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Nation ou classe : le choix de la gauchiasse de partis et la trahison de la révolution sociale (IWW et Résistance 71)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 juillet 2022 by Résistance 71

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Point de vue lucide et juste de l’IWW lors de la campagne du referendum pour l’indépendance de l’Ecosse en 2014. Ce qu’il faut bien comprendre également est que le système de partis politiques, partis communistes inclus, n’est qu’une validation du système étatico-marchand, dès 1848, Marx et Engels avaient trahi la révolution sociale avec leur “Manifeste du parti communiste”, qui ne fut qu’une injonction à rejoindre la fange systémique social-démocrate étatique par le biais d’un “parti” qui à termes, ne pouvait en rien être “prolétaire”. Comme le suggère entre les lignes l’IWW ci-dessous : les anarchistes avaient et ont toujours raison sur la lutte émancipatrice, même si certains ont aussi succombé et trahi la cause de la révolution sociale comme en Espagne 36 avec des membres de la CNT devenant membres du gouvernement républicain espagnol. Le miroir aux alouettes de l’illusion démocratique est puissant. L’important est de garder le cap et se garder du réformisme promu en permanence !
Quelques exemples de la trahison de Marx, tirés du texte même du “Manifeste du PARTI communiste” (texte de référence en anglais de Samuel Moore, traduction de 1888, publiée aux éditions Penguin Classics, 1985, traduction de l’anglais Résistance 71) :
“L’organisation du prolétariat en classe, et conséquemment en un parti politique, est continuellement dérangée, encore et toujours par la concurrence entre les travailleurs eux-mêmes. Mais cela revient toujours, plus fort, plus ferme, plus puissant. Cela force la reconnaissance législative des intérêts particuliers des travailleurs en prenant avantage sur la division de la bourgeoisie elle-mème…
[…] La caractéristique distinctive du communisme n’est pas l’abolition de la propriété de manière générale, mais de l’abolition de la propriété bourgeoise. […] Le prolétariat utilisera sa suprématie politique pour arracher pas à pas, tout le capital de la bourgeoisie, de centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c’est à dire du prolétariat organisé en classe dirigeante…
[…] Quoi qu’il en soit, dans les pays les plus avancés, ce qui suit sera de manière générale relativement applicable :

1- Abolition de la propriété de la terre et application de tous les loyers de la terre à des fins publiques.

2- Un impôt sur le revenu graduel ou lourdement progressif

3- Abolition de tous les droits d’héritage

4- Confiscation de toutes les propriétés des émigrants et des rebelles

5- Centralisation du crédit entre les mains de l’État par le moyen d’une banque nationale ayant un capital d’état et un monopole exclusif.

6- Centralisation des moyens de communication et de transport aux mains de l’état.

7- Extension aux usines et aux instruments de production propriété de l’état, la mise sous culture de terres abandonnées et l’aménagement des terres en accord avec un plan commun.
[…]
En France, les communistes s’allient avec les socio-démocrates, contre la bourgeoisie conservatrice et radicale, se réservant le droit de prendre une position critique en regard des phrases et illusions traditionnellement émanant de la grande révolution…“ [fin de citations]

Blablablablabla… intégration au système politico-électoral, c’est tout.

Ce manifeste, dans certains passages, est la porte ouverte au léninisme, au capitalisme d’état tel qu’il fut pratiqué en émanation du “Manifeste du parti communiste”, encouragé par la participation au système étatico-marchand au lieu de lutter pour sa mise à bas totale dans tous les segments de son application.

Ajoutons aussi ceci : au fil du temps, les marxistes ont tronqué le titre le l’ouvrage pour le nommer de manière si arrogante et péremptoire : “Le manifeste communiste”, alors que ce petit bouquin n’est qu’un mode d’emploi de la trahison de la révolution sociale. Question : pourquoi au fil du temps passe-t’on du “Manifeste du parti communiste” au “Manifeste communiste”, alors que Engels dans sa préface de l’édition italienne de 1893, soit 45 ans plus tard et 10 ans après la mort de Marx, le nomme toujours “Manifeste du parti communiste”. Autre précision : la première traduction de l’ouvrage en russe fut faite par… Bakounine en 1862 et porte le titre  de “Manifeste du parti communiste” bien entendu. Il est étonnant de voir que bon nombre d’éditions en diverses langues, dont celle de Penguin Classics que nous avons entre les mains, escamotent le mot “parti”… Les marxistes essaient-ils d’escamoter la réalité de leur dogme ? Celle de la collaboration systémique et de la trahison… Possible, probable…

L’IWW remet les pendules à l’heure d’avec toute cette gauchiasse de partis qui des “communistes” (marxistes, autoritaires d’état de tout poil) aux “socialistes” ont tous passé leur temps à trahir la révolution sociale en long en large et en travers. La soupe est bonne à bouffer au râtelier du capital pour les quelques ceux en contrôle de cette fumisterie de l’illusion, ceci vaut également pour les syndicats ouvriers dans leur très vaste majorité, l’IWW étant une des très rares exceptions, remercions-les de toujours exister… Où sont ces partis aujourd’hui ? A quoi est réduite la lutte sociale ?

A bas tous les partis de l’extrême gauche à l’extrême droite du capital, à bas l’imposture révolutionnaire des oppositions contrôlées, à bas l’État, à bas la marchandise, à bas l’argent et à bas le salariat !

Vive la Commune libre de notre humanité enfin réalisée !

~ Résistance 71 ~

IWW2

Nation ou classe

Perspective révolutionnaire 

IWW Écosse

Novembre 2014

Traduction Résistance 71

Juillet 2022

Il y avait de revendications de la classe travailleuse dès le départ du référendum d’indépendance écossais et ces revendications n’ont fait que croître à l’approche du vote. Bien des partis de la soi-disante “gauche” commencèrent à faire appel à ces demandes et désirs de la classe travailleuse. Pourquoi et pourquoi maintenant ?

Pour y répondre, nous devons observer et avoir une vision plus panoramique de la période actuelle du capitalisme. En ce moment, nous sommes dans la phase d’agonie du capitalisme alors que la crise amorcée en 2008 continue depuis ses sources des années 70, lorsque nous avons eu notre premier débat d’indépendance. Cet appel à l’état-nation est un effet généré que la crise capitaliste génère. Une crise du capitalisme mème à une crise d’État et c’est ce qui s’est répandu sur ces évènements.

Il était bien évident que faire appel aux peurs et aux rêves de la classe travailleuse fut une des tactiques principales de toute la campagne. Les gens les plus enclins à voter OUI furent ceux des couches les plus défavorisées et inversement pour ceux qui votèrent NON. Glasgow et Dundee votèrent OUI [NdT : à l’indépendance de l’Écosse], zones de pauvreté et traditionnellement, terre des sections les plus militantes et conscientes de classe du prolétariat.

Taux de profit

Le problème pour ces partis est que le temps de l’état-providence s’est depuis longtemps effacé face à la continuité de la crise capitaliste internationale. Depuis la fin des années 70, le capitalisme est entré dans une profonde crise alors que la période de reconstruction post-seconde guerre mondiale avait pris fin, une période qui vit le taux de profit être suffisamment haut pour permettre des concessions à la classe travailleuse sous la forme de l’état social. Le taux de profit depuis la fin de cette période est en chute, en partie du à l’augmentation de l’efficacité à la production ayant pour résultat l’augmentation des coûts du capital constant dans les états capitalistes les plus avancés.

La crise du capitalisme dans les années 70 a eu pour conséquence l’effondrement éventuel de l’URSS, parce qu’elle n’a pas pu faire la transition suffisamment rapidement et de manière efficace aux nouvelles demandes placées sur l’économie et ceci démarra l’effondrement des états providence traditionnels en Europe. Le Capital devait être libre de bouger afin de trouver de nouvelles zones d’investissement où le taux de profit était plus haut. Mais nous avons atteint un point où même le mouvement du capital et le maquillage financier ont commencé à bégayer sur des profits totalement fictifs. Partout sur l’échiquier politico-économique, des politiques d’austérité ont été lancées, pas pour des raisons idéologiques, ou parce que les banquiers sont veules (NdT: même s’ils le sont de fait…) ou parce que la grande entreprise est vile ou parce que les politiciens sont corrompus, mais parce que c’est la seule façon pour le capital de continuer à fonctionner.

La poussée pour les votes

Tandis que les partis et groupes “socialistes” étaient déjà bien loin d’un mouvement communiste et de la lutte de la classe du travail, ils ont plus ouvertement abandonné toute prétention révolutionnaire et ont succombé au miroir aux alouettes et à l’opportunisme. Pour la vaste majorité d’entre eux, une forme améliorée du capitalisme est préférable à une argumentation pour l’abolition du capital et la chance pour une véritable solution. Certains groupes comme l’International Socialist Group’s (ISG) et sa vitrine organisatrice de la Radical Indépendance Campaign (aussi le Scottish Left Project) a suivi ce modèle en succombant directement au SNP et à la démocratie bourgeoise. Ceci continue dans le sillage de la campagne échouée pour le “Oui” et de tous ces partis “socialistes” à la traîne du SNP, comme Tommy Sheridan appelant les gens à voter SNP contre son propre parti et contre toute autonomie de la classe travailleuse. Maintenant que le parti travailliste (socialiste) est voué à l’effondrement en Ecosse, tous ces groupes se mettent maintenant en branle pour la position lucrative d’être le parti de la classe laborieuse, SNP inclus…

La nation prime sur la classe

La soumission de la lutte prolétarienne aux partis bourgeois et à l’activité politique bourgeoise va, comme bien des fois dans le passé, mener à la négation de toute véritable possibilité d’activité révolutionnaire de la classe travailleuse pour et par elle-même. Si la classe du travail veut changer quoi que ce soit de sa condition alors elle doit opérer ces changement par et pour elle-même. La participation au système politique et électoral bourgeois ne fait que légitimer le dit système et obscurcit la véritable nature de la politique bourgeoise.

Ces partis sont un poids mort à tout véritable changement ou amélioration dans les vies de ceux qui le revendiquent. Ces partis et idéologues ne recherchent qu’à enchaîner la classe laborieuse au même système politique bourgeois sclérosé qui a constamment échoué à fournir un quelconque changement de fond.

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Il n’y a pas de solution au sein du système ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

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Deux communiqués sur la guerre en Ukraine à diffuser sans modération :

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vive_la_commune!

Association pour un Anarchisme Ontologique : Une (re)lecture du préambule du syndicat I.W.W 1991 ~ 2020

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, gilets jaunes, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, Social & Retraite, société des sociétés, syndicalisme et anarchisme, terrorisme d'état with tags , , , , , , on 31 mars 2021 by Résistance 71


L’I.W.W (1905), seul syndicat digne d’intérêt

Une interprétation ésotérique du préambule de l’I.W.W. par Hakim Bey et l’Association for Ontological Anarchism

 

AOA

1991

Révisé, mars 2020

Ceux qui pensent connaître nos idéaux politiques, qui savent que nous sommes des individualistes (ou pire des « néo-individualistes ») seront sans nul doute choqués de découvrir notre intérêt pour l’I.W.W. [i] Et ils seront encore plus étonnés d’apprendre que Mark Sullivan [ii] et moi-même avons rejoint la NY Artists et Writers Job Branch de l’I.W.W. en janvier de cette année à la demande pressante de Mel Most [iii]. En fait, nous sommes un peu sous le choc nous-mêmes. « Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer »… mais peut-être que, juste pour cette fois, nous allons un peu adoucir notre règle – d’où l’apologie.

La Mackay Society, dont Mark et moi-même sommes des membres actifs, est dédiée à l’anarchisme de Max Stirner, de Benjamin Tucker et de John Henry Mackay. En outre, je me suis associé avec divers courants du post-situationnisme, du « travail zéro », du néo-dadaïsme, du mouvement « autonomia »[iv] et de l’anarchisme « Type 3 »[v], qui tous sont supposés être des horreurs sans nom pour l’I.W.W. et le syndicalisme en général. D’autres membres de la NY Artists Branch sont également des individualistes ou des anarchistes pacifistes (suivant la ligne de transmission de Julian Beck [vi]) ; un certain malaise s’était déjà fait jour lors de réunions concernant le Préambule de l’I.W.W. ou d’autres textes… ; et donc, hormis faire un geste sentimental en l’honneur de la mémoire de Mel… pourquoi collaborons-nous à l’I.W.W. ?

Primo : où est le problème ? Lorsque j’ai découvert l’anarchisme vers l’âge de 12 ou 13 ans, j’ai voulu devenir un hobo [vii] (une ambition plus modeste que pirate) et les organisateurs Wobbly [viii] me semblaient alors de véritables héros américains. Je le pense toujours.

Secundo : nous qui sommes du « Type 3 », nous aimons montrer notre mépris pour l’idéologie – et même pour notre propre anti-idéologie. La lutte des classes ne nous suffit pas comme explication de la réalité, mais il est évident qu’elle est réelle – nous savons où va notre sympathie. Nous nous opposons à l’idée sociale de « Travail » – mais nous sommes loin de nous opposer aux « travailleurs ». L’aliénation du travail, selon nous, ne peut être totalement expliquée par l’économie du salariat ; elle a également une origine psychologique. Cette double critique jette le concept même et la structure profonde du « monde industriel » dans le creuset de la déconstruction radicale. Cependant, le travail industriel est réel et le contrôle des travailleurs doit être considéré comme une tactique totalement valide en vue de la réalisation des aspects économiques & psychologiques de toute « société nouvelle » hypothétique « au sein de la coquille de l’ancienne ».

En outre, en tant qu’individualistes nous avons de bonnes raisons pour apprécier le concept d’union de l’I.W.W. Stirner – contrairement ce que croient ceux qui n’ont jamais lu ses livres – approuvait une « Union des Uniques » (nous préférons cette traduction à celle d’« union des égoïstes »), au sein de laquelle tous les membres pourraient atteindre leurs buts au travers des intérêts communs. Il suggéra que les travailleurs avaient tout à gagner à embrasser cette notion, & que si la classe laborieuse devait s’organiser sur une telle base elle deviendrait imbattable. (Le préjudice fait à Stirner remonte à Marx et à Engels qui le considéraient comme potentiellement plus dangereux encore que Bakounine et qui écrivirent leur plus gros livre pour détruire son influence).

La Mackay Society, cela dit en passant, représente un courant peu connu de la pensée individualiste qui n’a jamais rompu ses liens avec le syndicalisme. Dyer Lum, Ezra et Angela Haywood représentent cette école de pensée ; Jo Labadie, qui écrivit pour le « Liberty » de Tucker, faisait lui-même un lien entre les anarchistes « fil à plomb » américains, les individualistes « philosophiques » et les syndicalistes ou la branche communiste du mouvement ; son influence a atteint la Mackey Society au travers de son fils, Laurance. Tout comme les stirnériens italiens (qui influencèrent notre vieil ami E. Arrigoni), nous soutenons tous les courants antiautoritaires, en dépit de leurs contradictions apparentes. Pourquoi ? Tout simplement, car nous pensons que la réalisation de la liberté personnelle est possible dans l’acte même de se battre pour l’obtenir. De notre point de vue, s’organiser radicalement (jusqu’au point d’insurrection) n’est pas un sacrifice que l’on fait pour le futur ; il s’agit plutôt d’un mode d’auto-libération avec sa propre récompense immédiate – même si cette récompense consiste seulement en fragments et moments de réalisation. Les Wooblies, avec leur mépris pour la « part de gâteau à venir » [ix] (ou comme l’a si bien dit Lewis Carroll, « du jambon demain ou du jambon hier, mais jamais de jambon aujourd’hui »), doivent ressentir la même méfiance envers l’utopie gauchiste qui demande le martyr au nom d’un « lendemain » matérialiste que nous ne vivrons pas assez vieux pour voir.

Dans une récente édition de « Factsheet Five », M. Gunderloy (un autre néo-individualiste de renom) salue le « vent du changement… soufflant sur le Grand Syndicat [x] » démontré par un « article intriguant sur l’Écologisme de l’I.W.W. » dans « The International Worker ». Si l’I.W.W. est compatible avec « Earth First ! »[xi], il doit sûrement être capable d’accepter des pacifistes & des individualistes. Dans l’édition de janvier de « IW », un délégué de San Francisco la conférence de 1989 « Without Borders » comme un « festival de contre-culture anti-laborieuse » — mais il admet que la branche locale a retiré certains bénéfices de cette rencontre. Ce délégué serait sans nul doute surpris d’apprendre que nous, les « néo-individualistes », nous sommes sentis sous-représentés à cette conférence. Le problème c’est que le mouvement anarchiste grandit et que toutes sortes de courants naissent, se croisent, et fleurissent. Aucune tendance antiautoritaire ne devrait être exclue – ou s’exclure – de ce ferment. L’idéologie meurt – le communisme aujourd’hui, le capitalisme peut-être demain – et l’anarchisme est le seul mouvement politique moderne de gauche qui ait une chance d’être pris au sérieux. Nous mettons l’I.W.W. au défit d’élargir ses horizons au-delà de la conscience de classe, tout comme nous mettons au défi les punks (ou les environnementalistes) d’étendre leur conscience de classe, de travail et d’histoire de l’anarchie. Nous sommes tous ensemble et il est grand temps de commencer à nous traiter les uns les autres avec camaraderie.

Le Préambule de l’I.W.W. est quasiment un texte « sacré » — une Écriture. Aucun croyant n’aime trop se plonger dans les Écritures – et nous sommes suffisamment superstitieux pour ne pas désirer déranger les esprits de ces vieux hobos que nous vénérons. Mais les temps changent et les Écritures doivent être réinterprétées. Voilà pourquoi nous suggérons, avec le sourire, une lecture « ésotérique » du texte.

Du point de vue d’un exégète agile, il y a dans le Préambule quelques termes-clés merveilleusement vagues & élastiques. La définition de « classe laborieuse » devrait être étendue afin d’inclure tous ceux qui souffrent de l’aliénation du travail, à la fois psychologique et économique. « La classe patronale » devrait alors comprendre toutes les forces d’opposition à la liberté tant économique que psychologique. « Les bonnes choses de la vie » ne doivent certainement pas être comprises comme de simples biens matériels, mais également comme arts de vie, actions, créations, inspirations, modes de liberté, manières de vivre.

« Un mal fait à un seul, c’est un mal fait à tous » non pas parce que nous faisons partie d’un corps mystique ou d’une église placée sous quelque code moral impérieux ou sous le Saint-Esprit, mais parce que chacun d’entre nous aspire aux « bonnes choses » qui circulent librement parmi les esprits libres, les individus agissant en « union » pour certaines valeurs – valeurs qui commencent à émerger dans l’acte même de les déclarer comme telles, et de déclarer sa volonté à se battre pour elles.

Après tout, pourquoi sommes-nous contre la « faim et le manque » ? Parce que nous sommes des cœurs tendres et des bienfaiteurs ? Ou parce que la faim et le manque (à la fois économique et psychologique) empêchent la pleine réalisation d’une société dans laquelle les bonnes choses circuleraient librement, et donc diminuent ainsi la capacité de chaque individu à obtenir ces choses ?

En tant qu’artistes et écrivains nous apprécions l’image de la bannière portant le slogan révolutionnaire – notre propre « travail » est précisément la création de telles bannières, de tels symboles. Nous ne créons pas d’idoles à adorer ou des slogans gravés dans l’éternité de la pierre – non, nous fabriquons des outils pour la réalisation. Notre branche « produit » le potentiel d’une conscience libre en œuvrant à l’abolition de la perception consensuelle, de l’auto-oppression et de l’oppression de l’autorité. Les salaires de l’aliénation sont la mort de l’esprit humain ; le slogan révolutionnaire est « possession de la terre » – ce qui inclut la possession de soi, de l’imagination, du corps, du pouvoir créatif – cela aussi c’est « la machinerie de la production ».

Préambule à la Constitution de l’I.W.W.

La classe laborieuse et la classe patronale n’ont rien en commun. Il ne peut exister de paix entre elles aussi longtemps que la faim et la misère accablent les millions de travailleurs et que la minorité, constituant la classe patronale, jouit de tous les bons côtés de la vie.

Entre ces deux classes, la lutte doit perdurer jusqu’à ce que les travailleurs du monde s’organisent en tant que classe, prennent possession des moyens de production, abolissent le système du salariat et vivent en harmonie avec la Terre.

Nous pensons que la concentration de la gestion des industries entre des mains de moins en moins nombreuses empêche les syndicats de contrer le pouvoir sans cesse grandissant de la classe patronale. Les syndicats servent un état des affaires qui permet de dresser un groupe de travailleurs contre un autre au sein de la même industrie, aidant ainsi à la défaite des uns et des autres dans la guerre des salaires. En outre, les syndicats aident la classe patronale à renforcer chez les travailleurs l’idée fausse que la classe laborieuse a des intérêts en commun avec ses employeurs.

Ces conditions peuvent être changées et l’intérêt de la classe laborieuse maintenu uniquement par une organisation formée d’une manière telle que tous ses membres dans un secteur de l’industrie en particulier, ou dans toute l’industrie si nécessaire, cessent de travailler lorsqu’une grève ou un lockout est entrepris dans un département – faire du tort à un seul, c’est faire du tort à tous.

En lieu et place du slogan conservateur, « un bon salaire pour un jour de travail juste », nous inscrivons sur nos bannières le slogan révolutionnaire :

« Abolition du salariat ».

C’est la mission historique de la classe laborieuse d’en finir avec le capitalisme. L’armée de la production doit s’organiser, non seulement pour la lutte de tous les jours contre les capitalistes, mais aussi afin de continuer la production lorsque le capitalisme aura été aboli. En nous organisant industriellement, nous formons la structure de la nouvelle société au sein de la coquille de l’ancienne.

NOTES :

[i] L’Industrial Workers of the World est un syndicat international fondé aux États-Unis en 1905 dont le siège actuel se trouve à Cincinnati dans l’Ohio. Ce syndicat vise principalement à mettre fin au salariat.

[ii] Mark Sullivan est le fondateur d’une antenne de la John Henry MacKay Society.

[iii] Mel Most est l’un des organisateurs de l’I.W.W. décédé en 1991.

[iv] Mouvement autonomiste apparu en Allemagne et en Italie dans les années 70.

[v] Terme forgé par Bob Black afin de définir l’amalgame entre anarchisme individualiste et communiste.

[vi] Fondateur avec Judith Malina, du Living Theatre.

[vii] Un hobo est un sans domicile fixe se déplaçant de ville en ville le plus souvent en se cachant dans des trains de marchandises, vivant de travaux manuels saisonniers et d’expédients.

[viii] Wobbly est le nom donné aux membres de l’I.W.W.

[ix] Une des caractéristiques de l’I.W.W. est la création et l’utilisation de la chanson. Ainsi, pour contrecarrer les patrons qui appelaient la fanfare de l’Armée du salut pour couvrir les orateurs des wobblies, Joe Hill composa ainsi « There’ll Be Pie in the Sky When You Die (That’s a Lie) », « Il y aura du gâteau au Ciel quand tu mourras, (c’est un mensonge) ».

[x] Autre nom donné à l’I.W.W.

[xi] « Earth First! » est une organisation radicale écologiste apparue dans le Sud-ouest des États-Unis, et fondée en 1980

Cet article a été modifié le 15 mars 2020

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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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4 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie


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