Archive pour jean paul marat révolution française

Résistance politique: A l’heure du grand cirque électoral futile… Petit rappel sur la révolution française par les « amis du peuple »…

Posted in actualité, altermondialisme, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 9 mars 2017 by Résistance 71

Résistance 71

 

9 mars 2017

 

Nous irons crescendo au fil du temps dans la critique toujours Ô combien utile de ce pathétique rituel électoral de retour parmi nous et ce jusqu’aux deux tours (?) du grand barnum de l’hypocrisie et de la mesquinerie politicarde ne visant qu’à perpétuer le consensus du statu quo oligarchique mis en place il y a bien trop longtemps avec notre « consentement » du plus mal informé et au service de la caste des privilégiés du despotisme institutionnel.

Aujourd’hui, nous vous proposons une compilation en format PDF de textes déjà publiés sur ce blog, mis en page par la toujours excellente Jo de JBL1960, que nous remercions grandement au passage pour sa résilience à la tâche ; textes qui auraient dû bien plus éclairer le peuple depuis la seconde moitié du XVIIIème siècle, mais les circonstances furent des plus difficiles il est vrai. Dans cette compilation, retrouvons donc les vrais amis du peuple que furent Jean-Paul Marat, Jean Varlet, Jacques Roux et un peu plus tard Pierre Kropotkine…

Leurs textes résonnent (et raisonnent) toujours si puissamment aujourd’hui, pour la simple et bonne raison que nous n7avons absolument pas progressés sur un plan politique et qu’il est plus que grand temps que nous pensions à boycotter cette pourriture systémique obsolète qu’est l’État et que nous nous concentrions à développer la base de conscience pour que fleurisse enfin la société des sociétés, celle des associations libres, confédérées librement pour le bien commun de toutes et tous.

Pour la société des sociétés égalitaire et contre l’État, la coercition et le mensonge organisé et institutionnalisé.

Boycott du vote et associations libres !

 

Compilation version PDF

Les_amis_du_peuple_révolution_française

Publicités

Resistance politique: « Le gouvernement est l’ennemi du peuple » nous disait l’ami du peuple…

Posted in actualité, altermondialisme, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , on 29 octobre 2016 by Résistance 71

“Nous croyons que le journal de Marat [“L’Ami du Peuple”] est le document le plus précieux, le plus indispensable qu’on puisse consulter pour une histoire de la Révolution française.”
~ Alfred Bougeart, historien et biographe de Marat ~

“Marat a formulé sa défiance à l’égard du régime représentatif d’assemblée et de ce qui le menace: la corruption, l’accaparement du pouvoir par les riches ou par les suppôts du prince. Le thème du nécessaire contrôle des élus par leurs mandants, leitmotiv sous sa plume de journaliste, est déjà en place.”
~ Michel Vovelle, historien ~

Épitaphe sur la tombe de Marat au club des Cordeliers:

“Ci-gît Marat, l’ami du peuple, assassiné par les ennemis du peuple le 13 juillet 1793.”

 

Textes de Jean Paul Marat

“L’Ami du Peuple” (extraits 1789-1792)

 

Le gouvernement est l’ennemi du peuple

Il est une vérité éternelle dont il est important de convaincre les hommes : c’est que le plus mortel ennemi que les peuples aient à redouter est le gouvernement. A la honte éternelle des princes de la terre et de leurs ministres, presque toujours les chefs qu’une nation se choisit pour assurer sa liberté ne songent qu’à lui forger des fers ; presque toujours les mains auxquelles elle a remis le soin de sa félicité ne s’occuppent qu’à consommer son malheur. Telle est l’ardeur de la soif de dominer que les hommes les mieux famés lui sacrifient jusqu’à leur réputation. Vous l’avez vu ce monstre autrefois populaire, jaloux de commander, oublier la justice, le devoir, l’honneur, presser continuellement le travail sur les impositions et le rétablissement du pouvoir exécutif, c’est-à-dire du pouvoir de la tyrannie, pousser le prince à n’accorder qu’à cette condition son consentement aux décrets de l’Assemblée nationale et à se montrer en despote. Vous les avez vus pareillement, ces hommes petits et vains que nous avons honorés de notre confiance, oublier au bout de quelques jours qu’ils dépendent de nous, s’ériger en tyranneaux, et pousser la folie jusqa’à vouloir maltraiter leur maître avant que l’Ami du peuple les remît à leur place.

O mes concitoyens, hommes frivoles et insouciants, qui n’avez de suite ni dans vos idées, ni dans vos actions, qui n’agissez que par boutades, que pour chasser un jour avec intrépidité les ennemis de la patrie, et qui le lendemain, vous abandonnerez aveuglément à leur foi, je vous tiendrai en haleine, en dépit de votre légèreté, vous serez heureux, ou je ne serai plus.

=*=

Corruption de l’Assemblée Nationale

C’est une maxime bien fausse, de croire qu’il faille toujours dissimuler les maux de l’Etat et cacher la profondeur de ses plaies ; car si ceux qui tiennent les rênes du gouvernement sont toujours intéressés à combler la mesure des calamités publiques ; si les représentants de la nation sacrifient prêsque toujours ses intérêts à leur ambition ou à leur cupidité, et si le peuple seul veut toujours le bien, comment le porter à chercher le remède à ses maux, quand on lui dissimule les dangers de son état ? Je n’aurai donc point de secret pour le public, et quoi qu’il arrive, je déchirerai le voile dont on couvre l’abîme où l’on cherche à nous précipiter. (Note de R71: C’est bien pour cela que Marat fut assassiné…)

Tout ce qui s’est fait à l’Assemblée nationale depuis huit jours peut être contenu dans une page, aux règlements près qui fixent le traitement des ministres de la religion. A l’ouverture de chaque séance, ce sont toujours de ridicules adresses d’adhésion aux augustes décrets, suivis du serment de les défendre jusqu’au dernier soupir; indiscrète adhésion, serment téméraire d’une aveugle multitude, incapable de distinguer dans l’ouvrage du législateur ce qui est digne d’éloges, de ce qui est digne de blâme. Sans doute les décrets faits pour le bonheur public doivent être maintenus au prix de tout notre sang, mais ceux qui enlèvent aux citoyens leurs droits sacrés, et ceux qui sacrifient au monarque la souveraineté de la nation, doivent être proscrits avec la même ardeur.

Peuple inconsidéré, ce n’était donc pas assez pour ruiner ta cause et t’arracher le fruit de tes victoires, de l’avarice, de la rapacité, de l’ambition, de la haine, de la rage, de la fureur dévorent le sein des députés des ordres abolis ; ce n’était pas assez de leurs intrigues, de leurs menées, de leurs complots, de leurs trames odieuses ; ce n’était pas assez de la vénalité, de l’astuce, de la perfidie, de la trahison de tes propres représentants; il fallait encore que ta crédulité, que ta sotte confiance, que tes adulations, que ton idolâtrie encourageassent au crime et poussassent aux derniers attentats une lâche majorité prostituée à la cour ; il fallait êncore que son ingratitude envers tes fidèles représentants te fît compter pour rien leurs généreux efforts et leurs réclamations. Ah ! je le vois trop, c’en est fait des intérêts de la liberté pendant le reste de cette législature. Sourd à la voix des remords et de la pudeur, elle suit avec opiniâtreté ses noirs projets ; n’attendez plus d’elle que fausses promesses, bienfaits illusoires, pièges, prévarications et perfidies ; sans cesse des comités vendus forgeront des projets de décrets funestes qu’elle adoptera avec acclamation; sans cesse elle entraînera le peuple de chute en chute jusqu’au moment de sa dissolution …

Jugeons de l’avenir par le présent et le passé. Vous la verrez cette assemblée rien moins qu’auguste, au moment où elle cherchera à organiser le pouvoir judiciaire, mettre tous ses soins à éviter l’institutition d’un vrai tribunal d’Etat, et se donner garde de le composer d’un petit nombre de patriotes distingées comme l’exigerait le salut de la patrie … Vous la verrez, imposant silence aux spectateurs témoins de prévarications, enlever aux électeurs le droit de surveiller le pays, le droit de déstituer ceux qui seront suspêcts, le droit de punir ceux qui seront corrompus.

Vous la verrez aussi, l’Assemblée nationale, au moment où elle cherchera à organiser l’armée, mettre tous ses soins à enlever aux soldats le droit incontestable qu’ils ont de nommer leurs officiers, de les surveiller, de les contrôler, de les déstituer; ou si elle craint de le leur enlever, vous la verrez affranchir les troupes de ligne du pouvoir civil, attribuer à un conseil de guerre la reconnaissance des délits qui n’appartiennent qu’aux tribunaux, soumettre à l’état-major le jugement des actes d’indiscipline et des abus d’autorité, qui n’appartient qu’à un conseil nommé par le régiment et remettre dans les mains du ministre le dur joug sous lequel le soldat gémit depuis si longtemps.

C’est ainsi que, dans l’organisation des municipalités, elle s’est étudiée à enlever à la commune le droit incontestable qu’elle a de toujours rester assemblée ou de s’assembler toutes les fois qu’elle juge à propos pour s’occuper des affaires publiques; le droit de surveiller, de contrôler, de destituer, de réprimer, de punir ses mandataires, droit essentiel, sans lequel tous les autres ne sont qu’illusoires. Le moyen d’en être sur pris ! Elle s’êst bien attribué à elle-même ceux que la nation a sur ses représentants.

­­=*=

Lire “Les chaînes de l’esclavage” de Jean-Paul Marat (1774) sur Résistance 71,

Les assemblées communales sous la révolution: 1789-1793

L’anti-“Prince” de Machiavel

Dans son “Prince”, Niccolo Machiaveli écrivait le modus operandi de la domination tyrannique du prince au service de celui-ci. Dans ses “chaînes de l’esclavage”, Marat écrit, dénonce les mécanismes tyranniques étatiques pour instruire le peuple sur le plan de domination politique dont il est victime. Écrit en 1774, soit 15 ans avant la révolution française, “Les chaînes de l’esclavage” est un essai visionnaire et compréhensif de la tyrannie non seulement des “princes” d’état, mais de l’État tout court.

Marat, “L’Ami du Peuple”, du nom de son journal révolutionnaire, était un visionnaire, proche des hébertistes et des “sections” populaires municipales sans-culottes, il avait la confiance du peuple et aurait vraisemblablement amené un élan politique menant la république française à devenir une confédération de communes dirigées de facto par ses citoyens. En cela, il était un ennemi mortel de l’oligarchie, des spéculateurs, des accapareurs, des corrupteurs et donc de la bourgeoisie dirigeant la nation depuis 1789 et ayant relégué le peuple au rang d’administrés se devant être serviles. Celle-ci le savait et devait se débarrasser de ce trublion politique.

Dès lors, Marat devait mourir. Personne n’aurait osé le guillotiner. L’assassinat politique fut de mise.

On pourra spéculer longtemps, mais il est plus que probable que Marat vivant, la France révolutionnaire n’aurait jamais connu Napoléon ni l’empire et que sa destinée aurait été toute autre.

De toutes les figures de la révolution française, de Danton l’escroc à Robespierre le gourou du culte de “l’être suprême”, Marat est sans aucun doute celui qui fut le plus diabolisé et sali afin que son héritage politique s’efface devant la république oligarchique du pouvoir commercial et financier, celle du pouvoir de l’argent et de la corruption institutionnalisée qui a atteint au XXIème siècle des sommets inégalés.

Relire, comprendre et réhabiliter Marat, c’est aussi et sûrement être l’ami du peuple…

~ Résistance 71 ~

Changement politique et le blasphème de la délégation du pouvoir du peuple…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 9 août 2016 by Résistance 71

Marat était un défenseur de l’État populaire, des institutions sous le contrôle permanent du peuple. Il était un véritable ami du peuple, il en donna le nom à sa publication révolutionnaire. Devant l’assujettissement de l’État au pouvoir de la finance et de la bourgeoisie, Marat, proche des hébertistes et des sections (sans-culottes), aurait sans doute, s’il avait vécu, été un fervent soutien d’une évolution politique plus “anarchiste” de la France pour le bien commun du peuple et de la liberté. Souvent présenté comme un révolutionnaire sanguinaire limite psychopathe, il convient de rendre à Marat sa vision et son idéal politique. Son œuvre phare fut écrite en 1774, soit 15 ans avant la révolution: “Les chaînes de l’esclavage”, dont nous avons publié de très larges extraits sur ce blog (cliquez sur le titre). Cet ouvrage d’une actualité et modernité toujours époustoufflantes devrait figurer dans la liste des textes étudiés dans nos bahuts, ceci ne manquerait bien évidemment pas de réhabiliter celui qui fut, comme le dit son épitaphe sépulcrale un véritable “ami du peuple”, bien plus que ne le furent les “figures” rendues populaires de la révolution des Danton, Robespierre et Saint Just réunis.
“Les chaînes de l’esclavage” fut écrit comme un anti-“Prince” de Machiavel ainsi que le stipule son long sous-titre: “Ouvrage destiné à déjouer les noirs attentats des princes contre les peuples ; les ressorts secrets, les ruses, les menées, les artifices, les coups d’État qu’ils emploient pour détruire la liberté et les scènes sanglantes qui accompagnent le despotisme.

En 1774, l’ami du peuple nous donnait déjà la marche à suivre pour lutter contre le despotisme. Marat devait mourir et son œuvre être oubliée de tous afin que puisse perdurer le despotisme aristocratique bourgeois de la finance et du commerce relayant celui de l’aristocratie de “droit divin”. Nous n’en sommes toujours pas sortis… (Re)lire Marat le visionnaire est un pas de plus vers la libération finale.

~ Résistance 71 ~

 

La France des sections communales

Le mandat impératif (Jean Varlet 1792)

 

Citations de Jean Paul Marat… Un véritable ami du peuple

 

« Veiller est le premier devoir de tout bon citoyen. »
Jean-Paul Marat, 13 avril 1792.

« Apprenez donc que, hors ce qui concerne la discipline militaire, c’est-à-dire, le maniement et la tenue des armes, les exercices et les évolutions, la marche contre les ennemis des lois et de l’État, les soldats de la patrie ne doivent aucune obéissance à leurs chefs ; que loin de leur être soumis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’examiner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les conséquences, d’en prévenir les suites. Ainsi lorsque ces ordres sont suspects, ils doivent rester dans l’inaction ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y opposer un refus formel ; lorsque ces ordres mettent en danger la liberté publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tourner leurs armes contre leurs officiers. Tout serment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacrilège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et méprisable celui qui le prête. »
Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.

« Le droit qu’ont les citoyens de s’assembler où il leur plaît, et quand il leur plaît, pour s’occuper de la chose publique, est inhérent à tout peuple libre.
 Sans ce droit sacré, l’état est dissous, et le souverain est anéanti ; car, dès que les citoyens ne peuvent plus se montrer en corps, il ne reste dans l’État que des individus isolés ; la nation n’existe plus.
On voit avec quelle adresse les pères conscrits ont anéanti la souveraineté du peuple, tout en ayant l’air d’assurer la liberté individuelle. En Angleterre, toute assemblée paisible est licite : la loi ne défend que les attroupements séditieux. Voilà la liberté. »
Marat 16-17 août 1792.

« C’est à la lueur des flammes de leurs châteaux incendiés qu’ils ont la grandeur d’âme de renoncer au privilège de tenir dans les fers les hommes qui ont rencontré leur liberté les armes à la main. […] Ces sacrifices sont pour la plupart illusoires. »
Jean-Paul Marat, « L’Ami du Peuple », 21 septembre 1789.

« Quelque heureux que puissent être les changements survenus dans l’État, ils sont tous pour le riche : le ciel fut toujours d’airain pour le pauvre, et le sera toujours… Qu’aurons-nous gagné à détruire l’aristocratie des nobles, si elle est remplacée par l’aristocratie des riches ? »
Jean-Paul Marat (1790), cité par Jean Massin, p 28.

« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré. »
Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage »

« Dès qu’une fois un peuple a confié à quelques-uns de ses membres le dangereux dépôt de l’autorité publique et qu’il leur a remis le soin de faire observer les lois, toujours enchaîné par elles, il voit tôt ou tard sa liberté, ses biens, sa vie à la merci des chefs qu’il s’est choisi pour le défendre. »

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).

« C’est un blasphème politique d’oser avancer que la nation, de qui émanent tous les pouvoirs, ne peut les exercer que par délégation ; ce qui la mettrait elle-même dans la dépendance, ou plutôt sous le joug de ses propres mandataires. »

Jean-Paul Marat, 1791.

« Le parlement sous l’influence de la cour, ne s’occupera jamais du bonheur public. Ne concevez-vous pas que des intrigants qui ne doivent leur nomination qu’à l’or qu’ils ont semé, non contents de négliger vos intérêts, se font un devoir de vous traiter en vils mercenaires ? Cherchant à raccrocher ce qu’ils ont dépensé pour vous corrompre, ils ne feront usage des pouvoirs que vous leur avez remis, que pour s’enrichir à vos dépens, que pour trafiquer impunément de vos droits. »
Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’esclavage (1774).

« Si les bourgeois ont pris les armes en 89, c’est avant tout par effroi des pauvres. La bourgeoisie s’est servie des pauvres dont elle avait besoin pour intimider la Cour et pour établir sa propre oligarchie. Et les nouveaux maîtres, la Législative, sont des faiseurs d’affaires pour qui la liberté c’est le privilège de s’enrichir sans obstacle. »
Jean-Paul Marat, « L’ami du peuple », 20 nov. 1791, cité par Henri Guillemin dans « Les deux révolutions. », p. 110.

=*=*=

Source de la compilation de ces citations:

http://chouard.org/blog/2016/07/26/pourriture-politicienne-segolene-royal-nous-ne-ferons-pas-lerreur-de-cameron-nous-ne-ferons-pas-de-referendum-sur-la-sortie-de-leurope/

Comprendre et résister au pouvoir et aux chaînes de l’esclavage… Jean Paul Marat (1743-1793) politologue visionnaire ~ 2ème partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, économie, démocratie participative, documentaire, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , on 8 février 2015 by Résistance 71

“Le centralisme d’État est une entreprise de domestication aux prolongements universels.”
~ Gaston Leval ~

“La société est l’œuvre de la sociabilité ; elle a existé avant l’État qui n’est qu’une forme transitoire de l’organisation sociale et elle continuera d’exister après lui.”

~ Michel Bakounine ~

 

Jean Paul Marat, visionnaire de la Révolution Française

 

Résistance 71

 

6 Février 2015

 

1ère partie

2ème partie

 

[…] La liberté des peuples n’est établie que sur les lois : mais comme les lois ne parlent que par la bouche des juges, pour les rendre vaines, il faut établir des magis­trats corrompus, ou corrompre ceux qui sont établis. C’est ce que font presque toujours les princes, pour devenir absolus.

Louis XI s’appliqua à remplir tous les départements de l’administration d’hommes nouveaux et d’hommes de basse condition, tous également dévoués à ses ordres.

Henri VII et Henri VIII ne nommèrent aux places de confiance que des avocats ou des prêtres qu’ils avaient à leur dévotion, et toujours prêts à sacrifier la nation à la couronne. […]

C’est peu d’avoir à leur service une soldatesque étrangère, quelques princes n’en veulent point d’autre. Dans toutes ses expéditions, soit offensives, soit défensives, même dans les cas les plus urgents, le gouvernement de Venise a évité de mettre les armes à la main des citadins.

La plupart des princes ont même poussé la politique jusqu’à désarmer leurs sujets ; crainte qu’ils ne vinssent sentir leur force, et à en faire usage lorsqu’ils sont opprimés.

Sous prétexte de pourvoir à la sûreté publique, la régente d’Espagne défendit, en 1669, aux habitants de Madrid, dont elle était détestée, de porter des armes à feu, ou même d’en garder dans leurs maisons ; et la peine prononcée contre tout réfractaire était capitale.

Dans l’État de Venise, le port d’armes est défendu, sous les peines les plus rigou­reuses. En France, on désarme le paysan, sous prétexte d’empêcher le braconnage. Dans les provinces, il n’y a même que les militaires, les gentilshommes, et les officiers de la couronne qui aient le port d’armes.

Ainsi, après avoir armé des mercenaires contre l’État, sous prétexte d’assurer le repos public, le prince désarme ses sujets pour pouvoir plus aisément les jeter dans les fers.

Voilà comment la puissance exécutive, couverte d’un voile trompeur, parvient à se rendre redoutable. Semblable à ces fleuves qui cachent quelques moments leurs eaux sous terre, pour reparaître soudain, grossis par les sources qui s’y jettent, et entraîner avec fureur tout ce qui s’oppose à leur cours impétueux. […]

Pour rester libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gouvernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant coureur de leur servitude.

Mais comme une attention continuelle sur les affaires publiques est au-dessus de la portée de la multitude, trop occupée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabinet, qui suivent les menées du gouvernement, qui dévoilent ses projets ambitieux, qui sonnent l’alarme aux approches de la tempête, qui réveillent la nation de sa léthargie, qui lui découvrent l’abîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tomber l’indignation publique. Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis. Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition. […]

C’est par l’opinion que les princes règnent en maîtres absolus. Eux-mêmes sont bien convaincus de ce principe : ils ont beau être entreprenants, audacieux, témé­raires, ils n’osent pas violer les lois de propos délibéré. Quelque crime qu’ils commet­tent, toujours ils tâchent de les couvrir d’un voile, et toujours ils ont soin de ne pas révolter les esprits.

L’opinion est fondée sur l’ignorance, et l’ignorance favorise extrêmement le despotisme.

C’est elle qui, tenant le bandeau sur les yeux des peuples, les empêche de connaî­tre leurs droits, d’en sentir le prix, et de les défendre.

Note de la rédaction: Dans le point suivant, Marat en 1774 nous explique la recette exacte du muselage de la dissidence et de sa répression. RIEN n’a changé aujourd’hui, lisez et analysez la façon dont presse, quidam et idées faisant de l’ombre à l’ordre oligarchique établi sont muselés… ÉDIFIANT ! Marat était décidément un visionnaire hors pair !

[…] Pour soumettre les hommes, on travaille d’abord à les aveugler. Convaincus de l’injustice de leurs prétentions, et sentant qu’ils ont tout à craindre d’un peuple éclairé sur ses droits, les princes s’attachent à lui ôter tout moyen de s’instruire. Persuadé d’ailleurs combien il est commode de régner sur un peuple abruti, ils s’efforcent de le rendre tel. Que d’obstacles n’opposent-ils pas aux progrès des lumières ? Les uns bannissent les lettres de leurs États ; les autres défendent à leurs sujets de voyager ; d’autres empêchent le peuple de réfléchir, en l’amusant continuellement par des para­des, des spectacles, des fêtes, ou en le livrant aux fureurs du jeu: tous s’élèvent contre les sages qui consacrent leur voix et leur plume à défendre la cause de la liberté.

Quand ils ne peuvent empêcher qu’on ne parle ou qu’on n’écrive, ils opposent l’erreur aux lumières. Quelqu’un vient-il à se récrier contre leurs attentats ? D’abord ils tâchent de gagner les crieurs, et d’éteindre leur zèle par des dons, surtout par des promesses.

Si la vertu des mécontents est incorruptible : ils leur opposent des plumes merce­naires, de vils écrivains, qui, toujours prêts à justifier l’oppression, insultent aux amis de la patrie, mettent toute leur adresse à dénigrer les défenseurs de la liberté, qu’ils traitent de perturbateurs du repos public. ~ NDLR: n’est-ce pas une remarque époustoufflante de lucidité ? Qu’y a t’il de changer depuis lors ?… ~

Si cela ne suffit pas, on a recours aux expédients les plus affreux, aux cachots, au fer, au poison.

Fermer la bouche aux mécontents, c’est bien empêcher que le peuple ne se réveille de sa léthargie, et c’est à quoi s’attachent ceux qui veulent l’opprimer. Mais le point principal est d’ôter les moyens que l’incendie ne devienne général, en s’opposant à la correspondance des parties de l’État. Aussi les princes ont-ils grand soin de gêner la liberté de la presse.

Trop timides pour l’attaquer d’abord ouvertement, ils attendent que les citoyens en fournissent un prétexte plausible : et dès qu’il s’offre, ils ne manquent jamais de le saisir.

Un livre contient-il quelques réflexions lumineuses sur les droits des peuples, quelques pensées libres sur les bornes de la puissance des rois, quelque trait saillant contre la tyrannie, quelque image frappante des douceurs de la liberté qu’ils cherchent à faire oublier : à l’instant ils le proscrivent comme renfermant des maximes contre la religion et les bonnes mœurs.

Ils s’élèvent contre tout écrit capable de maintenir l’esprit de liberté, ils baptisent du nom de libelle tout ouvrage ou l’on entreprend de dévoiler les ténébreux mystères du gouvernement ; et sous prétexte de réprimer la licence, ils étouffent la liberté en sévissant contre les auteurs.

Ils font plus ; pour maintenir les peuples dans l’ignorance et ne laisser aucune porte ouverte aux vérités utiles ; ils établissent des inspecteurs de la presse, des révi­seurs, des censeurs de tout genre… vils argus qui veillent sans cesse pour le despo­tisme contre la liberté. […]

Lorsqu’un peuple en est là, l’expérience ne le corrige point ; ni le triste souvenir du passé, ni le cruel sentiment du présent, ni la crainte de l’avenir ne peuvent le guérir de ses sots préjugés. On a beau lui prouver qu’on le trompe ; il n’en est pas plus sage : toujours crédule et toujours abusé, il ne sort d’une erreur que pour tomber dans une autre, et telle est sa stupidité qu’il se prend sans cesse au même piège, pourvu qu’on en change le nom.

Ainsi, par une suite de l’imperfection de l’humaine nature, et des lumières bornées de l’esprit humain, les peuples sont la dupe éternelle des fripons qu’ils ont mis à leur tête, et l’éternelle proie des brigands qui les gouvernent.

[…]

Cependant le despotisme fait des progrès, et les chaînes de l’esclavage s’appesan­tissent.

Quand la tyrannie ne s’établit que lentement, plus elle devient dure, moins les peuples la sentent. […]

Mais que l’insurrection soit décidée, elle ne sert de rien, si elle n’est générale.

Lorsqu’une ville prend les armes pour défendre ses privilèges, si cet exemple n’est suivi du reste de la nation, des soldats mercenaires le subjuguent : le prince traite les habitants en rebelles, et ils sentent appesantir leurs fers. […]

Le coup le plus fatal que les princes portent à la liberté publique, c’est d’asservir leurs concitoyens au nom même des lois ; et l’un des moyens qu’ils emploient le plus volontiers pour cela, est celui qui est le plus analogue à la bassesse de leur caractère… la corruption.

Regardant le corps législatif comme le contrôleur né de leur conduite, ils ne songent qu’à le subjuguer, d’abord ils le consultent, le louent, le flattent : et emploient pour le perdre tous ces artifices, dont la vanité ne se défie jamais ; mais bientôt brûlant de voir leur esclave dans le souverain, ils travaillent à se rendre maîtres de ses représentants et comme il faut gagner ceux qui s’opposent à leurs projets, ils font tout pour les corrompre. […]

Pour ne laisser que peu d’influence à ceux qui sont à la tête des troupes, le prince ne se contente pas de supprimer les grandes charges militaires, il divise l’armée en petits corps, entre lesquels il fait naître des jalousies au moyen de certaines prérogatives particulières. Il ne donne le commandement de ces petits corps qu’à des hommes affidés ; puis, pour s’assurer mieux encore de leur fidélité, il établit dans chaque corps plusieurs grades ou l’on ne monte qu’avec lenteur par droit d’ancienneté, et avec rapidité par protection. Ainsi, non seulement chaque officier subalterne considère celui qui est au dessus de lui comme un obstacle à son avancement, et le voit d’un oeil jaloux ; mais les plus ambitieux cherchent à parvenir au premier rang par leur souplesse et leur assiduité à faire leur cour ; tandis que ceux qui y sont, cherchent à s’y maintenir par leur dévouement aux ordres des chefs, aux volontés du prince. […]

Destinés à agir contre la patrie, quand il en sera temps, on éloigne les soldats du commerce des citoyens, on les oblige de vivre entre eux, on les caserne : puis, on leur inspire du dédain pour tout autre état que le militaire et afin de leur en faire sentir la prééminence, on leur accorde plusieurs marques de distinction.

Habitués à vivre loin du peuple, ils en perdent l’esprit : accoutumés à mépriser le citoyen, ils ne demandent bientôt qu’à l’opprimer : on le laisse exposé à toutes leurs violences, et ils sont toujours prêts à fondre sur la partie de l’état qui voudrait se soulever . […]

Mais pour le malheur des hommes, presqu’en tous pays, les lois ne sont faites que par des brigands couronnés, ou par quelque juriste à leurs gages. […]

Indépendamment de la surcharge des impôts que la guerre nécessite, de la stagna­tion du commerce et de l’épuisement des finances qu’elle entraîne, de la multitude innombrable d’infortunés qu’elle livre à l’indigence, elle est toujours fatale à la liberté publique.

D’abord elle distrait les citoyens, dont l’attention se porte des affaires du dedans aux affaires du dehors : or le gouvernement, n’étant plus surveillé, fait alors che­miner ses projets.

Pour peu qu’elle soit sanglante, elle tient les esprits dans une agitation continuelle, dans les transes, dans les alarmes ; elle leur ôte le temps et le désir de rechercher les malversations publiques.

Ensuite elle donne au prince les moyens d’occuper ailleurs des citoyens indociles, de se défaire des citoyens remuants ; ou plutôt d’envoyer à la boucherie les citoyens les plus zélés pour le maintien de la liberté, et de ruiner ainsi le parti patriotique.

Comme il aime mieux commander à un peuple pauvre et soumis, que de régner sur un peuple florissant et libre, les avantages qu’il a en vue ne se mesurent pas sur des succès : s’il croit qu’il lui est utile d’essuyer des revers, c’est alors qu’en politique habile, il sait tirer parti de ses propres défaites. […]

C’est une des maximes favorites du gouvernement que si les peuples étaient trop à leur aise, il serait impossible de les soumettre au joug . Aussi s’attache-t-il à les accabler d’impôts, qui découragent l’industrie, ruinent le commerce, détruisent les arts, les manufactures, la navigation. Et comme si cela ne suffisait point encore, parmi les divers moyens qu’il emploie pour les fouler, souvent il a recours à l’usure et aux exactions.

Non content de lever des impôts, d’avoir le maniement des deniers publics, et de s’approprier les terres des vaincus, le sénat de Rome avait pour maxime de fouler les plébéiens par l’usure. Sous lui, les Gaules étaient accablées d’impôts ; telle était la rapacité des procurateurs et des gouverneurs, qu’ils pillaient de toute main ; tandis que les Italiens, qui avaient accaparé tout le commerce, exerçaient l’usure, et prêtaient à de gros intérêts qui absorbaient bientôt le principal. […]

NDLR: Marat parle ensuite de la finance et des banquiers. Gardez présent à l’esprit que ceci fut écrit en 1774 !!!

[…] Lorsque les princes ne peuvent plus recourir aux emprunts, ils ont d’autres ressources ; ils établissent des sociétés de banquiers, qui mettent en émission des effets de commerce, qu’ils ont d’abord soin d’acquitter avec ponctualité à leur présen­tation ; des caisses d’escompte où les marchands trouvent, des billets au porteur, et des espèces, les effets qu’ils ont en portefeuille. Lorsque ces papiers sont accrédités, ils se mettent à la tête de ces établissements, ils attirent tout le numéraire par des émissions énormes, et ils se l’approprient par de honteuses banqueroutes ; d’autres fois ils établissent des papiers-monnaie forcés, et par ces funestes inventions, toutes les richesses des particuliers vont se perdre pour toujours dans les coffres du prince. […]

Quelquefois, pour appauvrir leurs sujets, et s’enrichir de leurs dépouilles, ils dégradent le titre des espèces, dont ils réduisent la valeur intrinsèque, sans changer la valeur fictive ; funeste expédient dont nous avons encore l’exemple sous les yeux : d’autres fois ils exercent contre les citoyens les plus affreuses extorsions, jusqu’à les jeter en prison pour les forcer à racheter leur liberté par de fortes rançons.

Pour avoir un prétexte de dépouiller ses sujets opulents, Henri VII les faisait accu­ser de quelque délit et les jetait en prison, ou il les laissait languir jusqu’à ce qu’ils se rachetassent par le sacrifice de leur fortune.

Jean de Portugal condamnait les Juifs qui avaient de la fortune à perdre une ou plusieurs dents, qu’ils pouvaient toujours conserver en capitulant.

De la sorte tout l’or enlevé aux citoyens devient la proie des courtisans, et des millions de sujets sont condamnés à la misère pour fournir au faste scandaleux d’une poignée de favoris, dont l’exemple contagieux enchaîne au char du prince tous les intrigants cupides et ambitieux.

C’est ainsi que les peuples sont conduits par degrés, de l’aisance ou de l’opulence à la pauvreté, de la pauvreté à la dépendance, de la dépendance à la servitude, jusqu’à ce qu’ils succombent sous le poids de leurs chaînes. […]

C’est ainsi que les rois de France ont usurpé la souveraineté. Au commencement de la monarchie, l’autorité royale était bornée au pouvoir exécutif : la suprême puis­sance résidait dans les assemblées de la nation, où tout homme libre avait droit d’assister. Cette puissance s’étendait sur chaque branche du gouvernement : élire le prince, accorder des subsides, faire les lois, redresser les griefs nationaux, juger en dernière instance les différends ; tout cela était de son ressort ; ainsi tout ce qui regardait le bien public étant délibéré dans ces assemblées, le roi n’avait que le droit de consentir ces délibérations, et non celui de s’y opposer. Tel était le gouvernement Français sous les rois de la première race. […]

Sous les derniers descendants de Charlemagne, l’autorité de la couronne, à son tour, fut réduite presqu’à rien : chaque baron faisait de sa terre un petit état presqu’indépendant, qu’il gouvernait d’une manière arbitraire. Le royaume ainsi divisé, chaque parti reconnaissait un maître particulier, se gouvernait par des usages particuliers, avait des intérêts particuliers, il n’y avait plus entr’elles aucun principe d’union : dès lors les assemblées nationales, considérant à peine l’état comme un même tout, ne purent plus faire de lois communes ; elles évitèrent donc d’en faire de générales, et elles laissèrent, pour ainsi dire, sommeiller le pouvoir législatif.

Sous les descendants d’Hugues Capet, ces assemblées bornèrent leurs fonctions à régler les subsides, à choisir l’héritier de la couronne, et à nommer la régence, si le roi ne l’avait pas fait par son testament. […]

Non content d’être la dupe des fripons, le peuple va presque toujours au-devant de la servitude, et forge lui même ses fers. […]

Les tyrans, accoutumés à se jouer de la nature humaine, sont cruels et féroces : sans cesse à ordonner des supplices ou des massacres, pour assouvir leurs passions et calmer leurs transes, ils ne peuvent se désaltérer de sang. ]…]

Lorsque le prince a enfin sacrifié tous les hommes puissants qui lui faisaient ombrage, tous les hommes jaloux de la liberté qu’offensait sa puissance, tous les hommes courageux qui refusaient de reconnaître son injuste autorité : lorsqu’il a renversé toutes les barrières qui s’opposaient à son ambition ; qu’il a fait taire toutes les lois ; qu’il a tout envahi, tout immolé à sa grandeur, il laisse quelque temps respi­rer l’état, il récompense ses créatures, répand ses dons sur l’armée, sur la populace ; il ramène l’abondance, donne des festins, des fêtes, des spectacles : images trom­peuses de la félicité publique. […]

Rien n’est innocent aux yeux d’un despote : sans cesse environné de délateurs qui nourrissent ses soupçons, flattent son avarice, aiguillonnent sa cupidité, enflamment son orgueil ; sans cesse entouré de scélérats protégés et enrichis par la part qu’ils obtiennent des confiscations, les paroles les plus innocentes deviennent des crimes, jusqu’aux pensées secrètes : alors plus de bornes à la tyrannie. Tous ceux qui lui deviennent suspects sont immolés à sa lâcheté, tous ceux dont il convoite la fortune sont immolés à sa cupidité ; on les accuse d’avoir attenté à la majesté du prince, méprisé son autorité, médit de ses ministres : tout prétexte est bon. Dès lors le glaive de la loi est loué sur toutes les têtes, et l’état devient un théâtre d’horreur et de carnage. Ainsi, livrés à la merci du gouvernement, chacun sent qu’il ne faut point faire parler de soi, et qu’il ne tient sa sûreté que de son obscurité : chacun cache ce qu’il craint, ce qu’il espère, ce qu’il désire : alors plus de murmures, plus de plaintes, plus de soupirs ; partout règne un morne silence, la consternation se répand dans tous les cœurs : dans leurs transes perpétuelles, les sujets gémissent en secret, et se déses­pèrent comme des criminels condamnés au supplice, ayant toujours la mort devant les yeux.

Après avoir sacrifié ses sujets à ses craintes, à son avarice, à son orgueil, il les sacrifie à sa luxure ; il leur enlève leurs femmes, leurs filles, leurs fils ; il s’abandonne aux plus horribles débauches, et il n’écoute plus que la voix de ses infâmes passions.

Une fois sous le joug, et convaincus de l’impossibilité de le rompre, les sujets ne songent plus qu’à se consoler du malheur de leur situation. L’âme affaissée par la crainte, ils cherchent leur salut dans la bassesse ; et forcés d’être ou victimes ou satel­lites du gouvernement, ils se déterminent à devenir suppôts de la tyrannie. […]

Mais jusqu’où ne vont point les tyrans ? Après avoir porté leur puissance au dernier excès, ils affectent d’être plus que des hommes, ils ont l’impudente folie de se donner pour des Dieux ; et comme si l’avilissement des sujets pouvait encore aller plus loin, on voit ces lâches esclaves s’empresser de renchérir sur les titres que le tyran s’arroge, et adorer en tremblant l’idole qu’ont formé leurs mains.

Telle est la marche ordinaire des princes au pouvoir absolu. Ainsi, la liberté a le sort de toutes les autres choses humaines ; elle cède au temps qui détruit tout, à l’ignorance qui confond tout, au vice qui corrompt tout, et à la force qui écrase tout.

Fin

= = =

Texte intégral en fichier .pdf:

http://classiques.uqac.ca/classiques/marat_jean_paul/chaines_esclavage/marat_chaines_esclavage.pdf

En conclusion, nous terminerons avec cette vision lucide et réaliste du militant et historien/sociologue anarchiste Gaston Leval que nous avons cité plus haut et qui disait en 1975, dans son ouvrage (inachevé) “L’État dans l’histoire”, disponible aux éditions du Monde Libertaire, collection bibliothèque anarchiste:

Nous sommes entrés dans une phase de l’histoire où il faut choisir: ou l’État ou la société. Le progrès des techniques de production précipite la diminution de la masse des producteurs et il y a transfert de cette population vraiment active aux activités parasitaires, le tout s’amalgamant avec le secteur tertiaire où, à côté d’activités sociales parfaitement utiles, pullulent les fausses activites et les fausses professions. Ce n’est pas que de délirer de craindre qu’avant un siècle, le monde des parasites s’impose sur celui des vrais producteurs.

La vision de Leval s’est réalisée… Nous sommes en plein dedans et les parasites nous mènent tous à l’abattoir, à moins que…