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Resistance politique: Comprendre la domination impérialiste occidentale…

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Le modèle de domination impérialiste

 

Steven Newcomb, Shawnee/Lenape
 Executive Director, Indigenous Law Institute

 

~ Traduit de l’anglais Résistance 71 ~

 

Décembre 2015

 

Le 4 Mai 1493, le pape Alexandre VI (NdT: Rodrigo Borgia, de la dynastie Borgia et père de Cesar et Lucrèce) a émis un document pontifical connu sous le nom de bulle Inter Caetera. Le document fut émis à la demande du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Isabelle de Castille et dont le but était de “donner” aux deux monarques catholiques toutes les terres que Cristobal Colón (Chistophe Colomb ou “le colonisateur porteur de la croix”) avait découvertes ainsi que toutes autres terres qui seraient “découvertes” dans le futur. La seule limite du pape sur ce don fut que Ferdinand et Isabelle ne pouvaient pas tenter de s’emparer de terres qui avaient déjà été prises par un autre prince chrétien. Entre autres, le pape déclarait que cela était son désir que des nations non-chrétiennes soient subjuguées (dominées militairement) et forcée à devenir chrétiennes. Le pape voyait les monarques catholiques comme travaillant à l’expansion de “l’empire chrétien”. “Nous croyons en Lui (le dieu catholique)”, a dit le pape, “et de lui provient tous les empires, dominations et toutes bonnes choses.”

Le modèle de domination impérialiste présume qu’il est justifiable pour un souverain immigrant (disons l’Angleterre, la France, l’Espagne ou le Portugal) d’arriver dans un pays déjà habité par des nations libres et indépendantes et de simplement présumer “le droit” de prendre possession militairement de ce pays par la force et de mettre les habitants originels sous la réglementation et la loi des constructeurs d’empire. La bulle pontificale reflète un système de langage qui présume qu’il est permis pour une personne d’assumer un droit divin impérialiste et de domination sur un autre peuple.

George Washington a dit en 1786: “Il viendra sûrement un jour où ce pays aura un poids sur l’échelle des empires… et en tant que membre d’un empire juvénile… je ne peux pas détrourner mon attention de ce sujet…” clairement, lorsqu’on parle des nations et des peuples amérindiens, les Etats-Unis opèrent strictement sur la base du modèle de domination impérialiste. Le prérequis de ce modèle est la loi fédérale sur les Indiens que l’on trouve dans la décision de la Cour Suprème des Etats-Unis dans l’affaire Johnson v. McIntosh (8 Wheat., 543, 1823),, que la cour à prise en se basant sur la bulle papale Inter Caetre de 1493. Dans ce cas précis, le juge John Marshall a dit que la “découverte” des “païens” par le “peuple chrétien” a donné aux chrétiens une “domination ultime” (droit d’empire et de domination) sur les Indiens de la sorte “découverts”.

Après la “découverte” chrétienne, a dit Marshall, les droits des peuples Indiens à la “souveraineté complète en tant que nations indépendantes” ont été “diminués”. De manière supposée, les Indiens ne retinrent qu’un simple “droit d’occupation des sols”, de leurs terres ancestrales tout en étant soumis à la domination des Etats-Unis. Après avoir correctement identifié la loi fédérale indienne comme un système de langage de domination, l’Institut a commencé à travailler vers le développement d’une nouvelle base totalement inovative et radicalement différente pour penser la relation entre les Etats-Unis et les nations et peuples indiens. Nous n’acceptons pas l’idée qu’un préjugé judiciaire fondé sur un préjudice religieux (Johnson contre M’Intosh) puisse légitimement nier, refuser le droit inhérent que les nations indiennes ont de vivre librement et indépendamment sur leurs terres ancestrales. Dans un effort de gérer le fondement du modèle de domination impérialiste, nous en avons formellement appelé au pape Jean-Paul II pour qu’il révoque la bulle pontificale Inter Caetera de 1493. Nous l’avons aussi invité à nous rejoindre sur le chemin sacré en honorant le premier principe de la loi traditionnelle autochtone, celui de “respecter notre Terre-Mère et de regarder toute vie comme sacrée.” (NdT: ceci fut rédigé en 1995)

La loi traditionnelle autochtone

Au temps de la soi-disante “découverte” chrétienne, européenne des terres indiennes sur le continent des Amériques, nos nations et peuples autochtones respectifs vivaient une vie complètement libre et indépendante, de manière spirituelle, fondé sur l’intégrité de la famille, de la communauté et de la terre. Le style de vie basé sur la spiritualité de nos ancêtres ne comportaient aucun poison mortel, pas de pesticides, pas d’herbicides, pas d’organo-chlorines synthétiques et autres substances chimiques toxiques industrielles, comme aussi le plomb dans l’eau que boivent nos enfants ou des particules radiocatives qui maintenant s’éparpillent dans l’air des déserts du sud-ouest.

Tandis que certains diraient que nos ancêtres manquaient des soi-disantes “avancées technologiques” pour créer de telles choses, nous assumons que ces réalités, qui menacent directement la vie sur la planète Terre, ne sont pas du tout des “avancées” ou un “progrès”. Nous envisionnons une époque où notre façon de vivre sera une fois de plus guidée par la loi traditionnelle autochtone, de telle façon que ces poisons ne viennent plus contaminer la terre, les eaux et les systèmes immunitaires des gens.

Les modes de vie fondés sur la Terre, le spirituel de nos ancêtres, étaient de conserver les instructions originelles qui leur furent données, qu’ils reçurent il y a des milliers d’années par la tradition orale. La sagesse du monde naturel et la compréhension de nos ancêtres existent toujours dans nos langues, nos cérémonies et les endroits sacrés de nos peuple et nations respectifs. La loi traditionnelle autochtone peut-être trouvé dans la Kanaka Maoli Law des Hawaiiens natifs, dans les Sept Lois des Lakota, les 12 lois des Shawnee, les lois du Kogi etc… Mais par le mot “loi” nous parlons en fait d’une alternative conceptuelle et culturelle à la technologie et à la culture impérialiste polluée par le chimique et par le désir de domination (NdT: à commencer par celui de domination de la Nature. Pour les occidentaux, ce qui ne peut pas être contrôlé doit être détruit. La Nature doit plier aux désirs des capitalistes privés ou d’état ou être brisée et détruite. Il en va de même pour les peuples et nations libres et indépendants…). L’Institut Légal Indigène affirme que la loi traditionnelle autochtone est une source essentielle de sagesse environnementale et de compréhension de la planète aujourd’hui. Nous œuvrons pour que la pensée traditionnelle autochtone des Amériques soit reconnue comme une base, un fondement nécessaire de notre existence collective sur la planète Terre.

Résistance au colonialisme occidental: Discours de Steven Newcomb (Shawnee) à l’Assemblée Mondiale des Religions (Octobre 2015)

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« Nos nations et peuples originels n’ont pas besoin de réconciliation mais de décolonisation !… »
~ Steven Newcomb ~

 

Discours devant l’Assemblée Mondiale des Religions

 

Steven Newcomb

 

3 Novembre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/11/03/speech-parliament-worlds-religions

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Salt Lake City, Utah, le 19 Octobre 2015:

 

Bonjour à toutes et à tous,

Je désire rendre hommage aux nations originelles sur la terre desquelles ce bâtiment se dresse aujourd’hui. Je désire honorer les ancêtres qui ont aimé cette terre et l’ont chéri au moyen de cérémonies et de prières traditionnelles, fondées sur leur vision d’un besoin de relations sacrées avec notre terre-mère, avec ses eaux pures et limpides et avec la Vie sous toutes ses formes et manifestations. Je désire honorer l’existence originelle et libre de nos nations et de nos peuples remontant dans la nuit des temps au travers de nos traditions et histoires orales.

Hier j’écoutais avec grand intérêt la session plénière sur le changement climatique. Cela me frappa de réaliser que vouloir travailler sur le changement climatique sans travailler à un changement de paradigme serait une grave erreur. Nous avons besoin d’un changement, d’un glissement de notre attitude et de notre mentalité pour nous écarter enfin du paradigme de domination prévalent, de la déshumanisation, de la veulerie, dont les symptomes sont partout observables sur la planète terre, notre mère à toutes et à tous.

Il y a plus de cinq siècles, plusieurs papes de Rome, au nom de la chrétienté, ont lâché sur le monde ce paradigme auquel je faisais référence. Cela pourra peut-être vous surprendre d’apprendre que le modèle de domination impérialiste chrétien a été imbriqué dans les lois et les politiques des Etats-Unis d’Amérique ainsi que dans les lois et les politiques de bien des pays comme par exemple le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce code caché de l’empire chrétien (NdT: héritier de l’empire romain) a œuvré pendant plus de cinq siècles vers la dissolution de nos nations originelles sur l’Île de la Grande Tortue (Amérique du Nord) et Abya Yala au Sud.

Les schémas d’idée de domination et la soi-disante découverte chrétienne ont été écrits par des juristes dans la loi fédérale indienne elle-même, où ils demeurent jusqu’à ce jour. Ces idées remontent à des documents pontificaux datant du XVème siècle et aux chartes royales d’Angleterre qui affirmèrent le droit à la domination contre des terres non-chrétiennes, “qui furent inconnues de tous les peuples chrétiens avant cette période”. En 1823, la Cour Suprême des Etats-Unis sanctifia le schéma de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination avec sa décision dans l’affaire Johnson & Graham’s Lessee contre McIntosh.

Nous pouvons remonter ce schéma d’idées à l’année 1452 lorsque le pape Nicolas V dans son édit/bulle Dum Diversas, dirigea le roi du Portugal à se rendre sur la côte ouest africaine et partout en terres non-chrétiennes afin “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer”… “tous les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ”, “de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel” et de “s’emparer de tous leurs biens, propriétés et possessions”. Plusieurs décrets pontificaux ou bulles furent émis en 1493 par le pape Alexandre VI (NdT: Rodrigo Borgia), qui appellèrent à la propagation et l’expansion de l’empire chrétien, imperii Christiani en latin, et appelaient à ce que les “nations barbares” soient subjuguées à la foi et religion chrétiennes. En marge de ceci mais connecté, le 4 Mai 2013, 520 ans après la publication de la bulle papale de Mai 1493, je me suis rendu avec deux de mes amis: Dr Debra Harry de la nation Paiute et l’avocate Sharon Venne de la nation Cri, munis d’une autorisation spéciale aux archives espagnoles des Indes Occidentales se tenant dans la ville de Séville en Espagne pour y consulter deux documents papaux parchemins velum. Le secrétaire royal de l’époque avait fait une annotation particulière au dos d’un des parchemins, stipulant que le document était une concession du pape Alexandre VI pour “ganaran y conquistaron de las Indias.” Ou en français: “gagner et conquérir les Indes”. En d’autres termes, ceci était une concession de domination.

Notre documentaire “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” basé sur mon livre Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery, Fulcrum, 2008, met sous les feux de la rampe les schémas de déshumanisation impliqués dans l’affirmation du droit de la découverte chrétienne et de la domination sur des terres peuplées de soi-disants païens, infidèles et peuples non-baptisés. Ceci est un point d’attention sur lequel nous nous concentrons depuis plus de 20 ans à l’Institut de Droit Indigène (Indigenous Law Institute, dont Steven Newcomb est le co-fondateur)

Mon ami et mentor Birgil Kills Straight est un leader spirituel de la nation Oglala Lakota (Sioux). En 1992, lui et moi avons fondé l’Indigenous Law Institute. En 1993, nous avons participé à l’assemblée des religions mondiales à Chicago. Birgil y parla des Sept Lois Spirituelles des Oceti Sakowin et nous parlâmes de ces bulles pontificales. Nous avons fait part à la communauté mondiale de notre campagne d’appel au pape Jean-Paul II à la répudiation du décret/bulle Inter Caetera de 1493. Notre campagne contre le paradigme de domination et de déshumanisation ainsi que leur institutionalisation dans les lois et les politiques, continue aujourd’hui avec la papauté de François 1er.

Mesdames et messieurs, j’aimerai avoir plus de temps pour approfondir plus en détail, mais devant le peu de temps qui m’ait imparti, je vous laisserai sur cette réflexion: En 1954, le ministère de la justice des Etats-Unis envoya une ordonnance à la Cour Suprême des Etats-Unis, dans laquelle il fut argumenté que les Indiens Tee Hit d’Alaska ne méritaient aucune compensation financière pour la prise du bois sur leurs terres parce que “les nations chrétiennes d’Europe avaient découvert ces terres de païens et d’infidèles”. En 1955, l’année de ma naissance, la Cour Suprême tomba d’accord avec cette argumentation, se référant au Elements of International Law de Henry Wheaton dans lesquels il disait ceci: “Les nations païennes des quatre coins du monde furent les proies, les récompenses et le butin légaux de leurs conquérants civilisés.” Ce schéma de domination chrétienne fut une nouvelle fois soutenu par une décision de la Cour Suprême des Etats-Unis en 2005 dans son rendu de l’affaire City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York.

Je désire conclure en disant qu’il est grand temps pour les chrétiens et les églises qui pratiquent cette déshumanisation qu’il faut arrêter de mentir au sujet de nos cérémonies traditionnelles. Ils doivent arrêter de dire à notre jeunesse et aux autres, que nos cérémonies sont sataniques ou l’œuvre du diable. Ceci tue bon nombre de nos jeunes qui, privés de leur identité spirituelle et culturelle et dans le sillage du traumatisme généré par les programmes de pensionnats de la domination pour Indiens (aux Etats-Unis et au Canada), mettent prématurément fin à leur vie.

De plus, les gouvernements et les églises doivent commencer à consacrer du temps et des efforts, de l’énergie et de l’argent dans l’assistance à la revitalisation de nos langues, de nos cultures et de nos traditions spirtituelles, les mêmes efforts et énergie consacrés à la destruction de nos places sacrées et de nos cultures en première instance. Nos nations originelles n’ont pas besoin de réconciliation, mais de décolonisation ! Nous et la planète devons cicatriser du traumatisme amené sur nous par ces schémas chroniques et incessants de domination et de veulerie avérées.

Merci à tous les chrétiens et églises chrétiennes qui ont exprimé leur soutien à nos efforts, sachez que nous apprécions cela à sa juste valeur. Nous vous invitons tous à marcher avec nous sur le chemin sacré en honneur du tout premier principe de nos nations originelles: “Respectons la Terre notre Mère et ayons un regard sacré pour tout être vivant. Mettons fin à toute domination. Nous sommes tous inter-reliés. Wanishi.”

Résistance au colonialisme occidental: Décoder la sémantique colonialiste…

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Au sujet de remplacer le jour de Colomb par le jour des peuples dominés

 

Steven Newcomb

 

27 Octobre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/10/27/replacing-columbus-day-dominated-peoples-day

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une tendance notoire a émergé ces récentes années alors que de plus en plus de villes aux Etats-Unis laissent tomber les festivités du “jour de Christophe Colomb” (Colombus Day) en faveur d’une “journée des peuples indigènes”. Ce changement de terminologie est considéré être une grande amélioration par ceux qui savent que la journée de Colomb représente une expansion brutale et sanglante de l’empire et de la colonisation. Ce jour représente de fait la décimation de nos ancêtres et la dévastation de nos nations et de nos peuples. Ce jour représente un héritage du génocide.

Une des façons de caractériser l’héritage de Colomb est ceci: Lorsque que Colomb appela cette première île “découverte” du nom de “San Salvador”, qui veut dire Saint Sauveur en espagnol, il commença à utiliser le processus d’utilisation de l’imagination humaine pour imposer des métaphores de domination de la chrétienté occidentale sur nos nations, nos ancêtres, et nos terres. Le système imposé des métaphores de la chrétienté et le bain de sang qui en résulta peuvent aussi être compris comme un système de domination et de déshumanisation mis en place par les gens de la chrétienté pour faire avancer le modèle impérialiste de domination chrétien. Maintenant on nous dit qu’une des façons de tourner le dos à ce maudit et sombre héritage est de changer le nom de ce jour férié nommé après le “saint patron” si on veut de cette histoire de mort et de colonisation, Christophe Colomb.

Avant que nous bougions plus avant dans la direction d’un “jour des peuples indigènes”, il serait peut-être bon et sage de nous rappeler de l’avertissement que nous avait donné le poète et philosophe Dakota John Trudell au sujet de ce qu’il se passe lorsque, “ils changent le nom et nous traitent de la même façon”. La fondation existante du système continue sans fléchir parce que le changement de nom n’est qu’une petite révision de surface (NdT: encore une “réforme”, une de ces inepties faites pour toujours donner l’illusion du changement et de l’amélioration alors qu’en fait ce n’est toujours que cela: une illusion…)

Question: Pourquoi encourageons-nous les villes américaines à abandonner le “jour de Colomb” et à adopter “le jour des peuples indigènes” ? Réponse possible: Parce que nous sommes contre le système de domination que Colomb et toute la chrétienté ont imposé de manière invasive et destructrice sur nos peuples et nos nations ; le système en résultant de domination est chronique et perdure jusqu’à nos jours.

Et bien, si cela est le cas, pourrait-on demander, pourquoi alors aussi utiliser la métaphore “indigène” pour nous nommer nous-mêmes ? Cette métaphore, venue de la terminologie de l’ONU, ne fait juste que renforcer, plutôt que de défier, le système métaphorique de domination imposé sur nos peuples et nations originels. Fondé sur la manière dont le mot “indigène” est défini par l’ONU, nous ne faisons qu’abandonner le “jour de Colomb” en faveur de l’idée bien camouflée du “jour des peuples dominés”.

Permettez-moi d’expliquer ceci.

Dans le contexte des Nations-Unies et de l’arène internationale, les peuples indigènes sont conçus, en accord avec une définition reconnue officiellement, comme ayant été à un moment donné des peuples (nations) distinctes. Puis, “des personnes d’une culture différente ou d’origines ethniques différentes arrivèrent sur place (en l’occurence, ici sur le continent des Amériques) d’autres endroits du monde, les subjuguèrent par conquête, développement colonial ou tout autre moyen, les réduisant à une situation non-dominante ou coloniale.” (Khan and Talal, Indigenous Peoples: A Global Quest for Justice (1987).

Pensez à la dévastation morale à laquelle durent faire face nos ancêtres et nos nations après avoir été forcés d’une existence pré-indigène (pré-domination) à une existence de dominés, de colonisés. Pendant très longtemps, nos peuples et nations ont vécu de manière indépendante, libre et non contraints à une domination étrangère. Puis, soudainement, nos ancêtres et nos nations furent envahis et graduellement “subjugués”, “réduits” par les puissances dominatrices “à une situation non-dominante ou coloniale”. Les colonisateurs ont alors commencé à considérer nos nations et nos ancêtres comme étant des peuples et nations dominés, ce qui veut dire voués à vivre “sous la botte” des colonisateurs et pour utiliser une expression tout aussi métaphorique. “ils nous ont marché dessus.”

Eventuellement, les colonisateurs commencèrent à utiliser les “peuples colonisés” et les “peuples indigènes” comme des expressions synonymes.
Parce qu’aucune de ces deux expressions n’ont amené le concept de “domination” en point de focalisation, le mot “dominés” ne fut pas détecté et fut utilisé par nous comme un moyen de défier le système de la société dominante et ses métaphores de domination.

Se faire nommer “indigènes” c’est se faire nommer en termes de l’opposé de l’existence originelle libre de nos nations et de nos ancêtres. Se faire nommer “indigène” dans le contexte de l’ONU c’est se faire nommer en termes de ce qui est considéré être venu après que notre droit à une existence libre et indépendante fut supposément terminé par le “processus de civilisation”, à savoir d’avoir été violemment et sémantiquement soumis aux métaphores de la chrétienté (de l’empire colonial chrétien). La mission de la chrétienté fut d’utiliser des processus de domination afin d’œuvrer en vue de la dissolution complète, c’est à dire de l’élimination, de nos nations libres et indépendantes.

L’utilisation de l’expression “non-dominant(e)” par Khan et Talal attire notre attention sur une supposition qui a guidé les “États”. D’après cette supposition, le système métaphorique de domination de la chrétienté est maintenant dominant et nos peuples et nations sont maintenant métaphoriquememt voués à exister “sous” ou “en dessous” ce système bien au point de métaphores. La définition de “non-dominant” est appliquée à nos nations et nos peuples parce que nous sommes voués à l’assujettissement de manière permanente par un système de domination bien fait et effectif.

Si nous sommes véritablement sérieux au sujet de notre libération en décolonisant (en défaisant la domination sur) nos esprits, alors nous devons regarder bien plus profondément ce système de langage utilisé par les colonisateurs et son système métaphorique. Car c’est au moyen de ce système de langage que le colonisateur tisse la toile linguistique et métaphorique de son empire de domination. Nous ne pouvons pas prendre la terminologie colonialiste pour argent comptant. L’approche la plus confortable et la plus immédiate n’est pas la meilleure approche pour notre libération.

Nous devons nous engager dans la tâche mentale difficile d’interpréter les mots, les textes, les métaphores des colonisateurs afin de mettre en évidence les vérités profondes cachées. Voici un point de conclusion que je désirerais faire: le “jour des peuples et des nations originels” est en tout point préférable à l’expression “jour des peuples indigènes”. Mais quoi qu’il en soit, si vous vous sentez complètement en adéquation avec “le jour des peuples indigènes”, alors utilisons l’expression “jours des peuples dominés” de façon à ce que l’image du système de domination dont nous avons besoin de nous libérer soit claire et absolument sans ambiguité aucune.

Si nous utilisons des mots et expressions qui ne servent qu’à renforcer le cadre déjà existant de domination, qu’avons-nous donc fait ? A quoi sommes-nous parvenus ? Nous devons commencer à utiliser un langage qui identifie le cadre de référence et amène au bon niveau de conscience tout en même temps défiant sa fausse affirmation de légitimité. Nous pourrions utiliser l’expression “jour des peuples dominés” de manière ironique afin de montrer au monde que le système de domination est toujours utilisé contre nous, tout en argumentant sur le fait qu’il n’y a pas de “droit à la domination”. En d’autres termes, nos nations ont toujours le droit inhérent d’exister librement et indépendamment de toute domination et de toute déshumanisation.

Décoder la Doctrine Chrétienne de la Découverte… Maintenant un documentaire sortant avant la venue du criminel Bergoglio alias François 1er au Pays du Goulag Levant…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance d’être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

Décoder la Doctrine de la Découverte: le documentaire de Steven Newcomb sur les écrans de New York

ICTMN

15 Septembre 2015

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/09/15/decoding-doctrine-christian-discovery-newcomb-documentary-screens-nyc-161757

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note de Résistance 71: Nous mettons la bande annonce du documentaire en section commentaires…

Titre en français: “La Doctrine de la Découverte: Démasquer le code de la Domination”

 

Au soir de la visite du pape François 1er sur l’Île de la Grande Tortue à la fin du mois, un préliminaire est nécessaire et le nouveau documentaire The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code est le parfait véhicule pour examiner comment les vues des anciens chrétiens continuent de façonner les relations entre les peuples indigènes et les descendants des colons occupants européens jusqu’à ce jour.

Fondé sur le livre de l’avocat, universitaire et contributeur au site Indian Country Today Media Network (ICTMN) Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery” aux éditions Fulcrum, 2008 (NdT: dont de larges extraits ont été traduits et publiés sur Résistance 71, cliquez ici), ce documentaire d’une heure “examine les effets d’une ancienne doctrine remontant à des documents du Vatican publiés par des papes du XVème siècle et qui donnaient les droits de clâmer dominion, à perpétuité, sur des terres non-chrétiennes et sur leurs habitants”, expliquent les réalisateurs dans une déclaration.

La pape rendra visite aux territoires traditionnels des nations Piskataway et Lenape à Washington D.C, New York et Philadelphie du 22 au 27 Septembre courant.

Le documentaire, réalisé par Sheldon Wolfchild (Dakota, Sioux), sera diffusé à 18:30 le Jeudi 17 Septembre aux étudiants et aux membres de la communauté de la Faculté de Droit de Fordham intéressés dans un évènement qui inclura une “grosse section de questions/réponses avec les producteurs de documentaire (dont fait partie Steven Newcomb), au sujet de l’utilisation continue et de l’impact de la doctrine chrétienne de la découverte sur les nations et peuples indigènes”.

La célèbre auteure-compositrice indigène Buffy Sainte-Marie est la narratrice du documentaire qui illustre les façons dont les diktats papaux et royaux de la domination chrétienne infusent nos vies quotidiennes aujourd’hui, spécifiquement avec l’utilisation de précédents légaux établis par la cour suprême des Etats-Unis.

Le langage de ces précédents légaux applique une certitude biblique pré-établie d’un droit à la découverte et à la domination”, disent les producteurs incluant Newcomb.

Voici quelques unes des questions qu’aborderont les producteurs du documentaire avec l’audience en attendance: “Pourquoi les Etats-Unis et d’autres pays continuent-ils d’affirmer un droit de domination sur les nations natives originelles ? Pourquoi les Etats-Unis clâment-ils sur cette base, un droit de “pouvoir plénier” sur ces nations ?

La diffusion et la session de questions/réponses sur le documentaire The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code auront lieu à la faculté de droit de l’université de Fordham, 150 West 62 Street, 3rd floor, Room 3-04, New York, NY 10023.

L’évènement est parrainé par les Fordham University Communication & Media Studies Department et le Professor Stephen Stoll of the Fordham University History Department.

 

Résistance au colonialisme: La voie de la libération pour tous…

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Affaire de métaphores: Vers la libération de nos nations

 

Steven Newcomb

 

6 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/06/metaphors-matter-toward-liberation-our-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son livre Metaphors We Live By (1980), (“Les métaphores qui mènent nos vies”), le philosophe Mark Johnson conclut que nous vivons sur la base de métaphores et de schémas métahoriques que nous remarquons à peine. Ceci est dû en grande partie au fait qu’on ne nous enseigne pas de faire attention aux métaphores ou à leurs schémas engendrés. On ne nous enseigne pas l’étendue que ces métaphores et leur processus mental ont sur la constitution de la réalité que nous vivons et l’expérience de nos vies quotidiennes.

Il est rarement noté que la métaphore a été un des moyens principaux des Etats-Unis pour créer un monde à part entière pour nos nations originelles et je le maintiens, toujours libres de droit. Les mots et les idées contenus dans ce qui est typiquement appelé “la loi et politique fédérale indienne” constituent en eux-mêmes tout un monde de relations au pouvoir que les Etats-Unis ont été capables de construire de toute pièce. Au sein de cette structure de pouvoir, les Etats-Unis ont construit très méticuleusement pour nous un endroit “d’ordre inférieur” de subordination où ils désirent maintenir nos nations et nos peuples à perpétuité. Les Etats-Unis ont pour but de nous maintenir dans un mode de vie permanent en conformité avec leur schéma métahorique de domination et de subordination “pour les siècles des siècles, amen” comme disent les chrétiens.

Le monde de captivité sémantique que les intellectuels travaillant pour les Etats-Unis ont travaillé si dur à construire pour y contenir nos peuples et nations, est un endroit métaphorique d’internement qui a une réalité physique lui correspondant. Le monde que nous avons réussi à construire pour nous-mêmes est un monde que nous avons construit au sein du monde confiné de la captivité que les Etats-Unis ont construit pour nous.

Le gouvernement des Etats-Unis a justifié son attitude prédatrice, mortelle et cleptomaniaque contre nos nations sur la base de métaphores dominantes et déshumanisantes par lesquelles il vit. Les Etats-Unis sont un empire établi sur la base d’une métaphore fondatrice de paternité (pensez aux “pères fondateurs”…), d’un grand patriarque blanc qui donna naissance à sa progéniture impérialiste de domination. George Washington l’appelait “notre empire nouveau-né”. E Pluribus Unum ~ La multitude en provenance de l’Un: Un empire et une domination sous le concept de “dieu”.

La Cour Suprême des Etats-Unis a été un très petit groupe d’humains, cependant très puissant, engagé dans un effort de construire et de maintenir un monde métaphorique de captivité pour nos nations. Celles-ci ont été tenues dans ce monde sémantique depuis maintenant plus de deux cents ans.
En conséquence, ce que le juge de la Cour Suprême John Marshall a appelé “ceci, notre empire s’étalant toujours plus avant” a utilisé son système idéologique minutieusement élaboré pour s’approprier des milliers de milliards de dollars dérivés de nos terres, territoires et ressources. Il s’est de la sorte rendu l’empire le plus riche et le plus puissant de la planète, bien qu’il montre maintenant des signes évidents de sucomber à la loi de l’entropie et la seconde loi de la thermodynamique.

En résultante de l’utilisation cognitive par les Etats-Unis de métaphore et de son système idéologique prédateur, le monde dans lequel existe nos nations et peuples originels est en proie à des niveaux épidémiques de suicide, d’abus d’alcool et de drogues, de taux faramineux d’incarcération, de pauvreté chronique, de diabète et autres maladies mortelles ainsi qu’aux effets marquants et durables des efforts génocidaires pour éliminer nos nations en détruisant nos langues, nos cultures, cérémonies, nos pratiques traditionnelles d’éducation des enfants et en volant nos enfants en les socialisant aux “normes américaines” de la société dominante.

Ceux-là et d’autres indicateurs, comme la destruction de nos sites sacrés et de nos endroits de cérémonie signifiants, sont un résultat direct de la Cour Suprême et des autres secteurs du gouvernement des Etats-Unis utilisant des métaphores destructrices contre nos nations sur une base inter-générationnelle. Le résultat de tout ceci a été un processus de destruction du monde de nos nations et un processus de construction d’un monde et d’enrichissement pour les Etats-Unis. De manière plus qu’évidente, les métaphores ont leur importance…

Lorsque des schémas de domination mortels et destructeurs sont appelés “loi” par (doux) euphémisme afin de leur donner une apparence de légitimité, nous avons une responsabilité de défier, de rejeter et de corriger cette mauvaise utilisation du language. Ceci amène au problème d’un autre type de captivité que nous avons besoin de considérer. L’étendue du fait que nos esprits ont été subjugués par des schémas métaphoriques de la suprématie chrétienne comme on le trouve dans le système idéologique appelé lui aussi euphémistiquement la “loi fédérale indienne”.

La société dominante des Etats-Unis a manipulé nos esprits à un tel degré, que de plus en plus de membres de nos peuples considèrent parfaitement normal de “pratiquer” plutôt que de défier, le système métaphorique de la domination chrétienne blanche, qui est si typiquement étiquetée “loi fédérale indiennes des Etats-Unis”. Nous avons des professionnels qui sont dits “pratiquer” une forme de “loi” constituée de schémas métaphoriques qui furent créés par de brillants hommes blancs dans le passé, faits pour être un moyen spécifique de contrôle, de diminution et, sous le label de “d’élimination”, d’éliminer nos nations originelles et toujours libres de droit.

Ceux d’entre nous qui “pratiquent” les schémas idéologiques de domination de la loi de l’homme blanc ignorent simplement les précédents tordus et religieusement bigots de ce système idéologique. Soit ils ne savent pas qu’ils sont là, soit ils prétendent qu’ils ne sont pas là et n’existent pas. Pour une raison inconnue, ils ne semblent pas vouloir questionner et défier le principe et la base selon lesquels les Etats-Unis retiennent nos nations captives.

Il est grand temps de bouger au-delà des platitudes habituelles et nous devons devenir bien plus précis au sujet d’une doctrine de la découverte et de relation de “confiance” ayant pour précédent la domination. Pourquoi le mot “confiance” est-il utilisé pour nommer le précédent de domination/subordination inhérent à la loi fédérale indienne, qui est l’idée que la première puissance chrétienne blanche qui localise des nations païennes bronzées a le droit d’assumer “l’ascendance” et la “domination ultime” (dominion) sur ces nations ? (pour des preuves de ce que j’avance cf par exemple l’affaire Tee-Hit-Ton Indians vs United States, 1954).

Nous avons besoin d’avoir une conversation plus profonde au sujet de la base correcte des relations entre nos nations libres de droit et les Etats-Unis d’Amérique. A quoi ressemble une relation correcte entre deux nations, spécifiquement lorsqu’une d’entre elles a réussi à maintenir durant des générations un système métaphorique de domination sur l’autre qu’elle refuse d’abandonner ?

Ceci soulève la question de savoir s’il y a un “droit de domination” ? Avant de répondre, rappelez-vous que la domination résulte en la déshumanisation, qui résulte en le traumatisme que le théologien Dr. Luis Rivera-Pagan a appelé “la dévaluation absolue de l’être”. Ceci ensuite, mène à une autre question: Y a t’il un droit à la déshumanisation ? Y a t’il un droit pour s’engager dans une dévaluation absolue de quelqu’un ou d’une nation dans leur être même ? Si oui, alors pourquoi n’y a t’il pas de Déclaration des Droits à la Domination et à la Déshumanisation ?

S’il n’y a pas de “droit” à la domination et à la déshumanisation, alors quel est le standard international ou la convention qui fournit la base pour mettre fin à de tels schémas qui affectent non seulement nos nations et nos peuples indigènes mais la planète entière ? Non seulement n’y a t’il pas de fin en vue, mais les schémas destructeurs de domination semblent être plus flagrants que jamais, spécifiquement au soir de l’objectif des Etats-Unis de réaliser leur Domination Totale (NdT: Full Spectrum Dominance, idéologie doctrinaire actuelle énoncée et certifiée conforme des Etats-Unis…) à l’horizon 2020.

Ceci dit, pensez un peu à l’étendue sur laquelle les systèmes politiques, sociaux et économiques du monde sont fondés, sur des métaphores ou des schémas comportementaux de domination et de déshumanisation. De toute évidence, notre lutte pour la libération de nos nations et peuples originels se situe à l’échelle planétaire. Ceci n’est pas seulement pour notre salut que nous devons œuvrer pour mettre fin au système de domination, mais pour le salut de nos enfants, de nos petits-enfants et de nos générations futures. Nous devons développer les métaphores et les schémas de comportement par lesquels nous serons capables de nous libérer.

= Note de Résistance 71 :

Nous ne pouvons qu’approuver cette analyse de Steven Newcomb avec lequel nous devenons de plus en plus “un esprit”. Ce texte, parmi d’autres, peut-être lié à notre analyse de Mai 2013: “Nous sommes tous colonisés” où nous reprenions et développions les analyses de penseurs et de critiques acerbes du colonialisme comme Aimé Césaire, Frantz Fanon, Taiaiake Alfred et Russell Means.

Nous l’avons dit et le répéterons sans cesse: Le plus puissant empire que le monde ait connu de son histoire, l’empire actuel américain, qui étend son hégémonie globale est, et ceci est unique dans l’histoire de l’humanité, un empire de facto SANS TERRE. Tous ses territoires et richesses ont été volées, pillées, usurpées au nom de la doctrine chrétienne de la découverte et des édits papaux Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493. Edits criminels qui furent par la suite intégrés dans le système légal de domination de la société dominante au détriment des nations et epuples origienls de la terre.
L’auteur de l’article ci-dessus a étudié profondément l’affaire qu’il a rendu public en 2008 dans un livre: “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, que nous avons en grande partie traduit et publié sur ce blog en quatre parties, que nous vous invitons grandement à lire pour mieux comprendre les tenants et aboutissements de l’affaire.

Le salut de l’humanité passe par la compréhension des peuples occidentaux de ces concepts de domination dont nous sommes également les victimes simplement à un degré divers, pour nous tenir côte à côte dans la lutte anti-oligarchiqie avec nos frères toujours colonisés.

“Paix, Pouvoir et Rectitude” disent les Iroquois.

Aux origines du colonialisme occidental: Quand « civilisation » = domination (Steven Newcomb)

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“A mon tour de poser une équation: Colonisation = Chosification”
~ Aimé Césaire ~

“La première caractéristique de l’homme blanc, c’est le mensonge et le double langage au service de son avidité. Le crime habillé en vertu, voilà la principale de vos valeurs.”
~ Sitting Bull, chef Hunkpapa, Lakota ~

“La mémoire, l’histoire, sont des réminiscences de mensonges passés, de forfaitures et aussi une réminiscence que des gens en apparence impuissants peuvent vaincre ceux qui les dirigent, s’ils persistent…”
~ Howard Zinn ~

“Si le génocide définit l’extermination physique d’un groupe humain, l’ethnocide en décrit son extermination culturelle et cette extermination culturelle est souvent le fait d’une seule civilisation qui extermine toutes les autres: la civilisation occidentale.”
~ Robert Jaulin ~

Appliquons cet excellent texte de Steven Newcomb à nous-mêmes, qu’en déduisons-nous ? Le système de domination colonial ne peut fonctionner qu’en ayant lui-même assujetti les esprits de son propre peuple. C’est parce que nous sommes avant tout tous des colonisés, que l’oligarchie a pu imposer sa vision dominatrice du monde.

Il est temps de réfléchir et de retirer notre consentement aux tyrans qui nous gouvernenent tous sans que nous l’ayons demandé. La colonisation, pour qu’elle soit durable, est avant tout une colonisation des esprits et entre les nations colonisées et nous peuples occidentaux, la même doctrine s’applique, ce n’est qu’une question de degré. Nos ancêtres les Gaulois ont aussi été colonisés, dominés par les Romains qui devinrent aux IXème-Xème siècle les légataires et propagateurs du nouvel empire, celui de la chrétienté par le Don de Constantin, nous avons tous été colonisés à un moment ou un autre et nous avons été subjugués et forcés à “croire” en un système de valeur étranger et aliénatoire sous couvert de “civilisation”. La connexion des peuples dans leur soumission au petit nombre est quasi universelle… Notre libération le sera tout autant !

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)

— Résistance 71 —

 

Article connexe: « Nous sommes tous des colonisés ! »

 

Le processus de civilisation… de domination

 

Steven Newcomb

 

25 mars 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/03/25/civilizing-dominating-process

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

Une définition peut remarquée du mot “civilisation” est celles-ci: “l’imposition d’un schéma culturel particulier sur une population étrangère.” Le mot-clef ici est “imposition”, ce qui implique une agence qui s’engage dans le processus d’imposition d’un schéma culturel sur une population ou une nation.

L’imposition forcée est appelée “le processus de civilisation”. Le processus d’imposition forcée provient d’un sustème de domination qui est déguisé en quelque chose appelé “civilisation”, qui est un euphémisme pour “domination”.
La mission d’imposition forcée est aussi appelée “la mission”, comme dans “le système de mission catholique espagnole”. Le système complet par lequel l’imposition forcée est infligé sur des nations libres a typiquement été nommé “le système de mission”. Il opère au moyen de techniques et de phases bien spécifiques.

D’abord, envahissez un endroit où des nations libres vivent. Puis, capturez les gens vivant dans cet endroit. Troisièmement, vainquez le peuple de l’endroit en brisant son esprit de résistance de façon à pouvoir le subjuguer. Le subjuguer veut dire le forcer à se soumettre et à devenir imbriqué dans un système où il est conditionné à payer, prier et obéir, sans question.

Le forcer à une “habitude d’obéissance” à ceux travaillant sans relâche pour imposer ce système de domination. Ensuite, appelez cette habitude d’obéissance à la domination “la loi” ou “l’ordre civil” et la “société civile”. Utilisez le son des cloches et de vicieuses punitions pour créer une réponse conditionnée dans les systèmes nerveux et d’apprentissage neural des cerveaux de ceux qui sont soumis au système de domination.

Assumons le point de vue des gens qui travaillent pour imposer un système de domination sur les autres au demeurant vivant toujours libres et non dominés. Ceux qui vivent libres du système culturel imposé sont ceux qui posent une menace à la “mission” d’imposition. Ils sont bons pour être singularisés comme des “ennemis” du système de domination et doivent être amenés à la “soumission”.

Le système de domination étiquette les peuples libres de “sauvages”, de “barbares” parce qu’ils n’ont pas encore été “domestiqués” en étant forcé de rentrer sous le joug d’un système de domination que les dominants travaillent à leur imposer. Dans les premières étapes de la domination imposée, le mandat est soit de domestiquer ou soit d’exterminer le peuple de la nation libre. Le compte final des morts peut-être très haut, mais cela est pour le bien du système de domination. Également, la domination sur une terre “libre” + esclaves ou travail forcé = capital.

Les compréhensions et pratiques spirituelles du peuple libre lui donne un très fort esprit de résistance et un désir profond de dire “non” à la domination qui leur est imposée. Pour cette raison, leurs compréhensions et cérémonies spirituelles doivent être détruites et par là même leur esprit de résistance. Celles-ci doivent être remplacées par des cérémonies qui adorent et rendent hommage aux symboles et aux insitutions de la domination.

La langue du peuple libre leur donne une capacité de penser et de parler de telle façon qu’ils puissent nier la validité du système de domination, tout en fournissant la capacité de penser indépendemment des idées des dominants. Pour cette raison, leur langage libre doit-être détruit et la langue des dominants leur être imposée. Idéalement, les dominés doivent oublier leur existence libre originelle en tant que nations.

Leurs noms en leur propre langue leur donnent une identité libre du système de domination, donc chaque personne libre se doit de porter un nom du système de domination comme Thomas, Matthieu, Luc, Jean etc… Le peuple libre doit être conditionné à faire le signe de croix dans l’esprit de la vision supposée qu’a eu l’empereur romain Constantin: “par ce signe domine”.

Le but est de les faire “aller et venir” de façon à ce qu’ils n’aient nulle part où se tourner. En d’autres termes, le peupe libre doit-être conditionné à croire qu’il n’y a pas d’alternative au système de domination qui leur est imposé. Et quand et s’ils commencent à poser des questions et à défier le système de dominaton, il doit leur être dit qu’ils doivent suivre “la voie de la réconciliation”, c’est à dire “le retour à la soumission” et “retourner à l’église” ou “les maintenir sous domination”.

La doctrine de la découverte n’a jamais été au sujet de la “découverte” La doctrine a toujours été au sujet de la domination et de la déshumanisation. Il y a des gens qui disent que la “réconciliation” est la solution dont on a besoin, ce qui veut dire que nous devons nous “réconcilier” nous-mêmes avec un système de domination imposé. Ces personnes n’ont même pas commencer à comprendre ce qu’est le système de domination et ce que nous devons en faire. En fait, le terme “réconciliation” n’est qu’un synonyme catholique pour “soumission”, dont l’autre face de la même pièce est la “domination”.

L’adage “laissez la liberté sonner” (NdT: traduction littérale de l’anglais, pas d’équivalent à notre connaisance en français) réfère à la liberté de l’empire, ou ce que Thomas Jefferson appelait “l’empire de la liberté”. C’est un travesti. Ce qui est proclamé être libre et indépendant est l’empire, et non pas les nations ni les peuples qui sont forcés à accepter la “souveraineté” et la domination de l’empire.Les empires ont des colonies” avait dit James Madison de manière très honnête et les fondateurs de l’empire américain comprirent que c’était un système de domination qu’ils étaient en train de fonder en relation avec nos nations libres originelles.

Nos nations natives ont été soumises au “processus de civilisation (domination)” de l’empire américain et le système idéologique fait pour parvenir à ce processus de domination est appelé la loi et la politique fédérales des Etats-Unis. Sur cette base, le parlementaire Lloyd Meeds argumenta dans son rapport Minority Report for the Indian Policy Review Commission en 1976: “La doctrine de souveraineté tribale inhérente adoptée par le rapport majoritaire, ignore la réalité historique du fait que les tribus des Indiens d’Amérique ont perdu leur souveraineté en vertu de la découverte, de la conquête, de la cession, des traités, des statuts et de l’histoire.

Il continua: “Un tribunal international, Cayuga Indian Claims (Great Britain v. United States) … and the United States Supreme Court, Johnson v. M’Intosh, 21 U.S. (8 Wheat.) 543 (1823), and Cherokee Nation v. Georgia, 30 U.S. (5 Pet.) 1, 17 (1831), ont appliqué ces doctrines bien établies de la loi internationale pour mettre un terme à la souveraineté tribal des Amérindiens. Ainsi donc, dans la mesure où les tribus amérindiennes sont autorisées à exister en tant qu’unités politiques, c’est en vertu des lois des Etats-Unis et non pas par quelque droit inhérent à un gouvernement, par eux-mêmes ou par d’autres.

Il nous en revient de défier ce type de raisonnement qui n’est rien d’autre que le résultat de la mentalité de domination qui est imposée à nos nations originelles libres.

* * *

Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ Conclusion ~

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“Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Tandis que vous passez votre temps à étudier cette réalité, comme vous le ferez si judicieuseent, nous agirons encore, créant ainsi de nouvelles réalités, que vous pourrez étudier également. C’est de cette façon que les choses vont aller. Nous sommes les acteurs de l’histoire… et vous, vous tous, ne pourrez juste qu’étudier ce que nous faisons.”

~ Karl Rove, conseiller du président George W. Bush, 2002 ~

“… les uns sont plus grands que les autres de par le droit divin de l’inspiration ; ce qui constitue aussitôt une inégalité fixe, constante, pétrifiée. Les plus inspirés doivent être écoutés par les moins inspirés et les moins inspirés par les pas du tout inspirés. Voilà le principe de l’autorité bien établi et avec lui les deux insitutions fondamentales de l’esclavage: l’Église et l’État.”

~ Michel Bakounine ~

“Les pères fondateurs des Etats-Unis sont un gang d’esclavagistes qui a voulu être libre, pour pouvoir continuer à mettre en esclavage l’homme noir , massacrer et voler l’homme rouge.”

~ George Carlin ~

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ Conclusion ~

Éditions Fulcrum, 2008

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Un regard sacré sur tout être vivant

Lorsque le juge de la cour suprême des Etats-Unis John Marshall a appliqué les concepts de Peuple Chrétien et de Païens au sujet de l’indépendance des Amérindiens et du titre de propriété foncier indien sur la terre, il a tissé ces catégories religieuses avec celles des idées de la découverte chrétienne et de la domination, dans le tissu conceptuel de la loi américaine.

Expliquant le concept de la “découverte”, l’érudit et universitaire respecté Hunkpapa Lakota Vine Deloria Jr dit que “avec l’approbation du pape, dans le traité de Tordesilla en 1494 (entre l’Espagne et le Portugal), la doctrine de la découverte fut élargie de façon à ce que toute nation chrétienne puisse “découvrir” des terres auparavant inconnues des Européens et ceux-ci se retrouver immédiatement investis du titre légal de propriété et ce sans aucun regard emvers les droits des habitants existant de l’endroit.” Deloria a très certainement raison avec toutefois une petite retouche nécessaire, petite mais importante: Dans la bulle papale Inter Caetera de 1493, le pape Alexandre VI n’a pas employé le terme d’Européens pour exprimer le “droit de découverte”, mais il a utilisé le terme de “chrétien”. D’après le décret du pape, tout roi, prince ou nation chrétiens peut “découvrir” et assumer la dominantion sur toutes terres auparavant inconnues des chrétiens même si connues des habitants non-chrétiens.

[…] Ainsi le document fut écrit afin de protéger les droits de propriété terrienne de tout monarque chrétien, comme par exemple le roi du Portugal, mais pas les droits de propriété terrienne des non-chrétiens qui devaient être “subjugués” afin de “propager l’empire chrétien”.

[…] La doctrine de la découverte est maintenant très bien établie et est une partie intrinsèque de la loi américaine qu’on ne peut donc pas altérer. Il serait de plus, selon l’establishment, “trop tard” pour nous, peuples indiens originels pour nous faire les avocats et partisans du retrait de ce cadre théologique de la “découverte chrétienne” de la loi fédérale indienne. Bien sûr pour la société états-unienne, avancer de tels arguments est prétendre que les nations indigènes à cette terre doivent tout simplement acquiescer à ce précédent de la cour suprême datant de 184 ans et qui a affirmé sur la base de l’histoire (la mythologie) du peuple élu sur la terre promise et sur une croyance vieille de 500 ans qui voudrait que le peuple chrétien possède le droit divin de subjuguer les “païens” et d’assumer contrôle et domination sur leurs terres.

[…] Dire que nous, en tant que peuples indigènes contemporains, ne pourront pas réussir à défier le droit de la découverte chrétienne et de domination dans la loi états-unienne sur le terrain religieux ou autre, est en fait suggérer que la loi fédérale indienne reposera toujours sur une idéologie de subjugation religieuse et que “l’État” (dans ce cas-ci le gouvernement fédéral des Etats-Unis et les États de l’Union) peuvent ainsi considérer les ténets religieux du livre de l’ancien testament biblique (ex: Génèse 1:28 et psaumes 2:8) comme partie intégrante du contexte de fond de la “loi suprême de la terre” aux Etats-Unis.

[…] Pourtant, lorsque vu d’une perspective indigène, comment pouvons-nous en tant que peuple natif, considérer les idées et les pensées appelées loi fédérale indienne avoir une signification légitime pour nous déposséder de nos terres et de nos territoires de manière légitime et de détruire les modes de vie ancestraux et traditionnels de nos peuples et nations respectifs ? Pourquoi devrions-nous accepter tout ceci comme légal ? Pourquoi devrions-nous considérer la bulle papale Inter Caetera et autres édits papaux, être des fondements légitimes de la “loi” des Etats-Unis en relation avec les nations amérindiennes, surtout en considérant l’assomption de la séparation de l’église et de l’État aux Etats-Unis et que le christianisme est supposé ne pas êtte préféré à d’autres religions dans la loi américaine ?

[..] Dans cette perspective, les nations indiennes qui ont accepté la protection des Etats-Unis (par traité) sont autorisées à conserver leur existence libre et indépendante ainsi que leur pleine intégrité territoriale […] Mais les Etats-Unis ont tacitement interprété tous les traités signés avec les Indiens comme partie intégrante du contexte de la doctrine de la découverte et du verdict de l’affaire Johnson. Ainsi la découverte chrétienne et la dominiation résultante servent de contexte dans ce que le gouvernement fédéral utilise pour interpréter les traités entre les Indiens et les Etats-Unis.

Ce livre n’a seulement traité que quelques cas parmi les milliers de décisions légales et statutaires qui ont été prises par le gouvernement fédéral en ce qui concerne les affaires indiennes. Comme Vine Deloria Jr l’a si bien noté: “Tous les efforts de réviser, de systématiser et de comprendre les cas légaux et statutaires concernant les peuples et nations indigènes des Etats-Unis, ont été passés et décidés dans l’ombre de cette doctrine de la découverte.

[…] Dans ce livre, mon but était d’utiliser des résultats de la théorie cognitive pour comprendre et interpréter la mentalité d’empire et de domination, qui a résultée de l’assomption que les peuples et nations originels libres et indépendants au départ sont maintenant sujets au pouvoir plénier et à la domination du gouvernement des Etats-Unis.

Cette même mentalité a aussi occasionné le fait que le peuple indien a perdu devant la cour suprêmes des Etats-Unis plus de 80% des affaires présentées, bien plus souvent que des criminels de droit commun condamnés et cherchant à inverser le verdict à leur encontre.

[…] Comme le dit Mark Johnson avec grande clareté dans son ouvrage “Law Incarnate”: “L’application de la science cognitive au droit repose sur l’assomption suivante: Le droit est une création humaine, de l’esprit humain vivant dans des corps humains, des sociétés humaines, opérant au sein de pratiques culturelles humaines. Et donc, pour comprendre comment fonctionne la loi, on doit savoir comment tous ces aspects de l’expérience et de la pensée humaines fonctionnent. Pour grandement simplifier l’affaire, nous devons savoir comme “l’esprit” fonctionne, et ceci est précisément l’objectif des sciences cognitives.

[…] Les Etats-Unis ont contextuellement été fondés comme “l’empire américain” en se séparant de l’empire britannique. “Nous avons creusé les fondations d’un empire” avait dit George Washington. Il déclara aussi: “Ce n’est que dans notre caractère unifié en tant qu’empire que notre indépendance est reconnue, que notre puissance peut-être reconnue ou notre crédit soutenu au sein des nations étrangères.

Comprendre que les Etats-Unis ont été fondés en tant qu’entreprise impérialiste nous permet de comprendre pourquoi la loi fédérale indienne, commençant avec le verdict de l’affaire Johnson, est plus correctement comprise en termes de modèle du conquérant et en termes des valeurs imbriquées dans des conceptions impériales romaines telles que imperium, dominatio, occupatio, domo, dominus etc…

[…] De 1783 jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’empire américain s’est concentré sur l’extension de son contrôle territorial des nations indiennes dans les zones qu’il clâmait en Amérique du Nord. Cela ne fut qu’un amuse-gueule. Les Etats-Unis ont ensuite ardememnt travaillé à saisir une bonne partie du territoire du Mexique, puis s’est étendu dans le Pacifique pendant la guerre américano-espagnole. La politique étrangère américaine se tourna vers le désir de prendre le contrôle de Cuba, de Puerto Rico, des Philippines, de Guam, des Iles Vierges, Hawaii etc… Au cours du XXème siècle, les Etats-Unis ont étendu leur influence impérialiste autour du monde d’une telle manière, qu’il y a maintenant (NdT: en 2008 lorsque fut publié ce livre, bien plus maintenant…) quelques 725 bases militaires américaines réparties en territoires étrangers.

[…] En septembre 2000, un grand changement se fit jour quant à la doctrine avec le Project for a New American Century (PNAC), un think tank localisé à Washington D.C, qui publia un long rapport intitulé: “Rebuilding America’s Defense: Strategy, Forces and Resources for a New Century.” Le projet déclara: “Alors que le XXème siècle tire à sa fin, les Etats-Unis sont la seule super-puissance, combinant une puissance militaire prominente, un leadership technologique mondial et la plus grande économie au monde. Les Etats-Unis n’ont plus de rival et donc leur grande stratégie devrait être de préserver et d’étendre leur position avantageuse aussi loin dans le futur que possible.

[…] Le rapport notait également que “le processus de transformation, même s’il amène des changements révolutionnaires, sera sûrement très long à défaut d’un évènement catastrophique de l’ampleur d’un nouveau Pearl Harbor.” Les attaques sur le WTC et le Pentagone juste un an exactement après que le rapport du PNAC fut publié (Septembre 2000), furent l’évènement catalyseur qui mit en branle une série de changements de grande envergure. Nous en subissons toujours les effets aujourd’hui.

[…] Il y a ce vieux cliché disant que les choses deviennent noires avant l’aube et le retour de la lumière. La voie de sortie de cette sombre période dans laquelle nous nous trouvons en ce moment doit impliquer un changement positif de paradigme cognitif en s’éloignant de la mentalité et des attitudes d’empire et de domination, réflectrices du modèle du Conquérant et du modèle du peuple élu/terre promise de l’ancien testament, incluant la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination énoncée dans le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] En tant que peuples et nations originels de l’Île de la Grande Tortue, nous devons inviter le monde à marcher avec nous côte à côte sur ce merveilleux chemin de la vie en restant centré sur l’enseignement de la loi indigène: Respectez la Terre comme votre mère et portez un regard sacré sur tout être vivant.

Fin

Le livre se termine par 31 pages de notes de chapitres et 11 pages de références bibliographiques.

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Notre conclusion

L’analyse de Newcomb est unique en son genre et nous permet de réellement bien comprendre le cœur du problème colonialiste. Depuis le XVème siècle, la racine profonde de la domination eurocentrique sur le monde est d’ordre religieux même si dans le temps, essentiellement au XIXème siècle et l’expansion de l’empire français sous la IIIème république, et celui de l’empire britannique sous le règne de la reine Victoria, ont vu les objectifs de la conquête glisser du religieux à “l’humanitaire” et à l’universalisme de la culture occidentale “supérieure” s’étant octroyée un devoir de rayonner non plus sur un monde “barbare et païen” mais sur un monde “barbare et ignorant”. La belle affaire !

La notion de conquête, de domination européenne du monde prend sa source dans les bulles papales du XVème siècle qui divisèrent le monde pour sa possession par l’empire de la chrétienté. Il est effarant en effet de constater que l’empire américain actuel est fondé sur une appropriation arbitraire, un vol de terres ne lui appartenant pas, vol qui s’est vu enterriner au fil du temps par la passation de la domination fondée sur des principes fondamentalement racistes d’un empire à un autre. Toujours plus effarant de constater que cette domination ordonnée par des édits du Vatican, a été intégrée dans la loi américaine (et canadienne) par le jeu de la reconnaissance et donc de la validation soi-disant légale d’édits religieux d’un autre temps, le tout dans la logique suprématiste d’une nation qui s’auto-déclare “indispensable” et ayant une “destinée manifeste” de rayonner sur le monde dans le plus pur esprit sectaire des puritains anglicans du Mayflower s’établissant sur la côte Est du “nouveau monde”, créant en Nouvelle-Angleterre, cette “cité sur la colline destinée à rayonner sur le monde”.

La réalité, comme exposé par Newcomb dans cet ouvrage qui fera date, est que tout ceci n’est qu’un leurre, une vaste supercherie criminelle et que l’empire est fondé sur un territoire volé, usurpé au prix du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité (les chiffres oscillant entre 50 et 100 millions de morts depuis 1492 selon les sources). Cet empire est “sans terre”, il est nécessaire de déconstruire la fabrication pseudo-légale de son existence pour le forcer à disparaître. Les nations et peuples natifs du continent peuvent le faire, mais ils ont besoin de l’aide d’occidentaux eux-mêmes émancipés de l’idéologie colonialiste qui leur est inculquée et martelée depuis des générations. Notre position est que l’avenir de l’humanité passe par la coopération des peuples occidentaux libérés de l’idéologie mortifère colonialiste se tenant la main dans la main avec leurs frères des peuples indigènes de tous les continents pour se débarrasser du paradigme politique dominant, totalitaire, inégalitaire et fondamentalement raciste actuel pour reconstruire un nouveau paradigme sociétal égalitaire, non-coercitif, non-hiérarchique, au pouvoir dissout dans le peuple, fondé sur le respect des uns pour les autres. L’humain est capable de choses merveilleuses pourvu que l’environnement soit propice. Créons ensemble cet environnment en mettant le modèle politico-économique de l’État et du capitalisme aux oubliettes de l’Histoire, leur seule place légitime et en créant la société des sociétés, l’organisme collectif égalitaire où la véritable préoccupation sera le bonheur harmonieux et partagé sur terre. Rêve, utopie ! Hurlerons certains… Non, un projet politique et social réaliste si on s’en donne VRAIMENT les moyens, ensemble !