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Résistance au colonialisme occidental: Décoder la sémantique colonialiste…

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Au sujet de remplacer le jour de Colomb par le jour des peuples dominés

 

Steven Newcomb

 

27 Octobre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/10/27/replacing-columbus-day-dominated-peoples-day

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une tendance notoire a émergé ces récentes années alors que de plus en plus de villes aux Etats-Unis laissent tomber les festivités du “jour de Christophe Colomb” (Colombus Day) en faveur d’une “journée des peuples indigènes”. Ce changement de terminologie est considéré être une grande amélioration par ceux qui savent que la journée de Colomb représente une expansion brutale et sanglante de l’empire et de la colonisation. Ce jour représente de fait la décimation de nos ancêtres et la dévastation de nos nations et de nos peuples. Ce jour représente un héritage du génocide.

Une des façons de caractériser l’héritage de Colomb est ceci: Lorsque que Colomb appela cette première île “découverte” du nom de “San Salvador”, qui veut dire Saint Sauveur en espagnol, il commença à utiliser le processus d’utilisation de l’imagination humaine pour imposer des métaphores de domination de la chrétienté occidentale sur nos nations, nos ancêtres, et nos terres. Le système imposé des métaphores de la chrétienté et le bain de sang qui en résulta peuvent aussi être compris comme un système de domination et de déshumanisation mis en place par les gens de la chrétienté pour faire avancer le modèle impérialiste de domination chrétien. Maintenant on nous dit qu’une des façons de tourner le dos à ce maudit et sombre héritage est de changer le nom de ce jour férié nommé après le “saint patron” si on veut de cette histoire de mort et de colonisation, Christophe Colomb.

Avant que nous bougions plus avant dans la direction d’un “jour des peuples indigènes”, il serait peut-être bon et sage de nous rappeler de l’avertissement que nous avait donné le poète et philosophe Dakota John Trudell au sujet de ce qu’il se passe lorsque, “ils changent le nom et nous traitent de la même façon”. La fondation existante du système continue sans fléchir parce que le changement de nom n’est qu’une petite révision de surface (NdT: encore une “réforme”, une de ces inepties faites pour toujours donner l’illusion du changement et de l’amélioration alors qu’en fait ce n’est toujours que cela: une illusion…)

Question: Pourquoi encourageons-nous les villes américaines à abandonner le “jour de Colomb” et à adopter “le jour des peuples indigènes” ? Réponse possible: Parce que nous sommes contre le système de domination que Colomb et toute la chrétienté ont imposé de manière invasive et destructrice sur nos peuples et nos nations ; le système en résultant de domination est chronique et perdure jusqu’à nos jours.

Et bien, si cela est le cas, pourrait-on demander, pourquoi alors aussi utiliser la métaphore “indigène” pour nous nommer nous-mêmes ? Cette métaphore, venue de la terminologie de l’ONU, ne fait juste que renforcer, plutôt que de défier, le système métaphorique de domination imposé sur nos peuples et nations originels. Fondé sur la manière dont le mot “indigène” est défini par l’ONU, nous ne faisons qu’abandonner le “jour de Colomb” en faveur de l’idée bien camouflée du “jour des peuples dominés”.

Permettez-moi d’expliquer ceci.

Dans le contexte des Nations-Unies et de l’arène internationale, les peuples indigènes sont conçus, en accord avec une définition reconnue officiellement, comme ayant été à un moment donné des peuples (nations) distinctes. Puis, “des personnes d’une culture différente ou d’origines ethniques différentes arrivèrent sur place (en l’occurence, ici sur le continent des Amériques) d’autres endroits du monde, les subjuguèrent par conquête, développement colonial ou tout autre moyen, les réduisant à une situation non-dominante ou coloniale.” (Khan and Talal, Indigenous Peoples: A Global Quest for Justice (1987).

Pensez à la dévastation morale à laquelle durent faire face nos ancêtres et nos nations après avoir été forcés d’une existence pré-indigène (pré-domination) à une existence de dominés, de colonisés. Pendant très longtemps, nos peuples et nations ont vécu de manière indépendante, libre et non contraints à une domination étrangère. Puis, soudainement, nos ancêtres et nos nations furent envahis et graduellement “subjugués”, “réduits” par les puissances dominatrices “à une situation non-dominante ou coloniale”. Les colonisateurs ont alors commencé à considérer nos nations et nos ancêtres comme étant des peuples et nations dominés, ce qui veut dire voués à vivre “sous la botte” des colonisateurs et pour utiliser une expression tout aussi métaphorique. “ils nous ont marché dessus.”

Eventuellement, les colonisateurs commencèrent à utiliser les “peuples colonisés” et les “peuples indigènes” comme des expressions synonymes.
Parce qu’aucune de ces deux expressions n’ont amené le concept de “domination” en point de focalisation, le mot “dominés” ne fut pas détecté et fut utilisé par nous comme un moyen de défier le système de la société dominante et ses métaphores de domination.

Se faire nommer “indigènes” c’est se faire nommer en termes de l’opposé de l’existence originelle libre de nos nations et de nos ancêtres. Se faire nommer “indigène” dans le contexte de l’ONU c’est se faire nommer en termes de ce qui est considéré être venu après que notre droit à une existence libre et indépendante fut supposément terminé par le “processus de civilisation”, à savoir d’avoir été violemment et sémantiquement soumis aux métaphores de la chrétienté (de l’empire colonial chrétien). La mission de la chrétienté fut d’utiliser des processus de domination afin d’œuvrer en vue de la dissolution complète, c’est à dire de l’élimination, de nos nations libres et indépendantes.

L’utilisation de l’expression “non-dominant(e)” par Khan et Talal attire notre attention sur une supposition qui a guidé les “États”. D’après cette supposition, le système métaphorique de domination de la chrétienté est maintenant dominant et nos peuples et nations sont maintenant métaphoriquememt voués à exister “sous” ou “en dessous” ce système bien au point de métaphores. La définition de “non-dominant” est appliquée à nos nations et nos peuples parce que nous sommes voués à l’assujettissement de manière permanente par un système de domination bien fait et effectif.

Si nous sommes véritablement sérieux au sujet de notre libération en décolonisant (en défaisant la domination sur) nos esprits, alors nous devons regarder bien plus profondément ce système de langage utilisé par les colonisateurs et son système métaphorique. Car c’est au moyen de ce système de langage que le colonisateur tisse la toile linguistique et métaphorique de son empire de domination. Nous ne pouvons pas prendre la terminologie colonialiste pour argent comptant. L’approche la plus confortable et la plus immédiate n’est pas la meilleure approche pour notre libération.

Nous devons nous engager dans la tâche mentale difficile d’interpréter les mots, les textes, les métaphores des colonisateurs afin de mettre en évidence les vérités profondes cachées. Voici un point de conclusion que je désirerais faire: le “jour des peuples et des nations originels” est en tout point préférable à l’expression “jour des peuples indigènes”. Mais quoi qu’il en soit, si vous vous sentez complètement en adéquation avec “le jour des peuples indigènes”, alors utilisons l’expression “jours des peuples dominés” de façon à ce que l’image du système de domination dont nous avons besoin de nous libérer soit claire et absolument sans ambiguité aucune.

Si nous utilisons des mots et expressions qui ne servent qu’à renforcer le cadre déjà existant de domination, qu’avons-nous donc fait ? A quoi sommes-nous parvenus ? Nous devons commencer à utiliser un langage qui identifie le cadre de référence et amène au bon niveau de conscience tout en même temps défiant sa fausse affirmation de légitimité. Nous pourrions utiliser l’expression “jour des peuples dominés” de manière ironique afin de montrer au monde que le système de domination est toujours utilisé contre nous, tout en argumentant sur le fait qu’il n’y a pas de “droit à la domination”. En d’autres termes, nos nations ont toujours le droit inhérent d’exister librement et indépendamment de toute domination et de toute déshumanisation.

Décoder la Doctrine Chrétienne de la Découverte… Maintenant un documentaire sortant avant la venue du criminel Bergoglio alias François 1er au Pays du Goulag Levant…

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Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance d’être répudiés.

— Résistance 71 ~

 

Décoder la Doctrine de la Découverte: le documentaire de Steven Newcomb sur les écrans de New York

ICTMN

15 Septembre 2015

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/09/15/decoding-doctrine-christian-discovery-newcomb-documentary-screens-nyc-161757

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note de Résistance 71: Nous mettons la bande annonce du documentaire en section commentaires…

Titre en français: “La Doctrine de la Découverte: Démasquer le code de la Domination”

 

Au soir de la visite du pape François 1er sur l’Île de la Grande Tortue à la fin du mois, un préliminaire est nécessaire et le nouveau documentaire The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code est le parfait véhicule pour examiner comment les vues des anciens chrétiens continuent de façonner les relations entre les peuples indigènes et les descendants des colons occupants européens jusqu’à ce jour.

Fondé sur le livre de l’avocat, universitaire et contributeur au site Indian Country Today Media Network (ICTMN) Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery” aux éditions Fulcrum, 2008 (NdT: dont de larges extraits ont été traduits et publiés sur Résistance 71, cliquez ici), ce documentaire d’une heure “examine les effets d’une ancienne doctrine remontant à des documents du Vatican publiés par des papes du XVème siècle et qui donnaient les droits de clâmer dominion, à perpétuité, sur des terres non-chrétiennes et sur leurs habitants”, expliquent les réalisateurs dans une déclaration.

La pape rendra visite aux territoires traditionnels des nations Piskataway et Lenape à Washington D.C, New York et Philadelphie du 22 au 27 Septembre courant.

Le documentaire, réalisé par Sheldon Wolfchild (Dakota, Sioux), sera diffusé à 18:30 le Jeudi 17 Septembre aux étudiants et aux membres de la communauté de la Faculté de Droit de Fordham intéressés dans un évènement qui inclura une “grosse section de questions/réponses avec les producteurs de documentaire (dont fait partie Steven Newcomb), au sujet de l’utilisation continue et de l’impact de la doctrine chrétienne de la découverte sur les nations et peuples indigènes”.

La célèbre auteure-compositrice indigène Buffy Sainte-Marie est la narratrice du documentaire qui illustre les façons dont les diktats papaux et royaux de la domination chrétienne infusent nos vies quotidiennes aujourd’hui, spécifiquement avec l’utilisation de précédents légaux établis par la cour suprême des Etats-Unis.

Le langage de ces précédents légaux applique une certitude biblique pré-établie d’un droit à la découverte et à la domination”, disent les producteurs incluant Newcomb.

Voici quelques unes des questions qu’aborderont les producteurs du documentaire avec l’audience en attendance: “Pourquoi les Etats-Unis et d’autres pays continuent-ils d’affirmer un droit de domination sur les nations natives originelles ? Pourquoi les Etats-Unis clâment-ils sur cette base, un droit de “pouvoir plénier” sur ces nations ?

La diffusion et la session de questions/réponses sur le documentaire The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code auront lieu à la faculté de droit de l’université de Fordham, 150 West 62 Street, 3rd floor, Room 3-04, New York, NY 10023.

L’évènement est parrainé par les Fordham University Communication & Media Studies Department et le Professor Stephen Stoll of the Fordham University History Department.

 

Résistance au colonialisme: La voie de la libération pour tous…

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Affaire de métaphores: Vers la libération de nos nations

 

Steven Newcomb

 

6 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/06/metaphors-matter-toward-liberation-our-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son livre Metaphors We Live By (1980), (“Les métaphores qui mènent nos vies”), le philosophe Mark Johnson conclut que nous vivons sur la base de métaphores et de schémas métahoriques que nous remarquons à peine. Ceci est dû en grande partie au fait qu’on ne nous enseigne pas de faire attention aux métaphores ou à leurs schémas engendrés. On ne nous enseigne pas l’étendue que ces métaphores et leur processus mental ont sur la constitution de la réalité que nous vivons et l’expérience de nos vies quotidiennes.

Il est rarement noté que la métaphore a été un des moyens principaux des Etats-Unis pour créer un monde à part entière pour nos nations originelles et je le maintiens, toujours libres de droit. Les mots et les idées contenus dans ce qui est typiquement appelé “la loi et politique fédérale indienne” constituent en eux-mêmes tout un monde de relations au pouvoir que les Etats-Unis ont été capables de construire de toute pièce. Au sein de cette structure de pouvoir, les Etats-Unis ont construit très méticuleusement pour nous un endroit “d’ordre inférieur” de subordination où ils désirent maintenir nos nations et nos peuples à perpétuité. Les Etats-Unis ont pour but de nous maintenir dans un mode de vie permanent en conformité avec leur schéma métahorique de domination et de subordination “pour les siècles des siècles, amen” comme disent les chrétiens.

Le monde de captivité sémantique que les intellectuels travaillant pour les Etats-Unis ont travaillé si dur à construire pour y contenir nos peuples et nations, est un endroit métaphorique d’internement qui a une réalité physique lui correspondant. Le monde que nous avons réussi à construire pour nous-mêmes est un monde que nous avons construit au sein du monde confiné de la captivité que les Etats-Unis ont construit pour nous.

Le gouvernement des Etats-Unis a justifié son attitude prédatrice, mortelle et cleptomaniaque contre nos nations sur la base de métaphores dominantes et déshumanisantes par lesquelles il vit. Les Etats-Unis sont un empire établi sur la base d’une métaphore fondatrice de paternité (pensez aux “pères fondateurs”…), d’un grand patriarque blanc qui donna naissance à sa progéniture impérialiste de domination. George Washington l’appelait “notre empire nouveau-né”. E Pluribus Unum ~ La multitude en provenance de l’Un: Un empire et une domination sous le concept de “dieu”.

La Cour Suprême des Etats-Unis a été un très petit groupe d’humains, cependant très puissant, engagé dans un effort de construire et de maintenir un monde métaphorique de captivité pour nos nations. Celles-ci ont été tenues dans ce monde sémantique depuis maintenant plus de deux cents ans.
En conséquence, ce que le juge de la Cour Suprême John Marshall a appelé “ceci, notre empire s’étalant toujours plus avant” a utilisé son système idéologique minutieusement élaboré pour s’approprier des milliers de milliards de dollars dérivés de nos terres, territoires et ressources. Il s’est de la sorte rendu l’empire le plus riche et le plus puissant de la planète, bien qu’il montre maintenant des signes évidents de sucomber à la loi de l’entropie et la seconde loi de la thermodynamique.

En résultante de l’utilisation cognitive par les Etats-Unis de métaphore et de son système idéologique prédateur, le monde dans lequel existe nos nations et peuples originels est en proie à des niveaux épidémiques de suicide, d’abus d’alcool et de drogues, de taux faramineux d’incarcération, de pauvreté chronique, de diabète et autres maladies mortelles ainsi qu’aux effets marquants et durables des efforts génocidaires pour éliminer nos nations en détruisant nos langues, nos cultures, cérémonies, nos pratiques traditionnelles d’éducation des enfants et en volant nos enfants en les socialisant aux “normes américaines” de la société dominante.

Ceux-là et d’autres indicateurs, comme la destruction de nos sites sacrés et de nos endroits de cérémonie signifiants, sont un résultat direct de la Cour Suprême et des autres secteurs du gouvernement des Etats-Unis utilisant des métaphores destructrices contre nos nations sur une base inter-générationnelle. Le résultat de tout ceci a été un processus de destruction du monde de nos nations et un processus de construction d’un monde et d’enrichissement pour les Etats-Unis. De manière plus qu’évidente, les métaphores ont leur importance…

Lorsque des schémas de domination mortels et destructeurs sont appelés “loi” par (doux) euphémisme afin de leur donner une apparence de légitimité, nous avons une responsabilité de défier, de rejeter et de corriger cette mauvaise utilisation du language. Ceci amène au problème d’un autre type de captivité que nous avons besoin de considérer. L’étendue du fait que nos esprits ont été subjugués par des schémas métaphoriques de la suprématie chrétienne comme on le trouve dans le système idéologique appelé lui aussi euphémistiquement la “loi fédérale indienne”.

La société dominante des Etats-Unis a manipulé nos esprits à un tel degré, que de plus en plus de membres de nos peuples considèrent parfaitement normal de “pratiquer” plutôt que de défier, le système métaphorique de la domination chrétienne blanche, qui est si typiquement étiquetée “loi fédérale indiennes des Etats-Unis”. Nous avons des professionnels qui sont dits “pratiquer” une forme de “loi” constituée de schémas métaphoriques qui furent créés par de brillants hommes blancs dans le passé, faits pour être un moyen spécifique de contrôle, de diminution et, sous le label de “d’élimination”, d’éliminer nos nations originelles et toujours libres de droit.

Ceux d’entre nous qui “pratiquent” les schémas idéologiques de domination de la loi de l’homme blanc ignorent simplement les précédents tordus et religieusement bigots de ce système idéologique. Soit ils ne savent pas qu’ils sont là, soit ils prétendent qu’ils ne sont pas là et n’existent pas. Pour une raison inconnue, ils ne semblent pas vouloir questionner et défier le principe et la base selon lesquels les Etats-Unis retiennent nos nations captives.

Il est grand temps de bouger au-delà des platitudes habituelles et nous devons devenir bien plus précis au sujet d’une doctrine de la découverte et de relation de “confiance” ayant pour précédent la domination. Pourquoi le mot “confiance” est-il utilisé pour nommer le précédent de domination/subordination inhérent à la loi fédérale indienne, qui est l’idée que la première puissance chrétienne blanche qui localise des nations païennes bronzées a le droit d’assumer “l’ascendance” et la “domination ultime” (dominion) sur ces nations ? (pour des preuves de ce que j’avance cf par exemple l’affaire Tee-Hit-Ton Indians vs United States, 1954).

Nous avons besoin d’avoir une conversation plus profonde au sujet de la base correcte des relations entre nos nations libres de droit et les Etats-Unis d’Amérique. A quoi ressemble une relation correcte entre deux nations, spécifiquement lorsqu’une d’entre elles a réussi à maintenir durant des générations un système métaphorique de domination sur l’autre qu’elle refuse d’abandonner ?

Ceci soulève la question de savoir s’il y a un “droit de domination” ? Avant de répondre, rappelez-vous que la domination résulte en la déshumanisation, qui résulte en le traumatisme que le théologien Dr. Luis Rivera-Pagan a appelé “la dévaluation absolue de l’être”. Ceci ensuite, mène à une autre question: Y a t’il un droit à la déshumanisation ? Y a t’il un droit pour s’engager dans une dévaluation absolue de quelqu’un ou d’une nation dans leur être même ? Si oui, alors pourquoi n’y a t’il pas de Déclaration des Droits à la Domination et à la Déshumanisation ?

S’il n’y a pas de “droit” à la domination et à la déshumanisation, alors quel est le standard international ou la convention qui fournit la base pour mettre fin à de tels schémas qui affectent non seulement nos nations et nos peuples indigènes mais la planète entière ? Non seulement n’y a t’il pas de fin en vue, mais les schémas destructeurs de domination semblent être plus flagrants que jamais, spécifiquement au soir de l’objectif des Etats-Unis de réaliser leur Domination Totale (NdT: Full Spectrum Dominance, idéologie doctrinaire actuelle énoncée et certifiée conforme des Etats-Unis…) à l’horizon 2020.

Ceci dit, pensez un peu à l’étendue sur laquelle les systèmes politiques, sociaux et économiques du monde sont fondés, sur des métaphores ou des schémas comportementaux de domination et de déshumanisation. De toute évidence, notre lutte pour la libération de nos nations et peuples originels se situe à l’échelle planétaire. Ceci n’est pas seulement pour notre salut que nous devons œuvrer pour mettre fin au système de domination, mais pour le salut de nos enfants, de nos petits-enfants et de nos générations futures. Nous devons développer les métaphores et les schémas de comportement par lesquels nous serons capables de nous libérer.

= Note de Résistance 71 :

Nous ne pouvons qu’approuver cette analyse de Steven Newcomb avec lequel nous devenons de plus en plus “un esprit”. Ce texte, parmi d’autres, peut-être lié à notre analyse de Mai 2013: “Nous sommes tous colonisés” où nous reprenions et développions les analyses de penseurs et de critiques acerbes du colonialisme comme Aimé Césaire, Frantz Fanon, Taiaiake Alfred et Russell Means.

Nous l’avons dit et le répéterons sans cesse: Le plus puissant empire que le monde ait connu de son histoire, l’empire actuel américain, qui étend son hégémonie globale est, et ceci est unique dans l’histoire de l’humanité, un empire de facto SANS TERRE. Tous ses territoires et richesses ont été volées, pillées, usurpées au nom de la doctrine chrétienne de la découverte et des édits papaux Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493. Edits criminels qui furent par la suite intégrés dans le système légal de domination de la société dominante au détriment des nations et epuples origienls de la terre.
L’auteur de l’article ci-dessus a étudié profondément l’affaire qu’il a rendu public en 2008 dans un livre: “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, que nous avons en grande partie traduit et publié sur ce blog en quatre parties, que nous vous invitons grandement à lire pour mieux comprendre les tenants et aboutissements de l’affaire.

Le salut de l’humanité passe par la compréhension des peuples occidentaux de ces concepts de domination dont nous sommes également les victimes simplement à un degré divers, pour nous tenir côte à côte dans la lutte anti-oligarchiqie avec nos frères toujours colonisés.

“Paix, Pouvoir et Rectitude” disent les Iroquois.

Aux origines du colonialisme occidental: Quand « civilisation » = domination (Steven Newcomb)

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“A mon tour de poser une équation: Colonisation = Chosification”
~ Aimé Césaire ~

“La première caractéristique de l’homme blanc, c’est le mensonge et le double langage au service de son avidité. Le crime habillé en vertu, voilà la principale de vos valeurs.”
~ Sitting Bull, chef Hunkpapa, Lakota ~

“La mémoire, l’histoire, sont des réminiscences de mensonges passés, de forfaitures et aussi une réminiscence que des gens en apparence impuissants peuvent vaincre ceux qui les dirigent, s’ils persistent…”
~ Howard Zinn ~

“Si le génocide définit l’extermination physique d’un groupe humain, l’ethnocide en décrit son extermination culturelle et cette extermination culturelle est souvent le fait d’une seule civilisation qui extermine toutes les autres: la civilisation occidentale.”
~ Robert Jaulin ~

Appliquons cet excellent texte de Steven Newcomb à nous-mêmes, qu’en déduisons-nous ? Le système de domination colonial ne peut fonctionner qu’en ayant lui-même assujetti les esprits de son propre peuple. C’est parce que nous sommes avant tout tous des colonisés, que l’oligarchie a pu imposer sa vision dominatrice du monde.

Il est temps de réfléchir et de retirer notre consentement aux tyrans qui nous gouvernenent tous sans que nous l’ayons demandé. La colonisation, pour qu’elle soit durable, est avant tout une colonisation des esprits et entre les nations colonisées et nous peuples occidentaux, la même doctrine s’applique, ce n’est qu’une question de degré. Nos ancêtres les Gaulois ont aussi été colonisés, dominés par les Romains qui devinrent aux IXème-Xème siècle les légataires et propagateurs du nouvel empire, celui de la chrétienté par le Don de Constantin, nous avons tous été colonisés à un moment ou un autre et nous avons été subjugués et forcés à “croire” en un système de valeur étranger et aliénatoire sous couvert de “civilisation”. La connexion des peuples dans leur soumission au petit nombre est quasi universelle… Notre libération le sera tout autant !

Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous inter-reliés)

— Résistance 71 —

 

Article connexe: « Nous sommes tous des colonisés ! »

 

Le processus de civilisation… de domination

 

Steven Newcomb

 

25 mars 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/03/25/civilizing-dominating-process

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

 

Une définition peut remarquée du mot “civilisation” est celles-ci: “l’imposition d’un schéma culturel particulier sur une population étrangère.” Le mot-clef ici est “imposition”, ce qui implique une agence qui s’engage dans le processus d’imposition d’un schéma culturel sur une population ou une nation.

L’imposition forcée est appelée “le processus de civilisation”. Le processus d’imposition forcée provient d’un sustème de domination qui est déguisé en quelque chose appelé “civilisation”, qui est un euphémisme pour “domination”.
La mission d’imposition forcée est aussi appelée “la mission”, comme dans “le système de mission catholique espagnole”. Le système complet par lequel l’imposition forcée est infligé sur des nations libres a typiquement été nommé “le système de mission”. Il opère au moyen de techniques et de phases bien spécifiques.

D’abord, envahissez un endroit où des nations libres vivent. Puis, capturez les gens vivant dans cet endroit. Troisièmement, vainquez le peuple de l’endroit en brisant son esprit de résistance de façon à pouvoir le subjuguer. Le subjuguer veut dire le forcer à se soumettre et à devenir imbriqué dans un système où il est conditionné à payer, prier et obéir, sans question.

Le forcer à une “habitude d’obéissance” à ceux travaillant sans relâche pour imposer ce système de domination. Ensuite, appelez cette habitude d’obéissance à la domination “la loi” ou “l’ordre civil” et la “société civile”. Utilisez le son des cloches et de vicieuses punitions pour créer une réponse conditionnée dans les systèmes nerveux et d’apprentissage neural des cerveaux de ceux qui sont soumis au système de domination.

Assumons le point de vue des gens qui travaillent pour imposer un système de domination sur les autres au demeurant vivant toujours libres et non dominés. Ceux qui vivent libres du système culturel imposé sont ceux qui posent une menace à la “mission” d’imposition. Ils sont bons pour être singularisés comme des “ennemis” du système de domination et doivent être amenés à la “soumission”.

Le système de domination étiquette les peuples libres de “sauvages”, de “barbares” parce qu’ils n’ont pas encore été “domestiqués” en étant forcé de rentrer sous le joug d’un système de domination que les dominants travaillent à leur imposer. Dans les premières étapes de la domination imposée, le mandat est soit de domestiquer ou soit d’exterminer le peuple de la nation libre. Le compte final des morts peut-être très haut, mais cela est pour le bien du système de domination. Également, la domination sur une terre “libre” + esclaves ou travail forcé = capital.

Les compréhensions et pratiques spirituelles du peuple libre lui donne un très fort esprit de résistance et un désir profond de dire “non” à la domination qui leur est imposée. Pour cette raison, leurs compréhensions et cérémonies spirituelles doivent être détruites et par là même leur esprit de résistance. Celles-ci doivent être remplacées par des cérémonies qui adorent et rendent hommage aux symboles et aux insitutions de la domination.

La langue du peuple libre leur donne une capacité de penser et de parler de telle façon qu’ils puissent nier la validité du système de domination, tout en fournissant la capacité de penser indépendemment des idées des dominants. Pour cette raison, leur langage libre doit-être détruit et la langue des dominants leur être imposée. Idéalement, les dominés doivent oublier leur existence libre originelle en tant que nations.

Leurs noms en leur propre langue leur donnent une identité libre du système de domination, donc chaque personne libre se doit de porter un nom du système de domination comme Thomas, Matthieu, Luc, Jean etc… Le peuple libre doit être conditionné à faire le signe de croix dans l’esprit de la vision supposée qu’a eu l’empereur romain Constantin: “par ce signe domine”.

Le but est de les faire “aller et venir” de façon à ce qu’ils n’aient nulle part où se tourner. En d’autres termes, le peupe libre doit-être conditionné à croire qu’il n’y a pas d’alternative au système de domination qui leur est imposé. Et quand et s’ils commencent à poser des questions et à défier le système de dominaton, il doit leur être dit qu’ils doivent suivre “la voie de la réconciliation”, c’est à dire “le retour à la soumission” et “retourner à l’église” ou “les maintenir sous domination”.

La doctrine de la découverte n’a jamais été au sujet de la “découverte” La doctrine a toujours été au sujet de la domination et de la déshumanisation. Il y a des gens qui disent que la “réconciliation” est la solution dont on a besoin, ce qui veut dire que nous devons nous “réconcilier” nous-mêmes avec un système de domination imposé. Ces personnes n’ont même pas commencer à comprendre ce qu’est le système de domination et ce que nous devons en faire. En fait, le terme “réconciliation” n’est qu’un synonyme catholique pour “soumission”, dont l’autre face de la même pièce est la “domination”.

L’adage “laissez la liberté sonner” (NdT: traduction littérale de l’anglais, pas d’équivalent à notre connaisance en français) réfère à la liberté de l’empire, ou ce que Thomas Jefferson appelait “l’empire de la liberté”. C’est un travesti. Ce qui est proclamé être libre et indépendant est l’empire, et non pas les nations ni les peuples qui sont forcés à accepter la “souveraineté” et la domination de l’empire.Les empires ont des colonies” avait dit James Madison de manière très honnête et les fondateurs de l’empire américain comprirent que c’était un système de domination qu’ils étaient en train de fonder en relation avec nos nations libres originelles.

Nos nations natives ont été soumises au “processus de civilisation (domination)” de l’empire américain et le système idéologique fait pour parvenir à ce processus de domination est appelé la loi et la politique fédérales des Etats-Unis. Sur cette base, le parlementaire Lloyd Meeds argumenta dans son rapport Minority Report for the Indian Policy Review Commission en 1976: “La doctrine de souveraineté tribale inhérente adoptée par le rapport majoritaire, ignore la réalité historique du fait que les tribus des Indiens d’Amérique ont perdu leur souveraineté en vertu de la découverte, de la conquête, de la cession, des traités, des statuts et de l’histoire.

Il continua: “Un tribunal international, Cayuga Indian Claims (Great Britain v. United States) … and the United States Supreme Court, Johnson v. M’Intosh, 21 U.S. (8 Wheat.) 543 (1823), and Cherokee Nation v. Georgia, 30 U.S. (5 Pet.) 1, 17 (1831), ont appliqué ces doctrines bien établies de la loi internationale pour mettre un terme à la souveraineté tribal des Amérindiens. Ainsi donc, dans la mesure où les tribus amérindiennes sont autorisées à exister en tant qu’unités politiques, c’est en vertu des lois des Etats-Unis et non pas par quelque droit inhérent à un gouvernement, par eux-mêmes ou par d’autres.

Il nous en revient de défier ce type de raisonnement qui n’est rien d’autre que le résultat de la mentalité de domination qui est imposée à nos nations originelles libres.

* * *

Rejoignez le mouvement pour la répudiation des bulles papales colonialistes, plus nous mettrons de pression sur la hiérarchie cléricale jusqu’au Vatican et plus ces diktats papaux auront de chance à être répudiés.

— Résistance 71 ~

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ Conclusion ~

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“Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Tandis que vous passez votre temps à étudier cette réalité, comme vous le ferez si judicieuseent, nous agirons encore, créant ainsi de nouvelles réalités, que vous pourrez étudier également. C’est de cette façon que les choses vont aller. Nous sommes les acteurs de l’histoire… et vous, vous tous, ne pourrez juste qu’étudier ce que nous faisons.”

~ Karl Rove, conseiller du président George W. Bush, 2002 ~

“… les uns sont plus grands que les autres de par le droit divin de l’inspiration ; ce qui constitue aussitôt une inégalité fixe, constante, pétrifiée. Les plus inspirés doivent être écoutés par les moins inspirés et les moins inspirés par les pas du tout inspirés. Voilà le principe de l’autorité bien établi et avec lui les deux insitutions fondamentales de l’esclavage: l’Église et l’État.”

~ Michel Bakounine ~

“Les pères fondateurs des Etats-Unis sont un gang d’esclavagistes qui a voulu être libre, pour pouvoir continuer à mettre en esclavage l’homme noir , massacrer et voler l’homme rouge.”

~ George Carlin ~

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ Conclusion ~

Éditions Fulcrum, 2008

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Un regard sacré sur tout être vivant

Lorsque le juge de la cour suprême des Etats-Unis John Marshall a appliqué les concepts de Peuple Chrétien et de Païens au sujet de l’indépendance des Amérindiens et du titre de propriété foncier indien sur la terre, il a tissé ces catégories religieuses avec celles des idées de la découverte chrétienne et de la domination, dans le tissu conceptuel de la loi américaine.

Expliquant le concept de la “découverte”, l’érudit et universitaire respecté Hunkpapa Lakota Vine Deloria Jr dit que “avec l’approbation du pape, dans le traité de Tordesilla en 1494 (entre l’Espagne et le Portugal), la doctrine de la découverte fut élargie de façon à ce que toute nation chrétienne puisse “découvrir” des terres auparavant inconnues des Européens et ceux-ci se retrouver immédiatement investis du titre légal de propriété et ce sans aucun regard emvers les droits des habitants existant de l’endroit.” Deloria a très certainement raison avec toutefois une petite retouche nécessaire, petite mais importante: Dans la bulle papale Inter Caetera de 1493, le pape Alexandre VI n’a pas employé le terme d’Européens pour exprimer le “droit de découverte”, mais il a utilisé le terme de “chrétien”. D’après le décret du pape, tout roi, prince ou nation chrétiens peut “découvrir” et assumer la dominantion sur toutes terres auparavant inconnues des chrétiens même si connues des habitants non-chrétiens.

[…] Ainsi le document fut écrit afin de protéger les droits de propriété terrienne de tout monarque chrétien, comme par exemple le roi du Portugal, mais pas les droits de propriété terrienne des non-chrétiens qui devaient être “subjugués” afin de “propager l’empire chrétien”.

[…] La doctrine de la découverte est maintenant très bien établie et est une partie intrinsèque de la loi américaine qu’on ne peut donc pas altérer. Il serait de plus, selon l’establishment, “trop tard” pour nous, peuples indiens originels pour nous faire les avocats et partisans du retrait de ce cadre théologique de la “découverte chrétienne” de la loi fédérale indienne. Bien sûr pour la société états-unienne, avancer de tels arguments est prétendre que les nations indigènes à cette terre doivent tout simplement acquiescer à ce précédent de la cour suprême datant de 184 ans et qui a affirmé sur la base de l’histoire (la mythologie) du peuple élu sur la terre promise et sur une croyance vieille de 500 ans qui voudrait que le peuple chrétien possède le droit divin de subjuguer les “païens” et d’assumer contrôle et domination sur leurs terres.

[…] Dire que nous, en tant que peuples indigènes contemporains, ne pourront pas réussir à défier le droit de la découverte chrétienne et de domination dans la loi états-unienne sur le terrain religieux ou autre, est en fait suggérer que la loi fédérale indienne reposera toujours sur une idéologie de subjugation religieuse et que “l’État” (dans ce cas-ci le gouvernement fédéral des Etats-Unis et les États de l’Union) peuvent ainsi considérer les ténets religieux du livre de l’ancien testament biblique (ex: Génèse 1:28 et psaumes 2:8) comme partie intégrante du contexte de fond de la “loi suprême de la terre” aux Etats-Unis.

[…] Pourtant, lorsque vu d’une perspective indigène, comment pouvons-nous en tant que peuple natif, considérer les idées et les pensées appelées loi fédérale indienne avoir une signification légitime pour nous déposséder de nos terres et de nos territoires de manière légitime et de détruire les modes de vie ancestraux et traditionnels de nos peuples et nations respectifs ? Pourquoi devrions-nous accepter tout ceci comme légal ? Pourquoi devrions-nous considérer la bulle papale Inter Caetera et autres édits papaux, être des fondements légitimes de la “loi” des Etats-Unis en relation avec les nations amérindiennes, surtout en considérant l’assomption de la séparation de l’église et de l’État aux Etats-Unis et que le christianisme est supposé ne pas êtte préféré à d’autres religions dans la loi américaine ?

[..] Dans cette perspective, les nations indiennes qui ont accepté la protection des Etats-Unis (par traité) sont autorisées à conserver leur existence libre et indépendante ainsi que leur pleine intégrité territoriale […] Mais les Etats-Unis ont tacitement interprété tous les traités signés avec les Indiens comme partie intégrante du contexte de la doctrine de la découverte et du verdict de l’affaire Johnson. Ainsi la découverte chrétienne et la dominiation résultante servent de contexte dans ce que le gouvernement fédéral utilise pour interpréter les traités entre les Indiens et les Etats-Unis.

Ce livre n’a seulement traité que quelques cas parmi les milliers de décisions légales et statutaires qui ont été prises par le gouvernement fédéral en ce qui concerne les affaires indiennes. Comme Vine Deloria Jr l’a si bien noté: “Tous les efforts de réviser, de systématiser et de comprendre les cas légaux et statutaires concernant les peuples et nations indigènes des Etats-Unis, ont été passés et décidés dans l’ombre de cette doctrine de la découverte.

[…] Dans ce livre, mon but était d’utiliser des résultats de la théorie cognitive pour comprendre et interpréter la mentalité d’empire et de domination, qui a résultée de l’assomption que les peuples et nations originels libres et indépendants au départ sont maintenant sujets au pouvoir plénier et à la domination du gouvernement des Etats-Unis.

Cette même mentalité a aussi occasionné le fait que le peuple indien a perdu devant la cour suprêmes des Etats-Unis plus de 80% des affaires présentées, bien plus souvent que des criminels de droit commun condamnés et cherchant à inverser le verdict à leur encontre.

[…] Comme le dit Mark Johnson avec grande clareté dans son ouvrage “Law Incarnate”: “L’application de la science cognitive au droit repose sur l’assomption suivante: Le droit est une création humaine, de l’esprit humain vivant dans des corps humains, des sociétés humaines, opérant au sein de pratiques culturelles humaines. Et donc, pour comprendre comment fonctionne la loi, on doit savoir comment tous ces aspects de l’expérience et de la pensée humaines fonctionnent. Pour grandement simplifier l’affaire, nous devons savoir comme “l’esprit” fonctionne, et ceci est précisément l’objectif des sciences cognitives.

[…] Les Etats-Unis ont contextuellement été fondés comme “l’empire américain” en se séparant de l’empire britannique. “Nous avons creusé les fondations d’un empire” avait dit George Washington. Il déclara aussi: “Ce n’est que dans notre caractère unifié en tant qu’empire que notre indépendance est reconnue, que notre puissance peut-être reconnue ou notre crédit soutenu au sein des nations étrangères.

Comprendre que les Etats-Unis ont été fondés en tant qu’entreprise impérialiste nous permet de comprendre pourquoi la loi fédérale indienne, commençant avec le verdict de l’affaire Johnson, est plus correctement comprise en termes de modèle du conquérant et en termes des valeurs imbriquées dans des conceptions impériales romaines telles que imperium, dominatio, occupatio, domo, dominus etc…

[…] De 1783 jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’empire américain s’est concentré sur l’extension de son contrôle territorial des nations indiennes dans les zones qu’il clâmait en Amérique du Nord. Cela ne fut qu’un amuse-gueule. Les Etats-Unis ont ensuite ardememnt travaillé à saisir une bonne partie du territoire du Mexique, puis s’est étendu dans le Pacifique pendant la guerre américano-espagnole. La politique étrangère américaine se tourna vers le désir de prendre le contrôle de Cuba, de Puerto Rico, des Philippines, de Guam, des Iles Vierges, Hawaii etc… Au cours du XXème siècle, les Etats-Unis ont étendu leur influence impérialiste autour du monde d’une telle manière, qu’il y a maintenant (NdT: en 2008 lorsque fut publié ce livre, bien plus maintenant…) quelques 725 bases militaires américaines réparties en territoires étrangers.

[…] En septembre 2000, un grand changement se fit jour quant à la doctrine avec le Project for a New American Century (PNAC), un think tank localisé à Washington D.C, qui publia un long rapport intitulé: “Rebuilding America’s Defense: Strategy, Forces and Resources for a New Century.” Le projet déclara: “Alors que le XXème siècle tire à sa fin, les Etats-Unis sont la seule super-puissance, combinant une puissance militaire prominente, un leadership technologique mondial et la plus grande économie au monde. Les Etats-Unis n’ont plus de rival et donc leur grande stratégie devrait être de préserver et d’étendre leur position avantageuse aussi loin dans le futur que possible.

[…] Le rapport notait également que “le processus de transformation, même s’il amène des changements révolutionnaires, sera sûrement très long à défaut d’un évènement catastrophique de l’ampleur d’un nouveau Pearl Harbor.” Les attaques sur le WTC et le Pentagone juste un an exactement après que le rapport du PNAC fut publié (Septembre 2000), furent l’évènement catalyseur qui mit en branle une série de changements de grande envergure. Nous en subissons toujours les effets aujourd’hui.

[…] Il y a ce vieux cliché disant que les choses deviennent noires avant l’aube et le retour de la lumière. La voie de sortie de cette sombre période dans laquelle nous nous trouvons en ce moment doit impliquer un changement positif de paradigme cognitif en s’éloignant de la mentalité et des attitudes d’empire et de domination, réflectrices du modèle du Conquérant et du modèle du peuple élu/terre promise de l’ancien testament, incluant la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination énoncée dans le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] En tant que peuples et nations originels de l’Île de la Grande Tortue, nous devons inviter le monde à marcher avec nous côte à côte sur ce merveilleux chemin de la vie en restant centré sur l’enseignement de la loi indigène: Respectez la Terre comme votre mère et portez un regard sacré sur tout être vivant.

Fin

Le livre se termine par 31 pages de notes de chapitres et 11 pages de références bibliographiques.

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Notre conclusion

L’analyse de Newcomb est unique en son genre et nous permet de réellement bien comprendre le cœur du problème colonialiste. Depuis le XVème siècle, la racine profonde de la domination eurocentrique sur le monde est d’ordre religieux même si dans le temps, essentiellement au XIXème siècle et l’expansion de l’empire français sous la IIIème république, et celui de l’empire britannique sous le règne de la reine Victoria, ont vu les objectifs de la conquête glisser du religieux à “l’humanitaire” et à l’universalisme de la culture occidentale “supérieure” s’étant octroyée un devoir de rayonner non plus sur un monde “barbare et païen” mais sur un monde “barbare et ignorant”. La belle affaire !

La notion de conquête, de domination européenne du monde prend sa source dans les bulles papales du XVème siècle qui divisèrent le monde pour sa possession par l’empire de la chrétienté. Il est effarant en effet de constater que l’empire américain actuel est fondé sur une appropriation arbitraire, un vol de terres ne lui appartenant pas, vol qui s’est vu enterriner au fil du temps par la passation de la domination fondée sur des principes fondamentalement racistes d’un empire à un autre. Toujours plus effarant de constater que cette domination ordonnée par des édits du Vatican, a été intégrée dans la loi américaine (et canadienne) par le jeu de la reconnaissance et donc de la validation soi-disant légale d’édits religieux d’un autre temps, le tout dans la logique suprématiste d’une nation qui s’auto-déclare “indispensable” et ayant une “destinée manifeste” de rayonner sur le monde dans le plus pur esprit sectaire des puritains anglicans du Mayflower s’établissant sur la côte Est du “nouveau monde”, créant en Nouvelle-Angleterre, cette “cité sur la colline destinée à rayonner sur le monde”.

La réalité, comme exposé par Newcomb dans cet ouvrage qui fera date, est que tout ceci n’est qu’un leurre, une vaste supercherie criminelle et que l’empire est fondé sur un territoire volé, usurpé au prix du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité (les chiffres oscillant entre 50 et 100 millions de morts depuis 1492 selon les sources). Cet empire est “sans terre”, il est nécessaire de déconstruire la fabrication pseudo-légale de son existence pour le forcer à disparaître. Les nations et peuples natifs du continent peuvent le faire, mais ils ont besoin de l’aide d’occidentaux eux-mêmes émancipés de l’idéologie colonialiste qui leur est inculquée et martelée depuis des générations. Notre position est que l’avenir de l’humanité passe par la coopération des peuples occidentaux libérés de l’idéologie mortifère colonialiste se tenant la main dans la main avec leurs frères des peuples indigènes de tous les continents pour se débarrasser du paradigme politique dominant, totalitaire, inégalitaire et fondamentalement raciste actuel pour reconstruire un nouveau paradigme sociétal égalitaire, non-coercitif, non-hiérarchique, au pouvoir dissout dans le peuple, fondé sur le respect des uns pour les autres. L’humain est capable de choses merveilleuses pourvu que l’environnement soit propice. Créons ensemble cet environnment en mettant le modèle politico-économique de l’État et du capitalisme aux oubliettes de l’Histoire, leur seule place légitime et en créant la société des sociétés, l’organisme collectif égalitaire où la véritable préoccupation sera le bonheur harmonieux et partagé sur terre. Rêve, utopie ! Hurlerons certains… Non, un projet politique et social réaliste si on s’en donne VRAIMENT les moyens, ensemble !

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 4ème partie ~

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“Pendant dix siècles, le christianisme, armé de la toute puissance de l’église et de l’État et sans concurrence aucune de la part de qui que ce fût, put dépraver, abrutir et fausser l’esprit de l’Europe.”
~ Michel Bakounine ~

“L’historien Schlomo Sand nous laisse à l’inévitable conclusion que les juifs contemporains n’ont pas d’origine commune, que leurs origines sémites sont un mythe. Les juifs n’ont absolument aucune origine en Palestine et donc leur action de soi-disant ‘retour’ doit être comprise comme prétexte à une invasion expansionniste tribale.”

~ Gilad Atzmon ~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 4ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 8: Convertir la découverte chrétienne en conquête du paganisme

Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh, le juge de la Cour suprême des Etats-Unis, John Marshall, écrivit que “les différentes nations d’Europe” n’avaient pas “entièrement” ignoré les droits des nations natives, car les nations d’Europe avaient “respecté les natifs en tant qu’occupants”. Le mot “entièrement” suggère bien sûr que les nations européennes avaient essentiellement ignoré les droits des nations natives, mais simplement pas “entièrement”. Comme nous allons le voir, du point de vue de la cour suprême, les droits des Indiens furent ignorés dans la mesure nécessaire de s’assurer que les nations indiennes fussent placées dans l’incapacité de contredire l’affirmation par les Etats-Unis de leur “domination ultime” sur les terres du continent et leur “titre (de propriété) absolu”.

[…] Le juge dit aussi que les chartes royales illustraient comment le “peuple chrétien” avait assujetti un “droit de prendre possession” des terres indigènes du continent, sur la base de la “découverte”, “nonobstant l’occupation par les natifs, qui étaient des païens”. En d’autres termes, Marshall voyait les chartes royales comme preuves que les monarques chrétiens européens, qui envoyèrent des colonisateurs sur ce continent, étaient en possession d’une autorité gouvernementale (dominion) pour convoyer ou octroyer les terres des “païens”.

[…] Comment cela fut abondamment illustré dans le chapitre 4 de ce livre, en particulier avec le point de vue de Henry Summer Maine au sujet des Indiens comparés “presque universellement aux Canéens de l’ancien testament”, la toile de fond cognitive de Marshall dans l’affaire Johnson est le modèle cognitif du “peuple élu sur la terre promise”: Les monarques chrétiens ou les nations s’arrogeant la “découverte” des terres, le faisaient sous le coup d’un mandat de dieu qui leur avait été donné en tant que ‘peuple élu’, pour localiser, posséder, et occuper les terres païennes ‘promises’. D’après ce modèle mental, dieu est considéré avoir promis la terre aux chrétiens européens et ce n’est donc en conséquence qu’une question de temps avant que les peuples indigènes ne soient extirpés de ces terres. Le juge Joseph Story à son tour, colporta ce sens même d’occupation temporaire des terres par les Indiens, lorsqu’il se référa aux Indiens ayant possession de la terre pour leurs “buts temporaires et fugitifs”.

[…] Les droits des peuples indigènes ne furent donc pas totalement ignorés, mais furent “dimininués dans une grande mesure”, dans une grande mesure parce que leurs “droits à la souveraineté totale en tant que nations indépendantes, furent nécessairement diminués par le principe fondamental original, celui qui veut que la découverte ait donné le titre exclusif à ceux qui ont fait la découverte.”. Devant l’ampleur de l’existence de la domination des Amérindiens par les Etats-Unis, ceci mena à cette conception du fait de la diminution de la souveraineté des Indiens et de leur indépendance, à cet égard, le point suivant est central à l’argument du présent travail.

La découverte comme “masque” du pouvoir mental de conceptualisation

[…] Ainsi, l’assomption sous-jacente et hautement implausible suggérée par la cour est que la simple arrivée physique des Européens sur le continent des Amériques est ce qui leur a “donné le titre (de propriété) ultime” sur les terres de ce (sous) continent. Pourtant, malgré la très longue présence physique de dizaines de millions de personnes indigènes sur le continent au moment de l’arrivée des Européens, il n’y a aucune raison sensible et apparente de croire que la simple arrivée des Européens auraient pu annihiler la possession des Indiens de façon à donner aux Européens le titre ultime de propriété sur les terres indigènes du continent.

[..] La théorie cognitive nous permet de reconnaître là une affirmation sous-jacente enfouie dans le verdict de Johnson: Les Européens se sont mentalement aloués la domination sur les terres du continent et leur titre de propriété en se conceptualisant imaginairement eux-mêmes comme ayant la domination et le titre sur les terres du continent. Le concept de “découverte” réfère tacitement à la capacité des Européens d’imaginer la possibilité d’une “réalité” particulière et d’agir ensuite avec une énergie intense et répétée sur cette possibilité de l’imaginaire jusqu’à ce que la “réalité” envisionnée se “manifeste” ou “soit construite”. […] NdT: C’est le principe connu du “répéter un mensonge très souvent et il devient vérité…”

La personnification de la découverte dans le verdict de l’affaire Johnson

Un point clef exprimé dans le verdict est que le gouvernement des Etats-Unis a formellement adopté l’argument disant que le “peuple chrétien” avait “découvert” ce continent “païen” et que les “habitants civilisés” des Etats-Unis avaient donc collectivement “maintenus ce pays” sur la base du “droit à la découverte”. Marshall a dit que c’est à la base même du droit de la découverte que tous les états des Etats-Unis “tiennent et assument maintenant le titre (de propriété) par lequel ce pays fut acquis”.

]…] L’utilisation par Marshall du concept de “découverte” est même plus problématique parce que les chrétiens européens n’ont pas découvert ce continent dans le sens de découvrir un endroit qui était inconnu, il ne sont en fait apparus que sur des terres occupées et connues de dizaines de millions de personnes constituant les nations indigènes. Il est donc en cela parfaitement incorrect de dire que les européens auraient découvert des terres “jusque là inconnues”, d’un point de vue euro-centrique, cela ignore totalement la mentalité propre des peuples autochtones et leur conscience toute particulière de leurs propres terres. Il est de fait bien plus correct de dire que les Européens sont arrivés invasivement sur ce continent.
Ce qui est généralement référé à la doctrine de la découverte pourrait en fait être appelée de manière bien plus juste et précise la doctrine de l’arrivée européenne, mieux même: la doctrine de l’invasion européenne chrétienne.

[…] Le pouvoir d’octroyer des terres en possession des Indiens a déjà été exercé précédemment par les nations européennes, nous dit le juge suprême Marshall. Ainsi toutes les nations d’Europe qui ont acquises des terres sur ce continent ont reconnu pour elles-mêmes et on reconnu pour les autres, le droit exclusif des découvreurs chrétiens de s’approprier les terres occupées par les Indiens.

Les Etats-Unis ont-ils adopté la doctrine de la découverte ?

Les Etats-Unis ont-ils adopté ou rejeté le principe de la découverte ?” avait demandé Marshall. En répondant à cette question, le juge de la cour suprême des Etats-Unis suggéra qu’au traité de Paris de 1783 (qui mît fin à la guerre d’indépendance des Etats-Unis), la Grande-Bretagne avait transféré son assertion de domination ultime aux Etats-Unis et que lorsque ce transfert eut lieu, les Etats-Unis commencèrent à utiliser les mêmes arguments que ceux de la découverte chrétienne pour assumer leur propre affirmation de domination sur les territoires indiens de l’Amérique du Nord (NdT: n’oublions pas que le Canada n’existait alors pas, il fut “officiellement” créé en 1867). Ceci fut fait sur la base de cette affirmation de “dominion” ou de “droit de prendre possession”, a dit Marshall, que les Etats-Unis affirmèrent subséquemment avoir le pouvoir et le droit de donner, distribuer les terres qui étaient toujours habitées et en possession légitime des nations indiennes. De surcroît, les Etats-Unis refuseraient de reconnaître que les Indiens possédaient quelque droit que ce soit qui pourrait être en conflit et leur permettre de contrôler la terre à l’encontre des Etats-Unis.

[…] Ainsi, les institutions des Etats-Unis reconnaissaient que la “couronne” britannique avait le titre (complet) et absolu sur les terres et comme il ne peut y avoir qu’un seule titre de propriété “absolu” pour la même chose au même moment, Marshall en conclût alors que les titre des Indiens était moins qu’absolu, et donc moins que “complet”. De l’opinion de la Cour suprême, comme le titre indien n’était pas un titre de dominion/domination, il n’était “juste” qu’un droit “d’occupation des sols” sujet à la domination des premiers “découvreurs” européens chrétiens ou sujet à la “domination” du successeur politique et légal de ces premiers découvreurs, à savoir, les Etats-Unis. […]

Règles de la conquête

Le juge Marshall expliqua que la cour ne faisait qu’appliquer aux Indiens les règles coutumières de la conquête:

La conquête donne un titre que les tribunaux du conquérant ne peuvent pas nier, quelque soit l’opinion privée et spéculative des individus, respectant l’affirmation de justice originale qui a été correctement évaluée. Le gouvernement britannique qui était alors notre gouvernement et dont les droits furent passés aux Etats-Unis, avait affirmé le titre des terres occupées par les Indiens au sein des limites établies par les chartes des colonies britanniques. […] Le titre de propriété de la très vaste portion des terres que nous possédons, y a son origine. Il n’est pas du ressort des tribuanux de ce pays de mettre en question la validité de ce titre, ou d’en soutenir un autre qui lui serait incompatible.

[…] Puis Marshall se lance dans une analyse de la conquête et du rôle du conquérant donnant la fausse impression qu’il appliquait ces règles de la conquête aux Indiens:

Le titre [de propriété] par conquête est acquis et maintenu par la force. Le conquérant en prescrit les limites. […] Le plus souvent, les conquis sont assimilés et incorporés dans la nation victorieuse et deviennent sujets ou citoyens du gouvernement avec lequel ils sont connectés. […]”

Utilisant une mauvaise et fausse description des Indiens comme étant de “féroces sauvages”, Marshall poursuivit pour expliquer pourquoi il était impossible d’appliquer les règles ci-dessus à la conquête des Indiens:

Mais les tribus indiennes habitant ce pays étaient féroces et sauvages, leur occupation était la guerre et leur subsistance dépendait principalement de la forêt. Les laisser en possession de leur pays était laisser le pays à l’état sauvage ; les gouverner en tant que peuples distincts était impossible, parce qu’ils étaient aussi braves et hautement motivés qu’ils étaient féroces et étaient totalement prêts à repousser par les armes toute tentative sur leur indépendance.” […]

Ce fut Marshall lui-même qui, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, utilisait le verdict de l’affaire Johnson comme une opportunité pour suggérer une règle nouvelle et totalement différente de la conquête, que les Etats-Unis pourraient utiliser contre les nations indiennes. Quelle fut cette nouvelle règle suggérée par Marshall ? Simplement celle-ci:

Quoi qu’extravagante puisse paraître la prétention de convertir la découverte d’un pays habité en sa conquête, si le principe a été établi en première instance, puis maintenu subséquemment, si un pays a été acquis sous ce principe, si la propriété de la vaste masse de la communauté a ce principe pour origine, alors ce principe devient la loi de la terre et ne peut pas être mis en question.

[…] Marshall reconnait librement qu’une telle prétendue conquête puisse paraître “extravagante” et même être hors du raisonnable. Et pourtant, il dit aussi qu’il peut être possible de justificer cette prétention à la conquête pour plusieurs raisons: d’abord si la conquête prétendue a été établie au préalable puis maintenue, secondo, si le pays a été acquis sur la base de cette prétention de conquête et tertio si la propriété de la vaste masse de la communauté a pour origine la prétendue conquête. Alors la conquête devient la loi et ne peut plus être questionnée.

Ainsi, les Etats-unis prétendraient que les nations indiennes sont les habitants “conquis” de ce continent et qu’elles ne possèdent pas de droit de dominion sur leur propres terres ancestrales, ainsi menant à la “conclusion” que le “titre absolu de propriété” du sol était en possession des premiers chrétiens foulant cette terre ou des successeurs politiques et légaux de ces premiers chrétiens. La théorie résultante de “l’occupation païenne” veut dire que les nations indiennes étaient vues par les Etats-Unis comme ne possédant ni la domination ni le titre absolu des terres du continent et seraient ainsi vues comme étant incapables de transférer le titre absolu à d’autres. Sur cette base, la cour suprême a décidé que les titres de propriétés de la terre détenues par des entreprises étaient nuls et non avenus, car les Indiens n’avaient que le titre d’occupation des sols a vendre dans la mesure où les achats privés de terres aux Indiens n’étaient pas considérés comme valides.. La cour considéra les titres opposés être valides, mais neeanmoins contre le don de terre des Indiens, car cela résultait d’un don des Etats-Unis, qui de manière supposée détenaient le titre de propriété absolu par droit de découverte et de domination chrétienne.

[…] Ainsi de par notre analyse du verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, nous avons documenté que le concept de découverte comme il est utilisé dans le verdict de l’affaire Johnson veut dire découverte par le peuple chrétien de terres habitées par des “natifs”, qui sont des “païens”. Il s’ensuit que nous pouvons caractériser avec précision la nouvelle règle du juge Marshall comme:

  • Une affaire de prétendre qu’une simple découverte de terres habitées par des “païens” par les chrétiens, était la même chose que la “conquête” desdits “païens”.
  • Que ce prétendu évènement de la découverte a résulté dans la présomption que les Européens chrétiens possédaient automatiquement le “dominion/la domination” ultime sur les peuples indigènes et leurs terres.

Cette règle de prétendue conquête est fondée sur le pouvoir cognitif de l’assomption. Après tout, un des sens du mot “assumer” est … “prétendre”, un autre est “d’approprier ou de s’arroger” comme dans “assumer le droit de ou sur…” Ainsi le verdict de l’affaire Johnson démontre clairement la capacité des officiels du gouvernement des Etats-Unis, comme John Marshall le haut fonctionnaire magistrat, d’imaginer que les Etats-Unis possèdent le “pouvoir plénier” sur les nations indiennes et de clâmer, sur la base de la découverte (chrétienne), un droit de s’approprier les terres indiennes et les ressources naturelles de ce continent pour le bénéfice économique exclusif des Etats-Unis. Par là donc, le verdict dans l’affaire Johnson assume, sur la base d’une règle de prétendue conquête et d’une distinction entre “les peuples chrétiens” et les “païens”, que les Etats-Unis ont le droit de coloniser un continent entier. De l’opinion de la Cour Suprême des Etats-Unis, cette “nouvelle règle” établie est devenue la loi de la terre.

L’écriture de Marshall dans le rendu du verdict de la cour suprême dans l’affaire Johnson contre M’Intosh (1823) est véritablement ingénieux et d’un point de vue indigène, quelque peu diabolique. Il a utilisé la religion chrétienne et le nationalisme chrétien, combinés avec les pouvoirs cognitifs de l’imagination et de l’assomption, pour construire une réalité subjugatrice pour les Indiens d’Amérique du Nord. Plus de 180 ans après que Marshall eut écrit noir sur blanc le rendu du verdict de l’affaire Johnson au nom d’une cour suprême unanime, cette réalité subjugatrice sert toujours de pierre angulaire pour la loi et la politique fédérale indienne. Clairement, la doctrine de la prétendue conquête chrétienne de John Marshall et sa doctrine du prétendu titre chrétien absolu (titre foncier ultime des Etats-Unis) sont deux aspects brillants et néfastes de son héritage judiciaire.

Chapitre 9: Le processus mental de la négation

En catégorisant les peuples indigènes comme païens, le juge Marshall les conceptualisait en termes de ce qu’ils n’étaient pas!

Ceci est un exemple d’assigner les peuples indigènes une catégorie de négation fondée sur un MCI chrétien, qui du point de vue chrétien, suggère inconsciemment tout ce qui est positif, bon et totalement humain. Au contraire, de la même perspective, la catégorie des “païens” sert une fonction cognitive tacite d’un jugement fondé sur la négation: non chrétien, mauvais, négatif, incivilisé, pas totalement humain. A ce titre, le fait d’être “païen” » peut tout aussi bien vouloir dire “ne pas exister”, comme nous le verrons plus loin.

[…]

Res Nullus

James Truslow Adams identifia un tel processus mental de négation lorsqu’il écrivit: “Un païen était considéré comme nullus, de cette façon sa propriété n’avait pas de propriétaire, ainisi le sol américain pouvait être approprié par qui que ce soit la trouvait en premier.” Quelqu’un qui est classifié comme non-existant est, du point de vue de celui que l’a classifié de cette façon, le propriétaire de rien du tout. Ainsi la catégorie “nullus” a servi de but pour assigner mentalement les peuples indigènes dans la catégorie des politiquement inexistants sans concept de nation indépendante contre les nations chrétiennes européennes.

Le terme nullus est dérivé du latin null voulant dire “rien, aucun, invalide et nul (et non avenu)”. Le terme “vide, nul” est dérivé du latin vacuum signifiant “vide”.

[…] Ces processus mentaux étaient empruntés de la Rome antique et de la loi, du droit romains. Un des aspects du droit romain voulait qu’à la déclaration des hostilités, les terres ennemies soient déclarées “nullius” ou “sans propriétaire”. L’ennemi des Romains étaient déclaré n’être “personne” (dans le sens d’inexistant), ce qui voulait dire politiquement inexistant pour l’empire romain. Cet art mental de la guerre rendait subtilement les terres ennemies “vacantes” et donc “ouvertes” à la possession.

Le processus romain pour prendre possession des terres ennemies était connu sous le nom d’ “occupatio” dans le droit romain, ce qui voulait dire occupation de la terre.

Ceci voulait dire “prendre possession d’une terre qui n’appartient à personne et de s’en approprier le titre de propriété.” Le terme romain était “res nullius”, qui avait deux façons de voir la chose: “La propriété n’avait jamais eu de propriétaire et la propriété n’avait plus de propriétaire au moment de l’appropriation”.

[…] D’après Henry Sumner Maine, nous avons le concept romain d’occupatio référant à “l’occupant qui prit possession en premier lieu” ou de “terres nouvellement découvertes”. En accord avec Maine, l’occupatio romain incluait les droits complets de domination, alors que d’après conception de la cour suprême des Etats-Unis, le titre indien d’occupation des sols n’incluait pas la domination/dominion.

[…] Le juriste Hinsdale identifia une connexion directe entre le principe de droit romain de res nullius et le verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh, mais avec une connotation religieuse comme nous l’allons voir. […] Hinsdale nota que Maine ne vit pas “que l’application de la doctrine du droit romain au Nouveau Monde des XVIème et XVIIème siècles fut faite par le moyen d’une nouvelle définition de nullus.” En d’autres termes, d’après la lecture d’Hinsdale de Francis Lieber, la signification de la doctrine légale pré romano-chrétienne de nullus, fut changée pendant le soi-disant Âge de la Découverte.

Hinsdale commença son explication de la nouvelle signification de res nullius en notant que “les puissances maritimes de l’époque n’ont pas reconnu les sauvages comme leurs ennemis ni plaidé les droits du conquérant en relation avec leurs prises de terres à l’Ouest.” Hinsdale dit que le juge Marshall pensait que “les possessions anglaises en Amérique ne furent pas assumées en tant que droit de conquête mais par le droit de ‘découverte’ et que ceci fut également le fondement des prises de possession des autres puissances qui se divisèrent le Nouveau Monde.

[…] Développant sur ce point Hinsdale continua:

De manière pratique, la découverte, lorsque consommée par la prise de possession, était conquête, mais théoriquement, c’était quelque chose de très différent. Un ennemi défait dans la bataille était ‘nullus’ d’après le droit romain, mais une autre définition, une plus amène avec la mentalité de l’époque, fut alors adoptée. Cette définition fut fournie par l’église catholique apotholique et romaine.

La nouvelle définition de ‘nullus’ était, un païen, infidèle, incroyant ou une personne non-baptisée. “Le paganisme, qui voulait dire non-baptisé’, dit Dr. Lieber, “retire à l’individu ces droits qui sont une véritable moralité juridique inhérente à chaque être humain.” […] Ainsi cette définition concède que res nullius est la propriété de celui qui découvre, qu’un infidèle est nullus, que le sauvage américain est un infidèle et que l’argument est ainsi complété. Que l’église, dont un des grands devoirs et de protéger le faible et le vulnérable, ait suppléé la moitié de la logique qui a justifié de la ruine et de la mise en esclavage des païens, est une des grandes anomalies de l’histoire.

[…] Ainsi Hinsdale décrivit un processus mental dans lequel nos ancêtres natifs étaient métaphoriquement conceptualisés sur la base (exclusive) de la religion chrétienne, comme étant des païens, des infidèles ou des sauvages non-croyants.

[…] En accord avec ce cadre de réflexion, en catégorisant nos nations natives respectives comme politiquement inexistantes, soit partiellement, soit entièrement, pour manque de baptême chrétien, quelques penseurs chrétiens européens, comme l’a montré Hinsdale, ont étiqueté les terres ancestrales des nations indigènes comme étant “terra nullus”, ou terres vacantes sur lesquelles les chrétiens pouvaient dès lors légitimement affirmer leur “dominion/domination”. Et bien que Francisco de Victoria, qui est considéré comme le père fondateur de la “loi internationale” ou “loi des nations”, fut de l’opinion que les non-chrétiens étaient des humains qui avaient le droit à la liberté, la propriété et à la domination territoriale, ceci ne fut pas le chemin conceptuel suivi par la cour suprême des Etats-Unis dans son verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh en 1823.

Occupation païenne et dominion chrétien

Marshall a dit dans le verdict de l’affaire Johnson que du point de vue de la Grande-Bretagne, “il n’y avait pas de disticntion entre les terres vacantes et les terres occupée par les Indiens.” Pourquoi ? parce que comme Francis Lieber l’avait fait remarquer, d’une perspective chrétienne européenne, les peuples qui n’étaient pas baptisés étaient vus comme manquant “ces droits qu’une véritable moralité juridique considère inhérents à chaque être humain.” Sur cette base conceptuelle et malgré quelques caractéristiques “humaines” que les chrétiens européens considéraient les peuples indigènes avoir, ceci n’empêcha pas un empire chrétien européen de “découvrir” et de clâmer une domination totale sur les nations indigènes et leurs terres.

En catégorisant nos ancêtres comme étant païens et infidèles, les chrétiens européens catégorisaient également nos ancêtres comme moins qu’humains, pareils à des monstres.

[…] Il convient ici de noter que la loi internationale est dite ne s’appliquer qu’à la catégorie unique des croyants de la chrétienté. Ainsi, la loi internationale de la chrétienté et son principe de loi d’occupatio était l’acte de chrétiens ou d’une puissance chrétienne clâmant le droit de prendre possession des terres habitées par des peuples indigènes décrétés par les Européens chrétiens comme étant des païens, des monstres ou moins qu’humains.

[…] Dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson, un “prince ou peuple chrétien” avait “dominion” par droit de “découverte”, mais les “païens” n’avaient aucun droit.

Comme l’a également dit le juge Joseph Story dans son interprétation du verdict de l’affaire Johnson: “En bien des cas, les Indiens furent traités comme des communautés indépendantes, libres de se gouverner elles-mêmes, aussi longtemps que cela n’interférait pas avec les droits primordiaux des Européens découvreurs du continent.

Les Européens chrétiens s’approprient mentalement les nations et territoires indigènes

Avant l’invasion européenne chrétienne du continent, les nations indigènes étaient physiquement et mentalement libres et indépendantes des idées et du jugement de la chrétienté. Une autre façon de dire ceci serait de dire qu’avant la venue des Européens chrétiens sur ce continent avec leur intention de conquérir et de subjuguer, ils n’avaient absolument aucun contrôle des peuples et nations indigènes de l’endroit et ce sur tout le continent des Amériques. Ainsi donc, d’une perspective indigène, l’existence libre et indépendante des nations indigènes peut-être vue comme la base de toutes discussions sur l’existence même des Indiens des Amériques. Le système conceptuel de la loi et de la politique fédérales indiennes est fait pour nier cette réalité de base en prétendant que dès le premier moment où les Européens chrétiens ont posé les yeux sur le continent, l’esprit européen a pris possession de l’existence des peuples et nations indigènes.

[…]

Pourquoi les nations et peuples Indiens continuent d’être légalement libres

[…] Qu’est-ce qui a causé les peuples et nations indigènes de cesser d’être légalement libres et indépendants ?

La réponse est: rien ! Les peuples et nations indigènenes continuent jusqu’à ce jour d’être légalement libres et indépendants des Etats-Unis et de toute activité mentale des officiels et fonctionnaires du gouvernement fédéral. Néanmoins, la loi fédérale indienne est fondée sur l’assomption que le gouvernement des Etats-Unis possède une autorité plénière et une domination légitimes sur les nations amérindiennes sur la seule base de la “prétention extravagante” que le peuple chrétien a découvert des terres païennes pendant la période du soi-disant Âge de la Découverte.

[…] Comme ce livre l’a clairement démontré, le double modèle cognitif idéalisé (MCI) du conquérant et du peuple élu sur la terre promise ont fourni la base pour prétendre qu’une simple présence mentale et physique des Européens chrétiens sur le continent causa le fait que les peuples et nations indigènes ne sont plus libres. Ce point de vue repose sur la présomption suivante:

Dès que les Européens chrétiens eurent envahi l’espace territorial de non-chrétiens, les dits non-chrétiens cessèrent immédiatement d’avoir une “indépendance parfaite”. Pourquoi ? Parce que les païens et les nations païennes doivent respecter la volonté de dieu comme exprimée dans la Génèse 1:28 de l’Ancien Testament. En d’autres termes, c’est par la “volonté de dieu” que les chrétiens exercent et maintiennent une suprématie sur les non-chrétiens en les subjugant et en exerçant une domination sur la terre et tout autre être vivant.

En se présumant inconsciemment comme ayant un droit de pouvoir mental et de jugement sur des “païens”, les chrétiens furent capables de juger les Indiens comme n’étant plus autorisés à continuer de vivre librement et indépendamment. Sur la base d’un point de vue biblique disant qu’au peuple élu est providentiellement assigné la tâche de subjuguer la terre et d’exercer la domination sur tout être vivant, les chrétiens se considèrent comme étant un peuple choisi divinement et obligé de “sauver” les païens en les subjugant, ce qui de manière euphémiste est référé comme étant les “civiliser”. Ceci devait être accompli en scindant les nations païennes pour ensuite convertir les membres de ces nations au christianisme, pour que chaque chrétien individuellement se retrouve soit sujet d’une monarchie européenne ou citoyen d’un état chrétien européen par le biais d’une assimilation progressive. C’est de ce point de vue que les païens sont destinés par dieu à être sauvés et réduits dans la civilisation chrétienne européenne.

Chapitre 10: La théorie des nations chrétiennes: cachée à la vue de tous

[…] Dans son petit livre très utile “Les droits des Tribus Indiennes” (Illinois University Press, 1992), Stephen L. Pevar écrivit: “Bien des gens questionnent le droit du gouvernement fédéral de gouverner les Indiens et croient que les nations indiennes n’ont pas perdu leur indépendance. Le gouvernement des Etats-Unis n’est pas du tout d’accord avec ceci et ses tribunaux ont maintenus de manière consistante le pouvoir du gouvernement fédéral sur les Indiens et son droit de pouvoir intervenir dans leurs affaires.” En soutien de ses commentaires, Pevar cita le verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Worcester contre l’état de Georgie en 1832 et quelques autres verdicts de cours suprêmes. Il dit alors:

Pour bien des raisons, le congrès pourrait bien avoir tort en présumant qu’il a le droit de gouverner les Indiens. Pour les personnes intéressées à suivre ce sujet, il y a pas mal de sources qui peuvent être consultées. En toute probabilité quoi qu’il en soit, le gouvernement fédéral continuera à exercer son pouvoir sur les nations et tribus indiennes et ce livre rend compte de cette assomption. Le vieil adage qui dit que ‘la force donne le droit’ contrôle la relation entre les Indiens et les Etats-Unis. Le gouvernement fédéral ne leur permettra jamais de vraiment s’auto-gouverner, il ne leur rendra pas non plus leurs terres.” … Pevar identifia également une autre théorie qu’il assure les Etats-Unis avoir utilisé pour justifier de l’assomption du contrôle fédéral sur les Indiens. Une des manières par laquelle la cour suprême a justifié d’un tel contrôle a dit Pevar “est une règle de la loi internationale qui déclare que la découverte et la conquête donnent au conquérant la souveraineté sur la propriété foncière des terres ainsi obtenues.” La citation est directement empruntée du verdict de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton contre les Etats-Unis (1955). En d’autres termes: “Aux vainqueurs le butin”. Puis citant le verdict de Johnson contre M’Intosh, Pevar nota que la cour suprême avait décidé “Qu’en vertu de la ‘découverte’ de l’Amérique du Nord par les Européens et la ‘conquête’ de ses habitants, le gouvernement fédéral est autorisé à forcer ses lois sur les personnes et les propriétés au sein des Etats-Unis.

[…] Ce livre a déjà présenté un grand nombre de preuves démontrant la base religieuse de l’assertion par les Etats-Unis d’une autorité sur les peuples et nations indiens du sous-continent… La théorie des nations chrétiennes est une théorie cachée et pourtant officielle développée par les hauts fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis pour expliquer comment les nations indiennes passèrent de libres et indépendantes à être regardées comme être sujettes à l’autorité gouvernementale ultime des Etats-Unis.

En 1835, juste un an avant la publication des “Elements de la loi internationale” de Henry Wheaton, le juge John Catron (sur la base du verdict de l’affaire Johnson) déclara que les Etats-Unis avaient le droit de physiquement forcer les Indiens à être obéissants, ceci basé sur la loi internationale de la chrétienté ou “Loi des Nations”. Cent ving ans après que Catron ait publié son verdict dans l’affaire de l’Etat du Tennessee contre Foreman, le juge de la cour suprême Stanley Reid, écrivant pour une cour majoritaire, utilisa une ligne de raisonnement similaire dans le verdict de l’affaire Tee Hit Ton contre les Etats-Unis, pour affirmer que la découverte chrétienne avait donné aux nations chrétiennes la souveraineté sur la propriété de et le titre de propriété sur les terres indiennes païennes. (NdT: ceci remonte à 1955 et non pas au déluge !!…)

Nous pouvons examiner un extrait du juge Catron dans son rendu de décision de l’affaire l’État du Tennessee contre Foreman. Le juge Catron fut plus tard nommé à la cour suprême des Etats-Unis par le président Andrew Jackson (NdT: sans doute le plus ouvertement raciste de tous les présidents des Etats-Unis…):

Nous maintenons que le principe déclaré au XVème siècle comme ‘loi de la chrétienté’ disant que la découverte donnait la permission d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les peuples natifs non convertis (au christianisme) d’Afrique, d’Asie et des Amériques du Nord et du Sud, a été reconnu comme partie de la loi internationale (ou loi des nations), depuis plus de quatre siècles et que ceci est maintenant reconnu par toutes les puissances chrétiennes dans leurs départements politique et judiciaire […] Notre assertion est fondée sur le droit de coercition. Ceci peut-être dénoncé par les moralistes. Notre réponse à cela est que ceci est la loi de la terre. Sans cette assertion et sa mise en place drastique et vigoureuse, nos ancêtres n’auraient jamais pu habiter ce continent. Abandonner ce principe maintenant, serait admettre qu’ils n’étaient que des usurpateurs injustes et que nous-mêmes, succédant à leur autorité usurpée et assertion nulle et non-avenue de posséder et de gouverner le pays, devrions en toute honnêteté l’abandonner, retourner en Europe et laisser les parties subjuguées revenir à l’état sauvage et les terres redevenir des terrains de chasse.

Ci-dessus donc, nous trouvons le juge Catron disant que, durant l’Âge de la Découverte, c’était la Loi de la Chrétienté qui donnait aux puissances chrétiennes “découvrant” de “nouvelles terres” le droit “d’assumer la souveraineté sur et de gouverner les natifs païens non-convertis, non-baptisés et non-chrétiens.” Donc Catron, pour la cour suprême de l’état du Tennessee, a non seulement affirmer que les puissances chrétiennes avaient “le droit de coercition pour l’obéissance” sur les nations indigènes non-chrétiennes, mais encore que ce droit religieux de coercition est validement exercé par le gouvernement des Etats-Unis et est en quelque sorte devenu “la loi de la terre” dans ce pays. Cette théorie au fondement religieux de ce nationalisme chrétien expliqua comment les nations indigènes passèrent de manière supposée à l’état de liberté et d’indépendance à celui d’être considérées sujets de la domination ultime par l’autorité gouvernementale des Etats-Unis et de ses hauts-fonctionnaires. Le juge Catron écrivit ceci dans son rendu du verdict de l’affaire l’état du Tennessee contre Foreman juste 12 ans après que le juge Marshalleut écrit son compte-rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh.

[…] De plus, en 1955, le verdict de la cour suprême des États-Unis dans l’affaire Tee Hit Ton Indians contre les Etats-Unis, déclara pour la majorité de la cour qu’”un groupe identifiable d’Amérindiens appartenant à la tribu Tlingit des Indiens d’Alaska… n’était pas recevable de quelque compensation que ce soit sous le 5ème amendement de la constitution pour la prise par le gouvernement des Etats-Unis de bois sis sur les terres d’Alaska près du parc national du Tongass, forêt qui appartiendrait aux Indiens Tee Hit Ton.” Le juge Stanley Reed délivra l’opinion de la cour et écrivit ceci sous le libellé de “Titre Indien”:

“[…] Après la conquête, les Indieins furent autorisés à occuper des portions de territoire sur lesquelles ils avaient auparavant exercé une ‘souveraineté’. Ceci n’est pas un droit de propriété mais correspond à un droit d’occupation des sols que le souverain accorde et protège contre l’intrusion de tierces parties, mais ce droit d’occupation peut-être annulé et ces terres pourraient être approriées par le souverain lui-même sans aucune obligation légale et applicable de compenser les Indiens de quoi que ce soit.

Le passage ci-dessus fut écrit avec le modèle du conquérant en tête et sur la base de la présomption que les Amérindiens sont des sujets des processus mentaux des hauts-fonctionnaires du gouvernement fédéral américain. L’expression “après la conquête” est de ce fait très significative.

[…] Ainsi donc la cour suprême semblait vouloir dire qu’après la conquête du sub-continent nord-américain, les Indiens ne furent capables de continuer à occuper les sols de leurs terres ancestrales que si les blancs le leur permettaient.

[…] Ainsi ce fut la vision et l’avis de la cour suprême dans l’affaire des Indiens Tee Hit Ton en suivant les modèles du conquérant et celui du “peuple élu-terre promise”, que la “découverte chrétienne” et la “conquête chrétienne” avaient donné aux “conquérants chrétiens” la souveraineté sur et les titres des terres habitées par ce que Wheaton appelait “les nations païennes des autres quartiers du monde”. Sur cette base, comme le nota le même Wheaton, les droits indiens étaient dits être “subordonnés à ceux des premiers découvreurs chrétiens.” Ceci donc, est une explication plus complète et plus explicite de la théorie des nations chrétiennes qui est en permanence sous-jacente à la loi fédérale indienne, une théorie que la plus grande partie des universitaires et érudits d’aujourd’hui choisissent de totalement ignorer et de laisser en dehors de tout commentaire sur le sujet.

Dans la dernière partie, nous verrons quelle conclusion apporter, celle de Steven Newcomb dans son ouvrage et la notre…

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 3ème partie ~

Posted in actualité, colonialisme, documentaire, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, pédagogie libération, philosophie, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 24 mars 2015 by Résistance 71

“La propriété c’est le vol !”

 “Si la propriété est un droit naturel, absolu, imprescriptible et inaliénable, pourquoi donc de tout temps y a t’il eu tant de spéculation sur son origine ?…

Le droit d’OCCUPATION, du PREMIER OCCUPANT, est ce qui résulte de la possession réelle, actuelle et physique d’une chose. J’occupe un lopin de terre, la présomption est donc que j’en suis le propriétaire jusqu’à ce que le contraire soit prouvé […] Grotius nous dit: ‘originellement, toutes choses étaient communes et indivisées, elles étaient la propriété de tous.’ La propriété est fondée en premier lieu sur la guerre et la conquête, puis sur des traités et des accords… Ces traités furent imposés aux plus faibles par les plus forts et dans ce cas ils sont nuls et non avenus… ainsi vivons-nous un état permanent d’iniquité et de fraude.”
~ Pierre Joseph Proudhon,“Qu’est-ce que la propriété ? 1840~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 3ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 7: Johnson contre MacIntosh

L’affaire Johnson & Graham’s Lessee contre McIntosh n’a en fait pas du tout impliqué directement des Amérindiens. L’affaire fut portée devant la justice pour régler une “dispute” entre non-Indiens. Les deux parties clâmant avoir des droits et des doléances rivaux sur la même parcelle de terre dans l’état de l’Illinois. Les évènements initiaux qui menèrent au litige commencèrent juste avant la guerre d’indépendance des Etats-Unis, lorsque deux entreprises immobilières: l’Illinois Land Company et la Wabash Land Company, achetèrent de grosses parcelles de terre aux Indiens. La première vente de terres eu lieu en 1773, lorsque l’Illinois Land Company acheta des terres aux Indiens Illinois (autrement connus sous le nom de Wabash). La seconde vente eu lieu en 1775, lorsque la Wabash Land Company acheta des terres aux Indiens Piankeshaw (autrement connus sous le nom de Kaskaskias). Quatre décennies plus tard, en 1818, le gouvernement des Etats-Unis vendît 4800 Ha de terre à un certain William McIntosh, terres sises dans ce qui devint l’état de l’Illinois. Les terres achetées et occupées par McIntosh étaient dites inclues “dans les limites des terres de l’achat des terres de 1775 aux Indiens Piankeshaws”. Le problème à résoudre pour les différents tribunaux fut celui de savoir qui avait un titre de propriété prédominant sur les terres. Était-ce les compagnies immobilières (qui fusionnèrent après les achats originaux) ou William McIntosh, qui avait acheté sa terre des Etats-Unis ?

L’affaire impliquait tout un tas d’autres questions tangentielles toutes plus intéressantes les unes que les autres comme: Qu’est-ce qu’un titre de propriété ? Quel type de titre de propriété possédait les Indiens en première instance ? Lorsque des sujets britanniques, que ce soient des personnes privées ou des entreprises commerciales, achetaient des terres des nations indiennes, quel type de titre de propriété recevaient alors les acheteurs sujets britanniques ? Est-ce que les spéculateurs fonciers non-indiens qui achetèrent des terres aux Indiens avant l’existence des Etats-Unis d’Amérique, reçurent un titre de propriété valide aussi loin que soient concernées les tribunaux des Etats-Unis ? D’un autre côté, quel type de propriété reçurent les Etats-Unis des Indiens, lorsque le gouvernemnt fédéral acheta leurs terres par traités ? Et lorsqu’il en vint à une concurrence légale entre les anciens sujets britanniques (ou leurs héritiers) qui avaient acheté les terres directement aux Indiens avant que les Etats-Unis ne soient même formés et quelqu’un qui acheta plus tard ces mêmes terres du gouvernement fédéral des Etats-Unis, laquelle des deux parties, de l’opinion de la cour suprême de justice des Etats-Unis, possédait un titre de propriété supérieur à faire valider ?

[…] En conclusion du rendu de la décison de la cour suprême que le juge Marshall écrivit au nom d’une cour unanime, il dit que chaque société a le droit “de prescrire ces règles par lesquelles la propriété peut-être acquise et préservée” et que ce droit ne peut pas être remis en question. La cour en l’occurence a pris sa décision dans cette affaire avec la présomption que les Etats-Unis en tant que société possèdent un droit inquestionable d’établir ses propres règles en regard de l’achat et du maintien de la propriété […]

Le juge Marshall a aussi admis que la cour avait atteint son verdict dans l’affaire Johnson sur la base de concepts injustes, ou sur une injustice, aussi loin que le droit des Indiens soit concerné. De l’opinion de la cour suprême, ce fut la prérogatives des Etats-Unis que de gérer l’affaire Johnson de cette manière et que la cour ne questionnerait pas le droit du gouvernement des Etats-Unis de le faire. Ci-dessous, nous allons voir ce que voulait dire le juge Marshall lorsqu’il se référait à des principes “autres que ceux de la justice abstraite”, à savoir la “découverte” et la “découverte chrétienne”.

L’injustice qui fut appliquée par la cour suprême envers les nations indiennes a tout a voir avec le fait que la cour catégorisa les nations de la manière “nations civilisées” et “nations non-civilisées”. Au tout début de son rendu, le juge Marshall dit que les “nations civilisées” (c’est à dire les nations européennes) possédaient “l’indépendance parfaite”… En vertu de la reconnaissance par la cour que les nations européennes était à la fois des “nations” et qu’elles étaient “civilisées”, la cour leur reconnaissait “l’indépendance parfaite” et la “parfaite souveraineté”.

Au contraire des nations indiennes, qui étaient elle qualifiées par la cour comme “n’étant pas civilisées”. Comme seules les “nations civilisées” chrétiennes européennes étaient reconnues posséder “l’indépendance parfaite”, cela signifiait que les nations indiennes “non-civilisées” étaient reconnues comme ayant un “indépendance imparfaite” et donc de ne pas être indépendantes. Comme nous le verrons plus loin, la cour suprême des Etats-Unis a décidé avec son verdict dans l’affaire Johnson contre M’Intosh que l’indépendance des nations indiennes avait été “diminuée” par la “découverte” du continent par les Européens chrétiens. […]

L’âge de la découverte dans le verdict de l’affaire “Johnson contre McIntosh”

Marshall ouvrit le corps du rendu de justice du verdict de l’affaire Johnson avec la discussion suivante concernant la découverte:

A la découverte de cet immense continent, les grandes nations d’Europe s’empressèrent de s’approprier pour elles-mêmes le plus possible de terres qu’elles purent respectivement acquérir. Cette grandeur de territoire offrait un énorme champ pour l’ambition et l’entreprise de tous ; de plus le caractère et la religion de ses habitants fournissaient une bonne excuse pour considérer les Indiens comme un peuple sur lequel le génie supérieur de l’Europe pouvait affirmer une ascendance.

[…] Les nations européennes avaient justifié leur affirmation de domination (“plus haut pouvoir”) sur le continent basée sur le caractère et la religion des Indiens (“païen”). Considérant que durant l’âge de la découverte, l’Europe occidentale était connue sous le nom de “Chrétienté” (où le christianisme prévaut ou a subjugué avec succès le paganisme), la déclaration de Marshall disant que les Européens avaient affirmé “une ascendance” sur le continent basée sur la religion ne peut-être interprêtée que comme faisant référence au christianisme et au fait que les peuples indigènes n’étaient pas chrétiens. La cour suprême de l’état du Tennessee fournit aussi plus tard, en 1826, une explication similaire dans son verdict de l’affaire Cornet contre Winton:

Pour avoir une vision correcte des règles adoptées et appliquées aux affaires indiennes lorsque des dons furent faits par les rois d’Angleterre sur les terres d’Amérique du Nord, nous devons regarder les opinions qui prévalaient à l’époque en matière de religion. Les pères spirituels de la chrétienté dictèrent la croyance des gens et assumèrent un énorme pouvoir sur ce passage des écritures saintes trouvé dans Matthieu 16:18. En tant que successeur de St Pierre, son don des pays infidèles était considéré scellé dans les cieux et bien entendu, dans la conscience même des chrétiens. Les ténets indiscutables de ceci furent écrit par Lord Coke de Colvin (sic) disant que tous les infidèles sont nos ennemis perpétuels de droit, car il existe une perpétuelle hostilité entre eux, possédés par quelques diables que ce soit et les chrétiens. La vieille loi des nations n’avait pas alors été estompée par la moderne, en ce qui concerne leur conduite envers les pays infidèles. Ce fut pratiqué par toutes les nations de l’antiquité: les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Romains et par les Israélites sous les auspices de Moïse et de Joshua. En accord avec ce qui était permis, ils extirpèrent les habitants des pays qu’ils envahirent, les expulsant de leurs logis ou les tuant ou les réduisant en esclavage, au mieux de leurs intérêts du moment. C’est avec ces opinions religieuses et cette loi des nations pour gouvernement que les Espagnols s’en vinrent aux frontières du Mexique, en possession d’un don qui leur avait été donné par le dépositaire suprême des biens terrestres (le pape), par lequel la totalité du continent des Amériques fut faite sujette de leur domination. Ils appelèrent les nations indigènes à renoncer à leurs erreurs et à la religion de leurs ancêtres afin d’embrasser la seule et unique foi ou de s’abandonner ainsi que leur pays au gouvernement des nouveaux venus. Sous cette loi des nations, ils importèrent des esclaves d’Afrique et consignèrent leurs prisonnier et leurs descendants à un esclavage perpétuel.

Sous ces auspices fut imbriquée la domination européenne sur le sol et les corps des humains, dans les codes de la jurisprudence américaine. Ceci fut tenu pour un titre légal de la plus haute authenticité à travers tout le monde chrétien.

Ainsi, malgré la présence de dizaine de millions d’autochtones vivant déjà au préalable sur ce continent, on nous dit que les monarchies de la chrétienté occidentale ont assumé le droit de régner sur les terres de ce continent “d’en haut” (projection métaphorique de “l’ascendance” décrite…). Marshall a écrit que les Européens ont utilisé le “caractère” indien (sauvage) et la “religion” (païenne ou infidèle, incroyant) comme justification de leur affirmation d’ascendance (de domination) sur le continent. Mais il a aussi fait référence à l’Europe ayant un “génie supérieur”. Ceci est une référence directe et une affirmation que les Européens étaient placés “plus haut” sur l’échelle de l’intelligence que les Indiens et aussi suggère que les Européens, en vertu d’une intelligence “supérieure”, possédaient une plus haute position de pouvoir en relation à la terre du continent et en relation aux peuples indigènes y vivant.

Puis Marshall affirma que les monarques européens se sont convaincus eux-mêmes qu’ils étaient justifiés d’assumer “l’ultime domination” sur les terres nouvellement “découvertes” du continent parce que les Indiens seraient adéquatement compensés par la civilisation européenne et le christianisme. Comme le dit Marshall, les Indiens recevraient la civilisation et le christianisme “en échange” de “l’indépendance illumitée” pour les Européens.

L’emploi par le juge de la cour suprême du concept “d’échange” demande un MCI de transaction commerciale. Une transaction commerciale se doit de toujours être un “échange réciproque” d’une chose pour une autre. Les participants à la transaction sont à la fois donneurs et receveurs. Sur la base de ce modèle, nous pourrions caractériser Marshall comme décrivant la civilisation et le christianisme comme étant des produits donnés ou “offerts” aux Indiens “en échange” d’une “indépendance illimitée” que les monarques européens auraient reçu des Indiens.

Cette mention par Marshall d’un tel “échange” est assez troublante. Après tout il a dépeint les monarques européens comme offrant et recevant, mais il n’a jamais explicitement expliqué ce que les Indiens “donnèrent” de fait, encore moins qu’ils donnèrent une “indépendance illimitée” aux monarques européens Le seul indice que l’on trouve est l’implication par Marshall que les monarques avaient “l’intention” de donner la civilisation et le christianisme aux Indiens comme moyen de “compensation”. Une compensation est faite pour quelque chose qui a été perdu, ou pour une blessure reçue ou pour de dégâts occasionnés. Il y a une partie responsable et cette partie doit compenser la ou les victimes.

Ainsi une manière d’interpréter ce langage quelque peu troublant de Marshall, serait de considérer que les Indiens seraient la partie lésée qui méritaient d’être compensée, dédommagée parce que les monarques européens s’étaient aloués à eux-mêmes une “indépendance illimitée” sur le continent ; ce qui handicaperait, minimiserait les Indiens en ne les autorisant pas à maintenir leur propre indépendance. En d’autres termes, les Indiens méritaient d’être dédommagés pour leur perte d’indépendance et de liberté. Et pourtant, l’explication de Marshall devint ironique lorsqu’il suggéra que les Indiens seraient compensés de leur perte d’indépendance par les deux choses qui ont été responsables de cette perte en première instance: la civilisation européenne et le christianisme. Ceci implique qu’une fois le processus “d’échange” complèté, les Indiens perdraient leur indépendance, mais ils auraient été adéquatement dédommagés en recevant la “civilisation européenne, le christianisme et un système de lois coercitives imposées.

[…] Marshall n’a jamais indiqué que les Indiens aient jamais volontairement été d’accord “d’échanger” leur propre indépendance contre la civilisation européenne et le christianisme. Ceci peut-être interprété comme une image conceptuelle. Marshall de manière évidente considérait comme inutile de savoir que les Indiens n’étaient en fait aucunement participants dans cet “échange”. Malgré le désir des Indiens de garder leurs terres et leurs modes de vie traditionnels, le phrasé de Marshall implique que les monarques chrétiens européens avaient conceptuellement “échangé” la civilisation européenne et le christianisme pour l’indépendance indienne. Il a été dès lors nécessaire pour les sujets des monarques de s’engager sur le dur chemin mental et physique de faire de l’indépendance européenne et de la subjugation physique, sociale et culturelle indienne, une réalité.

Le modèle du “peuple élu-terre promise” et le verdict de l’affaire Johnson

[…] Nous avons vu que les nations de la chrétienté ont conceptuellement emprunté au narratif biblique de l’ancien testament, de l’histoire du “peuple élu sur la terre promise” du contexte Moyen-Oriental et l’ont étendu au monde entier. Pour ce faire, elles se sont aventurées dans des voyages de croisades océaniques tout en se voyant comme un nouveau peuple élu, qui sur la base de passages bibliques comme celui de la Génèse 1:28 et psaumes 2:8, furent déterminées à subjuguer la terre et à étendre leur domination à toutes choses et être vivants. Ce sens d’une mission religieuse de croisade afin de christianiser, évangéliser et dominer le monde entier fut un objectif majeur de l’âge de la découverte, ce que le juge Marshall expliqua en tant que rapporteur de la cour suprême des Etats-Unis.

Comme les nations européennes étaient toutes à la recherche de terres sur le même continent, pour éviter “des colonisations conflictuelles et par conséquent des guerres les unes avec les autres”, elles avaient établi entr’elles un “principe”, que toutes devaient reconnaître comme étant la Loi par laquelle le droit d’acquisition de la terre sur le continent fut que “la découverte donnait le titre au gouvernement pour lequel les sujets ou autorités avaient fait la découverte, contre tous les autres gouvernements européens.

L’utilisation par Marshall d’un tel phrasé de “nations européennes” et “gouvernements européens” pourrait mener le lecteur à penser et à conclure que le principe de découverte identifié par Marshall était en fait séculier et non pas religieux. Fort heureusement quoi qu’il en soit, le juge associé à l’affaire Joseph Story, qui siégeait également à la cour suprême au moment du verdict dans l’affaire Johnson contre McIntosh, donna une vision plus profonde de la nature religieuse et de la toile de fond historique du concept de Marshall sur la “découverte”. Story était un ami intime de Marshall…

Voici ce que dit Story, son explication fut d’abord publiée juste 10 ans après que le verdict fut rendu dans l’affaire Johnson (NdT: en 1833 donc), l’utilisation d’expression linguistique séculière comme “nations européennes” pour disctuter du principe de la découverte, pour immédiatement passer à une explication de la “découverte” en termes du pape et en termes de catégorisation religieuse des Indiens comme étant des “païens infidèles”:

“[…] Les Indiens étaient une race sauvage, profondément plongée dans l’ignorance et le paganisme. S’ils n’étaient pas extirpés pour leur manque de religion et de morale juste, ils auraient pu être récupérés de leurs erreurs. Ils étaient voués à se soumettre au génie supérieur de l’Europe et en échangeant leurs habitudes sauvages et dégradantes pour la civilisation et le christianisme, ils devaient alors y gagner bien plus que l’équivalemt pour leurs souffrances et sacrifices. L’autorité papale fut aussi amené au secours de ces grands plans afin de renverser le paganisme et de propager la religion catholique. Alexandre VI, par sa bulle édictée en 1493 (bulle Inter Caetera), donne à la couronne de Castille la totalité de ce très vaste territoire qui venait juste d’être découvert, ou à découvrir, entre les pôles, aussi loin que ces terres n’étaient pas déjà possédées par un prince chrétien.

[…] Story ensuite décrivit “l’autorité papale” et une “bulle papale publiée en 1493” comme contexte du concept de la découverte qu’il allait expliquer. Dans ce document du Vatican dit Story, le Pape accordait “à la couronne de Castille l’entièreté du très vaste territoire découvert, ou à être découvert, entre les pôles, autant que les terres ne furent pas au préalable, possessions d’un prince chrétien.” Quel était le motif de ce don ? D’après Story, une des raisons pour laquelle le pape fit ce don était “pour le but de renverser le paganisme et de propager la religion catholique.” Ainsi, l’histoire que le juge suprême Story utilisa afin de contextualiser le concept de découverte dans l’affaire Johnson avait tout a faire avec quatre bulles papales émises par le pape Alexandre VI en 1493 après que le pape fut mis au courant par le roi Ferdinand et la reine Isabelle que Cristobal Colòn avait réussi à localiser des terres de l’autre côté de l’océan Atlantique. Dans la bulle Inter Caetera du 4 Mai 1493, le pape Alexandre VI déclara être de son désir que les “nations barbares” soient renversées, subjuguées et converties à la foi catholique et la religion chrétienne “pour l’honneur de dieu et pour l’expansion de l’empire chrétien.” Dans la bulle Inter Caetera, la pape déclare que:

“[…] qu’en notre époque spécifiquement, la foi catholique et la religion chrétienne soient exaltées et se développent partout, que l’on s’occupe de la santé des âmes et que les nations barbares soient renversées et amenées à la foi elle-même.
[…] Et afin que vous puissiez entreprendre une telle grande chose avec plus de promptitude et de motivation permises par notre faveur apostolique, nous, de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493. Nous vous faisons, appointons vous et vos héritiers et successeurs futurs, roi de celles-ci avec tout pouvoir, autorité et juridiction de toute sorte, avec toutefois cette provision que tout roi ou prince chrétien en possession de ces terres ne puisse en être dépossédé ou être expulsé. De plus, nous vous ordonnons en vertu de la sainte obéissance, qu’employant toute diligence dûe sur place, comme vous l’avez promis et sans que nous doutions de votre obéissance inhérente à votre loyauté et largesse d’esprit royale, vous devrez nommer sur ces terres des hommes d’expérience, obéissants et vivant dans la crainte de Dieu, afin qu’ils instruisent les habitants et les résidents de ces contrées à la foi catholique et à les entraîner à la bonne morale. De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial, contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto.
[…] Ne laissons personne contrevenir éhontement à notre recommandation, exhortation, réquisition, don, permission, tâche, constitution, décret, mandat, prohibition et volonté. Quiconque tenterait ceci doit savoir qu’il subira la colère de Dieu tout puissant et des apôtres Pierre et Paul. Édicté à Rome, St Pierre, dans l’année de l’incarnation de notre seigneur mil quatre cent quatre-vingt-treize, le quatrième jour du mois de mai, dans la première année de notre pontificat.

Donné par ordre de notre plus grand saint seigneur, le pape

June. For the referendary,     For J. Bufolinus,

  1. de Mucciarellis.         A. Santoseverino.
  2. Podocatharus.

Comme mentionné dans les chapitres précédents, le saint siège du Vatican avait accordé au Portugal au XVème siècle, le droit de sugjuguer toutes les terres non-chrétiennes le long de la côte occidentale africaine et ailleurs. La bulle papale Dum Diversas émise par le pape Nicolas V pour le roit Alphonse V du Portugal, accordait au roi et à son neveu le prince Henri le navigateur le droit “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous les sarrasins, païens et autres ennemis du Christ, de les réduire en esclavage perpétuel et ainsi de prendre possession de tous leurs biens, richesses et propriétés”. Le langage du pape Alexandre dans la bulle Inter Caetera reflète son désir pour le saint siège de voir que le droit du roi du Portugal soit protégé, qu’il puisse garder toutes les terres non-chrétiennes que le Vatican avait auparavant donné au Portugal, tout en s’assurant que le roi Ferdinand d’Espagne et la reine Isabelle reçoivent une grande latitude de pouvoir eux-mêmes posséder et coloniser les terres distantes non-chrétiennes.
Ce qui est important ici est que le juge Story a identifié une bulle papale du Vatican datant de 1493 comme origine du principe de la découverte que son ami et mentor John Marshall avait incorporé dans le rendu du verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh. Le Vatican promulga ce principe dans le but religieux de renverser (”subjuguer”) le paganisme et de propager la doctrine de la foi catholique chrétienne.
J’ai indiqué ci-dessous en italique le phrasé identique utilisé par Story en comparaison avec celui de Marshall pour exprimer le principe de la découverte, dont il dit qu’il a pour origine la bulle papale de 1493:
“Alexandre VI, par une bulle émise en 1493, a accordé à la couronne de Castille l’immense territoire alors découvert ou à ietre découvert, entre les pôles, pour autant que ces terres ne soient pas déja en possession d’un prince chrétien. Le principe donc, que la découverte a donné le titre au gouvernement dont les sujets ou ceux qui en avaient l’autorité, contre tous les autres gouvernements européens, ayant été établi (par le don du pape), il devint alors évident, que tout gouvernement dans les limites de ses découvertes excluait toutes autres personnes de tout droit d’acquérir le sol par quelque don que ce soit des natifs. Aucune nation ne souffrirait que ses propres sujets ou ceux d’une autre nation puissent être suspicieux d’un tel titre. Il fut décrété n’être qu’un droit appartenant exclusivement au gouvernement dans sa capacité souveraine de mettre un terme au titre indien sur la terre et de perfectionner sa propre domination sur la terre et d’en disposer comme bon lui semble.”
[…]

La découverte chrétienne dans le verdict de l’affaire Johnson

Ce fut lorsque le juge Marshall examina les chartes royales d’Angleterre dans la décision de l’affaire, qu’il révéla explicitement l’origine religieuse chrétienne du concept de la découverte qu’il avait mentionné au début de son rendu.
Marshall déclara: “Personne de toutes les puissances d’Europe, n’a plus donné son plein accord de principe et ce sans équivoque que l’Angleterre.” Il continua en se référant à une terminologie religieuse spécifique qu’il considérait illustrative de “ce principe” de découverte ; il plaça même en italique dans le texte les mots peuple chrétien pour insister explicitement sur ce point:
“Les documents à ce sujet sont nombreux et très complets. Dès 1496, la monarchie donna une commission aux Cabot père et fils, pour découvrir des pays inconnus des peuples chrétiens et d’en prendre possession au nom du roi d’Angleterre. Deux ans plus tard, John Cabot fit ce voyage et découvrît le (sous) continent de l’Amérique du nord, il en longea les côtes le plus au sud possible jusqu’à la Virginie. C’est à cette découverte que les Anglais tracent leur titre de propriété.”
[…] Puis Marshall insista encore sur la présomption trouvée dans les chartes anglaises qui disaient que le “peuple chrétien” avait le droit de prendre possession des terres, pays “découverts”, pourvu que ces contrées fussent habitées par des “païens” ou non-chrétiens. Ainsi:
“[…] Le droit de découverte donné par cette commission est confiné en ces contrées “inconnues des peuples chrétiens” et à ces pays dont Cabot fut autorisé à prendre possession au nom du roi Henri VII d’Angleterre. Assumant ainsi un droit de prendre possession, nonobstant l’occupation des terres par les peuples natifs, qui étaient païens et en même temps, admettant et reconnaissant le titre de propriété de tout peuple chrétien qui en aurait fait la découverte préalable.
Le même principe de découverte continua à être reconnu. La charte donnée à Sir Humphrey Gilbert en 1578 l’autorise à découvrir et à prendre possession de tels territoires reculés, païens et barbares n’étant pas encore la propriété d’un prince ou d’un peuple chrétien. Cette charte fut ensuite renouvelée pour être donnée à Sir Walter Raleigh dans pratiquement les mêmes termes.”
La répétition des expressions peuple chrétien et prince ou peuple chrétiens et la distinction faite entre les deux catégories de peuple chrétien et de natifs, qui étaiet païens, nous permet de bien saisir le fondement et le contexte religieux de ce concept de découverte. Ceci est aussi pourquoi il est plus précis de se référer à la conception principale qui régit le verdict de l’affaire Johnson contre McIntosh comme étant celle de la découverte chrétienne que simplement la découverte ou découverte européenne. Le fait que Marshall ait aussi associé le principe de découverte chrétienne avec les affirmations de domination euro-chrétiennes, est illustré par son insistance sur le fait que le roi d’Angleterre donna à John Cabot et à d’autres explorateurs anglais le “droit de prendre possession” des terres barbares et paiennes. L’expression de Marshall droit de prendre possession, dont Thomas Hobbes dit qu’il “est appelé dominion”.
C’est pourquoi la déclaration de Marshall disant que les Anglais ont assumés un “droit de prendre possession” fut une autre façon que de dire, au nom de la cour suprême des Etats-Unis, que les peuples chrétiens avaient assumé la “domination” sur toutes terres non-chrétiennes qu’ils avaient localisées sur le continent nord-américain.

A suivre…

 

 

Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 1ère partie ~

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, colonialisme, démocratie participative, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 8 mars 2015 by Résistance 71

« L’Amérique n’a jamais respecté un seul traité ou accord faits avec les nations Indiennes et ce malgré le fait que les Etats-Unis aient signé plus de 400 de ces traités ou accords avec nos nations indiennes… L’histoire montre que les Etats-Unis ont gaspillé plus de 100 milliards de dollars durant la guerre du Vietnam tout en justifiant cette orgie sanguinaire par son ‘devoir de respect des engagements pris’, au même moment ils furent aussi coupable de briser le plus vieux de tous les traités que ce pays colonial avait avec une nation indienne, celui signé entre les Etats-Unis et la nation iroquoise Sénéca, lors du traité de Pickering en 1794. »
~ Vine Deloria Jr. ~

 

“Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery” de Steven Newcomb ~ 1ère partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Février 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 2: Expérience métaphorique et la loi fédérale indienne

 

Dans son rapport de 1882 “Rapport annuel du commissaire aux affaires indiennes”, le haut commissaire aux affaires indiennes Hiram Price commentait sur le besoin pour le gouvernement fédéral de coopérer plus avant avec les sociétés religieuses afin de “civiliser” les Indiens:

“[…] La civilisation est une plante à croissance lente, à moins que ne soit mis en œuvre les enseignements chrétiens et leur influence… Il n’y a pas d’autres manières à mon avis, pour que la population indienne soit écartée définitivement de la barbarie, de l’idolâtrie et de la vie sauvage, que celles des opérations éducationnelles missionnaires de peuple chrétien de notre pays.

[…] En fait, le jugement que les Indiens étaient des “sauvages infidèles” vivant dans un “état pathologique” mena à la suggestion et l’affirmation qu’ils vivaient un mode de vie immoral. Ceci mena donc naturellement à la conclusion que les missionnaires chrétiens européens et leurs éducateurs avaient besoin de mener les Indiens vers un mode de vie moral, qui, du point de vue européen, était considéré comme un mode de vie “chrétien” et donc “civilisé”.

[…] Le terme de “colonisation” est dérivé du mot latin “colere”, qui veut dire “labourer, cultiver (la terre)”. Donc, la colonisation peut-être pensée en termes d’étapes dans un processus de culture: prendre en charge le sol indigène, déraciner les plantes existantes (les peuples indigènes), retourner la terre (le mode de vie), planter de nouvelles graines coloniales (colons nés sur place) ou transplanter des plantes coloniales (colons) venues d’un autre environnement et récolter le résultat des semis (les ressources) ou en recueillir les fruits (richesse), résultant du travail de la culture (colonisation). Ainsi ce qui est référé comme étant la “civilisation” pourrait impliquer un processus de colonisation, qui est un processus par lequel un empire s’étend sur de nouvelles terres, augmente sa population, sa richesse, son pouvoir et sa puissance.

La colonisation est un processus d’expansion impérialiste aux moyens de colons, de colonies et d’activités innombrables étendant l’empire.

[…] Une autre métaphore pour colonisation a pour racine le mot “colo”, qui veut dire “retirer des éléments solides par le processus de filtrage” et “passer, laver (l’or dans le processus de collecte)”. Du point de vue chrétien européen, les peuples indigènes sont considérés être ce type de “solides” que l’on doit filtrer, rincer, laver, de la terre afin d’obtenir ce qui a plus de valeur, comme par exemple l’or ou autres minerais et toute autre chose qui peut être transmuté en richesse pour alimenter l’économie et enrichir l’élite de l’imperium.

[..] Ainsi, la loi et la politique fédérales indiennes des Etats-Unis ont toujours reflété la façon dont la société dominante euro-américaine a projeté de manière imaginative et métaphorique un vaste champ de concepts mentaux sur les nations et peuples indigènes.

[…] Les idées connues sous le nom de loi fédérale indienne sont un produit ou un résultat d’un processus cognitif multigénérationnel. Des catégories et des concepts métaphoriques comme Indiens, tribus, primitifs, infidèles, païens, arriérés, sauvages et barbares ne sont pas plus descriptifs de qualités objectives ou de caractéristiques inhérentes des peupes indigènes du continent des Amértiques que des termes comme “devant” ou “derrière” en tant que description objective de la position par rapport à un arbre ou même de l’arbre en tant qu’être vivant (NdT: il n’y a pas de “devant” ou “derrière” un arbre, ce n’est que sujet à la position du moment, ainsi le devant peut devenir le derrière selon où on se trouve par rapport à l’arbre, aucune objectivité la dedans…).

[…] Ainsi un point clef essentiel ici est de bien comprendre que les catégories et concepts en référence dans la loi fédérale indienne, incluant des concepts comme découverte, domination, nation domestiquement dépendante, tribu, etc, ne sont que des produits culturels et cognitifs de la société dominante (NdT: fondée en fait sur une subjectivité ethno ou euro-centrique pure…). Ces termes sont la preuve des différentes manières de l’imagination humaine qu’a employées la société états-unienne pour interagir avec les peuples indigènes originels de ce continent et ce de manière dominante et subjugante. Il est donc important de réaliser que la loi fédérale indienne est le résultat de processus cognitifs non-indigènes, de pratiques et de conventions sociales et de schémas culturels, et des façons dont des membres d’une société dominante projettent de manière imaginaire, des catégories et des concepts jugés (subjectivement) valides, sur des populations indigènes (NdT: ethnocentrisme typique).

Depuis des générations, des officiels du gouvernement américain (des juges, des législateurs et des décideurs) ont inventé les idées imaginaires connues sous le nom de loi fédérale indienne dans leurs efforts incessants de contrôler, contenir, refaçonner, retirer, et à terme, d’annihiler les nations et peuples originels de ce continent.

[…] Mais parce que les idées constituant le loi et la politique fédérales indiennes sont un produit de l’imagination euro-américaine, ceci veut dire que les contraintes édictées par cette loi et politique résultante émanent de l’imagination et des conventions sociales euro-américaines. Nous en tant que peuples indiens, devenons des co-participants à ce processus dès que nous assumons inconsciemment que la loi fédérale indienne est une contrainte extérieure qui nous régit.

Après plus de deux siècles de soumission aux politiques abusives des gouvernements des Etats-Unis (NdT: ceci s’applique également au Canada et son Indian Act de 1867 et 1923…), particulièrement dû à l’incarcération et aux tourments subis par les enfants indigènes dans les pensionnats pour Indiens (NdT: aux Etats-Unis et au Canada), nous les peuples indigènes avons graduellement et inconsciemment internalisé les tenants et aboutissements de la loi fédérale indienne (et de l’Indian Act au Canada…).

[…] Ces observations donnent une perspective de l’ampleur de défi auquel nos peuples et nations indigènes doivent faire face dans un effort pour décoloniser nos vies et notre existence collective.

[…]

 

Chapitre 3: Le modèle du conquérant

 

La présomption que les Etats-Unis ont une autorité plénière sur les nations indiennes provient d’une compréhension prise pour évidente que les Etats-Unis, en tant que conquérants des nations indiennes et de par le point de vue corollaire que les “nations indiennes sont conquises et subjuguées”, possèdent cette prérogative. Ce chapitre pose le fait que le pouvoir plénier érigé en doctrine peut–être ultimement tracé vers un Modèle Cognitif Idéalisé (MCI), le modèle du conquérant, qui est imbriqué dans l’inconscient culturel de la société dominante des Etats-Unis. Tout comme les mots acheter, vendre, publiciser et crédit évoquent un MCI de transaction commerciale, ainsi les mots dans le rendu de la cour suprême de l’affaire Johnson contre M’Intosh comme conquérant, conquérir, conquête, domination, découverte, couronne et potentate, évoquent une imagerie entière, un modèle un MCI de conquérant

Un prototype de conquérant est impliqué dans le terme latin dominus (celui qui a subjugué, le subjugateur), qui provient du sanscrit domanus (celui qui subjugue)… En conquérant et en subjuguant, le conquérant prototype établit et maintient un état de domination.

[…] Du point de vue du conquérant, il se considère lui-même comme ayant le droit de subjuguer et de dominer, ce qui inclut le droit de localiser, de conquérir, de posséder et d’occuper des terres lointaines dans le sens d’une occupation militaire et coloniale.

[…] Sur cette base, la domination peut aussi vouloir dire “le droit de possession” afin de conquérir, de subjuguer et d’établir un règne de domination. Pour le conquérant, la domination est l’état optimal de l’être ; il se réjouit de la domination en gardant contact avec la métaphore de la “colonisation est manger”…

Le MCI de conquérant pose comme principe une figure centrale, comme un roi, un monarque, un empereur ou un pape, qui est considéré comme divin et dont le pouvoir est considéré comme dérivant d’une source divine. La présomption de l’origine divine du conquérant mène à la présomption additionnelle que le conquérant possède le “droit divin” d’exercer le contrôle par la force, qui est comprise comme étant le “haut”, avec la métaphore du “pouvoir d’en haut”. Ainsi les gens que le conquérant est supposé avoir subjugué, sont les gens “d’en bas” en relation de leur position vis à vis du conquérant.

[…] Ainsi, il y a une volonté d’affirmer la présomption que le conquérant a le “droit divin” de conquérir, de rechercher et de localiser de nouvelles terres afin de les conquérir et d’en subjuguer les populations, ce qui mène à la phrase utilisée dans les rendus légaux de “droit de découverte”…

Dans le même contexte, l’expression “voyage de découverte” se réfère à un voyage en quête de nouvelles terres à conquérir et de nouvelles populations à subjuguer.

[…] Le modèle du conquérant contient également un sous-modèle que nous appelerons le modèle de l’empire, ou modèle d’imperium, qui est le processus par lequel le conquérant prototype “étend son emprise” et “saisit” de nouvelles terres afin de dominer ces terres et les peuples indigènes qui y vivent. Un dominion, qui était connu dans la loi romaine comme dominium et qui peut-être pensé comme étant un état “établi” de domination.

[…] Relié de manière inextricable au concept de dominium est le terme de dominatio, qui veut dire invariablement: maîtrise, contrôle, pouvoir irresponsable, despotisme. Dominatio réfère aussi à la monarchie, la tyrannie et le gouvernement d’une seule personne, en d’autres termes, le gouvernement le conquérant prototype, le domitor: maître, gouverneur en chef, dirigeant, dominor, qui veut dire “être seigneur et maître”, règle, règne, dominant et dominatus: apprivoiseur, subjugueur, vainqueur, conquérant. Ces concepts nous permettent d’inférer que dominium et dominatio se réfèrent également à “l’activité ou le processus qui mène à étendre avec succès un état déjà existant de domination ou d’étendre la domination du conquérant (despote) sur des terres additionnelles.” Dominatio est achevée par le moyen de l’occupation armée, qui est le processus par lequel le conquérant renverse et prend en compte militairement une “nouvelle” terre afin de la conquérir, la subjuguer et la dominer.

[…] Ainsi une lettre de plénipotentiaires américains à leur contre-partie britannique au traité de Ghent en 1814 stipulait: “Les Etats-Unis clâment, de plein droit, en respect de toutes les nations européennes, et particulièrement en respect de la Grande-Bretagne, la totale souveraineté sur le territoire entier et sur toutes les personnes contenues dans les frontières de leurs dominions.

[…] Plus tard en 1823, dans son rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh, le juge de la cour suprême des Etats-Unis Marshall donne la preuve de son utilisation du modèle du conquérant lorsqu’il écrivit: “Le titre (de propriété) par conquête est acquis et maintenu par la force.

[…] Dans son “New Worlds for Old” William Brandon fournit une étymologue détaillée du mot dominion:

L’idée du vieux monde de propriété était bien exprimée par le mot latin dominium de “dominus”, dérivé du sanscrit “domanus” pour “celui qui subjugue”. En latin, “dominus” avait la même signification de principe “celui qui a subjugué”, par extension naturelle: le maître, le propriétaire, le seigneur, le possesseur”. Le mot “dominium” prend du terme “dominus” le sens de “propriété absolue” et celui qui a sugbjugué devient donc le “propriétaire absolu” avec un sens légal tout spécial de “propriété, de d roit de propriété”. Le mot “dominatio” étend le mot en “règle, dominium” et un second sens odieux, celui de pouvoir non restraint, de dominium absolu, de tyrannie, de seigneurie, de despotisme. Le pouvoir politique émanant de la propriété, du dominium, était de fait, la domination.

Les termes seigneur, maître, possesseur, propriétaire se réfèrent tous au modèle du conquérant, qui peut aussi être référé à un MCI de domination.

[…] Dans le système moral du modèle du conquérant, la coercition, la terreur, la peur, la crainte sont considérées comme les moyens les plus efficaces de gagner et d’assurer une obéissance absolue et continue à l’autorité du conquérant (pensez ici au moderne “choc et stupeur”…). Personne n’est complèteement libre sauf le conquérant et la liberté dans ce contexte réfère à la liberté du conquérant à conquérir, subjuguer, établir et maintenir un règne et un état de domination.

[…] D’après le vision du monde du conquérant, il est tout à fait évident que celui-ci est le plus vertueux, le plus moralement apte et obéissant à dieu lorsqu’il utilise les outils de coercition, de terreur, de peur afin d’accomplir “la volonté de dieu” en conquérant et en subjuguant de nouvelles terres et de nouveaux peuples pas encore conquis. Ceci correspond en fait à l’appel du Vatican dans un bon nombre de bulle papales ou de documents pour que des nations “barbares” non-chrétiennes soient subjuguées. Il en va de même dans ces documents au sujet des terres “pas encore découvertes par un prince ou un peuple chrétiens.”

Le Requerimiento

Le texte espagnol du Requerimiento (la Réquisition) sert d’artifice cognitif et culturel du modèle cognitif du conquérant durant ce qui a été appelé “L’âge de la découverte”. Écrit en 1514 par le juriste espagnol Palacios Rubios du Conseil de Castille, ce document démontre parfaitement la manière dont les chrétiens européens appliquaient le modèle cognitif du conquérant aux nations indigènes du soi-disant “Nouveau Monde” et illustre très bien le système de moralité du conquérant. Dès les premières lignes du document, le roi Ferdinand d’Espagne et sa fille Doña Juana sont référés comme étant “les subjugateurs des nations barbares”, ce qui pourrait aussi être phrasé en “conquérants des nations barbares”.

Adressé aux nations “barbares” non-chrétiennes qui étaient considérées comme étant destinées à être subjuguées, le Requerimiento déclare d’un point de vue chrétien: “Notre seigneur dieu, vivant et éternel, a créé la terre et les cieux et il a créé un homme et une femme, de qui vous et nous, et tous les humains du monde, sont les descendants et tous ceux qui vinrent après nous.” Des cinq mille ans qui se sont écoulés après la création comme le dit le Requerimiento “il fut nécessaire que certains hommes ailent d’un côté et d’autres d’un autre et qu’ils seraient divisés en maints royaumes et provinces, car ils ne pouvaient pas rester en un seul.” De toutes ces nations, dit le document “Dieu notre seigneur a donné la charge du monde a un homme appelé Saint Pierre pour qu’il soit le supérieur et le maître de tous les hommes du monde, que tous doivent lui obéir et qu’il soit à la tête de la race humaine, où que les hommes vivent et quelque soit la loi, la secte ou la croyance qu’ils suivent et il lui donna le monde pour royaume et jurisdiction.

Ainsi le Requerimiento pose la figure du personnage central, du modèle de conquérant, qu’il soit monarque ou pape et qui est considéré comme divin ou dont le pouvoir est considéré comme ayant une origine divine. En latin, la phrase “dieu notre seigneur” est “deus dominus” ou en d’autres termes “dieu qui a subjugué”.

[…] Puis le docuement continue à expliquer que le pape (St Pierre à l’origine) a “donné” les terres indigènes au roi Ferdinand et à sa fille Juana.

[…] Ce don des terres indigènes habitées possède le même schéma noté par le juge de la cour suprême John Marshall dans son rendu de l’affaire Jonhnson contre M’Intosh en 1823, lorsqu’il dit que les monarques d’Europe “ont assumé la domination ultime et ont affirmé et exercé en conséquence la domination ultime, un pouvoir d’assumer la terre, tandis que celle-ci était toujours en possession des natifs.

[…] Dans le système moral du conquérant, celui-ci se considère comme déjà propriétaire par droit divin des terres indigènes et possède aussi le droit de les donner à qui il le désire.

Le Requerimiento explique également aux nations indigènes l’implication totale du fait que leurs terres ont été données par le pontif de Rome au roi Ferdinand et la reine Juana.

 

[le texte donne ici de longs exemples sans le Requerimiento du choix donné aux indigènes d’accepter ou de refuser les termes de la notification qui leur est donnée…]

 

Puis le Requerimiento s’appuie sur le modèle du conquérant pour expliquer en termes non équivoques, ce que seront les conséquences de la résistance et quelles actions seront prises à l’encontre des nations indigènes insoumises:

Si vous refusez les termes, je vous certifie qu’avec l’aide de dieu, nous entrerons de force dans votre pays et nous vous ferons la guerre de toutes les manières que nous jugerons bonnes, nous vous mettrons sous le joug de l’obéissance à l’église et à leurs seigneuries et majestés, nos vous prendrons, vous, vos femmes et vos enfants et vous réduirons en esclavage et vous vendrons de la manière que leurs majestés le désireront, nous saisirons tous vos biens, et vous ferons tout le mal et la misfortune possibles, comme à tous les vassaux qui n’obéissent pas et refusent de servir leur maître (dominus dans le texte, subjugateur), lui résistent et le contredisent ; nous déclarons de plus que toutes les morts et pertes résultant de tout cela seront comptées comme étant de votre faute et non pas de celles de leurs majestés ou de la notre, ni de ces cavaliers qui viennent ici avec nous. Nous déclarons vous avoir averti de la présente réquisition, nous requérons qu’un acte notarié soit établi pour être notre témoin ainsi que tous ceux présents ayant été témoins de la réquisition.

Les prêtres avaient pris pour habitude de lire le Requerimiento en latin à l‘entrée des villages indiens avant que les conquistadores espagnols (conquérants) n’en fassent le siège. Bien entendu, les Indiens étaient incapables de comprendre le latin et furent incapables de comprendre la teneur des demandes placées sur eux-mêmes. Lisant le Requerimiento, le grand avocat des Indiens Bartolomé de Las Casas a dit: “Je ne pouvais pas décider si je devais rire ou pleurer.

Ce document du Requerimiento est un excellent exemple des méthodes chrétiennes européennes, fondées sur l’affirmation d’un droit divin, “mettant à plat” de manière formelle la “règle de la loi” pour les nations et peuples indigènes. C’est néanmoins trop euphémistique que de se référer à ce document comme un exemple de l‘explication légale tant furent brutales et vicieuses les manières génocidaires avec lesquelles il fut mis en pratique.

[…] Ainsi, d’un point de vue autochtone, lorsque nous rejetons d’emblée la fausse assertion des chrétiens européens prétendant que dieu les a envoyé sur ce continent pour coloniser les terres indigènes des “Amériques”, il est évident que les chrétiens européens n’avaient aucune autorité légitime sur les nations indigènes et leurs territoires ancestraux. Ce que les chrétiens européens ont clâmé sur la base inconsciente du modèle cognitif du conquérant n’était rien d’autre qu’un droit à un empire et à une domination, qui était intégrante à la mentalité dominatrice de la chrétienté.

 

A suivre…

 

Source:

“Pagan in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, Steven T. Newcomb, Fulcrum, 2008

 

 

 

Comprendre le colonialisme actuel: Introduction au texte « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb)

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, crise mondiale, démocratie participative, documentaire, France et colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 mars 2015 by Résistance 71

« La force, même cachée, induit la résistance »
~ Proverbe Lakota (Sioux) ~

« Dans un tel monde de conflit, un monde de victimes et de bourreaux, il est du devoir des pensants de ne pas être du côté des bourreaux. »
~ Albert Camus ~

 

Introduction au livre “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery” de Steven Newcomb

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Février 2015

 

Nous traduisons de larges extraits de ce livre phare pour comprendre les fondements mêmes du colonialisme, ses racines religieuses chrétiennes racistes, suprémacistes, eugénistes et génocidaires et comment en comprenant bien les mécanismes il est possible de renverser la vapeur et de priver l’empire actuel anglo-américain de sa “terre promise”. N’oublions jamais qu’un empire sans terre est un empire à terre. Si nous voulons stopper l’empire actuel il suffit de lui retirer le tapis de sous les pieds: son territoire illégitime, volé aux peuple indigènes depuis le XVème siècle. L’avenir de l’humanité passe par les Amérindiens (et leur contre-partie moyen-orientale: les Palestiniens…). Pour une fois, soyons du bon côté de l’Histoire !

~ Résistance 71 ~

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Extraits de la bulle Romanus Pontifex du pape Nicolas V du 8 Janvier 1455:

“… Ainsi après avoir pesé toutes les conséquences avec la méditation qui se doit et après avoir noté que nous avons donné par missives antérieures la faculté ample et simple au roi Alphonse d’envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de subjuguer tous sarazins et païens que ce soient et tout autre ennemi du Christ où qu’il soit et les royaumes et duchés et principautés et colonies et possessions et tous biens mobiles ou immobiles en leur possession ainsi que de réduire leurs personnes en esclavage perpétuel et d’appliquer et de s’approprier pour lui-même, ses héritiers et successeurs lesdits royaumes, duchés, principautés, colonies, possessions et biens et de les convertir en ses biens et profits et qu’en ayant sécurisé cette faculté, ledit roi Alphonse ou par son autorité, l’Infante sus-nommée, ont acquis justement et légalement et possèdent et ont fait l’acquisition ces îles, terres, ports et mers et que ceux-ci appartiennent de plein droit au dit roi Alphonse et ses héritiers et successeurs…”

Extraits de la bulle Inter Caetera du pape Alexandre VI du 4 Mai 1493:

“… Nous, [pape Alexandre VI],de notre plein accord, pas à votre requête ni la requête de quiconque d’autre à votre égard, mais de par notre seule largesse et certaine connaissance et de par la plénitude de notre pouvoir apostolique, par l’autorité de Dieu tout puissant qui nous est transmise par Pierre et le vicaire de Jésus Christ, que nous détenons sur terre, déclarons par la présente, que toutes îles trouvées par vos envoyés et vos capitaines, vous soient attribuées à vous vos héritiers et successeurs, rois de Castille et de Leon, pour toujours, avec l’ensemble des dominions/colonies, villes, camps, places et villages et tous droits, jurisdictions et appartenances de toutes îles et territoires trouvés ou à trouver, découverts ou à découvrir vers l’Ouest et le Sud, en traçant et en établissant une ligne allant du pôle arctique, ci-après nommé le Nord au pôle sud ci après nommé le Sud, sans se soucier si les terres ou les îles découvertes ou à découvrir se situent en direction de l’Inde ou vers quelque autre quartier ; la ligne se situant à cent lieues à l’Ouest et au sud des îles des Açores et du Cap Vert. Avec cette précaution néanmoins qu’aucune de ces îles et de ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, au-delà de cette ligne vers l’Ouest et le Sud, ne soient déjà en possession d’un roi ou d’un prince chrétien au jour de la naissance du Christ notre seigneur de l’an précédent cette années de grâce 1493…
… De plus, quiconque de quelque rang que ce soit, même royal ou impérial,  contreviendrait à l’interdiction de se rendre sur ces terres trouvées ou à trouver, découvertes ou à découvrir, sans permission spéciale de votre part ou de vos héritiers et successeurs, pour y faire commerce ou pour toute autre raison que ce soit, se verrait excommunié late sententie ipso facto… “

Dans l’avant-propos du livre Peter D’Errico écrit ceci:

“Des dogmes religieux datant du XVème siècle édictés sous forme de bulles papales furent établis comme les fondations même de la loi de propriété foncière, de territoire de la nation et de la loi fédérale sur les Indiens au tout début du XIXème siècle. Des décisions de tribunaux de justice ont lié la loi des Etats-Unis au monde de la chrétienté et de l’impérialisme chrétien. Ce processus ne fut ni caché ni mystérieux, il ne fut pas non plus une conspiration ourdie entre les juges et les prêtres. Ce fut la planification de longue haleine pour la saisie de tout un continent. Ce fut la théorie qui guida les pratiques coloniales. C’est l’histoire que raconte ce livre “Pagans in the Promised Land” (“Païens en Terre-Promise”).

Le christianisme, le sytème de croyance de l’église, est différent de la chrétienté, qui est un amalgame d’églises (catholique, protestante, orthodoxe) et d’états. La chrétienté consiste en l’alliance de princes séculiers et d’autorités sacerdotales ; elle culmine avec la doctrine du droit divin des rois et des papes…

[…] Ainsi ce livre “Pagans in the Promised Land” n’est pas une attaque sur le christianisme, mais une exploration analytique dépassionnée des manières d’où ont émané la loi fédérale des Etats-Unis sur la propriété, la nation et les Amérindiens, celles de la chrétienté. Pour être plus spécifique, les lois fédérales de propriété et se rapportant aux Indiens, leur corps de réglementation créé par le gouvernemnt des Etats-Unis pour définir ce que sont les peuples indigènes sur cette partie du continent, leurs droits à la terre et les droits de propriété des colons, est une manifestation continuelle de la mission historique mondiale de la chrétienté: d’amener toute la création en son domaine.

[…] Il est essentiel ici pour le lecteur qui serait sensible aux enseignements chrétiens de Jésus Christ, d’être ouvert à l’apprentissage au sujet d’une histoire problématique de la chrétienté dans sa relation avec la loi fédérale des Etats-Unis.”

* * *

L’essentiel de la loi fédérale indienne et les fondements de la loi sur la propriété foncière aux Etats-Unis (et au Canada…) provient d’une décision de justice très importante: Le rendu de la décision de la cour suprême des Etats-Unis en 1823 dans l’affaire Johnson contre MacIntosh, écrit par le juge John Marshall. Cette décision et son compte-rendu légal sont cités en permanence dans les affaires de litiges territoriaux entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis (et du Canada, puisque le rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh y a fait jurisprudence de manière fort utile pour l’état colonial canadien…) et les peuples et nations natives du continent nord-américain.

Johnson contre M’Intosh est analysé dans le chapitre 7 du livre. Les six premiers chapitres sont faits pour mener à une compréhension optimale des implications de la décision de la cour suprême en 1823. Les chapitres suivants en expliquent les conséquences du point de vue amérindien et comment en sortir.

Le livre de Steven Newcomb “Pagans in the Promised Land” est une des clefs de la compréhension du monde colonial dans lequel nous vivons toujours. La compréhension des sujets abordés dans l’ouvrage est primordiale pour bien comprendre non seulement l’emprise impérialiste que l’oligarchie possède sur le monde, mais aussi comment en sortir par la voie des peuples. Le futur de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie colonialiste mortifère les faisant acquiescer à “L’ordre” établi et se tenant main dans la main avec les peuples colonisés et opprimés par l’occident depuis plus de cinq siècles…

~ Résistance 71 ~

 

Introduction (Steve Newcomb)

 

Le gouvernement des Etats-Unis a refusé aux nations indiennes une existence libre et ont exproprié la très vaste majorité des terres indiennes par le moyen de la domination d’un système conceptuel qui opère en partie sur la base de ce que les théoriciens cognitifs appellent des “Modèles Cognitifs Idéalisés” ou MCI…

Si je réussis dans les chapitres qui vont suive, l’établissement central de la loi et de la politique fédérales indiennes, qui dit que les Etats-Unis ont une autorité plénière (absolue) sur les nations indiennes sur la base de la doctrine de la découverte du continent nord-américain par les chrétiens, se révèlera être des plus bizarres. Ce fondement, je le maintiens, est en pleine violation de la présomption que le christianisme n’est pas préféré au dessus des autres religions dans la loi états-unienne… Ainsi sur quelles bases serait-il constitutionnellement permis et moralement acceptable pour la cour suprême des Etats-Unis de catégoriser le peuple chrétien et ensuite, au moyen de l’abandon culturel et cognitif de ces catégories de religion, nier aux nations amérindiennes le droit de maintenir leur existence libre originelle et leur propre intégrité territoriale ?

[…]

Dans les chapitres à suivre, il deviendra très clair que la théorie cognitive fournit le type de vision nécessaire pour comprendre que lorsque des formes dominantes de raisonnement (catégorisation) trouvées dans le narratif de la bible (ancien testament) sont inconsciemment utilisées pour raisonner au sujet des Amérindiens, les terres indiennes deviennent métaphoriquement, du point de vue des Etats-Unis, la terre promise du peuple élu des Etats-Unis.

[…]

Ainsi, lorsque les terres indiennes de l’Amérique du Nord (zone cible) sont comprises en terme de terre promise dans un narratif tiré de l’ancien testament (domaine source), il en résulte deux métaphores conceptuelles:

  • Les terres indiennes sont la terre promise, c’est à dire des terres que dieu a promis à son peuple élu des Etats-Unis d’Amérique.
  • Le peuple américain est un peuple choisi, élu (par dieu pour prendre possession des terres indiennes d’Amérique du Nord). Les canéens (païens et infidèles) du narratif de l’ancien testament sont un concept du domaine source recouvrant le concept de domaine cible des Indiens d’Amérique, résultant ainsi en la métaphore voulant que les Indiens soient les Canéens ou païens de la terre promise.

[…]

En d’autres termes, au sein du contexte de la loi et de la politique fédérales indiennes, il a été et continue d’être parfaitement acceptable pour le gouvernement des Etats-Unis de contrôler et de gouverner les vies des Amérindiens au travers des administrations variées et des décisions de ses administrateurs. Un exemple typique de l’histoire destructrice de cette présomption est la loi d’expulsion des Indiens de l’ “Indian Removal Act” de 1830, qui résulta dans le déracinement génocidaire dans la plupart des cas de la vaste majorité des Indiens vivant dans l’Est des Etats-Unis vers des terres se situant à l’Ouest du fleuve Mississippi. Cette politique est le plus souvent associée avec les nations Cherokee (Piste des larmes), Choctaw, Chickasaw, Creek et Seminole qui furent expulsées vers l’Ouest vers de nouvelles terres indiennes. Le résultat direct de cette politique fut l’estimation de la mort de 10 000 Cherokees lors de la longue marche de la piste des larmes qui les mena de leurs territoires de l’Est vers l’Oklahoma en 1838.

[…]

Avant la loi de réappropriation des terres de 1887, les Indiens avaient toujours en leur “possession” quelques 60 millions d’hectares. Les 40 années qui s’ensuivirent virent la réappropriation par les Etats-Unis de plus de 40 millions d’hectares. Dans la seule année 1890, le gouvernement US parvint à obtenir plus de 7 milions d’Ha. La même année, le commissaire aux affaires indiennes Thomas J. Morgan expliqua la logique se nichant derrière la politique de redistribution des terres: “la politique établie du gouvernement est de briser les terres de réserves indiennes, de détruire les relations tribales, d’établir les Indiens dans leurs lopins, les incorporer dans la vie nationale et les gérer non pas de nation à nation ou comme tribus ou bandes, mais de traiter avec les Indiens comme des citoyens individuels.

[…]

Pourquoi les nations indiennes, en tant que nations véritablement souveraines, ne sont-elles pas autorisées à tenir leurs propres terres de manière fiduciaire pour elles-mêmes, sans l’implication du gouvernement des Etats-Unis, demeure un mystère. Ce serait par exemple vu comme un non-sens total si les terres Etats-Uniennes étaient gérées fiduciairement par le Vatican ou le gouvernement de l’Italie. Pourtant lorsqu’il s’agit des nations indiennes, cette idée devient soudainement parfaitement sensée pour tout le monde.

Malgré des siècles de génocide et d’oppression, les peuples et nations indigènes vivent toujours et nous, peuples autochtones, continuons à persévérer, maintenant armé de la langue des colons et de ses systèmers conceptuels, qui, par la théorie cognitive, nous permet d’avoir plus que jamais une meilleure et plus profonde vision de la mentalité de la société coloniale.

[…]

Ainsi, après plus de trente ans de travail de la part des représentants des peuples indigènes et des experts sur les droits de l’Homme, l’assemblé générale de l’ONU a adopté le 13 Septembre 2007, la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) (143 pays votèrent pour, mais les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande votèrent contre…). L’adoption de cette déclaration signale la reconnaissance formelle que les nations indigènes ont un droit inhérent et fondamental à l’auto-détermination. Cela annonça l’aube d’une ère nouvelle pour les droits des peuples et nations indigènes Les votes “non” et les onze abstentions d’autres pays nous rappellent qu’il y a toujours un énorme boulot à effectuer et qu’il y a la place pour bien des réformes de terrain. C’est mon désir le plus humble et le plus cher que ce livre puisse assister de manière modeste avec ce travail et qu’il aide à faciliter la mise en application de ces réformes plus que nécessaires pour que la planète se débarrasse enfin de la mentalité de domination de la chrétienté, de son oppression et de son exploitation.

Le chapitre 1 concerne une présentation sur la théorie cognitive, que nous ne traduirons pas ici…

A suivre…

= = =

Source:

“Pagan in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, Steven T. Newcomb, Fulcrum, 2008

 

 

Résistance au colonialisme: Au XXIème siècle une cour d’appel américaine continue de se fonder sur des textes racistes du XVème siècle pour escroquer une nation indienne…

Posted in actualité, altermondialisme, colonialisme, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, pédagogie libération, politique et social, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 9 octobre 2014 by Résistance 71

Un panel du tribunal du 9ème circuit réaffirme la doctrine de “la découverte et de la conquête”

 

Steven Newcomb

 

3 Octobre 2014

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2014/10/03/ninth-circuit-court-panel-reaffirms-discovery-and-conquest

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 27 Août 2014, un panel de trois juges de la 9ème court d’appel a rendu une décision serrée (2-1) dans l’affaire White contre l’université de Californie. L’affaire judiciaire implique un contentieux au sujet de deux vestiges ancestraux de plus de 9000 ans que le Kumeyaay Cultural Repatriation Committee (KCRC) considère être les restes d’ancêtres du peuple Kumeyaay.

La 9ème cour d’appel les a nommé “La Jolla remains.” Les restes ancestraux Kumeyaay furent “découverts” en premier lieu en 1976 pendant une fouille archéologique sur le terrain de la résidence du chancleier de l’Université de Californie à San Diego et au sein du territoire de la nation Kumeyaay

En préambule de sa décision, le panel de la 9ème chambre a dit: “ Les Kumeyaay, aussi connus sous le nom de Ipai, Tipai ou Diegueño, ont occupé les zones du sud-ouest des Etats-Unis et du nord-ouest du Mexique de manière aborigène… La nation Kumeyaay occupe couramment des terres variées de San Diego et d’Imperial Counties en Californie jusqu’à plus de 100km à l’intérieur du territoire mexicain.”

Notons que la 9ème chambre d’appel n’a pas reconnu le fat que la nation Kumeyaay vivait originellement sur 100% de son propre territoire national, elle a dit plutôt que la nation Kumeyaay “occupait de manière aborigène la zone de…” ce qui veut dire appartenant aux Etats-Unis et au Mexique. L’utilisation de la phrase “occupé de manière aborigène” donne un contexte politique de colonisation étrangère. Le mot “aborigène” remonte à “aborigine” ce qui veut dire. “un habitant indigène spécifiquement en contraste avec un peuple envahisseur ou colonisateur.”

Le contexte “d’un peuple envahisseur ou colonisateur” est le cadre de référence utilisé par la 9ème chambre d’appel pour les zones “aborigènement occupées” du “sud-ouest des Etats-Unis et du nord-ouest du Mexique”. Ce phrasé spécifique ne considère la nation Kumeyaay qu’APRES qu’elle n’ait été envahie et colonisée ou devenue “indigène ». Pour éviter toute complication politique potentielle qui pourrait se produire après que la cour ait dit que la nation Kumeyaay “occupe toujours couramment” sa propre terre, la seconde note de bas de page de la cour stipule que, au vu de la cour, la nation Kumeyaay n’a “qu’un intérêt aborigène” sur les terres qu’elle occupe actuellement:

Note 2 de bas de page:

L’intérêt aborigène sur la terre est généralement décrit comme le droit d’une tribu à occuper la terre. Ce n’est pas un titre de propriété, mais fait valoir “le droit à l’occupation des sols que le souverain donne et protège contre l’intrusion de tierces parties.” Tee-Hit-Ton Indians v. United States, 348 U.S. 272, 279 (1955). Ce droit, qui est par nature résiduel, provient de la théorie légale que la découverte et la conquête ont donné aux conquérants le droit de posséder la terre mais n’a pas dérangé le droit des tribus à l’occuper. Voir Johnson v. M’Intosh, 21 U.S. 8 Wheat 543, 588-91 (1823).

La déclaration du panel de la 9ème chambre d’appel stipulant “le droit de tribu d’occuper la terre” et que cette occupation est “résiduelle par nature”, est important parce que “résiduel”dans ce contexte veut dire “en relation avec, ou constituant un résidu: restant après qu’une partie ait été prise”. La caractérisation du “droit de tribu à occuper la terre” en tant que “nature résiduelle” a dit le panel, “provient de la théorie légale de la découverte et de conquête qui ont donnés aux conquérants le droit de posséder la terre.” Réexprimé ceci devient: La découverte et la domination/colonisation ont donné aux dominants le droit de propriété à la terre.

Ce phrasé est pris du rendu de l’affaire Tee-Hit-Ton Indians v. United States. La décision majoritaire fut écrite par le juge Stanley Reed. Il écrivit à la cour: “Cette position sur le titre de propriété indien a été rationalisé depuis longtemps par la théorie légale qui dit que la découverte et la conquête ont donné aux conquérants la souveraineté sur les terres ainsi obtenues”, et la 9ème chambre et son panel ont dit que “la découverte et la conquête”, “ont donné le droit de propriété aux conquérants”.

Bien que la section entière que le juge Reed a cité du chapitre du livre de Wheaton; “Elements of International Law” est un peu longue, quelques passages choisis pertinemment nous donnent une vue de la base de cette “théorie légale” que la Cour Suprême des Etats-Unis a utilisé dans sa décision Tee-Hit-Ton et que la 9ème chambre d’appel a aussi utilisé pour décrire le droit de la nation Kumeyaay d’occuper la terre comme “résiduel”. Comme Wheaton l’a déclaré:

D’après les idées européennes de cet âge de la découverte, les nations païennes des autres endroits du monde étaient le butin et proies légaux des conquérants civilisés et entre les puissances chrétiennes elles-mêmes, le souverain pontif était l’arbitre suprême dans les conflits territoriaux.

Ainsi, la bulle du pape Alexandre VI (Inter Caetera 1493) réserva à l’Espagne toutes les terres non occupées par d’autres nations chrétiennes et la patente alouée à Henri VII d’Angleterre à John Cabot et ses fils, les autorisant à “rechercher et découvrir toutes îles, régions et provinces où que ce soit, qui pouraient appartenir à des païens et des infidèles et de les subjuguer, occuper et de posséder leurs territoires, comme ses vassaux et lieutenants”… Ceci devint alors une maxime politique et légale, que de dire que le droit des Indiens natifs était subordonné à celui du premier chrétien découvreur des terres…” (Wheaton insistait sur le mot “chrétien” dans le texte)

La citation d’à la fois Tee-Hit-Ton Indians and Johnson v. M’Intosh par la 9ème chambre d’appel est très important. Non seulement le juge Stanley Reed a t’il écrit l’opinion sur Tee-Hit-Ton de 1955 comme mentionné précédemment, mais il a aussi écrit une opinion de désaccord dans l’affaire Alcea Band of Tillamook de 1946 dans laquelle Reed disait que Johnson contre M’Intosh exprimait “la théorie” que “la découverte par les nations chrétiennes leur donnait la souveraineté et le titre de propriété des terres découvertes.” Dans ses Commentaries on the Constitution of the United States, publiés en 1833, le juge de la cour suprême Story, qui y siégeait alors toujours, soutint cette vue lorsqu’il écrivit:

Nous avons aussi vu que le titre de propriété des Indiens n’était pas traité comme un droit de propriété et de contrôle, mais juste comme une vague occupation de la terre. En tant que païens, infidèles et sauvages, ils n’étaient pas autorisés de posséder de quelconques prérogatives appartenant à des nations indépendantes, souveraines et absolues. Le territoire sur lequel ils vaquaient et qu’ils utilisaient pour leurs buts temporaires et fugitifs, était, en accord avec les chrétiens, considéré comme habité seulement par des animaux brutaux.

Et c’est sur la base de ce type de pensée bigote chrétienne que la 9ème chambre d’appel considère le droit de la nation Kumeyaay d’occuper la terre dans son territoire être “résiduel”. Le simple “droit d’occuper” est le “résidu” de ce qui reste après que les Kumeyaay aient été forcés de subir une “réduction” par laquelle la domination chrétienne et la subjugation non-chrétienne furent construites. Le droit des Kumeyaay d’occuper leur propre terre, sans aucun droit de propriété ou de contrôle est le résidu conceptuel restant après que les monarques chrétiens européens aient assumé la “domination ultime des terres pour eux-mêmes”, d’après le phrasé du rendu de l’affaire Johnson vs M’Intosh et qu’ils aient assumé que les nations originelles de la terre étaient “un peuple sur lequel le génie supérieur européen devait clâmer une ascendance”, la définition d’un mot comme “domination”.

En bref, la note 2 de White v. University of California est un résultat direct de l’affirmation faite il y a des siècles que les peuples chrétiens ont découvert les terres des “païens et des infidèles” et que de ceci en résulta le fait que les chrétiens furent permis de s’approprier et de clâmer la souveraineté chrétienne (dominium en latin, un droit de domination) sur toutes les nations originelles et les peuples de ce continent des Amériques, incluant la nation Kumeyaay.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont le successeur de cette affirmation de droit de la domination chrétienne basé sur une assertion de droit par la “découverte” chrétienne.