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Guerre impérialiste et colonialisme au Moyen-Orient… De l’avenir de l’entité sioniste (entretien avec Hassan Nasrallah)

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Hassan Nasrallah : La destruction d’Israël ne nécessitera pas forcément une guerre…

 

Le Cri des Peuples

 

24 novembre 2019

 

url de l’article en français:

https://lecridespeuples.fr/2019/11/24/hassan-nasrallah-la-destruction-disrael-ne-necessitera-pas-forcement-une-guerre/

 

Extrait d’un entretien de Sayed Hassan Nasrallah avec des journalistes du site internet khamenei.ir, publié le 1er octobre 2019, et ayant duré près de cinq heures. Voir ci-dessous trois autres prédictions de Sayed Khamenei.

Source : english.khamenei.ir

Traduction : lecridespeuples.fr

 

Transcription :

Journaliste : […] Je voulais vous poser une question au sujet de la déclaration de l’Ayatollah Khamenei il y a quelques années, selon laquelle dans 25 ans, il n’y aura plus d’Etat d’Israël. Cette phrase a été interprétée de diverses manières. Certaines personnes ont pensé que c’était une prédiction inéluctable, et ont commencé à compter les jours jusqu’à ce que cela devienne réalité. Mais d’un autre côté, le front de l’Arrogance (impérialisme) a commencé à se moquer de certaines des interprétations de cette déclaration.

Vous vous êtes opposés au régime sioniste à différentes époques et avez mené plusieurs batailles contre ce régime. Compte tenu de votre expérience, lorsque vous avez entendu cette déclaration de l’Ayatollah Khamenei, comment l’avez-vous perçue et qu’avez-vous ressenti ?

Hassan Nasrallah : Premièrement, à titre personnel, je n’ai pas été surpris par les propos de Son Eminence le Guide Suprême, car nous avons entendu des déclarations similaires lors de nos réunions privées les années précédentes, notamment en 2000, après la victoire (contre l’entité sioniste). Nous avons rendu visite à Son Eminence le Guide Suprême, que Dieu le préserve, quelques mois après la débâcle israélienne, et il était très heureux de notre victoire (qu’il nous avait annoncée comme imminente à peine quelques mois avant qu’elle se produise).

Nous avons parlé de l’avenir. À ce moment-là, il a déclaré: « Si le peuple palestinien, la Résistance au Liban et les peuples de la région s’acquittent de leurs responsabilités comme il se doit, et que nous continuions sur cette voie, alors Israël ne pourra certainement pas survivre longtemps dans notre région. » A cette époque, il a parlé de (la possibilité d’une telle disparition en) moins de 25 ans. Donc, quand j’ai entendu la remarque du Guide concernant l’espérance de vie de 25 ans, j’ai conclu qu’il avait accordé un répit à Israël. [Rires] C’est pourquoi je n’ai pas été surpris. Voila pour le premier aspect.

D’autre part, il convient de mentionner que la prédiction du Guide sur Israël est tout à fait sérieuse et réaliste. Certaines personnes… Il ne fait aucun doute à nos yeux, à la lumière de nos expériences dont je viens de mentionner certains exemples, que Son Eminence le Guide Suprême est une personne approuvée par Dieu, le Tout-Puissant, et que beaucoup des choses qu’il dit proviennent parfois d’une source suprasensible, comme ce fut le cas lors de la guerre de 33 jours (quand il nous a annoncé une bataille de laquelle nous sortirions victorieux après les plus grandes difficultés, devenant une véritable puissance régionale).

A cet égard, il convient de noter que toutes les données du terrain, les enquêtes et les informations objectives démontrent qu’un tel événement (l’éradication d’Israël) se produira, mais la réalisation de cet événement n’est pas inconditionnelle, et se produira sous certaines conditions. Par conséquent, si les mouvements de Résistance poursuivent sur cette voie dans la région et ne se soumettent pas face à Israël, si la République Islamique et l’Axe de la Résistance persévèrent, oui, si nous résistons et poursuivons nos actions de Résistance, les conditions objectives et factuelles sur le terrain indiquent qu’Israël ne pourra pas survivre dans la région durant 25 autres années.

Je vais vous donner quelques exemples pour clarifier ce point.

Par le passé, nous avons fait beaucoup de recherches et d’études sur l’entité israélienne, en essayant de trouver des réponses aux questions suivantes : quels sont les fondements de cette entité ? Quelles sont ses bases, quels sont les piliers fondamentaux sur lesquels elle repose ? Quels sont les facteurs cachés qui ont conduit à l’existence, le maintien et la longévité de cette entité ? Quelles sont les forces et les faiblesses de cette entité ?

Je dis tout cela pour confirmer que toutes les actions de la Résistance se basaient précisément sur des études, sur l’exercice de la logique et de la réflexion appliqués aux faits et réalités objectifs. Bien que les émotions, l’esprit révolutionnaire et la confiance en Dieu aient été présents dans notre lutte contre Israël, la recherche, la réflexion, la rationalité, les calculs et les examens précis étaient omniprésents : nous avons appris à connaître les points forts et les points faibles de notre ennemi, à choisir le moment voulu, l’endroit le plus propice et les moyens les plus adéquats (pour toutes nos opérations), etc.

A nos yeux, et si vous voulez que nous entrions dans ces détails, cela ne me pose pas de problème, si nous considérons les fondements sur lesquels repose l’entité ennemie, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, si nous considérons ses points de force et ses points de faiblesse, je déclare que même si je ne connais pas les dimensions gnostiques des déclarations du Guide et sa perspective sur la question, à la lumière de nos études, de nos recherches et de notre expérience, et des réalités du terrain, nous pouvons clairement affirmer qu’Israël ne peut pas survivre, car son existence dans la région n’est pas une existence naturelle, mais artificielle ; c’est un corps étranger implanté dans notre région. Cette entité a été imposée à la région par la force, et elle ne peut donc pas devenir quelque chose de normal. Même si certains monarques, émirs et dirigeants arabes souhaitent l’existence d’Israël, tous les peuples de la région s’y opposent et rejettent catégoriquement cette présence illégitime. Les éléments de faiblesse sont nombreux dans l’entité israélienne, de sorte que le risque d’effondrement y est très élevé.

Je me contenterai de deux exemples de la faiblesse structurelle d’Israël.

Premièrement, la puissance d’Israël dépend essentiellement de celle des États-Unis. Par conséquent, si quelque chose arrive aux États-Unis – comme ce qui est arrivé à l’URSS, par exemple un effondrement de son économie, des problèmes et discordes internes, des catastrophes naturelles ou tout autre incident susceptible d’amener les États-Unis à se consacrer à leurs problèmes internes et à réduire leur présence et influence dans la région, je vous assure que les Israéliens plieront bagage d’eux-mêmes et évacueront dans les plus brefs délais. Par conséquent, leur destruction ne nécessite pas forcément une guerre.

Car le maintien des Israéliens en Palestine dépend du soutien moral, psychologique, militaire et économique des États-Unis. Si les États-Unis sont accaparés par leurs propres problèmes, Israël n’aura aucune chance de survivre, sans qu’il y ait besoin de recourir à la guerre (pour que cette entité disparaisse). C’est un exemple tout à fait envisageable et plausible, ce n’est pas une vaine prédiction.

Tout le monde sait que les États-Unis allouent un montant annuel de 3 milliards de dollars d’aide à Israël. Dans le même temps, les Israéliens bénéficient de services bancaires américains d’une valeur de 10 milliards de dollars par an. Et une partie de l’argent des contribuables étasuniens va en Israël. De plus, les technologies les plus avancées sont transférées en Israël. Le soutien inconditionnel et absolu de Washington à Israël est bien connu.

Une des raisons les plus importantes derrière les positions serviles prises par les régimes arabes envers Israël est leur peur des États-Unis, et non d’Israël. Si un jour vient où certains régimes et armées arabes se libèrent des pressions exercées par les États-Unis, leurs positions vis-à-vis d’Israël seront très différentes. Même les armées et les régimes les plus soumis.

Permettez-moi de donner un autre exemple : Israël est un Etat… Israël est un Etat… Partout dans le monde, des Etats ont formé des armées. En règle générale, ce sont les Etats qui bâtissent des armées. Mais en ce qui concerne Israël, on considère que c’est une armée qui s’est créé un Etat (et non l’inverse). Dans tous les pays du monde, l’armée peut s’effondrer, mais ce pays restera debout. Ce pays subsistera. Par exemple, après la guerre des États-Unis contre l’Irak, les Américains ont dissout l’armée irakienne, mais l’Irak est resté et n’a pas disparu. Il y a des pays dans le monde qui n’ont pas d’armée ou une armée très faible. Cependant, Israël est un Etat qui ne peut pas survivre sans une armée forte. Si son armée est vaincue, ou si le peuple israélien perd confiance en son armée, si la vérité de l’armée israélienne leur est révélée, à savoir que c’est une armée faible et pitoyable, incapable de les défendre, vous verrez que les Israéliens plieront bagages et fuiront à toutes jambes.

Mes chers frères ! Israël a de nombreuses faiblesses, et ce sont des faiblesses mortelles. C’est la raison pour laquelle j’estime que, la volonté arabo-musulmane de mettre fin à cette entité, conjuguée à des événements régionaux et internationaux, conduiront inéluctablement à la disparition d’Israël. Je fais partie de ceux qui ont la certitude qu’avec la Grâce de Dieu, notre génération entrera en Palestine et effectuera des prières à Al-Qods (Jérusalem), et il n’y aura plus d’Israël. […]

Voici trois prédictions détaillées de Sayed Khamenei qui se sont réalisées, telles que les a relatées Hassan Nasrallah durant cette interview. Quoi qu’on puisse en penser, elles apportent un éclairage précieux sur la relation du Hezbollah avec l’Iran en général et le Guide Suprême en particulier.

1/ L’échec de l’accord de paix israélo-syrien

Hassan Nasrallah : […] La conférence de Madrid était antérieure aux accords d’Oslo. C’est alors que les pourparlers (israélo-syriens) ont commencé. Le point important ici est que le Guide a une vision profonde et une compréhension exacte de l’avenir. Je crois que sa perception exacte de l’avenir fait partie de ses capacités uniques, tirées de sa profonde foi, de sa soumission totale à Dieu le Très-Haut, et de sa relation intime avec lui, plutôt que d’avoir un seul aspect rationnel.

A cette époque, certaines négociations ont débuté, appelées négociations israélo-syriennes. Le Président syrien de l’époque était Hafez al-Assad et le Premier ministre israélien était Yitzhak Rabin. Les discussions entre eux étaient initialement secrètes et ont ensuite été rendues publiques. Ils se sont rencontrés aux États-Unis et sous la supervision de Clinton. Des représentants du cabinet du Président Assad et du cabinet Rabin se sont rencontrés aux États-Unis et étaient sur le point de parvenir à un accord. À ce moment-là, il a été annoncé qu’Yitzhak Rabin avait accepté de restituer le Golan occupé à Hafez al-Assad.

En conséquence, dans la région, on considérait qu’Israël et la Syrie étaient en train de parvenir à un accord. Cette atmosphère existait en Syrie, au Liban, en Palestine et dans toute la région. Je me souviens qu’à cette époque, certains nous demandaient : « Si un accord israélo-syrien est conclu, que ferez-vous, au Hezbollah ? Si un accord entre la Syrie et Israël est conclu, quelle position le Hezbollah adoptera-t-il ? Quel sera le sort du Hezbollah et des groupes de la Résistance islamique? » Nous avons organisé plusieurs réunions pour débattre de la question et planifier l’avenir. Nous pensions alors qu’un accord avait déjà été conclu entre Assad et Rabin. Ce n’était pas seulement le Hezbollah mais tous les Libanais, Syriens et Palestiniens qui présumaient que l’accord était finalisé. Nous avons organisé des réunions internes pour débattre de l’avenir. Nous avons discuté de questions politiques, militaires et d’artillerie, et même du nom de notre groupe. Certains se sont demandé si on devait garder le nom « Hezbollah », ou si nous devions adopter un nouveau nom pour nous adapter à la nouvelle phase. Certains de nos frères étaient sur la liste noire des États-Unis et il y avait ce débat pour savoir si nous devions les garder au Liban ou les faire partir. Par exemple, le martyr Hajj Imad Mughniyeh figurait sur cette liste. Nous avons donc compilé un ensemble de suggestions diverses.

Journaliste : Le Hezbollah n’avait-il pas un canal de communication avec Hafez al-Assad pour être informé de sa décision ?

Hassan Nasrallah : Le fait est que toutes les données et informations disponibles nous assuraient que les négociations israélo-syriennes aboutiraient à un accord. À cette époque, la principale revendication de Hafez al-Assad était de récupérer le Golan, ce qui équivaudrait à un retrait aux frontières du 4 juin 1967 ; et Rabin avait accepté de satisfaire ces demandes. Finalement, nous sommes allés voir le Guide. Il a été très patient avec nous, car lors de cette visite, nous avons évoqué toutes les questions soulevées et les suggestions proposées par différentes personnes. Il a écouté toutes nos paroles lors de cette réunion, qui a eu lieu en présence de responsables iraniens. Et tous ces responsables iraniens, à l’unanimité et sans exception, considéraient eux aussi que les pourparlers israélo-syriens étaient terminés. Son Eminence le Guide a alors déclaré : « Il est bon que vous envisagiez les pires scénarios et probabilités et que vous devisiez de la meilleure manière de les affronter, mais je vous affirme que cela ne se produira pas et qu’il n’y aura pas de traité de paix entre la Syrie et Israël. Aussi, oubliez ce que vous avez écrit et préparé. Vous devez continuer à résister et redoubler d’efforts pour augmenter vos armes, vos installations et vos ressources humaines. Ne vous inquiétez pas, car il n’y aura pas de traité de paix entre la Syrie et Israël. » Tous les participants à la réunion, y compris les Iraniens et les Libanais, ont été stupéfaits par les remarques catégoriques de Son Eminence le Guide. Il n’a pas dit qu’il considérait cela peu probable, ou qu’il pourrait y avoir d’autres possibilités. Pas du tout. Il a résolument déclaré que cela n’arriverait pas. Il a dit fermement et distinctement : «Oubliez ces discussions et continuez à faire ce que vous faites d’une manière plus vigoureuse encore ».

Nous avons été très surpris. Nous sommes rentrés au Liban et nous avons redoublé d’efforts dans la résistance, conformément au point de vue du Guide. Deux semaines seulement après notre visite chez le Guide, une grande cérémonie réunissant plus de 100 000 personnes a eu lieu à Tel-Aviv. Yitzhak Rabin prononçait un discours. L’un des Juifs extrémistes a ouvert le feu sur lui et l’a assassiné. Après Rabin, Shimon Peres a été élu Premier ministre de l’entité sioniste. Il avait une personnalité faible, car il n’était pas perçu par les Israéliens, aussi bien sur le plan historique et militaire que sur le plan de la fiabilité, comme quelqu’un d’aussi compétent que Rabin.

Par la suite, de vastes opérations ont été menées à l’intérieur des territoires occupés, notamment à Tel-Aviv et à Al-Qods (Jérusalem) occupée, ce qui a ébranlé les bases de la puissance de l’entité sioniste. Après cela, le sommet de Charm el-Cheikh – que j’ai mentionné – s’est tenu. Puis, en 1996, Israël a attaqué le Liban dans le cadre de l’opération Raisins de la Colère, et a perpétré le massacre sans précédent de Qana – une tragédie connue plus tard sous le nom de Massacre de Qana. En réponse, nous avons résisté contre les Israéliens et avons été victorieux. Peu de temps après, c’est-à-dire deux ou trois semaines plus tard, des élections se sont tenues dans l’entité sioniste, au cours desquelles Shimon Peres a été battu et le parti Likoud a remplacé le parti travailliste en tant que parti dominant, et Benjamin Netanyahu est devenu le Premier ministre d’Israël. Après son arrivée au pouvoir, il a déclaré : « Je ne respecterai aucun des engagements d’Yitzhak Rabin et de Shimon Peres concernant la Syrie et les négociations avec Hafez al-Assad ». Les négociations israélo-syriennes ont donc pris fin. Nous parlons de l’année 1996. Aujourd’hui, en 2019, où en est le processus de paix ? Il n’a jamais paru plus impossible. […]

2/ La victoire du 25 mai 2000

Hassan Nasrallah : […] Au sujet de la victoire de 2000, je me souviens d’un souvenir très important avec Son Eminence le Guide. Vous vous souvenez que j’ai dit qu’en 1996, Son Eminence avait déclaré qu’aucun traité de paix ne serait conclu entre la Syrie et Israël. En 2000, quelques mois avant le retrait d’Israël du sud du Liban et conformément à nos plans, nous nous sommes rendus à Téhéran pour rencontrer le Guide et les responsables iraniens. Nous — c’est-)-dire le Conseil dirigeant du Hezbollah — sommes allés en Iran. Lors de ce voyage, nous étions également accompagnés pour la première fois par les commandants militaires de la Résistance. Près de 50 commandants de la Résistance ont voyagé avec nous.

À ce moment-là, nous pensions qu’Israël ne se retirerait pas du Liban en 2000. Nous n’étions pas sûrs, mais nous estimions improbable qu’Israël se retire en 2000, car nous pensions qu’Israël n’accepterait pas de se retirer sans imposer certaines conditions préalables. Nous avons dit au Guide : « Il est peu probable qu’Israël se retire du sud du Liban. Il semble qu’Israël restera plus longtemps au Liban, et nous aurons besoin de plus de temps et d’opérations pour le faire se retirer sans conditions préalables ». Il nous a demandé : « Pourquoi pensez-vous que c’est peu probable? » Nous avons répondu : « Parce que cette mesure constituerait une menace majeure pour Israël. Se retirer du Sud-Liban sans conditions préalables constituerait un triomphe sans précédent pour la Résistance, et sera considéré comme la première victoire évidente des Arabes face à Israël, affectant naturellement les développements internes de la Palestine et de la nation palestinienne ; cela représenterait une menace stratégique pour Israël et ferait comprendre aux Palestiniens que la voie principale est celle de la Résistance et non des négociations. Un message qui leur dit : les négociations vous ont enlevé vos terres et vos lieux saints, mais la Résistance a libéré le Liban et le Sud-Liban. »

C’est alors que le Guide a déclaré : « Je vous recommande de présumer sérieusement qu’Israël quittera le Liban prochainement et que vous serez victorieux. Poursuivez vos activités et planifiez l’avenir en vous fondant sur cette hypothèse. Planifiez et anticipez bien les choses, de manière à faire face au retrait d’Israël du Liban sur les aspects militaire, de terrain, médiatique et politique ». Nous avons été surpris d’entendre ces paroles, car nous pensions tous qu’Ehud Barak, qui venait de remporter les élections, ne donnerait pas suite à sa promesse de retrait, car ses conditions n’étaient pas remplies et, en particulier, il n’avait pas obtenu de garanties en matière de sécurité. Autrement dit, ni le gouvernement libanais, ni le gouvernement syrien, ni le Hezbollah au Liban n’ont pris d’engagement de sécurité envers Israël. La question était donc : comment serait-il possible qu’Israël se retire ? Cela semblait mal avisé et illogique.

Plus important encore, après la réunion, dans la soirée, nous sommes allés chez le Guide avec nos frères de la Résistance, y compris le défunt martyr Hajj Imad Mughniyah. Nos frères étaient ceux de la Résistance, combattant sur les lignes de front de la bataille, et pouvant trouver le martyre à tout moment. Après être entrés dans la maison du Guide, nous et nos frères sommes allés dans une grande salle où les prières étaient réalisées en congrégation. À l’époque, nos frères portaient des uniformes militaires, avec des keffiehs autour du cou, et ressemblaient beaucoup aux Basijis sur les fronts iraniens (durant la guerre Iran-Irak). Nous étions censés réaliser les prières en congrégation avec le Guide et lui offrir nos salutations, rien d’autre, puis la cérémonie aurait pris fin. Le Guide a dirigé les prières et après avoir terminé la prière du soir, il s’est levé pour dire au revoir à ses frères libanais.

Puis le Guide a dit à ses compagnons (iraniens) de s’éloigner. Puis il m’a dit : « Je suis disposé à t’écouter ». A ce moment, un de nos frères est venu et a embrassé la main du Guide. Certains des frères ont commencé à pleurer, et certains d’entre eux étaient tellement impressionnés qu’ils ne pouvaient plus se tenir debout. Ils se sont lentement avancés. Un des frères a embrassé la main du Guide, et quand un autre s’est penché pour embrasser ses pieds, il ne l’a pas permis. Il est rentré et m’a dit : « Dis-leur de s’asseoir et de se calmer pour que nous puissions parler. » Un discours n’était pas prévu pour cette cérémonie. J’ai demandé à mes frères de rester calmes et j’ai commencé à traduire le propos du Guide à leur intention. Parmi les choses qu’il a dites, et qui, à mes yeux, sont issues de sa vision suprasensible et non pas simplement d’une analyse politique, mais de quelque chose de plus profond, il a déclaré : « Vous serez victorieux par la grâce de Dieu. Votre victoire est bien plus proche que ce que certains pensent. » Il m’a pointé du doigt en disant cela, parce que j’avais dit qu’il était improbable que le retrait d’Israël se fasse de cette manière. En nous désignant tous de sa main gauche, comme cela, il a dit : « Chacun d’entre vous va voir de ses propres yeux que vous serez victorieux. »

Après cela, nous sommes rentrés au Liban. À cette époque, nous avons mené de grandes opérations et, bien sûr, de nombreux combattants et cadres de la Résistance ont trouvé le martyre. Le 25 mai est arrivé, et la retraite surprenante, inattendue et indigne d’Israël du Sud-Liban a commencé. Plusieurs autres combattants ont également été tués lors de notre progression vers la frontière. C’est ici que les deux prédictions du Guide Suprême de la Révolution Islamique se sont réalisées. Premièrement, la victoire de la Résistance a eu lieu très rapidement, quelques mois seulement après cette réunion que je viens d’évoquer ; et deuxièmement, toutes les personnes présentes à la réunion avec le Guide, et qui participaient directement aux opérations de première ligne, ont survécu pour assister à la grande victoire de leurs propres yeux. On peut de mettre la prévision de cette grande victoire imminente sur le compte de la sagacité du Guide. Mais le fait de prédire que parmi 50 commandants de première ligne, qui pouvaient trouver le martyre à chaque instant, aucun ne serait tué, relève à mes yeux du miracle. […]

3/ La victoire de 2006

Hassan Nasrallah : […] Je vais clore cette partie de mon propos par un souvenir avec le Guide Suprême, que Dieu le préserve. Au cours de la guerre de 33 jours (juillet-août 2006), le peuple libanais était naturellement très inquiet, au début de la guerre, quant à ce qui allait se passer. Qu’est-il arrivé ? Même des responsables libanais ont pris contact avec les autorités saoudiennes, demandant à Riyad d’intervenir en tant que médiateur et de mettre fin à la guerre au sud du Liban. Les Saoudiens ont répondu aux responsables libanais en déclarant : « Personne ne va intervenir. Il existe un consensus américain, international et régional selon lequel le Hezbollah doit être éradiqué et écrasé. Le Hezbollah n’a qu’une alternative : la reddition ou l’annihilation. » De toute évidence, notre décision était de riposter, et il y avait parmi nous une forte volonté de combattre et un esprit de Karbala dans tout le Hezbollah. Cette citation de l’Imam Hussain, la paix soit sur lui, a toujours été devant nos yeux : « L’usurpateur (Yazid) fils d’un usurpateur (Mu’awiya) nous a placé devant une alternative funeste : le tranchant de l’épée ou l’humiliation de l’allégeance. Mais jamais nous n’accepterons l’humiliation (plutôt mourir) ! »

Nous avons été confrontés à deux options : la guerre ou une reddition humiliante. Nous avons choisi la guerre. Au début de la guerre, notre cher ami et frère, Hajj Qasim Soleimani, le commandant des Forces extérieures des Gardiens de la Révolution Islamique, nous a contactés. Il est venu à Damas, a contacté Beyrouth et a déclaré qu’il devait nous rencontrer. Nous lui avons demandé comment il comptait s’y prendre. Car les Israéliens bombardent tous les ponts, routes et voitures, et il est impossible de nous rejoindre (sans braver de grands dangers). »

Ce cher frère nous a dit qu’il devait absolument nous rejoindre, car il avait un message important de Son Eminence le Guide, Sayed Khamenei, à nous transmettre. Nous avons arrangé cela, et Hajj Qasim est finalement parvenu dans la banlieue sud de Beyrouth, au tout début de la guerre. Il a dit que lorsque le Guide, que Dieu le protège, se trouvait à Mashhad, il avait convoqué tous les responsables de la République Islamique – y compris les anciens et actuels Présidents, les ministres des Affaires étrangères, ministres de la Défense, et commandants des Gardiens de la Révolution, et d’autres officiels, à se réunir avec lui.

Hajj Qasim m’a expliqué que lors de la réunion, la guerre contre le Liban et ses objectifs ainsi que la question de savoir à quoi elle conduirait, ont été examinés. Dès le début, la République Islamique d’Iran a estimé que la guerre contre le Liban faisait partie du plan des États-Unis dans la région et ne constituait pas une question distincte de ce complot. Hajj Qasim a déclaré que tous les participants à la réunion avaient convenu à l’unanimité que la République Islamique devait se tenir aux côtés de la Résistance libanaise, du gouvernement et du peuple libanais, ainsi que de la Syrie, étant donné que la guerre menaçait de se propager en Syrie. L’Iran devait donc utiliser toutes ses capacités politiques, financières et militaires pour aider le front de la Résistance à l’emporter. Hajj Qasim a ajouté qu’une fois la réunion terminée et les prières du soir exécutées, les personnalités présentes étaient sur le point de partir lorsque le Guide leur a demandé de rester plus longtemps car il avait encore quelques mots à leur dire. Cela s’est passé après la première réunion ; c’est-à-dire la première réunion formelle.

Ensuite, Son Eminence le Guide s’est tourné vers Hajj Qasim et lui a demandé d’écrire une lettre sous sa dictée et de me la porter personnellement à Beyrouth pour que je puisse en évoquer le contenu avec mes frères. Après m’avoir rapporté tout cela, le Hajj Qasim a commencé à lire les mots que m’avait adressés le Guide. Il déclarait notamment : « La capture des soldats israéliens par la Résistance libanaise est une grâce divine cachée ; l’opération a forcé Israël à entrer au Liban en réponse à votre action. Les Israéliens et les Américains se préparaient à attaquer Le Liban et le Hezbollah à la fin de l’été ou au début de l’automne 2006, et vous auriez donc été pris au dépourvu, alors que vous n’étiez pas prêts pour une guerre. La guerre n’a donc pas eu lieu lorsque les États-Unis et Israël l’avaient planifiée ; elle s’est produite alors qu’ils n’étaient pas prêts et qu’ils étaient encore en train de s’y préparer, tandis que vous y étiez déjà préparés. Car vous n’avez pas été pris par surprise.

Cette déclaration du Guide a ensuite été confirmée par d’éminentes personnalités. Par exemple, lorsque j’en ai parlé dans les médias, l’éminent Professeur et analyste politique Mohamed Hassanein Heikal l’a établi dans des programmes distincts de la chaîne Al Jazeera. De même, l’un des grands écrivains américains, Seymour Hersh, a confirmé cela. Je dois souligner que lorsque j’ai soulevé la question dans les médias, je ne l’ai pas attribuée au Guide.

Son Eminence le Guide a également mentionné dans son message que « Cette guerre est très similaire à la Bataille des Confédérés, qui s’est déroulée du vivant du Messager de Dieu, que les salutations de Dieu soit sur lui et sur sa famille. Cette guerre sera très difficile et menacera votre existence ; vous êtes obligés d’être patients dans cette guerre. » Dans cette partie de son message, il a cité les versets coraniques de la sourate Les Coalisés : « Quand ils vous vinrent d’en haut et d’en bas [de toutes parts], et que les regards étaient troublés, et les cœurs remontaient aux gorges, et vous faisiez sur Allah toutes sortes de suppositions… / Les croyants furent alors éprouvés et secoués d’une dure secousse. » [Coran, 33, 10-11] Le Guide a également dit : « Vous devez placer votre confiance complètement en Dieu. » En outre, la troisième partie de son message disait : « Vous serez victorieux dans cette guerre. » J’avais déjà entendu une phrase similaire — je ne me souviens pas exactement si c’était avant ou après — mais quelqu’un m’a rapporté que Son Eminence Cheikh Behjat, que Dieu lui fasse miséricorde, nous a dit d’être assurés que nous serions victorieux dans cette guerre, par la Grâce de Dieu.

Mais le point le plus important du message du Guide était celui-ci :

« Vous remporterez la guerre, et vous deviendrez ensuite une puissance régionale au point qu’aucune autre puissance ne pourra vous affronter ». À ce moment-là, j’ai ri et j’ai dit à Hajj Qasim : « Nous allons nous transformer en puissance régionale ?! Si nous parvenons seulement à survivre à la bataille actuelle et à maintenir notre existence, nous aurons déjà accompli un grand exploit ! » Puis, j’ai commenté en plaisantant : « Mon cher frère ! Nous ne voulons pas devenir une puissance régionale. » Quoi qu’il en soit, la lettre de Son Eminence le Guide ce jour-là m’a donné une sorte d’assurance totale. À partir de ce jour, j’étais certain que nous allions gagner la guerre et que, par la suite, nous deviendrions une puissance régionale. Ce qui est réellement advenu. […]

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Lecture complémentaire:

Hezbollah son histoire de linterieur naim qassem

 

Front intérieur de résistance au sionisme: Gaza, Qods, Cisjordanie…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 23 février 2019 by Résistance 71

 

Israël: le front intérieur s’embrase

Vendredi de combats à Gaza, Qods et en Cisjordanie

 

Press TV

 

22 février 2019

 

url de l’article original en français:

https://www.presstv.com/DetailFr/2019/02/22/589256/Isral–le-front-intrieur-sembrase

 

Alors que les habitants de la ville de Qods ont réussi à rouvrir la Porte dorée, située à l’est de la mosquée al-Aqsa, les Gazaouis ont pris part, dans le même temps, à la 48e manifestation de la Marche du grand retour, qui pour l’heure s’est soldée par la mort d’un enfant palestinien et a fait plusieurs blessés.

Fermée depuis 2003 par le régime d’Israël, la Porte dorée a été ouverte ce vendredi 22 février après que différents groupes palestiniens eurent appelé à une marche vers la mosquée al-Aqsa.

Conjointement, la 48e manifestation de la Marche du grand retour, dans la bande de Gaza, s’est soldée par la mort d’un enfant palestinien et plusieurs blessés.

Au cours de ce 48e vendredi de manifestation, baptisé « La fidélité aux martyrs du Haram al-Ibrahimi », les manifestants palestiniens ont pris le chemin de l’est de la bande de Gaza.

Faisant valoir le droit au retour sur leur terre ancestrale, la fin du siège de Gaza et leur déclaration de loyauté aux martyrs du massacre commis par Baruch Goldstein le 25 février 1994, les manifestants se sont dirigés vers les « camps du retour » le long de la frontière séparant la bande de Gaza des territoires occupés par Israël.

Le Comité national de la Marche du grand retour et le Front Populaire pour la Libération de Palestine (FPLP) ont appelé les Gazaouis à participer en masse à la marche de ce vendredi 22 février, soulignant que les manifestations se poursuivraient jusqu’à la concrétisation de tous leurs objectifs, notamment la fin du blocus de Gaza qui dure depuis 13 ans ainsi que l’annulation du « Deal du siècle » du président américain Donald Trump.

Évoquant la nature pacifique des manifestations de la Marche du grand retour, le Comité a revendiqué le droit des Palestiniens à une vie digne, dans un contexte de paix et de sécurité.

Les manifestations de la Marche du grand retour ont commencé le 30 mars 2018 en protestation contre la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Qods comme capitale d’Israël et de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Qods.

 

Résistance au colonialisme: Boycott d’Israël, l’entité sioniste inonde l’Europe de millions de $$$ pour combattre BDS…

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Israël inonde l’Europe de mililons de dollars pour combattre le BDS

 

Ramzy Baroud & Romana Rubeo 

 

21 novmbre 2018

 

Source:

http://www.chroniquepalestine.com/israel-inonde-leurope-avec-des-millions-de-dollars-pour-combattre-le-bds/

 

Le « trésor de guerre » israélien de 72 millions de dollars pour combattre le BDS arrive en Europe. Mais chaque tentative israélienne de discréditer le mouvement de boycott palestinien ne fait que l’aider à gagner plus de partisans.

La guerre israélienne contre le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) a pris un sérieux tournant l’an dernier lorsque le gouvernement d’ultra-droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu a investi environ 72 millions de dollars pour vaincre la campagne menée par la société civile.

Instrumentalisant le gouvernement américain toujours bien disposé pour renforcer ses manoeuvres anti-BDS, Tel-Aviv est assuré que ses initiatives contre le BDS aux États-Unis auront un départ prometteur. Mais ce n’est que récemment qu’Israël a commencé à développer plus largement la composante européenne de sa stratégie à l’échelle mondiale.

Naturellement, Israël ne s’intéresse guère à la lutte contre le BDS en prenant des initiatives sur le terrain, qui est la colonne vertébrale du mouvement de boycott palestinien depuis des années. En lieu et place, le gouvernement israélien investit dans l’assujettissement des élus américains, européens et autres à l’Ouest, des partis politiques et des gouvernements, dans l’espoir que ceux-ci désignent le mouvement BDS – et tout appel au boycott – comme antisémite et tombant sous le coup de la loi.

La conférence de Bruxelles

Lors d’une conférence de deux jours à Bruxelles plus tôt ce mois-ci, des responsables israéliens et leurs seconds couteaux européens ont lancé leur vaste campagne européenne anti-BDS.

Organisée par des institutions sionistes bien connues, telles que l’Association juive européenne (EJA) et le groupe Europe Israel Public Affairs (EIPA), la conférence des 6 et 7 novembre a été pleinement soutenue par le gouvernement israélien, avec la présence du ministre israélien d’extrême-droite des Affaires de Jérusalem, Ze’ev Elkin.

Sous le prétexte habituel de s’attaquer au danger de l’antisémitisme en Europe, les participants ont délibérément confondu le racisme avec toute critique d’Israël, de son occupation militaire et de la colonisation de la terre palestinienne.

Bien qu’assimiler la condamnation des pratiques illégales d’Israël au racisme contre tous les Juifs est au cœur de la hasbara [propagande] israélienne, instiller de la propagande officielle dans les programmes politiques des gouvernements occidentaux est un exercice périlleux.

La conférence annuelle de l’EJA a placé la manipulation du terme « antisémitisme » par Israël à un tout autre niveau, en rédigeant un texte qui devrait être présenté aux futurs membres du Parlement européen, exigeant leur signature avant de se présenter aux élections de mai prochain.

Ceux qui refuseront de signer – ou pire encore, dénonceront l’initiative israélienne – risquent fort d’avoir à se défendre contre des accusations de racisme et d’antisémitisme.

Définissant le boycott d’Israël – donc tout soutien du mouvement BDS – comme équivalent à de l’antisémitisme, le texte israélien constituera probablement un pas en avant vers la criminalisation de toute critique du gouvernement israélien.

Les pays européens ont jusqu’à présent refusé de tenir Israël pour responsable de ses pratiques illégales à l’encontre des Palestiniens. Cependant, il existe un mouvement émergeant et en croissance rapide – centré sur les campus, les syndicats, les églises et les partis politiques progressistes – qui mobilise les organisations de la société civile du monde entier dans le but de faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à son occupation militaire et à ses lois discriminatoires à l’égard des Palestiniens.

Bien que la criminalisation du BDS ne mette pas un terme au débat sur Israël et la Palestine en Europe, elle s’opposera assurément à la liberté d’expression et aux autres principes démocratiques dont le vieux continent est si fier.

Et, si l’on pense que l’interdiction de la critique et du boycott d’Israël est une réelle possibilité, il faut alors y réfléchir sérieusement.

Lois anti-BDS en préparation

L’EJA, ainsi que les autres partisans sionistes d’Israël, sont enhardis par leur précédent succès en Europe.

En décembre 2016, le Parti chrétien démocrate de la chancelière allemande Angela Merkel a adopté une résolution assimilant le boycott à Israël et des points de vue et pratiques antisémites.

Trois ans plus tôt, en 2013, un groupe de militants français avait été inculpé en vertu de la loi anti-discrimination « Loi Lellouche » pour son soutien au mouvement BDS. Leur crime était d’appliquer des autocollants pro-palestiniens sur des produits importés d’Israël dans un supermarché de la ville de Mulhouse.

Les mesures de répression prises par le gouvernement à l’encontre des partisans du BDS se sont même étendues à des pays européens traditionnellement considérés comme particulièrement sensibles à la lutte palestinienne.

Dans le cas de l’Italie, qui est maintenant sous l’emprise des partis politiques d’extrême droite, le projet de loi 2043 décrit le boycott d’Israël comme un « antisémitisme masqué ». Si cette loi est approuvée, la législation fournira une justification légale pour inculper et condamner les militants du BDS.

Il semble que l’Europe ne soit pas loin derrière ses homologues américains. Aux États-Unis, 25 États ont déjà adopté une législation anti-BDS ou émis des décrets prenant pour cible les réseaux de soutien au BDS, tandis que d’autres États sont en train de faire de même.

Au niveau du gouvernement fédéral américain, la loi anti-boycott présentée au Congrès a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par les législateurs américains, et elle promet de soumettre à de fortes amendes et d’emprisonner ceux qui boycottent Israël.

Alors que la société civile s’oppose fermement à de telles violations flagrantes des principes fondamentaux de la liberté d’expression, les militants pro-israéliens n’ont plus aucune retenue ni limite… Dans la ville texane de Dickinson, dévastée par l’ouragan Harvey l’an dernier, les victimes de l’ouragan ont été invitées à signer un engagement de ne pas boycotter Israël en échange d’une aide humanitaire vitale.

La « Macchabée Task Force

Depuis sa création officielle le 9 juillet 2005, le BDS a déstabilisé Israël plus que toute autre initiative de la société civile dans le passé. Dès le début, le mouvement a été structuré de manière à représenter un modèle de résistance populaire non centralisé, non hiérarchisé, qui ne peut pas être facilement démantelé, réduit à néant ou simplement « neutralisé ».

Au niveau national palestinien, le modèle était cohérent avec les précédents mouvements de mobilisation populaire palestiniens qui rassemblaient les énergies de tous les secteurs de la société, quelles que soient leurs affiliations politiques ou idéologiques.

Au niveau international, le mouvement BDS a été créé en s’inspirant du mouvement sud-africain anti-apartheid, qui a été l’un des principaux canaux de résistance qui ont finalement entraîné l’effondrement du régime d’apartheid dans ce pays.

Israël n’a guère de succès à son actif face à la mobilisation de la société civile. Malgré la vulnérabilité des Palestiniens vivant sous l’occupation israélienne, il a fallu sept longues années au gouvernement et à l’armée israéliennes pour réduire l’Intifada [soulèvement populaire] de 1987. Même à ce moment-là, il n’existait pas d’accord réel sur ce qui a réellement mis fin à l’Intifada – une mouvement décentralisé qui a contrecarré et défié la violence aveugle israélienne, les bouclages militaires et les couvre-feux prolongés.

Il va sans dire qu’une Intifada mondiale est beaucoup plus difficile à éradiquer, et même à contenir.

Pourtant, quand Israël a commencé à ressentir le danger représenté par le BDS, il a réagi de la façon habituelle et prévisible, multipliant les arrestations et le recours à la violence, avec un flot de lois criminalisant la dissidence intérieure, tout en lançant une campagne internationale d’intimidation et de diffamation des militants et organisations du mouvement de boycott.

Les partisans fortunés d’Israël ont généreusement réagi au bruit des tambours de guerre de Tel-Aviv. Le nabab des casinos, Sheldon Adelson*, est rapidement entré en action en créant la « Macchabée Task Force », qui a permis de collecter des millions de dollars pour lutter contre ce que les responsables israéliens définissent comme une menace existentielle pour Israël et la délégitimation du pays qui se proclame « État juif ».

Mais Israël n’est pas la seule cible. Le BDS a également dénoncé l’échec du prétendu « processus de paix » en choisissant de tracer une nouvelle voie pour la résistance palestinienne, indépendante de négociations sans fin et sans valeur. Cela fait également du BDS une menace pour l’Autorité palestinienne et pour l’ensemble des propagandistes de la « solution à deux États » qui a été la pièce maîtresse de la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient.

Yossi Kuperwasser, l’un des principaux experts en matière de renseignement et de sécurité, est l’un des premiers activistes israéliens contre le BDS. Il y a près de dix ans, il a mis en garde contre la réponse insuffisante de Tel Aviv aux militants du BDS.

Peu après la guerre d’Israël de 2008-2009 qui a tué et mutilé des milliers de Palestiniens, principalement des civils, dans la bande de Gaza sous blocus, Kuperwasser écrivait : « Le problème fondamental n’est pas de savoir s’ils vont nous boycotter ou ne pas nous boycotter. ils vont réussir à implanter dans le discours international qu’Israël est illégitime en tant qu’État juif. »

Kuperwasser, à l’instar d’autres experts israéliens, doit avoir été mécontent, pour ne pas dire quelque peu déconcerté, par la forte réaction internationale face aux crimes de guerre perpétrés par Israël à Gaza, qui a conduit à l’enracinement du BDS dans de nombreuses communautés à travers le monde. Il a affirmé que « l’antisionisme et l’antisémitisme sont la même idée sous un nouveau manteau » et que, par conséquent, tous les partisans de la lutte palestinienne sont avant tout antisémites, fondés sur les critères dits à trois « D » de l’antisémitisme.

La « théorie », inventée par Natan Sharansky, suggère que l’antisémitisme peut s’exprimer par « la délégitimation, la diabolisation et le double sens » à l’encontre d’Israël. Selon ce raisonnement tordu, le BDS s’inscrit parfaitement dans toutes ces catégories, de sorte que tous ses partisans sont racistes et antisémites.

Les théories de Kuperwasser sont désormais la stratégie principale adoptée par le gouvernement israélien, où le ministère des Affaires stratégiques, dirigé par Gilad Erdan, est avant tout un bureau anti-BDS, doté aujourd’hui d’un budget de 72 millions de dollars.

L’euphorie anti-BDS qui a balayé Israël ces dernières années a donné lieu à plusieurs conférences à forte participation et passionnées dans des hôtels de luxe, où des responsables israéliens ont ouvertement menacé des militants du BDS, tels que Omar Barghouti. Lors d’une conférence à Jérusalem en 2016, un haut responsable israélien avait menacé Barghouti d’un « assassinat civil » pour sa responsabilité dans l’organisation du mouvement de boycott.

En mars 2017, la Knesset israélienne a adopté l’interdiction d’accès « anti-BDS », qui permet au ministre de l’Intérieur d’interdire l’entrée dans le pays à tout ressortissant étranger qui « a sciemment lancé un appel public au boycott de l’État d’Israël ».

Depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction, de nombreux partisans du BDS ont été arrêtés, expulsés et interdits d’entrer dans le pays.

Une guerre perdue

Alors qu’Israël a démontré sa capacité à mobiliser des politiciens américains ou européens pour qu’ils soutiennent sa cause, rien ne prouve que le mouvement BDS soit impacté ou en train de s’affaiblir.

Au contraire, la stratégie israélienne a soulevé la colère de nombreux militants de la société civile et des groupes de défense des droits civils, choqués par la tentative israélienne de saper la liberté d’expression dans les pays occidentaux.

Ce n’est que récemment que l’Université de Leeds au Royaume-Uni s’est associée à de nombreux autres campus à travers le monde pour se désinvestir d’Israël.

Cet échec évident d’Israël a obligé Elisha Levy, écrivaine et ancien soldat israélien, à remettre en question les efforts anti-BDS de son gouvernement dans un article récemment publié dans le journal israélien de droite, le Jerusalem Post.

« Au début, je me sentais excité à l’idée que le gouvernement israélien ait finalement reconnu la nécessité de s’attaquer au BDS », a-t-elle écrit. Cette « excitation » s’est rapidement transformée en déception, alors qu’elle se rendait compte que la campagne du gouvernement n’était pas en mesure de répondre au récit beaucoup plus engageant présenté par les partisans du BDS.

Levy pense que la solution consiste à faire en sorte que chaque étudiant juif, en Israël et partout ailleurs, « comprenne les raisons pour lesquelles Israël n’est pas un État d’apartheid, raciste ». Cela ne peut se faire que par un processus d’endoctrinement, dans lequel les étudiants juifs deviennent de « fiers sionistes », capables de « s’intégrer dans n’importe quel environnement social », de manière à pouvoir opposer un contre-récit au BDS.

Levy est l’une des nombreuses voix israéliennes qui voient l’inutilité de l’approche centralisée de leur gouvernement en matière de BDS. Mais ces voix critiques sont elles-mêmes inconscientes du fait que des décennies d’endoctrinement sioniste ont également échoué, non seulement pour renverser l’opinion publique en pleine mutation sur la lutte palestinienne pour la liberté et les droits, mais même pour préserver le sentiment pro-israélien autrefois solide chez les jeunes Juifs, notamment aux États-Unis.

Mais pour les partisans du BDS, chaque stratégie israélienne représente une opportunité de sensibiliser l’opinion publique aux droits des Palestiniens et de mobiliser la société civile du monde entier contre l’occupation israélienne et le racisme.

Le succès de la campagne BDS est dû à la raison même pour laquelle Israël ne parvient pas à contrer ses efforts : il s’agit d’un modèle raisonné de résistance civile populaire basée sur l’engagement, le débat ouvert et les choix démocratiques, tout en étant fondé sur le droit international et humanitaire.

Le « trésor de guerre » israélien finira par se tarir, car aucune somme d’argent n’aurait pu sauver le régime raciste d’apartheid en Afrique du Sud lorsqu’il s’est écroulé il y a plusieurs décennies. Inutile de dire que 72 millions de dollars ne renverseront pas la tendance générale face à l’apartheid en Israël et ne changeront pas non plus le cours de l’Histoire, qui ne peut appartenir qu’aux peuples qui ne ménagent pas leur volonté de parvenir à une liberté tant attendue.

21 novembre 2018 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Traduction : Lotfallah

(*) Note de Résistance 71: Sheldon Adelson, nabab des casinos de Las Vegas est le protecteur et gros bailleur de fonds de la campagne électorale de Donnie “Mains d’enfant” Trump…