux services”, écrit Tammy Solonec d’Amnesty International, “il ferma les magazins, ainsi les gens ne pouvaient plus acheter de nourriture et de choses essentielles. Il ferma la clinique, pour forcer les malades et les personnes âgées à bouger puis l’école, de façon à ce que les familles avec des enfants soient forcées de partir ou de devoir faire face à ce que leurs enfants leur soient retirés par la force. Le commissariat de police fut le dernier service à être fermé, puis finalement ils coupèrent l’eau et l’éectricité. Finalement les 10 résidents qui restèrent contre vents et marées furent expulsés manu-militari sans pouvoir prendre leurs affaires. Puis les bulldozers sont entrées dans la communauté. Le gouvernement de l’Australie de l’Ouest a littéralement creusé un trou dans le sol et y a enterré les ruines des maisons des gens qui vivaient là ainsi que leurs affaires personnelles.”

En Australie du sud, les gouvernements d’état et fédéral ont lancé une attaque similaire sur 60 communautés indigènes reculées. L’Australie du sud a un Aboriginal Lands Trust établit de longue date, ainsi les gens purent défendre leurs droits, jusqu’à un certain point… Le 12 Avril, le gouvernement fédéral a offert 15 millions de dollars sur 5 ans. Qu’une somme si pathétique soit considérée comme suffisante pour financer de bons services aux dépends des territoires aborigènes de l’état est une indication de la valeur placée sur les vies aborigènes par les politiciens blancs qui dépensent annuellement et sans sourciller quelques 28 milliards de dollars en armement et en budget militaire. Haydn Bromley, directeur de l’ Aboriginal Lands Trust m’a dit: “les 15 millions n’incluent pas la majorité des territoires et cela ne couvrira que le strict minimum, électricité, eau, développement des collectivités, infrastructure ? Oubliez !”

La distraction actuelle de ces sales secrets nationaux est l’approche de la “célébration” du centenaire de ce désastre militaire edwardien à Gallipoli en 1915 lorsque 8 709 Australiens et 2 779 Néo-Zélandais, les ANZAC, furent envoyées à une mort certaine dans un assaut futile sur une plage de Turquie. Ces dernières années, les gouvernements de Canberra ont promu ce gâchis impérialiste en vies humaines comme une déité historique afin de masquer le militarisme sous-jacent au rôle de l’Australie en tant qu’assistant du shériff américain dans le Pacifique.

Dans les librairies, les rayons “histoire australienne” foisonnent de bouquins opportunistes sur les faits d’arme, les héros et le patriotisme va t’en guerre. D’un seul coup d’un seul, les Aborigènes qui se sont battus pour les hommes blancs sont à la mode, tandis que ceux qui se sont battus contre l’homme blanc en défense de leur terre et nation, l’Australie, tombent en disgrâce. De fait, ils sont officiellement non-humains. Le monument aux morts national, l’Australian War Memorial, refuse de reconnaître leur remarquable résistance à l’invasion britannique. Dans un pays submergé de monuments à la gloire des ANZAC, il n’y a pas un seul monument érigé pour les milliers d’Australiens natifs originels qui se sont battus et sont tombés pour défendre leur terre ancestrale.

Ceci fait partie de ce “grand silence australien”, comme W.E.H Stanner intitula son discours de 1968 dans lequel il décrivait “un culte de l’oubli à l’échelle nationale”. Il y faisait référence au peuple aborigène. Aujourd’hui le silence est omniprésent. A Sydney en ce moment, il y a une exposition à l’Art Gallery of New South Wales: “Le photographe et l’Australie”, dans laquelle le début de l’histoire de ce très ancient continent démarre incroyablement avec le capitaine Cook.

Le même silence couvre une autre résistence de longue haleine et toute aussi épique. Les extraordinaires manifestations des femmes indigènes protestant contre l’enlèvement de leurs enfants et petits-enfants par l’État, pour certains d’entre eux à la pointe du fusil ; ignorées des journalistes et traitées avec condescendance par les politiciens. Toujours plus d’enfants indigènes sont arrachés de leurs communautés et foyers aujourd’hui que durant les pires années de l’époque de la Génération Volée. Un record établi présente 15 000 enfants maintenant détenus et “pris en charge” ; beaucoup sont donnés à des familles blanches et ne retourneront jamais dans leurs communautés.

L’an dernier, le ministre de l’intérieur de l’état de l’Australie de l’Ouest, Liza Harvey, a participé à la représentation de mon film documentaire “Utopia” à Perth, film qui documentait le racisme et la voyouterie de la police à l’encontre des Australiens noirs ainsi que les nombreuses morts de jeunes Aborigènes en détention dans les locaux de police. La ministre a pleuré durant la projection.

Durant ses fonctions au ministère, 50 policiers armés de la ville de Perth ont attaqué un camp de sans abris à Matagarup et en ont expulsé essentiellement de jeunes mère et des grand-mères avec leurs enfants. Les gens de ce camp se décrivant eux-mêmes comme des “réfugiés… cherchant la sécurité dans leur propre pays.” Ils ont demandé l’aide du Haut Commissaire de l’ONU pour les réfugiés.

Les politiciens australiens sont très nerveux avec les Nations-Unies. La réponse d’Abbott a été l’abus verbal. Lorsque le professeur James Anaya, le rapporteur spécial de l’ONU sur les peuples indigènes, a décrit le racisme de “l’Intervention”, Abbott lui a dit “d’aller se faire voir” et “de ne pas écouter la brigade des vieilles victimes”.

La planification de la fermeture des territoires indigènes enfreint l’article 5 de la Convention Internationale pour l’Élimination de la Discrimination Raciale (CIEDR) et la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) de l’ONU. L’Australie s’est engagée à “fournir des mécanismes efficaces pour la prévention de ou la remédiation… pour toute action qui a ou aurait pour but de déposséder les peuples indigènes de leurs terres, de leurs territoires ou de leurs ressources.” Les accords sur les droits économiques, sociaux et culturels sont sans appel. “L’éviction forcée” est contre la loi.

Un mouvement international est en cours. En 2013, la pape François 1er a demandé au monde d’agir contre le racisme et pour “les peuples indigènes qui sont de plus en plus isolés et abandonnés.” (NdT: Comme si le Vatican avait quelque leçon d’anti-racisme à donner alors même que les bulles papales Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493, continuent d’être le fondement légal de la loi coloniale sur le sous-continent nord-américain, bulles papales qui instaurèrent la doctrine chrétienne de la “découverte”, l’extermination, la mise en esclavage des “païens et infidèles” et la saisie de leurs terres et biens au nom du pape, vicaire du christ et dictateur en chef… Quelle hypocrisie sans nom, abusant de l’ignorance des gens à ce sujet…)

Ce fut la défiance de l’Afrique du Sud d’un tel principe de base des droits de l’Homme qui déclancha une opprobe internationale et une campagne qui mit alors un terme à l’apartheid.

Prend garde Australie !

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Hégémonie culturelle et colonialisme: Le passé et le présent brutaux de l’Australie (John Pilger)

Posted in actualité, altermondialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 11 novembre 2013 by Résistance 71

Des Amériques à l’Australie en passant par l’Afrique, le glas sonne pour le colonialisme toujours avéré et son avatar moderne néo-colonialiste. Les DOM-TOM français, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, toutes les dépendances pseudo-indépendantes du Commonwealth britannique inféodées à la « couronne » (à savoir: la Banque d’Angleterre et la City de Londres…), tous ces territoires sont sous contrôle direct ou indirect de leur maison mère et tout cela est en train de toucher à sa fin, sous l’impulsion des peuples indigènes humiliés mais survivants à des siècles de génocide.

John Pilger nous rappelle (ou nous apprend c’est selon…), ce qu’est la véritable histoire de son pays l’Australie. Après un premier documentaire dézingant en 1985 sur la question aborigène, il récidive avec son nouveau documentaire « Utopia » au sujet de l’infâmie coloniale… Quoi d’autre vraiment ? Plus on y pense et plus on se rend compte que toute la situation politico-économique du monde actuel n’est basée que sur une seule et unique chose: l’Idéologie de la suprématie raciste de l’occident sur le reste du monde, avalisée, encouragée par les églises et soutenue par tous les états au fil de l’histoire.

Changer de paradigme politique, c’est en finir avec ce dogme suranné et criminel. La colonisation est avant tout idéologique. L’oppression s’exerce sur nous les peuples occidentaux de manière plus « feutrée », le degré de coercition n’est pas le même, car au fond il ne s’agit que du degré d’expression et d’application de cette infâmie suprémaciste… Il est évident aujourd’hui que les oligarques ont autant de mépris et de griefs contre nous que contre les populations qu’elles ont conquises au cours de l’histoire.  Comme le disait for justement Howard Zinn, le grand historien américain: « On ne peut pas être neutre dans un train en marche »… Pilger n’est pas neutre non plus… Arrêtons de l’être !

— Résistance 71 —

 

Le passé et présent brutaux sont un autre pays dans l’Australie secrète

 

John Pilger

 

7 Novembre 2013

 

url de l’article:

http://www.informationclearinghouse.info/article36776.htm

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Bande annonce du film de John Pilger “Utopia”, sur les écrans en Grande-Bretagne le 15 Novembre, en Australie en Décembre 2013:

http://www.youtube.com/watch?v=-M-_-DwJg8s

 

Les couloirs du parlement australien sont si blancs que cela vous fait plisser les yeux. Les sons sont feutrés, l’odeur de cire. Les parquets brillent tellement qu’ils réfléchissent les portraits cartoonesques des premiers ministres ainsi que des rangées de peintures aborigènes, suspendues aux murs blancs, leur sang et leur larmes invisibles.

L’Assemblée Nationale australienne siège à Barton, une banlieue de Canberra qui a pris le nom du premier ministre initial de la nation, Edmond Barton, qui mit en place la politique de l’Australie blanche en 1901. “La doctrine de l’égalité de l’Homme”, disait Barton, “n’a jamais eu l’intention de s’appliquer aux non britanniques et aux non-blancs”.

La préoccupation première de Barton était les Chinois, connus sous le vocable de péril jaune; il ne fit aucune mention de la plus ancienne et plus endurante présence humaine sur Terre: les premiers Australiens. Ils n’existaient pas. Leur méticuleuse attention envers ce pays rugueux n’avait aucun intérêt. Leur résistance épique ne s’est jamais produite. De ceux qui luttèrent contre les envahisseurs britanniques de l’Australie, le journal du Sydney Monitor rapporta en 1838: “Il fut résolu d’exterminer toute cette race noire dans ce quart de siècle.” Aujourd’hui, les survivants sont un secret national qui fait honte.

La ville de Wilcannia en Nouvelle Galles du Sud (NSW), s’est distinguée par deux fois. Elle est l’heureuse récipiente de la ville la plus propre d’Australie et ses peuplades indigènes ont l’espérance de vie la plus courte de tout le pays. Ils sont en général morts avant l’âge de 35 ans. Le gouvernement cubain a mis en place un programme d’alphabétisme pour eux, comme ils le font pour les plus pauvres en Afrique. D’après le rapport du Crédit Suisse sur la richesse mondiale, l’Australie est l’endroit le plus riche au monde.

Les politiciens de Canberra sont parmi les citoyens les plus riches au monde. Leur auto-suffisance est légendaire. L’an dernier, la ministre des affaires indigènes Jenny Macklin a fait rénover son bureau pour la modique somme de 331 144 AUD (NdT: environ 300 000 Euros) aux frais du contribuable.

Macklin a récemment déclaré qu’elle avait fait une “énorme différence” au sein du gouvernement. C’est vrai. Pendant son mandat de ministre, le nombre d’aborigènes vivant dans des bidonvilles a augmenté de près d’un tiers et plus de la moitié de l’argent fédéral dépensé pour le logement des indigènes fut empoché par des sous-traitants contractants blancs et une bureaucratie dont elle était responsable. Une maison en ruine typique de la cambrousse d’une communauté indigène doit loger jusqu’à 25 personnes. Les familles, les vieux et les handicapés attendent des années pour des toilettes et salles de bain qui fonctionnent.

En 2009, le professeur James Anaya, le très respecté rapporteur de l’ONU pour les droits des peuples indigènes, avait décrit comme raciste “L’état d’urgence” qui avait privé les communautés indigènes australiennes du peu de droits et de services dont elles bénéficiaient sous prétexte que des gangs pédophiles étaient présents en nombre “impensable”, affirmation qui fut réfutée par la commission australienne sur le crime et la police.

Le porte-parole de l’opposition aux affaires indigènes d’alors, Tony Abbott, avait dit à Anaya d’aller se faire voir et “de ne pas écouter l’éternelle brigade des vieilles victimes”. Abbott est maintenant le premier ministre de l’Australie.

J’ai conduit dans le centre rouge de l’Australie centrale et ai demandé au Dr. Janelle Trees au sujet de la “brigade des vieilles victimes”. Une médecin généraliste dont les patients indigènes vivent à quelques kilomètres des stations balnéaires à 1000 $ la nuit d’hôtels desservant Uluru (Ayers Rock) et elle m’a dit: “Il y a de l’amiante plein les maisons des aborigènes et lorsque quelqu’un a une fibre d’amiante dans les poumons et développe un mésothélioma, le gouvernement s’en fiche. Quand les enfants ont des infections chroniques et s’ajoutent à ces horribles statistiques d’aborigènes mourant de maladies rénales et vulnérables à des records mondiaux de maladies cardiaques rhumatiques, rien n’est fait. Je me demande: pourquoi pas ? La malnutrition est commune. J’ai voulu donner un anti-inflammatoire à une patiente pour une infection qui aurait pu être anticipée si les conditions de vie étaient meilleures, mais je n’ai pas pu la traiter car elle n’avait pas assez à manger pour pouvoir prendre les comprimés en sécurité. J’ai l’impression parfois de gérer les mêmes conditions sanitaires que la classe laborieuse britannique durant la révolution industrielle.”

A Canberra, dans des bureaux ministériels exposant toujours plus d’art des premières nations, on m’a répété à plusieurs reprise à quel point les politicens “étaient fiers” de ce que “nous avons fait pour les Australiens indigènes”. Quand j’ai demandé à Warren Snowdon, le ministre délégué aux affaires de santé indigènes au sein du gouvernement travailliste (NdT: équivalent PS en France), récemment remplacé par le gouvernement conservateur d’Abbott, pourquoi après un quart de siècle représentant les plus pauvres et les plus malades des Australiens, il n’est pas parvenu à une solution, il a dit alors: “Quelle question stupide… Quelle question puérile.”

A la fin de la parade de l’ANZAC à Canberra se dresse le monument commémoratif australien de la guerre, que l’historien Henry Reynolds appelle “le centre sacré du nationalisme blanc”, là on m’a refusé l’autorisation de filmer dans cet endroit public. J’avais commis l’erreur d’exprimer un intérêt dans les guerres de frontière où les indigènes se battirent contre l’invasion britannique sans armes à feu, mais avec ingénuosité et courage, l’épitome pourtant de la “tradition de l’ANZAC”. Et pourtant, dans un pays littéralement couvert de cénotaphes, pas un seul n’est érigé pour commémorer officiellement ceux qui sont tombés en résistant “un des plus grand vol de territoire de l’histoire de l’humanité” écrivit Reynolds dans son ouvrage phare “La guerre oubliée”. Plus d’indigènes australiens moururent en combattant l’envahisseur que les Indiens d’Amérique du nord ou les Maoris de Nouvelle-Zélande. L’état du Queensland fut un abattoir. Un peuple entier devint prisonnier de guerre dans son propre pays, avec les colons demandant leur extermination. L’industrie de l’élevage prospéra grâce aux indigènes réduits quasiment à l’état d’esclaves. L’industrie de l’extraction minière fait un profit aujourd’hui d’un milliard de dollars par semaine en exploitant des terres volées aux peuples indigènes.

Supprimer ces vérités tout en vénérant le rôle servile de l’Australie dans les guerres coloniales de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, a obtenu un statut culte à Canberra aujourd’hui. Reynolds et les quelques ceux qui questionnent cela ont été diffamés et ostracisés. L’unique peuple aborigène d’Australie est considéré comme Untermensch, sous-homme. Lorsque vous entrez dans le musée national de la guerre, des visages aborigènes sont mis en gargouilles de pierre avec les kangourous, reptiles et autre “faune sauvage locale”.

Quand j’ai commencé à filmer cette Australie secrète il y a plus de 30 ans, une campagne générale mondiale avait lieu pour en finir avec la politique d’apartheid en Afrique du Sud. Ayant fait des reportages en Afrique du Sud, je fus choqué par la similarité de la suprématie blanche et du laxisme et de la défense des libéraux Et pourtant, pas d’opprobe internationale, pas de boycotts, ne venaient perturber la surface de l’Australie la “chanceuse”. Allez voir les gardes de la sécurité privée expulser des aborigènes d’une galerie marchande de la ville d’Alice Springs, conduisez un peu à l’écart des barbecues banlieusards de Cromwell Terrace vers Whitegate Camp, là où les baraques en tôles ondulées n’ont ni eau ni électricité. C’est çà l’apartheid, ou ce que Reynolds appelle: “le murmure dans nos cœurs”.

Le film de John Pilger Utopia, au sujet de l’Australie, sera diffusé dans les cinémas en Grande-Bretagne à partir du 15 Novembre, sur ITV en Décembre et sera sur les écrans en Australie en janvier 2014.

Colonialisme, apartheid et génocide: Le cas de l’Australie refait surface (John Pilger)

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 5 novembre 2013 by Résistance 71

Nous l’avons dit car c’est la réalité à ne pas (plus) masquer: Le colonialisme occidental à l’échelle planétaire trouve sa source profonde dans les bulles pontificales Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493. Toutes les colonies établies par l’occident en Afrique, aux Amériques (Nord, sud, centrale et dans les Caraïbes), en Asie et en Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande et tous les territoires toujours sous contrôle colonial français ou britannique dans le Pacifique) n’ont pu être possibles et ne sont possibles aujourd’hui que par leur racine des bulles vaticane datant du XVème siècle, clef de voûte de l’impérialisme colonial occidental et des génocides d’hier et d’aujourd’hui.

Après un premier documentaire sur son pays de l’Australie en 1985,  John Pilger soulève de nouveau le rideau de la honte sur la pratique coloniale d’apartheid et de vols de terres en Australie au détriment des premières nations aborigènes de ce continent.

Nous le disons et ne le répéterons jamais assez : Le colonialisme est le fléau absolu dont l’humanité doit impérativement se débarrasser si elle veut vivre  et s’émanciper totalement.

Des Indiens des Amériques aux peuples d’Afrique en passant par les peuples asiatiques et d’Océanie, il n’est pas un km2 de terre au monde qui ne subisse l’influence néfaste et mortifère de l’arrogance suprémaciste raciste occidentale, établie et forcée par l’infime minorité sue ses propres populations en premier lieu. La première colonisation est celle des esprits et à ce titre, nous sommes aussi colonisés que les peuples physiquement colonisés, voire même bien plus tant on nous a fait « accepter » le concept de dominance, de suprématie comme étant de « l’ordre naturel des choses » souvent dans l’ère moderne à grand renfort de pseudo-science telle le darwinisme et la biologie-socilae phagocytées dès le départ par l’idéologie dominante idoine…

Il est plus que temps pour le monde que nous en terminions avec cette infâmie !

— Résistance 71 —

 

Le nouveau film de John Pilger “Utopia” sera à l’écran en Novembre

 

JohnPilger.Com

 

url de l’article:

http://johnpilger.com/articles/a-new-john-pilger-film-utopia-to-be-released-in-uk-cinemas-in-november

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un des films documentaire les plus extraordinaire sur l’Australie sera à l’affiche ce mois de Novembre en GB. Il s’agit du documentaire “Utopia”, une production épique du journaliste d’enquête moultes fois primé John Pilger.

Utopia sera visionné en première dans l’Ouest de Londres à Curzon Soho le 4 Novembre, où John PIlger répondra aux questions de l’audience. Le film sera à l’affiche dès le 15 Novembre.

Le lundi 18 Novembre, la Picture House de Brixton diffusera Utopia dans 30 cinémas à travers la GB avec des questions/réponses à John Pilger.

ITV le diffusera sur les ondes en Décembre.

Utopia est une vaste région du nord de l’Australie et le lieu d’habitation de la plus ancienne présence humaine sur terre, “Ce film est un voyage dans un pays secret”, dit John Pilger d’Utopia. “Il décrira non seulement l’unicité des premiers Australiens, appelés Aborigènes, mais aussi leur propre chemin des larmes (NdT: en référence qu “chemin des larmes”, “trail of tears” de la nation Cherokee des Etats-Unis, déportée de ses territoires ancestraux par l’armée américaine…), la trahison dont ils furent victimes et la résistance, d’une utopie à une autre.”

Pilger commence son voyage à Sydney où il a grandi et à Canberra, la capitale de la nation, où le parlement national se tient dans une banlieue riche appelée Barton, qui est récemment devenue la communauté la plus privilégiée d’Australie.

Barton est nommé après le premier premier ministre australien, Edmund Barton, qui en 1901, introduisit la première politique de l’Australie blanche. “La doctrine de l’égalité de l’Homme”, disait Barton “n’a jamais été faite pour être appliquée à ceux qui ne sont pas britanniques et blancs.” Il ne fît aucune mention des habitants originels qui étaient à peine considérés comme humains et ne valant pas la peine d’une quelconque reconnaissance dans cette première utopie de banlieue.

Un des secrets les mieux gardé du monde est révélé sur fond du plus grand des boum économique sur la richesse minière. Le “pays chanceux” a t’il hérité de l’apartheid sud-africain ? Comment cela peut-il se produire au XXIème siècle ? Quel rôle ont joué les médias dans cette affaire ? “Utopia” est à la fois un voyage personnel et une histoire universelle au sujet du pouvoir et de la résistance et du comment les sociétés modernes peuvent être divisées entre ceux qui se conforment et un monde dystopique de ceux qui ne se conforment pas.

“Utopia” prend des gens et place le premier film sur l’australie de Pilger d’il y a 28 ans durant sa longue association avec les peuples indigènes de son pays natal. Les preuves et évidences qu’il produit sont très souvent émouvantes et choquantes.

Le film est produit par Dartmouth Film et distribué par Network Releasing.

“Utopia” sera diffusé en Australie au Musée d’Art Contemporain de la ville de Sydney avec des audiences les 21-23 janvier et durant la fête nationale australienne le 26 janvier. Une diffusion nationale dans les salles et sur la chaîne de TV SBS s’ensuivront.

Dans un article for the Guardian, John Pilger  donne un avant-goût de son dernier film au sujet de l’Australie, son premier fut The Secret Country, diffusé en 1985.

Film Credits

Written, produced and presented by John Pilger

Directed by John Pilger & Alan Lowery

Edited by Joe Frost

Line Producer: Sandra Leeming

Archive Producer: Alec Morgan

Associate Producers: Paddy Gibson & Chris Graham

Director of Photography: Preston Clothier

Co-Executive Producer: Tim Beddows

Executive Producer: Christopher Hird

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Facebook – johnpilgerutopia

Twitter – @Utopia_Film

Crimes impérialistes: L’Australie pas en reste en bon satellite de l’empire…

Posted in actualité, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 28 octobre 2012 by Résistance 71

Population aborigène australienne et population amérindienne, même combat: en lutte permanente contre le terrorisme d’état colonialiste et sa litanie d’oppression et de crimes incessante !…

— Résistance 71 —

Rendre le monde plus dangereux, le rôle avide de Julia Gillard

John Pilger

Le 25 Octobre 2012

url de l’article original:

http://johnpilger.com/articles/making-the-world-a-more-dangerous-place-the-eager-role-of-julia-gillard

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Le parlement australien pue la cire de parquet. Les sols de bois luisent tellement qu’ils réfléchissent les portraits de genre dessins animés des premiers ministres, des juges à perruques et des vices-rois. Le long des couloirs feutrés et brillants, les murs sont décorés d’art aborigène: une peinture après l’autre comme dans une galerie monolithique, totalement coupés de leur origine, dans une brutale ironie. Le peuple le plus pauvre, le plus malade, le plus incarcérés de la planète donne une façade à ceux qui supervisent le vol de leur terre et son pillage.

L’Australie possède 40% de l’uranium mondial, la totalité en territoire indigène. La première ministre Julia Gillard revient juste d’Inde où elle a vendu de l’uraniun à un gouvernement qui refuse de signer le traité de non prolifération nucléaire (TNP) et dont l’ennemi, le Pakistan est aussi non-signataire du traité. La menace de guerre nucléaire entre ces deux pays est constante. L’uranium est un ingrédient essentiel des armes nucléaires. Le contrat de Gillard à Delhi termine de manière formelle la longue politique du parti travailliste australien de refuser la vente d’uranium aux pays qui refusent de signer le TNP et l’obligation “de poursuivre des négociations de bonne foi sur les mesures effectives en rapport avec la cessation de la course à l’armement nucléaire le plus tôt possible et le désarmement nucléaire.”

Comme les Japonais, les Aborigènes australiens ont fait l’expérience de l’horreur des armes nucléaires. Durant les années 1950, le gouvernement britannique a testé des bombes atomiques à Maralinga dans le sud de l’Australie. La population aborigène ne fut pas consultée et ne reçût que de maigres mises en garde voire aucune et continue de souffrir des effets. Yami Lester était un petit garçon quand il vit le flash nucléaire et en devint aveugle. La lutte permanente du peuple Aborigène pour être reconnu comme étant des êtres humains a été une lutte non seulement pour leur terre, mais aussi pour ce qu’il y a en dessous, dans ses sous-sols. Comme leur statut était à peine plus élevé que celui des moutons jusqu’en 1971, et qu’à l’encontre des moutons ils n’étaient pas comptés, bon nombre de leurs modestes droits fonciers ont été corrompus ou diminués par les gouvernements successifs de Canberra.

En 2007, le premier ministre d’alors, John Howard, utilisa l’armée pour lancer une “intervention d’urgence” dans les communautés aborigènes des Territoires du Nord, riches en ressources naturelles minérales. Des histoires sordides et mensongères de cercles pédophiles furent la couverture pour l’opération, les indigènes furent avertis qu’ils ne recevraient pas les services de base s’ils n’abandonnaient pas le bail de leurs terres. Le ministre des affaires indigènes de Gillard a depuis donné à ce projet le nom orwellien de “Grands futurs”.

La tactique demande de faire en sorte que les gens se rendent dans des “villes high tech” et de refuser aux gens des logements décents ainsi les forçant à vivre à douze ou plus dans une chambre. La relocation des enfants aborigènes a atteint le niveau de la triste époque de la “Génération perdue” du siècle dernier. Beaucoup ne reverront sans doute jamais leur famille.

Dès que “l’intervention” fut commencée, des centaines de titres d’exploitation des terres furent données à des industries pour l’exploration minière et l’exploitation de l’uranium.

La politique contemporaine en Australie est souvent définie par le pouvoir des compagnies minières. Quand l’ancien premier ministre travailliste (NdT: équivalent du PS foie jaune de chez nous…) Kevin Rudd, proposa un impôt sur les profits records des compagnies minières, il fut deposé par une cabale d’arrière-boutique, incluant Gillard, qui réduisit l’impôt. Des câbles diplomatiques fuités par Wikileaks révèlent que deux des comploteurs contre Rudd étaient des informateurs de l’ambassade de Etats-Unis, que Rudd avait mis en colère en ne suivant pas à la lettre les plans des Etats-Unis faits pour encercler la Chine et de rendre disponible l’uranium à la vente pour des clients des Etats-Unis comme l’Inde.

Gillard a depuis retourné la relation australo-américaine à son niveau historique, de la même manière que l’était un pays satellite européen de l’URSS. La veille de l’arrivée d’Obama à Canberra l’an dernier pour déclarer que la Chine était le nouvel ennemi du “monde libre”, Gillard annonça la fin de l’interdiction par son parti sur les ventes d’uranium.

Les obsessions de l’après guerre-froide de Washington demandent aussi les services de l’Australie. Ceci inclut l’intimidation de l’Iran et la destruction de l’indépendance de cette nation, le torpillage du TNP et la prévention de l’établissement de zones non-nucléaires, qui menaceraient la dominance nucléaire dans la région des Etats-Unis et d’Israël. A l’encontre de l’Iran, signataire du TNP et grand supporter d’une zone non-nucléaire au Moyen-Orient, les Etats-Unis et Israël ne veulent pas entendre parler d’inspections. De plus ces deux pays menacent l’Iran d’une guerre, qui d’après les agences de renseignement américaines combinées, ne possède pas d’armement nucléaire.

L’inversion nécessaire de la réalité et la doctrine du double-standard demandent “un processus minutieusement orchestré”, assure un officiel australien à l’ambassade des Etats-Unis, cité par Wikileaks. D’après les câbles américains il y a des “idées australiennes” enthousiastes pour forger une information qui aidera à discréditer Mohamed El Baradei, qui en tant que directeur de l’AIEA de 1997 à 2009, a réfuté répétitivement les accusations américaines disant que l’Iran construit des armes nucléaires. Le directeur du bureau australien du contrôle de l’armement est mis en évidence comme étant un chien de garde américain, mettant en garde contre “la pente savonneuse” où s’engagent les gouvernements qui “exercent un jugement indépendant” sur les affaires nucléaires. Patrick Suckling, un autre officiel australien, a été rapporté dire aux Américains que “l’Australie désirent les sanctions les plus fortes et les plus incapacitantes contre l’Iran”. Les victimes de Sickling sont aujourd’hui des hommes, femmes et enfants ordinaires. Le 5 Octobre, l’alliance australienne contre le nucléaire, qui incorpore des groupes aborigènes à travers tout le pays, s’est rassemblée à Alice Springs. Elle a appelé à un moratoire sur toutes les exploitations et ventes d’uranium. Les femmes aborigènes ont fait une demande très spéciale à Gillard, qui a été élue par les médias blancs récemment comme une héroïne féministe. Aucune réponse n’était attendue.

Le 17 Octobre, tous les ronds de jambes et promesses de servilité à leurs puissant patrons ont fini par payer puisque l’Australie a été intronisée comme membre non-permanent du conseil de sécurité de l’ONU, connu à Canberra comme “la grande table”. Le timing est parfait. Une attaque par l’OTAN sur la Syrie ou l’Iran, ou les deux, n’a jamais été aussi proche. Une guerre mondiale pointe à l’horizon depuis la marque de 50 ans lorsque “le monde s’arrêta”, écrivit l’historien Sheldon Stern. C’était la crise des missiles de Cuba en 1962, lorsque les Etats-Unis et l’URSS furent si proches d’une guerre nucléaire. Des documents maintenant déclassifiés montrent que le président John F. Kennedy avait autorisé “à des avions de l’OTAN, pilotes turcs aux commandes, de décoller à destination de Moscou et de lâcher une bombe”.

L’écho aujourd’hui résonne on ne peut plus clairement.