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Lutte anti-coloniale : La naissance de l’entité sioniste prend sa racine dans l’antisémitisme des pères fondateurs du sionisme (Miko Peled)

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , on 2 avril 2021 by Résistance 71

jerusalem

La naissance antisémite de l’état sioniste : une histoire des fondateurs d’Israël et de leur haine envers eux-mêmes

Miko Peled

17 mars 2021

url de l’article original:
https://www.mintpressnews.com/anti-semitic-birth-of-zionism-history-israel-self-hating-jews/276238/

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

JERUSALEM — “Les juifs s’auto-détestant”, avec des termes comme “traîtres, Zhid, Kapo, Nazi et petit juif”, sont des épithètes utilisés par les sionistes pour insulter les personnes juives qui s’opposent ou rejettent le sionisme et son idéologie raciste.

Un épisode récent du rabin Yaakov Shapiro en podcast “Committing High Reason “ rappelle l’histoire de Théodore Hertzl, le fondateur du sionisme et de l’état sioniste et met nouvellement en lumière le terme de “juif s’auto-détestant”.

Committing High Reason [note de R71 : nous ne traduisons pas ce sous-titre car il s’agit d’un jeu de mot avec “High Treason” ou “haute trahison” et perd son sens en français…]

Le rabbin Shapiro source toutes ses affirmations méthodologiquement et quand on apprend ce que Hertzl, qui était lui-même juif, écrivait à propos des juifs, la seule conclusion possible est qu’il était le maître étalon du “juif s’auto-détestant”. Il ne peut y avoir aucun doute quant à sa haine de ses semblables et ne voulait rien d’autre que se dissocier du juif “du commun”. Il n’était de plus pas le seul : d’autres leaders sionistes comme Vladimir Jabotinsky, Chaim Weizmann et autres, étaient ouvertement haineux envers leurs frères juifs.

En 2018, le rabbin Shapiro a publié un livre de 1400 pages intitulé “The Empty Wagon, Zionism’s Journey from Identity Crisis to Identity Theft.” (NdT: qui peut se traduite par : “Le wagon vide : Sionisme, de la crise identitaire à l’usurpation d’identité”). Le livre souligne les vastes différences qui existent entre le judaïsme et son ennemi mortel, le sionisme. Le livre a été écrit pour une audience juive orthodoxe et de fait, chaque maison , foyer juif orthodoxe que j’ai visitée ces deux dernières années avait une copie de cet énorme travail. Bien que le livre assume que le lecteur ait une grande connaissance au sujet du judaïsme, il contient une source sans précédent d’information particulièrement bien référencée de façon à ce que même ceux d’entre nous qui n’ont pas une connaissance profonde du judaïsme, puissent grandement apprendre de sa lecture.

L’information présentée par le rabbin Shapiro dans ce podcast particulier peut aussi être trouvé dans le livre et mène au fait indéniable que le fondateur du sionisme (Théodore Hertzl) et beaucoup de ses contemporains, haïssaient absolument tout au sujet des juifs et du judaïsme et détestaient le fait même d’être juifs. D’après le rabbin Shapiro et bon nombre de rabbins orthodoxes du judaïsme qu’il cite, ce fut leur haine des juifs et non pas leur désir de les sauver de l’antisémitisme qui fut la force dominante derrière la création du sionisme et de l’établissement d’un état sioniste.

Le fondateur du sionisme non seulement pensait que les trolls antisémites des juifs étaient réels, mais il les justifiait également. Il affirma que seulement ces accusations racistes s’appliquaient aux “autres” juifs, ceux qui n’étaient pas séculiers et “éveillés” comme lui.

L’histoire de Hertzl, comme elle est racontée dans les écoles sionistes en Israël et dans le monde, le fait ressembler à un sauveur des juifs, un homme motivé par le désir de bonté et de faire le bien. Quoi qu’il en soit, un regard plus en profondeur sur l’homme et ses motivations révèle qu’il méprisait le peuple juif et voulait se séparer des “juifs du commun” en créant un espace, une existence pour des gens comme lui, juifs de naissance mais qui méprisaient ce que cela voulait dire que d’être juif.

Vladimir Jabotinsky, le père du sionisme d’extrême-droite, aujourd’hui représenté par le parti du Likud en Israël, fut un autre cas de juif “s’auto-détestant”. Il écrivit que “Les juifs sont des gens particulièrement malfaisants et leurs voisins les détestent et ils ont raison.” Un autre leader spirituel sioniste, Uri Zvi Greenberg, a écrit : “Ces juifs détestables sont vomis par tout collectif et état sains pas parce qu’ils sont juifs mais à cause de leur laideur juive.

Les sionistes idolâtrent la force physique tandis que le judaïsme orthodoxe la méprise. Dans une conversation que j’ai eue un jour avec un rabbin ultra-orthodoxe, David Feldman de New York, je lui ai posé la question. Je lui ai dit que pour des gens comme moi, élevés dans le sionisme, les juifs orthodoxes avaient l’air faibles, pâles, maladifs et peu attractifs. Le rabbin Feldman me regarda droit dans les yeux et me répondit : “Vous n’avez aucune idée de tout le travail qu’il y a pour maintenir cette apparence. Être juif est une expérience et une existence spirituelles, certainement pas une existence masculine.

Hertzl1

Maushel (ou Moishel)

Dans l’édition du journal sioniste Die Welt du 15 octobre 1897, une publication fondée par Hertzl, celui-ci publia un essai intitulé “Maushe” au sujet d’un juif anti-sioniste. Le point de focus de cet essai était un personnage fictif, un juif que Hertzl appelait “Maushel”, qui était à l’époque un terme péjoratif utilisé par les antisémites pour qualifier les juifs.

Maushel ou Moishel, selon l’accent, est le juif religieux “commun”. L’article fut originellement écrit en allemand avec une version anglaise publiée dans une autre publication sioniste appelée “The Maccabean”. Voici quelques exemples de la manière dont Hertzl décrit les juifs dans son essai :

Maushel est un anti-sioniste. Nous le connaissons bien et en profondeur et nous avons toujours été dégoûté à sa vue.” Hertzl est encore plus écœuré et chagriné d’être obligé de reconnaître que Maushel est en fait “un des nôtres”, bien qu’il n’y ait “absolument  aucune utilité d’en être fier.”, ce qui, se lamente t’il, résulte “d’un mélange durant une sombre époque de notre histoire, d’une basse classe de gens avec notre nation.

Hertzl continue : “Le dégoût que nous avions pour lui était mélangé à la pitié. Nous cherchions à expliquer son apparence misérable et malheureuse. Nous nous sommes dits que nous devions le tolérer, que c’était notre devoir sacré que de le civiliser.” Voulant se dissocier lui-même du juif Maushel, Hertzl dit : “Il est le compagnon terrible des juifs et il leur est si inséparable, qu’on prend toujours l’un pour l’autre.

Hertzl continue avec sa haine ouverte et écrit que Maushel est “l’antithèse d’un être humain, quelque chose d’incroyablement dégradé et d’obstiné… Maushel fait ses sales affaires dans la pauvreté ; Maushel est un misérable mendiant.” Puis, bien tristement, justifiant les attaques antisémites contre les juifs, Hertzl dit : “Maushel fournit toujours les raisons des attaques contre nous.” En d’autres termes, les “véritables” juifs comme Hertzl, sont ciblés par les antisémites à cause de cette personne distante non affiliée que les antisémites confondent et prennent pour un juif.

Plus loin, Hertzl écrit:

Aux yeux de l’antisémite, le juif et Maushel sont liés, alors le sionisme est apparu et le juif et Maushel ont dû définir leur position, et maintenant Maushel a rendu service aux juifs : il s’est séparé de l’union parce qu’il est anti-sioniste.

En d’autres termes, Hertzl affirme que seuls les vrais juifs sont les juifs séculiers sionistes. Il fait ensuite l’amalgame entre antisémitisme et anti-sionisme : “Lorsque les gens disent que les juifs ne soutiennent pas le sionisme, la réponse est non ! Le juif ne peut pas être anti-sioniste, seul Maushel l’est.

Une telle rhétorique est très commune en Israël aujourd’hui, de dire que les véritables juifs sont les sionistes séculiers et les juifs religieux non-sionistes sont dépeints au moyen de termes péjoratifs et dégradants.

Hertzl continue en disant : “C’est bien, soyons délivrés de lui. Ceci est une opportunité de nous purifier de ces éléments dégradants.

La confusion en ce qui concerne l’identité juive et les affirmations que le sionisme fasse partie de l’identité juive est très commune et en fait très inquiétante. Cette profonde incompréhension à la fois du judaïsme et du sionisme peut être clairement retracée au fondateur du sionisme, Théodore Hertzl.

Qu’est-ce qui fait qu’un juif est juif ?

Le grand sage juif, rabbin Sa’adiya Ga’on, dont le nom complet était Sa’id Bin Yousef El-Fayyumi, était une des figures rabbiniques les plus importantes de l’histoire. Né à Fayyum en Egypte supérieure à la fin du IXème siècle, s’en fut étudier à Tabariya en Palestine, qui était un important centre d’étude judaïque ; plus tard, il vécut, travailla et écrivit à Baghdad. Dans ce qui est considéré être son livre le plus important, “Emunot Ve-Deot,” ou “Croyances et opinions”, qu’il écrivit en arabe en utilisant des caractères hébreu, Ga’on écrivit que le peuple d’Israël, donc les juifs, était une nation seulement en vertu de leurs lois religieuses (il utilisa le terme “sharia” en arabe pour lois religieuses). En d’autres termes, un peuple lié par la foi.

D’après Hertzl, les juifs sont une nation parce que, comme il le pense, “Nos ennemis ont fait de nous une unité sans notre consentement ; la détresse nous relie les uns aux autres.” Le premier définit le peuple juif comme un groupe religieux lié par les lois et la foi, le second, comme un groupe indéfini unifié par la haine des non-juifs.

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Une oraison funèbre à Hertzl

L’oraison funèbre de Jabotinsky à Hertzl fut une énorme reconnaissance, une louange voire même une vénération. D’abord publiée sous forme de petit livre à Odessa en Ukraine en 1905, elle était écrite en russe puis fut traduite plus tard en hébreu. Dans celle-ci, Jabotinsky discute de l’héritage de Hertzl, qu’il admirait profondément malgré leurs différences. Dans une section de l’écrit, Jabotinsky loue les superbes caractéristiques d’un Hébreu et les compare à ce qu’il appelle les caractéristiques dégoûtantes d’un juif. Au lieu de dire juif, il utilisa l’horrible terme antisémite dégradant de “Zhid”.

L’oraison commence avec Jabotinsky admettant que personne n’avait jamais vu un véritable Hébreu : “Aucun de nous n’a jamais vu un véritable Hébreu de ses propres yeux” et il continue en disant que le juif que nous voyons aujourd’hui autour de nous n’est pas un Hébreu mais un “Zhid” : “Et aujourd’hui, nous prenons comme point de départ le Zhid et essayons d’imaginer son exact opposé dans nos efforts d’imaginer l’Hébreu”.

Parce que le Zhid est laid, maladif”, écrit le père du parti politique du Likud israélien, “nous donnerons l’image idéale de la beauté masculine hébraïque, la stature, les larges épaules, les mouvements vigoureux”, et Jabotinsky conclut en disant :

Le Zhid est apeuré et opprimé, l’Hébreu fier et indépendant. Le Zhid est dégoûtant pour tout le monde, l’Hébreu devra être charmant pour tous. Le Zhid accepte la soumission, l’Hébreu doit savoir comment commander. Le Zhid aime se cacher des regards étrangers, l’Hébreu possèdera panache et grandeur.

D’après Jabotinsky, Hertzl était le parfait spécimen de cet Hébreu que personne n’avait jamais vu.

Le sionisme… Pour qui ?

Si de fait, Hertzl et les autres leaders du sionisme étaient des juifs “s’auto-détestant” et condescendants envers le “juif du commun”, quelle était leur motivation d’installer le sionisme et de travailler si dur à la fondation d’un état sioniste ?

Dans le premier chapitre de son livre, le rabbin Shapiro cite un des rabbins les plus respecté, rabbin Chaïm Soloveichik, qui vivait en Europe de l’Est à la fin du XIXème siècle. d’après la citation, le rabbin Soloveichik dit que les sionistes voulaient créer un état afin de détruire le judaïsme.

En d’autres termes, les sionistes étaient séculiers et se voyaient comme éveillés et meilleurs que le juif “du commun”. Ils méprisaient les juifs observant la Torah (NdT: rappelons ici que la Torah n’est rien d’autre que le Pentateuque de l’Ancien Testament composé de cinq (penta) livres). Ils voulaient un endroit où les gens les aimeraient, ne vivant pas ni ne ressemblant pas aux juifs “du commun”. et où ils pourraient vivre sans avoir à interagir avec ces juifs croyants et où ils pourraient être comme les autres nations.

L’état d’Israël ne fut pas créé pour le juif “du commun”, celui avec sa longue barbe et ses paillottes dans les cheveux, ceux qui vivent dans des shetl (ghettos) d’Europe. Il ne fut pas non plus créé pour les juifs arabes, mais pour les juifs séculiers européens, qui ne veulent rien d’autre plus que d’être européens.

Dans un livre qui décrit comment les leaders sionistes regardaient les juifs d’Europe, il y a une photo qui montre des juifs sur un marché dans le ghetto de Nalewni à Varsovie. Il y a une citation attribuée à Chaïm Weizmann, leader important du mouvement sioniste et plus tard président de l’état d’Israël. La légende de la photo dit : “Eretz Yisrael (la terre d’Israël ou la Palestine) n’est pas pour ces marchands ambulants de Nalewski à Varsovie.” C’étaient les juifs qu’Hertzl et les autres leaders du sionisme détestaient. Lorsque les victimes du sionisme auront finalement leur heure venue dans les tribunaux, le monde verra alors à quel point les sionistes furent cruels et racistes. Le monde verra qu’Israël, aujourd’hui l’état sioniste, est une parfaite réflexion de ce que furent les premiers sionistes : raciste, violente et emplie de haine.

En Israël aujourd’hui, les juifs ultra-orthodoxes qui s’opposent au sionisme sont méprisés et ridiculisés ; les juifs non-religieux anti-sionistes sont repoussés et les Palestiniens ne sont que des collatéraux dont il faut se débarrasser, c’est le prix à payer pour que la vision de Hertzl et des autres “juifs s’auto-détestant” puisse devenir une réalité.

Miko Peled is MintPress News contributing writer, published author and human rights activist born in Jerusalem. His latest books are”The General’s Son. Journey of an Israeli in Palestine,” and “Injustice, the Story of the Holy Land Foundation Five.”

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Lectures complémentaires :

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Impérialisme et colonialisme moderne: Israël état raciste…

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Pourquoi Israël est un état raciste

 

Mohammed Bentoumi

 

2 Septembre 2015

 

url de l’article

http://www.michelcollon.info/Pourquoi-Israel-est-un-Etat.html?lang=fr

 

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale remonte à 1965. Dans les faits cependant, le racisme est toujours vivant.

Aucun État, aucune institution publique ou privée, aucune force politique ne peut aujourd’hui s’affirmer raciste. Le temps de l’Afrique du Sud fondée sur l’apartheid est loin. La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale remonte à 1965 (son entrée en vigueur date de 1969) et ne peut plus être violée ouvertement. 

L’article 1 de cette Convention précise que « l’expression « discrimination raciale » vise toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique, qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social et culturel ou dans tout autre domaine de la vie publique ». Tout est dit car toute manifestation de racisme est frappée d’illégalité par le droit international. Il est politiquement difficile de passer outre. 

Dans les faits cependant, le racisme est toujours vivant. Il se renforce même dans de nombreux pays, y compris en Europe, sous des formes variées et selon des modalités différentes d’un pays à l’autre. Le terrorisme, fruit du caractère asymétrique de certains conflits qui ont pris une dimension religieuse, a favorisé, en France par exemple (qui par ailleurs n’a pas encore « oublié » la guerre d’Algérie) le développement d’une islamophobie qui dissimule un racisme anti-arabe : le rejet d’une religion (totalement méconnue par ailleurs) donne au racisme le plus ordinaire un caractère plus « décent ». La lutte contre l’antisémitisme est de plus en plus la seule politique antiraciste menée par les pouvoirs publics occidentaux car elle bénéficie d’un relatif consensus, jugé indispensable dans les combats électoraux en France par exemple. Même l’extrême droite française (comme le parti italien de Gianfranco Fini), tend à atténuer son antisémitisme traditionnel pour se consacrer à sa politique de rejet de l’immigration maghrébine et africaine1, politiquement plus « rentable ».

Le monde occidental, toutefois, récuse toutes les accusations de racisme : qu’il s’agisse de la police étasunienne vis-à-vis des citoyens noirs, des opérations anti-Roms en Europe, ou de l’hostilité discriminatoire que rencontrent les citoyens français d’origine maghrébine de 2° ou 3° génération, les condamnations en justice sont très rares et les médias restent discrets (ce fut le cas durant la période qui a suivi les attentats à Paris en janvier 2015 pour de très nombreux actes à l’encontre des mosquées et lieux de prière musulmans). 

En Israël, la situation n’a cessé de se dégrader pour la forte minorité arabe de nationalité israélienne comme pour les Palestiniens victimes de l’occupation quasi-coloniale à Jérusalem et en Cisjordanie. 

L’État israélien, mais aussi la société israélienne très fortement « droitisée » se comportent de plus en plus comme une puissance coloniale ordinaire dont la volonté politique est avant tout de « persévérer dans son être », c’est-à-dire de se maintenir, à tout prix, en position hégémonique sur les « arabes », comme cela s’est produit dans le passé pour les Français d’Algérie jusqu’à l’indépendance. Ce refus de tout compromis, en dépit d’un discours à destination des alliés occidentaux, et qui prétend être favorable à un « processus de paix » qui n’a pourtant pas d’existence réelle, engendre chez une majorité d’Israéliens un racisme de plus en plus virulent.

  1. Les sources de la violence raciste israélienne

Les autorités israéliennes, préoccupées par la faiblesse démographique de la population juive en Israël par rapport aux Palestiniens et plus généralement au monde arabe, a favorisé la venue sur le territoire national de juifs, issus de toutes les parties du monde (2). 

Afin de réaliser l’amalgame de populations venues de pays arabes, d’Europe de l’Est, d’Occident ou d’Afrique noire, l’État israélien a utilisé le ciment de la judaïté en évoluant vers un « État juif », c’est-à-dire un État à fondement ethnique et religieux. 

Les conservateurs israéliens n’y ont vu que des avantages, la judaïsation gommant (pour partie) les réalités de classe et l’exploitation de certaines couches de la population, comme celle des juifs venus d’Afrique noire. 

De plus, le poids de la religion a restreint celui des courants progressistes et socialistes importants à l’origine de l’État israélien. Par exemple, le mouvement « La Paix maintenant » a perdu l’essentiel de sa vitalité (3). 

Le Parti Travailliste transformé (par alliance) en « Union sioniste » n’est plus une alternative au Likoud : son mot d’ordre réel est « pas d’arabes ! ».

L’implantation massive en Israël des « juifs orientaux » a renforcé les courants les plus ultras : animés d’un revanchisme décomplexé (en passant du statut de minorité juive en terre d’Islam à celui de majoritaire doté d’un État), ils ont fait du Likoud un parti champion de la colonisation. 

La seule opposition véritable à la politique gouvernementale est celle de la liste commune judeo-arabe, associant les communistes israéliens et les partis réunissant les Palestiniens de 1948 qui a permis l’élection en mars 2025 de 14 députés à la Knesseth (3° force du pays). L’objectif premier est précisément la lutte contre les discriminations, les inégalités et le racisme. Ce début d’unité d’une petite minorité de juifs israéliens et de l’ensemble des partis arabes d’Israël risque cependant d’élever le niveau de racisme et de l’hostilité globale vis-à-vis des Palestiniens israéliens ! 

La hiérarchie sociale accentuée produit toujours du mépris à l’égard de plus démunis. La « richesse » des Israéliens (quelles que soient les fortes inégalités entre juifs) et la « pauvreté » de la minorité palestinienne et de l’environnement arabe sont à la source d’un sentiment de supériorité et de rejet chez les Israéliens, producteur d’un racisme ordinaire. Ce racisme est particulièrement virulent chez les juifs les plus modestes (4) en grave difficultés sociale, car ils sont en « concurrence » vitale pour la terre notamment avec les Palestiniens : c’est le cas, en particulier, dans les « colonies » installées en Cisjordanie.

Le mépris raciste pour les plus défavorisés de l’échelle sociale s’est manifesté dans les colonies traditionnelles de population comme en Europe à l’égard des travailleurs immigrés (y compris de la part des ouvriers « blancs ») et comme aux États-Unis à l’encontre des travailleurs noirs (5). 

Les questions sociales et le coût de la vie, plus élevé que dans les pays occidentaux, constituent dans l’opinion israélienne des priorités, sources de protestations multiples et de manifestations de masse (comme en 2011). 

Mais, comme en Europe, tout est entrepris pour faire du « sécuritaire » une diversion majeure. Les autorités israéliennes insistent donc fortement sur le terrorisme dont seraient responsables les Palestiniens et les Arabes, assimilés à des « barbares » avec lesquels seuls les rapports de force sont concevables. Avigdor Lieberman, Ministre des Affaires Étrangères, n’hésite pas à déclarer vouloir « couper à la hache » la tête des arabes d’Israël qui s’opposent au gouvernement ! 

Le racisme est ainsi devenu une réponse fictive aux problèmes sociaux non résolus : il est l’outil justifiant la priorité accordée aux mesures sécuritaires et à la militarisation de la société. 

Les affrontements directs avec les Palestiniens (les deux Intifadas, notamment) et certains États arabes (Irak en 1981, Liban en 2006, Syrie en 2007, Soudan en 2009) provoquent aussi évidemment, par a-coups successifs, une montée du racisme vis-à-vis des « Arabes » en général. A chaque crise ouverte, la politique de répression brutale et disproportionnées aux quelques attentats et tirs de roquettes subis, s’aggrave. 

Les opérations militaires menées contre Gaza en sont l’illustration la plus flagrante. L’arabe est assimilé à un fanatique religieux dépourvu de tout esprit démocratique. 

La culture dominante est celle de la « citadelle assiégée », mais d’une qualité « supérieure » permettant de s’imposer, à condition d’user sans complexe de la force contre les « arabes d’Eretz-Israël » (comme on le disait jusqu’en 1993, sans prononcer le mot Palestinien) et le monde arabe et musulman dans son ensemble (à l’exception des Égyptiens et des Jordaniens). 

Ce racisme n’est pas le résultat de ces affrontements inévitables aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’État palestinien viable et reconnu par tous. Il est au contraire la légitimation des violences pratiquées contre les Palestiniens : le recours à la force est admis par la grande majorité des Israéliens parce que les arabes sont, par nature, inaptes à comprendre autre chose que la force !

Un ouvrage comme celui de Benny Morris, publié en 2004 (The Birth of the Palestinian Refugee Problem) est révélateur. Son auteur qualifie explicitement les Palestiniens de « barbares » qui « en veulent à la vie » des Israéliens, et qu’il faut « détruire ». « La société palestinienne, déclare-t-il à Haaretz (9.1.2004) est une société malade qui doit être traitée comme le sont les tueurs en série ». Il faut les emmurer », ajoute-t-il car « il y a là une bête sauvage qui doit être mise en cage » ! 

Enfin, dernier facteur du développement du racisme en Israël, l’extrême complaisance dont bénéficie la politique israélienne aux États-Unis et en Europe occidentale (qu’il s’agisse des politiciens ou des grands médias). L’idée qu’il y a une « sorte de négociation permanente » dans le cadre d’un « processus de paix », « arbitrée » par les États-Unis est soigneusement cultivée. Les Accords d’Oslo ont été quasi-unanimement présentés comme la fin du conflit, alors qu’il s’agissait d’organiser un régime intérimaire de cinq ans (jusqu’en 1999), dans le cadre d’une sorte de protectorat israélien sur l’Autorité Palestinienne. 

Le discours d’Israël à destination du monde occidental a besoin d’être favorable aux négociations. « La diplomatie est nécessaire pour rassurer l’Occident et notre propre conscience, mais seule notre force persuadera les Arabes de reconnaître qu’ils ne peuvent nous vaincre » (6). 

Les multiples violations flagrantes de la légalité internationale ne suscitent pratiquement pas de réactions, à l’exception de quelques déclarations sans portée pratique. Les résolutions des Nations Unies n’ont aucune efficacité elles sont bloquées par les États-Unis.

Les rapports présentés au Conseil des Droits de l’Homme s’enlisent dans les procédures. 

Les prises de position du Parlement Européen ne sont pas suivies d’effets. Les États occidentaux restent les alliés sans faille de l’État israélien. Cette alliance est consolidée par la prise en charge de la lutte contre l’antisémitisme, le seul antiracisme qui demeure en Occident devant l’expansion (facilitée) du racisme anti-arabe. 

Un exemple, parmi d’autres, mais peu connu, est celui de la violation du Code de Conduite en matière d’exportation d’armements, adopté par l’Union Européenne le 9.12.1998. Aucun État européen n’est fondé en droit à exporter des armes dans un pays « non respectueux des droits de l’homme » et lorsque cela menace « la paix, la sécurité et la stabilité régionale ». Ce code n’a aucune effectivité vis-à-vis d’Israël.

  1. Les différentes formes de discrimination raciale en Israël

L’État israélien, qui se déclare désormais « juif » malgré ses 20% de ressortissants palestiniens (en forte croissance démographique) et qui étend en permanence ses « implantations » de type colonial au nom de la récupération de « terres sacrées » en Cisjordanie (par une croissance de 38% du nombre de colons entre 2000 et 2007), s’autoproclame unique « démocratie » du Moyen Orient. 

La réalité est radicalement différente. 

Pour la « démocratie » israélienne, les Palestiniens n’ont eu aucune existence légale aussi longtemps qu’ils n’ont pas eu recours à la violence. Mais après plus d’un demi-siècle, ni les Palestiniens des Territoires Occupés ni les Palestiniens de 1948 ne sont traités par Israël comme des citoyens, sans que ceux-ci ne bénéficient d’aucune façon de ce « droit » d’ingérence que l’Occident utilise ailleurs. 

Dans l’ordre international, Israël n’a pas le moindre respect pour le droit international et pour le droit humanitaire:il a même « inventé » avec les États-Unis, la notion de « légitime défense préventive » lui permettant de procéder à des agressions au nom de son droit à l’existence.

Toutefois, à la différence des puissances coloniales du passé et des dictatures ouvertes, l’État d’Israël a pour politique spécifique d’utiliser le droit et non de le rejeter. Fortement occidentalisé, dans la nécessité absolue de conserver des liens avec les États-Unis et l’Europe, il cherche à conserver sa légitimité en se présentant comme un « oasis de justice » au cœur du « désert » proche oriental. Le droit est une composante, avec la religion, de la puissance israélienne. Les deux se nourrissent réciproquement : cette prise en compte favorise un regard stimulant sur Israël de la part des États occidentaux mais aussi du « soi sur soi ».

L’antiterrorisme sert de justification de tous les accrocs au droit, mais la Cour Suprême est censée contrôler l’exigence d’un « équilibre » entre le respect des droits de l’homme » et les considérations de sécurité. Le « transit juridictionnel » est essentiel pour déculpabiliser les Israéliens. La possibilité effective pour les Palestiniens de recours en annulation contre les actes de l’administration israélienne permet de les associer à leur propre asservissement : en pratique, les discriminations ne sont pas atténuées, elles sont légitimées ! Les droits de la défense sont garantis, mais la défense ne gagne jamais, sauf exception. 

Sous des formes juridiques anodines, avec des résultats équivalents à ceux qui seraient en vigueur dans un système d’apartheid, les Palestiniens sont traités en « sous-citoyens ». Par exemple, dans le secteur économique, la technique des « permis », d’apparence purement administrative, dissimule en fait, par le biais d’une pratique arbitraire de leur délivrance, des inégalités flagrantes. Dans le domaine agricole, certaines cultures sont réservées aux seuls exploitants juifs : l’exploitation des fruits, légumes et tabac est un monopole juif. Les activités les plus rentables sont ainsi hors de portée des « arabes » et le sous-développement palestinien est institutionnalisé. Le fait que quelques Palestiniens puissent surmonter les discriminations sectorielles ne change rien à ce phénomène inégalitaire de la société israélienne, mais rend crédible un avenir (illusoire) de société intégrée. 

Les procédures d’expropriation des terres sont aussi significatives : l’expropriation est prononcée au nom des exigences de sécurité, mais les terres sont ensuite transférées aux juifs ! 

En matière de prêt bancaire, les entreprises palestiniennes se voient refuser les délais de paiement et les crédits nécessaires, selon une appréciation d’opportunité commune aux banques du monde entier : néanmoins, on constate que sont discriminées les entreprises palestiniennes concurrentes des entreprises juives ! 

On pourrait faire les mêmes observations dans le domaine des baux de location : le refus d’un propriétaire juif à un arabe est la règle ! 

Plus généralement, le droit est égal pour tous ceux qui par l’exercice du service militaire fournissent une contribution à la sécurité de l’État… Toutefois, les Palestiniens (à la différence des Druzes) ne sont pas autorisés à servir dans l’armée, d’où une série de prestations sociales auxquelles ils n’ont pas droit. Dans les faits, les Palestiniens sont pour Israël « de dangereux étrangers » et sont traités comme tels. 

Le résultat est un cantonnement des Palestiniens israéliens dans certains villages et quartiers constituant une sous-communauté ghettoïsée. Plus des deux-tiers des Palestiniens israéliens sont des ouvriers ; plus de la moitié vit au dessus du seuil de pauvreté ; la mortalité infantile est le double de celle des juifs israéliens. 

La « démocratie » israélienne est réservée aux juifs et à quelques collaborateurs arabes et le racisme ambiant justifie toutes les discriminations « légales ». 

Dans l’ordre international, l’État procède comme le font aussi les États-Unis à une sorte « d’israélisation » du droit international qu’il aligne sur ses propres pratiques.

Chaque norme est revue et corrigée afin que coïncident politique israélienne et « légalité ». Cette « novation » du droit international prétend fonder les raids aériens, les actes de représailles, les opérations armées menées dans les espaces aériens, maritimes, et territoriaux des autres États, les actions armées contre des organismes des Nations Unies (notamment l’UNRWA)…. 

Israël procède à une véritable perversion des concepts juridiques s’attribuant même une fonction policière dans toute la région, et même en Afrique noire (lorsqu’il s’agit de soutenir ses alliés). Ces ingérences sont néanmoins présentées comme facteur de maintien de la paix et de la sécurité ! 

On conçoit donc que pour l’opinion israélienne, le fait d’avoir de « l’arabe » une vision « d’inférieur » et de « barbare » décivilisé est une nécessité politique. 

Ce racisme ambiant qui ne cesse de se renforcer, comme c’était le cas en Algérie au fur et à mesure de l’évolution de la guerre de libération nationale, garantit la cohésion de la société autour de « l’État juif » et plus en plus sécuritaire (7). Il est devenu un outil de défense nationale. Il ne pourra régresser qu’avec une solution « déconfessionalisée » du conflit israélo-palestinien qui se prolonge et qui demeure sans solution à court terme. En effet la dimension religieuse, prétendument judeo-islamiste, que les instances conservatrices israéliennes ont donné à ce conflit le rend parfaitement insoluble. 

Comme l’écrit Akram Mussalam (8), qui vit à Ramallah, « ceux qui fabriquent les barbelés qui m’encerclent de toutes parts continuent à ronger et à dévaster le lieu et le rêve »…. Mais le cauchemar ne peut durer toujours. 

Mohammed Bentoumi est Maître de Conférences à la Faculté de Droit d’Alger.

 

Notes : 

1. Le Front National, en France, s’est rapproché des Israéliens (Louis Aliot, vice-président, a établi des contacts en Israël même) ; il a exclu des membres de « L’Oeuvre Française » jugés trop antisémites, etc. La « mode », en France, va jusqu’à oser accuser « l’extrême-gauche » (englobant Front de Gauche, communistes, etc.) de développer « un nouvel antisémitisme » sous prétexte des campagnes menées par ces forces contre la politique israélienne. Un sondage du 8.11.2013 sur les responsables de l’antisémitisme n’indique que 27% pour l’extrême droite (contre 67% à l’extrême gauche !). 

2. Le Premier Ministre Netanyaou poursuit aujourd’hui encore dans un pays comme la France une campagne qui rencontre un certain succès en faveur de « l’alya », c’est-à-dire de l’installation en Israël de juifs français. 

3. Ari Shavit, par exemple, l’un des fondateurs du mouvement, a radicalement changé ses positions en faveur du militarisme et du sionisme. Voir son interview dans Haaretz du 11 août 2006. 

4. On se souvient du racisme exacerbé des « petits blancs » français en Algérie malgré leur statut très défavorisé au regard des grands colons. 

5. Cf. Ilan Pappe. « Une société intoxiquée par la haine ? » In M. Collon et autres. Israël, Parlons-en ! Investig’Action. Bruxelles. 2011. Voir aussi M. Warshawski. A tombeau ouvert : la crise de la société israélienne. La Fabrique. Paris. 2003. 

6. Cf. Benny Morris, cité dans P. Bouveret et autres. Qui arme Israël et le Hamas ? Éditions Amnesty International et autres. 2009, p. 104. 

7. Les jeunes israéliens, cependant, ne se sentent pas tous intégrés à leur pays, notamment en raison des lourdes obligations militaires. 40% d’entre eux souhaitent le quitter et certains animés d’un esprit pacifiste le font pour des raisons politiques. Voir L’Humanité. 16 mars 2015. 

8. Akram Mussalam. La cigogne. Sindbad – Actes Sud. 2015.