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Colonialisme ethnocide et génocide… Israël et le nettoyage ethnique

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A lire le livre d’Ilan Pappe: « Le nettoyage ethnique de la Palestine »…

— Résistance 71 —

 

Le nettoyage ethnique par d’autres moyens

 

Ilan Pappe

 

7 Juin 2014

 

url de l’article:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article14597

 

Le terme Nakba est devenu, à juste titre, une entrée sacrée dans le dictionnaire national palestinien. Il restera probablement le premier terme par lequel les terribles événements de 1948 seront commémorés et rappelés dans les années à venir. Toutefois, sur le plan conceptuel, il s’agit d’un terme problématique. Nakba signifie une catastrophe. Les catastrophes produisent généralement des victimes, mais sans agresseurs. Ce qui laisse de côté la question des responsables et des responsabilités.

C’est pour cette raison entre autres, qu’il était facile pour les tenants cyniques ou sincères du soi-disant processus de paix d’ignorer dans « la question de la Palestine » cet événement monumental. Ce terme a également permis à ceux qui sont plus attentifs à la situation désespérée des Palestiniens de voir la Nakba comme un événement lointain, se déroulant plus ou moins au moment de la Seconde Guerre mondiale – un événement qui peut représenter de l’intérêt pour les historiens mais qui a très peu à voir avec la situation en Israël et en Palestine aujourd’hui.

C’est pourquoi j’ai proposé en 2007 d’employer le terme de « nettoyage ethnique » pour décrire à la fois les événements de 1948 et les politiques israéliennes qui ont été imposées depuis. Les définitions juridiques, académiques et communes de nettoyage ethnique correspondent parfaitement aux développements en Palestine en 1948. La dépossession planifiée et systématique des Palestiniens qui s’est conclue par la destruction de la moitié des villes et villages de Palestine et l’expulsion de 750 000 Palestiniens, ne peut être décrite que comme un nettoyage ethnique.

Mais le terme est non seulement important pour comprendre correctement les événements particuliers de cette année-là, mais il représente aussi un concept qui explique la pensée sioniste à propos de la population indigène en Palestine avant 1948 et la politique israélienne envers les Palestiniens depuis.

Dès la première rencontre entre les tenants du projet colonialiste sioniste et les Palestiniens indigènes, ceux-ci ont été considérés, au mieux, comme un obstacle et au pire, comme des étrangers qui avaient usurpé par la force ce qui appartenait au peuple juif. Les sionistes à l’esprit plus libéral ont toléré la présence de Palestiniens, en petit nombre, mais avec la conviction profonde, implantée depuis dans les générations de Juifs israéliens depuis 1948, que pour prospérer et non seulement survivre, avoir un futur État exclusivement juif sur une grande partie de la Palestine était le scénario idéal pour l’avenir.

Le silence international face au nettoyage ethnique de la Palestine en 1948 a transmis un message clair à l’État juif nouvellement né : l’État juif n’allait pas être jugé comme n’importe quel autre entité politique et le monde fermerait les yeux et lui fournirait l’immunité pour ses politiques criminelles sur le terrain. C’est l’Europe qui a ouvert la voie, imaginant pouvoir être lavée du terrible chapitre de l’histoire de ses Juifs par l’octroi d’une carte blanche au mouvement sioniste pour « désarabiser » la Palestine .

Ces deux évolutions – la conviction sioniste que son succès en Palestine dépendait de sa capacité à réduire le nombre de Palestiniens dans un futur État juif à un strict minimum, et la complicité internationale qui permettait à cette ambition d’être mise en œuvre en 1948 – ont ancré l’idéologie de nettoyage ethnique dans l’ADN de ce qui allait devenir Israël.

La vision était d’un État sans Palestiniens, mais les tactiques sur la façon de mettre cela en œuvre ont changé avec le temps. Alors que le mouvement idéologique, le sionisme a pu – dans les circonstances particulières produites par la décision britannique de quitter rapidement la Palestine – mettre en œuvre une opération brutale et massive de nettoyage ethnique de la population palestinienne native, les étapes qui allaient suivre devaient être plus sophistiquées.

Une vérité simple a été comprise par les responsables de la planification stratégique à l’égard de la présence des Palestiniens sur le terrain : expulser les gens et leur interdire de se déplacer en les enclavant, produisent le même effet sur le plan démographique : la population indésirable est alors hors de vue, soit au-delà des frontières de l’État, soit à l’intérieur de l’État.

Le nettoyage ethnique de 1948 était resté incomplet. À l’intérieur de la zone devenue Israël, une petite minorité de Palestiniens est restée. Ces Palestiniens sont restés parce qu’ils vivaient dans le nord et le sud, dans des régions où les forces juives arrivées épuisées, incapables d’expulser une population qui savait bien, au contraire de ceux qui avaient été dépossédés au tout début des opérations, quelle était la véritable intention des occupants. Ou alors ils ont été épargnés par la décision d’un commandant local de les laisser pour une décision à prendre après la guerre. La résistance des natifs (le soumoud) et la lassitude des bandes sionistes ont fait qu’une minorité palestinienne a pu rester en Israël. Les accords politiques ont permis à la Jordanie de prendre en charge la Cisjordanie et des considérations militaires ont permis à l’Égypte de gérer la bande de Gaza.

Le nettoyage ethnique brutal a cependant continué entre 1948 et 1956 et un nombre assez considérable de villages ont encore été vidés de leurs habitants durant cette période. Mais après 1956, il est apparu que le nettoyage ethnique pouvait être réalisé par d’autres moyens en imposant un régime militaire à la population palestinienne où la première interdiction était celle de circuler librement dans les quartiers juifs, et la seconde, informelle mais très stricte, était d’y vivre. Ceci s’est accompagné d’un confinement de l’espace vital de cette communauté.

Lorsque le régime militaire imposé aux Palestiniens en Israël a pris fin en 1966, il a été remplacé par un système d’apartheid qui a empêché les mouvements dans l’espace pour la communauté palestinienne. C’était au début avec un grand succès, mais en s’avérant moins efficace au cours des dernières années. Aucun nouveau village ou quartier n’a été construit pour la communauté palestinienne qui représente 20% de la population, en même temps que son espace agricole et naturel était systématiquement judaïsé dans le nord et le sud de l’État.

Dans les zones qu’Israël a occupées en 1967, le nettoyage ethnique par d’autres moyens a pris des formes similaires. Immédiatement après la guerre, le cabinet israélien a sérieusement envisagé la répétition de la purification ethnique de 1948, mais l’idée en a été écartée. Il a choisi de procéder à la colonisation des territoires occupés. Cette stratégie a été utilisée non seulement dans le but de modifier l’équilibre démographique, mais surtout de créer des ceintures de colonies de peuplement qui enclavent les villes et villages palestiniens d’une manière qui leur interdirait toute expansion, les étranglerait et encouragerait l’émigration. L’armée, comme l’a récemment exposé la journaliste Amira Hass, a créé des terrains d’entraînement en Cisjordanie pour vider ce territoire de sa population palestinienne. Ariel Sharon a mis au point en 2005 une version originale et plus sophistiquée de ce nettoyage ethnique en transformant en ghetto la bande de Gaza.

Aujourd’hui Israël est tout aussi idéologiquement prêt à recourir à un nettoyage ethnique brutal comme cela ressort du plan Prawer dans le Naqab (Néguev) et de sa volonté de nettoyer ethniquement la population arabe de la vieille d’Acre (Akka). Le processus de paix a fourni un parapluie international pour ce nettoyage ethnique à la fois brutal et sophistiqué.

L’histoire nous enseigne que le nettoyage ethnique ne va pas s’essouffler parce que ses auteurs se lasseraient ou changeraient d’opinion. Trop d’Israéliens en bénéficient et sont impliqués dans ce processus.Le nettoyage ethnique s’arrête quand il est arrivé à terme ou quand il est stoppé. La paix en Israël et en Palestine implique comme condition préalable à toute réconciliation, que l’on mette fin au nettoyage ethnique.

* Auteur de plusieurs ouvrages, Ilan Pappe est historien israélien et directeur de l’European Centre for Palestine Studies à l’Université d’Exeter

Du même auteur :

Quand le déni israélien de l’existence des Palestiniens devient politique génocidaire… – 27 avril 2014

Boycott académique israélien : l’affaire Tantura – 17 février 2012
 2012 : Faire face aux intimidations, agir pour la justice en Palestine – 1er janvier 2012
 Enterrement de la solution des deux Etats aux Nations unies – 17 septembre 2011
 Goldstone retourne sa veste – 6 avril 2011
 La révolution égyptienne et Israël – 16 février 2011
 Soutenir le droit au retour des réfugiés, c’est dire NON au racisme israélien – 12 janvier 2011
 Tambours de guerre en Israël – 30 décembre 2010
 Ce qui guide la politique d’Israël – 6 juin 2010
 L’enfermement mortel de la psyché israélienne – 12 juin 2010

 

 

 

 

Sionisme, histoire et censure: Les historiens muselés d’Israël…

Posted in actualité, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, Internet et liberté, média et propagande, militantisme alternatif, N.O.M, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, politique et lobbyisme, politique et social, résistance politique, science et nouvel ordre mondial, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , on 2 mars 2014 by Résistance 71

La censure universitaire en pays d’apartheid… Deux historiens israéliens de premier plan en sont les victimes: Ilan Pappé et Schlomo Sand.

Illan Pappé témoigne ici… et nous reconfirme si besoin était, que la vérité historique est vitale à l’éveil de le pensée critique et à l’action progressiste qui en découle. Ceux qui ont jusqu’ici écrit l’histoire des nations et ont été capables de contrôler le narratif historique, ont l’outil fondamentale de la propagande pour forger les esprits. Le révisionnisme historique est la capacité d’aborder chaque évènement marquant de l’histoire sous les angles d’approche des différents intervenants. De fait, comme le disait Howard Zinn, tout véritable historien est révisionniste, doit l’être, s’il veut approcher la vérité historique.

L’oligarchie a manipulé les consciences pour faire assimiler  le « révisionnisme » historique avec le « négationnisme des évènements de l’holocauste de la seconde guerre mondiale ». Ainsi tout historien a peur de « réviser » l’angle de perception des évènements historiques et est incité à demeurer dans la « ligne du parti »…

Nauséabond ?… Vous avez dit nauséabond ?…

— Résistance 71 —

Ilan Pappé parle de la liberté universitaire en Israël et de la campagne BDS

Entretien de l’historien Iilan Pappé avec Alex Shams

 

27 février 2014

 

url de l’article: http://www.info-palestine.net/spip.php?article14421

 

Ilan Pappé est un historien et militant politique israélien. Bon nombre de ses travaux universitaires traitent de l’expulsion en 1948 de 700 000 à 800 000 Palestiniens de leurs foyers, dans ce qui devint l’État d’Israël.

Il a récemment annoncé qu’il allait commencer la traduction de son livre « Le nettoyage ethnique de la Palestine » par l’intermédiaire de l’externalisation ouverte sur Facebook. Cette idée lui est venue après s’être heurté pendant des années à l’impossibilité de trouver un traducteur ou un éditeur en Israël.

Ma’an l’a récemment interviewé afin de discuter de sa décision de faire appel à l’externalisation ouverte pour traduire son livre, du statut de la liberté académique en Israël et de la décision de l’Association des études américaines (ASA) de boycotter les institutions universitaires israéliennes.

Alex Shams : Qu’est-ce-qui vous a amené à décider de traduire votre livre via Facebook ? Vous avez indiqué sur Internet que vous n’aviez pour l’instant pas réussi à trouver un éditeur en Israël.
Comment s’est déroulée votre tentative de publication du livre en hébreu ? Quels ont été les principaux obstacles que vous avez rencontrés ? Selon vous, étaient-ils davantage liés à de potentielles répercussions financières négatives pour les éditeurs ou à des facteurs idéologiques ?

Ilan Pappé : La rédaction du livre était terminée dès 2006. À cette époque, j’étais déjà conscient que les chances de pouvoir le publier en hébreu étaient minces, mais j’ai contacté plusieurs éditeurs qui m’ont donné une réponse franche et idéologique.

Ils refusaient de publier un tel livre. En plus, la principale chaîne de librairies israélienne, Steimatzky, avait déjà boycotté mes livres depuis un moment. Il ne me restait donc plus qu’à espérer que les gens le liraient en anglais ou à chercher des alternatives.

A.S : Selon vous, quelle est la position de l’industrie de l’édition à l’égard des œuvres qui critiquent le sionisme ? En quoi est-elle similaire ou différente de l’atmosphère qui règne au sein des institutions universitaires ? 
Pouvez-vous nous décrire les obstacles que vous avez rencontrés en travaillant au sein d’une université israélienne ?

I.P : Dans les mondes universitaire et de l’édition, et dans d’autres milieux culturels similaires, il existe des limites invisibles que vous ne découvrez que lorsque vous les franchissez.

D’une manière générale, je dirais qu’il est interdit de baser votre critique du sionisme sur vos qualifications et votre savoir-faire professionnels. Ainsi, vous pouvez enseigner, étudier ou publier des œuvres critiquant le sionisme en fonction de vos convictions ou de votre militantisme. Un pharmacien peut donc critiquer les politiques gouvernementales, ou même l’idéologie de l’État. Peu nombreux sont ceux qui agissent de la sorte, mais ceci est davantage lié à l’autocensure qu’à autre chose.

Cependant, la critique du sionisme en tant que hobby ou activité politique (sous réserve d’être citoyen juif, bien sûr) est en quelque sorte tolérée. Toutefois, si vous prétendez que le sionisme est une idéologie moralement corrompue et que ses politiques constituent des crimes de guerre sur la base de vos qualifications professionnelles – si vous êtes un historien formé à l’histoire d’Israël et de la Palestine, par exemple – vous franchissez la limite. Évidemment, ceci est lié au fait que vous risquez de l’enseigner à vos étudiants ou aux futurs enseignants de l’État.

De la même manière, si vous accusez votre propre milieu de référence de participer à l’oppression, vous franchissez la limite – et vous aggravez bien sûr votre cas si vous pensez qu’il devrait être boycotté en raison de sa complaisance.

C’est la raison pour laquelle même les plus téméraires des journalistes israéliens ne s’en prendraient pas à leur propre travail et au rôle qu’il joue dans le maintien de l’oppression, et c’est pour cela que si peu d’universitaires israéliens se risquent à poser la question de l’implication de leurs institutions dans la réalité criminelle sur le terrain.

Enfin, si vous ne vous limitez pas à critiquer les politiques de l’État mais sa nature même, et que vous mettez publiquement en doute sa légitimité et ses fondements moraux, vous sortez du cadre « toléré ». Et si vous vous permettez d’établir des comparaisons entre les moments les plus sombres de l’histoire juive et de l’histoire européenne avec la situation actuelle, vos travaux ne seront pas tolérés.

J’ai franchi toutes ces limites, et me suis par conséquent trouvé dans l’impossibilité de travailler au sein des institutions universitaires israéliennes, qui, au lieu de constituer des bastions de la liberté d’expression, sont des bastions de la censure.

Dans mon cas, ceci s’est traduit de la manière suivante : on m’a interdit de participer à des conférences universitaires ou laissé les organiser seul, j’ai été harcelé en raison de problèmes administratifs fictifs, on s’en est pris à mes étudiants et la communauté étudiante a été montée contre moi (en organisant des manifestations devant ma salle de classe). Enfin, on a réclamé publiquement ma démission et un procès m’a été intenté devant la Cour de discipline en raison de mon manque de patriotisme et d’esprit collégial.

Le plus extraordinaire est que ce harcèlement s’est poursuivi en Grande-Bretagne ou j’ai commencé à travailler en 2007. Pendant des années, l’ambassadeur d’Israël à Londres a exercé une pression (qui a bien sûr été écartée) auprès de mon université pour obtenir mon licenciement ! Même au plus fort de l’apartheid, l’ambassadeur de l’Afrique du Sud n’a pas demandé aux universités britanniques de licencier les membres du personnel ayant pris position contre l’apartheid.

A.S : À ce sujet, comment percevez-vous les obstacles que vous avez rencontrés en raison de la décision récente de l’ASA de boycotter les institutions universitaires israéliennes ? Considérez-vous ceci comme une avancée positive qui pourrait enhardir les voix dissidentes au sein des institutions israéliennes ?

I.P : Je pense qu’il s’agit d’un exemple particulièrement inspirant de bravoure universitaire (bien souvent considérée comme un paradoxe) qui envoie un message positif aux universitaires israéliens en leur montrant que les personnes qu’ils estiment le plus et les institutions qu’ils vénèrent presque religieusement ne peuvent comprendre ni accepter leur complaisance dans le maintien de l’oppression et leur indifférence quant aux atrocités perpétrées à quelques kilomètres des lieux d’enseignement bâtis en leur nom.

Cette décision établit un lien intéressant entre la liberté académique des universitaires américains (concernant la critique des politiques israéliennes) et la liberté académique des universitaires palestiniens.

A.S : Comment comprenez-vous le concept de « liberté académique » d’après votre propre expérience ? Pensez-vous que cette décision est préjudiciable à la liberté académique des universitaires israéliens ? Quelle est votre perception de la liberté académique en Israël en tant qu’universitaire israélien dissident ?

I.P : Tout d’abord, le lien est évident mais devait être explicité pour le public américain. Je suis convaincu que si les universitaires américains comprenaient les implications de la vie d’universitaire ou d’étudiant sous l’occupation en Cisjordanie ou l’état de siège à la bande de Gaza, ils seraient bien plus nombreux à soutenir la cause de la paix et de la justice en Palestine.

En réalité, ce genre de choses met en valeur la liberté académique. Elles ouvrent les frontières du dialogue universitaire délimitées au niveau idéologique par le monde universitaire israélien. La liberté d’expression académique en Israël est comparable à la conception de l’État d’Israël en tant que démocratie juive.

Prenez un concept universel – tout le monde dispose de la liberté d’opinion et d’appartenance à une démocratie – à une seule condition : que ce caractère universel n’inclue pas la critique du sionisme et que la démocratie soit toujours à majorité juive, indépendamment des réalités démographiques et géographiques.

Le mouvement « boycott, désinvestissement et sanctions » (BDS), y compris le soutien qu’il a reçu récemment de la part de différentes sociétés universitaires américaines, met un terme à cette parodie. Soit vous approuvez les concepts de liberté académique et de démocratie et leur caractère universel, soit vous censurez les débats et imposez un régime d’apartheid (ce qui implique que les Palestiniens ne disposent d’aucune liberté académique sous l’occupation). Il n’existe pas de compromis. Les derniers événements constituent la meilleure des leçons de liberté académique que les Israéliens aient reçue depuis la création de leur État.

A.S : En conclusion, comment se déroule le travail de traduction de votre livre en hébreu via Facebook ? Comment les lecteurs peuvent-ils vous apporter leur soutien ?

I.P : J’ai déjà publié trois chapitres, le quatrième est en cours de traduction, et les retours sont positifs. Ceci m’a également permis de prendre part à des débats en direct à propos du livre et de publier des documents et des ressources.

Mon but est qu’un maximum d’Israéliens s’informent sur le sujet, et mes amis Facebook font de leur mieux pour faire passer le message, ce qui est une belle récompense pour 2014.

21 février 2014 – Ma’an News – Vous pouvez consulter cet article à : 
http://www.maannews.net/eng/ViewDet…
Traduction : Info-Palestine.eu – Claire L.

Réflexion zinnienne sur l’histoire d’Israël avec l’historien Ilan Pappe ~ 2ème partie ~

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Conversation avec l’historien israélien Ilan pappe ~ seconde partie ~

 

16 janvier 2014

 

url de l’article:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article14331

 

 

LMaDO : Le point de vue des historiens ne peut être que subjectif, non ? Par exemple, comment Benny Morris et vous-même puissiez être d’accord sur les événements de 47/48 et arriver à des conclusions si différentes ?

Ilan Pappe : Il y a tout d’abord une base factuelle que nous devons tous connaître. Il est d’ailleurs très bien que Benny Morris ait finalement affirmé qu’il fallait arrêter de dire que les Palestiniens étaient partis de leur plein gré en 1948. C’était un débat sur des faits : sont-ils partis volontairement ou ont-ils été expulsés ? En fin de compte, l’impression que laisse ce débat est qu’il ne posait pas la question la plus importante puisque avant que les historiens apparaissent en Israël, nous savions que les Palestiniens se faisaient expulser.

C’est juste que nous ne croyions pas les Palestiniens. Cinq millions de réfugiés palestiniens nous répétaient : « Nous avons été expulsés » et nous répondions : « Non, vous êtes Palestiniens, nous ne vous croyons pas. »

C’est seulement lorsque les historiens israéliens ont eu des documents qui confirmaient ce que disait les Palestiniens et ont dit : « Vous savez quoi ? Ils ne mentent pas » qu’on les a finalement crus. 
C’était seulement un premier pas car le plus important n’était pas de savoir ce qui s’était passé mais quels enseignements on en tirait, quelles étaient nos conclusions. Là se posait alors un débat moral et idéologique. Faire croire que les historiens ne doivent s’en tenir qu’aux faits et ne pas prendre position sur leurs conséquences, donc être objectifs, est totalement artificiel. D’ailleurs, nous voyons dans les travaux de Morris qu’un historien peut prendre des positions contradictoires en s’appuyant sur les mêmes faits.

Il écrit, dans son premier livre, qu’il est un peu désolé pour ce qu’il s’est passé en 48, et dans son dernier, qu’il regrette que les Israéliens n’aient pas terminé le nettoyage ethnique. Il se base sur la même analyse factuelle mais les livres sont écrits de manières très différentes. Un n’aime pas du tout l’idée de nettoyage ethnique, l’autre le justifie, pas seulement comme une stratégie nécessaire dans le passé mais également comme une excellente stratégie future.

LMaDO : Vous avez déménagé à Exeter, Royaume-Uni en 2007 mais retournez régulièrement en Israël, comment la situation a-t-elle évoluée là-bas ces dernières années ?

Ilan Pappe : Changer la société juive de l’intérieur est un pari formidable car elle semble être de plus en plus ancrée sur ses positions. Plus j’y pense, plus l’idée de réussir à gagner ce pari me décourage. La tendance en Israël aujourd’hui est à toujours plus de chauvinisme, d’ethnocentrisme et d’intransigeance. Ce qui prête à penser qu’il est peine perdue d’imaginer la paix et la réconciliation en ne comptant que sur un changement en interne. Cependant, de plus en plus de jeunes israéliens semblent en mesure de pouvoir poser un regard différent sur la réalité de leur pays. Ils sont encore très peu nombreux mais je n’ai pas souvenir d’un tel phénomène en Israël. Alors, même si les chances de changer la société de l’intérieur sont très minces, l’existence de cette génération nous permet d’espérer, qu’avec une pression extérieure, elle sera capable, dans le futur, de créer une société différente.

LMaDO : Devons-nous alors concentrer nos efforts sur cette pression extérieure ou devrions-nous continuer d’essayer de discuter avec les Israéliens pour tenter de les faire changer de positions ?

Ilan Pappe : C’est une question que nous nous posons uniquement parce que, sur le terrain, la machine à détruire ne s’arrête pas une seconde. On ne peut donc pas se permettre d’attendre plus. Le temps n’est pas de notre côté. Nous savons que pendant que nous tergiversons il se passe des choses terribles. Nous savons également qu’il y a corrélation entre ces choses-là et la prise de conscience des Israéliens qu’ils devront payer pour leurs exactions. Si ça ne leur coûte rien, ils vont même accélérer le processus de nettoyage ethnique. Il nous faut donc à la fois trouver le moyen de mettre un terme le plus rapidement possible à ce qui se passe, en ce moment même, sur le terrain, et la stratégie qui permettra d’empêcher les crimes futurs.

Nous avons besoin d’un puissant modèle de pression extérieure, et je pense qu’en ce qui concerne la société civile, le mouvement BDS est le plus efficace et le plus à même de jouer ce rôle de catalyseur.

Je pense que deux facteurs additionnels pourront en assurer le succès. Le premier est l’urgence, pour les Palestiniens, de régler la question de leur représentation. Deuxièmement, il est nécessaire que soit mis en place, à l’intérieur d’Israël, un système éducatif qui prenne le temps d’apprendre aux Israéliens qu’une réalité différente est possible et les bénéfices qu’ils en retireront. Si tous ces facteurs s’additionnent correctement, s’imbriquent d’une manière cohérente pour permettre une approche plus holistique de la question de la réconciliation, alors les choses pourraient changer.

LMaDO : En tant que professeur, ne seriez-vous pas plus utile en Israël qu’à l’étranger ? Pourriez-vous être le professeur que vous êtes au Royaume-Uni en Israël ?

Ilan Pappe : Je vais vous dire : que ce soit au Royaume-Uni ou en Israël, je ne pense pas vouloir être un professeur d’université. Les universités ne sont pas les meilleurs endroits pour enseigner la réalité de la vie aux gens, ni pour ouvrir leurs horizons ou changer leur vision du monde. Les universités sont aujourd’hui des passages obligés pour faire carrière, plus pour le savoir ou l’éducation. Dans tous les cas, j’enseigne également en Israël, à ma manière, par le biais des articles que j’écris ou des quelques conférences qu’on m’autorise à donner. Et j’entends bien poursuivre cela. J’ai le sentiment que mon travail en Grande- Bretagne a un impact plus important sur cette « pression de l’extérieur » que sur l’éducation. Il est impossible de porter une campagne BDS sans expliquer aux gens pourquoi cela est nécessaire. Il faut leur donner le bagage historique et les outils qui leur permettront de comprendre le mouvement. C’est la manière de le légitimer. Nous sommes constamment à la fois éducateurs et activistes et il est important de trouver le bon équilibre pour pouvoir accorder du temps à ces deux rôles. Il ne faut pas s’impatienter si les gens ne comprennent pas tout tout de suite, mais au contraire faire preuve de la plus grande patience et expliquer notre point de vue encore et encore, jusqu’à être compris.

LMaDO : La question de la solidarité m’intéresse tout particulièrement en ce moment. Quel est son sens réel ? Qu’est-ce que cela signifie d’être solidaire en tant que non- Palestinien ? Avec qui sommes-nous solidaires ? Pour essayer de répondre à ces questions je m’en pose une autre : imaginons que la personne qui représentera les Palestiniens accepte un État sur 11% de la Palestine historique et décide de mener une politique néo-libérale. Comment puis-je être solidaire d’une telle décision ?

Ilan Pappe : Tout d’abord, vous êtes solidaires avec les victimes d’une certaine politique et d’une certaine idéologie même si ces victimes ne sont pas représentées. Vous êtes solidaires avec leur souffrance et soutenez leur tentative d’en sortir. Maintenant, vous soulevez une question intéressante. Je pense que la solidarité est, dans une certaine mesure, comparable à une relation d’amitié. En tant qu’ami vous pouvez dire à vos amis que vous comprenez ce qu’ils essaient de faire mais que vous pensez qu’ils se trompent.

Nous, qui sommes solidaires avec le peuple palestinien, nous trouvons en désaccord avec nos bons amis qui soutiennent toujours le processus de paix et la solution à deux États. Une des choses que nous devons faire est de leur dire que nous pensons qu’ils ont tort.

L’hypothèse que vous posez dans votre question n’est pas réaliste. Pas un seul Palestinien n’accepterait ces conditions. Mais imaginons tout de même que cela arrive, à ce moment là peut-être nous faudra-t-il effectivement repenser entièrement l’idée de solidarité. Ce sont des questions fondamentales qui émergent de la situation, elles ne sont pas nouvelles. Si vous prenez position sur la solution à un ou deux États ou sur les moyens de défense que les Palestiniens devraient adopter, alors vous êtes en connexion avec les problématiques devant lesquelles se trouvent les Palestiniens eux-mêmes, vous êtes avec eux. Vous trahiriez votre solidarité si vous arrêtiez de vous poser ces questions, actuelles et importantes, et de prendre position.

Je sais qu’il y a parfois une tendance nationaliste qui veut que si vous n’êtes pas Palestinien vous n’avez pas de commentaires à faire ni à prendre part aux débats. Ce n’est pas mon avis. Quelles sont les limites à l’implication des gens de l’extérieur ? Je pense qu’il n’y a pas de réponse dogmatique à cette question. La plupart du temps, si quelqu’un dit que vous ne pouvez pas soutenir la solution à un État si vous n’êtes pas Palestinien ou Israélien, ce n’est que pour étouffer le débat. Il ne faut pas perdre trop de temps sur cette question. Je pense que toutes les personnes impliquées aujourd’hui savent ce qu’être solidaire signifie et ce que cela vous autorise à faire ou à ne pas faire.

LMaDO : Parlons de la « solution », il y a-t-il vraiment débat aujourd’hui entre un ou deux États ? Il semblerait que pour les institutions internationales la seule alternative possible aujourd’hui soit la solution à deux États. Quand on parle d’un seul État, les gens nous disent utopiste ou opposé à l’auto-détermination des Juifs. Même les soi-disant représentants politiques palestiniens continuent de soutenir la solution à deux États malgré la situation sur le terrain. La solution la plus rationnelle et humaine, qui serait un seul État, n’est toujours pas pensée ni débattue en termes de mise en œuvre pratique ni du chemin à emprunter pour y parvenir.

Ilan Pappe : Il y a deux paramètres importants à mon avis. Le premier est la question de la représentativité palestinienne. Ceux qui prétendent représenter les Palestiniens de Cisjordanie sont considérés comme les représentants de tous les Palestiniens. La solution à deux États est effectivement très intéressante pour les Palestiniens de Cisjordanie, cela pourrait mettre un terme au contrôle militaire de leurs vies. Et nous pouvons comprendre qu’ils préfèrent ça. Cependant, cela ne tient pas compte des autres Palestiniens, ceux de Gaza, les réfugiés, ceux qui vivent en Israël. 
C’est une des difficultés. Certains groupes palestiniens croient, à mon avis à tort, que ce serait le moyen le plus rapide de mettre un terme à l’occupation. Je ne le pense pas. Les accords d’Oslo ont assuré la pérennité de l’occupation, pas sa fin.

Le second paramètre est que la solution à deux États s’inscrit dans une certaine logique. C’est une idée très occidentale, l’idée de partition. Une invention colonialiste qui a été appliquée en Inde, en Afrique. Alors la solution à deux États est devenue une sorte de religion, au point qu’elle n’est même plus remise en question. Je trouve personnelle -ment très surprenant que même des personnes très intelligentes aient adopté cette religion. Si vous en questionnez la rationalité, vous êtes critiqué et attaqué. C’est pour cela que beaucoup, en Occident, maintiennent cette position. Rien de ce qu’il se passe sur le terrain ne pourrait les faire changer d’avis. Pourtant vous avez raison, il suffit d’aller sur le terrain cinq minutes pour réaliser que la solution à un État est déjà en place. C’est le régime qu’il faut changer. Parce qu’il n’est pas démocratique. Il n’est pas nécessaire de réfléchir à une solution à deux États, il suffit de réfléchir aux moyens de changer le régime, à la manière de modifier les relations entre les deux communautés et de faire bouger la structure du pouvoir en place.

LMaDO : Comme vous l’avez dit, de nombreuses personnes très intelligentes et très rationnelles continuent de dire que le passage par deux États est une étape obligatoire et inévitable vers quelque chose de mieux. J’ai assisté à de nombreuses conférences sur le sujet et ne comprends toujours pas comment cela pourrait-être possible en pratique.

Ilan Pappe : Encore une fois, cela repose sur une vision occidentale très rationnelle de la réalité. L’idée est que l’on peut seulement prétendre à ce que l’on peut avoir, pas à ce que l’on voudrait avoir. En ce moment, il semble y avoir une coalition tellement importante autour de la solution à deux États que les gens s’y associent sans même en évaluer les dimensions morale et éthique. C’est comme la blague juive de l’homme qui perd sa clé et ne la cherche que là où il y a de la lumière, pas à l’endroit où il l’a égarée. La solution à deux États est la lumière, pas la clé. Il y a de la lumière, allons-y ! C’est sûrement une question d’éclairage. On nous dit que c’est une idée très raisonnable. Bien sûr c’est raisonnable, jusqu’à un certain point. Mais c’est totalement insensé parce que ça n’a rien à voir avec le conflit. Ça a à voir avec cette idée qu’Israël a émise en 1967 et veut faire accepter au monde : nous avons besoin de la grande majorité du territoire que nous avons occupé mais sommes prêts à accorder une certaine autonomie aux Palestiniens sur ce territoire.

Voilà sur quoi porte le débat en Israël, jamais sur les principes fondamentaux. 
Israël a toujours eu besoin du support international, que ses politiques soient tamponnées par la communauté internationale. Les Israéliens ont également besoin d’un représentant palestinien. En 1993, l’OLP les a surpris en acceptant de garder une petite région autonome en Cisjordanie et de leur céder tout le reste. Voilà la solution à deux États que l’on nous vend comme l’unique issue. Le problème c’est qu’aucun palestinien ne peut vivre dans ces conditions. Alors le conflit se poursuit.

 

LMaDO : Voilà dix ans qu’Edward Saïd est décédé, il était, avec Mahmoud Darwich, un des derniers modèles pour le peuple palestinien. Je sais que vous le connaissiez bien, alors est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur votre ami Edward Saïd et sur le rôle qu’il a joué ?

IP : Il nous manque énormément, c’était un des plus brillants esprits de la deuxième moitié du XXème siècle. Je pense qu’il n’inspirait pas que les Palestiniens mais nous tous sur les questions de savoir, de moralité, d’activisme. Son approche holistique nous manque, sa capacité à analyser les choses dans leur ensemble. Quand on n’a pas quelqu’un comme lui, capable de faire cette analyse globale, on se retrouve à la merci de gens qui font de la fragmentation qu’Israël impose sur les Palestiniens une réalité immuable. Ce que nous devons faire, et ce serait un bel hommage à Edward, c’est dépasser les clivages intellectuels, physiques et culturels qu’Israël nous impose, à nous Israéliens et Palestiniens, et de tout faire pour revenir à quelque chose de plus organique, fondamental, essentiel pour permettre un futur commun à la troisième génération de colons juifs et de palestiniens autochtones.

LMaDO : Dernière question, Ilan, est-ce que vous travaillez sur un nouveau livre en ce moment ?

Ilan Pappe : Sur plusieurs en fait. L’un va sortir l’hiver prochain et s’intitule « The Idea Of Israël  » (éd.Verso). C’est une étude de l’histoire de la production du savoir en Israël. Un autre, qui analyse l’histoire israélienne de l’occupation de la Cisjordanie et a pour titre « Mega Prison of Palestine », sortira en 2015.