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Falsification de l’histoire: Archéologie et idéologie au Moyen-Orient (Uri Avnery)

Posted in actualité, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , on 4 mars 2019 by Résistance 71

 

“Après 70 ans d’excavations et de fouilles extensives sur la terre d’Israël, les archéologues ont trouvé que les actions du patriarque sont des histoires de légende ; nous n’avons pas séjourné en Egypte, ni fait un exode, nous n’avons pas conquis la terre. Il n’y a pas non plus de mention de l’empire de David et de Salomon. Ceux qui s’y intéressent savent tout cela depuis des années, mais Israël est un peuple têtu et ne veut pas en entendre parler.”
~ Professeur Ze’ev Herzog, chef du département d’archéologie et d’études de l’ancien Proche-Orient à l’université de Tel-Aviv, dans un entretien avec le magazine Ha’aretz le 29 octobre 1999 ~

 

La connexion entre archéologie et idéologie au Moyen-Orient

 

Uri Avnery

 

Janvier 2015

 

Source:

https://www.counterpunch.org/2015/01/02/the-connection-between-archaeology-and-ideology-in-the-middle-east/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Ceci est la transcription du discours d’ouverture d’Uri Avnery à la conférence sur “La roche tarpéenne de notre existence, la connexion entre l’archéologie et l’idéologie” du Kinneret College

Avant toute chose, laissez-moi vous remercier de m’avoir invité à parler lors de cette conférence très importante. Je ne suis ni professeur ni docteur en quoi que ce soit, en fait mon plus haut niveau scolaire est celui de collège ; mais comme bien des gens de ma génération, je me suis profondément intéressé à l’archéologie dès mon plus jeune âge.

Je vais essayer d’expliquer pourquoi.

* * *


Ben Gourion et Moshe Dayan

En se demandant quelle est ma connexion avec l’archéologie, certains d’entre vous pourront bien penser à Moshé Dayan.

Après la guerre de juin 1967, Dayan fut une idole nationale et même internationale. Il était aussi particulièrement connu pour sa passion de l’archéologie, son obsession même. Mon magazine à l’époque “Haolam Hazeh” enquêta sur ses activités et trouva qu’elles furent hautement destructrices. Il commença à creuser seul et à collectionner des pièces antiques en provenance de tout le pays. Comme le but principal de l’archéologie n’est pas de sortir des objets de la terre mais aussi de les dater et ainsi de mettre en place une certaine cartographie des sites historiques découverts sur les siècles de leur existence, les fouilles sauvages de Dayan créèrent un certain chaos. Le fait qu’il utilisait aussi des ressources logistiques de l’armée n’arrangea pas les choses, bien au contraire.

Nous avons dans la foulée découvert que non seulement Dayan expropriait les objets qu’il découvrait (par la loi, tous les objets issus de fouilles appartiennent à l’état) et les entreposait chez lui, mais également qu’il était devenu une sorte d’agent de commerce international de ce types d’objets historiques ancien, s’enrichissant de la vente de ces pièces en provenance de “la collection personnelle de Moshé Dayan”.

Le fait d’avoir publié tout cela en d’en avoir parlé à la Knesset (parlement israélien) me distingua tout particulièrement. A cette époque, un institut de sondage de l’opinion publique identifiait chaque année “la personne la plus détestée en Israël”. Cette année là, l’honneur m’en incomba.

* * *

Mais la question importante ne concerna pas la moralité de Dayan mais un problème bien plus profond: Pourquoi Dayan et tant d’entre nous furent si concernés à l’époque par l’archéologie, une science considéré par un grand nombre de personnes comme étant assez fastidieuse voire ennuyeuse ?

Elle nous fascinait profondément.

Cette génération sioniste fut la première née dans le pays (bien que je sois moi-même né en Allemagne). Pour leurs parents, la Palestine n’était qu’une terre abstraite, une terre dont ils avaient rêvé dans les synagogues de Pologne et d’Ukraine. Pour leurs filles et fils nés sur cette terre, cela constituait leur patrie naturelle.

Ils aspiraient à avoir des racines. Ils se baladaient dans tous les recoins du pays, passaient des nuits dans des camps dans le désert, parvinrent à en connaître chaque colline et chaque vallée.

Pour eux, le talmud et tous les textes religieux étaient d’un monstrueux ennui. Le Talmud et les autres écritures avaient entretenu la diaspora juive pendant des siècles mais n’avaient aucun intérêt ici. La nouvelle génération considérait et acceptait la bible hébraïque avec un très grand enthousiasme, non pas comme un livre religieux (la très vaste majorité d’entre nous étions athées), mais comme un chef-d’œuvre inégalé de la littérature hébraïque. Comme ils furent aussi la première génération pour qui l’hébreu rénové était leur langue maternelle, ils tombèrent amoureux avec la langue si vivante et concrète de la bible hébraïque. La langue bien plus ennuyeuse et sophistiquée utilisée dans le talmud et autres livres publiés plus tard les repoussait.

Les évènements bibliques s’étaient déroulés dans le pays qu’ils connaissaient. Les batailles bibliques eurent lieu dans les vallées qu’ils connaissaient, les rois avaient été couronnés et enterrés dans des localités qu’ils connaissaient intimement.

Ils avaient contemplé la nuit, les étoiles de Mediggo, où les Egyptiens combattirent la première bataille enregistrée de l’histoire (et où, d’après le nouveau testament chrétien, la dernière bataille, celle de l’Armaguédon, aura lieu). Ils se tinrent au sommet du Mont Carmel où le prophète Elias avait massacré les prêtres du dieu Baal. Ils avaient visité Hébron, où furent enterrés Abraham et ses deux fils, Ismaël et Isaac, pères des Arabes et des Juifs.

* * *

Cet attachement passionné au pays ne fut en rien pré-ordonné. En fait, la Palestine ne joua aucun rôle dans la naissance du sionisme politique moderne.

Comme je l’ai mentionné auparavant, le père fondateur du sionisme, Théodore Herzl, n’avait pas pensé à la Palestine lorsqu’il inventa ce qui allait devenir le sionisme. Il détestait la Palestine et son climat. Spécifiquement, il détestait Jérusalem, qui pour lui était une ville sale et puante.

Dans la première esquisse de son idée, qui fut adressée à la famille Rothschild, la terre de ses rêves était la Patagonie en Argentine. Là-bas, dans un passé récent, il y eut un génocide (NdT: des Indiens) et la terre était presque inhabitée.

Ce n’est que le sentiment des masses juives de l’Europe de l’Est  qui influença Herzl à rediriger ses efforts vers la Palestine. Dans son livre fondateur du sionisme “Der Judenstaat” (“L’état juif”), le chapitre concernant ce point fait à peine une page et est intitulé “Palestine ou Argentine”. La population arabe n’y est aucunement mentionnée.

* * *

Une fois que le mouvement sioniste dirigea ses pensées vers la Palestine, l’histoire ancienne de ce pays devint une affaire très chaude.

L’appropriation de la Palestine par les sionistes n’était essentiellement fondé que sur le passage de l’Exode décrit dans la bible, la conquête de Canaan, les royaumes de Saul, David et Salomon et tous les évènements qui se déroulèrent à cette époque. Comme quasiment tous les pères fondateurs du sionisme étaient des athées avoués, ils pouvaient difficilement se fonder sur le “fait” que dieu avait personnellement promis la terre à la descendance d’Abraham.

Ainsi, avec l’arrivée des sionistes en Palestine, une recherche archéologique frénétique commença. Le pays fut passé au peigne fin à la recherche de véritables et scientifiques preuves que l’histoire biblique n’était pas juste un ramassis de mythes, mais un narratif historique véridique. Les sionistes chrétiens vinrent même plus tôt.

C’est alors que commença une véritable attaque sur les sites archéologiques. Les couches supérieures des vestiges historiques ottoman, mamelouk, arabe et croisé furent excavés et enlevés afin de mettre à nu la couche plus ancienne des enfants d’Israël et de prouver que la bible disait la vérité.

D’énormes efforts furent dépensés. David Ben Gourion, un érudit biblique auto-proclamé, mena les efforts. Le chef d’état-major de l’armée, Yagael Yadin, le fils d’un archéologue et lui-même archéologue professionnel, fouilla les sites anciens pour prouver que la conquête de Canaan s’était réellement produite. Hélas, sans résultat, aucune preuve ne fut jamais dévoilée.

Lorsque des restes osseux des combattants de Bar Kochba furent découverts dans des grottes du désert de Judée, ils furent enterrés sur ordres de Ben Gourion, dans une grande cérémonie militaire. Le fait incontesté que Bar Kochba eut peut-être occasionné la plus grande catastrophe de l’histoire juive fut occulté.

* * *

Pour quels résultats ?

Aussi incroyable que cela puisse paraître, quatre générations d’archéologues passionnées et dévoués ayant une énorme conviction et d’énormes ressources n’ont fait que produire une seule chose: RIEN.

Depuis le début de ces efforts jusqu’à ce jour, pas une seule preuve tangible de l’histoire [biblique] ancienne n’a été trouvée ni produite. Il n’y a jamais eu aucune indication que le passage biblique dit de l’exode d’Egypte ait eut lieu, ce qui constitue il faut bien le dire, la base même de l’existence de l’histoire juive. Aucune preuve non plus de l’errance de 40 années dans le désert ; aucune preuve de la conquête de Canaan telle qu’elle est longuement décrite dans le livre de Joshua. Le royaume du puissant roi David, qui, selon la bible, s’étendait de la péninsule du Sinaï jusqu’au nord de la Syrie, n’a laissé aucune trace. Une inscription portant le nom de David a été récemment découverte, mais rien qui laisse supposer que celui-ci ait été roi.

Israël apparaît pour la première fois dans de sérieuses recherches archéologiques au gré d’inscriptions assyriennes et qui décrivent une coalition de royaumes locaux qui essayèrent d’arrêter l’avance assyrienne en Syrie. Entre autres, le roi Ahab d’Israêl est mentionné comme le chef d’un fort contingent militaire. Ahab qui régnait sur ce qui est aujourd’hui la Samarie (dans le nord de la Cisjordanie occupée) entre 871 et 852 AEC, n’était pas aimé de dieu, bien que la bible le décrive comme un héros de guerre. Il marque l’entrée d’Israël dans l’histoire vérifiable.

* * *

Tout ceci constitue des pièces négatives à conviction suggérant que l’histoire biblique a été inventée. Comme pratiquement aucune trace de l’époque biblique ancienne n’a été trouvée, cela prouve t’il que tout ceci n’est que pure fiction ?

Peut-être pas. Mais une preuve existe.

L’égyptologie est une discipline scientifique séparée de l’archéologie de la Palestine. Mais l’égyptologie prouve de manière conclusive que l’histoire dite biblique jusqu’au roi Ahab est de fait pure fiction.

Jusqu’à maintenant des dizaines de milliers de documents anciens égyptiens ont été déchiffrés et le travail continue de nos jours. Après l’invasion de l’Egypte par le peuple Hyksos venant d’Asie en 1730 AEC, les pharaons d’Egypte se désolèrent de ce qui se passait en Syrie et en Palestine. Année après année, des espions égyptiens, des commerçants et des soldats rapportèrent dans le détail les évènements qui se produisaient dans toute ville de Canaan. rien n’a été trouvé dans les archives ressemblant de près ou de loin à quelque évènement tel que mentionné dans la bible. (unej simple mention d’”Israel” sur une stèle égyptienne est pensée se référer à un tout petit territoire au sud de la Palestine)

Même si on voulait penser que la bible en fait ne fait qu’exagérer de véritables évènements, le fait est que même pas une toute petite mention de l’exode, de la conquête de Canaan ou des royaumes de David et Salomon n’a été retrouvée.

Tout ceci ne s’est tout simplement jamais produit.

Est-ce important ? Oui et non.

La bible n’est pas histoire réelle. C’est un monument littéraire et religieux qui a inspiré des millions et des millions de gens au travers des siècles. Elle a formé les esprits de générations et de générations de juifs, de chrétiens et de musulmans.

Mais l’histoire per se est quelque chose d’autre. L’histoire nous dit ce qui s’est réellement produit.

L’archéologie est un outil de terrain de l’histoire, un outil de très grande valeur pour comprendre ce qui s’est passé.

Ce sont deux disciplines différentes et ne peuvent co-exister. Pour les religieux, la bible est une affaire de croyance, de foi. Pour les non-croyants, la bible hébraïque est une œuvre d’art, peut-être la plus grande de toute. L’archéologie est quelque chose de totalement différent: une affaire de faits réels, sobres, prouvés et dûment répertoriés.

Les écoles israéliennes enseignent la bible comme l’histoire réelle. Ceci veut dire que les enfants israéliens n’apprennent que ses chapitres, vrais ou fictifs. Lorsque je me suis plains un jour de ceci à la Knesset demandant que l’histoire complète du pays au travers des âges soit enseignée, incluant les chapitres de l’histoire impliquant les Mamelouks et les Croisés, alors le ministre de l’éducation commença à m’appeler “le Mamelouk”.

Je continue de penser que chaque enfant de ce pays, israélien et palestinien, devrait apprendre l’histoire réelle totale, depuis les temps anciens jusqu’à aujourd’hui, avec toutes les couches qu’elle comprend. Ceci est le fondement de la paix, la véritable roche tarpéenne de notre existence.

URI AVNERY (1923-2018) est un écrivain israélien, activiste de la paix avec Gush Shalom.

= = =

Lectures complémentaires:

Effondrer le colonialisme

Ashraf Ezzat Mythe Biblique

 

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Résistance au colonialisme: Crimes israéliens… quand la France lave plus blanc que blanc !…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, média et propagande, militantisme alternatif, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 4 novembre 2017 by Résistance 71

Crimes israéliens: la France lave plus blanc !

 

Ali Abuminah

 

3 novembre 2017

 

Source:

http://chroniquepalestine.com/crimes-israeliens-france-lave-plus-blanc/

 

 

La France s’active à aider Israël à blanchir ses crimes.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement français a condamné l’expansion rapide des colonies dans le territoire palestinien occupé par Israël, qualifiant ses actions « d’illégales en vertu du droit international ».

Mais comme des déclarations similaires d’autres gouvernements européens, ce n’était que des mots.

La vraie politique de la France est d’offrir à Israël son soutien et des récompenses sans aucune condition, quels que soient les crimes qu’il commet.

Un bon exemple en est le festival de propagande de la Saison France-Israël 2018 organisé par l’Institut Français, la branche culturelle internationale du gouvernement français, en collaboration avec Israël.

Accuser les Palestiniens

Selon l’Institut français : « La Saison France-Israël 2018 marquera une nouvelle et importante étape dans les relations entre les deux pays. Elle mettra à l’honneur, dans tous les domaines de la création, les liens étroits et de haut niveau qui existent déjà, tout en traçant des lignes d’horizon pour l’avenir.  »

Avec des événements de grande ampleur en France et en Israël, l’initiative vise à présenter « l’image des deux pays […] à travers des formes et des expressions des plus contemporaines ».

LIRE EGALEMENT : Une interview de José-Luis Moraguès : « Le BDS s’oppose radicalement au sionisme et à sa vision raciste du monde »

Le principal co-organisateur israélien du festival est Emmanuel Halperin, un présentateur de télévision et ancien diplomate qui a fait la promotion de la propagande anti-palestinienne.

Halperin a déclaré l’année dernière que les Palestiniens cherchent la « destruction d’Israël » grâce à une « stratégie très perverse ». Selon Halperin, les Palestiniens veulent « laisser la situation pourrir » afin de soumettre Israël à la pression internationale.

Il a également affirmé que les Palestiniens voulaient qu’Israël maintienne son siège brutal de Gaza imposé depuis dix ans afin de « ternir l’image d’Israël dans la communauté internationale ».

Effacer la Nakba

Le choix de 2018 pour ce festival de propagande ne peut être une coïncidence. L’année prochaine marque le 70e anniversaire de la Nakba, le nettoyage ethnique des Palestiniens par les milices sionistes afin d’établir l’État israélien sur les ruines de la société palestinienne.

La semaine dernière, des militants de BDS France, un groupe soutenant la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, se sont rassemblés devant le siège de l’Institut français à Paris pour « dénoncer la scandaleuse opération de propagande France-Israël 2018 visant à renforcer les relations entre la France et l’apartheid régime. »

« Nous ne nous laissons pas berner par des appels au dialogue quand ils concernent un État qui utilise la culture dans le but politique de restaurer son image internationale », a déclaré BDS France. « La culture ne peut jamais blanchir Israël de ses crimes, persécutions et discriminations, que ce soit contre les populations de Gaza et de Cisjordanie, les Palestiniens vivant en Israël ou les réfugiés ».

Des élus menacés

Pendant ce temps, la campagne de répression menée par les autorités françaises contre les citoyens qui militent pour demander des comptes à Israël se poursuit.

Plus tôt ce mois-ci, la police a convoqué quatre élus municipaux de la ville d’Ivry, dont le maire, pour enquêter sur les déclarations qu’ils ont faites en faveur du boycott des biens issus des colonies israéliennes.

LIRE EGALEMENT : Le combat à venir : 13 questions sur les origines et les objectifs du BDS et sur la guerre menée contre lui

Les déclarations ont été faites lors d’un débat l’an dernier, lorsque le conseil de cette municipalité de la banlieue parisienne a voté à une large majorité pour demander au gouvernement français de mettre fin à la répression à l’encontre du mouvement BDS, et qu’il interdise l’importation des biens produits dans les colonies.

La plainte de la police a été déposée par le BNVCA, un groupe de pression israélien qui se fait passer pour une organisation antiraciste.

La résolution de la ville est conforme à un consensus international croissant sur le fait que le commerce des biens issus de la colonisation devrait être interdit.

Mais maintenant, les responsables d’Ivry pourraient être accusés de « provocation publique à la discrimination » simplement pour avoir été dans le sens de ce consensus selon lequel Israël devrait être obligé de respecter le droit international.

Philippe Bouyssou, un des responsables visés par la plainte, a qualifié l’intervention policière « d’attaque intolérable à la liberté d’expression ».

Au cours de sa campagne électorale au début de cette année, le président Macron a promis que, s’il était élu, il poursuivrait la campagne de répression de son prédécesseur contre le mouvement BDS.

Contrairement à l’enthousiasme manifesté par la France pour la promotion des intérêts d’Israël, elle est restée silencieuse pendant deux mois entiers au sujet de la détention par Israël, sans inculpation ni jugement, de Salah Hamouri, un défenseur des droits humains de nationalité palestino-française.

Résistance politique: Israël… état ou lobby ? (entretien Dr Oberlin)

Posted in actualité, crise mondiale, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , on 26 avril 2016 by Résistance 71

“Pour mener leur projet à bien, les penseurs sionistes clâmèrent le territoire biblique et le recréèrent, en fait le réinventèrent même comme le berceau de leur nouveau mouvement nationaliste. Ce qu’ils voyaient était une Palestine occupée par des ‘étrangers’ et qui devait être repossédée. Des ‘étrangers’ ici voulait dire tout non-juif qui avait vécu en Palestine depuis la période romaine. De fait, pour beaucoup de sionistes, la Palestine n’était même pas une ‘terre occupée’ quand ils arrivèrent dessus en premier lieu en 1882, mais c’était plutôt une terre ‘vide’. Les Palestiniens natifs qui y vivaient étaient des invisibles ou s’ils ne l’étaient pas faisaient partie des obstacles naturels à surmonter, à conquérir et à retirer. Rien, ni les pierres ni les Palestiniens ne devait faire obstacle à la ‘rédemption’ nationale de la terre que le mouvement sioniste convoitait…”

~ Illan Pappe, 2007 ~

 

Christophe Oberlin: “Israël n’est pas un état c’est un lobby”

 

Entretien du Dr. Christophe Oberlin avec Silvia Cattori

 

23 avril 2016

 

url de l’article:

http://arretsurinfo.ch/christophe-oberlin-israel-nest-pas-un-etat-cest-un-lobby/

 

Entretien avec Christophe Oberlin, chirurgien français, un des meilleurs connaisseurs de la politique palestinienne. Il a consacré plusieurs ouvrages à témoigner de ce qu’il a observé lors de ses multiples missions chirurgicales à Gaza.

Le 26 juin 2006, le caporal franco-israélien Gilad Shalit est capturé par un commando palestinien lors d’une attaque menée, via un tunnel, au sud de Gaza. Détenu dans un lieu gardé secret, il ne sera finalement libéré qu’après cinq ans de négociations secrètes indirectes entre Israël et le Hamas, le 18 octobre 2011, en échange de la libération de 1027 prisonniers palestiniens.

Dans l’intervalle deux opérations meurtrières auront été menées par l’armée israélienne contre la bande de Gaza, en 2006 et en 2008-2009, faisant plus de 1500 morts et près de 6000 blessés palestiniens.

Dans son dernier ouvrage intitulé L’échange – Le soldat Shalit et les Palestiniens(1), Christophe Oberlin retrace toute cette période, marquée par une résistance héroïque, noyée dans le sang par Israël. Il dévoile le douloureux sort des prisonniers palestiniens dont la détention illégale – contrairement à Shalit – n’a jamais retenu l’attention de la presse occidentale traditionnelle.

Il répond ici aux questions de la journaliste Silvia Cattori.

Silvia Cattori: Vous relevez qu’en juin 2006, au moment de la capture du soldat Shalit, 9500 Palestiniens croupissaient dans les geôles israéliennes, «dont près de 10% enfermés en détention administrative, c’est- à-dire sans charge ni jugement», en butte à des abus et difficultés de tous ordres. Le délit de «menace pour la sécurité d’Israël s’appliquant à des actions comme la participation à une manifestation ou à la distribution d’un tract», vous soulignez que, de 1967 à 2006, 650 000 Palestiniens ont été incarcérés à ce titre dans des prisons israéliennes et que, «à la date de la capture de Shalit, c’est 40% de la population masculine palestinienne adulte qui a été déjà emprisonnée au moins une fois en Israël». Ce sont des chiffres qui font tourner la tête. Il s’agit de Palestiniens vivant sous occupation, abusés, kidnappés et violentés par Israël en toute impunité. Doit-on en conclure que l’occupant se sert systématiquement de l’emprisonnement arbitraire pour briser l’esprit de résistance des Palestiniens ? Cette politique a-t-elle changé depuis 2006 ? Quel est aujourd’hui son impact ?

Christophe Oberlin: La stratégie israélienne a été jusqu’à présent une stratégie de destruction physique, économique, mentale de tout ce qui est situé au-delà du Mur.  On peut dire sans risque de se tromper que c’est un échec sur les trois plans. Quatre cents Palestiniens naissent chaque jour, et les Palestiniens sont majoritaires sur le territoire de la Palestine historique ; celle qui a été reconnue comme État par la Société des Nations et à exercer la souveraineté d’éditer des passeports palestiniens entre 1922 et 1947. Un État certes sous mandat, mais un État au sens politique wébérien du terme. Aujourd’hui sur l’ensemble contrôlé par Israël, le territoire de 1948, la Cisjordanie, Gaza, le Golan, les Palestiniens sont majoritaires.

Sur le plan économique les Palestiniens survivent, difficilement mais ils survivent. La situation à Gaza est particulièrement difficile, mais on peut penser que la dictature du maréchal Sissi ne sera pas éternelle : la situation économique des Égyptiens est pire que celle des Palestiniens de Gaza.

Enfin, mentalement, les Palestiniens n’ont jamais été aussi forts : la répression produit notamment des élites ultra-éduquées encore plus revendicatives que la génération précédente.

À ce triple échec s’ajoute le soulèvement de la jeunesse en cours qui, de l’aveu même du directeur d’état-major de l’armée israélienne, impose pour la première fois depuis 1948 une réorientation stratégique vers une stratégie de défense et d’alerte précoce. C’est le territoire de 1948 lui-même qui est menacé, alors que des vidéos circulent sur les médias sociaux montrant des soldats israéliens fuyant à l’annonce d’un Palestinien peut-être armé d’un seul couteau.

Silvia Cattori: Les médias de l’establishment ont souvent parlé du cas Shalit. Comment expliquez-vous que, quand il s’agit des détentions arbitraires et de l’usage de la torture dans les prisons israéliennes qui frappent les Palestiniens, ils n’en parlent jamais? Pourquoi ces deux poids deux mesures?

Christophe Oberlin: La période de détention de Shalit entre 2006 et 2011 correspond, j’ose l’espérer, à la fin d’une époque qui est celle d’un contrôle massif des médias par le lobby sioniste. Ce lobby est un navire qui fait eau de toutes parts. Ce qui se passe dans les prisons israéliennes n’est pas encore diffusé, mais les crimes de guerre comme les assassinats de civils désarmés sont désormais filmés et médiatisés, à tel point qu’Israël pour la première fois est obligé d’en tenir compte. Les dossiers s’accumulent sur le bureau de la Cour pénale internationale, comme autant de nuages dans le ciel israélien. Quant au fait d’avoir utilisé à fond la double nationalité de Shalit [franco-israélien] pour prétendre le faire libérer, ce fut en réalité une chance pour les Palestiniens qui en ont profité à fond lors des négociations.

Silvia Cattori: Vous rappelez que Mahmoud Abbas (2) s’est d’abord précipité pour condamner la capture de Shalit. N’est-ce pas là une pure trahison de la cause palestinienne? L’Autorité palestinienne a-t-elle une quelconque crédibilité ?

Christophe Oberlin: Des livres entiers pourraient être écrits sur les trahisons de l’Autorité palestinienne, et on pourrait citer les deux plaintes pour crime de guerre déposées à la Cour pénale internationale par les Palestiniens et bloquées, transitoirement, par l’Autorité palestinienne.

Mais voyons les choses plus largement. Lorsqu’on n’arrive pas à se mettre d’accord sur une question, c’est souvent que celle-ci est mal posée. Israël n’est pas un État, c’est un lobby. Un lobby utilise tous les moyens, mensonge, illégalité, violence. Cela ne sert à rien de tenter de négocier avec un lobby. L’Autorité palestinienne n’a intrinsèquement aucune autorité, légalement aujourd’hui aucune légitimité. Elle est financée en tant que supplétif d’un pouvoir colonial. Il n’y a donc rien à attendre de deux acteurs qui jouent une pièce de théâtre qui n’a rien à voir avec la réalité.

Silvia Cattori : Pendant que l’attention du public est tournée vers les guerres atroces qui se déroulent dans les pays voisins, qu’Israël a du reste contribué à fomenter, celui-ci semble n’avoir rien à craindre. Le temps et le chaos jouent-ils en sa faveur selon vous ?

Christophe Oberlin: Je crois plutôt que c’est l’inverse. Malgré les épreuves inqualifiables imposées aux populations du Proche-Orient, la balkanisation souhaitée n’est pas en train de s’accomplir. L’embargo puis les guerres occidentales en Irak n’ont pas soustrait ce pays à la sphère iranienne. L’État syrien, au sens exact du terme, n’a pas disparu pour toujours. La construction d’un Liban tribal est un échec. Quant à Israël il est frappant de constater un basculement qui s’exprime aujourd’hui bien au-delà des spécialistes ou des militants. On parle de moins en moins des frontières de 1967. (3) Le constat est là : un État basé sur la guerre permanente externe et interne n’a pas d’avenir. Et l’égalité des droits, revendication anticoloniale bien classique, cela signifie la disparition du sionisme et l’avènement d’un État palestinien où tous auront les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Je vous remercie infiniment.

Propos recueillis par Silvia Cattori le 23 avril 2016

(1) L’échange, le soldat Shalit et les Palestiniens, par Christophe Oberlin, Editons Erick Bonnier: 2016.

(2) L’Autorité palestinienne, basée à Ramallah, est maintenue au pouvoir par l’aide financière de l’UE

(3) La narration véhiculée par le lobby occulte le fait que l’injustice remonte à la création d’Israël en 1948 et non pas en 1967

Colonialisme et génocide: Le massacre en règle des Palestiniens continue…

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Assassinats en masse de Palestiniens

 

Rashid Shahin

 

27 janvier 2016

 

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15866 (avec vidéos)

 

Ce qui se passe ici ce ne sont pas seulement des assassinats sans procès, ou des assassinats extrajudiciaires, mais des crimes de guerre, ou des crimes contre l’humanité.

Ce qui se passe dans les territoires occupés palestiniens ce ne sont pas des assassinats extrajudiciaires de civils palestiniens, ce sont des exécutions pures et simples sur ordre d’hommes/de femmes politiques haut placés et de généraux militaires.

Lorsque la ministre des affaires étrangères suédoise, Margot Wallstrom a réclamé l’ouverture d’une enquête sur les assassinats extrajudiciaires d’Israël, elle a été méchamment attaquée par des hommes/femmes politiques israéliens ; une campagne de haine et d’incitation fut déchainée contre elle dans les médias de masse israéliens.

Les dirigeants israéliens ne sont pas habitués à de pareilles critiques de la part de dirigeants occidentaux, c’est la raison pour laquelle les déclarations de Mme Wallstrom les ont choqués et perturbés.

Les hommes et femmes politiques israéliens craignent que de telles déclarations n’encouragent d’autres dirigeants du monde à lui emboiter le pas et à leur tour à critiquer Israël et dénoncer ses crimes en prélude à une condamnation d’Israël sur la scène internationale.

Si c’est en effet le cas, cela signifie que l’immunité dont jouissent Israël et ses dirigeants depuis la création de l’état sioniste, prendra fin, ce qui les effraie et les affole.

Ils se croient immunisés contre toute critique depuis sept décennies et pensent qu’Israël est au-dessus du droit international.

Depuis le début de l’actuelle Intifada, les exécutions d’enfants et de jeunes Palestiniens sont quasi quotidiennes. Des vidéos qui ont largement circulé partout dans le monde montrent clairement que des Palestiniens ont été la cible de tirs et ont été tués sans avoir commis de délit. De nombreuses vidéos montrent que les accusations portées par les autorités d’occupation avaient été inventées de toute pièce.

En regardant ces vidéos il n’est pas nécessaire d’être spécialiste pour se rendre compte s’il s’agit d’une exécution sommaire ou d’une mise en scène ; de nombreuses vidéos montrent clairement comment les couteaux ont été placés sur les lieux, et beaucoup d’autres montrent que les victimes palestiniennes ne représentaient aucune menace d’aucune sorte.

Des vidéos montrent que des victimes ont été laissées se vider de leur sang jusqu’à ce que mort s’en suive, d’autres montrent à quel point la société israélienne peut être raciste, surtout lorsque des colons sionistes entonnent des chants et insultent les victimes, comme ce fut le cas pour l’enfant Ahmad Manasrah, qui gisait dans son sang dans la rue, et qui fut injurié, attaqué et battu par la police d’occupation.

Les dirigeants mondiaux doivent avoir les tripes de dire les choses telles qu’elles sont ; ce qui se passe ici ce ne sont pas seulement des assassinats sans procès, ou des assassinats extrajudiciaires, mais des crimes de guerre, ou des crimes contre l’humanité.

Ce que font les forces d’occupation dans les territoires occupés sont des crimes ; appeler les choses par leur véritable nom et qualifier de crimes les actes commis par ces forces d’occupation peut les amener à hésiter à tuer et à tirer sur la base de simples soupçons.

Si l’Occident commence à décrire la réalité de la situation due à l’occupation telle qu’elle est , ceci irritera les dirigeants sionistes d’Israël et les fera reconsidérer leur attitude à l’intérieur des territoires occupés.

 

 

 

Colonialisme et falsification historique… Suite 2

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“Pendant des siècles, la bible a été observée par les trois cultures monothéistes du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam, comme un travail divinement inspiré, une preuve de la manifestation de dieu et de sa prééminence. Avec la montée des nationalismes dans les temps modernes, elle a commencée à être de plus en plus vue comme un travail de composition humaine comme une reconstruction de leur passé. Même dans l’Angleterre protestante pré-nationaliste, et plus encore parmi les colons puritains d’Amérique du Nord et d’Afrique du Sud, le livre devint, par un jeu d’anachronismes et d’une imagination fertile, une sorte de modèle idéal pour la formation d’une collectivité politico-religieuse moderne […]

De cette façon, la bible devint un livre séculier que les élèves lisent pour apprendre au sujet de leurs aïeux, ces mêmes enfants qui plus tard marchent fièrement comme soldats se battant dans des guerres de colonisation et d’indépendance.”

~ Schlomo Sand (2009) ~

 

Colonialisme et la falsification de l’histoire

Colonialisme et la falsification de l’histoire suite

 

Il n’y a pas d’histoire juive

 

Extraits du chapitre 17 du livre de Gilad Atzmon “The Wandering Who ?” (2011)

 

Gilad Atzmon (& Schlomo Sand)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le professeur d’histoire de l’université de Tel Aviv Schlomo Sand ouvre sa remarquable étude sur le nationalisme juif “Comment le peuple juif fut inventé” (2009, première édition en hébreu, 2008, édition française 2010) en citant Karl Deutsch: “Une nation… est un groupe de personnes uni par une erreur commune au sujet de leurs ancêtres et un dédain commun de leurs voisins.” Aussi simpliste que cela puisse paraître, cette citation résume éloquemment le nationalisme moderne juif et spécifiquement ce qui a trait à l’identité juive. Cela montre du doigt l’erreur collective que les juifs tendent à faire à chaque fois qu’on se réfère à leur “passé collectif” illusoire ou leur “origine collective”.

Dans ce livre, Sand émet un sérieux doute sur le fait que le peuple juif ait jamais existé en tant que nation ou race, ait jamais partagé des origines communes. Au lieu de cela, ils sont un mélange coloré de différents groupes qui, au travers différentes étapes de l’histoire, adoptèrent le judaïsme comme religion. Quand fut donc “inventé” le peuple juif ? Sand répond: “A un moment donné au XIXème siècle, des intellectuels d’origine juive en Allemagne, influencés par la caractéristique de la notion de “Volk” ou “peuple” du nationalisme allemand, décidèrent d’inventer un peuple “rétrospectivement”, provenant de cette soif de créer un peuple juif moderne.

Ainsi, en accord avec ceci, le “peuple juif” est une notion inventée, consistant en un passé imaginaire ayant très peu de chose pour le soutenir historiquement, archéologiquement ou textuellement. De plus Sand est parvenu à la conclusion en étudiant les sources disponibles depuis l’antiquité, que l’exil juif est aussi un mythe et que les Palestiniens d’aujourd’hui ont bien plus de chances d’être les descendants directs de l’ancien peuple sémite de Judée/Canaan, que la population actuelle d’origine prédominante Khazar et Ashkénaze, à laquelle Sand admet lui-même appartenir.

[…]

 Nationalisme et nationalisme juif

… Tout comme Karl Deutsch, Sand regarde la nationalité comme étant un narratif fantasmagorique. Des études appronfondies historiques et anthropologiques sur les origines des différents soi-disants “peuples” et “nations”, mènent de manière embarrassante, à l’effondrement de toute notion d’ethnicité ou d’identité ethnique. Il est ainsi intéressant de constater que beaucoup de juifs tendent à prendre leur propre mythe ethnique très sérieusement. Je ne vois que deux explications possibles pour cette insistance. L’une a été offerte par l’universitaire israélien Benjamin Beit-Hallahmi il y a quelques années. Le sionisme, dit-il, a émergé de la bible et l’a transformé d’un texte spirituel en un “cadastre” de la terre. La seconde explication est psycho-analytique: c’est en fait le manque de réalité factuelle ou de narratif historique cohérent qui mène à l’émergence d’une telle fable fantasmagorique, suivie par une volonté de fer et un agenda pragmatique.

[…]

Il n’y a pas d’histoire juive

C’est un fait parfaitement établi qu’il n’y a virtuellement aucun texte historique juif écrit entre le 1er et le début du XIXème siècle. Que le judaïsme soit fondé sur un mythe historique religieux a sûrement quelque chose à faire avec cela. La scrutinisation intensive du passé juif ne fut jamais une préoccupation principale de la tradition rabbinique.

[…]

Comme le dit si bien Sand: “Une séquence chronologique des évènements était quelque chose de complètement étranger au temps judaïque de l’exil où prévalait une condition d’alerte constante en adéquation avec ce moment tant attendu de l’arrivée du Messie.” Ce manque apparent total d’intérêt pour l’histoire, l’historicité et la chronologie est crucial pour bien comprendre l’identité politique juive.

[…]

En 1820, L’historien juif allemand Isaak Markus Jost (1793-1860) publia le premier travail historique sérieux sur les Juifs et leur histoire depuis près de deux mille ans, son “Histoire des Israélites”. Jost évita la période biblique, préférant commencer son voyage historique avec le royaune de Judée et compila également une historiographie des différentes communautés juives dans le monde. Il réalisa que les juifs de son temps ne formaient pas une continuité ethnique et comprît que les Israélites étaient bien différents d’un endroit à un autre. Ainsi pensa t’il qu’il n’y avait rien pouvant empêcher l’assimilation totale de ceux-ci et que dans l’esprit de l’illumination, les Allemands et les Juifs tourneraient le dos aux institutions religieuses oppressives et formeraient une nation saine, fondée sur un sens d’appartenance géographique croissant.

Bien que Jost fut conscient de la montée des nationalismes en Europe, ses contemporains israélites n’étaient pas en accord avec sa lecture libérale et optimiste du futur juif. “A partir de l’historien Heinrich Graetz, les historiens juifs allemands commencèrent à tirer l’histoire du judaïsme en tant que l’histoire d’une nation qui fut un “royaume” chassé et en “exil”, devenant un peuple errant qui ultimement fit demi-tour et retourna sur son lieu de naissance.

Pour le philosophe socialiste juif allemand Moses Hess, c’était la lutte raciale plutôt que la lutte des classes qui définirait à terme l’Europe. Ainsi, il suggéra que les juifs se devaient de réfléchir sur leur héritage culturel et leur origine ethnique. Pour Hess, le conflit entre juifs et gentils était le produit de la différenciation raciale et était ainsi inévitable.

Le chemin idéologique de l’orientation raciste pseudo-scientifique de Hess à l’historicité sioniste est on ne peut plus clair. Si les Juifs sont de fait une entité raciale étrangère (comme le pensait Hess, Jabotinsky et d’autres…), ils devaient alors réellement considérer retourner sur leur terre naturelle, Eretz Yitzraël. Mais la continuité raciale de Hess ne fut pas endorsée scientifiquement. Afin de maintenir le narratif fictionnel qui émergeait, un mécanisme de déni orchestré devait être mis en place pour empêcher certains faits historiques embarrassants d’interférer.

Le nouvel Israélite, la bible et l’archéologie

En Palestine, les nouveaux juifs et plus tard les Israéliens furent déterminés de recruter l’Ancien Testament et à le transformer en un code unifiant le futur du peuple juif. La “nationalisation” de la bible planterait dans les esprits des jeunes juifs l’idée qu’ils étaient les descendants directs de leurs illustres ancêtres.

Gardant à l’esprit le fait que la nationalisation était largement un mouvement séculier, la bible fut dépouillée de sa signification religieuse et spirituelle. Au lieu de cela, elle fut regardée comme un texte historique décrivant la “véritable” chaîne d’évènements du passé.

[…]

Ce qui était encore plus préoccupant était le fait qu’au lieu d’une entité supra-naturelle (dieu) ne leur commande d’envahir et de commettre un génocide contre les habitants indigènes de la “terre promise” (les Canéens), dans le projet de résurrection nationale juif c’était eux-mêmes, les Hertzl, Jabotinsky, Weizman, Ben-Gourion, Sharon, Perès, Barak, Nétanyahou, Lieberman et autres, qui décideraient qui expulser et qui tuer. Dieu ne tuait plus au nom du peuple juif, les juifs le faisaient eux-mêmes. Ils le faisaient avec des symboles juifs décorant leurs chars d’assaut, leurs avions et suivaient des commandements délivrés en hébreu, la nouvelle langue restaurée de leurs “ancêtres”.

[…]

Alors que la recherche archéologique devenait de plus en plus indépendante du dogme sioniste, des vérités dérangeantes commencèrent à faire surface. Il devint impossible d’ancrer l’authenticité des contes bibliques dans des faits dûment vérifiés. Si rien d’autre, l’archéologie réfute l’historicité de la bible: Le livre, d’après les universitaires et érudits non-juifs comme Thomas Thompson, est une “collection tardive de littérature innovatrice écrite par un théologien très doué.

Comme le fait remarquer Schlomo Sand, le narratif biblique de l’origine est imbibé de Philistins, d’aramaïque et de dromadaires. Aussi loin que les fouilles nous l’ont prouvé, les Philistins ne sont pas apparus avant le 12ème siècle Av. J.C, les Araméens apparaissent un bon siècle plus tard et les dromadaires n’ont pas montré leurs délicieuses frimousses avant le 8ème siècle av. J.C.

Pas beaucoup plus n’a été trouvé dans le désert du Sinaï pour prouver l’histoire du légendaire exode d’Egypte, durant lequel apparemment, 3 millions d’Hébreus, hommes, femmes et enfants, marchèrent là pendant 40 ans sans jamais laisser une seule boule de Mazza derrière eux. L’histoire biblique de la relocation des Hébreus dans le pays Canéen et le génocide des goyim habitant la terre promise (ce que les Israélites modernes refont avec tant de succès..) paraît là encore, n’être qu’un autre mythe. Jéricho, la ville gardée écrasée par le son des trompettes hébraïques et par l’intervention toute puissante super-naturelle, n’était juste qu’un tout petit village au 13ème siècle Av. J.C.

Plus que tout, Israël se voit comme la résurrection du monumental royaume du roi Salomon. Et pourtant, des fouilles nombreuses dans la vielle ville de Jérusalem dans les années 1970 ont révélé que le royaume de David n’était rien d’autre qu’une toute petite enclave. La preuve que, selon l’archéologue israélien (et vice chef d’état major de la force de défense israélienne) Yigal Yadin, on pouvait retracer cela au roi Salomon, fut plus tard réfuté par des tests de datation au Carbone-14. De tels faits scientifiquement vérifiables jettent les chercheurs sionistes dans la plus complète des confusions.

La bible est une fiction et pas grand chose de ce qu’elle raconte ne peut confirmer en substance la glorification du peuple juif en Palestine à quelque étape historique que ce soit. La bible apparaît plutôt comme un test idéologique qui a été fait pour servir des buts socio-politiques bien précis.

Qui a inventé les Juifs ?

Qui sont les Juifs ? D’où viennent-ils ? Comment se fait-il qu’au cours de différentes périodes historiques, ils apparaissent dans tant d’endroits isolés différents ?

Bien que la plupart des juifs contemporains soient profondément convaincus que leurs ancêtres sont les Israélites bibliques qui furent brutalement exilés par les Romains, la vérité est que les juifs contemporains n’ont rien à voir avec ces anciens Israélites, qui ne furent du reste jamais envoyé en exil, l’exil par les Romains est juste un autre mythe juif.

Schlomo Sand dit ceci: “J’ai commencé à étudier et à faire des recherches sur l’exil de la terre, mais à mon grand étonnement, j’ai découvert qu’il n’y a aucune littérature à ce sujet. La raison en est que personne n’a exilé le peuple du pays. Les Romains n’ont pas exilé les gens et ils n’auraient pas pu le faire même s’ils l’avaient voulu. Ils n’en avaient pas les moyens logistiques, pas de trains, de camions pour déporter des populations entières. Ce type de logistique n’a pas existé avant le XXème siècle.

C’est ainsi que mon livre est né: dans la réalisation que la société judaïque ne fut pas dispersée et ne fut pas exilée.

La pensée que la grande flotte impériale romaine travailla 7 sur jour 7, 24 heures sur 24 pour déporter Moishe’le et Yanke’le vers Cordoba et Tolède peut aider les juifs à se sentir importants, mais le bon sens commun nous dicte que l’armada romaine avait de bien plus importantes choses à faire. Plus intéressant en est la conclusion: si le peuple d’Israël ne fut pas expulsé, alors les véritables descendants des habitants du royaume de Judée doivent être les Palestiniens. Sand nous dit encore: “Aucune population ne peut demeurer pure sur des centaines et des milliers d’années, mais les chances que les Palestiniens soient les descendants de l’ancien peuple judaïque sont bien plus grandes que celles que vous ou moi ne le soyons. Les premiers sionistes, jusqu’à la révolte arabe de 1936-39, savaient qu’il n’y avait eu aucun exil, et que les Palestiniens descendaient des habitants de la terre. Ils savaient que les fermiers ne quittent jamais leur terre à moins d’y être contraints et forcés. Même Yitzak Ben-Zvi, le second président d’Israël, écivit en 1929 que “la vaste majorité des fermiers n’ont pas leurs origines chez les conquérants arabes, mais plutôt avant cela, dans les fermiers juifs qui furent nombreux et une majorité dans la construction de la terre.

[…]

Après 1936, Ben-Gourion et Ben-Zvi tempérèrent leur enthousiasme “multiculturel”. Aussi loin que Ben-Gourion était concerné, le nettoyage ethnique des Palestiniens semblait bien plus plaisant.

Si les Palestiniens sont les “véritables Juifs”, alors qui sont ces gens qui s’appellent eux-mêmes Juifs ? La réponse de Schlomo Sand est simple et sensée: “Ce ne sont pas les gens qui se sont dispersés, mais la religion du judaïsme. Le judaïsme fut une religion de conversion. Contrairement à l’opinion courante, dans les premiers temps du judaïsme, il y eut une grande soif de conversion des autres. Les religions monothéistes étant bien moins tolérantes que les religions polythéistes, elles ont l’envie de s’étendre. (NdT: Il n’y a pas de traces historiques de Celtes, de Gaulois, de Vikings, de Germains, de Mélanésiens, d’Iroquois ou d’Apaches menant des guerres de conquêtes pour imposer leur religion aux autres, chose qui suppose une relation ethnocidaire voire génocidaire avec autrui. Les religions monothéistes seules et les sociétés étatiques qu’elles ont créés, en ont le monopole. Le monopole de l’intolérance barbare, ironiquement au nom de la “civilisation, de l’humanisme et du progrès”…).

L’expansionisme juif des premiers temps ne fut pas similaire au prosélytisme chrétien, mais ce fut en fait l’expansionisme juif qui planta le zèle de la conversion chez les premiers chrétiens à la fois dans leur pensée et dans leur pratique.

Les Juifs d’Espagne, dont on croit qu’ils furent les descendants de sangs des anciens Israélites, apparaissent en fait comme des Berbères convertis. Sand dit ceci: “Je me suis posé la question de savoir comment et pourquoi de si grandes communautés juives sont apparues en Espagne ; puis j’ai vu que Tariq Ibn Ziyad, le commandant en chef des musulmans qui conquirent l’Espagne, était un Berbère et la plupart de ses soldats étaient des Berbères. Le royaume berbère juif de Dahia al-Kahina avait été défait juste 15 ans auparavant. Il y a un grand nombre de sources chrétiennes disant que bon nombre des conquérants de l’Espagne étaient des convertis au judaïsme. La racine profonde de la source de la grande communauté juive en Espagne était ces soldats Berbères convertis au judaïsme.

Comme on pourrait si attendre, Sand approuve la théorie largement acceptée que des Khazars judaïcisés constituent l’origine principale des communautés juives d’Europe de l’Est, qu’il appelle la “nation yiddish”. Lorsqu’on lui demande pourquoi ces Juifs parlent le yiddish, largement vu comme un dialecte allemand médiéval, il répond: “Les Juifs sont une classe de gens dépendant de la bourgeoisie allemande dans l’Est et ils en ont adopté les mots de l’Allemand.

Sand nous laisse avec la conclusion inévitable que les Juifs contemporains n’ont pas une origine commune, que leur origine sémite est un mythe. Les Juifs n’ont aucune origine en Palestine que ce soit et ainsi leur action de soi-disant “retour” doit-être compris comme un prétexte à une invasion expansioniste tribale.

[…]

A l’encontre d’autres “nouveaux historiens” qui ont essayé de minimiser les présomptions de l’historiographie sioniste, Sand ne se contente pas de remonter à 1948 ou même aux débuts du sionisme, mais il remonte dans l’histoire des milliers d’années. A l’encontre des “nouveaux historiens” qui révèlent une vérité connue de tout gamin palestinien, à savoir la vérité du fait d’être ethniquement nettoyé, le corps de recherche et d’idées de Sand peut ouvrir la porte à d’autres recherches sur la signification du nationalisme juif, de l’identité juive et de la politique juive. La lecture critique de Sand concernant l’histoire juive pose le cadre de toujours plus de discussions sur la notion juive de l’historicité et de la temporalité. Comprendre ces deux notions cruciales fournira la clef intellectuelle pour démanteler le pouvoir politique juif et pourra même aider les Juifs à se racheter de leurs discours et de leurs actions politiques très dangereux. (NdT: Ici, Atzmon vraisemblablement “pique” un peu à demi-mot l’historien israélien Ilan Pappe et son excellente recherche publiée dans son livre “The Ethnic Cleansing of Palestine”, 2006, qui ne s’attache qu’à l’histoire contemporaine du nettoyage ethnique de la Palestine. Le livre de Pappe est une référence dans le domaine et couvre la période de 1878 à 2006…)

Si Sand a raison, alors les Juifs, plutôt que d’être une race, sont composés d’un collectif de beaucoup de personnes qui a été détourné par un mouvement nationaliste fondé sur des mythes. Si les Juifs ne sont pas une race et n’ont rien à voir avec le sémitisme, alors le terme ‘antisémistisme” est, catégoriquement, vide de sens. En d’autres termes, la critique du nationalisme juif, du lobbying juif et du pouvoir juif ne peut être faite qu’en tant que critique légitime d’une idéologie, d’une politique et d’une pratique.

Les ennemis idéologiques d’Israël sont engagés dans un amer conflit avec l’état et ses soutiens. Pourtant, le problème n’est pas juste Israël en soi, son armée ou son leadership politique ; c’est en fait une guerre contre une idéologie exclusive, un fantasme qui a phagocyté l’occident et, du moins momentanément, l’a diverti de ses inclinaisons humanistes et des ses aspirations athéniennes. Lutter contre un esprit est bien plus difficile que de lutter contre un peuple, parfois seulement parce qu’on doit d’abord combattre ses traces en notre sein. Si nous voulons combattre Jérusalem, nous aurons à confronter le Jérusalem à l’intérieur de nous-mêmes.

Fin du chapitre

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Plus loin dans le chapitre 22, Atzmon a cette réflexion lumineuse:

L’idéologie sioniste se présente comme un narratif historique et cela m’a pris bien des années pour saisir vraiment que le sionisme, l’identité juive, la politique et l’idéologie sont en fait des assauts directs et brutaux sur l’histoire, la notion d’histoire et la temporalité. En fait, la politique nationale juive est une tentative de placer le peuple d’Israël au-delà de la temporalité historique. Une fois que le passé juif est cimenté, scellé, la destinée et les actions opératrices peuvent être déduites: d’une perspective sioniste, les Juifs de la diaspora devraient adhérer et soutenir le projet de retour à la terre, le peuple palestinien devrait faire place nette, les super-puissances occidentales devraient tout financer etc. Une telle vision aliène ses suiveurs de la temporalité et de la Morale. Ceux qui continuent à vouloir critiquer la validité de l’argumentation sioniste sont réduits au silence. Ceux qui suivent la philosophie politique juive et sioniste sont condamnés à s’éloigner inexorablement de l’humanisme et de l’humanité.

Une telle explication commence alors à jeter la lumière sur la conduite israélienne et sur le soutien juif des crimes de guerre d’Israël.

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Source:

“The Wandering Who? A Study of Jewish Identity Politics”

Gilad Atzmon, Zero Books, 2011, UK