Archive pour irak ingérence et déstabilisation

Mafia coloniale yankee, corruption et racket organisés… Les raisons derrière l’assassinat du général iranien Soleimani (Veterans Today et New Eastern Outlook)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, documentaire, guerre iran, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , on 13 janvier 2020 by Résistance 71


« La guerre est un racket » (Gen. Smedley Butler USMC)

 

De nouveaux faits qui changent tout: la vérité à gerber du pourquoi l’Iran a donné une leçon aux Etats-Unis

 

Gordon Duff avec NEO

 

11 janvier 2020

 

url de l’article:

https://www.veteranstoday.com/2020/01/11/neo-new-facts-change-everything-the-sickening-truth-about-why-iran-schooled-america/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une information est venue à la lumière qui accuse les Etats-Unis pas seulement de l’assassinat de Soleimani mais aussi de l’assassinat de plus de 300 manifestants irakiens lors des manifestations de la fin 2019 [novembre]…

En fait, il est possible de prouver que les Etats-Unis non seulement organisèrent les manifestations en Irak, mais sont aussi directement responsables de la mort de centaines de manifestants, quelque chose qu’ils firent déjà sur la place de Maïdan à Kiev, Ukraine en 2014, en Libye en 2011 et au Caire en 2009.

Dans chacun de ces évènements, l’assassinat de ces manifestants mena à un changement de régime favorable aux Etats-Unis. bien que les preuves d’un évènement faux-drapeau sur la place de Maïdan à Kiev soient débordantes et irréfutables, ceci [les évènements récents d’Irak] est la véritable “arme encore fumante” (NdT: c’est le cas de le dire…) qui établit clairement que l’armée américaine est une organisation terroriste.

Commençons notre histoire…

L’assassinat du général iranien Soleimani aux mains de Pompeo (NdT: ex-CIA boss et actuel “ministre des affaires étrangères yankee”), Esper et Trump (NdT: alias “Donnie mains d’enfant”…), fut bien plus que ce que beaucoup assument n’être que de l’arrogance et de l’ignorance.

Il est aussi faussement assumé que l’occupation américaine des pays riches en pétrole et en opium d’Asie est motivée par l’intérêt national ou du moins en partie, même si toute petite. Ceci est aussi faux, complètement faux.

L’histoire en toile de fond de l’assassinat de Soleimani est enracinée dans les émeutes explosives et les mystérieux assassinats qui poussèrent à la démission du premier ministre irakien Mahdi le 30 novembre 2019.

Mahdi était en fonction depuis un an et s’occupait pour la toute première fois, l’énorme problème de corruption en Irak, un problème endémique à toute nation qui a l’infortune d’être occupée par les Etats-Unis.

L’Irak possède une majorité chiite qui a doucement assumée une domination politique après des années d’oppression et de suppression exercées sous le régime de Saddam Hussein (NdT: lui même mis en place par la CIA). De fait, ce fut le général Soleimani qui vint en Irak en 2003 pour organiser les milices chiites, aujourd’hui les Unités de Mobilisation Populaires (UMP), maintenant intégrées à l’armée irakienne, pour lutter avec les forces américaines qui renversaient le parti Baath.

Trump affirme qu’il a fait assassiner Soleimani à cause de sa participation à la mort d’Américains durant cette période alors qu’en fait, Soleimani était étroitement allié des Américains, au moins jusqu’à l’époque où les Etats-Unis choisirent d’entrer en conflit avec l’Iran en 2007. Ceci est une autre histoire que nous raconterons une autre fois, une de ces histoires également emballée dans le mensonge et le double jeu.

Ce qui est critique pour comprendre ces évènements, c’est de comprendre le véritable rôle des Etats-Unis en Irak. Pour ce faire, il est important et nécessaire de comprendre pourquoi le parlement irakien a voté à l’unanimité de virer les troupes américaines. L’histoire derrière tout ceci est bien plus profonde que la simple mort de Soleimani, bien plus, et elle a été étouffée, supprimée. Cette histoire implique un narratif géopolitique bien plus vaste qui a transpiré lorsque l’Irak sous le PM Mahdi a essayé de retirer la botte américaine qui lui écrase le cou. Le journaliste italien Federico Pieraccini a enquêté sur l’affaire derrière le discours de Mahdi à l’assemblée nationale irakienne, la portion enregistrée de cette allocution ne répondant en rien aux véritables questions au sujet du pourquoi l’Irak prendrait une telle décision si drastique que de virer la soldatesque yankee, mettant ainsi fin à un plan de corruption de un milliard de dollars par an qui a engraissé tant de politiciens sunnites.

Pieraccini nous dit ceci:

“[le porte-parole du Conseil des Représentants d’Irak] Halbousi a assisté à une session du parlement alors que pratiquement aucun des membres sunnites ne le fit. Ceci parce que les Américains avaient appris qu’Abdoul Mahdi prévoyait de révéler des secrets très sensibles durant cette session et envoyèrent Halbousi pour l’empêcher.

Halbousi a coupé la parole de Mahdi au début de son intervention et demanda pour que la retransmission en direct de la session soit arrêtée. Après ça, Halbousi et d’autres membres du parlement se sont assis à côté de Mahdi, lui parlant ouvertement mais sans que tout ceci ne soit enregistré. Voici ce qui fut discuté dans cette session et qui ne fut pas retransmis:

Abdoul Mahdi parla, très en colère, au sujet du comment les Américains avaient ruiné le pays et refusaient maintenant de terminer l’infrastructure et les projets de grille d’électricité à moins qu’on ne leur promette 50% des revenus du pétrole, ce que Mahdi refusa.”

(Note de R71: l’article de Federico Pieraccini en français ici:

https://lecridespeuples.fr/2020/01/10/derriere-la-propagande-les-veritables-raisons-de-lassassinat-de-qassem-soleimani/ )

Cet accord [de l’Irak] avec la Chine fut le résultat de l’abandon par Mahdi de toute tentative de travailler avec les Etats-Unis après des années avoir été témoin de voir sa nation saignée à blanc.

Ce n’est un secret pour personne que de dire que les Etats-Unis n’ont eu que très peu de rôle dans le combat contre l’EIIL / Daesh et, si on demandait à la majorité chiite des citoyens irakiens, la plupart insisterait sur le fait que les Etats-Unis ont amené (construit) l’EIIL en Irak avec l’aide de l’Arabie Saoudite.

On m’a expliqué dans des réunions à Bagdad en janvier 2014 avec des leaders sunnites, comment l’EIIL / Daesh devait renverser l’influence chiite et garantir que l’Irak demeure sous l’influence américano-saoudienne.

Les leaders sunnites, qui contrôlaient des commandements militaires clefs et des gouvernorats, préfectures de province, planifiaient de simplement transférer les affaires de terrain à l’EIIL / Daesh et l’ont fait, ce malgré mes avertissements.

Quelques mois plus tard, plusieurs des personnes que j’avais alors rencontrées avaient été décapitées par Daesh. “L’effet boomerang” en quelque sorte…

Quand à l’accord de Mahdi avec la Chine, ceci précipita le coup mis en scène par les Américains comme nous allons le voir, ce qui suit provient du [think-tank] Middle East Institute ou Institut du Moyen-Orient:

“En arrivant à Pékin le 19 septembre à la tête d’une délégation de 55 membres, le premier ministre irakien Abdoul Mahdi a décrit sa visite en Chine comme un “saut quantique” dans les relations bilatérales. La visite de 5 jours culmina avec la signature de 8 memoranda de compréhension aux vastes aspects, un cadre d’accord de crédit et l’annonce de plans pour l’Irak à rejoindre la ceinture d’initiative routière (BRI) ou nouvelle “route de la soie”. Depuis lors quoi qu’il en soit, une vague de manifestations anti-gouvernementales a traversé l’Irak, faisant plus de 100 morts et des milliers de blessés, rappel vivace de la lutte permanente du pays pour la stabilité et des obstacles pour une consolidation des relations plus avant entre l’Irak et la Chine.”

Ces manifestations anti-gouvernement sont attribuées à des menaces proférées par Donald Trump comme nous le errons dans le texte complet de l’adresse de Mahdi au parlement ci-dessous. La logique est simple. l’accord avec la Chine fut le meilleur effort de l’Irak de s’occuper du chômage et de l’inégalité économique rampants dans le pays, pourquoi quelqu’un voudrait-il le saboter ? Plus sur le leadership de Mahdi ci-dessous, une fois de plus en provenance du think-tank du Middle East Institute (Institut du Moyen-Orient) :

“Depuis le début de 2018, le gouvernement central irakien a assidument travaillé pour capitaliser sur la défaite territoriale de Daesh, qui, trois ans plus tôt avait renversé et contrôlé près du tiers du pays. Une relation efficace entre le gouvernement irakien et le Gouvernement Regional du Kurdistan (NdT: GRK, du nord de l’Irak, dominé par le clan mafieux Barzani, inféodé aux USA et à Israël, qui occupent la place…) semi-autonome avait été rétablie. Après des retards à répétition dus à une série d’incidents liés à la sécurité, le nouveau passage frontalier Qaïm avec la Syrie a été réouvert. La planification pour la construction d’un nouvel oléoduc de pétrole brut de Kirkouk à la Turquie est en marche.

Pourtant, bien que l’Irak soit entré dans une période de calme relatif, le pays doit faire face à une multitude de défis. La situation sécuritaire dans le pays est précaire. D’après un rapport récent du Pentagone, Daesh a consolidé ‘ses capacités insurrectionnelle en Irak.’ Dans le même temps, le gouvernement irakien peine à maintenir le délicat équilibre dans ses relations avec ses alliés clef que sont les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et l’Iran, tout en essayant d’éviter d’être un nouveau front dans une guerre par procuration entre l’Iran et Israël. Le 1er juillet 2019, le PM Mahdi a décrété l’intégration de toutes les milices irakiennes à l’armée, incluant les Unités de Mobilisation Populaires (UMP, chiites).”


Pères fondateurs de Daesh…

Ce n’est qu’avec un contexte bien plus large et une chronologie compréhensive que nous pouvons évaluer à sa juste valeur la bourde énorme de Trump ici. Mais on ne peut aussi évaluer la nature des méthodes de Trump qu’au travers d’une traduction intégrale et non truquée de la nature critique de l’échange entre Trump et Mahdi qui mena à l’assassinat de Soleimani.

Finalement, l’adresse complète d’Abdoul Mahdi au parlement irakien a été rendue accessible, elle remplit maintenant les vides que l’occident a laissés afin de soutenir le narratif très étriqué livré au Congrès des Etats-Unis.

“Voici pourquoi j’ai visité la Chine et signé un accord important avec eux pour qu’ils fassent les construction [à la place des Etats-Unis]. A mon retour, Trump m’a appelé pour me demander de renier cet accord. Lorsque j’ai refusé, il m’a menacé de déchaîner d’énormes manifestations contre moi et que cela mettrait un terme à mon mandat de premier ministre.

Ces énormes manifestations contre moi se sont bien matérialisées et Trump m’a appelé de nouveau pour me menacer que si je ne renonçait pas et ne m’alignait pas sur ses demandes, alors il enverrai des tireurs d’élite des Marines sur les hauts bâtiments pour cibler les manifestants et les forces de sécurité afin de mettre la pression sur moi.

J’ai encore refusé et ai donné ma démission. Jusqu’à aujourd’hui, les Américains insistent pour que nous renions notre accord avec les Chinois.

Après ça, lorsque notre ministre de la défense a déclaré publiquement qu’une tierce partie ciblait manifestants et personnels de sécurité (comme Trump l’avait menacé), j’ai reçu un nouvel appel de Trump me menaçant de me tuer moi et le ministre de la défense si nous continuions à parler de cette “tierce partie”.

J’étais supposé le [Soleimani] rencontrer plus tard dans la matinée lorsqu’il a été tué. Il venait pour délivrer une réponse de l’Iran au message que nous avions délivré en intermédiaire aux Iraniens de la part des Saoudiens. La déclaration du royaume en regard des évènements d’Irak montre bien son point de vue sur l’importance de la désescalade pour sauver les pays de la région et leurs peuples des nouveaux risques inhérents à toute escalade.

Le royaume d’Arabie Saoudite n’a pas été consulté en ce qui concerne la frappe des Etats-Unis. A la lumière du développement très rapide des évènements, le royaume exprime toute l’importance de la retenue afin de se préserver d’actions qui pourraient mener à une escalade et à de sévères conséquences.

L’Arabie Saoudite envoie une délégation aux Etats-Unis pour plaider la retenue envers l’Iran et ce au nom des états du Golfe Persique. Le message sera: “S’il vous plaît, épargnez-nous une nouvelle guerre.””

Il est aussi très clair que l’arrogance de Trump dans ses folles menaces contre l’Irak et sa volonté d’assassiner le militaire le plus important dans la véritable guerre contre le terrorisme, est fondée sur ce que l’essayiste et ancien agent de la CIA Robert David Steele appelle “le culte de la promotion de West Point 1986” et que la revue Politico appelle la “West Point Mafia.”

Steele postule que cette promotion, une clique de “vilains petits canards”, a poussé Trump d’un échec à l’autre. De Stratfor:

“Depuis leur sortie de l’académie militaire de West Point en 1986, les carrières de Mike Pompeo, Ulrich Brechbuhl, Brian Bulatao, Mark Esper, David Urban et Mark Green se sont périodiquement croisées ; elles ont maintenant convergé dans l’administration Trump.”

Ce sont ces petits génies qui ont dit à Trump que l’Iran n’avait que de vieux missiles de l’ère soviétique de type “Scud” au carburant liquide, sans sytème de guidage et à la précision erratique. Bien entendu, aucun d’eux n’a une réelle expérience militaire, autre que “chauffeurs de fauteuils dans les burlingues”…

Puis la surprise est arrivée : la pluie de missiles iraniens sur la base aérienne américaine d’Aïn al-Asad, missiles qui se sont joués de la défense antiaérienne des missiles “Patriot” qui a enregistré “0” interception. Pire encore, les missiles iraniens haute technologie a carburant solide n’ont pas touché leurs cibles à quelques mètres près, mais à bien moins d’un mètre, plus proche même.

Similairement, lorsque des missiles ont plongé sur les bâtiments dits “consulaires”, en fait des dépôts d’armes, à l’aéroport international d’Erbil, dans la région kurde du nord de l’Irak, les Etats-Unis ont nié que des cibles y avaient été touchées, affirmant qu’ils avaient intercepté deux des trois missiles et que le troisième avait “largement manqué” sa cible.

Puis, comme c’est souvent le cas, le personnel américain depuis leurs appartements de résidence juste au sud de l’endroit, ont téléchargé leurs vidéos sur Youtube.

Trois missiles = trois frappes directes, dramatiques explosions que les Américains ont semblé particulièrement apprécier…

Nous entrons maintenant dans un nouveau monde, pas seulement celui où l’Amérique a reçu une “leçon” mais aussi celui où le rôle des Etats-Unis est exposé au grand jour, celui d’occupant, de terroriste et de voleur.

= = =

Notre dossier « Assassinat gen Soleimani par Trump »

 


« In hoc signe vinces »

Ingérence impérialiste au Moyen-Orient: L’Incroyable aveu de l’ex barbouze en chef du pays du goulag levant (ex-USA)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , on 21 novembre 2014 by Résistance 71

L’aveu époustoufflant de David Petraeus sur l’Irak

 

IRIB

 

20 novembre 2014

 

url de l’article:

http://french.irib.ir/info/moyen-orient/item/349401-epaulée-par-les-miliciens-chiites-et-sunnites,-l-armée-irakienne-a-repoussé-les-daeshistes-petraeus

 

On connaît bien cet ex chef de la CIA et général quatre étoiles, pour sa contribution effrénée au projet du grand Moyen-Orient. Et ce sont, justement, ces mêmes caractéristiques, qui font de son aveu quelque chose d’unique, dans son genre . « Epaulée par les miliciens chiites et sunnites, l’armée irakienne a repoussé les Daeshistes », a déclaré, David Petraeus, ancien chef de la CIA.

L’ancien chef de l’Agence Centrale de du renseignement, (CIA), David Petraeus, a confirmé les avancées réalisées par l’armée irakienne, épaulée par les miliciens chiites et sunnites, face à Daesh; mais de sa bouche, cet aveu est un aveu d’impuissance. Il laisse entendre que les Etats Unis n’ont joué aucun rôle digne de ce nom, dans la lutte contre Daesh, que la guerre de Daesh est loin d’être une guerre entre Chiites et Sunnites, et que l’Irak n’a, nullement, besoin d’être secouru par une armée étrangère, pour relever les défis sécuritaires auxquels il est confronté, en raison, justement, des ingérences US!!

Ingérence occidentale en Irak: L’ÉIIL financé et commandé par les Saoudiens, entraîné et armé par l’occident, remplit son rôle de mercenaire du N.O.M

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, colonialisme, guerre Libye, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , on 18 juin 2014 by Résistance 71

L’ÉIIL (« Daesh ») est commandé par le frère du ministre des affaires étrangères soaudien, armé par la CIA, financé par l’Arabie et encadré par des officiers de terrain américains, britanniques et français… Le tout aux ordres de l’oligarchie mondiale pour disséminer toujours plus de chaos destructeur, que ces ordures voient comme constructeur du gouvernement mondial. Les pièces du puzzle se rassemblent pas à pas.

Article connexe de Manlio Dinucci

— Résistance 71 —

 

Washington relance son projet de partition de l’Irak

 

Thierry Meyssan

 

16 Juin 2014

 

url de l’article:

http://www.voltairenet.org/article184270.html

 

Le brusque écroulement de l’État irakien est présenté par la presse internationale comme la conséquence de l’attaque du groupe terroriste ÉIIL. Mais qui peut croire qu’un État puissant, armé et organisé par Washington, pourrait s’écrouler en moins d’une semaine devant un groupe jihadiste officiellement indépendant de tout État ? En outre, qui peut croire que ceux qui soutiennent l’ÉIIL en Syrie condamnent sincèrement son action en Irak ? Thierry Meyssan révèle le dessous des cartes.

Depuis 2001, l’état-major des États-Unis tente de fracturer le « Proche-Orient élargi » en une multitude de petits États ethniquement homogènes. La carte de la région remodelée a été publiée en juillet 2006 [1]. Elle prévoit de diviser l’Irak en trois, un État sunnite, un chiite et un kurde.

L’échec d’Israël face au Hezbollah, à l’été 2006 [2], et celui de la France et du Royaume-Uni face à la Syrie, en 2011-14, laissaient penser que ce plan avait été abandonné. Il n’en est rien : l’état-major US tente de le reprendre par l’intermédiaire de ces condottières modernes que sont les jihadistes.

Les événements survenus en Irak la semaine dernière doivent être vus sous cet angle. La presse internationale insiste sur l’offensive de l’Émirat islamique en Irak et au Levant (ÉIIL ou « Daesh » en arabe), mais celle-ci n’est qu’une partie de la vaste action en cours.

L’offensive coordonnée de l’ÉIIL et des Kurdes

En une semaine, l’ÉIIL a conquis ce qui devrait devenir un Émirat sunnite tandis que les peshmergas ont conquis ce qui devrait être l’État kurde indépendant.

L’armée irakienne, formée par Washington, a donné Ninive aux premiers et Kirkouk aux seconds. Sa structure même de commandement a facilité sa désagrégation : les officiers supérieurs devant en référer au cabinet du Premier ministre avant de déplacer leurs troupes étaient à la fois privés d’initiative d’ensemble et installés comme des roitelets sur leurs zones d’action. Dès lors, il était facile au Pentagone de corrompre certains officiers pour qu’ils incitent leurs soldats à faire défection.

Les parlementaires, convoqués par le Premier ministre Nouri-al-Maliki, ont également fait défection et n’ont pas voté l’état d’urgence faute de quorum, laissant le gouvernement sans possibilité de riposte.

Sans autre choix pour sauver l’unité de son pays, M. al-Maliki a fait appel à tous les alliés imaginables. Il a d’abord sollicité son propre peuple en général et la milice chiite de son rival Moqtada el-Sadr en particulier (l’Armée du Mahdi), puis les Gardiens de la Révolution iraniens (le général Qassem Suleimani, commandant la Force Jérusalem est actuellement à Bagdad), enfin les États-Unis auxquels il a demandé de revenir et de bombarder les assaillants.

La presse occidentale souligne, non sans raison, que la manière de gouverner du Premier ministre a souvent heurté à la fois la minorité sunnite arabe et les laïques du Baas, tant elle est apparue principalement favorable aux chiites. Cependant, ce constat est relatif : les Irakiens ont reconduit, lors des élections législatives du 30 avril, la coalition de Nouri al-Maliki. Celle-ci a obtenu un quart des voix, soit trois fois plus que le mouvement de Moqtada el-Sadr, le reste des voix étant éparpillé entre une multitude de petits partis.

La préparation de l’offensive contre l’autorité de Bagdad

L’offensive de l’EIIL d’un côté et des Pehmergas de l’autre a été préparée de longue date.

Le Kurdistan irakien a commencé à voir le jour, sous la protection des États-Unis et du Royaume-Uni, avec la zone d’exclusion aérienne décrétée entre les deux invasions occidentales (1991-2003). Depuis le renversement du président Saddam Hussein, il a acquis une très forte autonomie et est entré dans la zone d’influence israélienne. De ce point de vue, il est impensable que Tel-Aviv ait été absent de la prise de Kirkouk. Toujours est-il que l’actuel gouvernement régional d’Erbil a étendu sa juridiction sur l’ensemble de la zone irakienne prévue par l’état-major états-unien pour former le Kurdistan indépendant.

L’ÉIIL est une milice tribale sunnite ayant intégré les combattants d’Al-Qaïda en Irak, après le départ de Paul Bremer III et la remise du pouvoir politique aux Irakiens. Le 16 mai 2010, un responsable d’Al-Qaïda en Irak qui avait été libéré dans des circonstances inconnues, Abou Bakr el-Baghdadi, a été nommé émir et s’est efforcé, par la suite, de placer l’organisation sous l’autorité d’Al-Qaïda.

Au début 2012, des combattants de l’ÉIIL créent en Syrie le Jabhat al-Nosra (c’est à dire le Front de soutien au peuple du Levant), comme branche syrienne d’Al-Qaïda. Ce groupe se développe avec la relance de l’attaque franco-britannique contre la Syrie en juillet 2012. Il est finalement classé « organisation terroriste » par Washington à la fin de l’année, malgré les protestations du ministre français des Affaires étrangères qui salue en eux « des gens qui font du bon boulot sur le terrain » (sic) [3].

Les succès des jihadistes en Syrie, jusqu’au premier semestre 2013, ont modifié l’attractivité de leurs groupes. Le projet officiel d’Al-Qaïda d’une révolution islamiste globale est apparu utopique, tandis que la création d’un État islamique sur un territoire donné semblait à portée de main. D’où l’idée de lui confier le remodelage de l’Irak que les armées US n’étaient pas parvenues à réaliser.

Le relifting de l’ÉIIL a été réalisé au printemps 2014 avec la libération de prisonniers occidentaux qu’il détenait, Allemands, Britanniques, Danois, États-uniens, Français et Italiens. Leurs premières déclarations confirmaient en tous points les informations des services de renseignement syriens : ÉIIL est encadré par des officiers états-uniens, français et saoudiens. Cependant, rapidement les prisonniers libérés faisaient machine arrière et infirmaient leurs propos sur l’identité de leurs geôliers.

C’est dans ce contexte que l’ÉIIL a rompu avec à Al-Qaïda en mai 2014, se posant en rival, tandis qu’Al-Nosra restait la branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie. Bien sûr tout cela n’est qu’affichage puisqu’en réalité ces groupes sont, depuis leur création, soutenus par la CIA contre des intérêts russes (Afghanistan, Bosnie-Herzégovine, Tchétchénie, Irak, Syrie).

Redevenu en mai une organisation régionale (et non plus l’antenne régionale d’une organisation mondiale), l’ÉIIL se préparait à remplir le rôle que ses commanditaires lui avaient assigné il y a plusieurs mois.

L’organisation est certes commandée sur le terrain par Abou Bakr al-Baghdadi, mais elle est placée sous l’autorité du prince Abdul Rahman al-Faiçal, frère du prince Saoud al-Faiçal (ministre saoudien des Affaires étrangères depuis 39 ans) et du prince Turki al-Faisal (ancien directeur des services secrets et actuel ambassadeur à Washington et Londres).

En mai, les al-Faiçal ont acheté une usine d’armement en Ukraine. Des stocks d’armes lourdes ont été transportés par avion vers un aéroport militaire turc, d’où le MIT (services secrets turcs) les a acheminés par trains spéciaux à l’ÉIIL. Il paraît peu probable que cette chaîne logistique ait pu être mise en place sans l’Otan.

L’offensive de l’ÉIIL

La panique qui a saisi la population irakienne est à l’image des crimes commis par l’ÉIIL en Syrie : égorgements en public des « musulmans renégats » et crucifixion des chrétiens. Selon William Lacy Swing (ancien ambassadeur US en Afrique du Sud, puis aux Nations unies, et actuel directeur de l’Office des migrations internationales), au moins 550 000 Irakiens auraient fui devant les jihadistes.

Ces chiffres montrent l’ineptie des estimations occidentales de l’ÉIIL selon lesquelles il ne dispose que de 20 000 combattants au total en Syrie et en Irak. La vérité est probablement 3 fois supérieure, de l’ordre de 60 000 combattants ; la différence étant composée exclusivement d’étrangers, recrutés dans l’ensemble du monde musulman et souvent pas arabes. Cette organisation est devenue la principale armée privée dans le monde, jouant le rôle moderne des condottières de la Renaissance européenne.

Elle devrait encore se développer compte tenu de ses prises de guerre. Ainsi, à Mossoul, elle a saisi le Trésor du district de Ninive, soit 429 millions de dollars en liquide (de quoi payer leurs combattants durant une année complète). En outre, elle s’est emparée de nombreux Humvees et de 2 hélicoptères de combat qu’elle a immédiatement intégrés à son dispositif. Les jihadistes n’ayant pas les moyens de former des pilotes, la presse internationale laisse entendre que ce sont d’anciens officiers baasistes du président Saddam Hussein. C’est hautement improbable, d’une part compte tenu de la guerre opposant les baasistes laïques aux jihadistes qui constitue la toile de fond de la guerre en Syrie, et surtout parce que des pilotes ayant interrompu leur entraînement durant plusieurs années ne sont plus aptes au combat..

Réactions internationales

L’offensive des Peshmergas et de l’ÉIIL était attendue par les partisans de l’Arabie saoudite dans la région. Ainsi, le président libanais Michel Suleiman (qui avait conclu une allocution en janvier par un retentissant « Vive l’Arabie saoudite ! » à la place d’un « Vive le Liban ! ») a tenté par tous les moyens d’obtenir une prolongation de son mandat (expirant le 25 mai) pour les six mois à venir, de manière à être aux manettes durant la crise actuelle.

Quoi qu’il en soit, les réactions internationales à la crise irakienne sont incohérentes : tous les États, sans exception condamnent l’ÉIIL en Irak et dénoncent le terrorisme, alors que certains d’entre eux —les États-Unis et leurs alliés— considèrent au même moment l’ÉIIL comme un allié objectif contre l’État syrien, et que quelques uns commanditent cette offensive —les États-Unis, l’Arabie saoudite, la France, Israël et la Turquie—.

Aux États-Unis, le débat politique public oppose les Républicains, qui demandent un redéploiement militaire en Irak, aux Démocrates, qui dénoncent l’instabilité suscitée par l’intervention de George W. Bush contre Saddam Hussein. Ce petit jeu oratoire permet de masquer que les événements en cours servent les intérêts stratégiques de l’état-major et qu’il y est directement impliqué.

Il se pourrait cependant que Washington ait piégé Ankara. L’ÉIIL aurait tenté au même moment de prendre le contrôle du tombeau de Süleyman Şah, en Syrie dans le district de Raqqa. Ce tombeau est propriété de la Turquie qui dispose sur place d’une petite garnison en vertu de la clause d’exterritorialité du Traité d’Ankara (imposé par le colonisateur français en 1921). Mais cette action peut très bien avoir été commanditée par la Turquie elle-même qui avait envisagé de trouver ainsi un prétexte d’intervention ouverte en Syrie [4].

Plus grave, lors de la prise de Mossoul, l’ÉIIL a fait prisonniers 15 diplomates turcs et leurs familles ainsi que de 20 membres des forces spéciales turques à leur consulat, provoquant la colère d’Ankara. L’ÉIIL avait également arrêté des chauffeurs de poids lourds qui ont été relâchés ultérieurement. La Turquie, qui a assuré la logistique de l’attaque de l’ÉIIL, se sent trahie sans que l’on sache pour le moment si elle l’a été par Washington, Riyad, Paris ou Tel-Aviv. Cette affaire n’est pas sans rappeler l’arrestation, le 4 juillet 2003, de 11 membres des forces spéciales turques par l’armée états-unienne à Souleimanieh (Irak) popularisée par le film La vallée des loups Irak [5]. Cet épisode avait provoqué la plus importante crise des soixante dernières années entre les deux pays.

L’hypothèse la plus probable est qu’Ankara ne prévoyait pas de participer à une offensive aussi large et a découvert en cours de route que Washington programmait de réaliser la création du Kurdistan qu’il avait échouée en 2003. Or, toujours selon la carte publiée en 2006, celui-ci doit inclure une partie de la Turquie, les États-Unis ayant prévu de disséquer non seulement leurs ennemis, mais aussi leurs alliés. L’arrestation des diplomates et forces spéciales turcs serait un moyen d’empêcher Ankara de saboter l’opération.

Arrivant jeudi à Ankara en provenance d’Amman, la représentante spéciale des États-Unis au Conseil de sécurité, l’ambassadrice Samantha Power, a hypocritement condamné les actions de l’ÉIIL. La présence au Proche-Orient de la thuriféraire de l’interventionnisme moral de Washington laisse à penser qu’une réaction états-unienne a été prévue dans le scénario.

De son côté, l’Iran s’est dit prêt à aider à sauver le gouvernement du chiite al-Maliki en envoyant des armes et des conseillers militaires, mais pas de combattants. L’actuel renversement de l’État irakien profite à l’Arabie saoudite, grand rival régional de Téhéran, alors que le ministre des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Faiçal (le frère du patron de l’ÉIIL), l’a invité à négocier.

[1] « Blood borders : How a better Middle East would look », par Ralph Peters, Armed Forces Journal daté Juin 2006.

[2] Lire L’effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations, par Thierry Meyssan, éd. Alphée 2007.

[3] Cité in « Pression militaire et succès diplomatique pour les rebelles syriens », par Isabelle Mandraud (avec Gilles Paris), Le Monde, 14 décembre 2012

[4] « Complot turc pour entrer en guerre ouverte contre la Syrie », Réseau Voltaire, 28 mars 2014.

[5] « L’anti-Hollywood turc à l’assaut des crimes états-uniens », par Mireille Beaulieu, Réseau Voltaire, 5 mai 2006.