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Illusion démocratique et cauchemar trans-humaniste… La « Nakba » de la civilisation occidentale

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 3 avril 2016 by Résistance 71

Nous avons reçu cette analyse d’un de nos lecteurs, analyse qui porte de grandes similitudes avec notre vision du monde moderne. Deux choses importantes à notre sens: de plus en plus de gens réalisent finalement l’impasse ABSOLUE dans laquelle la société occidentale, dominant le monde depuis plus de 5 siècles au travers d’un empire primordialement religieux (doctrine chrétienne de la découverte), qui muta en partie vers une dominante économique, a été mise  et l’impossibilité de « réformer » le système étatico-captitaliste en place pour en sortir.

Dans le billet ci-dessous, Zénon interpelle acteurs et spectateurs pour une prise de conscience collective du marasme en cours et du pire qui s’annonce.

La quasi totalité du monde dans lequel nous vivons est une supercherie dont il nous faudra sortir pour le salut de l’humanité, il n’est pas trop tard, mais comme nous le disent quelques habitué(e)s ici: Va falloir se sortir les doigts du…. 😉 car il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura JAMAIS !

~ Résistance 71 ~

 

“Nakba”

Lettre ouverte aux peuples du Monde

 

Zénon

 

Mars 2016

 

Je m’adresse aujourd’hui à tous les enfants de terres exploitées, de pays en guerre, de cours d’eau et de territoires corrompus ou stérilisés par la cupidité humaine à quelque niveau de responsabilité que ce soit. Je m’adresse à tous les déshérités de leurs racines, de leurs ressources et de leurs traditions, qu’ils soient nés de ce côté du monde ou aux antipodes. À l’ensemble de celles et ceux prêts à faire le pari d’un avenir meilleur. Car un malheur commun menace de nous jeter dans la tourmente et la diaspora généralisées. Et que seul d’un commun accord, les peuples de la Terre auront une chance de sauver leurs valeurs et leur liberté.

J’ai grandi dans une modeste banlieue française que la bienpensance politique actuelle qualifierait de « société multiculturelle ». À vrai dire un modèle réussi d’entre elles, car il n’était parmi nous du temps de ma jeunesse ni question de racisme, ni de contradiction déclarée entre la vie citoyenne et les pratiques religieuses. Il faut dire qu’à l’aube des années quatre-vingt-dix, la France offrait encore assez de possibilités d’emploi et d’accès au confort de vie occidental pour permettre l’intégration de travailleurs du monde entier et de toutes cultures. Le socle idéologique consumériste était à l’époque assez solide. Puis est venu le temps de la désillusion progressive. Prise dans le tourbillon mondialiste, l’Europe a petit à petit vu se fondre sa capacité à assurer le bien-être matériel de ses habitants. Et ses rêves d’égaler le « modèle » américain, sauf en matière d’injustice, de lois liberticides et d’abus policiers. En périphérie des grandes villes, les descendants de la main d’œuvre bon marché de l’époque se sont retrouvés parqués, ethnie par ethnie, confession par confession, dans des cités dortoirs sans âme ni horizon. Ni surtout sans la moindre perspective d’en sortir. Une économie parallèle à celle autorisée légalement s’est organisée afin d’y permettre une survie plus ou moins précaire, avec la complicité d’un pouvoir d’état ici comme ailleurs acteur de sa propre déréliction. Les peuples ont appris à s’y regarder en chiens de faïence. À se croire en compétition dans un système qui de toute évidence pouvait dorénavant se passer d’eux.

Les derniers ressorts de cet empire à bout de souffle, pour se maintenir, ont été ces dernières décennies l’émission par wagons entiers de monnaie de singe ; autrement dit d’argent-dette sans la moindre valeur, l’ingérence ou la guerre pour l’appropriation des ressources naturelles, et la propagande. Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que nous sommes depuis trop longtemps victimes de cette imagerie mensongère qu’entretient de lui-même l’Occident. Je connais la fiction continuellement véhiculée dans vos foyers par Hollywood, la publicité, mais aussi et surtout par les récits idéalisés de vos fils, frères ou voisins déjà expatriés. J’ai rencontré nombre d’entre eux travaillant ici depuis des années, dont la plupart se privaient de tout et envoyaient chaque mois au pays de quoi rembourser dans un premier temps les sommes cotisées pour leur voyage. Et continuer ensuite indéfiniment afin d’entretenir le mythe de leur réussite personnelle, de honte à l’idée que soit révélée la réalité de leur condition. Ils se complaisent par faiblesse à vous entretenir dans l’illusion d’un pays de Cocagne où tout est possible et où vous seriez, vous aussi, les bienvenus. C’est pourquoi je vais tenter de vous décrire le quotidien que beaucoup n’avoueront jamais. Et vous apporter un bref aperçu des revers de ce décor idyllique.

Bienvenue au royaume de la fausse abondance. L’apparente profusion de denrées de toutes sortes importées des quatre coins du Monde ne fait qu’occulter la pauvreté en nutriments des aliments proposés à nos portefeuilles. Le Codex alimentarius règle en la matière la quantité de vitamines et d’acides aminés que doivent contenir nos tomates, tandis que sont testés les taux de pesticides et produits chimiques supportables par nos organismes. L’empoisonnement généralisé des sols sera le terreau des cancers et autres maladies chroniques faisant la prospérité florissante de notre industrie pharmaceutique. Si vous aussi voulez lui servir de cobaye, vous êtes aimablement invités à vous joindre à nous. Bon appétit !

Pour ce qui est des salaires mirobolants que vous feront miroiter passeurs et autres exploitants de la traite humaine néocoloniale, il faut savoir qu’un emploi non-qualifié ne vous rapportera guère plus que le salaire minimum. Qu’en déduisant de celui-ci impôts et charges, il sera impossible d’entretenir avec une famille. Ce salaire légal est d’ailleurs ici l’objet de constantes remises en question : on proposera au jeune de moins de vingt-cinq ans, entre deux stages non-rémunérés, un « service civique » ou autre boulot de larbin payé au lance-pierre, corvéable à merci et jetable à l’issue de son contrat. Le fonds monétaire international songe d’autre part à faire nos états-vassaux légiférer de sorte à vous employer sans rémunération minimale ni limite horaire. L’opulence ne dissimule ici encore qu’un esclavagisme absolu.

Les naturalisés de longue date auront la chance, s’ils sont seuls, de partager à trois sur des lits superposés une chambre de neuf mètres carrés dans un foyer de travailleurs, ou bien s’ils ont une famille d’occuper un clapier délabré au fin fond d’une cité sans terre ni espace, à la verdure artificielle et où l’imagination se trouve perpétuellement cantonnée entre quatre murs. À ceci de différent avec la vie en prison qu’il vous faudra dans celle-ci payer pour votre cellule. Quant aux arrivants les plus récents d’entre vous, ils auront droit à un confort d’accueil digne de celui de nos camps des années quarante, avec la technologie génétique en renfort. Il vous faudra laisser votre ADN à l’entrée et présenter vos empreintes pour passer la nuit dans un container de transport de fret recyclé pour l’occasion, sans fenêtre, en compagnie d’une soixantaine de compagnons de galère… Une énumération complète serait trop longue pour ce chapitre.

Au contraire de ce que vous avez pu connaître dans vos maisons, dans les rues de vos villes ou de vos villages, la vie de famille a depuis longtemps cessé d’être ici la norme ou la référence. Les générations ne communiquent plus. Les vieux achèvent leur existence loin des leurs, dans des sanatoriums où l’épaisseur des murs et les sédatifs garantissent que ne filtrent pas un écho de leur témoignage ou de leur souffrance. Ici comme dans les autres provinces où nul regard ne peut échapper aux écrans numériques, la parole est de plus en plus notoirement proscrite. Aventurez-vous dans nos quartiers chics ou dans nos ghettos, vous n’y croiserez qu’un essaim de fantômes abîmés dans une dimension parallèle. Quelle que soit enfin votre culture d’origine, nos gouvernements voudront, par tous les moyens institutionnels et publicitaires, y substituer chez vos enfants celle de la suprématie marchande. Derrière son culte de l’individualité narcissique, celle-ci ne vise en définitive qu’à dissoudre toutes nos identités. Condition qu’il vous faudra accepter pour bénéficier des allocations allouées à crédit afin d’ajourner l’effondrement qui nous pend au nez.

Car certes, si vous espérez profiter de notre système social, il vous sera encore possible de vivoter de prestations et d’aides en tous genres sans devoir travailler en contrepartie.

Du moins quelque temps. Car il existe plusieurs revers à cette usine à gaz. D’une part, ne croyez pas que l’assistanat tel que nous le voyons pratiqué relève d’un quelconque humanisme. C’est au contraire l’instrument idéal d’un empire totalitaire pour assujettir définitivement ses ressortissants. L’attribution de ces subsides dépendra en effet de votre soumission à toutes les décisions politiques, à toutes les autorités, à tous les contrôles. L’objectif réel du dispositif est de museler toute contestation, d’éteindre d’avance toute revendication chez des individus dociles et grassouillets. Votre liberté sera le prix à payer de votre confort matériel. L’état réussit en prime le tour de force, en nous entretenant dans la dépendance, de faire oublier que c’est d’abord lui qui dépend de nous. Parallèlement, le maintien constant d’inégalités de traitement entre différentes couches de population ; de privilèges aux uns tandis que d’autres sont exploités, permet au pouvoir de diviser les peuples enferrés dans un faux antagonisme idéologique. Par un effet particulièrement pervers d’inversion des valeurs, la « solidarité » institutionnelle s’avère l’impitoyable broyeuse de toute la cohésion naturelle à nos sociétés.

J’en arrive ainsi au mythe fondateur d’une des plus grandes impostures jamais mises en scène : je veux parler de la démocratie moderne. Vous savez : cet idéal charitablement bombardé partout sur le globe, assaisonné d’uranium appauvri et de phosphore blanc. Conçu dans les loges britanniques et françaises tout au long du dix-septième siècle, le modèle démocratique actuel ne présente aucune caractéristique en commun avec celui de la Grèce antique dont il se réclame. Cette mascarade avait pour vocation de liquider, en Europe et dans le reste du Monde, l’ordre traditionnel pour lui substituer un régime totalitaire transhumaniste et marchand alors en projet. Il fallait un système de transition propre à fournir au peuple l’illusion de sa liberté, de sa mainmise sur son destin tandis qu’on dressait autour de lui les tours et les barbelés. Ce prétendu « pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple » n’a cessé de mimer une représentativité publique dès le départ purement fictive. Ses dirigeants sont tous préalablement cooptés parmi les ayant-droits des intérêts mondialistes, et leurs gesticulations médiatiques dissimulent à grand peine leur adhésion unanime au dessein final : notre propre signature au bas du contrat de leur totale procuration sur nos vies. Car à présent que sont suffisamment concentrés pouvoirs et richesses, que nous-mêmes y sommes de mieux en mieux préparés, et que science et technologie convergent à leur proposer la matrice adéquate à la réalisation du projet, le moment est venu pour eux de lever le masque. Il serait bien sûr plus simple de déployer l’arsenal militaro-policier comme par le passé. Mais l’Histoire ne leur a que trop bien enseigné qu’une manœuvre violente entraîne mécaniquement une violence équivalente en retour. C’est notamment la raison pour laquelle leurs manœuvres de contre-insurrection restent aussi relativement mesurées, et qu’ils autorisent de si bon gré la diffusion de tant de scandales les concernant. Croyez-vous vraiment qu’une presse majoritairement possédée par des marchands d’armes et des banquiers risquerait de livrer des informations nuisibles aux intérêts de ses maîtres ? La divulgation au grand jour d’affaires de corruption, d’escroqueries, et l’affichage de la vie privée des politiciens dans les tabloïds ne participent en réalité qu’au discrédit volontaire de la forme actuelle d’exercice du pouvoir afin d’encourager l’acceptation de la suivante. Que les âmes optent de leur plein gré pour la damnation n’est-il pas le défi du diable ?

Je ne me suis pas livré à cette assez longue énumération dans l’idée de vous faire croire que la vie d’ici serait pire que chez vous. Mais pour que vous puissiez vous représenter ces réalités, au lieu de phénomènes distincts, comme les différents rouages d’un même processus. La police et la publicité, la pollution et la technologie, les guerres, les famines, l’économie et la politique se trouvent aussi étroitement liés qu’est intégré chaque Être à son environnement extérieur. Les grandes vagues de migrations prévues, financées et logistiquement soutenues par les pouvoirs en place concourent de la même manière à l’instauration de l’ordre qu’ils entendent imposer par le chaos. Leur objectif n’est pas le remplacement de population que craignent tant les plus attachés d’entre nous à leur territoire ou à leurs coutumes. Il s’agit de mettre en œuvre la spoliation généralisée non seulement de nos biens et de nos ressources, mais aussi des vôtres. Car tandis que vous occuperez nos emplois pour vos salaires d’origine, personne ne défendra vos pays des juntes mercenaires y sécurisant le pillage des richesses devant vous revenir… Rien ne condamne pourtant quiconque à n’être qu’un simple pion sur leur échiquier. Il suffit pour commencer de ne pas céder aux chants des sirènes.

Car le grand basculement se dessine déjà ; à travers l’effondrement économique du bloc occidental, la disparition progressive du dollar dans les échanges internationaux ou celle de l’argent physique aux guichets des banques. Nous sommes actuellement près du point de rupture. L’ancien système est en état de mort clinique, tandis que le prochain tarde à se mettre en place en raison de dissensions au sommet quant à la répartition des profits. Tout est par définition possible dans un pays sans loi. Il en est également ainsi à l’échelle du Monde. Ce moment historique offre certes la perspective d’un enfer total, mais aussi l’opportunité d’un profond rééquilibrage entre les pouvoirs et dans nos rapports. Nous avons le choix de souscrire à l’idéologie dominante et de travailler à notre propre perte, ou de participer activement à bâtir un autre avenir.

Alors, d’abord aux expatriés d’ici pour s’enrichir des métastases de notre système aux quatre coins du globe : vous ne serez pas à l’abri des vents dans l’œil du cyclone. Vous condamnez vous-mêmes vos enfants à grandir dans des cités-bulles en perpétuel état de siège. La consanguinité aura eu raison de vos murs avant la troisième génération.

À tous les trimards et déshérités ne rêvant que d’Eldorado, sachez que la terre promise n’est, à l’instar de l’âge d’or, que pure et simple vue de l’esprit. Le seul paradis qui vous tend les bras réside en l’état intérieur que vous cultivez ici et maintenant. Dans votre volonté de lui donner corps à travers vos actes. A quoi bon dès lors désespérément vouloir grappiller quelques dernières miettes d’un consumérisme à crédit, surtout quand celui-ci ne demeure principalement possible que par l’expropriation des fruits de votre travail et de vos ressources, alors qu’aussi bien l’instinct de conservation que la logique exigerait de vous battre pour libérer vos pays de l’emprise de ses exploiteurs ? Beaucoup sourient en effet ici des « républiques bananières » instituées pour accréditer l’émancipation des anciennes colonies. Ils gagneraient à considérer qu’elles ne sont que les plus récents avatars des nôtres. Vendus à la même cause. Rappelons-nous du sort de ceux ayant sincèrement œuvré au bien-être de leur peuple : Sankara, Chavez ou Kadhafi. Probablement bientôt Bachar-Al-Assad… Vous m’aurez compris. Nous avons chacun du ménage à faire parmi nos délégués et nos ambassades. Vous me demanderez comment renverser les choses à notre niveau. Je ne suis pas spécialiste en insurrection contre-impériale, mais s’ils ont fait de la technologie leur arme principale, nous devons partir du présupposé que c’est également leur talon d’Achille. Quand je parlais tout à l’heure de se battre, il s’agissait avant tout de ne pas déserter le terrain ni de se tromper d’ennemi. Puisque la mobilisation constante est l’artifice par lequel ils arrivent à nous déposséder de notre présence à nous-mêmes, la désidentification doit devenir notre mode d’action conscient. Le désintérêt pour les signes d’appartenance à telle ou telle catégorie sociale doit nous conduire à réinvestir le langage, l’espace public, ainsi que chaque interstice de liberté laissé vacant. S’il peut paraître insensé d’opposer la simple parole aux canons des chars et aux bombes, songez que leur armement leur confère seulement le pouvoir de détruire ce Monde, tandis que le Verbe nous offre celui d’en inventer de nouveaux.

Aux égarés qui voient en la perspective d’investir l’Europe l’opportunité d’une revanche au colonialisme ; qui considèrent l’ensemble des Occidentaux comme les bénéficiaires de l’exploitation dont ont fait l’objet leurs aïeux, je répondrai de ne pas tant se focaliser sur l’esclavage passé que sur celui à venir. Et de surtout garder à l’esprit que la traite ou bien l’expansionnisme impérial de l’époque n’ont pas profité à la majorité des visages-pâles, loin s’en faut, mais à une petite minorité dont descendent les milliardaires finançant et soutenant aujourd’hui les réseaux de passeurs pour votre venue… Je laisse à chacun le soin d’effectuer ses propres recherches sur le sujet. En tout état de cause, il convient de se demander toujours ce que dissimulent la gratuité, l’humanisme, ou encore l’apparente hospitalité des pays visés. Et si votre désir de vengeance est tel que vous ne pouvez vous empêcher de passer à l’acte, alors veillez à ce que celui-ci ne se trompe pas d’ennemi. Qu’il s’attaque en priorité aux responsables de la situation : c’est-à-dire les générations de politiciens corrompus qui se sont succédées à superviser votre asservissement pour le compte de multinationales apatrides. Comme je le disais, nous avons le même ménage à faire de notre côté. Probablement d’ailleurs depuis plus longtemps.

À ceux enfin qui rêvent de mourir en martyr et ne croient pouvoir donner un sens à leur vie qu’en la sacrifiant, qui se repaissent des larmes et du sang de leurs anciens frères en humanité : vous n’êtes à la face du Monde que les putes au rabais des maîtres que vous prétendez combattre. Le wahhabisme n’est qu’une énième émanation talmudique visant à concrétiser le projet du grand Israël. En vous réclamant de l’Islam pour perpétrer vos crimes, vous dévoyez la foi et la recherche spirituelle d’un milliard et demi de croyants sincères… Il n’existe ici-bas nulle autre guerre sainte que celle qui consiste à traquer inlassablement l’Ennemi en soi. Vous prétendez au Paradis pour avoir semé autour de vous les grains du chaos ? Je dis que si Dieu existe comme je le crois, vous découvrirez bientôt que le ridicule sera votre seule immortalité.

Il est certes très difficile d’avancer debout les yeux grands ouverts en ces temps de confusion et de tromperie généralisées. Tellement plus simple de céder aux promesses d’une secte ou d’une autre. De se soumettre à la première croyance ou autorité pour se déresponsabiliser de ses actes. Pourtant… La libération commence par l’acceptation de notre implication dans le processus décrit plus haut. Dans son inscription profonde en notre subconscient et dans nos réflexes. « Dieu se rit des hommes dénonçant les effets dont ils chérissent les causes », écrivait Bossuet. Il nous faut comprendre en quoi nous alimentons le système de prédation actuel non seulement par l’emploi que nous acceptons d’y occuper et par nos choix de consommation, mais aussi dans notre rapport à l’autre ainsi qu’à nous-mêmes. Parce qu’effectivement, asseoir l’hégémonie des banques en s’endettant pour acheter des merdes inutiles dont la production implique l’exploitation d’enfants, la ruine de notre habitat naturel et la disparition de la plupart des espèces vivantes, est une participation active à la mécanique mortifère dans laquelle nous sommes engoncés. Ceci n’est qu’un exemple de toutes les façons par lesquelles, entre d’un côté la peur et de l’autre la tentation, nous entretenons notre propre esclavage et celui des autres. Mais nous préférons fuir ces réalités du regard, d’abord par orgueil : comment ai-je été assez sot pour me laisser abuser à ce point ? Mais peut-être aussi, et plus sournoisement, de réticence à admettre que nous ne sommes qu’Un.

Il ne saurait ici être question de philosophie, ni d’une quelconque référence à la doctrine du nouvel-âge. Ce fait tend à être prouvé aussi bien par l’observation des fonctions d’apprentissage chez les animaux, la synchronicité de la maîtrise du feu comme de la découverte de la roue parmi des peuples n’ayant pu communiquer entre eux, ou bien la floraison simultanée des bambous partout sur le globe, que par les découvertes scientifiques les plus récentes quant à la transmission de l’information au niveau quantique. Bien que sur le plan matériel chaque chose nous apparaisse distincte des autres, les éléments qui les constituent sont en perpétuelle interaction au niveau de l’infiniment petit, dans lequel se fondent toute frontière et toute notion de temps et d’espace. Il semblerait que l’univers que nous percevons soit en réalité de nature holographique. À ce titre, le Tout serait alors dans son principe indivisible de ses parties. Ce paradigme expliquerait de façon cohérente non seulement l’omniprésence du nombre d’or et la géométrie fractale que l’on retrouve dans toutes les structures du vivant, mais également les phénomènes moins tangibles de visualisation à distance et de transmission de pensée. Une connexion intime à cette dimension de nous-mêmes incluse dans l’esprit du Tout rendrait possibles les miracles attribués aux plus grands mages. Je n’aurai pas la prétention intellectuelle de confirmer ou d’infirmer une telle théorie. La recherche rejoint néanmoins dans ce domaine les enseignements traditionnels notamment amérindiens, gnostiques, bouddhistes et hindous.

Nous devons alors nous pencher sur cet attachement maladif à nous croire uniques et distincts de ce qui nous entoure. Sur cette peur du lâcher-prise, de notre perméabilité au monde extérieur nécessitant pour s’en prémunir de dessiner toute une architecture de lignes imaginaires. Nous sommes d’abord collectivement soumis à un conditionnement multiséculaire à la dissociation et au dualisme. Devenu aujourd’hui injonction quasiment acceptée par tous à perpétuellement se définir. Si l’on remonte le fil de notre généalogie, on trouve la plus ancienne expression de ce penchant chez les premiers de nos ancêtres à avoir enterré leurs morts. Même si des raisons sanitaires peuvent en avoir expliqué la cause, je trouve intéressant que l’anthropologie considère cette distinction de notre part entre vie et trépas comme ce qui différencie également l’homme de l’animal… Mais il ne s’agit pas de gloser sur nos origines. Cette peur de disparaître est assurément à la base des limites que nous mettons nous-mêmes à notre perception. Elle est l’exacte pendant à notre incapacité d’assumer l’arborescence infinie des conséquences de nos actes. En somme, l’envers de notre peur de vivre… L’interprétation volontairement biaisée par les religions du Déluge et des catastrophes ; cette vision infantilisante du châtiment d’un Dieu à l’image que l’homme se fait de lui-même, voudrait nous faire occulter la parfaite résonnance entre nos émotions, négatives ou positives, et le degré d’harmonie possible sur la planète. Notre responsabilité directe en tout ce qui se manifeste. Mais une fois admise la porosité entre notre autofiction et ce qui nous entoure, une fois pleinement acceptée l’absence de barrière entre quoi que ce soit, il nous redevient possible de voir l’étendue des implications de notre simple présence au Monde. De notre capacité d’agir à notre niveau à y bâtir un enfer techno-moderne ou une antichambre du paradis.

Il apparaît certes probable à l’aune de plusieurs constats précités qu’une nouvelle guerre Mondiale est inscrite au calendrier. Mais cet avenir que l’on nous promet et nous vend ne dépend que de notre soumission aux desiderata de nos maîtres. Il va de soi que toute insurrection populaire serait aujourd’hui plus violemment que jamais réprimée. Mais il n’appartient qu’à nous de cesser de nous enchaîner davantage à ce système d’illusions qui voudrait que le bien-être soit nécessairement matériel. Que nous soit gravée sur le front l’obligation de travailler encore et encore, de courir d’urgence en urgence à des tâches toujours plus absurdes afin de seulement pouvoir prétendre « s’en sortir »… Il n’existe en réalité aucune issue positive à cette fuite en avant. Ni individuelle ni collective. Notre course après plus d’argent, de croissance, de produit intérieur brut et de consommation ne constitue pas la solution à nos maux : elle en est au contraire la cause. Elle est à l’origine de la plupart des conflits entre personnes ou nations. De la pollution de l’air, des eaux et des sols par l’industrie lourde et le nucléaire. Elle est le prétexte à nous faire œuvrer quotidiennement contre notre propre intérêt, ainsi que l’instrument par excellence de notre aliénation. N’importe qui a cependant la capacité de conjurer ce mauvais sort. Il suffit pour cela de commencer à ne plus y croire. De ne plus légitimer par un bulletin de vote la présence au pouvoir d’escrocs, d’assassins et de vendus notoires. De ne plus accorder de crédit aux paroles de journalistes employés par des marchands d’armes. Ni d’acheter la dernière connerie technologique importée de l’autre bout du globe et qui, loin de vous rapprocher de votre entourage, vous isolera toujours plus. Il convient enfin de considérer l’argent pour ce qu’il est réellement : à savoir l’instrument de domination d’une poignée de magiciens noirs sur l’humanité. Le Veau d’or de la nouvelle Babylone… Mes frères, mes sœurs, il est plus que grand temps de mettre le feu aux idoles. De nous réapproprier notre temps, notre énergie. Notre liberté. De rompre avec nos comportements dictés par la peur et nos dépendances à de faux besoins. Car nous valons tous autant que nous sommes infiniment plus que cela. Plus que nous ne pouvons même l’imaginer. Notre conscience est l’intermédiaire entre l’unicité de l’Esprit et son action jusque dans la division cellulaire. Elle est de nature intrinsèquement magique et tissée de reflets d’étoiles. Aussi ne devons ni ne pouvons-nous laisser s’éteindre cette flamme. Ni oublier l’Enfant, plus que quiconque ouvert à l’amour et à la beauté. Nous avons l’incroyable chance d’être au Monde ici et maintenant. De pouvoir absolument tout faire pour le sauver. Qu’attendons-nous pour rendre son sens à nos vies ?

L’Histoire nous a plus de fois qu’il n’en fallait enseigné que les renversements de régime, utopies ou révolutions imposées du collectif à l’individu n’ouvrent la porte qu’aux pires catastrophes humaines. Aucun bonheur ni salut n’est à rechercher ailleurs qu’en nous-mêmes. La seule structure sociale harmonieuse et viable dans la durée sera celle que nous mettrons en œuvre une fois opérée cette libération intérieure. Trop de générations avant nous se sont fourvoyées à de vains combats, ou bien par lâcheté ou paresse ont préféré commettre leurs descendants au soin d’assumer leurs erreurs. Devant l’état d’avancement du projet de grand génocide avant le transhumanisme, nous sommes probablement la dernière à disposer d’une chance – même si je concède qu’elle semble infime – de s’émanciper. Il sera trop tard lorsque nos héritiers porteront des implants informatiques au cerveau et seront physiquement dépendants de la robotique pour survivre. Devant le soleil qui nous illumine, devant les cours d’eau qui nous baignent et sous les cieux qui nous guident, au nom de nos plus beaux souvenirs et de nos rêves les plus sacrés, nous ne pouvons pas tolérer de laisser perpétrée une telle infamie. Alors levons-nous, camarades, avant de regretter d’avoir gardé les bras croisés sur Terre en cette fin de cycle. Le château de cartes du grand Architecte est plus que jamais branlant, vulnérable à la moindre secousse. Il nous est possible, par notre simple désertion des champs de bataille qu’ils voudraient nous voir investir, de renverser en à peine quelques jours ce système inique. Saisissons cette ultime occasion d’honorer la lumière en chacun de nous et la liberté qui coule en nos veines. Nous avons reçu la grâce infinie de pouvoir nous transcender au travers des épreuves qui nous incombent. Le moment où jamais est venu de nous en rendre dignes.

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Illusion démocratique: sachons gérer et organiser la répartition

Posted in actualité, autogestion, économie, crise mondiale, démocratie participative, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, Social & Retraite, société libertaire, syndicalisme et anarchisme with tags , , , , , , , , , , , , , , on 17 janvier 2012 by Résistance 71

L’organisation de la répartition

 

Alternative Libertaire & Fédération Anarchiste

 

Le lien entre le travail et la consommation

 

Nous pensons que le fait de devoir travailler pour pouvoir consommer est quelque chose qui va de soi. Si dans la société actuelle toutes les variantes de refus du travail (absentéisme ou chômage volontaire…) sont totalement légitimes, comme manifestation d’une résistance à l’exploitation, nous

réaffirmons, une fois de plus, que nous ne sommes “contre le travail” mais contre la façon dont il est organisé par les capitalistes.

Nous en parlions dans le paragraphe sur la responsabilité et la motivation: dans une société où nous aurions la liberté de maîtriser notre travail, de le faire pour nous autant que pour les autres, il serait bien étonnant que la “fainéantise” prenne une ampleur telle que l’on aurait à s’en protéger.

Pourtant, il nous faut bien envisager des cas de ce genre. Imaginons qu’au sein de notre commune, l’un d’entre nous refuse de s’investir dans quoi que ce soit, ou qu’il s’inscrive dans un collectif de travailleurs et qu’il manque régulièrement à son poste, ou qu’il passe ses journées de travail en se fichant de la bonne marche du collectif. Et bien, après avoir tout tenté pour comprendre ce qui ne va pas, pour lui proposer d’autres arrangements, et si ces tentatives s’avèrent infructueuses, il devra assumer sa “mauvaise volonté”. Nous lui dirons d’aller chercher une autre commune, un autre collectif de travail qui l’accepte!Enfin si des groupes d’individus ne veulent pas travailler dans le cadre des fédérations de la société anarchiste, parce qu’ils refuseraient, par exemple, “l’industrialisation ” (à l’instar de certains écologistes d’aujourd’hui), ils seront bien évidemment libres de vivre comme ils le souhaitent. S’ils veulent se regrouper pour vivre en communauté autonome, pourquoi pas! S’ils veulent vivre en autarcie dans la misère matérielle, en se privant de ce qu’apporte le progrès technologique, cela est leur affaire et ne regarde qu’eux.

La régulation de la consommation

 

On nous a posé la question des dizaines de fois: en l’absence de monnaie, et si les individus ne sont plus tenus de gérer un budget, comment éviter que les produits les plus rares, les plus beaux, les plus récents, soient pris d’assaut? Si, dans un dépôt, on met en “libre service” tous les disques lasers du stock, il se pourrait effectivement que les premiers ne laissent rien pour les autres! (bien qu’une société libertaire, engageant à la responsabilité, nous inciterait sans doute à adopter des comportements radicalement différents). Les fédérations de consommateurs peuvent facilement trouver des méthodes pour “réguler” l’accès des produits à leurs adhérents. Les systèmes du prêt et de la commande n’existent-ils pas déjà dans notre société? Rien n’empêcherait de les généraliser. Toutes les nouveautés (en matériels audiovisuels, informatiques…) pourraient, dans un premier temps, être mises en prêt, afin de pouvoir servir successivement à de nombreux individus, dans l’attente de leur fabrication en grande série. Toutes les demandes particulières de produits plus ou moins spécifiques, pourraient donner lieu à des réservations. Pour ce qui est de l’alimentation, il ne serait guère difficile de prévoir une distribution mesurée et surveillée des denrées rares. Les fédérations de consommateurs chargeraient les travailleurs des dépôts de veiller à ce que personne ne fasse d’abus: si tel ou tel individu se sert chaque fois avec les meilleurs produits, le rôle des “permanents” serait de lui opposer un refus et de discuter avec lui,quitte à poser le problème lors d’une assemblée générale de l’organisme si la situation devenait conflictuelle. Mais en arriver à de telles “extrémités” serait certainement très rare.

Le logement pose sans doute des problèmes plus complexes. Deux questions doivent être soulevées: celle de la propriété et celle de la répartition proprement dite. Hostile à la propriété privée des moyens de production, nous sommes pour la propriété d’usage. Cela veut dire qu’un individu est considéré propriétaire de biens lorsqu’il les utilise pour lui-même. Ainsi, son logement devient une propriété inaliénable. Tant qu’il y habite, personne ne peut le lui reprendre sans son consentement et pour quelque motif que ce soit. Le principe de l’accumulation du patrimoine par l’héritage disparaît. Par contre, il resterait toujours la possibilité de laisser, de son vivant, un logement aux personnes de son choix, à condition qu’elles y emménagent.

Ensuite, l’œuvre constructive de la révolution sera jugée sur la capacité à fournir à chaque individu, à chaque famille, un logement disposant de tout le confort techniquement possible. Dans les zones urbaines, on devra repenser entièrement l’occupation des sols. Les quartiers résidentiels et les cités HLM, manifestation criante de l’injustice sociale, devront matériellement disparaître pour reconstruire des habitations, collectives ou individuelles, dans un souci constant d’égalité. Ce qui n’exclurait pas, au contraire, des plans “d’urbanisme” diversifiés et originaux, ayant fait l’objet de débats publics au sein des Communes. Mais, nous direz-vous, comment les Communes vont-elles gérer la répartition des résidences individuelles et des appartements en habitation collective? Une fois de plus, il nous faut prendre les choses dans l’ordre: c’est la demande qui doit commander la production. Supposons un cas de figure: si l’ensemble de la population exprime le souhait d’un lotissement individuel, et bien l’idée de l’habitat collectif n’aura plus qu’à être purement et simplement abandonnée! Tout dépendra des besoins et des envies exprimées par les habitants, et, durant la période où se mettra en place cette transformation, les Communes répartiront provisoirement, par la négociation, le parc de logements disponibles. Quant aux résidences les plus luxueuses, les Communes pourraient décider de les socialiser et de les transformer en résidences de villégiature, de santé, en lieux de vie etc. Toutes les solutions sont une fois de plus imaginables.

 L’éducation libertaire

 

En parlant de l’éducation après la production et la répartition, nous ne voudrions pas laisser croire que nous la considérons moins importante. L’éducation a continuellement suscité un très fort intérêt de la part des anarchistes, conscients que la personnalité de l’individu, sa psychologie et son sens éthique commencent à se modeler dans les premières années de sa vie.

Nous définirons l’éducation libertaire en quelques grands points.

Inscrite dans l’égalité d’une société sans classes, l’éducation doit être organisée pour donner à chacun les mêmes possibilités d’accès au savoir et ce dans tous les domaines. Dans le cadre du refus de la division du travail “manuel / intellectuel”, nous devons être sensibilisés et incités très tôt à toutes les formes d’activités sociales et économiques, des plus simples aux plus complexes. L’éducation libertaire rejette l’endoctrinement. Ce n’est pas en assenant un discours “anarchiste” à des “élèves”, autrement dit en employant des méthodes contraires à nos fins, que les enfants et les adolescents apprendront à penser librement. Le système éducatif d’une société anarchiste leur donnera les moyens intellectuels de leur autonomie en développant au maximum leur sens critique.

Il en découle que l’école libertaire sera publique et laïque. Non pas une laïcité d’État mais une laïcité garantissant une liberté d’initiative tous azimuts. Si l’éducation ne peut être laissée à des religieux ou à des sectes, l’école doit être un espace où l’on étudie et où l’on débat de toutes les questions, où l’on apprend à réfléchir et à argumenter, à construire ses idées personnelles. S’il ne sera pas permis à des professeurs “d’enseigner une religion” (ou “d’enseigner” le fascisme!), les programmes seront conçus pour passer au crible les discours théologiques et idéologiques afin de comprendre leurs tenants et leurs aboutissants. Un débat ouvert sur la société intègre forcément l’intégralité des interrogations philosophiques, scientifiques et politiques.

L’accès au savoir ne doit pas être limité à une tranche d’âge: tout adulte doit pouvoir choisir des temps d’études, la durée de ces périodes étant fixée par les Fédérations de l’Education (en fonction de leurs moyens).

L’organisation des systèmes éducatifs doit associer les travailleurs de l’éducation, les jeunes et, dans une certaine mesure, les parents. Bien entendu nous ne pouvons présager ici de ce que seraient les relations parents-enfants dans une société libertaire. L’émancipation des jeunes des tutelles parentales impliquerait qu’ils assument le plus tôt possible leur indépendance. Selon nous, la socialisation des individus ne passe pas forcément par la famille, même “non-autoritaire”. Si tout enfant a besoin de repères, de “référents”, l’instauration d’une société libertaire oblige à une réflexion nouvelle sur “l’autorité parentale”.

 L’information

L’information, dans une société autogestionnaire, aurait une importance capitale. Être informé est la première condition pour que les populations opèrent des choix politiques en toute connaissance de cause. Aujourd’hui, les médias nous abreuvent de faits d’actualité, mais les informations sur la gestion des entreprises ne sont pas accessibles. Les comptabilités publiques sont, de par leur complexité, inutilisables par le commun des mortels! Le système de dominance actuel a d’ailleurs intérêt à augmenter cette complexité pour justifier l’existence d’une élite qui, elle, “sait” (ou feint de “savoir ?) ce qui se cache derrière les multiples graphiques et équations économiques! Il nous faut distinguer deux types d’informations: les informations de caractère “professionnel” et celles relatives aux actualités politiques, culturelles, etc.

Les Fédérations informeraient leurs adhérents et la population du bilan de leurs activités. Elles rendraient compte de leurs problèmes, des différentes innovations technologiques, des nouveaux investissements envisagés (en moyens techniques et humains) ou des relations qu’elles entretiennent. Elles présenteraient aux consommateurs les produits fabriqués, leur mode de diffusion, leur qualité etc. (ce qui remplacerait la publicité marchande qui désinforme le public plus qu’elle ne l’informe).

Les médias de l’audiovisuel, de la radio et de la presse écrite, seront l’œuvre de communes, de régions, de regroupements particuliers, selon toutes les affinités possibles. Étant donné l’absence de monnaie, les médias de la presse écrite ne pourront pas vendre leurs publications Ces dernières seront forcément gratuites. “Mais alors, nous demanderez-vous, s’il n’y a plus la sanction du marché, comment seront déterminées les quantités de tirages ?”. C’est une nouvelle fois, la demande exprimée par les individus (et retransmise par les Communes) ou les statistiques sur l’écoulement des titres dans les dépôts de distribution, qui fourniront les indications nécessaires aux organismes éditeurs. Ils auront pour mission d’imprimer un ensemble de titres, dans les proportions définies par les Communes. S’ils ne peuvent publier tous les titres, ils s’engageront à fournir les matériels et les matières premières pour que les associations aient les moyens de s’auto éditer (la répartition des moyens techniques sera évidemment faite dans la mesure des possibilités, des stocks de papier disponibles…). En fin de compte, la seule limite à l’édition sera “physique”: les quantités de papier et la capacité productive des imprimeries. Et les petites associations y trouveront un immense avantage car elles ne seront plus handicapées par le sacro-saint “seuil d’autofinancement”. Dans l’audiovisuel, le but sera aussi de garantir une “production” grandement diversifiée. Cela n’exclut pas l’existence de grandes “chaînes”, organisées comme les autres structures sociales sur la base de l’autogestion, avec une part des émissions conçues et animées par des professionnels. En effet, les métiers de l’animation et du journalisme ne s’improvisent pas, du moins si l’on veut conserver une certaine exigence de qualité. Comme dans la presse, les fédérations des métiers de l’audiovisuel mettront les moyens adéquats à disposition de groupements associatifs.

La gestion des conflits

 

La société libertaire ne serait pas une société “idéale”, sans conflits, et ces conflits n’auraient pas tous la même envergure et la même gravité. Les conflits au sein d’un collectif de travail ou d’une fédération ne posent pas de problèmes particuliers: c’est aux travailleurs de ces collectifs d’établir leurs règles de fonctionnement. Le contrat, en cas de non-respect des clauses, peut être rompu. Libre alors à chaque individu et groupe d’individus de se positionner dans d’autres collectifs de travail si des problèmes “d’incompatibilités d’humeurs” s’avèrent insolubles. Les divergences entre deux fédérations (sur un plan de travail, sur des livraisons, sur une occupation des sols…) peuvent être réglées par la négociation. Au besoin, les deux fédérations en appelleraient à une commission inter-fédérale de conciliation.

La démocratie directe par la voie du suffrage peut se pratiquer tant que les enjeux liés à des choix de gestion ne suscitent pas d’opposition politique réelle et tant que l’unanimité n’est pas nécessaire à la cohésion sociale. Il n’y aurait pas de quoi épiloguer des mois pour décider si telle rue va devenir piétonne, si un quartier doit être rénové ou si l’on doit, dans l’unité de production où l’on travaille, réorganiser des postes! De la même façon, l’absence d’unanimité entre des fédérations régionales ne doit pas bloquer pendant des années la construction d’un axe routier… Après une information et un débat ces questions peuvent donc être tranchées par un vote des mandatés fédéraux ou par référendum.

De plus, les procédés de vote pourraient varier selon l’importance relative des problèmes. Pour les décisions de moindre importance, la majorité simple suffirait. Dans d’autres cas (par exemple: le déplacement d’un site d’une unité de production entraînant une réorganisation de l’activité professionnelle pour les travailleurs de ce site) on pourrait appliquer la majorité des trois quarts ou des deux tiers; autant de modalités devant être définies par les Fédérations.

Des conflits plus sérieux, d’ordre politique, peuvent se poser. Ce serait le cas de divergences portant sur le choix de société. Prenons un cas de figure théorique: la question de la production et de la circulation automobile. Il serait bien évidemment de l’intérêt de tous de développer au maximum les transports collectifs, plus économiques en énergie et plus “intelligents” car plus “rationnels”. Toutefois, il n’est pas difficile d’imaginer des désaccords sur ce point. Certains seraient radicalement “contre l’automobile ”, au nom d’un “anti-productivisme” rétrograde, alors que d’autres seraient partisans de conserver une production importante de véhicules et de confortables infrastructures routières et surtout autoroutières. Comment régler la question lorsque qu’un blocage de ce type peut mener jusqu’à des affrontements? Et lorsqu’on voit la détermination d’une frange de nos “écolos” d’aujourd’hui, on ne peut douter que la question des autoroutes, qui pour nous ne justifierait au fond aucune “dramatisation”, sera prise très au sérieux! Il n’y a pas ici de “remèdes miracles”: que la majorité impose son choix à la minorité ou que cette dernière puisse opposer un droit de veto, dans les deux cas, une partie de la population se fait léser. La seule solution reste la recherche maximale du consensus: cela passe par une information complète des individus sur les sujets en question, des débats, une disposition des fédérations pour la diplomatie. On peut en effet penser qu’en y consacrant le temps qu’il faut une solution de compromis pourrait être trouvée.

Ceci dit n’oublions pas qu’aucun mode de prise de décision ne peut concilier des choix qui ne sont pas conciliables, et rendre inutile le militantisme d’opposition. L’important est que ces oppositions s’expriment par des arguments et non par la violence physique.

Nous aurions pu prendre des exemples plus sérieux: des collectivités religieuses pourraient revendiquer la mainmise sur l’éducation de leurs enfants. D’autres réactionnaires pourraient lutter en faveur d’un retour à “l’ordre ancien”, à l’autoritarisme, à l’économie marchande. Face à ces contestations, nous ne devrons employer ni la répression ni la censure; comme le système libertaire sera jugé sur pièces, il faudra faire en sorte qu’il fonctionne suffisamment bien pour couper ces mouvements de toutes bases sociales.

En tout état de cause, si le mode de règlement des conflits en société anarchiste ne peut être parfait, la plus magnifique des victoires serait d’en avoir fini avec la barbarie guerrière, avec ces gouvernements et machineries politico-militaires qui enrégimentent les foules dans de sinistres farces patriotiques et sanglantes; et c’est bien cette possibilité que nous offrirait une société débarrassée des États, où les différentes régions du monde seraient fédérées dans une union mondialiste et où le désarmement serait la règle.

Après ces conflits de nature “collective” , nous devons aborder ceux de type inter-individuel: les agressions, les vols, les crimes… Pour poser correctement le problème, nous savons que la “délinquance” est, dans sa quasi intégralité, le résultat d’une société inégalitaire et de l’oppression. Plus de 80% des individus emprisonnés le sont pour des raisons économiques: “voleurs”, “escrocs”, “dealers”. La monnaie n’est pas “la cause” du vol mais elle le facilite grandement, justement parce que l’argent n’a pas d’odeur. Sans la monnaie, nous pourrions déjà éviter toute incitation à la fraude, à l’escroquerie, au cambriolage. Sans la frustration économique générée par le modèle de la consommation de masse et la misère, on peut supposer, sans risquer d’être utopistes, que les actes d’agression et de vol pour ces motifs financiers ne se poseraient plus.

Par contre, aucune société, aussi juste et égalitaire soit-elle, ne pourra complètement éradiquer les agressions sexuelles ou les crimes passionnels. Si l’on ne peut penser qu’en société anarchiste, “tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes ”, on peut espérer réduire drastiquement le nombre des agressions et des crimes de ce genre. En effet les relations entre les individus ne sont pas indépendantes de l’organisation sociale. Quand sont affirmées, et pratiquées dans les faits, l’égalité et la liberté sociale, ces relations, basées aujourd’hui sur les modèles de domination, de possession et de jalousie, changeraient forcément de nature. Les mutations dans les rapports affectifs toucheraient d’abord la vieille institution de la “famille”: certains voudraient, dans ces années de “crises”, nous la présenter comme la cellule de base, le “cocon” premier; grâce auquel l’individu se construit! C’est pourtant l’inverse: la famille réduit le nombre des repères de l’individu, restreint son champ de socialisation, lui inculque finalement, dès le plus jeune âge, les notions d’obéissance et surtout d’exclusivité, c’est-à-dire de fidélité. Cette éducation se traduit ultérieurement par les sentiments de jalousie et de possession maladive. En provoquant une révolution culturelle, la révolution sociale modifierait profondément les “savoir-être”.

Cependant, face aux individus, même en nombre moindre, qui représenteraient toujours un danger pour autrui, comment devrait procéder la société anarchiste? Nous ne pouvons accepter ni la justice “spontanée” des foules, avec ses méthodes expéditives – le “lynchage” de l’accusé(e) – ni l’institution judiciaire, supposant un appareil de contrôle et une police. Nous pensons que l’organisation sociale fédérative doit dans ce cas aussi, se doter de structures “autogestionnaire ”: ce sera aux communes de mandater, non pas des “juges ” tout puissants, mais des commissions, chargées d’enquêter sur les faits, et, éventuellement, d’assurer un suivi social de tel ou tel individu reconnu “coupable”. C’est seulement si la personne n’est plus maître de ses actes que la Commune peut décider de la placer dans une structure de soins. L’essentiel étant pour ne pas reproduire les hôpitaux psychiatriques et les prisons de notre époque, de garantir un contrôle collectif et la totale transparence des procédures. Il n’y aurait donc plus de jugement définitif et chaque action de sanction (dont le nombre serait, rappelons-le, finalement extrêmement réduit) prendrait la forme d’un questionnement sur les causes de ces “déviances ”. Car la société libertaire ne saurait “juger” sans se remettre en cause: si un individu a été violent envers sa compagne ou son enfant, c’est qu’il subsiste une frustration et que les modèles de rapports affectifs entre les individus doivent être de nouveau l’objet d’un débat collectif.

 

Illusion démocratique: lutte sociale ou sieste sociale ?

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La démocratie ? Une machine à broyer les luttes sociales

 

Par René Berthier

 

S’il y a un concept incontournable auquel chacun se réfère quelque soit le lieu ou la niveau d’organisation auquel il a à faire, c’est bien la démocratie. Impossible de créer une association de quartier, un syndicat, un club de pétanque ou de tir à l’arc sans qu’à un moment ou à un autre l’expression ne soit employée pour définir le mode de prise de décision. Impossible de concevoir l’organisation de la vie communale sans que le mot ne soit employé comme garantie de justice sociale. Impossible pour un État d’être intégré dans le «concert des nations» sans ce label de qualité de respect des libertés individuelles qu’est la référence à la démocratie. La «démocratie» est le concept politique sur lequel repose toute l’organisation sociale des pays dits occidentaux qui voudraient l’imposer aujourd’hui au reste du monde au nom d’une prétendue universalité civilisatrice.

Il faut tout de même s’interroger sur le contenu de la fonction de ce modèle politique puisqu’il est évident que sa pratique ici-même laisse pour le moins à désirer et n’apparaît, le plus souvent, que comme le moins pire des systèmes. Peut-on s’en contenter et prétendre en faire un schéma universel ? Il est permis d’avoir de sérieux doutes. Le principe démocratique repose sur l’idée que chaque individu peut et doit pouvoir donner son opinion sur la société dans laquelle il est inséré. En fait, cette idée n’est pas propre au système démocratique, mais est présente sur tous les continents, parce que d’une façon ou d’une autre les besoins et les opinions de chacun doivent être pris en compte dans la régulation des relations sociales, sous peine de voir exploser ou imploser la société concernée.

Le problème n’est donc pas d’affirmer un principe mais bien de savoir comment les structures organisationnelles et décisionnelles qui en découlent traduisent les opinions et besoins exprimés par chacun des associés. Dans le modèle démocratique tout le monde peut s’exprimer, c’est un fait, mais ce modèle affirme simultanément qu’il faut des décideurs pour mettre de l’ordre dans la cacophonie des opinions émises, et ce pouvoir de décision (réservé à un personnel ayant fortement tendance à s’auto reproduire) est légitimé par le vote des électeurs. C’est simple et propre en soi, si on oublie que le choix des électeurs va être conditionné par de nombreux facteurs qui brouillent les cartes et les enjeux. En particulier, la place et la fonction de chacun d’entre nous dans la structure socio-économique. A-t-on réellement liberté de choix lorsque notre survie quotidienne dépend d’un réseau de relations économiques que nous ne maîtrisons pas? A-t-on réellement liberté de choix lorsque toute notre éducation sociale brise l’initiative et la capacité critique individuelle ? Au bout du compte, la démocratie est une machine à broyer et concasser les aspirations sociales de telle sorte que face à l’inutilité de nos efforts individuels et collectifs pour améliorer les choses nous abandonnions notre vie entre les mains des classes dirigeantes.

Ce sont les révolutions françaises de 1789 et 1793 qui ont introduit la notion d’égalité politique sans que les relations économiques entre individus et entre groupes sociaux ne soient touchées. Depuis, au fil des revendications et des discours électoraux, le droit de vote s’est étendu à toutes les couches de la population, en nous présentant chaque fois la chose comme une avancée sociale déterminante. Il est même question, en ce moment, de faire passer ce droit de vote à 16 ans (pour les immigrés, on verra plus tard, puisque cette catégorie est par définition extérieure à la nation). C’est le meilleur moyen que la bourgeoisie ait trouvé pour restreindre, contenir et limiter la notion d’égalité au seul champ politique sans que jamais il ne soit question d’étendre cette égalité au domaine de l’économique et du social. La démocratie a été et est encore le meilleur garant idéologique de la pérennité d’une société de classe.Il n’est donc pas étonnant que la société capitaliste qui est la nôtre promotionne l’idée de démocratie.

Elle l’impose au niveau international en exigeant des élections démocratiques contrôlées en Afrique du Sud, en Algérie ou en Russie, par exemple. Elle la planifie ici-même, avec des projets de déconcentration des pouvoirs appelés pompeusement «régionalisation» ou «approfondissement de la vie municipale», avec référendums locaux à la clé. Parallèlement, elle essaie de réintroduire de vieilles notions, comme le partage, l’équité, la subsidiarité. Autant de mots creux, visant à donner un sens moral aux inégalités. Sur ces enjeux-là. nos démocrates peuvent encore trouver du grain à moudre, mais comme dans le même temps toutes ces restructurations provoquent des bouleversements sociaux destructeurs de réseaux et de traditions, il n’est pas sûr que nous y trouvions notre compte.

La démocratisation de la société de classes a ses limites, et le nombre de ceux et celles que cela ne trompe plus augmente singulièrement. La démocratie — autrement dit le concept d’égalité politique — a donné tout ce qu’elle avait à donner. Elle n’a plus rien à nous dire ou faire espérer.

Par contre, l’extension de la notion d’égalité aux champs de l’économique et du social restent à conquérir. L’idée d’égalité économique ne peut que prendre du relief et de l’intérêt pour toute cette masse de gens subissant quotidiennement les effets d’un système à bout de souffle et aspirant à plus de justice dans leurs relations sociales. Pour ce faire, nous serons amenés à contester radicalement la démocratie, et à lui substituer d’autres concepts de régulation sociale. Nous appellerons ce devenir «communisme libertaire ou anarchie». Reste à lui faire prendre corps.