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Recolonisation de l’Afrique: Le partage du Nigéria et du Cameroun par la France et le pays du goulag levant (ex-USA)

Posted in 3eme guerre mondiale, actualité, altermondialisme, colonialisme, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, police politique et totalitarisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 14 mars 2015 by Résistance 71

Nous l’avons dit et le redirons sans cesse: Lutter contre l’empire actuel ou tout autre empire, c’est lutter contre le colonialisme toujours bien vivace même s’il a muté depuis sa forme originelle du XVème siècle. Il faut l’éradiquer à la racine pour sauver l’humanité, la solution réside en l’alliance des peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste qui les oppresse également, avec les peuples et nations des pays colonisés, à commencer avec ceux qui sont toujours DIRECTEMENT sous le joug colonial sur les continents des Amériques et d’Océanie.

La racine du mal est le suprématisme euro-américano-centrique, ancré dans la doctrine chrétienne de la découverte fabriquée et appliquée depuis le XVème siècles sur édits papaux du Vatican.

— Résistance 71 —

 

Le projet franco-américain de partage du Nigéria et du Cameroun se concrétise

 

Ibrahima Séne

 

11 Mars 2015

 

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http://www.michelcollon.info/Le-Projet-franco-americain-de.html?lang=fr

 

Le Nigéria, en Afrique de l’Ouest, et le Cameroun en Afrique centrale, sont ainsi devenus des verrous à faire sauter pour le contrôle total du Golfe de Guinée par les USA, et de la Zone sahélo-sahélienne par la France. En effet, la puissance économique du Nigéria, ainsi que les ressources pétrolières du Golfe de Guinée et la présence effective de la Chine dans la zone, dérangent les grandes puissances du monde.

En Afrique, nous vivons dans un monde d’affrontements économiques entre nations, opposant deux blocs : les nouvelles puissances planétaires que sont désormais la Chine, l’Inde, la Russie regroupés avec d’autres au sein des BRICS, d’une part, et, d’autre part, les Etats-Unis et l’Union Européenne dont la France est le fer de lance. 

Dans le contexte international morose actuel, le choc violent entre les deux blocs est aujourd’hui à l’œuvre tant en Europe de l’Est (crise Ukrainienne), qu’au Moyen Orient (crise Syrienne et Irakienne), et en Afrique, avec la crise dans la Zone Sahélo Sahélienne (Mali et Centrafrique), et la crise dans le Golfe de Guinée (Nigéria et Cameroun). 

Dans ce cadre, le Golfe de Guinée, dont les ressources naturelles sont convoitées de toutes parts, est devenu le champ de bataille où les USA ont déployé une puissante Armée d’intervention, AFRICOM, pour la maîtrise des produits de base nécessaires à leur économie, à l’exclusion des pays des BRICS, la Chine notamment.

Le Nigéria, en Afrique de l’Ouest, et le Cameroun en Afrique centrale, sont ainsi devenus des verrous à faire sauter pour le contrôle total du Golfe de Guinée par les USA, et de la Zone sahélo sahélienne par la France. 

En effet, la puissance économique du Nigéria, ainsi que les ressources pétrolières du Golfe de Guinée et la présence effective de la Chine dans la zone, dérangent les grandes puissances du monde, y compris l’Arabie Saoudite et le Qatar en tant que pays membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Pour ces deux pays de l’OPEP, l’arme de « destruction massive » contre le Nigéria, est la « spéculation à la baisse du prix du baril du pétrole ». 

De même que le Cameroun, qui a connu une diversification géographique de ses partenaires, avec l’augmentation de la part de l’Asie dans les échanges qui est passée de 9% en 2004 à 16% en 2010, contre 68% à 38% pour l’Union européenne, et qui a enregistré, ces trois dernières années, un renversement spectaculaire dans ses rapports avec les bailleurs de fonds.

C’est ainsi que la Chine est devenue, entre 2009 et 2011, le principal bailleur de fonds du Cameroun avec 34% en moyenne du total, loin devant la France qui vient en seconde position avec 17%. 

Le Nigéria et devenu récemment, la première puissance économique de l’Afrique et le pivot central de l’intégration ouest africaine dans le cadre de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest). Le Cameroun est la première puissance économique de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), et le pivot de l’intégration des Etats du Centre dans le cadre de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale). 

En outre, le Cameroun bénéficie d’une position géographique qui lui fait assurer un rôle de jonction entre le Nigeria et l’Afrique centrale, dans le positionnement géostratégique des grandes puissances autour du Golfe de Guinée.

Tous ces deux pays sont la cible directe de BOKO Haram, qui se réclame de l’Etat Islamique, et qui menace leur intégrité territoriale dans le but évident d’entrainer leur effondrement économique, et leur partition en micro Etats. 

En ciblant le Cameroun en plus du Nigéria sans aucune raison politique, Boko Haram s’avère donc être le cheval de Troie de l’offensive franco-américaine pour parachever leur contrôle stratégique dans la zone sahélo sahélienne et dans le Golfe de Guinée. 

Boko haram, ne contrôlant aucune zone pétrolifère, et évoluant dans la partie la plus défavorisée du Nigéria, étonne par sa puissante armée et sa puissance de feu, contre lesquelles l’Etat de la première puissance économique et de la plus puissante armée de la CEDEAO, peine à faire face. 

Ce paradoxe est présenté dans l’opinion internationale comme étant le résultat d’une politique désastreuse de l’Etat dans sa partie Nord, et par la corruption qui le gangrène et rend son armée impotente.

Cependant, l’on peut se demander comment le Nigéria a-t-il pu se hisser à la première place de l’économie du continent, et ses nationaux avoir le contrôle de leur économie, si la corruption y était relativement plus développée que dans les autres pays d’Afrique ? 

Ne nous a-t-on pas toujours dit que la corruption est l’élément explicatif de notre retard économique ? 

De même, l’inefficacité de l’Armée nigériane tient aussi, en grande partie, de l’épée de Damoclès que la Cour pénale Internationale(CPI) tient au-dessus des têtes des autorités gouvernementales et de l’armée, avec la procédure judiciaire qu’elle a entamée pour enquêter sur des allégations de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité », qui seraient commis dans la lutte contre Boko Haram.

En outre, l’incapacité du pouvoir et de l’opposition à se retrouver avec l’appui des organisations de la société civile, pour mettre en place un large front de défense de l’intégrité de leur territoire et de la sécurité de leurs citoyens, n’a pas manqué de jouer sur le moral des troupes qui ne sentent pas derrière elles, le soutien de leur peuple dans cette épreuve. 

Au contraire, les préoccupations électoralistes, qui divisent les forces vives de la Nation, l’emportent sur le sursaut national salvateur, même quand les observateurs prévoient une crise postélectorale majeure, de laquelle l’unité du Nigéria risque de pâtir. 

C’est dans ce contexte que les USA viennent de jeter le masque en critiquant, sous prétexte du respect nécessaire du calendrier électoral, le report des élections décidé par la Commission Electorale du Nigéria, que le principal parti de l’opposition a repris à son compte en organisant des manifestations de désapprobation dans les rues.

Cette position de l’opposition nigériane, qui refuse de voir que l’insécurité au Nord du fait de Boko Haram, transforme en vulgaire parodie de la Démocratie, toute tenue des élections avant son éradication totale, rappelle tristement celle de l’opposition du Mali, dont les conséquences désastreuses ont rendu, aujourd’hui, ce peuple et son armée nationale, impuissants devant les tentatives de matérialisation de la partition du pays. Les USA misent ainsi sur l’opposition pour la tenue de ces élections dans ce contexte d’insécurité et de division politique, qui menace d’instabilité ce pays et sa sous-région. 

De même, après avoir pris la pleine mesure des conséquences de cette crise post-électorale, combinée avec les agressions de Boko Haram, qui vont créer les conditions idéales de partition du Nigéria, avec ses répercussions inévitables sur l’intégrité territoriale du Cameroun, la France a anticipé sur cette situation en perspective. 

C’est la raison pour laquelle, elle a actionné le Tchad, son « bras armé dans la Zone sahélo sahélienne, pour prendre les devants, en occupant militairement une partie du Nigéria, sous prétexte de voler secours à ce peuple meurtri, en y entraînant le Niger, au nom de la défense de sa sécurité ! 

Mais le gouvernement du Cameroun, qui a très tôt perçu les menaces que fait peser Boko Haram sur l’intégrité de son territoire, n’a pas hésité à s’adresser à la Russie pour mieux équiper ses forces armées et de défense.

Les pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) dont le Cameroun est l’un des principaux pivots économiques et militaires, viennent de décider d’un soutien de 50 milliards de francs CFA à ce pays pour mieux faire face, alors que les membres de la CEDEAO se signalent par leur absence totale de solidarité envers le Nigéria. 

Il est vrai que l’unité des forces vives du Cameroun autour de leur gouvernement et de leurs forces armée et de sécurité, a fait cruellement défaut au Nigéria, et sert de prétexte aux Etats de la CEDEAO, dont les Chefs s’alignent derrière les USA sur la question du respect du « calendrier électoral », comme ils le firent au Mali, sans en avoir tiré les conséquences sur les graves risques de partition de ce pays qu’ils ont ainsi favorisés.

Cependant, la France ne se suffit pas de son « bras armé » pour s’assurer une présence durable sur le sol Nigérian, sans être mise à l’index. C’est la raison de son agitation actuelle pour l’envoi d’une force internationale que l’UA avait refusé lors de son dernier sommet qui a promu le Président Mugabe du Zimbabwe à sa tête, compte tenu de l’expérience de ces types d’intervention en Afrique, et récemment au Mali. L’Union africaine avait préféré une forme africaine qui devra compter 8 700 hommes issus des pays de la ligne de front : Cameroun, Tchad, Nigeria, Niger. 

Ainsi, avec ce projet Franco-américain, c’est tout le rêve, qui est investi par les panafricanistes dans la réalisation de la CEDEAO et de la CEEAC, qui risque de se briser. 

Tous ensemble pour le report des élections au Nigéria, la mise en place d’un Gouvernement de salut national, et pour l’annulation des procédures judiciaires de la CPI, pour libérer ce pays de Boko Haram et sauver la CEDEAO et la CEEAC des peuples !

Ingérence de la France en Centrafrique: L’intervention française manœuvre de recolonisation…

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Cela devrait pourtant être clair et établi une fois pour toute… Le colonialisme se cache depuis « l’indépendance » des ex-nations colonisées, derrière le paravent désormais transparent des « guerres humanitaires »…

Le niveau d’imbécilité dans le langage a atteint des sommets encore jamais égalés: comment une guerre peut-elle être être « humanitaire » alors que toute guerre est un racket et l’expression ultime du terrorisme le plus violent, celui du terrorisme d’état !

Consternant non ??.. Et qu’il y ait encore des gens pour acquiescer à de telle manipulation est encore plus consternant !

— Résistance 71 —

 

Centrafrique les raisons cachées de l’intervention française

 

Olivier Ndenkop

 

14 Décembre 2013

 

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http://www.michelcollon.info/Centrafrique-les-raisons-cachees.html?lang=fr

 

Contrairement à l’« impératif humanitaire » agité par le président François Hollande, l’ « Opération Sanguiris » menée par 1 200 soldats français vise à contrer l’arrivée des Chinois et surtout à contrôler les réserves d’or, de diamant et d’uranium présentes dans le sous sol de la Centrafrique. Un pays plus grand que la France et Belgique réunies et où Areva, Total, Bolloré, France Télécom… dictent déjà la loi, malgré les atrocités.

Après la Côte-d’Ivoire de Laurent Gbagbo, la Libye de Kadhafi et le Mali en Afrique de l’Ouest (Opération Serval), la France a décidé le 3 décembre dernier d’intervenir militairement en République centrafricaine (RCA), un pays situé justement au centre de l’Afrique. François Hollande et ses officiers ont attribué le nom d’un papillon aux ailes rouge sang à cette opération militaire : le « Sanguiris ». Cette « Opération Sanguiris » est entrée dans sa phase opérationnelle le 8 décembre, date à laquelle 800 soldats sortis des casernes hexagonales 72 heures avant, ont rejoint leurs collègues à Bangui, capitale de la RCA. Ce ralliement porte à 1 600 le nombre de militaires français dans ce pays étendu sur 622 980 km2 et peuplé de cinq millions d’âmes damnées par un demi-siècle de guerre et de misère tous azimuts. Avant l’ « Opération Sanguiris », l’armée française disposait déjà des troupes suréquipées en Centrafrique. Elles sont stationnées à l’aéroport de Bangui-Mpoko.

Officiellement, l’ « Opération Sanguiris » est la réponse à une « situation catastrophique ». Une réaction « humanitaire », pour sauver « un peuple qui souffre et nous appelle », a déclaré François Hollande le 6 décembre lors du Sommet Afrique-France qui se tenait à l’Elysée. « Les Français doivent être fiers d’intervenir quelque part sans intérêts », a ajouté le « socialiste  » Hollande. Le même jour et au même endroit, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), s’était joint au président français au grand cœur pour saluer la décision ainsi prise par le successeur de Nicolas Sarkozy. Ban Ki Moon avait personnellement fait le déplacement de Paris pour participer à la grand’messe françafricaine organisée et présidée par M. Hollande avec pour thème officiel : « Paix et sécurité en Afrique ». Avant Ban Ki Moon, d’autres fonctionnaires de l’ONU comme Navi Pillay et Jan Eliasson avaient, à tour de rôle, agité le spectre d’un « conflit ethnique et religieux » qui « paralyse la Centrafrique  ». Finalement, l’ONU a voté la résolution 2127 qui autorise une intervention militaire africaine avec l’appui des forces françaises. Quelle suite logique !

La France n’a pas d’intérêts en République centrafricaine : Vrai ou faux ?

Ce serait un non sens que la France qui n’a pas une longue tradition de philanthropie intervienne en Centrafrique tout simplement pour « sauver un peuple qui souffre et nous appelle  ». D’autant plus que les souffrances des Centrafricains ne datent pas de 2013 ! Ce peuple souffre depuis 1960 des turpitudes de ses six présidents successifs : David Dacko, Bokassa Ier, André Kolingba, Ange F. Patassé, François Bozizé, Michel Djotodia. Tous sont arrivés au pouvoir après un coup d’Etat. Et la main de la France, puissance colonisatrice a toujours été perçue ou annoncée derrière ces différents putschs.

La France a des intérêts en Centrafrique. Aujourd’hui, elle contrôle l’économie centrafricaine ou ce qui en tient lieu. Bolloré y a la main mise sur la logistique et le transport fluvial. Castel règne en maître dans le marché de la boisson et du sucre. CFAO y contrôle le commerce des voitures. Depuis 2007, France Telecom est entrée dans la danse. AREVA est présente en RCA même si, officiellement, le géant du nucléaire n’est encore qu’à la phase de l’exploration. Total y renforce son hégémonie dans le stockage et la commercialisation du pétrole, mais doit composer avec Tradex, une société camerounaise spécialisée dans le trading des produits pétroliers. Depuis l’arrivée de Michel Djotodia au pouvoir en mars 2013, un ballet d’hommes d’affaires et de lobbyistes français s’observe à Bangui. Jean-Christophe Mitterrand, Richard Attias, Claude Guéant, Laurent Foucher… s’illustrent par un activisme affairiste en Centrafrique, révèle régulièrement la presse. Et ce n’est pas nouveau.

Lorsque la France installe un nouveau chef à la tête de la Centrafrique, de nouveaux liens d’affaires naissent et se consolident en violation des lois et parfois de l’éthique. Au tournant de la décennie 70 par exemple, une scabreuse affaire, révélée par un journal français, Le Canard enchaîné a présenté aux yeux du monde le type de relations qui existe entre certains présidents français et ces nouveaux dictateurs qu’ils placent à la tête des néo-colonies.

En effet, lâché par la France à qui il avait abandonné l’exploitation de son pays sans se soucier des intérêts de la population, Bokassa Ier (il s’est fait introniser comme empereur pendant son mandat) avait révélé les plaquettes de diamant qu’il offrait en cadeau à son homologue français. Le 10 octobre 1979, l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné porta cette « Affaire » sur la place publique. La classe politique s’en était saisie. L’affaire porta un sérieux coup à la carrière politique du président. Eclaboussé, Giscard d’Estaing fut battu aux élections de 1981 par le « socialiste » François Mitterrand…Autant dire que ce n’est pas en Centrafrique que la France ira faire des leçons de morale !

A la recherche du paradis perdu

Derrière ses multiples « Opérations » guerrières, la France tente bon an mal an de reprendre ses positions économiques en Afrique. Le 4 décembre, alors que les troupes françaises prenaient la direction de Bangui, Pierre Moscovici présidait un forum économique franco-africain à Bercy. Le ministère français de l’Economie avait réuni 560 entrepreneurs français et africains, des ministres et des chefs d’Etat pour tenter de sauver la place de la France en Afrique. Séance tenante, Hubert Védrine, ancien ministre français des relations extérieures, a donné une sorte de bouée de sauvetage au ministre Moscovici à la recherche des quatre points cardinaux ! Il s’agit d’un rapport intitulé : Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Dès le premier point, le Rapport Védrine propose de réviser « la politique française de visas économiques afin de faciliter la circulation des acteurs économiques entre la France et l’Afrique ». Ce qui est déjà une véritable révolution. Jusqu’ici, les entrepreneurs africains qui sollicitaient un visa pour la France étaient soumis aux mêmes conditions draconiennes qu’un adolescent désireux d’aller poursuivre ses études en Hexagone. Comme si un Africain capitaine d’industries prospères dans son pays représentait un risque migratoire pour l’Europe ! Les temps ont changé. Et pour « renforcer l’influence de la France en Afrique » (15ème proposition du Rapport Védrine), les autorités françaises font donc des concessions. Comment pouvait-il en être autrement ? « En dix ans, la France a perdu la moitié de ses parts de marché en Afrique subsaharienne », a reconnu Pierre Moscovici.

Face aux 26 chefs d’Etat qui ont pris part au Sommet de l’Elysée, le président français a multiplié les opérations de charme. Il a annoncé la mise en place d’un fonds d’investissement de 20 milliards. L’hôte des présidents africains a aussi pris l’engagement d’affecter un milliard d’euros à l’Agence française de développement (AFD) pour le soutien du Green business, de l’innovation et des nouvelles technologies en faveur de l’Afrique. En s’inscrivant dans la logique de son ministre des Finances qui a enfin avoué que « l’Afrique est une chance pour la France », M. Hollande veut ainsi reconquérir le cœur des Africains aujourd’hui plus attentifs vis-à-vis de Pékin et de New Delhi. Last but not least, le président français a annoncé la création d’une fondation franco-africaine au sein de laquelle les investisseurs privés français et africains joindront leurs ressources pour plus de valeur ajoutée. Il a fallu trois siècles pour que la France y songe !

La Chine, vraie menace pour l’Elysée

L’Empire du Milieu est inévitablement cité dans le Rapport Védrine comme le principal responsable du recul de la France dans les échanges avec l’Afrique. Ce qui est vrai. En République centrafricaine, la Chine a fait une entrée fracassante dans le secteur du pétrole. Au grand dam de Paris et de son relais néocolonialiste dans la sous région : Idriss Deby.

En effet, arrivé au pouvoir par coup d’Etat en 2003 avec l’aide manifeste de Paris et de N’Djamena, François Bozizé qui a eu le temps de se faire élire en 2005 n’a pas résisté aux propositions de la Chine qui multiplie les aides, accroît ses investissements sur le continent avec moins de conditionnalités. Ce qui tranche avec l’arrogance et le paternalisme des « partenaires traditionnels » de l’Afrique.

« J’ai été renversé à cause du pétrole »

Les résultats de ce rapprochement avec l’Empire du Milieu ne se sont pas fait attendre. En 2008, la Chine a accordé à la RCA des aides et un prêt pour un montant global de 3,25 milliards de francs CFA soit 4,4 millions d’euros. L’enveloppe a permis de construire des écoles et hôpitaux dans cet océan de précarité qu’est la Centrafrique. Quelques mois après, le président Bozizé s’est rendu en Asie où il a été reçu le 10 septembre 2009 au Palais du peuple par Hu Jintao, alors président de la République populaire de Chine. Ce qui ne saurait rassurer ni Paris, ni N’Djamena. D’autant plus que tout ne s’est pas limité à la poignée de main entre le président centrafricain et son homologue chinois.

Dans les faits, le rapprochement entre Bozizé et Hu Jintao a permis à la Compagnie chinoise CNPC de reprendre le permis de recherche, développement et exploitation du pétrole de Boromata, dans le Nord-est de la Centrafrique. Il n’est pas inutile de rappeler que pour ce gisement, Ange Félix Patassé, le prédécesseur de Bozizé, avait accordé un permis similaire au pétrolier étasunien Grynberg RSM. L’industriel de Denver, invoquant l’insécurité, n’a pas pu conduire les recherches et le permis a expiré en 2004. La cession du sésame aux Chinois pouvait-elle plaire à ceux qui ont permis à François Bozizé d’accéder au pouvoir ? Fraichement déchu de ses fonctions en mars 2013, le désormais ex-président Bozizé a affirmé sur les ondes de Radio France International (RFI) que « j’ai été renversé à cause du pétrole ». Sans plus de détails. Trois (27 décembre 2012) mois avant, le président François Bozizé avait prononcé un discours dans lequel il affirmait clairement que ce qui se cachait derrière la crise qui secouait alors son pays n’était rien d’autre que l’opposition française émise plus tôt contre l’octroi des contrats d’exploration de pétrole aux Chinois. « J’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème », martelait Bozizé, acculé par les rebelles.

Les manœuvres de Washington

Le fait que le président Bozizé ait pris l’habitude de s’afficher avec les dirigeants chinois a aussi provoqué la colère de Washington. Et les câbles diplomatiques à ce sujet le démontrent à suffisance.

Le 17 juin 2009, l’ambassadeur étasunien Frederick Cook en RCA avait envoyé un câble à Washington dans lequel il affirmait que les «  relations France-RCA sérieusement sous tension. […] Bozizé semble croire avoir réussi à être le moindre mal dans le paysage politique de la RCA. Il s’imagine donc être indispensable pour ses voisins et les Français, une supposition que l’ambassade américaine (« AmEmbassy ») à Bangui croit être une erreur grossière », écrivait alors le diplomate étasunien.

Une autre dépêche envoyée cinq mois plus tard avait valeur d’alerte : «  L’influence chinoise grandissante en RCA est évidente ». Le câble précisait dans quelle mesure tant les intérêts américains que français étaient en train de céder du terrain à Beijing qui ne cessait d’« accroître sa coopération militaire, sa diplomatie publique et ses efforts de développement ». L’ambassadeur soulignait pour s’en inquiéter que contrairement au quatre agents diplomatiques résidant à l’ambassade américaine de Bangui, l’ambassade chinoise comptait une quarantaine d’employés. Frederick Cook ajoutait qu’environ 40 officiers de l’armée de la RCA étaient formés tous les ans en Chine, contre les deux ou trois officiers qui allaient aux Etats-Unis et les 10 à 15 en France. Et pour ne pas arranger les choses, Bozizé a confié la réserve pétrolière de Boromata aux Chinois, au détriment de la France et de son allié, les USA. Etant donné que ces deux puissances ont érigé le pétrole au rang des divinités, Bozizé se savait désormais sur un fauteuil éjectable. On l’a effectivement éjecté le 24 mars 2013.

La France fait semblant de combattre pour renforcer son influence en RCA

Rappelez-vous. Le jeudi 21 novembre 2013 lors de la remise du prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits au docteur congolais Denis Mukwege et à Femmes Africa Solidarité François Hollande avait indiqué qu’ « Il se produit en Centrafrique des actes abominables. Un chaos, des exactions extraordinairement graves ». Face à l’urgence et aux 400 000 personnes déplacées en Centrafrique, « nous devons agir », a ajouté le président français. Le même jour, cette fois là sur France 2, son ministre des Affaires étrangères a ajouté : « Le pays est au bord du génocide ». 48 heures avant, devant une commission du Congrès, le directeur du bureau Afrique du département d’État, Robert Jackson, avait évoqué « une situation pré-génocidaire  » en Centrafrique. On le voit, le scénario est le même. Le président Français annonce la crise. Un membre de son gouvernement saute aux antennes pour décrire la catastrophe à venir. Une voix « extérieure », de préférence étasunienne ou onusienne vient accréditer la thèse alarmiste en insistant sur la violation des droits de l’homme. L’opinion internationale soumise à un matraquage médiatique et donc psychologique intense salue l’envoi des troupes sur le terrain. Car, une résolution a bel et bien été prise par le Conseil de sécurité de l’ONU le 5 décembre 2013 pour autoriser les troupes françaises à agir en appui aux forces africaines de la Misca.

Ce dont la Séléka est le nom

En Centrafrique, les populations sont victimes, en partie des exactions des éléments de la Séléka (coalition en sango, langue nationale). Mais qui compose cette fameuse Séléka ? La Séléka est une coalition de factions rebelles dissidentes issues de plusieurs mouvements politico-militaires. On y retrouve la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC). Au plus fort de la contestation du pouvoir de M. Bozizé, deux autres groupes armés ont vu le jour ou ont dévoilé leur visage au grand jour et ont rejoint la Séléka. Il s’agit de la Convention patriotique du salut du kodro (kodro signifie pays, en sango), et de l’Alliance pour la renaissance et la refondation (A2R). Sans oubliés les hordes venues du Tchad et du Soudan.

Tous ces groupes composites ont donc fait une « alliance » de circonstance pour atteindre un objectif précis : renverser le président Bozizé. Mission accomplie en mars 2013. Or, il n’y avait qu’un seul fauteuil présidentiel à prendre et à pourvoir. Il a finalement été occupé par Michel Djotodia. L’ancien fonctionnaire du ministère du Plan qui a goûté à la prison sous Bozizé détenait le gros des troupes. Les hordes tchado-soudanaises obéissaient à son commandement. N’a-t-il pas été présenté par la presse sans démenti comme le meilleur interlocuteur de la France et du Tchad qui voulaient en découdre avec Bozizé l’ « insoumis » ? Aussitôt installé au Palais de Bangui, Michel Djotodia a pris un décret pour dissoudre la Séléka et annoncer le « recasement et le cantonnement ».

Ne se reconnaissant pas tous en lui, plusieurs éléments issus des autres groupes armés n’ont pas respecté les ordres d’un chef qui, dans tous les cas n’est pas le leur. Dans la Seléka, le « contingent » de loubards tchadiens et soudanais s’est lui aussi trouvé face à un dilemme. Ils ont été utilisés pour installer Djotodia au pouvoir. Celui-ci annonce le « recasement et cantonnement » et l’intégration dans les Forces armées centrafricaines (FACA). Or, n’étant pas Centrafricains, que vont-ils devenir ? Le nouveau président ne semble pas avoir pleinement satisfait ses alliés d’hier sur cette question.

Les incompréhensions entre les différents groupes rebelles d’une part, et entre certains chefs et leurs éléments d’autre part, débouchent sur des atrocités généralisées dans le pays. Pillage, viol et assassinats en série deviennent l’activité quotidienne de ces hommes à qui on a enseigné la brutalité et la tuerie ! La chaîne de commandement étant brisée et plusieurs promesses mirobolantes n’ayant pas été tenues, personne ne contrôle plus rien. Le pays se retrouve dans la même situation d’ « ingouvernabilité » que la Libye envahie par les djihadistes, après l’assassinat du Guide Mouammar Kadhafi par les troupes de l’OTAN avec la France de Sarkozy et de Bernard Henri Levy en tête. La situation centrafricaine rappelle étrangement celle qui a prévalu à Abidjan après le renversement de Laurent Gbagbo par les rebelles pro-Ouattara soutenus par la France. En effet, après la chute de l’ancien chef d’Etat de Côte-d’Ivoire, les éléments des « Forces nouvelles » (rébellion dirigée alors par Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblé nationale) ont été floués. L’argent et les autres avantages qui leur avaient été promis pendant le combat contre le régime de Gbagbo n’ont pas été livrés. Ouattara est devenu président de la République. En représailles, ces « Forces nouvelles » ont pillé la capitale ivoirienne. Non sans tuer et torturer certains commerçants innocents.

En Centrafrique, à la violence des éléments de la Séléka (essentiellement musulmans), les « Anti balaka » répondent aussi par la violence. Le deuxième groupe est constitué d’éléments essentiellement chrétiens et sont présentés comme les pro-Bozizé. Ce dernier était leader d’une église chrétienne. La presse occidentale s’appuie sur ce fait qui pour agiter mensongèrement le spectre d’un « conflit interreligieux » voire d’un « génocide » en Centrafrique.

Face à cette situation chaotique, l’agitation n’est-elle pas toujours fonction des intérêts à protéger ou à conquérir ? Toujours est-il qu’en Centrafrique, la France a très vite pris les devants dès que la situation sur le terrain est devenue incontrôlable. Alors que la Mission militaire africaine Misca, commandée par le général camerounais Tumenta avait déjà déployé 2500 soldats, la France a jugé nécessaire de convaincre le Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une résolution qui lui permet d’y envoyer ses troupes tricolores. En vérité, les troupes françaises ont précédé la Résolution 2127. Celle-ci a été adoptée le 5 décembre. Pourtant, les troupes avaient déjà quitté la France et étaient stationnées à Douala au Cameroun, voisin de la RCA.

Mais avait-on besoin de tant de militaires hyper équipés pour vaincre quelques loubards armés de machettes et d’armes résiduelles ? Les Forces armées centrafricaines ou ce qui en reste et la Misca sont-elles incapables de vaincre ces affamés ? Bien plus, nous sommes là dans une guerre asymétrique, avec un ennemi qui n’a pas d’uniforme identifiable à priori. Ne connaissant pas le terrain, ni la composition sociologique du pays (certains arrivent en Afrique pour la première fois d’après leurs déclarations à RFI), contre qui vont se battre les soldats tricolores ? La quinzième proposition du Rapport Védrine évoqué plus haut peut permettre de répondre à ces interrogations. Il est question de « Renforcer l’influence de la France en Afrique », y a conseillé l’ancien ministre des relations extérieures de François Mitterrand.

« L’Afrique est une chance pour la France », reconnaît le ministre des Finances français

Comme la plupart des pays occidentaux, la France est encore ravagée par les contrecoups de la crise qui a secoué l’économie mondiale à partir de 2007. Arrivée au pouvoir à cette période agitée, surpris par la percée des nouveaux acteurs comme la Chine, l’Inde, et le Brésil, Nicolas Sarkozy a renfilé le manteau colonial. Et au lieu de la « Rupture » annoncée par le candidat Nicolas, l’Afrique a eu droit à une « Continuité » accélérée par le président Sarkozy, ami zélé des hommes d’affaires de la trempe de Charles Pasqua, Vincent Bolloré… Le libéral Sarkozy a bombardé la Côte-d’Ivoire et la Libye. Mais rien n’y a fait. La France, au bout de ses cinq ans de mandat, n’a pas pu reprendre sa place de premier partenaire économique en Afrique francophone, malgré le sang versé !

Le « socialiste » François Hollande qui n’avait pas fait de l’Afrique une priorité pour son mandat semble avoir oublié toutes les autres parties du monde – la France comprise – pour se tourner vers l’Afrique. Comme le commandant d’un bateau atteint par les eaux, il multiplie ses visites en Afrique. Après les obsèques de Nelson Mandela auxquelles il prenait part le mardi 10 décembre, François Hollande s’est rendu sur le théâtre de guerre en Centrafrique pour galvaniser « ses » soldats qui ont déjà perdu deux frères d’arme après seulement une semaine d’action !