Archive pour israël destruction palestine

Résistance au colonialisme: costard sur mesure pour « l’armée la plus morale du monde » (Daniel Vanhove)

Posted in actualité, colonialisme, France et colonialisme, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 15 avril 2018 by Résistance 71

« Les trois axiomes de la politique intérieure d’Israël » (extrait du livre d’Ilan Pappe « The Ethnic Clearing of Palestine », 2006 page 239), traduit de l’anglais par Résistance 71

« La première des trois lignes de conduite, ou plutôt axiomes, d’Israël est que le conflit israélo-palestinien a son origine en 1967. Pour le résoudre tout ce dont on avait besoin était un accord qui déterminerait le statut futur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En d’autres termes, comme ces zones ne constituent que 22% du territoire de la Palestine, Israël a réduit d’un coup de crayon toute résolution de paix à seulement une toute petite partie du territoire originel palestinien. Non seulement cela, mais Israël demandait et continue à demander aujourd’hui, toujours plus de compromis territoriaux, soit en résonance avec l’approche économique favorisée par les Etats-Unis ou comme dictés par une carte sur laquelle les deux camps politiques se sont mis d’accord en Israël.

Le second axiome est que tout ce qui est visible dans ces zones, la Cisjordanie et la bande de Gaza, peut toujours encore être divisé et que ces divisions, cette faculté à toujours plus diviser, est une des clefs du processus de paix. Pour Israël, cette division du visible inclut non seulement la terre mais aussi le peuple et les ressources naturelles.

Le troisième axiome israélien est que rien de ce qui s’est produit avant 1967, incluant la Nakba et le nettoyage ethnique, ne sera jamais négociable. Les implications ici sont très claires: cela retire complètement de l’équation du processus de paix le problème des réfugiés et met directement sur la touche et sans appel le droit des Palestiniens au retour à la terre. »

= = =

L’armée “la plus morale du monde” dans ses œuvres

 

Daniel Vanhove

 

11 avril 2018

 

Source: http://www.chroniquepalestine.com/larmee-la-plus-morale-du-monde-dans-ses-oeuvres/

 

Voilà des années que la colonie terroriste israélienne nous enfume avec son baratin, ses mensonges et ses affirmations obscènes vantant la « moralité » de son armée d’occupation.

Comme si de nos jours, une armée – d’occupation de surcroît, et tout observateur de ce qui se déroule en Palestine occupée sait ce qu’il en est – pouvait être « morale ». 

C’est en soi, ce que l’on appelle un oxymore. Dans la mesure où c’est exactement à l’opposé de tout ce que peut représenter les armées modernes que l’on a vues à l’œuvre ces dernières décennies. Que ce soit l’armée israélienne et ses multiples crimes contre des civils désarmés ; ou celle de son indéfectible allié américain, la plus belliciste qui soit, et dans ce que l’on a vu d’elle à Abou Ghraïb ; sans parler de l’armée allemande et ses camps d’extermination ; ni de celles des différents pays européens dans leurs conquêtes coloniales à travers la planète … et sans parler des multiples exactions commises par ces mêmes armées, y compris celles des « casques bleus », blancs, et onusiennes de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dont la dite « Communauté internationale » affectionne de se parer pour cacher l’innommable …

Rappelons donc une évidence que certains aimeraient taire : une armée est faite pour combattre et entraînée à tuer. Est-ce si difficile de ne pas l’oublier, à moins de ne pas l’assumer ?! Et sauf à vouloir tromper l’opinion … à travers des manifestations d’hommage bien orchestrées pour les soldats tués dans des opérations dont ils connaissent les risques et pour lesquels ils sont volontaires. Imagine-t-on un instant nos aînés organiser ce genre de manifestation surmédiatisée à chaque soldat tué en 14-18 ou en 39-45 ? Grotesque !

Dès lors, face à l’immoralité qui caractérise justement les armées de manière générale, il a fallu essayer d’établir des Conventions à travers un Droit de la guerre, tentant par ses textes de « moraliser » autant que faire se peut, l’outil mortifère que représente toute armée au service des États qui font la guerre.

Ce Droit de la guerre n’est pas neuf et déjà 2000 ans avant notre ère l’on en trouve des bribes dans le code d’Hammurabi, roi de Babylone – l’actuel Irak que l’occident a mis tant de zèle hypocrite à dévaster – et où il est dit : « Je prescris ces lois afin que le fort n’opprime pas le faible ». Il semble en être de même dans l’Inde ancienne, et certains livres dits « sacrés » comme la Bible et le Coran contiennent eux aussi des prescriptions claires en ce qui concerne la manière de traiter les vaincus et les plus faibles, d’agir toujours de manière proportionnée, dans le respect de certaines conventions et avec comme principe absolu : la stricte séparation entre le domaine civil et le domaine militaire.

Au vu de certaines pratiques de nos armées, ces civilisations anciennes que l’on nous présente la plupart du temps avec l’arrogance de l’homme moderne pensant qu’il a tout inventé, témoignent que ceux-là traités souvent de « sauvages » étaient sans doute plus civilisés que nous ne le sommes aujourd’hui.

Ainsi, comme dans d’autres domaines et à l’inverse de ce que d’aucuns pourraient penser, l’on ne peut que constater notre glissade, notre recul par rapport aux principes qui animaient les anciens. Et puisque la critique de l’outil militaire actuel ne viendra jamais de nos gouvernements – ni des médias qu’ils contrôlent – qui tous en font l’usage tôt ou tard et selon les modalités du moment, et qui comme on le voit en France pour l’instant en fait même l’apologie à travers une vaste campagne de propagande publique dans les abris-bus et autres supports médiatiques et publicitaires, il convient que les citoyens éveillés en relèvent l’imposture et la dénonce haut et fort.

Et dès lors, NON, nos armées n’ont rien de « moral » ! Sauf à galvauder, piétiner nos concepts « moraux » et balancer par la fenêtre ce que le sens du mot « moral » peut encore vouloir dire, dans ce monde qui a tendance à tout violer, sans concession, jusqu’à l’enfance puisque des enfants sont régulièrement emprisonnés, abusés, torturés et même tués par cette armée israélienne qui n’a de « morale » que l’hypocrisie de ses chefs qui lui donnent des ordres et la couvrent quelle que soit l’abjection de ses crimes !

Depuis des décennies, les images et les témoignages plus accablants les uns que les autres nous renseignent sur cette « moralité » prêtée à l’armée israélienne au service de l’idéologie coloniale sioniste qu’elle défend et encourage chaque jour. Que ce soit pour protéger les colons psychopathes qui s’en prennent à tout ce qui a les traits arabes – jusqu’aux animaux et aux arbres appartenant aux familles palestiniennes ! – ou que ce soit pour violer les lieux sacrés comme les cimetières, les lieux de culte, et jusqu’à la mosquée al Aqsa, ou encore pour tuer des handicapés, des femmes, des vieillards, des enfants … rien n’est épargné par cette armée de criminels.

Mais au-delà de cette idéologie à caractère nazie, comment cela se peut-il, sinon par le sentiment bien entretenu et relayé par d’odieux imposteurs infiltrés dans les milieux politico-médiatiques occidentaux qui n’ont de cesse de rappeler la faute suprême commise pendant la seconde guerre mondiale à l’encontre de la communauté juive … et que continue de payer aujourd’hui la population arabe de Palestine au prix le plus fort du silence complice occidental ? Telle une double peine …

Il convient donc de le dire, de l’écrire, de le répéter et de le diffuser le plus largement et régulièrement possible : l’armée israélienne est de la même nature que le pouvoir qui l’utilise, à savoir : une armée qui pratique le terrorisme, en tuant des civils non-armés, pacifiques, quel que soit leur âge. N’hésitant pas à les abattre, courageusement … dans le dos ! Et pour l’illustrer, quantité de documents sont disponibles (dont un dernier en date que vous pourrez voir ici).

Après le jeune Abd al-Fattah Abd al-Nabi, 19 ans, abattu d’une balle dans le dos alors qu’il venait en aide à l’un de ses camarades (voir notre précédent article), la soldatesque a récidivé, encouragée, excitée par ses supérieurs qui l’ont félicitée pour tant de prouesses !

En vérité, ce à quoi le monde horrifié assiste, c’est le résultat d’une société de MALADES, de haut en bas et de gauche à droite … ainsi, de tous ceux qui la soutiennent … Voilà ce qu’est devenue, après des décennies de formatage, de bourrage de crânes et de haine raciale, la colonie terroriste israélienne !

Publicités

Résistance au colonialisme: Des Amériques à la Palestine, se réapproprier l’histoire pour changer les mentalités…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, pédagogie libération, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 11 avril 2018 by Résistance 71

“Le peuple natif de Palestine, comme les @euples natifs de tout autre pays du monde arabe, d’Asie, d’Afrique, des Amériques et d’Europe, a refusé de diviser la terre avec une communauté de colons s’y établissant.”
… “La résolution 181 de l’ONU [de novembre 1947] fut un acte prématuré de donner la moitié de la Palestine à un mouvement idéologique qui avait ouvertement déclaré dans les années 1930 de vouloir dé-arabiser la Palestine.”
~ Walid Khalidi ~

“L’aspect le plus immoral de la résolution 181 est le fait qu’elle n’inclut absolument aucun mécanisme pour empêcher un nettoyage ethnique de la Palestine… Et comme l’ont reconnu plus tard les théoriciens du nettoyage ethnique, là où est adoptée une idéologie exclusive dans une réalité de terrain hautement chargée en différence ethnique, il ne peut y avoir qu’un seul résultat: le nettoyage ethnique.”
~ Illan Pappe ~

Excellente analyse de Ramzy Baroud, dont le titre est un clin d’œil au livre référence d’Howard Zinn « Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours » (1980) à laquelle nous ajouterons sous l’article notre traduction d’un extrait du livre de l’historien israélien et spécialiste de la Nakba Illan Pappe « The Ethnic Cleansing of Palestine » (6 rééditions depuis la première édition d’octobre 2006) où il présente les 3 axiomes d’Israël dans sa politique intérieure.
~ Résistance 71 ~

 

Le besoin d’une histoire populaire palestinienne

 

Ramzy Baroud

 

22 février 2018

 

Source: http://www.chroniquepalestine.com/besoin-histoire-palestinienne-populaire/

 

ll est temps pour les intellectuels palestiniens de s’approprier et d’écrire une histoire palestinienne qui soit véritablement celle du peuple.

L’Accord d’Oslo de 1993 est un moment critique qui a brisé la cohésion du discours palestinien et a affaibli et divisé le peuple palestinien. Cependant, il n’est pas trop tard pour y remédier par des efforts décisifs et communs, au-delà des points de vue politiques palestiniens liés à des aspirations égoïstes et à des organisations rivales.

En l’absence d’une direction palestinienne qui soit l’émanation du peuple palestinien lui-même, les intellectuels doivent sauvegarder et exposer l’histoire palestinienne au monde avec souci d’authenticité et d’équilibre. La clarté et l’intégrité de l’histoire palestinienne ont été endommagées et altérées par les tactiques de l’Autorité palestinienne (AP) qui ont pour effet d’effacer le droit au retour des réfugiés palestiniens de sa plate-forme politique.

Le président palestinien Mahmoud Abbas, du parti Fatah, a réellement déclaré qu’il n’avait aucun intérêt à retourner à Safad, la ville palestinienne d’où sa famille avait été expulsée en 1948 !

Une telle attitude est ce à quoi l’on devait s’attendre de la soi-disant direction palestinienne modérée, dont le discours et les perspectives politiques sont toujours calés sur les limites du « processus de paix » longtemps promu par Washington. Mais ce genre de pragmatisme politique a ravagé le récit palestinien, l’éloignant de la lutte populaire en cours.

La Palestine n’est pas une histoire de factions – elles ne sont qu’un sous-produit d’une histoire tumultueuse et multiforme du colonialisme et de la résistance, des influences politiques et idéologiques étrangères et de la concurrence féroce entre divers mouvements sociaux.

Bien sûr, il serait facile de faire endosser cette représentation faussée de la Palestine uniquement par le leadership palestinien – c’est aussi le résultat d’un récit sioniste omniprésent qui cherche à effacer la réalité.

Résistance et « existence »

Pour l’essentiel, l’histoire de la Palestine est l’histoire du peuple palestinien, car c’est lui la victime de l’oppression et le principal canal de résistance, si l’on commence par la création d’Israël sur les ruines des villages palestiniens en 1948. Si les Palestiniens n’avaient pas résisté, leur histoire se serait interrompue immédiatement et ils auraient eux aussi disparu.

Ceux qui critiquent la résistance palestinienne, armée ou non, ne se représentent pas les ramifications psychologiques de la résistance, comme un sentiment d’autonomisation collective et d’espoir parmi le peuple. Dans son introduction à « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon, Jean-Paul Sartre décrit la résistance violente comme un processus par lequel « un homme se re-crée ».

Et pendant 70 ans, les Palestiniens se sont embarqués dans ce voyage de la recréation du « soi-même ». Ils ont résisté, et leur résistance sous toutes ses formes a façonné un sentiment d’unité collective, malgré les nombreuses divisions qui ont surgi entre eux.

La résistance incessante, une notion maintenant incarnée dans le tissu même de la société palestinienne, a privé l’oppresseur de la possibilité d’écraser les Palestiniens ou de les réduire à l’état de victimes impuissantes et de réfugiés sans défense. La mémoire collective du peuple palestinien doit se concentrer sur ce que signifie être Palestinien, définir le peuple palestinien, ce qu’il représente en tant que nation et pourquoi il a résisté tout au long des années.

Il est temps de s’éloigner de l’élitisme intellectuel

Une nouvelle articulation du récit palestinien est plus que jamais nécessaire. Le discours des élites sur la Palestine tourne à vide et n’a pas plus de valeur que les Accords d’Oslo. Ce n’est rien de plus qu’un exercice éculé fait de clichés vides de sens et visant à soutenir la domination politique américaine en Palestine ainsi que dans le reste du Moyen-Orient.

La théorie du « grand homme », qui stipule que des individus tout-puissants façonnent l’histoire, est un obstacle qui définit depuis trop longtemps la manière dont le discours palestinien a été relayé. Décrypter la Palestine à travers cette lentille est une tache au front de nombreux intellectuels.

C’est un discours réductionniste qui a marginalisé pendant des décennies le peuple palestinien, sa souffrance et son héroïsme, préférant plutôt des négociateurs palestiniens bien habillés parlant pompeusement d’un « processus de paix » et de « compromis douloureux », comme si c’était acceptable pour les droits et libertés d’une nation entière d’être réduit à une monnaie d’échange.

La vérité est très différente de ces distorsions médiatiques. Le processus de paix est mort, mais le peuple palestinien résiste toujours. Sans surprise, le peuple est plus puissant qu’un groupe d’individus égocentriques. La résistance populaire n’est pas limitée par la politique frivole d’Abbas ou d’autres acteurs.

Abbas et ses seconds couteaux ont non seulement muselé la volonté politique du peuple palestinien et prétendu faussement représenter tous les Palestiniens, mais ils ont aussi dépouillé les Palestiniens de leur récit, celui-là même qui unit les fellahs (paysans) et les réfugiés, les occupés et les shattats (diaspora), en une seule nation.

Ce n’est que lorsque l’intellectuel palestinien pourra reprendre possession de ce récit collectif que les limites imposées à la voix palestinienne pourront finalement être brisées. C’est seulement à ce moment-là que les Palestiniens pourront vraiment faire face à la propagande israélienne hasbara (propagande) israélienne et à la propagande des médias occidentaux et, enfin, parler sans entraves.

Peut-être le plus important, si l’histoire du peuple doit être racontée avec précision et équité, le conteur doit être un Palestinien. Ce n’est pas un sentiment ethnocentrique dissimulé, mais plutôt la confirmation que les faits changent dans le processus d’interprétation, comme l’explique le défunt professeur palestinien Edward Said : «Les faits tirent leur importance de ce qui en est fait en interprétation … Les interprétations dépendent beaucoup de qui est l’interprète, à qui il s’adresse, quel est son but et à quel moment historique l’interprétation a lieu ? »

Le Dr Soha Abdel Kader décrit les études d’histoire du Moyen-Orient comme «portant généralement l’empreinte de l’orientalisme», avec des sources et des méthodologies limitées pour étudier la région. La même chose est vraie pour les études palestiniennes. Fait le plus remarquable depuis le début du prétendu processus de paix, l’historiographie palestinienne a largement négligé les gens ordinaires et est restée otage de l’histoire des élites, de leurs institutions politiques, de leurs événements diplomatiques et de leur compréhension des conflits, que ce soit sur le plan socio-économique ou conflictuel.

Parmi les citoyens palestiniens du peuple, cependant, « l’histoire d’en bas » est ce qui capte l’attention. « Adab al-sijun » (littérature de la prison) est resté un aliment de base dans la plupart des librairies palestiniennes et des bibliothèques jusqu’à ce jour. Contrairement à «la théorie du grand homme», «l’Histoire d’en bas» soutient que si les individus ou les petits groupes sociaux (élites dirigeantes et ceux qui les financent) peuvent provoquer certains événements historiques, ce sont surtout les mouvements populaires qui influencent significativement les résultats sur le long terme.

La première Intifada palestinienne a conforté cette affirmation. Ainsi, les appels constants pour une « Troisième Intifada » par beaucoup de Palestiniens ne sont pas invoqués par légèreté mais viennent plutôt des succès historiques de tels mouvements « d’en bas ».

Les Palestiniens présentés comme un inconvénient

Il y a des obstacles à ces appels pour un autre mouvement populaire conduit depuis la base. Il y a les défis de provoquer une prise de conscience et de gérer efficacement un tel projet, mais aussi les tentatives impitoyables des historiens sionistes (ainsi que de nombreux occidentaux) de remplacer le récit historique palestinien par le leur.

Dans le récit sioniste israélien, les Palestiniens, s’ils sont mentionnés, sont décrits comme des nomades à la dérive, un inconvénient qui entrave la voie du progrès – un récit reprenant celui qui définissait la relation entre chaque puissance coloniale occidentale et les peuples indigènes qui résistaient.

Du point de vue sioniste, l’existence palestinienne est un inconvénient qui ne devait être que temporaire. « Nous devons expulser les Arabes et prendre leur place », écrit le père fondateur d’Israël, David Ben Gourion.

Ce type de discours éhonté s’est systématiquement traduit par les agressions militaires qui ont « nettoyé ethniquement » près d’un million de Palestiniens de leurs terres en 1947-48, et qui continuent de mener l’entreprise coloniale dans les Territoires occupés.

Ce récit continue d’être défendu par les historiens, les médias et les politologues sans trop de contestation. Dans son interview au journal israélien Haaretz, en 2004, l’historien israélien Benny Morris a donné son point de vue sur le nettoyage ethnique des Palestiniens, illustrant la profondeur de la dépravation morale du récit israélien : « Je ne pense pas que les expulsions de 1948 étaient des crimes de guerre. On ne fait pas une omelette sans casser des œufs, vous devez vous salir les mains … Il n’y avait pas d’autre choix que d’expulser cette population ».

Entre le marteau et l’enclume

Assigner au peuple palestinien le rôle de personnes déracinées, déshéritées et nomades sans se soucier des implications éthiques et politiques de telles représentations, a contribué à présenter à tort les Palestiniens comme un collectif docile et acceptant d’être balayés par ceux qui sont plus puissants.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, et la résistance palestinienne est l’exemple ininterrompu de la force et de la résilience du peuple palestinien.

Oui, le combat a été dur. Entre le marteau de l’occupation et de la Hasbara israélienne, et l’enclume des soumissions et échecs du leadership palestinien, la Palestine, les Palestiniens et leur histoire se sont retrouvés piégés et mal compris.

Il est temps pour nous de passer la vitesse au-dessus. Nous, écrivains, historiens et journalistes palestiniens, assumons la responsabilité de réinterpréter l’histoire palestinienne et faire nôtres et faire partager les voix palestiniennes, afin que le reste du monde puisse, pour une fois, apprécier l’histoire racontée par des vainqueurs tenaces bien que blessés.

Il nous incombe – pas seulement aux Palestiniens, mais aussi à ceux qui souhaitent présenter une compréhension véridique de notre lutte historique – de reprendre le récit palestinien et d’effacer la propagande sioniste. L’histoire doit maintenant se concentrer entièrement sur la vie, les perspectives et les représentations des gens du peuple – les réfugiés, les indigents, les classes populaires dont les Palestiniens de la classe ouvrière. Ce sont eux qui incarnent réellement la Palestine, pas Abbas et son imaginaire processus de paix.

= = =

« Les trois axiomes de la politique intérieure d’Israël » (extrait du livre d’Ilan Pappe « The Ethnic Clearing of Palestine », 2006 page 239), traduit de l’anglais par Résistance 71

« La première des trois lignes de conduite, ou plutôt axiomes, d’Israël est que le conflit israélo-palestinien a son origine en 1967. Pour le résoudre tout ce dont on avait besoin était un accord qui déterminerait le statut futur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En d’autres termes, comme ces zones ne constituent que 22% du territoire de la Palestine, Israël a réduit d’un coup de crayon toute résolution de paix à seulement une toute petite partie du territoire originel palestinien. Non seulement cela, mais Israël demandait et continue à demander aujourd’hui, toujours plus de compromis territoriaux, soit en résonance avec l’approche économique favorisée par les Etats-Unis ou comme dictés par une carte sur laquelle les deux camps politiques se sont mis d’accord en Israël.
Le second axiome est que tout ce qui est visible dans ces zones, la Cisjordanie et la bande de Gaza, peut toujours encore être divisé et que ces divisions, cette faculté à toujours plus diviser, est une des clefs du processus de paix. Pour Israël, cette division du visible inclut non seulement la terre mais aussi le peuple et les ressources naturelles.
Le troisième axiome israélien est que rien de ce qui s’est produit avant 1967, incluant la Nakba et le nettoyage ethnique, ne sera jamais négociable. Les implications ici sont très claires: cela retire complètement de l’équation du processus de paix le problème des réfugiés et met directement sur la touche et sans appel le droit des Palestiniens au retour à la terre. »

Et pendant ce temps là… Le nettoyage ethnique continue en Palestine occupée

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 26 avril 2017 by Résistance 71

« Les Israéliens refusent catégoriquement de reconnaître la ‘Nakba’ ni d’être tenus pour responsables, moralement et légalement, pour le nettoyage ethnique qu’ils ont commis en Palestine en 1948. »
~ Illan Pappe ~

« Le peuple natif de Palestine, à l’instar de tous les peuples natifs d’autres pays du monde arabe, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe, refusèrent de partager la terre avec des membres d’une communauté coloniale. »
~ Walid Khalidi ~

« L’occupation sioniste de la Pelestine est devenue undroit affirmee international, tandis que la revendication palestinienne d’être réinstaurés sur leur terre de droit a été perçue comme une agression inacceptable. Le Conseil de Sécurité de l’ONU n’a agi qu’en soutien de cette vision déformée, falsifiée de la réalité. […]
La création d’une entité sioniste sur la terre de Palestine représente une agression manifeste du peuple palestinien pacifique et remplace une population par une autre, dispersant les véritables propriétaires de la terre à travers les territoires du monde. Ceci n’est pas un conflit frontalier entre deux pays voisins. Il s’agit du déracinement d’une nation et d’un peuple et leur substitution par un autre. »
~ Naïm Qassem ~

 

Des voix concordantes pour confronter l’histoire d’Israël

 

Ramzy Baroud

 

25 avril 2017

 

url de l’article en français:

http://chroniquepalestine.com/voix-concordantes-confronter-histoire-coloniale-israel/

 

Israël a eu recours à trois principales stratégies pour contrecarrer les appels palestiniens à la justice et aux droits de l’homme, dont le droit de retour pour les réfugiés.

L’une est consacrée à la réécriture de l’histoire, une autre consiste à écarter l’attention des réalités actuelles, et une troisième vise à récupérer le récit palestinien pour en faire un récit israélien.

La réécriture de l’histoire a été mise en branle beaucoup plus tôt que certains historiens ne l’imaginent. La machine de la hasbara [propagande] israélienne a été mise en mouvement presque simultanément avec le Plan Dalet (Plan D) qui a vu la conquête militaire de la Palestine et le nettoyage ethnique de ses habitants.

Mais le discours actuel concernant la « Nakba » – ou la « Catastrophe » – qui a frappé le peuple palestinien en 1947 et 1948 a été élaboré dans les années 1950 et 60.

Dans un article intitulé « Pensée catastrophique : Ben Gurion a-t-il réussi à réécrire l’histoire? » Shay Hazkani a révélé la manière impressionnante dont le premier Premier ministre d’Israël, Ben Gurion, a travaillé en étroite collaboration avec un groupe d’érudits juifs israéliens pour développer une version d’événements pour ce qui s’est passé en 1947-1948 : la fondation d’Israël et la destruction de la Palestine.

Ben Gurion voulait propager une version de l’histoire qui soit compatible avec la position politique d’Israël. Il avait besoin de « preuves » pour appuyer cet objectif.

Les « preuves » sont finalement devenues « l’histoire », et aucun autre récit n’a été autorisé à contester le discours d’Israël sur la Nakba.

« Ben Gurion n’a probablement jamais entendu le mot ‘Nakba’, mais au début des années 1950, le premier ministre israélien a saisi l’importance du récit historique », a écrit Hazkani.

Le leader israélien a donné pour mission à des chercheurs payés par l’État de façonner une histoire alternative qui continue d’imprégner la pensée israélienne à ce jour.

S’écarter des réalités historiques – ou de la réalité actuelle de l’horrible occupation de la Palestine – est une volonté qui remonte à près de 70 ans.

Des premiers mythes de la Palestine d’une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » selon la revendication d’aujourd’hui, à celui d’Israël icône de la civilisation, de la technologie et de la démocratie entourée de sauvages arabes et musulmans… les mensonges israéliens sont implacables.

Par conséquent, alors que les Palestiniens se préparent à commémorer la guerre du 5 juin 1967 qui a conduit à une occupation militaire qui date maintenant de 50 ans, Israël prévoit une grande fête, une « célébration » majeure de son occupation militaire des terres des Palestiniens.

L’absurdité échappe à tous les Israéliens, bien sûr.

« Un Etat qui célèbre 50 ans d’occupation est un Etat dont le sens de l’orientation a été perdu, comme sa capacité à distinguer le bien du mal », a écrit le commentateur israélien Gideon Levy dans le journal Haaretz.

« Qu’est-ce que les Israéliens ont à célébrer? Cinquante ans de sang, d’abus, de vols et de sadisme? Seules les sociétés qui n’ont pas de conscience célèbrent ces anniversaires. »

Levy soutient qu’Israël a gagné la guerre de 1967 mais a « perdu presque tout le reste ».

Depuis lors, l’arrogance d’Israël, lsa haine du droit international, « le mépris permanent pour le monde, la vantardise et l’intimidation », ont tous atteint des sommets sans précédent.

L’article de Levy est intitulé: « Notre Nakba ».

Levy n’essaie pas de reprendre le récit palestinien, mais il rappelle de façon résumée que les succèss militaires d’Israël sont une affliction, d’autant plus qu’ils ne sont jamais suivis de la moindre réflexion nationale ni d’aucune tentative de corriger les injustices du passé et du présent.

Mais le processus de revendication du terme « Nakba » a été mené par des écrivains israéliens durant de nombreuses années.

Pour ces penseurs, « la Nakba juive » se réfère aux Juifs arabes qui sont arrivés dans l’Israël nouvellement indépendant, fondé en grande partie sur l’incitation des dirigeants sionistes à l’égard des Juifs du monde entier à « retourner » dans la patrie biblique.

Un éditorial dans The Jerusalem Post s’est plaint que « la propagande palestinien a persuadé l’opinion publique mondiale que le terme ‘réfugié’ est synonyme de ‘Palestinien’ ».

Ce faisant, les Israéliens qui tente de dénaturer le récit palestinien espèrent créer un équilibre dans le discours, ce qui, bien sûr, est incompatible avec la réalité.

Cette construction place le nombre de « réfugiés juifs » de la « Nakba juive » à 850 000, légèrement au-dessus du nombre de réfugiés palestiniens qui ont été expulsés par les milices sionistes lors de la fondation d’Israël.

Heureusement, des affirmations aussi mensongères sont de plus en plus contestées par des voix juives.

Quelques voix, mais significatives, parmi les intellectuels israéliens et juifs à travers le monde ont franchi le pas réexaminer le passé d’Israël.

Ils se confrontent à juste titre à une version de l’histoire qui a été acceptée en Israël et en Occident comme la vérité incontestée à l’origine de la naissance d’Israël en 1948, l’occupation militaire de ce qui restait de la Palestine en 1967 et d’autres périodes historiques.

Ces intellectuels imprègnent la façon d’aborder la question de la Palestine et d’Israël partout où ils vont. Leurs voix sont particulièrement significatives dans le défi des poncifs officiels israéliens et des mythes historiques.

Écrivant dans le Forward, Donna Nevel refuse d’accepter que la discussion sur le conflit en Palestine commence par la guerre et l’occupation de 1967.

Nevel est critique à l’égard des soi-disant sionistes progressistes qui prétendent devoir limiter le débat à la question de l’occupation, restreignant ainsi toute possibilité de résolution à la « solution à deux États ».

Non seulement une telle « solution » est défunte et pratiquement impossible, mais la discussion même évacue la Nakba, ou la Catastrophe, de 1948.

La « Nakba n’entre pas dans ces discussions parce que c’est l’héritage et la manifestation la plus claire du sionisme », écrit Nevel.

« Ceux qui ignorent la ‘Nakba’ – ce que les institutions sionistes et israéliennes ont constamment fait – refusent de reconnaître le sionisme comme illégitime dès le début de sa mise en œuvre ».

C’est précisément la raison pour laquelle la police israélienne a récemment bloqué la « Marche du retour » organisée chaque année par des Palestiniens en Israël.

Pendant des années, Israël s’est méfié du fait qu’un mouvement croissant parmi les Palestiniens, les Israéliens et d’autres à travers le monde, a poussé pour un changement de paradigme afin de comprendre les racines du conflit en Palestine.

Cette nouvelle pensée a été le résultat logique de la fin du dit « processus de paix » et de la disparition de la perspective d’une solution à deux États.

Incapable de sauvegarder ses mythes fondateurs, mais incapable également d’offrir une alternative, le gouvernement israélien utilise maintenant des mesures coercitives pour répondre au mouvement en essor : punir ceux qui veulent commémorer la Nakba, frapper d’amendes les organisations qui participent à de tels événements, et même traiter comme parias les individus et les groupes juifs qui s’écartent de sa pensée officielle.

Dans ces cas, la coercition ne donne guère de résultats.

« La marche (du retour) a rapidement augmenté en taille au cours des dernières années, au mépris des mesures de plus en plus répressives des autorités israéliennes », a écrit Jonathan Cook sur le site d’Al-Jazeera.

Il semble que 70 ans après la fondation d’Israël, le passé est de plus en plus présent.

Heureusement, les voix palestiniennes qui ont depuis toujours contesté le récit officiel israélien sont maintenant associées à un nombre croissant de voix juives.

C’est grâce à un nouveau récit commun qu’une vraie compréhension du passé peut être saisie, avec l’espoir qu’une vision pacifique de l’avenir puisse remplacer l’actuelle, faite de domination militaire, de ségrégation et de pure propagande.

Résistance au colonialisme: L’Intifada pour les nuls…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 avril 2016 by Résistance 71

L’intifada pour les nuls pourquoi l’insurrection populaire n’a t’elle pas encore pris ?

Ramzy Baroud

4 Avril 2016

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15979

Que l’histoire se déplace de manière linéaire ou cyclique n’importe peu. Le fait est qu’elle est en mouvement constant.

Ainsi, la situation actuelle en Palestine est particulièrement frustrante pour une génération qui a grandi après les accords de paix d’Oslo ; ils ont été élevés dans un fait historique étrange : leurs terres ne cessent de diminuer tandis que le temps continue de s’égrener.

La nature du soulèvement actuel en Cisjordanie et à Jérusalem Est témoigne de cette revendication. Les soulèvements précédents ont été massifs dans leur mobilisation, clairs dans leur message et décisifs dans leur effet. Leurs succès ou échecs ne sont pas ici en question, mais le fait est qu’ils ont été voulus par le peuple et, partout, en quelques jours, ils se sont imposés sur la conscience collective des Palestiniens.

Le soulèvement actuel est différent ; si différent, en fait, que beaucoup hésitent encore à l’appeler « intifada » ; comme si les Intifadas étaient le résultat d’une science exacte, une formule claire entremêlant participation populaire et sang versé.

Là où la situation, aujourd’hui, diffère, c’est qu’il n’y a ni idées claires, ni plate-forme politique, ni revendications ou stratégies à court et à long terme. Voilà au moins la grande différence avec les intifadas de 1987-1993 et, dans une moindre mesure, de 2000 à 2005. Mais il est possible que les résultats de ces précédentes Intifadas aient entrainé ces différences.

La Première Intifada s’est métamorphosée en un processus de paix sans valeur, qui a finalement abouti à la signature des accords d’Oslo en 1993. Un an plus tard, la direction palestinienne de l’OLP s’est transformée sous la forme émasculée de l’Autorité palestinienne (AP). Depuis lors, cette dernière a servi en grande partie l’occupation israélienne.

La Deuxième Intifada a eu moins de succès que la première. Elle s’est rapidement transformée en une rébellion armée, marginalisant ainsi la composante populaire de la révolte qui est nécessaire pour cimenter l’identité collective des Palestiniens, les forçant alors à surmonter leur division et à s’unifier derrière un seul drapeau.

Cette Intifada a été écrasée par une armée israélienne brutale ; des centaines de personnes ont été assassinées et des milliers d’autres ont été tués dans des manifestations et des affrontements avec les soldats israéliens. Ce fut un tournant dans la relation entre le gouvernement israélien et la direction palestinienne à Ramallah, et entre les factions palestiniennes elles-mêmes.

Le chef de l’OLP, Yasser Arafat, fut pris en otage par l’armée israélienne dans son quartier général de Ramallah. Les soldats se moquaient de lui dans son bureau, tout en bloquant ses déplacements pendant des années. Enfin, il a été lentement empoisonné et mourut en 2004.

Israël s’est ensuite lancé dans l’effort laborieux de réorganiser la direction de l’AP, débusquant les non-conformistes – les assassinant ou les emprisonnant- et en laissant en fonction les soi-disant modérés, mais dans des conditions très strictes.

Mahmoud Abbas a été élu président de l’AP en 2005. Ses plus grandes réalisations comprennent la répression des organisations de la société civile, en assurant une totale loyauté envers lui-même et sa branche au sein de la faction du Fatah. Sous Abbas, il n’y a pas de modèle révolutionnaire pour un changement, pas de « projet national » ; en fait, pour commencer, pas même de définition claire de la Nation.

La nation palestinienne est devenue ce qu’Abbas voulait qu’elle soit. Elle se compose, en grande partie, des Palestiniens de Cisjordanie, vivant principalement dans la zone A, fidèles au Fatah et avides de l’aide internationale. Plus la nation Abbas a accepté de jouer le jeu, plus d’argent elle a été autorisée à engranger.

En 2006, cette fragmentation est devenue totale. Beaucoup se souviendront de cette période de discorde lorsque le Hamas a obtenu la majorité des sièges au sein du Conseil Législatif Palestinien (PLC) ; mais le conflit qui a suivi, donnant lieu à l’été violent de 2007, n’avait peu à voir avec la démocratie.

Le paradigme – des « pourparlers de paix » interminable, l’argent des généreux donateurs, la croissance des colonies juives illégales, etc. – convient très bien à Abbas et aux Israéliens. Personne, en particulier le Hamas, ne devait être autorisé à imposer un tel changement de paradigme.

Israël a immédiatement assiégé Gaza, lancé plusieurs guerres successives, et a commis de nombreux crimes de guerre avec peu de critiques émanant de Ramallah. La Bolivie et le Venezuela semblaient être rendus plus furieux par les crimes de guerre d’Israël à Gaza que la clique de Mahmoud Abbas en Cisjordanie.

Jusqu’à octobre de l’année dernière, lorsque le soulèvement actuel a lentement commencé, la situation sur le terrain semblait au point mort. En Cisjordanie, l’occupation continuait de se normaliser conformément à la formule : occupation et colonies illégales en échange d’argent et de silence.

Gaza, de l’autre côté, tient face à la barbarie régulièrement infligée par Israël, tel un rappel à ceux de Cisjordanie pour leur montrer que le prix de la révolte est blocus, faim, destruction et mort.

C’est dans ce contexte de misère, d’humiliation, de peur, d’oppression et de corruption que les Palestiniens se lèvent. Ils sont pour la plupart nés après Oslo et sont devenus politiquement conscients après l’affrontement entre le Fatah et le Hamas. Ils ont grandi dans un monde où ils ont vu s’affronter leur propre leaders au sujet de l’occupation, d’une part, et des affrontements avec d’autres Palestiniens de l’autre.

Ces jeunes, cependant, n’ont jamais perçu l’occupation comme étant normale ; ils ne sont jamais arrivés à la conclusion que la terre sous leurs pieds devait sans cesse rétrécir au profit de villes juives illégales.

Ils ont dû apprendre à se frayer un chemin à travers les points de contrôle, mais n’ont jamais consenti à la supériorité de leur occupant. Ils sont, certes, désunis, mais ils rejettent l’adhésion à un parti ainsi que le fractionnement de la Palestine. Ils ne comprennent pas pourquoi Gaza est désavoué et massacré.

C’est la génération la plus instruite, la plus politiquement avertie et, grâce au bond technologique, la plus connectée et informée du monde qui l’entoure. Les ambitions de ces jeunes sont énormes, mais leurs chances sont si limitées ; leur terre a été réduite à la taille d’une file d’attente devant un point de contrôle militaire israélien, où ils sont parqués sur leur chemin de l’école, du travail ou de chez eux.

Et, tandis que les Israéliens tirent sur ceux qui osent protester, Abbas incarcère ceux tentent de le faire.

C’est une génération qui ne peut tout simplement pas respirer.

L’actuelle Intifada est l’expression de cette dichotomie, d’une génération qui est si désireuse de se libérer, de se définir, de libérer sa terre, mais qui est combattue par une vieille garde tenant sans relâche à ses quelques avantages et aux dollars qu’ils reçoivent chaque mois.

L’histoire doit rester constamment en mouvement, et les six derniers mois ont été la tentative de toute une génération de mettre l’histoire en marche, malgré des centaines d’obstacles et des milliers de points de contrôle.

Cela pourrait être encore l’Intifada la plus difficile ; car jamais auparavant les Palestiniens ne se sont retrouvés sans leaders, et pourtant si prêts à se libérer. Le résultat de cette tension ne définira pas seulement cette génération, comme l’intifada de 1987 a défini la mienne, mais elle définira l’avenir de la Palestine tout entière.

* Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest.fr. Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net

Résistance au colonialisme: La Palestine va envoyer le dossier de la colonisation israélienne à la CPI…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 4 avril 2015 by Résistance 71

La colonisation israélienne, le premier dossier à envoyer à la CPI

 

IRIB

 

4 avril 2015

 

url de l’article original:

http://french.irib.ir/analyses/commentaires/item/364618-la-colonisation-israélienne,-premier-dossier-à-envoyer-à-la-cpi

 

La Palestine a, formellement, rejoint la Cour pénale internationale, le premier avril 2015, et les dirigeants palestiniens ont fait connaître leur décision de porter plainte, auprès de cette instance, contre la colonisation israélienne, dans les territoires occupés en 1967.

Ihab Bseiso, Porte-parole du gouvernement d’Union nationale de la Palestine, dit à ce propos : «La colonisation israélienne sera, dans un premier temps, le seul dossier à soumettre, par la Palestine, auprès de la Cour pénale internationale, (CPI), et les dirigeants israéliens devront s’attendre à l’examen de dizaines de dossiers les concernant, par cette instance internationale». L’adhésion officielle de la Palestine, à la CPI, a pour objectif d’aider le peuple palestinien à faire valoir ses droits foulés aux pieds. Il n’y a point de doute que la construction, par le régime sioniste, de colonies, dans les territoires palestiniens, notamment à Qods et en Cisjordanie, permet à ce régime, depuis 1967, de poursuivre son occupation, caractérisée par l’expansionnisme, le pillage et la violation des traités et des Conventions internationaux. En réalité, les Palestiniens, par leur adhésion à la CPI, voulaient mettre fin, une fois pour toutes, au fait que les Sionistes se dérobent, toujours, aux conséquences de leurs crimes. Ils voulaient, également, mettre un terme à l’impunité, dont les Sionistes profitent depuis les  67 ans de l’occupation de la Palestine, les autorisant à commettre des crimes contre les Palestiniens. Le régime sioniste construit, depuis des décennies, des colonies, à Qods occupée, et en Cisjordanie, où se trouvent, actuellement, une centaine de colonies. Cette vaste colonisation a, également, fait un grand nombre de déplacés, parmi les Palestiniens. La colonisation a, aussi, perturbé la structure démographique des territoires palestiniens, car les Sionistes émigrés se sont rués sur les territoires palestiniens, les dirigeants israéliens faisant tout, pour que le nombre des Sionistes habitant dans ces régions soit supérieur à celui des Palestiniens. Sur le plan politique, l’Organisation des Nations unies et l’accord de Genève interdisent au régime sioniste de procéder à des constructions et de modifier la structure géographique des territoires occupés, et l’Union européenne réclame, aussi, à travers les sanctions économiques, la fin de la colonisation, dans les territoires palestiniens. Or, les responsables du régime sioniste restent campés sur leur position et ne cessent de construire des colonies, avec pour objectif de ruiner tout espoir de la formation d’un Etat indépendant palestinien. C’est la raison pour laquelle les dirigeants palestiniens ont décidé de soumettre le dossier de la colonisation israélienne, à la CPI, en tant que premier dossier à examiner, même si ce n’est pas le seul dossier du régime sioniste, qui a commis d’innombrables crimes, à l’encontre des Palestiniens.

Résistance politique au néocolonialisme économique en Palestine occupée…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, média et propagande, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, police politique et totalitarisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 avril 2014 by Résistance 71

Oslo a remplacé la libération par un néocolonialisme économique

 

Khalil Nakhleh

 

19 Avril 2014

 

url de l’article:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article14496

 

Comment les Accords d’Oslo ont systématiquement sapé la lutte palestinienne pour la libération et l’autodétermination, en la remplaçant par une forme dangereuse de néocolonialisme économique. OLP et AP en ont été les premiers bénéficiaires, facilitant la création de « nouvelles classes prédatrices ».

Il ne s’agit pas ici d’évaluer l’impact des Accords d’Oslo, qui ont commencé à être signés en 1993. Le « processus » n’a jamais été du genre à se prêter à une analyse du type bilan comptable, montrant les côtés positifs et négatifs de ce qui en transpirait. Les Accords ont été destructeurs dès le début. Comme le formulait brillamment feu Edward Said : « Les vulgarités du défilé de mode de la cérémonie à la Maison-Blanche, […] : tout cela n’a obnubilé que temporairement les proportions vraiment incroyables de la capitulation palestinienne. Alors, avant tout, appelons cet accord de son vrai nom : un outil de la capitulation palestinienne, un Versailles palestinien ».

Ce qu’il faut analyser, c’est plutôt ceci : comment les Accords d’Oslo ont systématiquement sapé la lutte palestinienne pour la libération et l’autodétermination, en la remplaçant par une forme dangereuse de néocolonialisme économique. La direction de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP)/Autorité Palestinienne (AP) en a été un partenaire bien disposé et par ailleurs bénéficiaire, facilitant la création de « nouvelles classes prédatrices ».

La néocolonisation de la Palestine

La Palestine toute entière a bien sûr été soumise à une forme unique de colonialisme, à savoir le colonialisme de colons qui s’y installaient, et ce depuis le début du XIXème siècle. Derrière le paravent du Mandat Britannique, les colons sionistes et plus tard l’Etat d’Israël ont dépouillé et déraciné la population indigène et volé leurs terres et leurs ressources naturelles.

Ce processus toujours en cours s’est intensifié avec l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967 et plus particulièrement depuis le début du « processus de paix » il y a 20 ans. Toutefois, celui-ci était marqué par une forme nouvelle de colonisation et de néolibéralisme que je qualifierai de néocolonialisme économique.

Les résultats de la recolonisation du Sud, qui a démarré en Amérique du Sud et s’est poursuivie en Afrique et au Moyen-Orient, mérite qu’on y réfléchisse un moment, puisqu’elle a été mise en œuvre et continue d’être appliquée en Palestine (terme que j’utilise pour sa concision). Le processus néolibéral de recolonisation du Sud a remplacé les armées occupantes, les armes de destruction et les missiles par des systèmes et des agents invasifs qui :

* ont imposé la dérégulation des secteurs publics 
* ont privatisé des services indispensables, comme l’éducation, les soins de santé et la sécurité sociale 
* ont endetté les gens au moyen de plans de crédit facilement accessibles avec la complicité d’institutions financières créées localement et de monopoles inventés localement, chargeant donc les citoyens de dettes et d’engagements financiers lourds qu’ils n’ont pas pu payer 
* ont généré des niveaux de chômage élevés tout en réduisant les opportunités d’emploi.

La conséquence a été la paupérisation de générations entières et la soumission politique et économique de la majorité de la population aux nouvelles élites qui contrôlent les ressources politiques et économiques. En même temps, ce processus a suscité un mirage généralisé – à savoir que ces changements amèneraient la libération du peuple et assureraient leur bien-être économique. La Palestine n’est pas différente ; elle n’a pas échappé à ce que Chris Hedges nommait avec pertinence une « capacité collective de s’auto-illusionner ».

La Palestine néocoloniale, qui a reçu quelque 23 milliards de dollars depuis 1994, porte actuellement le poids d’une dette extérieure et intérieure d’au moins 4,3 milliards de dollars. Elle est souvent incapable de payer les salaires de ses 17.000 fonctionnaires à la fin du mois. Le taux de chômage sans cesse croissant, par exemple, dépasse les 45 % parmi les diplômés universitaires et les personne de moins de 30 ans. Son économie est totalement dépendante de celle de son occupant et de « l’aide » étrangère. Du point de vue de son développement, la société palestinienne est au bord de l’explosion.

Absence de souveraineté et nouvelles classes prédatrices

De plus, le processus d’Oslo a ancré la non-souveraineté de la Palestine. Le concept de souveraineté [le pouvoir de décider démocratiquement] est utilisé ici dans un sens holistique, c’est-à-dire qu’il ne renvoie pas seulement à la souveraineté politique mais englobe également l’économie, l’alimentation, l’éducation, la santé l’eau et d’autres ressources cruciales pour un développement humain durable. Ayant été sujette à de nombreuses formes d’occupation, la Palestine n’a jamais fait l’expérience d’une souveraineté véritable. Néanmoins elle expérimente aujourd’hui – dans cette illusion d’autonomie inoculée par le processus d’Oslo – une absence de souveraineté sans précédent dans toutes les sphères citées ci-dessus.

Considérons simplement les quelques faits suivants. Les Territoires Palestiniens Occupés (TPO) sont sous le contrôle absolu de l’occupation militaire israélienne en collaboration avec les forces de sécurité bien entraînées et grassement subventionnées de l’AP.

Par ailleurs, le peuple palestinien a été fragmenté en cinq compartiments : la Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est, les citoyens palestiniens d’Israël et les Palestiniens de la diaspora (al-shatat). Chacun de ces segments expérimente – ou plutôt endure – un statut d’administration et de gouvernance différent : occupation, statut de réfugié, citoyenneté minoritaire, et exil. Ils sont fragmentés encore plus profondément au micro-niveau, par exemple dans la classification en Zones A, B et C, chacune ayant son propre statut juridique. La capacité des Palestiniens de se déplacer librement entre ces groupes et au-dedans dépend entièrement de l’approbation des forces d’occupation israéliennes.

Et puis, bien sûr, il y a la subordination formelle et absolue de l’économie palestinienne à Israël, pour qui elle sert de marché captif. Comme l’exprime sobrement Sam Bahour (*), « Les ressources économiques stratégiques qui constituent un état sont la terre, l’eau, les routes, les frontières, le spectre électromagnétique, l’espace aérien, la mobilité, l’accès, l’électricité, des relations commerciales libres et, la plus importante, la ressource humaine […] sont à 100 % micro-managées par l’occupation militaire israélienne ».

Au-delà de l’instauration d’une non-souveraineté, le processus d’Oslo a incubé de nouvelles « classes prédatrices » qui se sont gavées sur les groupes vulnérables, ont accédé aux privilèges politiques et aux fonds des donateurs, et ont donné un vernis de légitimité à la normalisation avec les structures de l’occupation israélienne, tout en servant de subordonnés pour l’occupation – voir.

Ce qui dans le passé se faisait avec répugnance et subrepticement, en raison du risque d’être exclu et abandonné par la société en général, voire parfois au risque de sa vie, se fait, depuis Oslo, ouvertement, sans vergogne, voire avec une fierté orgueilleuse, par exemple en obtenant des accords prétendument innovateurs pour le développement de la Palestine.

Ces classes prédatrices incluent ceux qui suivent :

(la liste n’est pas du tout exhaustive)
* des courtiers politiques qui normalisent les contacts entre l’AP et l’administration israélienne de l’occupation 
* des courtiers fonciers qui réalisent des affaires immobilières en vendant des terres indigènes à des gens fortunés, palestiniens, arabes, ou juifs vivant hors de Palestine 
* des courtiers financiers qui agissent en tant qu’intermédiaires entre agences d’aide transnationales, agences gouvernementales étrangères, compagnies commerciales, d’une part, et ONG et firmes locales, d’autre part. 
* des courtiers du capital, qui mettent en relation des Palestiniens des TPO avec des capitalistes palestiniens, arabes, juifs israéliens, juifs occidentaux et d’autres capitalistes occidentaux qui recherchent des investissements lucratifs en Palestine
* des courtiers en sécurité, qui mettent en relation des entreprises de sécurité israéliennes et occidentales avec des firmes et des compagnies locales ayant des besoins de sécurité émergents.

Libérons-nous de cette fâcheuse situation

Dans son ensemble, le développement économique de la Palestine depuis les Accords de Camp David, et en particulier depuis les Accords d’Oslo de 1993, a été fragmenté et non cumulatif. Il a été mis en œuvre au premier chef par l’occupation israélienne – la colonisation des terres et le siphonnage des ressources – mais également par une coalition entre des élites capitalistes et politiques palestiniennes, des ONG œuvrant pour le développement, et des agences d’aide transnationales.

Cette coalition dépendait du flux d’argent transnational et de la collaboration avec les corporations juives-israéliennes en Israël, dans la région, et dans le monde. Beaucoup – notamment l’actuel Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou – espéraient que cela entraînerait un état permanent de « paix économique » (**).

L’aide avancée à la Palestine dans le contexte des Accords d’Oslo sous une occupation et une colonisation qui se prolongeaient, est une aide politique par excellence. Elle est avancée dans le but précis de persuader le peuple palestinien de consentir et de se soumettre à un agenda économique et politique imposé, lequel est déterminé, formaté et dicté par la stratégie mondialiste néolibérale de l’occupant palestinien.

Une telle aide se concentre sur la non production et sur une consommation éhontée étalant impudemment des signes de richesse, en s’appuyant sur un crédit facile proposé par les institutions financières, autrement dit, en endettant et en rendant captives de la dette politique et économique toute la société actuelle ainsi que les générations futures. C’est cette aide même qui enjoint aux Palestiniens de consommer ce qu’ils ne produisent pas – et de ne manger que ce que leur occupant autorise, et au moment où il l’autorise.

Il existe une alternative : une approche différente du développement que j’appelle le développement de libération centré sur le peuple. Il nécessite un ré-agencement de nos structures mentales et de nos institutions sociales, économiques et éducatives, pour mener par processus cumulatif à l’autodétermination et à la libération socio-politique et économique.

Un tel processus de restructuration ciblerait la société toute entière afin de renforcer et de mettre en valeur ses ressources indigènes ; il vise en premier lieu à résister et à abolir l’occupation étrangère, la recolonisation politique et économique ainsi que les classes prédatrices. Voir

Le défi de l’émancipation

Le défi est maintenant le suivant : comment recomposer cet environnement imposé artificiellement et le rendre démocratique et promoteur de liberté ? Premièrement, les Palestiniens doivent éviter ceux qui insistent fébrilement sur des solutions immédiates dans le contexte existant, statu quo qu’ils acceptent, qu’ils soutiennent et dont ils tirent profit. Notre approche doit plutôt être stratégique et sur le long terme.

Le processus doit commencer avec une auto-libération du genre de celle que défendait Frantz Fanon dans son essai « Les damnés de la terre » (basée sur une conscience créée et cultivée par l’indigène lui-même, et enracinée dans l’histoire, les points forts et les systèmes de valeur du peuple. voir en ligne : ceci ou cela

Un pas décisif vers cet objectif est de réviser le cursus éducatif, afin de redéfinir ce que signifie « être un Palestinien » dans le contexte de l’occupation prolongée, et de réintégrer cette compréhension de la palestinianité avec celle du reste du peuple palestinien. Une démarche similaire est de ré-instiller des valeurs culturelles positives dans notre société, en particulier le volontarisme.

En parallèle, il faudrait concentrer les efforts sur le rétablissement de la souveraineté populaire en réclamant les moyens agricoles de production – nos terres et nos ressources naturelles, en particulier l’eau. Des coopératives agricoles devraient damer le chemin en avant vers un futur prévisible. Imiter le capitalisme et ses marchés prétendument ouverts n’est pas le chemin à suivre pour consolider notre tissu sociétal sous oppression et sous occupation. Nous devons travailler sur la production plutôt que sur une consommation tape-à-l’oeil et promouvoir l’objectif de consommer ce que nous produisons.

Ce genre d’approches stratégiques pourrait en fin de compte mener à l’émancipation et à la libération collectives. Cela prendrait du temps mais le peuple palestinien peut s’inspirer de l’expérience de ses nombreux combats au cours du siècle dernier. Il n’y a vraiment pas d’autre voie : libération, indépendance, autosuffisance et souveraineté ne peuvent être atteintes dans le cadre créé par le processus d’Oslo.

(*) http://www.europalestine.com/spip.php?article6907 
(**) Cf Trenton, N.J. and London : The Red Sea Press, 2011, disponible à. Mon livre est fondé sur 30 années d’expérience dans diverses institutions où j’espère avoir contribué au développement de mon pays, la Palestine – la Palestine historique.

*Khalil Nakhleh est un anthropologue et chercheur palestinien, consultant indépendant pour le développement et l’éducation, auteur de nombreux articles et de plusieurs livres sur la société palestinienne e.a. Le mythe du développement palestinien, L’émancipation des générations futures, L’avenir de la minorité palestinienne en Israël, Globalized Palestine : The National Sell-out of a Homeland. Le Dr Nakhleh réside à Ramallah et peut être joint à : abusama@palnet.com.

 

 

 

 

Colonialisme en Palestine occupée: Lutte de libération au même titres que les nations autochtones des Amériques…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 5 décembre 2013 by Résistance 71

La similitude entre le colonialisme européens des Amériques et le colonialisme juif de la Palestine est de plus en plus frappante ; il puise ses racines dans un racisme et une idéologie suprémaciste profonds.

Le colonialisme et son idéologie sous-jacente est le fléau dont l’humanité doit se débarrasser… De la « doctrine de la découverte » chrétienne au fondement religieux,  au « devoir d’ingérence humanitaire » en passant par le « devoir de civilisation », la colonisation se perpétue tout en muant au fil du temps.

— Résistance 71 —

 

Entretien avec le docteur Haidar Eid : ‘La lutte palestinienne n’est pas une lutte d’indépendance, mais de libération »

 

Par Haidar Eid

 

4 Décembre 2013

 

url de l’article en français:

http://www.ism-france.org/analyses/Entretien-avec-le-docteur-Haidar-Eid-La-lutte-palestinienne-n-est-pas-une-lutte-d-independance-mais-de-liberation–article-18592

 

Le dr. Haidar Eid est professeur agrégé en Littérature anglaise à l’Université Al-Aqsa, à Gaza (Palestine ococupée). Il milite pour la société d’un seul Etat et est membre de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI). Il est interviewé par David Letwin, membre du mouvement des Juifs pour le droit au retour palestinien.

David Letwin : Beaucoup de militants solidaires de la Palestine dans ce pays concentrent leurs efforts sur l’opposition à l’occupation de 1967 et plus récemment au siège de Gaza par Israël. Mais vous et d’autres Palestiniens argumentez que le droit au retour des réfugiés palestiniens est au coeur de la lutte pour la justice. Pourquoi ?

 

Haidar Eid : La dépossession et l’oppression des Palestiniens n’ont pas commencé en 1967. Elles remontent à 1948, lorsque plus de 750.000 Palestiniens ont été ethniquement nettoyés des villages et villes de Palestine, et déportés vers des pays voisins : Jordanie, Liban, Syrie, Gaza et Cisjordanie, pour faire place à un « Etat juif » d’apartheid.

Puis, en 1967, Israël a occupé la Bande de Gaza, la Cisjordanie et l’est de Jérusalem, ce qui représente les 22 pour cent restants de la Palestine historique.
En conséquence de ce nettoyage ethnique systématique et permanent, les deux-tiers de la population palestinienne sont des réfugiés dont le droit au retour dans leur patrie d’origine est entériné par la résolution 194 des Nations Unies. C’est la racine de la question palestinienne.
Les soutiens qui ne font remonter la cause qu’à 1967 ignorent la source du problème, et renvoient à la gauche sioniste en Israël, qui veut une séparation entre les Palestiniens et les juifs israéliens.

Ce droit au retour central peut-il se réaliser s’il y a un Etat juif quelque part en Palestine historique ?

Non, c’est impossible. Le sionisme, par nature, est une idéologie d’exclusion qui n’accepte pas « l’autre ». Et « l’autre », dans l’idéologie sioniste, c’est le Palestinien – l’arabe sur la terre historique de Palestine. Aussi un Etat juif implique le déni des droits des non-juifs. Je viens d’une famille de réfugiés, mais parce que je ne suis pas né d’une mère juive, je n’ai pas droit à la citoyenneté dans l’Etat d’Israël ; je n’ai pas droit à mon droit au retour.

Comment cela s’inscrit-il dans votre analyse des deux-États par rapport à la solution d’un seul Etat ?

La solution de deux Etats est une solution raciste qui appelle à un « Etat juif pur » et à un « Etat palestinien pur », les deux basés sur des identités ethno-religieuses. Elle ne prend pas en compte les droits des deux-tiers du peuple palestinien. Pas plus qu’elle ne prend en considération les droits nationaux et culturels de 1,2 million de citoyens palestiniens d’Israël, qui vivent comme des citoyens de deuxième -sinon de troisième- zone de l’Etat. C’est extrêmement important.
En outre, la lutte palestinienne n’est pas une lutte d’indépendance, c’est une lutte de libération. La libération est très différente de l’indépendance, parce que notre droit à l’auto-détermination doit conduire au droit au retour et à une pleine égalité de tous les habitants de l’Etat de Palestine.
La solution de deux-Etats est un dogme raciste qui ne peut pas garantir tous les droits exigés par l’appel BDS de 2005, autour duquel nous avons un consensus palestinien : retrait des troupes israéliennes de toutes les terres arabes occupées en 1967 ; mise en oeuvre de la résolution 194 des Nations-Unies, qui reconnaît le droit au retour de tous les réfugiés palestiniens et leurs descendants ; et la fin de la politique israélienne d’apartheid contre les citoyens palestiniens de l’Etat d’Israël. Je suis désolé que des activistes de la solidarité soient tombés dans le piège du soutien à cette soi-disant solution. Des supporters des Etats-Unis d’Amérique accepteraient-ils un Etat qui discrimine officiellement les Afro-Américains ? Les supporters sud-africains ont-ils accepté la « solution bantoustan » ? Non, bien sûr. Alors pourquoi l’accepter pour les Palestiniens ?

Et la solution d’un-Etat ?

Le solution d’un-Etat est la seule qui permette d’obtenir les droits palestiniens revendiqués par le mouvement BDS. De plus, c’est un compromis très généreux de la part des colonisés opprimés aux colonialistes, qui leur offrent la citoyenneté dans un Etat avec une pleine égalité, exactement comme ce qui s’est passé en Afrique du Sud, où la population indigène a offert aux colons blancs le même compromis généreux.
Nous sommes au 21ème siècle, après tout ! Nous offrons une solution humaine, inclusive, qui n’est pas fondée sur l’identité ethno-religieuse : un Etat laÎque pour TOUS les citoyens, sans distinction de religion, origine ethnique, sexe, etc.
Si vous êtes réellement un supporter de la Palestine, vous êtes censé soutenir notre droit à l’auto-détermination, ce qui conduit finalement à un Etat démocratique laïque sur toute la Palestine historique. Sinon, vous soutenez une solution raciste ! Je ne pense pas qu’un soutien véritable à la Palestine exclut le droit au retour. Si c’est le cas, alors où sont supposés revenir les réfugiés palestiniens ? Dans un Etat d’apartheid qui se définit lui-même en terme ethno-religieux ? Un Etat qui n’est pas leur Etat puisque c’est l’Etat des juifs seulement ?!

Dans un entretien de 2009, le dirigeant BDS Omar Barghouti a dit, « Je suis complètement contre le bi-nationalisme. Un Etat laïque, démocratique, oui, mais pas bi-national. Il y a une grande différence. » Etes-vous d’accord ? Et quelle est la différence, à votre avis ?

Oui, je suis entièrement d’accord. Un Etat bi-national, par définition, est un Etat composé de deux nations. Ces deux nations ont droit à la terre d’un point de vue historique. Mais les juifs ne constituent pas une nation. Les juifs israéliens constituent une communauté coloniale de peuplement, comme les blancs d’Afrique du Sud ou les Français en Algérie. Les colons n’ont pas droit à l’auto-détermination. Par contre, les musulmans, les chrétiens et les juifs qui constituent le peuple indigène de Palestine ont tous droit à l’auto-détermination et ils constituent une nation.
En fait, le bi-nationalisme est une solution sioniste puisqu’il considère TOUS les juifs comme une nation qui a droit à la terre.

Que dites-vous aux gens qui disent, « Ok, je suis d’accord avec vous. Mais soyons honnêtes. Deux-Etats est la seule solution réaliste, et si vous voulez vraiment aider les Palestiniens, vous devriez vous concentrer sur la fin du problème immédiat de l’occupation et soutenir la solution de deux-Etats » ?

Je dirais que la solution d’un-Etat est plus pratique/réaliste que la solution de deux-Etats. L’Afrique du Sud a prouvé que la démocratie civique pour tous les habitants d’Afrique du Sud était la voie à suivre ; la terre d’Afrique du Sud, selon la Charte de la Liberté, appartient à TOUS ceux qui y vivent. C’est une leçon que nous devons apprendre de l’histoire.
Israël a tué la solution de deux-Etats en créant de nouveaux faits accomplis : en annexant Jérusalem, en voulant un « Grand Jérusalem« , en augmentant le nombre de colons et en étendant les colonies illégales (toutes les colonies sont illégales). En 1993, lorsque les Accords d’Oslo ont été signés, l’illusion de paix a prévalu malheureusement. Les gens ont cru qu’il était possible d’avoir deux Etats : un Etat palestinien sur 22 pour cent de la Palestine historique.
Cette année-là, en 1993, le nombre de colons juifs dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie , l’est de Jérusalem compris, était de 193.000. 20 ans après, le nombre de colons en Cisjordanie est de 600.000. Les colonies israéliennes -ou plutôt les colonies exclusivement juives puisque les Palestiniens ne sont pas autorisés à y habiter- sont devenues des villes et des cités. Ce qui signifie qu’Israël n’est pas du tout en train d’envisager de quitter la Cisjordanie . Et pendant ces 20 ans, Israël a érigé un mur d’apartheid monstrueux qui sépare les Palestiniens des Israéliens, et les Palestiniens des Palestiniens.
Israël a également transformé la Bande de Gaza en un camp de concentration (ces deux mots peuvent déranger certains qui prétendent avoir le monopole du statut de victime), une prison à ciel ouvert. Il n’y a aucune communication entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie . La question toute entière est pour moi personnelle ; elle est personnelle pour tous les Palestiniens. Par exemple, ma soeur vit à Bethléem, à une heure de route de Gaza. Mais cela fait 15 ans que je n’ai pas pu la voir. Quand nos deux parents sont morts en 2005, elle n’a pas pu venir à leurs funérailles. Cette expérience personnelle vous en dit long sur l’impossibilité d’avoir deux Etats.

Donc, juste pour clarifier, ce n’est pas parce que la solution de deux Etats a « échoué » que vous soutenez la solution à un Etat ; vous la soutenez parce qu’elle est la seule solution juste, c’est exact ?

Absolument. Même si vous mettez en oeuvre la solution de deux Etats -qui est une impossibilité- elle ne satisfait pas le droit à l’autodétermination, qui est le droit au retour, à l’égalité et à la liberté. La solution de deux Etats ne remplit pas cela.

Lors du Forum de Gauche de 2013, à New-York, Steven Shalom a argumenté que même injuste, la « solution de deux Etats » ouvre néanmoins la voie à un Etat démocratique et qu’elle doit être soutenue sur cette base. Etes-vous d’accord ?

Non, pas du tout ! Pense-t-il aussi que le mouvement anti-apartheid aurait dû accepter la solution bantoustan fondée sur la même logique ? J’ai déjà précisé dans mes réponses précédentes et mes articles pourquoi c’est une erreur. Une solution raciste ne peut pas mener à une solution juste.
L’archevêque Desmund Tutu a dit que “[ils] voulaient la totalité des droits.” Pourquoi attend-on que nous nous contentions de moins que cela ? Je n’arrive pas à comprendre.

Est-il présomptueux pour les juifs et les autres non-Palestiniens d’adhérer à l’appel pour un Etat démocratique ?



Je crois fermement que tous les soutiens solidaires doivent répondre à l’appel des Palestiniens opprimés pour un-Etat. Leur soutien doit être basé sur les principes des droits de l’homme et de la démocratie, comme exprimés dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. La solution de deux-Etats souscrit-elle à cette déclaration ? Non. Alors la logique et les principes exigent qu’ils soutiennent l’appel à la solution qui le fait, la solution qui appelle à une démocratie civique et à l’égalité dans toute la Palestine historique.
Après tout, les activistes n’ont pas considéré comme présomptueux de soutenir un Etat unique démocratique en Afrique du Sud, si ? Et lorsque le « président » du Transkei a demandé à la communauté internationale de soutenir et de reconnaître sa « patrie indépendante » -sa version de la « solution de Deux-Etats », les militants anti-apartheid internationaux ne l’ont pas suivi !
Et, de fait, la plupart des militants anti-apartheid sud-africains qui ont visité la Palestine soutiennent maintenant la solution d’Un-Etat. Certains de mes amis et camarades sud-africains le disent très clairement : « La solution d’Un-Etat est la seule solution, parce que nous ne pouvons pas soutenir une solution raciste. » C’est la raison pour laquelle la ligne officielle sud-africaine de soutien à la solution de deux-Etats n’est pas très populaire parmi les soutiens sud-africains solidaires avec la Palestine -sans même parler des membres du gouvernement ! Ils s’y connaissent en matière de racisme ! La solution de cinq-Etats en Afrique du Sud était née de l’imagination des architectes de l’apartheid : l’Afrique du Sud blanche sur 88 pour cent des terres, et 4 « patries indépendantes »/bantoustans pour les indigènes ! En fait, le projet originel était d’avoir 11 bantoustans, s’ils n’avaient pas assez avec 4 !
Le mouvement de solidarité a apporté son soutien à l’appel pour une démocratie civique et un Etat laïque démocratrique en Afrique du Sud, parce que c’était la seule solution. Il ne pouvait y avoir aucun compromis, aucune négociation avec l’apartheid. La même chose doit s’appliquer au mouvement de solidarité avec la Palestine. Pourquoi est-ce si difficile à comprendre ?!



Dans un entretien récent, Noam Chomsky a dit que la solution d’un-Etat était une « illusion » parce qu’elle n’avait « aucun soutien international ». Que lui répondez-vous ?



A-t-il également ajouté que la solution de deux-Etats est devenue une façade, un fantasme dans la tête de ceux qui croient aux fantasmes ? N’a-t-il pas également écrit dans son dernier article sur Mondoweiss qu’Israël et les Etats-Unis avaient tué la solution de deux-Etats ?
Personnellement, cela me brise le coeur de voir qu’un penseur aussi intelligent que Chomsky se fourvoie et décide d’adopter la position sioniste-douce ! Avec des gens comme Chomsky et Finkelstein, on a tendance à être d’accord sur tout sauf sur la Palestine. C’est pourquoi, à juste titre, certains militants BDS et partisans de la solution d’un-Etat aux Etats-Unis les appellent les PEP (progressistes sauf sur la Palestine !)
Il existe un soutien international écrasant pour notre droit à l’auto-détermination, et ceci comprend notre droit au retour et à l’égalité. Comment la solution de deux-Etats va-t-elle gérer ces deux droits internationalement reconnus ? Chomsky ne fournit pas de réponse, à moins qu’il pense que nous n’avons pas droit à nos droits au retour et à l’égalité ! Il est assez fin pour savoir que la solution de deux-Etats est une solution raciste. Ne l’a-t-il pas pensé pour les bantoustans d’Afrique du Sud ?!



Vous avez dit récemment « A un moment donné, on demandera au mouvement BDS de prendre position » en faveur d’un seul Etat démocratique. Pourquoi la campagne BDS a-t-elle été réticente à prendre position jusqu’à maintenant, et devrait-elle le faire maintenant ?



Chaque militant sait très bien maintenant que le mouvement BDS se fonde sur les droits, des droits qui sont garantis à TOUS les êtres humains quels que soient leur origine ethnique, leur sexe, leur nationalité, leur religion, etc. BDS s’ancre dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. C’est pourquoi la plupart, sinon tous les activistes BDS sont des défenseurs intransigeants des droits de l’homme.
Je suis néanmoins conscient des tensions qui ont découlé du manque de programme politique du Comité national sur le Boycott et de sa focalisation sur une approche basée sur les droits. Cette question mérite certainement d’être discutée au sein du secrétariat du BNC.
Mais il nous faut également prendre en considération que le BNC est une coalition, avec tous les compromis que les coalitions doivent faire pour pouvoir travailler ensemble. C’est pourquoi le BNC est devenu le cadre de référence des mouvements internationaux de boycott. Je crois qu’on peut faire une bonne comparaison avec l’expérience sud-africaine, dans ce contexte, qui ne doit pas négliger le rôle du Front Démocratique Uni (FDU) qui a fonctionné avec une représentation du Parti du Congrès national, ainsi que d’autres partis politiques et organisations de la société civile exactement de la même manière que le BNC. Le FDU a adopté deux de ce que les Sud-Africains ont appelé les « quatre piliers de la lutte », à savoir la mobilisation de masse et la campagne de boycott. L’histoire est témoin que cette approche a énormément contribué à venir à bout de l’apartheid. A mon avis, le BNC a retenu cette leçon historique de l’Afrique du Sud. Mais il a fallu près de 30 ans pour que le communauté internationale reprenne l’appel lancé par le mouvement anti-apartheid, et l’appel palestinien BDS n’a été lancé qu’en 2005.
C’est pourquoi je pense que viendra le temps où on demandera à BDS de prendre parti vis-à-vis de la solution à un ou deux Etats. Et je crois fermement qu’il appuiera la seconde.



Comment l’appel pour un seul Etat laïque et démocratique en Palestine historique est-il lié aux autres luttes de libération de la région ?



Quand le Printemps arabe a démarré en Tunisie et en Egypte, Israël était extrèmement inquiet parce que la lutte dans le monde arabe est une lutte pour les droits de l’homme et la démocratie. Et la démocratie est l’antithèse du sionisme, exactement comme la démocratie en Afrique du Sud était l’antithèse de l’apartheid, et qu’elle a fini par mener à la fin de l’apartheid institutionnalisé là-bas en 1994 (je continue de penser que l’apartheid économique existe en Afrique du Sud, mais c’est une question que nous pouvons aborder dans un autre contexte).
En tant que projet sioniste, Israël sait très bien qu’une véritable démocratie dans le monde arabe se propagerait jusqu’à atteindre la Palestine. La communauté internationale et le Printemps Arabe attendraient d’Israël qu’il soit réellement démocratique. Ce qui signifie une personne, un vote. Et après le droit au retour, une personne-un vote aboutirait finalement à l’effondrement de l’entreprise sioniste en Palestine.
Ceci est, à mon avis, le lien entre la lutte palestinienne pour la liberté, l’auto-détermination et la libération, et la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme dans le monde arabe.

Parlant du BDS, Norman Finkelsteint a récemment accusé la campagne BDS d’hypocrisie parce qu’elle en appelle au droit international lorsqu’il s’agit des droits palestiniens, mais qu’elle refuse de respecter les résolutions internationales, comme celle des Nations-Unies sur la parttion en 1947 qui -selon lui- légitime l’existence de l' »Etat juif ». Que répondez-vous ?

Je suis vraiment désolé d’entendre ça d’une personne intelligente comme Norman Finkelstein. En tant que soutiens solidaires aux Etats-Unis, vous avez des principes. Vous ne pouvez pas concilier une partition injuste et un apartheid avec les droits de l’homme et la démocratie. Norman Finkelstein a-t-il oublié qu’Israël se définit comme un Etat des juifs exclusivement ? Attendez-vous de moi que je reconnaisse quelque chose comme cela, juste parce que les Nations Unies ont déclaré que ce serait ainsi ? Nous reconnaissons les lois et résolutions, comme la 194, qui sont justes et nous refusons celles, comme celle de la partition, qui sont injustes. C’est de cette manière que toutes les luttes pour les droits de l’homme ont opéré. En quoi est-ce hypocrite ?
C’était comme ça dans la lutte contre l’apartheid sud-africain. Que ce fut Norman Finkelstein ou son mentor Noam Chomsky, tout le monde a soutenu l’appel des Sud-Africains. Nous avons tous dit ; « Que voulez-vous, vous les opprimés, les Sud-Africains colonisés ? » Ils ont dit, « Nous voulons la fin de l’apartheid. » Et en ce moment, les Palestiniens disent, « Nous voulons la fin de l’apartheid israélien. »
Et j’aurais compris qu’il soutienne la solution de deux-Etats basée sur la résolution des Nations Unies 181 prise en 1947 ; elle proposait la partition de la Palestine en un Etat arabe et un Etat juif comme LA solution ! C’est une solution très injuste et problématique en cela qu’elle offrait à la minorité juive (660.000 personnes sur 2 millions) la partie de terre la plus importante (56%). Ces 56% offerts aux juifs incluaient un nombre égal de juifs et de Palestiniens. Et le fait que la plupart des sionistes, doux ou non, se sont battus pour une majorité juive en Palestine a conduit à la NAKBAH, c’est-à-dire un processus orchestré d’épuration ethnique. Les partisans de deux-Etats, comme Finkelstein, disent qu’un Etat palestinien devrait être établi sur 44% de la Palestine, sur la base des résolutions de l’ONU !
Je dirais donc que l’hypocrite, c’est Norman Finkelstein, parce qu’il ne veut pas faire pour les Palestiniens ce que lui et tous les autres activistes ont fait pour les Sud Africains. Et de fait, il est sioniste et raciste lorsqu’il espère que nous Palestiniens allons écouter ce qu’il a à dire. Non, excusez-moi – c’est lui qui est supposé écouter ce que NOUS avons à dire. A moins qu’il ait décidé d’ignorer le fait que l’appel BDS de 2005 a été signé par une majorité écrasante des forces de la société civile palestinienne, y compris les forces nationales et islamiques ! N’est-ce pas suffisant pour vous, si vous êtes un authentique supporter de la Palestine ?



Cela fait 20 ans que les Accords d’Oslo ont été signés. Quels effets ont ces accords, et le soi-disant « processus de paix » sur la lutte pour les droits palestiniens fondamentaux exigés par BDS : l’égalité, le droit au retour et la fin de l’occupation ?



Je résumerai en citant Edward Said en 1993 : les Accords d’Oslo sont une deuxième Nakba. Oslo a réduit le peuple palestinien à ceux qui ne vivent que dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie , en excluant les réfugiés palestiniens et les citoyens palestiniens de l’Etat d’Israël. Oslo n’a jamais fait allusion au droit au retour des Palestiniens dans leurs villages et villes d’où ils ont été ethniquement nettoyés en 1948, et n’a jamais fait allusion non plus à l’égalité dans les territoires de 1948. Oslo a essentiellement codifié et légitimé l’épuration ethnique -la Nakba- de 1948.
Oslo a aussi donné à la communauté internationale la fausse impression qu’il y a « deux parties égales » -les Palestiniens d’un côté, et les Israéliens de l’autre- engagés dans un « dialogue » pour résoudre leurs problèmes. Mais il n’y a pas deux partenaires égaux. Il n’y a pas de dialogue. Il y a un régime d’apartheid qui cherche à perpétuer son pouvoir d’un côté, et un peuple indigène qui lutte pour ses droits inaliénables de l’autre.
Plutôt que de reconnaître la nécessité de démanteler ce régime d’apartheid une fois pour toutes, Oslo a fétichisé les attributs de l’Etat, c’est-à-dire que si vous offrez aux Palestiniens un drapeau et un tapis rouge pour son président et un hymne national, vous avez résolu la question palestinienne une fois pour toutes !
Pour revenir à Norman Finkelstein : vous avez la lutte des Palestiniens colonisés contre les colons – grâce au mouvement BDS, grâce à la formation du BNC, grâce à la formation de la Campagne palestinienne pour le Boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) et grâce à la revitalisation de l’idée d’un-Etat. Il y a des intellectuels et des militants comme Edward Said, Azmi Bishara, Ali Abunimah, Omar Barghouti, Ramzy Baroud, Joesph Masaad, Ilan Pappe et beaucoup d’autres qui ont décidé de dire adieu à la solution de deux-Etats, et de prôner la solution d’un-Etat.
En tant que soutiens solidaires, vous devez soutenir la démocratie et les droits de l’homme -les mêmes principes que vous avez soutenus dans les années 80 contre l’apartheid en Afrique du Sud. Vous n’avez pas perdu votre temps à discuter des modalités pratiques sur le fait d’avoir des bantoustans en Afrique du Sud. Joignez-vous à nous pour mettre la solution de deux-Etats sur une étagère dans un musée, parce qu’elle retarde notre libération, et apportez votre soutien à notre appel pour un-Etat.



==  Cet article fait partie de « Et après ? : Un forum sur la fin du paradigme de deux-Etats. » Cette série a été lancée par « Voix juives pour la Paix » en tant qu’enquête sur l’état actuel de la réflexion sur les solutions d’un-Etat et de dux-Etats et la série a été élargie par Mondoweiss pour marquer 20 années depuis le processus d’Oslo. La série dans sa totalité se trouve ici peut être trouvé ici.


Source : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM