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Doctrine chrétienne de la découverte: Vaines excuses et fourberie du pape devant les peuples indigènes en Bolivie…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

“Les jésuites ont répandu dans l’église les ténèbres les plus épaisses qui soient jamais sorties du puit de l’abîme.”

~ Blaise Pascal ~

“Ainsi le juge [de la cour suprême de l’état du Tennessee] Catron a non seulement affirmé que les puissances chrétiennes avaient le ‘droit de forcer à l’obéissance’ les peuples et nations indigènes non-chrétiens, mais aussi que ce droit de coercition profondément enraciné dans la religon est appliqué validement par le gouvernement des Etat-Unis et est devenu en fait la ‘loi de la terre’ sur le territoire des Etats-Unis d’Amérique…”

~ Steven Newcomb ~

“Les droits des Indiens sont subordonnés à ceux des premiers découvreurs chrétiens.”

~ Juge de la Cour Suprême des US Henry Wheaton ~

 

Excuses papales aux Amérindiens… L’enfumage du Vatican continue !

 

Résistance 71

 

11 Juillet 2015

 

Ainsi donc, lors de son voyage très récent en Bolivie, l’ensoutané en chef Bergoglio (alias pape François 1er), patron des jésuites argentin acoquiné de la junte militaire fasciste du dictateur Videla et trafiquant d’enfants des familles de “disparus politiques”, comme son prédécesseur Ratzinger (alias pape Benoît XVI) ex-membre de la “Hitler Jugend”, décidément, s’est fendu des “excuses du Vatican” pour les “injustices et atrocités” commises à l’encontre des peuples et nations originelles des Amériques dès le début de la colonisation et de la mise sous contrôle du continent par les monarques chrétiens européens au nom de dieu et de son vicaire sur terre: le pape.

Le colonialisme occidental chrétien de la planète remonte officiellement au XVème siècle, lorsque deux papes: Nicolas V en 1455 et Alexandre VI (un Borgia…) en 1493 publièrent deux édits, bulles respectivement Romanus Pontifex et Inter Caetera, partagant le monde entre les royaumes du Portugal et d’Espagne au nom de dieu et de son vicaire, enjoignant les princes de la chrétienté de dominer, conquérir, asservir, occuper et confisquer tout ce qu’ils trouveraient en terres non-chrétiennes et de réduire leurs occupants païens “en esclavage perpétuel” (sic), ce qui fut fait.

Nous avons couvert sur ce blog l’hypocrisie vaticane a maintes reprises et plus récemment avec la traduction d’articles critiquant la future “canonisation” du tortionnaire missionnaire Junipero Serra par le Vatican, lors de la visite prévue du pape Bergoglio/François au Pays du Goulag Levant en Septembre prochain.

D’un côté les larmes de crocodile des “excuses”, de l’autre la canonisation d’un tortionnaire forcené de l’évangélisation des peuples indigènes dans la Californie espagnole. On reconnaît bien là la fourberie légendaire de l’ordre des jésuites.

Certains ont déjà avancé le fait que les bulles Romanus Pontifex et Inter Caetera ont été “désavouées” par l’église et que des papes dès le XVIème siècle reconnurent que les Indiens étaient humains et ne devaient pas être réduits en esclavage. Il convient aussi de constater que ces trop rares commentaires ne furent faits que dans des encycliques ou lettres de recommandation du pape à la hiérarchie de l’église. En aucun cas des encycliques peuvent-elles répudier des bulles, une encyclique recommande et commente mais n’ordonne pas. De fait, jamais aucun pape n’a émis une bulle annulant les deux bulles du XVème siècle, devenues sur le continent des Amériques, le fondement légal de l’appropriation colonialiste de la terre et de la subjugation des populations indigènes par les chrétiens dominants.

Pour faire bref, les “excuses”, certes publiques, du pape Bergoglio/François, tout comme celles de ses prédécesseurs, ne sont que des effets de manche, des opérations de relation publique pour faire pleurer dans les chaumières et redorer le blason d’une papauté en déconfiture.

Si Bergoglio alias pape François 1er, ensoutané en chef de la secte vaticane dans le monde, veut vraiment agir sans équivoque aucune sur la condition coloniale et l’oppression subies par les peuples et nations libres de droit du continent des Amériques, il n’a qu’une seule et unique solution, qui prouverait à tout jamais le repentir véritable des tortionnaires en soutane ayant sévi et sévissant encore de manière plus feutrée certes, contre les nations indigènes du monde: c’est de REVOQUER les bulles Romanus Pontifex et Inter Caetera par une BULLE écrite spécifiquement à cet effet. Seul un tel acte pourra rectifier instantanément tous les torts faits, car dans la seconde où cette bulle serait publiée, s’effondrerait tout le système légal de la Couronne/Vatican sur le “nouveau monde” et sur le reste des de facto colonies sur d’autres continents…

Tout le reste cher pape et chers frappés du missel n’est qu’hypocrisie et opération publicitaire, pour le dire plus crûment: ce n’est que pisser dans le calice.

Mais peut-on vraiment s’attendre à autre chose de la part de la secte religieuse la plus riche, la plus oppressive et la plus génocidaire de la planète ?

= = =

Bergoglio lave t’il plus blanc ?

 

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Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ Conclusion ~

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“Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Tandis que vous passez votre temps à étudier cette réalité, comme vous le ferez si judicieuseent, nous agirons encore, créant ainsi de nouvelles réalités, que vous pourrez étudier également. C’est de cette façon que les choses vont aller. Nous sommes les acteurs de l’histoire… et vous, vous tous, ne pourrez juste qu’étudier ce que nous faisons.”

~ Karl Rove, conseiller du président George W. Bush, 2002 ~

“… les uns sont plus grands que les autres de par le droit divin de l’inspiration ; ce qui constitue aussitôt une inégalité fixe, constante, pétrifiée. Les plus inspirés doivent être écoutés par les moins inspirés et les moins inspirés par les pas du tout inspirés. Voilà le principe de l’autorité bien établi et avec lui les deux insitutions fondamentales de l’esclavage: l’Église et l’État.”

~ Michel Bakounine ~

“Les pères fondateurs des Etats-Unis sont un gang d’esclavagistes qui a voulu être libre, pour pouvoir continuer à mettre en esclavage l’homme noir , massacrer et voler l’homme rouge.”

~ George Carlin ~

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ Conclusion ~

Éditions Fulcrum, 2008

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Un regard sacré sur tout être vivant

Lorsque le juge de la cour suprême des Etats-Unis John Marshall a appliqué les concepts de Peuple Chrétien et de Païens au sujet de l’indépendance des Amérindiens et du titre de propriété foncier indien sur la terre, il a tissé ces catégories religieuses avec celles des idées de la découverte chrétienne et de la domination, dans le tissu conceptuel de la loi américaine.

Expliquant le concept de la “découverte”, l’érudit et universitaire respecté Hunkpapa Lakota Vine Deloria Jr dit que “avec l’approbation du pape, dans le traité de Tordesilla en 1494 (entre l’Espagne et le Portugal), la doctrine de la découverte fut élargie de façon à ce que toute nation chrétienne puisse “découvrir” des terres auparavant inconnues des Européens et ceux-ci se retrouver immédiatement investis du titre légal de propriété et ce sans aucun regard emvers les droits des habitants existant de l’endroit.” Deloria a très certainement raison avec toutefois une petite retouche nécessaire, petite mais importante: Dans la bulle papale Inter Caetera de 1493, le pape Alexandre VI n’a pas employé le terme d’Européens pour exprimer le “droit de découverte”, mais il a utilisé le terme de “chrétien”. D’après le décret du pape, tout roi, prince ou nation chrétiens peut “découvrir” et assumer la dominantion sur toutes terres auparavant inconnues des chrétiens même si connues des habitants non-chrétiens.

[…] Ainsi le document fut écrit afin de protéger les droits de propriété terrienne de tout monarque chrétien, comme par exemple le roi du Portugal, mais pas les droits de propriété terrienne des non-chrétiens qui devaient être “subjugués” afin de “propager l’empire chrétien”.

[…] La doctrine de la découverte est maintenant très bien établie et est une partie intrinsèque de la loi américaine qu’on ne peut donc pas altérer. Il serait de plus, selon l’establishment, “trop tard” pour nous, peuples indiens originels pour nous faire les avocats et partisans du retrait de ce cadre théologique de la “découverte chrétienne” de la loi fédérale indienne. Bien sûr pour la société états-unienne, avancer de tels arguments est prétendre que les nations indigènes à cette terre doivent tout simplement acquiescer à ce précédent de la cour suprême datant de 184 ans et qui a affirmé sur la base de l’histoire (la mythologie) du peuple élu sur la terre promise et sur une croyance vieille de 500 ans qui voudrait que le peuple chrétien possède le droit divin de subjuguer les “païens” et d’assumer contrôle et domination sur leurs terres.

[…] Dire que nous, en tant que peuples indigènes contemporains, ne pourront pas réussir à défier le droit de la découverte chrétienne et de domination dans la loi états-unienne sur le terrain religieux ou autre, est en fait suggérer que la loi fédérale indienne reposera toujours sur une idéologie de subjugation religieuse et que “l’État” (dans ce cas-ci le gouvernement fédéral des Etats-Unis et les États de l’Union) peuvent ainsi considérer les ténets religieux du livre de l’ancien testament biblique (ex: Génèse 1:28 et psaumes 2:8) comme partie intégrante du contexte de fond de la “loi suprême de la terre” aux Etats-Unis.

[…] Pourtant, lorsque vu d’une perspective indigène, comment pouvons-nous en tant que peuple natif, considérer les idées et les pensées appelées loi fédérale indienne avoir une signification légitime pour nous déposséder de nos terres et de nos territoires de manière légitime et de détruire les modes de vie ancestraux et traditionnels de nos peuples et nations respectifs ? Pourquoi devrions-nous accepter tout ceci comme légal ? Pourquoi devrions-nous considérer la bulle papale Inter Caetera et autres édits papaux, être des fondements légitimes de la “loi” des Etats-Unis en relation avec les nations amérindiennes, surtout en considérant l’assomption de la séparation de l’église et de l’État aux Etats-Unis et que le christianisme est supposé ne pas êtte préféré à d’autres religions dans la loi américaine ?

[..] Dans cette perspective, les nations indiennes qui ont accepté la protection des Etats-Unis (par traité) sont autorisées à conserver leur existence libre et indépendante ainsi que leur pleine intégrité territoriale […] Mais les Etats-Unis ont tacitement interprété tous les traités signés avec les Indiens comme partie intégrante du contexte de la doctrine de la découverte et du verdict de l’affaire Johnson. Ainsi la découverte chrétienne et la dominiation résultante servent de contexte dans ce que le gouvernement fédéral utilise pour interpréter les traités entre les Indiens et les Etats-Unis.

Ce livre n’a seulement traité que quelques cas parmi les milliers de décisions légales et statutaires qui ont été prises par le gouvernement fédéral en ce qui concerne les affaires indiennes. Comme Vine Deloria Jr l’a si bien noté: “Tous les efforts de réviser, de systématiser et de comprendre les cas légaux et statutaires concernant les peuples et nations indigènes des Etats-Unis, ont été passés et décidés dans l’ombre de cette doctrine de la découverte.

[…] Dans ce livre, mon but était d’utiliser des résultats de la théorie cognitive pour comprendre et interpréter la mentalité d’empire et de domination, qui a résultée de l’assomption que les peuples et nations originels libres et indépendants au départ sont maintenant sujets au pouvoir plénier et à la domination du gouvernement des Etats-Unis.

Cette même mentalité a aussi occasionné le fait que le peuple indien a perdu devant la cour suprêmes des Etats-Unis plus de 80% des affaires présentées, bien plus souvent que des criminels de droit commun condamnés et cherchant à inverser le verdict à leur encontre.

[…] Comme le dit Mark Johnson avec grande clareté dans son ouvrage “Law Incarnate”: “L’application de la science cognitive au droit repose sur l’assomption suivante: Le droit est une création humaine, de l’esprit humain vivant dans des corps humains, des sociétés humaines, opérant au sein de pratiques culturelles humaines. Et donc, pour comprendre comment fonctionne la loi, on doit savoir comment tous ces aspects de l’expérience et de la pensée humaines fonctionnent. Pour grandement simplifier l’affaire, nous devons savoir comme “l’esprit” fonctionne, et ceci est précisément l’objectif des sciences cognitives.

[…] Les Etats-Unis ont contextuellement été fondés comme “l’empire américain” en se séparant de l’empire britannique. “Nous avons creusé les fondations d’un empire” avait dit George Washington. Il déclara aussi: “Ce n’est que dans notre caractère unifié en tant qu’empire que notre indépendance est reconnue, que notre puissance peut-être reconnue ou notre crédit soutenu au sein des nations étrangères.

Comprendre que les Etats-Unis ont été fondés en tant qu’entreprise impérialiste nous permet de comprendre pourquoi la loi fédérale indienne, commençant avec le verdict de l’affaire Johnson, est plus correctement comprise en termes de modèle du conquérant et en termes des valeurs imbriquées dans des conceptions impériales romaines telles que imperium, dominatio, occupatio, domo, dominus etc…

[…] De 1783 jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’empire américain s’est concentré sur l’extension de son contrôle territorial des nations indiennes dans les zones qu’il clâmait en Amérique du Nord. Cela ne fut qu’un amuse-gueule. Les Etats-Unis ont ensuite ardememnt travaillé à saisir une bonne partie du territoire du Mexique, puis s’est étendu dans le Pacifique pendant la guerre américano-espagnole. La politique étrangère américaine se tourna vers le désir de prendre le contrôle de Cuba, de Puerto Rico, des Philippines, de Guam, des Iles Vierges, Hawaii etc… Au cours du XXème siècle, les Etats-Unis ont étendu leur influence impérialiste autour du monde d’une telle manière, qu’il y a maintenant (NdT: en 2008 lorsque fut publié ce livre, bien plus maintenant…) quelques 725 bases militaires américaines réparties en territoires étrangers.

[…] En septembre 2000, un grand changement se fit jour quant à la doctrine avec le Project for a New American Century (PNAC), un think tank localisé à Washington D.C, qui publia un long rapport intitulé: “Rebuilding America’s Defense: Strategy, Forces and Resources for a New Century.” Le projet déclara: “Alors que le XXème siècle tire à sa fin, les Etats-Unis sont la seule super-puissance, combinant une puissance militaire prominente, un leadership technologique mondial et la plus grande économie au monde. Les Etats-Unis n’ont plus de rival et donc leur grande stratégie devrait être de préserver et d’étendre leur position avantageuse aussi loin dans le futur que possible.

[…] Le rapport notait également que “le processus de transformation, même s’il amène des changements révolutionnaires, sera sûrement très long à défaut d’un évènement catastrophique de l’ampleur d’un nouveau Pearl Harbor.” Les attaques sur le WTC et le Pentagone juste un an exactement après que le rapport du PNAC fut publié (Septembre 2000), furent l’évènement catalyseur qui mit en branle une série de changements de grande envergure. Nous en subissons toujours les effets aujourd’hui.

[…] Il y a ce vieux cliché disant que les choses deviennent noires avant l’aube et le retour de la lumière. La voie de sortie de cette sombre période dans laquelle nous nous trouvons en ce moment doit impliquer un changement positif de paradigme cognitif en s’éloignant de la mentalité et des attitudes d’empire et de domination, réflectrices du modèle du Conquérant et du modèle du peuple élu/terre promise de l’ancien testament, incluant la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination énoncée dans le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] En tant que peuples et nations originels de l’Île de la Grande Tortue, nous devons inviter le monde à marcher avec nous côte à côte sur ce merveilleux chemin de la vie en restant centré sur l’enseignement de la loi indigène: Respectez la Terre comme votre mère et portez un regard sacré sur tout être vivant.

Fin

Le livre se termine par 31 pages de notes de chapitres et 11 pages de références bibliographiques.

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Notre conclusion

L’analyse de Newcomb est unique en son genre et nous permet de réellement bien comprendre le cœur du problème colonialiste. Depuis le XVème siècle, la racine profonde de la domination eurocentrique sur le monde est d’ordre religieux même si dans le temps, essentiellement au XIXème siècle et l’expansion de l’empire français sous la IIIème république, et celui de l’empire britannique sous le règne de la reine Victoria, ont vu les objectifs de la conquête glisser du religieux à “l’humanitaire” et à l’universalisme de la culture occidentale “supérieure” s’étant octroyée un devoir de rayonner non plus sur un monde “barbare et païen” mais sur un monde “barbare et ignorant”. La belle affaire !

La notion de conquête, de domination européenne du monde prend sa source dans les bulles papales du XVème siècle qui divisèrent le monde pour sa possession par l’empire de la chrétienté. Il est effarant en effet de constater que l’empire américain actuel est fondé sur une appropriation arbitraire, un vol de terres ne lui appartenant pas, vol qui s’est vu enterriner au fil du temps par la passation de la domination fondée sur des principes fondamentalement racistes d’un empire à un autre. Toujours plus effarant de constater que cette domination ordonnée par des édits du Vatican, a été intégrée dans la loi américaine (et canadienne) par le jeu de la reconnaissance et donc de la validation soi-disant légale d’édits religieux d’un autre temps, le tout dans la logique suprématiste d’une nation qui s’auto-déclare “indispensable” et ayant une “destinée manifeste” de rayonner sur le monde dans le plus pur esprit sectaire des puritains anglicans du Mayflower s’établissant sur la côte Est du “nouveau monde”, créant en Nouvelle-Angleterre, cette “cité sur la colline destinée à rayonner sur le monde”.

La réalité, comme exposé par Newcomb dans cet ouvrage qui fera date, est que tout ceci n’est qu’un leurre, une vaste supercherie criminelle et que l’empire est fondé sur un territoire volé, usurpé au prix du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité (les chiffres oscillant entre 50 et 100 millions de morts depuis 1492 selon les sources). Cet empire est “sans terre”, il est nécessaire de déconstruire la fabrication pseudo-légale de son existence pour le forcer à disparaître. Les nations et peuples natifs du continent peuvent le faire, mais ils ont besoin de l’aide d’occidentaux eux-mêmes émancipés de l’idéologie colonialiste qui leur est inculquée et martelée depuis des générations. Notre position est que l’avenir de l’humanité passe par la coopération des peuples occidentaux libérés de l’idéologie mortifère colonialiste se tenant la main dans la main avec leurs frères des peuples indigènes de tous les continents pour se débarrasser du paradigme politique dominant, totalitaire, inégalitaire et fondamentalement raciste actuel pour reconstruire un nouveau paradigme sociétal égalitaire, non-coercitif, non-hiérarchique, au pouvoir dissout dans le peuple, fondé sur le respect des uns pour les autres. L’humain est capable de choses merveilleuses pourvu que l’environnement soit propice. Créons ensemble cet environnment en mettant le modèle politico-économique de l’État et du capitalisme aux oubliettes de l’Histoire, leur seule place légitime et en créant la société des sociétés, l’organisme collectif égalitaire où la véritable préoccupation sera le bonheur harmonieux et partagé sur terre. Rêve, utopie ! Hurlerons certains… Non, un projet politique et social réaliste si on s’en donne VRAIMENT les moyens, ensemble !

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 4ème partie ~

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“Pendant dix siècles, le christianisme, armé de la toute puissance de l’église et de l’État et sans concurrence aucune de la part de qui que ce fût, put dépraver, abrutir et fausser l’esprit de l’Europe.”
~ Michel Bakounine ~

“L’historien Schlomo Sand nous laisse à l’inévitable conclusion que les juifs contemporains n’ont pas d’origine commune, que leurs origines sémites sont un mythe. Les juifs n’ont absolument aucune origine en Palestine et donc leur action de soi-disant ‘retour’ doit être comprise comme prétexte à une invasion expansionniste tribale.”

~ Gilad Atzmon ~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 4ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 8: Convertir la découverte chrétienne en conquête du paganisme

Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh, le juge de la Cour suprême des Etats-Unis, John Marshall, écrivit que “les différentes nations d’Europe” n’avaient pas “entièrement” ignoré les droits des nations natives, car les nations d’Europe avaient “respecté les natifs en tant qu’occupants”. Le mot “entièrement” suggère bien sûr que les nations européennes avaient essentiellement ignoré les droits des nations natives, mais simplement pas “entièrement”. Comme nous allons le voir, du point de vue de la cour suprême, les droits des Indiens furent ignorés dans la mesure nécessaire de s’assurer que les nations indiennes fussent placées dans l’incapacité de contredire l’affirmation par les Etats-Unis de leur “domination ultime” sur les terres du continent et leur “titre (de propriété) absolu”.

[…] Le juge dit aussi que les chartes royales illustraient comment le “peuple chrétien” avait assujetti un “droit de prendre possession” des terres indigènes du continent, sur la base de la “découverte”, “nonobstant l’occupation par les natifs, qui étaient des païens”. En d’autres termes, Marshall voyait les chartes royales comme preuves que les monarques chrétiens européens, qui envoyèrent des colonisateurs sur ce continent, étaient en possession d’une autorité gouvernementale (dominion) pour convoyer ou octroyer les terres des “païens”.

[…] Comment cela fut abondamment illustré dans le chapitre 4 de ce livre, en particulier avec le point de vue de Henry Summer Maine au sujet des Indiens comparés “presque universellement aux Canéens de l’ancien testament”, la toile de fond cognitive de Marshall dans l’affaire Johnson est le modèle cognitif du “peuple élu sur la terre promise”: Les monarques chrétiens ou les nations s’arrogeant la “découverte” des terres, le faisaient sous le coup d’un mandat de dieu qui leur avait été donné en tant que ‘peuple élu’, pour localiser, posséder, et occuper les terres païennes ‘promises’. D’après ce modèle mental, dieu est considéré avoir promis la terre aux chrétiens européens et ce n’est donc en conséquence qu’une question de temps avant que les peuples indigènes ne soient extirpés de ces terres. Le juge Joseph Story à son tour, colporta ce sens même d’occupation temporaire des terres par les Indiens, lorsqu’il se référa aux Indiens ayant possession de la terre pour leurs “buts temporaires et fugitifs”.

[…] Les droits des peuples indigènes ne furent donc pas totalement ignorés, mais furent “dimininués dans une grande mesure”, dans une grande mesure parce que leurs “droits à la souveraineté totale en tant que nations indépendantes, furent nécessairement diminués par le principe fondamental original, celui qui veut que la découverte ait donné le titre exclusif à ceux qui ont fait la découverte.”. Devant l’ampleur de l’existence de la domination des Amérindiens par les Etats-Unis, ceci mena à cette conception du fait de la diminution de la souveraineté des Indiens et de leur indépendance, à cet égard, le point suivant est central à l’argument du présent travail.

La découverte comme “masque” du pouvoir mental de conceptualisation

[…] Ainsi, l’assomption sous-jacente et hautement implausible suggérée par la cour est que la simple arrivée physique des Européens sur le continent des Amériques est ce qui leur a “donné le titre (de propriété) ultime” sur les terres de ce (sous) continent. Pourtant, malgré la très longue présence physique de dizaines de millions de personnes indigènes sur le continent au moment de l’arrivée des Européens, il n’y a aucune raison sensible et apparente de croire que la simple arrivée des Européens auraient pu annihiler la possession des Indiens de façon à donner aux Européens le titre ultime de propriété sur les terres indigènes du continent.

[..] La théorie cognitive nous permet de reconnaître là une affirmation sous-jacente enfouie dans le verdict de Johnson: Les Européens se sont mentalement aloués la domination sur les terres du continent et leur titre de propriété en se conceptualisant imaginairement eux-mêmes comme ayant la domination et le titre sur les terres du continent. Le concept de “découverte” réfère tacitement à la capacité des Européens d’imaginer la possibilité d’une “réalité” particulière et d’agir ensuite avec une énergie intense et répétée sur cette possibilité de l’imaginaire jusqu’à ce que la “réalité” envisionnée se “manifeste” ou “soit construite”. […] NdT: C’est le principe connu du “répéter un mensonge très souvent et il devient vérité…”

La personnification de la découverte dans le verdict de l’affaire Johnson

Un point clef exprimé dans le verdict est que le gouvernement des Etats-Unis a formellement adopté l’argument disant que le “peuple chrétien” avait “découvert” ce continent “païen” et que les “habitants civilisés” des Etats-Unis avaient donc collectivement “maintenus ce pays” sur la base du “droit à la découverte”. Marshall a dit que c’est à la base même du droit de la découverte que tous les états des Etats-Unis “tiennent et assument maintenant le titre (de propriété) par lequel ce pays fut acquis”.

]…] L’utilisation par Marshall du concept de “découverte” est même plus problématique parce que les chrétiens européens n’ont pas découvert ce continent dans le sens de découvrir un endroit qui était inconnu, il ne sont en fait apparus que sur des terres occupées et connues de dizaines de millions de personnes constituant les nations indigènes. Il est donc en cela parfaitement incorrect de dire que les européens auraient découvert des terres “jusque là inconnues”, d’un point de vue euro-centrique, cela ignore totalement la mentalité propre des peuples autochtones et leur conscience toute particulière de leurs propres terres. Il est de fait bien plus correct de dire que les Européens sont arrivés invasivement sur ce continent.
Ce qui est généralement référé à la doctrine de la découverte pourrait en fait être appelée de manière bien plus juste et précise la doctrine de l’arrivée européenne, mieux même: la doctrine de l’invasion européenne chrétienne.

[…] Le pouvoir d’octroyer des terres en possession des Indiens a déjà été exercé précédemment par les nations européennes, nous dit le juge suprême Marshall. Ainsi toutes les nations d’Europe qui ont acquises des terres sur ce continent ont reconnu pour elles-mêmes et on reconnu pour les autres, le droit exclusif des découvreurs chrétiens de s’approprier les terres occupées par les Indiens.

Les Etats-Unis ont-ils adopté la doctrine de la découverte ?

Les Etats-Unis ont-ils adopté ou rejeté le principe de la découverte ?” avait demandé Marshall. En répondant à cette question, le juge de la cour suprême des Etats-Unis suggéra qu’au traité de Paris de 1783 (qui mît fin à la guerre d’indépendance des Etats-Unis), la Grande-Bretagne avait transféré son assertion de domination ultime aux Etats-Unis et que lorsque ce transfert eut lieu, les Etats-Unis commencèrent à utiliser les mêmes arguments que ceux de la découverte chrétienne pour assumer leur propre affirmation de domination sur les territoires indiens de l’Amérique du Nord (NdT: n’oublions pas que le Canada n’existait alors pas, il fut “officiellement” créé en 1867). Ceci fut fait sur la base de cette affirmation de “dominion” ou de “droit de prendre possession”, a dit Marshall, que les Etats-Unis affirmèrent subséquemment avoir le pouvoir et le droit de donner, distribuer les terres qui étaient toujours habitées et en possession légitime des nations indiennes. De surcroît, les Etats-Unis refuseraient de reconnaître que les Indiens possédaient quelque droit que ce soit qui pourrait être en conflit et leur permettre de contrôler la terre à l’encontre des Etats-Unis.

[…] Ainsi, les institutions des Etats-Unis reconnaissaient que la “couronne” britannique avait le titre (complet) et absolu sur les terres et comme il ne peut y avoir qu’un seule titre de propriété “absolu” pour la même chose au même moment, Marshall en conclût alors que les titre des Indiens était moins qu’absolu, et donc moins que “complet”. De l’opinion de la Cour suprême, comme le titre indien n’était pas un titre de dominion/domination, il n’était “juste” qu’un droit “d’occupation des sols” sujet à la domination des premiers “découvreurs” européens chrétiens ou sujet à la “domination” du successeur politique et légal de ces premiers découvreurs, à savoir, les Etats-Unis. […]

Règles de la conquête

Le juge Marshall expliqua que la cour ne faisait qu’appliquer aux Indiens les règles coutumières de la conquête:

La conquête donne un titre que les tribunaux du conquérant ne peuvent pas nier, quelque soit l’opinion privée et spéculative des individus, respectant l’affirmation de justice originale qui a été correctement évaluée. Le gouvernement britannique qui était alors notre gouvernement et dont les droits furent passés aux Etats-Unis, avait affirmé le titre des terres occupées par les Indiens au sein des limites établies par les chartes des colonies britanniques. […] Le titre de propriété de la très vaste portion des terres que nous possédons, y a son origine. Il n’est pas du ressort des tribuanux de ce pays de mettre en question la validité de ce titre, ou d’en soutenir un autre qui lui serait incompatible.

[…] Puis Marshall se lance dans une analyse de la conquête et du rôle du conquérant donnant la fausse impression qu’il appliquait ces règles de la conquête aux Indiens:

Le titre [de propriété] par conquête est acquis et maintenu par la force. Le conquérant en prescrit les limites. […] Le plus souvent, les conquis sont assimilés et incorporés dans la nation victorieuse et deviennent sujets ou citoyens du gouvernement avec lequel ils sont connectés. […]”

Utilisant une mauvaise et fausse description des Indiens comme étant de “féroces sauvages”, Marshall poursuivit pour expliquer pourquoi il était impossible d’appliquer les règles ci-dessus à la conquête des Indiens:

Mais les tribus indiennes habitant ce pays étaient féroces et sauvages, leur occupation était la guerre et leur subsistance dépendait principalement de la forêt. Les laisser en possession de leur pays était laisser le pays à l’état sauvage ; les gouverner en tant que peuples distincts était impossible, parce qu’ils étaient aussi braves et hautement motivés qu’ils étaient féroces et étaient totalement prêts à repousser par les armes toute tentative sur leur indépendance.” […]

Ce fut Marshall lui-même qui, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, utilisait le verdict de l’affaire Johnson comme une opportunité pour suggérer une règle nouvelle et totalement différente de la conquête, que les Etats-Unis pourraient utiliser contre les nations indiennes. Quelle fut cette nouvelle règle suggérée par Marshall ? Simplement celle-ci:

Quoi qu’extravagante puisse paraître la prétention de convertir la découverte d’un pays habité en sa conquête, si le principe a été établi en première instance, puis maintenu subséquemment, si un pays a été acquis sous ce principe, si la propriété de la vaste masse de la communauté a ce principe pour origine, alors ce principe devient la loi de la terre et ne peut pas être mis en question.

[…] Marshall reconnait librement qu’une telle prétendue conquête puisse paraître “extravagante” et même être hors du raisonnable. Et pourtant, il dit aussi qu’il peut être possible de justificer cette prétention à la conquête pour plusieurs raisons: d’abord si la conquête prétendue a été établie au préalable puis maintenue, secondo, si le pays a été acquis sur la base de cette prétention de conquête et tertio si la propriété de la vaste masse de la communauté a pour origine la prétendue conquête. Alors la conquête devient la loi et ne peut plus être questionnée.

Ainsi, les Etats-unis prétendraient que les nations indiennes sont les habitants “conquis” de ce continent et qu’elles ne possèdent pas de droit de dominion sur leur propres terres ancestrales, ainsi menant à la “conclusion” que le “titre absolu de propriété” du sol était en possession des premiers chrétiens foulant cette terre ou des successeurs politiques et légaux de ces premiers chrétiens. La théorie résultante de “l’occupation païenne” veut dire que les nations indiennes étaient vues par les Etats-Unis comme ne possédant ni la domination ni le titre absolu des terres du continent et seraient ainsi vues comme étant incapables de transférer le titre absolu à d’autres. Sur cette base, la cour suprême a décidé que les titres de propriétés de la terre détenues par des entreprises étaient nuls et non avenus, car les Indiens n’avaient que le titre d’occupation des sols a vendre dans la mesure où les achats privés de terres aux Indiens n’étaient pas considérés comme valides.. La cour considéra les titres opposés être valides, mais neeanmoins contre le don de terre des Indiens, car cela résultait d’un don des Etats-Unis, qui de manière supposée détenaient le titre de propriété absolu par droit de découverte et de domination chrétienne.

[…] Ainsi de par notre analyse du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, nous avons documenté que le concept de découverte comme il est utilisé dans le verdict de l’affaire Johnson veut dire découverte par le peuple chrétien de terres habitées par des “natifs”, qui sont des “païens”. Il s’ensuit que nous pouvons caractériser avec précision la nouvelle règle du juge Marshall comme:

  • Une affaire de prétendre qu’une simple découverte de terres habitées par des “païens” par les chrétiens, était la même chose que la “conquête” desdits “païens”.
  • Que ce prétendu évènement de la découverte a résulté dans la présomption que les Européens chrétiens possédaient automatiquement le “dominion/la domination” ultime sur les peuples indigènes et leurs terres.

Cette règle de prétendue conquête est fondée sur le pouvoir cognitif de l’assomption. Après tout, un des sens du mot “assumer” est … “prétendre”, un autre est “d’approprier ou de s’arroger” comme dans “assumer le droit de ou sur…” Ainsi le verdict de l’affaire Johnson démontre clairement la capacité des officiels du gouvernement des Etats-Unis, comme John Marshall le haut fonctionnaire magistrat, d’imaginer que les Etats-Unis possèdent le “pouvoir plénier” sur les nations indiennes et de clâmer, sur la base de la découverte (chrétienne), un droit de s’approprier les terres indiennes et les ressources naturelles de ce continent pour le bénéfice économique exclusif des Etats-Unis. Par là donc, le verdict dans l’affaire Johnson assume, sur la base d’une règle de prétendue conquête et d’une distinction entre “les peuples chrétiens” et les “païens”, que les Etats-Unis ont le droit de coloniser un continent entier. De l’opinion de la Cour Suprême des Etats-Unis, cette “nouvelle règle” établie est devenue la loi de la terre.

L’écriture de Marshall dans le rendu du verdict de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh (1823) est véritablement ingénieux et d’un point de vue indigène, quelque peu diabolique. Il a utilisé la religion chrétienne et le nationalisme chrétien, combinés avec les pouvoirs cognitifs de l’imagination et de l’assomption, pour construire une réalité subjugatrice pour les Indiens d’Amérique du Nord. Plus de 180 ans après que Marshall eut écrit noir sur blanc le rendu du verdict de l’affaire Johnson au nom d’une cour suprême unanime, cette réalité subjugatrice sert toujours de pierre angulaire pour la loi et la politique fédérale indienne. Clairement, la doctrine de la prétendue conquête chrétienne de John Marshall et sa doctrine du prétendu titre chrétien absolu (titre foncier ultime des Etats-Unis) sont deux aspects brillants et néfastes de son héritage judiciaire.

Chapitre 9: Le processus mental de la négation

En catégorisant les peuples indigènes comme païens, le juge Marshall les conceptualisait en termes de ce qu’ils n’étaient pas!

Ceci est un exemple d’assigner les peuples indigènes une catégorie de négation fondée sur un MCI chrétien, qui du point de vue chrétien, suggère inconsciemment tout ce qui est positif, bon et totalement humain. Au contraire, de la même perspective, la catégorie des “païens” sert une fonction cognitive tacite d’un jugement fondé sur la négation: non chrétien, mauvais, négatif, incivilisé, pas totalement humain. A ce titre, le fait d’être “païen” » peut tout aussi bien vouloir dire “ne pas exister”, comme nous le verrons plus loin.

[…]

Res Nullus

James Truslow Adams identifia un tel processus mental de négation lorsqu’il écrivit: “Un païen était considéré comme nullus, de cette façon sa propriété n’avait pas de propriétaire, ainisi le sol américain pouvait être approprié par qui que ce soit la trouvait en premier.” Quelqu’un qui est classifié comme non-existant est, du point de vue de celui que l’a classifié de cette façon, le propriétaire de rien du tout. Ainsi la catégorie “nullus” a servi de but pour assigner mentalement les peuples indigènes dans la catégorie des politiquement inexistants sans concept de nation indépendante contre les nations chrétiennes européennes.

Le terme nullus est dérivé du latin null voulant dire “rien, aucun, invalide et nul (et non avenu)”. Le terme “vide, nul” est dérivé du latin vacuum signifiant “vide”.

[…] Ces processus mentaux étaient empruntés de la Rome antique et de la loi, du droit romains. Un des aspects du droit romain voulait qu’à la déclaration des hostilités, les terres ennemies soient déclarées “nullius” ou “sans propriétaire”. L’ennemi des Romains étaient déclaré n’être “personne” (dans le sens d’inexistant), ce qui voulait dire politiquement inexistant pour l’empire romain. Cet art mental de la guerre rendait subtilement les terres ennemies “vacantes” et donc “ouvertes” à la possession.

Le processus romain pour prendre possession des terres ennemies était connu sous le nom d’ “occupatio” dans le droit romain, ce qui voulait dire occupation de la terre.

Ceci voulait dire “prendre possession d’une terre qui n’appartient à personne et de s’en approprier le titre de propriété.” Le terme romain était “res nullius”, qui avait deux façons de voir la chose: “La propriété n’avait jamais eu de propriétaire et la propriété n’avait plus de propriétaire au moment de l’appropriation”.

[…] D’après Henry Sumner Maine, nous avons le concept romain d’occupatio référant à “l’occupant qui prit possession en premier lieu” ou de “terres nouvellement découvertes”. En accord avec Maine, l’occupatio romain incluait les droits complets de domination, alors que d’après conception de la cour suprême des Etats-Unis, le titre indien d’occupation des sols n’incluait pas la domination/dominion.

[…] Le juriste Hinsdale identifia une connexion directe entre le principe de droit romain de res nullius et le verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, mais avec une connotation religieuse comme nous l’allons voir. […] Hinsdale nota que Maine ne vit pas “que l’application de la doctrine du droit romain au Nouveau Monde des XVIème et XVIIème siècles fut faite par le moyen d’une nouvelle définition de nullus.” En d’autres termes, d’après la lecture d’Hinsdale de Francis Lieber, la signification de la doctrine légale pré romano-chrétienne de nullus, fut changée pendant le soi-disant Âge de la Découverte.

Hinsdale commença son explication de la nouvelle signification de res nullius en notant que “les puissances maritimes de l’époque n’ont pas reconnu les sauvages comme leurs ennemis ni plaidé les droits du conquérant en relation avec leurs prises de terres à l’Ouest.” Hinsdale dit que le juge Marshall pensait que “les possessions anglaises en Amérique ne furent pas assumées en tant que droit de conquête mais par le droit de ‘découverte’ et que ceci fut également le fondement des prises de possession des autres puissances qui se divisèrent le Nouveau Monde.

[…] Développant sur ce point Hinsdale continua:

De manière pratique, la découverte, lorsque consommée par la prise de possession, était conquête, mais théoriquement, c’était quelque chose de très différent. Un ennemi défait dans la bataille était ‘nullus’ d’après le droit romain, mais une autre définition, une plus amène avec la mentalité de l’époque, fut alors adoptée. Cette définition fut fournie par l’église catholique apotholique et romaine.

La nouvelle définition de ‘nullus’ était, un païen, infidèle, incroyant ou une personne non-baptisée. “Le paganisme, qui voulait dire non-baptisé’, dit Dr. Lieber, “retire à l’individu ces droits qui sont une véritable moralité juridique inhérente à chaque être humain.” […] Ainsi cette définition concède que res nullius est la propriété de celui qui découvre, qu’un infidèle est nullus, que le sauvage américain est un infidèle et que l’argument est ainsi complété. Que l’église, dont un des grands devoirs et de protéger le faible et le vulnérable, ait suppléé la moitié de la logique qui a justifié de la ruine et de la mise en esclavage des païens, est une des grandes anomalies de l’histoire.

[…] Ainsi Hinsdale décrivit un processus mental dans lequel nos ancêtres natifs étaient métaphoriquement conceptualisés sur la base (exclusive) de la religion chrétienne, comme étant des païens, des infidèles ou des sauvages non-croyants.

[…] En accord avec ce cadre de réflexion, en catégorisant nos nations natives respectives comme politiquement inexistantes, soit partiellement, soit entièrement, pour manque de baptême chrétien, quelques penseurs chrétiens européens, comme l’a montré Hinsdale, ont étiqueté les terres ancestrales des nations indigènes comme étant “terra nullus”, ou terres vacantes sur lesquelles les chrétiens pouvaient dès lors légitimement affirmer leur “dominion/domination”. Et bien que Francisco de Victoria, qui est considéré comme le père fondateur de la “loi internationale” ou “loi des nations”, fut de l’opinion que les non-chrétiens étaient des humains qui avaient le droit à la liberté, la propriété et à la domination territoriale, ceci ne fut pas le chemin conceptuel suivi par la cour suprême des Etats-Unis dans son verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh en 1823.

Occupation païenne et dominion chrétien

Marshall a dit dans le verdict de l’affaire Johnson que du point de vue de la Grande-Bretagne, “il n’y avait pas de disticntion entre les terres vacantes et les terres occupée par les Indiens.” Pourquoi ? parce que comme Francis Lieber l’avait fait remarquer, d’une perspective chrétienne européenne, les peuples qui n’étaient pas baptisés étaient vus comme manquant “ces droits qu’une véritable moralité juridique considère inhérents à chaque être humain.” Sur cette base conceptuelle et malgré quelques caractéristiques “humaines” que les chrétiens européens considéraient les peuples indigènes avoir, ceci n’empêcha pas un empire chrétien européen de “découvrir” et de clâmer une domination totale sur les nations indigènes et leurs terres.

En catégorisant nos ancêtres comme étant païens et infidèles, les chrétiens européens catégorisaient également nos ancêtres comme moins qu’humains, pareils à des monstres.

[…] Il convient ici de noter que la loi internationale est dite ne s’appliquer qu’à la catégorie unique des croyants de la chrétienté. Ainsi, la loi internationale de la chrétienté et son principe de loi d’occupatio était l’acte de chrétiens ou d’une puissance chrétienne clâmant le droit de prendre possession des terres habitées par des peuples indigènes décrétés par les Européens chrétiens comme étant des païens, des monstres ou moins qu’humains.

[…] Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson, un “prince ou peuple chrétien” avait “dominion” par droit de “découverte”, mais les “païens” n’avaient aucun droit.

Comme l’a également dit le juge Joseph Story dans son interprétation du verdict de l’affaire Johnson: “En bien des cas, les Indiens furent traités comme des communautés indépendantes, libres de se gouverner elles-mêmes, aussi longtemps que cela n’interférait pas avec les droits primordiaux des Européens découvreurs du continent.

Les Européens chrétiens s’approprient mentalement les nations et territoires indigènes

Avant l’invasion européenne chrétienne du continent, les nations indigènes étaient physiquement et mentalement libres et indépendantes des idées et du jugement de la chrétienté. Une autre façon de dire ceci serait de dire qu’avant la venue des Européens chrétiens sur ce continent avec leur intention de conquérir et de subjuguer, ils n’avaient absolument aucun contrôle des peuples et nations indigènes de l’endroit et ce sur tout le continent des Amériques. Ainsi donc, d’une perspective indigène, l’existence libre et indépendante des nations indigènes peut-être vue comme la base de toutes discussions sur l’existence même des Indiens des Amériques. Le système conceptuel de la loi et de la politique fédérales indiennes est fait pour nier cette réalité de base en prétendant que dès le premier moment où les Européens chrétiens ont posé les yeux sur le continent, l’esprit européen a pris possession de l’existence des peuples et nations indigènes.

[…]

Pourquoi les nations et peuples Indiens continuent d’être légalement libres

[…] Qu’est-ce qui a causé les peuples et nations indigènes de cesser d’être légalement libres et indépendants ?

La réponse est: rien ! Les peuples et nations indigènenes continuent jusqu’à ce jour d’être légalement libres et indépendants des Etats-Unis et de toute activité mentale des officiels et fonctionnaires du gouvernement fédéral. Néanmoins, la loi fédérale indienne est fondée sur l’assomption que le gouvernement des Etats-Unis possède une autorité plénière et une domination légitimes sur les nations amérindiennes sur la seule base de la “prétention extravagante” que le peuple chrétien a découvert des terres païennes pendant la période du soi-disant Âge de la Découverte.

[…] Comme ce livre l’a clairement démontré, le double modèle cognitif idéalisé (MCI) du conquérant et du peuple élu sur la terre promise ont fourni la base pour prétendre qu’une simple présence mentale et physique des Européens chrétiens sur le continent causa le fait que les peuples et nations indigènes ne sont plus libres. Ce point de vue repose sur la présomption suivante:

Dès que les Européens chrétiens eurent envahi l’espace territorial de non-chrétiens, les dits non-chrétiens cessèrent immédiatement d’avoir une “indépendance parfaite”. Pourquoi ? Parce que les païens et les nations païennes doivent respecter la volonté de dieu comme exprimée dans la Génèse 1:28 de l’Ancien Testament. En d’autres termes, c’est par la “volonté de dieu” que les chrétiens exercent et maintiennent une suprématie sur les non-chrétiens en les subjugant et en exerçant une domination sur la terre et tout autre être vivant.

En se présumant inconsciemment comme ayant un droit de pouvoir mental et de jugement sur des “païens”, les chrétiens furent capables de juger les Indiens comme n’étant plus autorisés à continuer de vivre librement et indépendamment. Sur la base d’un point de vue biblique disant qu’au peuple élu est providentiellement assigné la tâche de subjuguer la terre et d’exercer la domination sur tout être vivant, les chrétiens se considèrent comme étant un peuple choisi divinement et obligé de “sauver” les païens en les subjugant, ce qui de manière euphémiste est référé comme étant les “civiliser”. Ceci devait être accompli en scindant les nations païennes pour ensuite convertir les membres de ces nations au christianisme, pour que chaque chrétien individuellement se retrouve soit sujet d’une monarchie européenne ou citoyen d’un état chrétien européen par le biais d’une assimilation progressive. C’est de ce point de vue que les païens sont destinés par dieu à être sauvés et réduits dans la civilisation chrétienne européenne.

Chapitre 10: La théorie des nations chrétiennes: cachée à la vue de tous

[…] Dans son petit livre très utile “Les droits des Tribus Indiennes” (Illinois University Press, 1992), Stephen L. Pevar écrivit: “Bien des gens questionnent le droit du gouvernement fédéral de gouverner les Indiens et croient que les nations indiennes n’ont pas perdu leur indépendance. Le gouvernement des Etats-Unis n’est pas du tout d’accord avec ceci et ses tribunaux ont maintenus de manière consistante le pouvoir du gouvernement fédéral sur les Indiens et son droit de pouvoir intervenir dans leurs affaires.” En soutien de ses commentaires, Pevar cita le verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Worcester contre l’état de Georgie en 1832 et quelques autres verdicts de cours suprêmes. Il dit alors:

Pour bien des raisons, le congrès pourrait bien avoir tort en présumant qu’il a le droit de gouverner les Indiens. Pour les personnes intéressées à suivre ce sujet, il y a pas mal de sources qui peuvent être consultées. En toute probabilité quoi qu’il en soit, le gouvernement fédéral continuera à exercer son pouvoir sur les nations et tribus indiennes et ce livre rend compte de cette assomption. Le vieil adage qui dit que ‘la force donne le droit’ contrôle la relation entre les Indiens et les Etats-Unis. Le gouvernement fédéral ne leur permettra jamais de vraiment s’auto-gouverner, il ne leur rendra pas non plus leurs terres.” … Pevar identifia également une autre théorie qu’il assure les Etats-Unis avoir utilisé pour justifier de l’assomption du contrôle fédéral sur les Indiens. Une des manières par laquelle la cour suprême a justifié d’un tel contrôle a dit Pevar “est une règle de la loi internationale qui déclare que la découverte et la conquête donnent au conquérant la souveraineté sur la propriété foncière des terres ainsi obtenues.” La citation est directement empruntée du verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton contre les Etats-Unis (1955). En d’autres termes: “Aux vainqueurs le butin”. Puis citant le verdict de Johnson contre M’Intosh, Pevar nota que la cour suprême avait décidé “Qu’en vertu de la ‘découverte’ de l’Amérique du Nord par les Européens et la ‘conquête’ de ses habitants, le gouvernement fédéral est autorisé à forcer ses lois sur les personnes et les propriétés au sein des Etats-Unis.

[…] Ce livre a déjà présenté un grand nombre de preuves démontrant la base religieuse de l’assertion par les Etats-Unis d’une autorité sur les peuples et nations indiens du sous-continent… La théorie des nations chrétiennes est une théorie cachée et pourtant officielle développée par les hauts fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis pour expliquer comment les nations indiennes passèrent de libres et indépendantes à être regardées comme être sujettes à l’autorité gouvernementale ultime des Etats-Unis.

En 1835, juste un an avant la publication des “Elements de la loi internationale” de Henry Wheaton, le juge John Catron (sur la base du verdict de l’affaire Johnson) déclara que les Etats-Unis avaient le droit de physiquement forcer les Indiens à être obéissants, ceci basé sur la loi internationale de la chrétienté ou “Loi des Nations”. Cent ving ans après que Catron ait publié son verdict dans l’affaire de l’Etat du Tennessee contre Foreman, le juge de la cour suprême Stanley Reid, écrivant pour une cour majoritaire, utilisa une ligne de raisonnement similaire dans le verdict de l’affaire Tee Hit Ton contre les Etats-Unis, pour affirmer que la découverte chrétienne avait donné aux nations chrétiennes la souveraineté sur la propriété de et le titre de propriété sur les terres indiennes païennes. (NdT: ceci remonte à 1955 et non pas au déluge !!…)

Nous pouvons examiner un extrait du juge Catron dans son rendu de décision de l’affaire l’État du Tennessee contre Foreman. Le juge Catron fut plus tard nommé à la cour suprême des Etats-Unis par le président Andrew Jackson (NdT: sans doute le plus ouvertement raciste de tous les présidents des Etats-Unis…):

Nous maintenons que le principe déclaré au XVème siècle comme ‘loi de la chrétienté’ disant que la découverte donnait la permission d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les peuples natifs non convertis (au christianisme) d’Afrique, d’Asie et des Amériques du Nord et du Sud, a été reconnu comme partie de la loi internationale (ou loi des nations), depuis plus de quatre siècles et que ceci est maintenant reconnu par toutes les puissances chrétiennes dans leurs départements politique et judiciaire […] Notre assertion est fondée sur le droit de coercition. Ceci peut-être dénoncé par les moralistes. Notre réponse à cela est que ceci est la loi de la terre. Sans cette assertion et sa mise en place drastique et vigoureuse, nos ancêtres n’auraient jamais pu habiter ce continent. Abandonner ce principe maintenant, serait admettre qu’ils n’étaient que des usurpateurs injustes et que nous-mêmes, succédant à leur autorité usurpée et assertion nulle et non-avenue de posséder et de gouverner le pays, devrions en toute honnêteté l’abandonner, retourner en Europe et laisser les parties subjuguées revenir à l’état sauvage et les terres redevenir des terrains de chasse.

Ci-dessus donc, nous trouvons le juge Catron disant que, durant l’Âge de la Découverte, c’était la Loi de la Chrétienté qui donnait aux puissances chrétiennes “découvrant” de “nouvelles terres” le droit “d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les natifs païens non-convertis, non-baptisés et non-chrétiens.” Donc Catron, pour la cour suprême de l’état du Tennessee, a non seulement affirmer que les puissances chrétiennes avaient “le droit de coercition pour l’obéissance” sur les nations indigènes non-chrétiennes, mais encore que ce droit religieux de coercition est validement exercé par le gouvernement des Etats-Unis et est en quelque sorte devenu “la loi de la terre” dans ce pays. Cette théorie au fondement religieux de ce nationalisme chrétien expliqua comment les nations indigènes passèrent de manière supposée à l’état de liberté et d’indépendance à celui d’être considérées sujets de la domination ultime par l’autorité gouvernementale des Etats-Unis et de ses hauts-fonctionnaires. Le juge Catron écrivit ceci dans son rendu du verdict de l’affaire l’état du Tennessee contre Foreman juste 12 ans après que le juge Marshalleut écrit son compte-rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] De plus, en 1955, le verdict de la cour suprême des États-Unis dans l’affaire Tee Hit Ton Indians contre les Etats-Unis, déclara pour la majorité de la cour qu’”un groupe identifiable d’Amérindiens appartenant à la tribu Tlingit des Indiens d’Alaska… n’était pas recevable de quelque compensation que ce soit sous le 5ème amendement de la constitution pour la prise par le gouvernement des Etats-Unis de bois sis sur les terres d’Alaska près du parc national du Tongass, forêt qui appartiendrait aux Indiens Tee Hit Ton.” Le juge Stanley Reed délivra l’opinion de la cour et écrivit ceci sous le libellé de “Titre Indien”:

“[…] Après la conquête, les Indieins furent autorisés à occuper des portions de territoire sur lesquelles ils avaient auparavant exercé une ‘souveraineté’. Ceci n’est pas un droit de propriété mais correspond à un droit d’occupation des sols que le souverain accorde et protège contre l’intrusion de tierces parties, mais ce droit d’occupation peut-être annulé et ces terres pourraient être approriées par le souverain lui-même sans aucune obligation légale et applicable de compenser les Indiens de quoi que ce soit.

Le passage ci-dessus fut écrit avec le modèle du conquérant en tête et sur la base de la présomption que les Amérindiens sont des sujets des processus mentaux des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral américain. L’expression “après la conquête” est de ce fait très significative.

[…] Ainsi donc la cour suprême semblait vouloir dire qu’après la conquête du sub-continent nord-américain, les Indiens ne furent capables de continuer à occuper les sols de leurs terres ancestrales que si les blancs le leur permettaient.

[…] Ainsi ce fut la vision et l’avis de la cour suprême dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton en suivant les modèles du conquérant et celui du “peuple élu-terre promise”, que la “découverte chrétienne” et la “conquête chrétienne” avaient donné aux “conquérants chrétiens” la souveraineté sur et les titres des terres habitées par ce que Wheaton appelait “les nations païennes des autres quartiers du monde”. Sur cette base, comme le nota le même Wheaton, les droits indiens étaient dits être “subordonnés à ceux des premiers découvreurs chrétiens.” Ceci donc, est une explication plus complète et plus explicite de la théorie des nations chrétiennes qui est en permanence sous-jacente à la loi fédérale indienne, une théorie que la plus grande partie des universitaires et érudits d’aujourd’hui choisissent de totalement ignorer et de laisser en dehors de tout commentaire sur le sujet.

Dans la dernière partie, nous verrons quelle conclusion apporter, celle de Steven Newcomb dans son ouvrage et la notre…

Comprendre le colonialisme actuel: Introduction au texte « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 mars 2015 by Résistance 71

« La force, même cachée, induit la résistance »
~ Proverbe Lakota (Sioux) ~

« Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux. »
~ Albert Camus ~

 

Introduction au livre “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery” de Steven Newcomb

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Février 2015

 

Nous traduisons de larges extraits de ce livre phare pour comprendre les fondements mêmes du colonialisme, ses racines religieuses chrétiennes racistes, suprémacistes, eugénistes et génocidaires et comment en comprenant bien les mécanismes il est possible de renverser la vapeur et de priver l’empire actuel anglo-américain de sa “terre promise”. N’oublions jamais qu’un empire sans terre est un empire à terre. Si nous voulons stopper l’empire actuel il suffit de lui retirer le tapis de sous les pieds: son territoire illégitime, volé aux peuple indigènes depuis le XVème siècle. L’avenir de l’humanité passe par les Amérindiens (et leur contre-partie moyen-orientale: les Palestiniens…). Pour une fois, soyons du bon côté de l’Histoire !

~ Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Extraits de la bulle Romanus Pontifex du pape Nicolas V du 8 Janvier 1455:

“… Ainsi après avoir pesé toutes les conséquences avec la méditation qui se doit et après avoir noté que nous avons donné par missives antérieures la faculté ample et simple au roi Alphonse d’envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous sarazins et païens que ce soient et tout autre ennemi du Christ où qu’il soit et les royaumes et duchés et principautés et colonies et possessions et tous biens mobiles ou immobiles en leur possession ainsi que de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel et d’appliquer et de s’approprier pour lui-même, ses héritiers et successeurs lesdits royaumes, duchés, principautés, colonies, possessions et biens et de les convertir en ses biens et profits et qu’en ayant sécurisé cette faculté, ledit roi Alphonse ou par son autorité, l’Infante sus-nommée, ont acquis justement et légalement et possèdent et ont fait l’acquisition ces îles, terres, ports et mers et que ceux-ci appartiennent de plein droit au dit roi Alphonse et ses héritiers et successeurs…”

Extraits de la bulle Inter Caetera du pape Alexandre VI du 4 Mai 1493:

“… Nous, [pape Alexandre VI],de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493…
… De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial,  contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto… “

Dans l’avant-propos du livre Peter D’Errico écrit ceci:

“Des dogmes religieux datant du XVème siècle édictés sous forme de bulles papales furent établis comme les fondations même de la loi de propriété foncière, de territoire de la nation et de la loi fédérale sur les Indiens au tout début du XIXème siècle. Des décisions de tribunaux de justice ont lié la loi des Etats-Unis au monde de la chrétienté et de l’impérialisme chrétien. Ce processus ne fut ni caché ni mystérieux, il ne fut pas non plus une conspiration ourdie entre les juges et les prêtres. Ce fut la planification de longue haleine pour la saisie de tout un continent. Ce fut la théorie qui guida les pratiques coloniales. C’est l’histoire que raconte ce livre “Pagans in the Promised Land” (“Païens en Terre-Promise”).

Le christianisme, le sytème de croyance de l’église, est différent de la chrétienté, qui est un amalgame d’églises (catholique, protestante, orthodoxe) et d’états. La chrétienté consiste en l’alliance de princes séculiers et d’autorités sacerdotales ; elle culmine avec la doctrine du droit divin des rois et des papes…

[…] Ainsi ce livre “Pagans in the Promised Land” n’est pas une attaque sur le christianisme, mais une exploration analytique dépassionnée des manières d’où ont émané la loi fédérale des Etats-Unis sur la propriété, la nation et les Amérindiens, celles de la chrétienté. Pour être plus spécifique, les lois fédérales de propriété et se rapportant aux Indiens, leur corps de réglementation créé par le gouvernemnt des Etats-Unis pour définir ce que sont les peuples indigènes sur cette partie du continent, leurs droits à la terre et les droits de propriété des colons, est une manifestation continuelle de la mission historique mondiale de la chrétienté: d’amener toute la création en son domaine.

[…] Il est essentiel ici pour le lecteur qui serait sensible aux enseignements chrétiens de Jésus Christ, d’être ouvert à l’apprentissage au sujet d’une histoire problématique de la chrétienté dans sa relation avec la loi fédérale des Etats-Unis.”

* * *

L’essentiel de la loi fédérale indienne et les fondements de la loi sur la propriété foncière aux Etats-Unis (et au Canada…) provient d’une décision de justice très importante: Le rendu de la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 dans l’affaire Johnson contre MacIntosh, écrit par le juge John Marshall. Cette décision et son compte-rendu légal sont cités en permanence dans les affaires de litiges territoriaux entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis (et du Canada, puisque le rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh y a fait jurisprudence de manière fort utile pour l’état colonial canadien…) et les peuples et nations natives du continent nord-américain.

Johnson contre M’Intosh est analysé dans le chapitre 7 du livre. Les six premiers chapitres sont faits pour mener à une compréhension optimale des implications de la décision de la cour suprême en 1823. Les chapitres suivants en expliquent les conséquences du point de vue amérindien et comment en sortir.

Le livre de Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land” est une des clefs de la compréhension du monde colonial dans lequel nous vivons toujours. La compréhension des sujets abordés dans l’ouvrage est primordiale pour bien comprendre non seulement l’emprise impérialiste que l’oligarchie possède sur le monde, mais aussi comment en sortir par la voie des peuples. Le futur de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste mortifère les faisant acquiescer à “L’ordre” établi et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés et opprimés par l’occident depuis plus de cinq siècles…

~ Résistance 71 ~

 

Introduction (Steve Newcomb)

 

Le gouvernement des Etats-Unis a refusé aux nations indiennes une existence libre et ont exproprié la très vaste majorité des terres indiennes par le moyen de la domination d’un système conceptuel qui opère en partie sur la base de ce que les théoriciens cognitifs appellent des “Modèles Cognitifs Idéalisés” ou MCI…

Si je réussis dans les chapitres qui vont suive, l’établissement central de la loi et de la politique fédérales indiennes, qui dit que les Etats-Unis ont une autorité plénière (absolue) sur les nations indiennes sur la base de la doctrine de la découverte du continent nord-américain par les chrétiens, se révèlera être des plus bizarres. Ce fondement, je le maintiens, est en pleine violation de la présomption que le christianisme n’est pas préféré au dessus des autres religions dans la loi états-unienne… Ainsi sur quelles bases serait-il constitutionnellement permis et moralement acceptable pour la cour suprême des Etats-Unis de catégoriser le peuple chrétien et ensuite, au moyen de l’abandon culturel et cognitif de ces catégories de religion, nier aux nations amérindiennes le droit de maintenir leur existence libre originelle et leur propre intégrité territoriale ?

[…]

Dans les chapitres à suivre, il deviendra très clair que la théorie cognitive fournit le type de vision nécessaire pour comprendre que lorsque des formes dominantes de raisonnement (catégorisation) trouvées dans le narratif de la bible (ancien testament) sont inconsciemment utilisées pour raisonner au sujet des Amérindiens, les terres indiennes deviennent métaphoriquement, du point de vue des Etats-Unis, la terre promise du peuple élu des Etats-Unis.

[…]

Ainsi, lorsque les terres indiennes de l’Amérique du Nord (zone cible) sont comprises en terme de terre promise dans un narratif tiré de l’ancien testament (domaine source), il en résulte deux métaphores conceptuelles:

  • Les terres indiennes sont la terre promise, c’est à dire des terres que dieu a promis à son peuple élu des Etats-Unis d’Amérique.
  • Le peuple américain est un peuple choisi, élu (par dieu pour prendre possession des terres indiennes d’Amérique du Nord). Les canéens (païens et infidèles) du narratif de l’ancien testament sont un concept du domaine source recouvrant le concept de domaine cible des Indiens d’Amérique, résultant ainsi en la métaphore voulant que les Indiens soient les Canéens ou païens de la terre promise.

[…]

En d’autres termes, au sein du contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, il a été et continue d’être parfaitement acceptable pour le gouvernement des Etats-Unis de contrôler et de gouverner les vies des Amérindiens au travers des administrations variées et des décisions de ses administrateurs. Un exemple typique de l’histoire destructrice de cette présomption est la loi d’expulsion des Indiens de l’ “Indian Removal Act” de 1830, qui résulta dans le déracinement génocidaire dans la plupart des cas de la vaste majorité des Indiens vivant dans l’Est des Etats-Unis vers des terres se situant à l’Ouest du fleuve Mississippi. Cette politique est le plus souvent associée avec les nations Cherokee (Piste des larmes), Choctaw, Chickasaw, Creek et Seminole qui furent expulsées vers l’Ouest vers de nouvelles terres indiennes. Le résultat direct de cette politique fut l’estimation de la mort de 10 000 Cherokees lors de la longue marche de la piste des larmes qui les mena de leurs territoires de l’Est vers l’Oklahoma en 1838.

[…]

Avant la loi de réappropriation des terres de 1887, les Indiens avaient toujours en leur “possession” quelques 60 millions d’hectares. Les 40 années qui s’ensuivirent virent la réappropriation par les Etats-Unis de plus de 40 millions d’hectares. Dans la seule année 1890, le gouvernement US parvint à obtenir plus de 7 milions d’Ha. La même année, le commissaire aux affaires indiennes Thomas J. Morgan expliqua la logique se nichant derrière la politique de redistribution des terres: “la politique établie du gouvernement est de briser les terres de réserves indiennes, de détruire les relations tribales, d’établir les Indiens dans leurs lopins, les incorporer dans la vie nationale et les gérer non pas de nation à nation ou comme tribus ou bandes, mais de traiter avec les Indiens comme des citoyens individuels.

[…]

Pourquoi les nations indiennes, en tant que nations véritablement souveraines, ne sont-elles pas autorisées à tenir leurs propres terres de manière fiduciaire pour elles-mêmes, sans l’implication du gouvernement des Etats-Unis, demeure un mystère. Ce serait par exemple vu comme un non-sens total si les terres Etats-Uniennes étaient gérées fiduciairement par le Vatican ou le gouvernement de l’Italie. Pourtant lorsqu’il s’agit des nations indiennes, cette idée devient soudainement parfaitement sensée pour tout le monde.

Malgré des siècles de génocide et d’oppression, les peuples et nations indigènes vivent toujours et nous, peuples autochtones, continuons à persévérer, maintenant armé de la langue des colons et de ses systèmers conceptuels, qui, par la théorie cognitive, nous permet d’avoir plus que jamais une meilleure et plus profonde vision de la mentalité de la société coloniale.

[…]

Ainsi, après plus de trente ans de travail de la part des représentants des peuples indigènes et des experts sur les droits de l’Homme, l’assemblé générale de l’ONU a adopté le 13 Septembre 2007, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) (143 pays votèrent pour, mais les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande votèrent contre…). L’adoption de cette déclaration signale la reconnaissance formelle que les nations indigènes ont un droit inhérent et fondamental à l’auto-détermination. Cela annonça l’aube d’une ère nouvelle pour les droits des peuples et nations indigènes Les votes “non” et les onze abstentions d’autres pays nous rappellent qu’il y a toujours un énorme boulot à effectuer et qu’il y a la place pour bien des réformes de terrain. C’est mon désir le plus humble et le plus cher que ce livre puisse assister de manière modeste avec ce travail et qu’il aide à faciliter la mise en application de ces réformes plus que nécessaires pour que la planète se débarrasse enfin de la mentalité de domination de la chrétienté, de son oppression et de son exploitation.

Le chapitre 1 concerne une présentation sur la théorie cognitive, que nous ne traduirons pas ici…

A suivre…

= = =

Source:

“Pagan in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, Steven T. Newcomb, Fulcrum, 2008

 

 

Stoppons l’empire, privons-le de ses terres usurpées.. Démantelons la doctrine chrétienne de la « découverte »…

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Vers le démantèlement de la doctrine de la domination chrétienne

 

Steven Newcomb

 

20 Novembre 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/11/20/toward-disestablishing-doctrine-christian-domination

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son article récent (ici en anglais: http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/10/24/deconstructing-doctrine-discovery ), le professeur David Wilkins (Lumbee) dit que la doctrine de la découverte est passée par beaucoup d’expressions différentes, comme une “fiction théologique” des papes, “une fiction politique” des nations européennes, et une “fiction légale” des Etats-Unis (NdT: et du Canada…). Il affirme que récemment, la doctrine de la découverte a été “dangereusement réobjectivée comme fiction populaire”.

Le professeur Wilkins est un universitaire brillant et accompli et il est bon de le voir discuter d’un sujet que son mentor, feu l’universitaire Standing Rock et le théologien Vine Deloria Jr, firent tant pour le mettre en valeur. Cette mise en valeur inclut la lettre ouverte de Deloria en 1972 aux chefs des églises chrétiennes et son fameux ouvrage de 1973 “God is Red” (“Dieu est Rouge”), dans lequel il cita la bulle papale de 1493 Inter Caetera.

En tout cas, les vues de Wilkins ne sont sûrement pas au-delà de toute critique, spécifiquement du fait que ses commentaires sont faux ou imprécis. Il dit par exemple que “comme cela fut originellement conçu par le pape Alexandre VI dans sa bulle de 1493, la ‘découverte’ accordait les intérêts particuliers exclusifs de l’Espagne dans les Amériques.” Pourtant, Wilkins ne nous dit pas, précisément, de quel type “d’intérêts exclusifs dans les Amériques” le pape avait l’intention d’accorder à la couronne de Castille.

En Mai 2013, Debra Harry (Paiute), Sharon Venne (Cree) et moi-même (Shawnee) avons consulté et étudié des documents originaux papaux aux Archives Générales des Indes Occidentales (NdT: Ces énormes archives sont conservées dans la ville de Séville en Andalousie, elles contiennent 43 000 dossiers contenant plus de 80 millions de pages et 8000 cartes géographiques…). C’était le 4 Mai, 520 ans jour pour jour après la publication des documents papaux de 1493. Au dos d’un des deux parchemins velum, la notation du secrétariat royal dit que les documents furent une concession de pape Alexandre VI à la couronne de Castille “pour gagner et conquérir les Indes”, (“ganaran y conquistaron de las Indias”).

En d’autres termes, ce furent des concessions de la papauté autorisant la couronne à forcer “les Indes” à passer sous la domination chrétienne. Les documents papaux ont exprimé et assumé le droit chrétien, catholique et espagnol du dominium ou “dominorum Christianorum” (Eximae Devotinis, May 3, 1493). Cette assomption de la domination chrétienne soulève la question de savoir si les nations indiennes furent considérées par les penseurs chrétiens, avoir la souveraineté et le dominium ou domination, au même niveau et au même degré, que l’église catholique et la couronne d’Espagne.

Le professeur Anthony Anghie dans son livre “Imperialism, Sovereignty, and the Making of International Law” (2004), dit que le théologien espagnol Francisco de Vitoria avait argumenté que “les Indiens n’étaient pas souverains parce qu’ils étaient des païens.” Ce fut le point de vue de Vitoria que les Indiens n’étaient pas souverains parce qu’ils n’étaient pas chrétiens. Wilkins dit que Vitoria a déclaré “que les peuples natifs étaient les vrais propriétaires de leurs terres” et que Vitoria était de l’avis qu’une appropriation espagnole “d’un titre de propriété par la découverte ne pourrait être justifiée que quand la propriété était sans propriétaire.” Ainsi nous avons affaire à deux problèmes en un:

  • Si de l’avis de Vitoria les Indiens étaient souverains et…
  • Si un titre de propriété “au travers de la découverte” s’est appliqué là où des nations non-chrétiennes et leurs peuples vivaient déjà.
    Il est possible que le professeur Wilkins ne soit pas au courant de l’argumentation de Vitoria sur le fait que les Indiens n’étaient pas souverains car n’étant pas chrétiens. Ou peut-être a t’il décidé de laisser cette argumentation hors de son article, tout en mentionnant ce qu’il dit être la vision de Vitoria des Indiens à savoir “qu’ils étaient les véritables propriétaires de leurs terres”.

Quoi qu’il en soit, les idées de domination (“ganaran y conquistaron”) exprimées dans la bulle papale, l’affirmation par l’Espagne et les autres nations chrétiennes du droit de domination sur toutes les terres non-chrétiennes et la vision de Vitoria affirmant que les monarques chrétiens étaient souverains mais que les Indiens non-chrétiens ne l’étaient pas, ont résulté d’un cadre conceptuel bien spécifique: Le dominium ou droit de dominorum d’un souverain chrétien contre le titre de quelque infidèle ou païen décrété non-souverain par les chrétiens.

Quel serait le résultat si les chrétiens concevaient nos ancêtres “être les véritables propriétaires” de nos terres, sous le pouvoir et le dominium ou dominorum d’un souverain chrétien résultant de la première assertion de la souveraineté chrétienne et de son dominium sur des terres non-chrétiennes ? Le résultat serait un cadre de “titre souverain chrétien contre un titre moindre, diminué d’Indiens non-chrétiens, non-souverains.”

Dans l’article d’opinion de Wilkins, il mentionne le célèbre article légal de Felix Cohen “Original Indian Title”, publié en 1947. Dans cet article nous y trouvons ce sous-titre: “Le titre souverain: Johnson contre McIntosh”. Avec ce sous-titre, Cohen disait que Johnson contre M’Intosh (NdT: référant à une fameuse décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823, légiférant en faveur de la souveraineté chrétienne en accord avec la doctrine de la découverte…) était au sujet du supposé supérieur “titre souverain” de l”ascendence”, de “la domination (dominion) ultime” ou de la “domination absolue”, tout autant que cela était au sujet d’un titre de propriété indien ou du droit “d’occupation de la terre”.

Dans le rendu de l’affaire White contre l’université de Californie, un panel de trois juges de la cour d’appel du 9ème district a récemment dit que l’occupation indienne des sols “n’est pas un droit de propriété”, mais n’est qu’un “intérêt aborigène à la terre”. Après avoir mentionné dans son article la sitation de la 9ème chambre d’appel dans le cas des Indiens Tee Hit-Ton contre les Etats-Unis, Wilkins demande:

Mais pourquoi y a t’il une poussée ces jours-ci vers le retour à la version discréditée il y a longtemps de la doctrine de la découverte, alors que la réalité historique montre clairement qu’elle n’a pas été utilisée de quelque manière pratique que ce soit par les colons subséquents après les écrits de Vitoria ?

Il pose cette question comme si on ne trouvait que la “version papale” de la doctrine de la découverte dans les archives historiques, ce qui n’est clairement pas le cas. Ceci est parfaitement démontré par le résumé légal du ministère de la justice américain en 1954 de l’affaire des Indiens Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis. Dans ce résumé légal, le solicitor du gouvernement Simon Sebeloff a dit que ce qui commença comme une doctrine de la papauté avant et au commencement de l’âge de la découverte, fut ensuite généralisé et adopté par “toutes les nations chrétiennes” d’Europe.

Ce fut la version généralisée plutôt que la “version papale” de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination qui est devenue le fondement du rendu de Johnson contre M’Intosh et du sous-titre de l’article de Felix Cohen (“the Sovereign’s title: Johnson v. M’Intosh”). La doctrine chrétienne de la découverte et de la domination devint la base de l’argumentation du gouvernement fédéral américain dans son résumé légal du rendu de justice dans l’affaire Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis.

Ceci devint le fondement de la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1955 pour l’affaire Tee-Hit-Ton, comme cela est prouvé par la citation par la cour des Elements of International Law de Henry Wheaton et plus récemment, ce fut la base pour une citation de Tee-Hit-Ton contre les Etats-Unis par la cour d’appel du 9ème district et de son panel de trois juges ce 27 Août dernier.

Dans son chapitre sur la “conquête déguisée en loi” , “Conquest Masquerading As Law,” in Unlearning the Language of Conquest by Four Arrows, Vine Deloria Jr. écrit que la doctrine de la découverte “fut élargie de telle manière que toute nation chrétienne pouvait ‘découvrir’ des terres auparavant inconnues des Européens et qu’elle était immédiatement investie du titre légal (de propriété) et ce sans se préoccuper des droits et reconnaissance des habitants existant de l’endroit.

Dans l’affaire Johnson contre M’Intosh, le juge Marshall a dit que le “droit de la découverte” était confiné à des pays alors inconnus de tous les peuples chrétiens”. En d’autres termes, les envahisseurs chrétiens revendiquaient un droit de domination sur des terres auparavant inconnues des chrétiens et des nations chrétiennes. Cette façon d’énoncer le sujet a plus à faire avec la conservation des documents papaux et royaux dans un langage actuel de cette époque, ce qui est toujours de nos jours un élément fondateur de la loi fédérale sur les Indiens et de sa politique et se doit donc d’être desétabli.