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Résistance politique: L’inéluctabilité de l’action directe et de la désobéissance civile (John Pilger)

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Comment on nous appauvrit, embourgeoise et réduit au silence et que faire à ce propos

 

John Pilger

 

25 Juillet 2013

 

url de l’article:

http://johnpilger.com/articles/how-we-are-impoverished-gentrified-and-silenced-and-what-to-do-about-it

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Je connais mon facteur depuis plus de vingt ans. Consciencieux doté d’un bon sens de l’humour, il est la personalisation du service public dans ce qu’il a de mieux. L’autre jour, je lui demandais: “Pourquoi vous tenez-vous devant chaque porte comme un soldat à la parade ?”

“Nouveau système, me répondit-il, je ne suis plus supposé simplement poster les lettres. Je dois aussi approcher chaque porte d’une certaine manière et mettre les lettres d’une certaine manière.”

« Pourquoi ? »

« Demandez-lui. »

De l’autre côté de la rue se tenait un jeune homme à l’allure solennelle, écritoire à pince dans les mains et dont le travail consistait à suivre les facteurs et d’observer s’ils obéissaient aux nouvelles règles, une préparation à la privatisation sans aucun doute. J’ai expliqué au suiveur que mon facteur était admirable. Son visage demeura de marbre, à l’exception peut-être d’une petite expression furtive de confusion.

“Dans son livre “Brave New World Revisited”, Aldous Huxley décrit une nouvelle classe conditionnée à une normalité qui n’est pas normale “parce qu’ils sont tellement bien ajustés à notre mode d’existence, parce que leur voix a été réduite au silence si tôt dans leurs vies, qu’ils ne luttent même pas ni ne souffent ni ne développent de symptômes comme tout neurotique le ferait.”

La surveillance est nornale dans l’Âge de la Régression, comme l’a révélé Edward Snowden. Avoir des caméras partout est normal. Il est nornal de voir les libertés subverties. La dissidence publique effective est maintenant contrôlée par la police, dont les méthodes d’intimidation sont normales.

La diffamation de mots si nobles tels que “démocratie”, “réforme”, “bien-être” et “service public” est nornal. Des premiers ministres qui mentent ouvertement au sujet de groupes de pression (lobbyistes) et de la guerre est normal. L’exportation de plus de 4 milliards GBP d’armement britannique, incluant des munitions de contrôle des foules, à un état médiéval comme l’Arabie Saoudite, où l’apostat est puni de mort, est normal.

La destruction volontaire d’institutions publiques populaires et efficaces comme la poste est normal. Un facteur n’est plus un facteur, vaquant à son travail décent, il est un automate qui doit être observé, une case dans laquelle on doit mettre une marque. Huxley avait décrit cette régression comme une insanité et notre “ajustement parfait à cette société anormale” comme un signe de folie.

Sommes-nous “parfaitement ajustés” à tout ceci ? Non, pas encore. Les gens manifestent contre la fermeture des hôpitaux, UK Uncut force des succursales bancaires à fermer et six femmes courageuses grimpent sur le plus haut bâtiment d’Europe pour montrer la chaos causé par les compagnies pétrolières dans l’Arctique. De là, la liste commenene à s’affiner.

Au festival annuel de Manchester, l’épique poème de Percy Bysshe Shelley “Le masque de l’anarchie”, les 91 strophes écrites dans la rage du massacre des gens de Lancashire protestant contre la pauvreté en 1819, est devenu une pièce théâtrale acclamée dans son divorce avec le monde extérieur. En janvier dernier, la commission sur la pauvreté de la conurbation de Manchester a révélé que 600 000 personnes y vivent dans une “pauvreté extrême” et que 1,6 millions, ou près de la moitié de la population urbaine de cette conurbation, étaient en train de “glisser dans une plus grande pauvreté”.

La pauvreté a été embourgeoisée. Le domaine de Parkhill à Sheffield était autrefois un bâtiment HLM, détesté de beaucoup pour sa brutalité à la Le Corbusier, son manque d’entretien et son manque de facilités. Avec sa classification en monument historique de classe 2, il a été rénové et privatisé. Les deux tiers des anciens appartements ont été transformé en appartements modernes se vendant à des “professionnels”, incluant des designers, des architectes et un historien social. Dans le bureau de vente, vous pouvez y acheter des mugs et des coussins. Cette façade ne dit en rien que Sheffield, devastée par les coupes budgétaires “d’austérité” du gouvernement, a une liste d’attente de 60 000 personnes pour l’obtention de logements sociaux.

Parkhill est le symbole de la société des deux-tiers qu’est la Grande-Bretagne aujourd’hui. Le tiers embourgeoisé se porte bien, certains même très bien, un tiers lutte pour s’en sortir à crédit et le reste glisse dans la pauvreté.

Bien que la vaste majorité de la population britannique appartienne à la classe laborieuse, que les gens se voient comme tel ou pas, une minorité embourgeoisée domine le parlement, l’exécutif corporatif et les médias. David Cameron, Nick and Ed Milliband en sont leurs véritables représentants, n’ayant que des différences mineures entre leurs partis politiques. Ils fixent les limites de la vie et du débat politiques, aidés en cela par un journalisme gentrifié et l’”identité” de l’industrie. Le plus grand transferts de richesse du bas vers le haut de l’histoire est une réalité. La justice sociale a été remplacée par une “équité” qui n’a aucun sens.

Tout en faisant la promotion de cette normalité, la BBC récompense un vieux fonctionnaire avec près d’un million de GBP. Bien que se regardant comme le média équivalant à l’église d’Angleterre, la corporation a maintenant une morale comparable à celle des entreprises de “sécurité” G4S et Serco, qui, comme le dit le gouvernement, ont surfacturé en services publiques pour des dizaines de millions de GBP. Dans d’autres pays, ceci est appelé corruption.

Tout comme les ventes des facilités énergétiques, de distribution d’eau et des chemins de fer, la poste royale sera vendue à grand renfort de pots-de-vin et de la collaboration des instances syndicales, indépendemment de leurs cris d’orfraie. En ouverture de son documentaire datant de 1983 “Questions de leadership”, Ken Loach montre les patrons des syndicats exhortant les masses. Les mêmes hommes sont ensuite montrés, plus vieux et bien rougeauds, accoutrés d’hermine à la chambre des Lords. Aux récentes cérémonies de l’anniversaire de la reine, le secrétaire général du TUC (syndicat), Brendan Barber, a été anobli.

Pendant combien de temps encore les Britanniques peuvent-ils regarder les soulèvements populaires autour du monde et faire si peu, à part porter le deuil de leur parti travailliste (NdT: soi-disant socialiste) ? Les révélations d’Edward Snowden montrent l’infrastrucxture d’un état policier émergerant en Europe, spécifiquement en Grande-Bretagne. Les gens sont plus éveillés qu’auparavant et les gouvernements ont peur de la résistance populaire, ce qui est le pourquoi les diseurs de vérité sont isolés, trainés dans la boue et poursuivis.

Un changement radical provient presque toujours du courage de quelques personnes reprenant leurs propres vies contre toute attente. Il n’y a pas d’autre manière maintenant. Action directe. Désobéissance civile. C’est indubitable. Lisez Percy Shelley; “Ye are many, they are few,” (“Vous êtes nombreux, ils sont peu”). Faites-le.

Dérive de la société: un extrémisme qui ne dit pas son nom…

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“Guerre et consumérisme” au sein d’un monde en crise: l’extrémisme qui ne dit jamais son nom.

 

Par John Pilger

Le 21 Septembre 2011

 

Url de l’article original:

http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=26716

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

Cherchant une librairie qui n’existait plus, je marchais en fait dans un labyrinthe bâti comme un piège. En sortir devenait une illusion, un peu comme Alice une fois le miroir traversé. Des murs de verre façonnés en cercles concentriques alors qu’un magasin s’imbriquait dans un autre: Armani Exchange avec les tartes Dinki Di. Les sorties menaient à toujours plus “d’offres” et “d’excitantes opportunités”. Cherchant un guide, j’achetais une paire de lunettes de soleil minable: tout pour en sortir. C’était une vision infernale. C’était le mega centre commercial Westfield.

Ceci se passait à Sydney, là où a commencé l’empire Westfield. Dans un centre commercial qui n’est pas la moitié de la superficie de celui qui vient d’ouvrir à Sratford, East London ce 13 Septembre dernier. “Tout” est là a rapporté le critique architectural Jonathan Glancey: d’Apple à Primark, McDonald’s à KFC et Krispy Kreme. Il y a un cinéma de 17 salles avec des “sièges VIP luxueux” et un super bowling luxueux également. Tracey Emin et Mary Portas ont emmené “l’équipe culturelle” de Westfield. Le plus grand casino du pays surplombera une “rue mode de vie 24/24” appellée l’Arcade. Ceci sera la route unique pour les JO de 2012 pour ces 10 millions de touristes qui viendront contempler les prouesses athlétiques. Le message simple et grotesque du “achetez moi, achetez moi”, sera le message de bienvenue de Londres au monde.

“Si vous avez vu le film de Walt Disney Wall-E”, a écrit Glancey en 2008, “vous reconnaitrez certainement Westfield et les centres commerciaux lui ressemblant. Dans le film, les humains qui ont abandonnés la terre il y a bien longtemps à cause de la polution résultant de leur veûlerie, vivent une vie super sédentaire faite de consumérisme et de bouffe. Ils sont adipeux et ont perdu l’usage de leurs jambes. Est-ce comme cela que nous finirons ? Ou allons-nous plonger dans les profondeurs d’une récession gargantuesque… avec rien à dépenser et nulle part pour le faire ? Dans le court terme moins apocalyptique, Westfield est ‘une étape vers notre désir collectif de limiter la vie et la culture de la ville traditionnelle, ainsi que son architecture, et de nous inciter à acheter encore et encore plus.”

Le plan original de développement de Stratford City évoqua celui de Barcelone: une grille de rues et de magasins et d’endroits définis pour vivre. Moderne, civilisé. Puis vinrent les JO ainsi que Westfield, un des commanditaires majeurs de l’opération. Le mega centre commercial, le plus grand d’Europe, est bâti au milieu de tours grises, pas très loin d’où les récentes émeutes ont eu lieu, ses produits “haut de gamme”, fait pour la plupart à l’aide d’une force de travail très bon marché et régimentée, invitent les endettés. Que ce site soit érigé là où les travailleurs londoniens construisirent des trains, des milliers de locomotives, des voitures et de très bons wagons, dans ce qui était appellé autrefois l’industrie n’est que d’un vague intérêt mélancolique. Le travail de ce mega centre commercial ne produit rien et est de plus très mal payé. C’est un symbole des temps extrêmes.

Le co-fondateur de Westfield est Frank Lowy, un milliardaire israélo-australien qui est à la distribution ce que Ruppert Murdoch est aux médias. Westfield possède ou a des intérêts dans plus de 120 galleries marchandes dans le monde. La tour de Sydney, la structure architecturale la plus visible de la ville est estampillée “Westfield”. Lowy, un ancien commando des forces spéciales israéliennes, donne des millions à Israël et en 2003 a créé l’Institut Lowy des Affaires Internationales, qui se veut “indépendant” et qui promeut la politique étrangère israélo-américaine.

Le jour d’après l’ouverture du mega centre commercial de Stratford, des chercheurs de l’UNICEF ont rapportés que les enfants britanniques étaient prisonniers d’un “piège matérialiste” dans lequel ils était achetés et corrompus par le moyen des “produits de marques”. Les parents à bas revenus ressentaient “une énorme pression de la société” pour acheter des “vêtements de marque, chaussures de sport et technologie” pour leurs enfants. La publicité télévisée et autres moyens de séduction de la “culture de la consommation”, combinée avec des bas salaires et de longs horaires de travail, étaient responsables. Les enfants ont dit aux chercheurs qu’ils préféraient rester en famille et avoir plus à faire en activités extérieures, mais que ceci n’est plus possible. Alors que le mot “aide sociale” est devenu un gros mot, les facilités de base pour les jeunes comme les maisons de la jeunesse, les clubs etc sont éliminés par les autorités locales.

Il y a quatre ans, l’UNICEF publiait une étude sur le bien-être des enfants sur 21 pays indistrialisés. Le Royaume-Uni était en fond de classement. Un cinquième des enfants britanniques vivent sous le seuil de pauvreté: un chiffre qui va augmenter en cette année olympique qui vient. La priorité de la classe politique britannique, et ce quelque soit la tendance politique, est le remboursement par les gens normaux du “déficit”, un terme cynique et trompeur pour désigner les épiques dons d’argent aux banques véreuses et le déclanchement simultanné de guerres coloniales criminelles pour voler les ressources d’autres nations.

Ceci est l’extrêmisme qui ne dit jamais son nom.

C’est un extrémisme qui a émasculé la démocratie sociale qui fut la rédemption de l’Europe de l’après seconde guerre mondiale. L’apauvrisseemnt forcé de la Grèce avec les retours exhorbitants demandés par les banquiers centraux français et allemands va sans aucun doute y provoquer un autre coup d’état militaire fasciste. L’apauvrissement forcé de millions de britanniques par l’ancien régime de David Cameron, avec son lot de mesures renforçant l’état policier et sa bourgeoisie complice, spécifiquement les médias, va aussi provoquer plus d’émeutes, rien n’est plus sûr. On peut toujours compter sur l’extrémisme d’un apartheid de quelque forme que ce soit pour déclancher de telles choses et ce indépendemment du consumérisme clinquant enfermé dans les galleries marchandes. Le projet futur est la démocratie pour les riches et le totalitarisme pas seulement pour les pauvres et “l’intervention libérale”, comme l’approuve le journal Guardian, pour ces entités étrangères trop faibles pour résister à nos missiles de “précision” Brimstone.

Je me suis rendu sur la place du parlement l’autre jour. Les annonces graphiques des crimes d’état exhibées par l’activiste pour la paix et la justice Brian Haw ont finalement été retirées par la police londonienne, qui savait très bien que Brian ne pourrait plus jamais les défendre, physiquement sur place et dans les palais de justice, comme il le fit pendant 10 ans. Brian est décédé en Juin. Lui rendant visite un de ces Noël glaciaux, j’étais bouleversé par la façon dont il persuadait tant et tant de passants et par la force de son courage.

Nous avons besoin de millions de Brian. De manière urgente.