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Illusion démocratique: sachons gérer et organiser la répartition

Posted in actualité, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme with tags , , , , , , , , , , , , , , on 17 janvier 2012 by Résistance 71

L’organisation de la répartition

 

Alternative Libertaire & Fédération Anarchiste

 

Le lien entre le travail et la consommation

 

Nous pensons que le fait de devoir travailler pour pouvoir consommer est quelque chose qui va de soi. Si dans la société actuelle toutes les variantes de refus du travail (absentéisme ou chômage volontaire…) sont totalement légitimes, comme manifestation d’une résistance à l’exploitation, nous

réaffirmons, une fois de plus, que nous ne sommes “contre le travail” mais contre la façon dont il est organisé par les capitalistes.

Nous en parlions dans le paragraphe sur la responsabilité et la motivation: dans une société où nous aurions la liberté de maîtriser notre travail, de le faire pour nous autant que pour les autres, il serait bien étonnant que la “fainéantise” prenne une ampleur telle que l’on aurait à s’en protéger.

Pourtant, il nous faut bien envisager des cas de ce genre. Imaginons qu’au sein de notre commune, l’un d’entre nous refuse de s’investir dans quoi que ce soit, ou qu’il s’inscrive dans un collectif de travailleurs et qu’il manque régulièrement à son poste, ou qu’il passe ses journées de travail en se fichant de la bonne marche du collectif. Et bien, après avoir tout tenté pour comprendre ce qui ne va pas, pour lui proposer d’autres arrangements, et si ces tentatives s’avèrent infructueuses, il devra assumer sa “mauvaise volonté”. Nous lui dirons d’aller chercher une autre commune, un autre collectif de travail qui l’accepte!Enfin si des groupes d’individus ne veulent pas travailler dans le cadre des fédérations de la société anarchiste, parce qu’ils refuseraient, par exemple, “l’industrialisation ” (à l’instar de certains écologistes d’aujourd’hui), ils seront bien évidemment libres de vivre comme ils le souhaitent. S’ils veulent se regrouper pour vivre en communauté autonome, pourquoi pas! S’ils veulent vivre en autarcie dans la misère matérielle, en se privant de ce qu’apporte le progrès technologique, cela est leur affaire et ne regarde qu’eux.

La régulation de la consommation

 

On nous a posé la question des dizaines de fois: en l’absence de monnaie, et si les individus ne sont plus tenus de gérer un budget, comment éviter que les produits les plus rares, les plus beaux, les plus récents, soient pris d’assaut? Si, dans un dépôt, on met en “libre service” tous les disques lasers du stock, il se pourrait effectivement que les premiers ne laissent rien pour les autres! (bien qu’une société libertaire, engageant à la responsabilité, nous inciterait sans doute à adopter des comportements radicalement différents). Les fédérations de consommateurs peuvent facilement trouver des méthodes pour “réguler” l’accès des produits à leurs adhérents. Les systèmes du prêt et de la commande n’existent-ils pas déjà dans notre société? Rien n’empêcherait de les généraliser. Toutes les nouveautés (en matériels audiovisuels, informatiques…) pourraient, dans un premier temps, être mises en prêt, afin de pouvoir servir successivement à de nombreux individus, dans l’attente de leur fabrication en grande série. Toutes les demandes particulières de produits plus ou moins spécifiques, pourraient donner lieu à des réservations. Pour ce qui est de l’alimentation, il ne serait guère difficile de prévoir une distribution mesurée et surveillée des denrées rares. Les fédérations de consommateurs chargeraient les travailleurs des dépôts de veiller à ce que personne ne fasse d’abus: si tel ou tel individu se sert chaque fois avec les meilleurs produits, le rôle des “permanents” serait de lui opposer un refus et de discuter avec lui,quitte à poser le problème lors d’une assemblée générale de l’organisme si la situation devenait conflictuelle. Mais en arriver à de telles “extrémités” serait certainement très rare.

Le logement pose sans doute des problèmes plus complexes. Deux questions doivent être soulevées: celle de la propriété et celle de la répartition proprement dite. Hostile à la propriété privée des moyens de production, nous sommes pour la propriété d’usage. Cela veut dire qu’un individu est considéré propriétaire de biens lorsqu’il les utilise pour lui-même. Ainsi, son logement devient une propriété inaliénable. Tant qu’il y habite, personne ne peut le lui reprendre sans son consentement et pour quelque motif que ce soit. Le principe de l’accumulation du patrimoine par l’héritage disparaît. Par contre, il resterait toujours la possibilité de laisser, de son vivant, un logement aux personnes de son choix, à condition qu’elles y emménagent.

Ensuite, l’œuvre constructive de la révolution sera jugée sur la capacité à fournir à chaque individu, à chaque famille, un logement disposant de tout le confort techniquement possible. Dans les zones urbaines, on devra repenser entièrement l’occupation des sols. Les quartiers résidentiels et les cités HLM, manifestation criante de l’injustice sociale, devront matériellement disparaître pour reconstruire des habitations, collectives ou individuelles, dans un souci constant d’égalité. Ce qui n’exclurait pas, au contraire, des plans “d’urbanisme” diversifiés et originaux, ayant fait l’objet de débats publics au sein des Communes. Mais, nous direz-vous, comment les Communes vont-elles gérer la répartition des résidences individuelles et des appartements en habitation collective? Une fois de plus, il nous faut prendre les choses dans l’ordre: c’est la demande qui doit commander la production. Supposons un cas de figure: si l’ensemble de la population exprime le souhait d’un lotissement individuel, et bien l’idée de l’habitat collectif n’aura plus qu’à être purement et simplement abandonnée! Tout dépendra des besoins et des envies exprimées par les habitants, et, durant la période où se mettra en place cette transformation, les Communes répartiront provisoirement, par la négociation, le parc de logements disponibles. Quant aux résidences les plus luxueuses, les Communes pourraient décider de les socialiser et de les transformer en résidences de villégiature, de santé, en lieux de vie etc. Toutes les solutions sont une fois de plus imaginables.

 L’éducation libertaire

 

En parlant de l’éducation après la production et la répartition, nous ne voudrions pas laisser croire que nous la considérons moins importante. L’éducation a continuellement suscité un très fort intérêt de la part des anarchistes, conscients que la personnalité de l’individu, sa psychologie et son sens éthique commencent à se modeler dans les premières années de sa vie.

Nous définirons l’éducation libertaire en quelques grands points.

Inscrite dans l’égalité d’une société sans classes, l’éducation doit être organisée pour donner à chacun les mêmes possibilités d’accès au savoir et ce dans tous les domaines. Dans le cadre du refus de la division du travail “manuel / intellectuel”, nous devons être sensibilisés et incités très tôt à toutes les formes d’activités sociales et économiques, des plus simples aux plus complexes. L’éducation libertaire rejette l’endoctrinement. Ce n’est pas en assenant un discours “anarchiste” à des “élèves”, autrement dit en employant des méthodes contraires à nos fins, que les enfants et les adolescents apprendront à penser librement. Le système éducatif d’une société anarchiste leur donnera les moyens intellectuels de leur autonomie en développant au maximum leur sens critique.

Il en découle que l’école libertaire sera publique et laïque. Non pas une laïcité d’État mais une laïcité garantissant une liberté d’initiative tous azimuts. Si l’éducation ne peut être laissée à des religieux ou à des sectes, l’école doit être un espace où l’on étudie et où l’on débat de toutes les questions, où l’on apprend à réfléchir et à argumenter, à construire ses idées personnelles. S’il ne sera pas permis à des professeurs “d’enseigner une religion” (ou “d’enseigner” le fascisme!), les programmes seront conçus pour passer au crible les discours théologiques et idéologiques afin de comprendre leurs tenants et leurs aboutissants. Un débat ouvert sur la société intègre forcément l’intégralité des interrogations philosophiques, scientifiques et politiques.

L’accès au savoir ne doit pas être limité à une tranche d’âge: tout adulte doit pouvoir choisir des temps d’études, la durée de ces périodes étant fixée par les Fédérations de l’Education (en fonction de leurs moyens).

L’organisation des systèmes éducatifs doit associer les travailleurs de l’éducation, les jeunes et, dans une certaine mesure, les parents. Bien entendu nous ne pouvons présager ici de ce que seraient les relations parents-enfants dans une société libertaire. L’émancipation des jeunes des tutelles parentales impliquerait qu’ils assument le plus tôt possible leur indépendance. Selon nous, la socialisation des individus ne passe pas forcément par la famille, même “non-autoritaire”. Si tout enfant a besoin de repères, de “référents”, l’instauration d’une société libertaire oblige à une réflexion nouvelle sur “l’autorité parentale”.

 L’information

L’information, dans une société autogestionnaire, aurait une importance capitale. Être informé est la première condition pour que les populations opèrent des choix politiques en toute connaissance de cause. Aujourd’hui, les médias nous abreuvent de faits d’actualité, mais les informations sur la gestion des entreprises ne sont pas accessibles. Les comptabilités publiques sont, de par leur complexité, inutilisables par le commun des mortels! Le système de dominance actuel a d’ailleurs intérêt à augmenter cette complexité pour justifier l’existence d’une élite qui, elle, “sait” (ou feint de “savoir ?) ce qui se cache derrière les multiples graphiques et équations économiques! Il nous faut distinguer deux types d’informations: les informations de caractère “professionnel” et celles relatives aux actualités politiques, culturelles, etc.

Les Fédérations informeraient leurs adhérents et la population du bilan de leurs activités. Elles rendraient compte de leurs problèmes, des différentes innovations technologiques, des nouveaux investissements envisagés (en moyens techniques et humains) ou des relations qu’elles entretiennent. Elles présenteraient aux consommateurs les produits fabriqués, leur mode de diffusion, leur qualité etc. (ce qui remplacerait la publicité marchande qui désinforme le public plus qu’elle ne l’informe).

Les médias de l’audiovisuel, de la radio et de la presse écrite, seront l’œuvre de communes, de régions, de regroupements particuliers, selon toutes les affinités possibles. Étant donné l’absence de monnaie, les médias de la presse écrite ne pourront pas vendre leurs publications Ces dernières seront forcément gratuites. “Mais alors, nous demanderez-vous, s’il n’y a plus la sanction du marché, comment seront déterminées les quantités de tirages ?”. C’est une nouvelle fois, la demande exprimée par les individus (et retransmise par les Communes) ou les statistiques sur l’écoulement des titres dans les dépôts de distribution, qui fourniront les indications nécessaires aux organismes éditeurs. Ils auront pour mission d’imprimer un ensemble de titres, dans les proportions définies par les Communes. S’ils ne peuvent publier tous les titres, ils s’engageront à fournir les matériels et les matières premières pour que les associations aient les moyens de s’auto éditer (la répartition des moyens techniques sera évidemment faite dans la mesure des possibilités, des stocks de papier disponibles…). En fin de compte, la seule limite à l’édition sera “physique”: les quantités de papier et la capacité productive des imprimeries. Et les petites associations y trouveront un immense avantage car elles ne seront plus handicapées par le sacro-saint “seuil d’autofinancement”. Dans l’audiovisuel, le but sera aussi de garantir une “production” grandement diversifiée. Cela n’exclut pas l’existence de grandes “chaînes”, organisées comme les autres structures sociales sur la base de l’autogestion, avec une part des émissions conçues et animées par des professionnels. En effet, les métiers de l’animation et du journalisme ne s’improvisent pas, du moins si l’on veut conserver une certaine exigence de qualité. Comme dans la presse, les fédérations des métiers de l’audiovisuel mettront les moyens adéquats à disposition de groupements associatifs.

La gestion des conflits

 

La société libertaire ne serait pas une société “idéale”, sans conflits, et ces conflits n’auraient pas tous la même envergure et la même gravité. Les conflits au sein d’un collectif de travail ou d’une fédération ne posent pas de problèmes particuliers: c’est aux travailleurs de ces collectifs d’établir leurs règles de fonctionnement. Le contrat, en cas de non-respect des clauses, peut être rompu. Libre alors à chaque individu et groupe d’individus de se positionner dans d’autres collectifs de travail si des problèmes “d’incompatibilités d’humeurs” s’avèrent insolubles. Les divergences entre deux fédérations (sur un plan de travail, sur des livraisons, sur une occupation des sols…) peuvent être réglées par la négociation. Au besoin, les deux fédérations en appelleraient à une commission inter-fédérale de conciliation.

La démocratie directe par la voie du suffrage peut se pratiquer tant que les enjeux liés à des choix de gestion ne suscitent pas d’opposition politique réelle et tant que l’unanimité n’est pas nécessaire à la cohésion sociale. Il n’y aurait pas de quoi épiloguer des mois pour décider si telle rue va devenir piétonne, si un quartier doit être rénové ou si l’on doit, dans l’unité de production où l’on travaille, réorganiser des postes! De la même façon, l’absence d’unanimité entre des fédérations régionales ne doit pas bloquer pendant des années la construction d’un axe routier… Après une information et un débat ces questions peuvent donc être tranchées par un vote des mandatés fédéraux ou par référendum.

De plus, les procédés de vote pourraient varier selon l’importance relative des problèmes. Pour les décisions de moindre importance, la majorité simple suffirait. Dans d’autres cas (par exemple: le déplacement d’un site d’une unité de production entraînant une réorganisation de l’activité professionnelle pour les travailleurs de ce site) on pourrait appliquer la majorité des trois quarts ou des deux tiers; autant de modalités devant être définies par les Fédérations.

Des conflits plus sérieux, d’ordre politique, peuvent se poser. Ce serait le cas de divergences portant sur le choix de société. Prenons un cas de figure théorique: la question de la production et de la circulation automobile. Il serait bien évidemment de l’intérêt de tous de développer au maximum les transports collectifs, plus économiques en énergie et plus “intelligents” car plus “rationnels”. Toutefois, il n’est pas difficile d’imaginer des désaccords sur ce point. Certains seraient radicalement “contre l’automobile ”, au nom d’un “anti-productivisme” rétrograde, alors que d’autres seraient partisans de conserver une production importante de véhicules et de confortables infrastructures routières et surtout autoroutières. Comment régler la question lorsque qu’un blocage de ce type peut mener jusqu’à des affrontements? Et lorsqu’on voit la détermination d’une frange de nos “écolos” d’aujourd’hui, on ne peut douter que la question des autoroutes, qui pour nous ne justifierait au fond aucune “dramatisation”, sera prise très au sérieux! Il n’y a pas ici de “remèdes miracles”: que la majorité impose son choix à la minorité ou que cette dernière puisse opposer un droit de veto, dans les deux cas, une partie de la population se fait léser. La seule solution reste la recherche maximale du consensus: cela passe par une information complète des individus sur les sujets en question, des débats, une disposition des fédérations pour la diplomatie. On peut en effet penser qu’en y consacrant le temps qu’il faut une solution de compromis pourrait être trouvée.

Ceci dit n’oublions pas qu’aucun mode de prise de décision ne peut concilier des choix qui ne sont pas conciliables, et rendre inutile le militantisme d’opposition. L’important est que ces oppositions s’expriment par des arguments et non par la violence physique.

Nous aurions pu prendre des exemples plus sérieux: des collectivités religieuses pourraient revendiquer la mainmise sur l’éducation de leurs enfants. D’autres réactionnaires pourraient lutter en faveur d’un retour à “l’ordre ancien”, à l’autoritarisme, à l’économie marchande. Face à ces contestations, nous ne devrons employer ni la répression ni la censure; comme le système libertaire sera jugé sur pièces, il faudra faire en sorte qu’il fonctionne suffisamment bien pour couper ces mouvements de toutes bases sociales.

En tout état de cause, si le mode de règlement des conflits en société anarchiste ne peut être parfait, la plus magnifique des victoires serait d’en avoir fini avec la barbarie guerrière, avec ces gouvernements et machineries politico-militaires qui enrégimentent les foules dans de sinistres farces patriotiques et sanglantes; et c’est bien cette possibilité que nous offrirait une société débarrassée des États, où les différentes régions du monde seraient fédérées dans une union mondialiste et où le désarmement serait la règle.

Après ces conflits de nature “collective” , nous devons aborder ceux de type inter-individuel: les agressions, les vols, les crimes… Pour poser correctement le problème, nous savons que la “délinquance” est, dans sa quasi intégralité, le résultat d’une société inégalitaire et de l’oppression. Plus de 80% des individus emprisonnés le sont pour des raisons économiques: “voleurs”, “escrocs”, “dealers”. La monnaie n’est pas “la cause” du vol mais elle le facilite grandement, justement parce que l’argent n’a pas d’odeur. Sans la monnaie, nous pourrions déjà éviter toute incitation à la fraude, à l’escroquerie, au cambriolage. Sans la frustration économique générée par le modèle de la consommation de masse et la misère, on peut supposer, sans risquer d’être utopistes, que les actes d’agression et de vol pour ces motifs financiers ne se poseraient plus.

Par contre, aucune société, aussi juste et égalitaire soit-elle, ne pourra complètement éradiquer les agressions sexuelles ou les crimes passionnels. Si l’on ne peut penser qu’en société anarchiste, “tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes ”, on peut espérer réduire drastiquement le nombre des agressions et des crimes de ce genre. En effet les relations entre les individus ne sont pas indépendantes de l’organisation sociale. Quand sont affirmées, et pratiquées dans les faits, l’égalité et la liberté sociale, ces relations, basées aujourd’hui sur les modèles de domination, de possession et de jalousie, changeraient forcément de nature. Les mutations dans les rapports affectifs toucheraient d’abord la vieille institution de la “famille”: certains voudraient, dans ces années de “crises”, nous la présenter comme la cellule de base, le “cocon” premier; grâce auquel l’individu se construit! C’est pourtant l’inverse: la famille réduit le nombre des repères de l’individu, restreint son champ de socialisation, lui inculque finalement, dès le plus jeune âge, les notions d’obéissance et surtout d’exclusivité, c’est-à-dire de fidélité. Cette éducation se traduit ultérieurement par les sentiments de jalousie et de possession maladive. En provoquant une révolution culturelle, la révolution sociale modifierait profondément les “savoir-être”.

Cependant, face aux individus, même en nombre moindre, qui représenteraient toujours un danger pour autrui, comment devrait procéder la société anarchiste? Nous ne pouvons accepter ni la justice “spontanée” des foules, avec ses méthodes expéditives – le “lynchage” de l’accusé(e) – ni l’institution judiciaire, supposant un appareil de contrôle et une police. Nous pensons que l’organisation sociale fédérative doit dans ce cas aussi, se doter de structures “autogestionnaire ”: ce sera aux communes de mandater, non pas des “juges ” tout puissants, mais des commissions, chargées d’enquêter sur les faits, et, éventuellement, d’assurer un suivi social de tel ou tel individu reconnu “coupable”. C’est seulement si la personne n’est plus maître de ses actes que la Commune peut décider de la placer dans une structure de soins. L’essentiel étant pour ne pas reproduire les hôpitaux psychiatriques et les prisons de notre époque, de garantir un contrôle collectif et la totale transparence des procédures. Il n’y aurait donc plus de jugement définitif et chaque action de sanction (dont le nombre serait, rappelons-le, finalement extrêmement réduit) prendrait la forme d’un questionnement sur les causes de ces “déviances ”. Car la société libertaire ne saurait “juger” sans se remettre en cause: si un individu a été violent envers sa compagne ou son enfant, c’est qu’il subsiste une frustration et que les modèles de rapports affectifs entre les individus doivent être de nouveau l’objet d’un débat collectif.

 

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Illusion démocratique: lutte sociale ou sieste sociale ?

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La démocratie ? Une machine à broyer les luttes sociales

 

Par René Berthier

 

S’il y a un concept incontournable auquel chacun se réfère quelque soit le lieu ou la niveau d’organisation auquel il a à faire, c’est bien la démocratie. Impossible de créer une association de quartier, un syndicat, un club de pétanque ou de tir à l’arc sans qu’à un moment ou à un autre l’expression ne soit employée pour définir le mode de prise de décision. Impossible de concevoir l’organisation de la vie communale sans que le mot ne soit employé comme garantie de justice sociale. Impossible pour un État d’être intégré dans le «concert des nations» sans ce label de qualité de respect des libertés individuelles qu’est la référence à la démocratie. La «démocratie» est le concept politique sur lequel repose toute l’organisation sociale des pays dits occidentaux qui voudraient l’imposer aujourd’hui au reste du monde au nom d’une prétendue universalité civilisatrice.

Il faut tout de même s’interroger sur le contenu de la fonction de ce modèle politique puisqu’il est évident que sa pratique ici-même laisse pour le moins à désirer et n’apparaît, le plus souvent, que comme le moins pire des systèmes. Peut-on s’en contenter et prétendre en faire un schéma universel ? Il est permis d’avoir de sérieux doutes. Le principe démocratique repose sur l’idée que chaque individu peut et doit pouvoir donner son opinion sur la société dans laquelle il est inséré. En fait, cette idée n’est pas propre au système démocratique, mais est présente sur tous les continents, parce que d’une façon ou d’une autre les besoins et les opinions de chacun doivent être pris en compte dans la régulation des relations sociales, sous peine de voir exploser ou imploser la société concernée.

Le problème n’est donc pas d’affirmer un principe mais bien de savoir comment les structures organisationnelles et décisionnelles qui en découlent traduisent les opinions et besoins exprimés par chacun des associés. Dans le modèle démocratique tout le monde peut s’exprimer, c’est un fait, mais ce modèle affirme simultanément qu’il faut des décideurs pour mettre de l’ordre dans la cacophonie des opinions émises, et ce pouvoir de décision (réservé à un personnel ayant fortement tendance à s’auto reproduire) est légitimé par le vote des électeurs. C’est simple et propre en soi, si on oublie que le choix des électeurs va être conditionné par de nombreux facteurs qui brouillent les cartes et les enjeux. En particulier, la place et la fonction de chacun d’entre nous dans la structure socio-économique. A-t-on réellement liberté de choix lorsque notre survie quotidienne dépend d’un réseau de relations économiques que nous ne maîtrisons pas? A-t-on réellement liberté de choix lorsque toute notre éducation sociale brise l’initiative et la capacité critique individuelle ? Au bout du compte, la démocratie est une machine à broyer et concasser les aspirations sociales de telle sorte que face à l’inutilité de nos efforts individuels et collectifs pour améliorer les choses nous abandonnions notre vie entre les mains des classes dirigeantes.

Ce sont les révolutions françaises de 1789 et 1793 qui ont introduit la notion d’égalité politique sans que les relations économiques entre individus et entre groupes sociaux ne soient touchées. Depuis, au fil des revendications et des discours électoraux, le droit de vote s’est étendu à toutes les couches de la population, en nous présentant chaque fois la chose comme une avancée sociale déterminante. Il est même question, en ce moment, de faire passer ce droit de vote à 16 ans (pour les immigrés, on verra plus tard, puisque cette catégorie est par définition extérieure à la nation). C’est le meilleur moyen que la bourgeoisie ait trouvé pour restreindre, contenir et limiter la notion d’égalité au seul champ politique sans que jamais il ne soit question d’étendre cette égalité au domaine de l’économique et du social. La démocratie a été et est encore le meilleur garant idéologique de la pérennité d’une société de classe.Il n’est donc pas étonnant que la société capitaliste qui est la nôtre promotionne l’idée de démocratie.

Elle l’impose au niveau international en exigeant des élections démocratiques contrôlées en Afrique du Sud, en Algérie ou en Russie, par exemple. Elle la planifie ici-même, avec des projets de déconcentration des pouvoirs appelés pompeusement «régionalisation» ou «approfondissement de la vie municipale», avec référendums locaux à la clé. Parallèlement, elle essaie de réintroduire de vieilles notions, comme le partage, l’équité, la subsidiarité. Autant de mots creux, visant à donner un sens moral aux inégalités. Sur ces enjeux-là. nos démocrates peuvent encore trouver du grain à moudre, mais comme dans le même temps toutes ces restructurations provoquent des bouleversements sociaux destructeurs de réseaux et de traditions, il n’est pas sûr que nous y trouvions notre compte.

La démocratisation de la société de classes a ses limites, et le nombre de ceux et celles que cela ne trompe plus augmente singulièrement. La démocratie — autrement dit le concept d’égalité politique — a donné tout ce qu’elle avait à donner. Elle n’a plus rien à nous dire ou faire espérer.

Par contre, l’extension de la notion d’égalité aux champs de l’économique et du social restent à conquérir. L’idée d’égalité économique ne peut que prendre du relief et de l’intérêt pour toute cette masse de gens subissant quotidiennement les effets d’un système à bout de souffle et aspirant à plus de justice dans leurs relations sociales. Pour ce faire, nous serons amenés à contester radicalement la démocratie, et à lui substituer d’autres concepts de régulation sociale. Nous appellerons ce devenir «communisme libertaire ou anarchie». Reste à lui faire prendre corps.