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Politique et société: Le « tribalisme » a t’il sa place dans la société du XXIème siècle ?…

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, démocratie participative, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état, Union Europeenne et nouvel ordre mondial with tags , , , , , , , , , , , on 28 mai 2013 by Résistance 71

Le « tribalisme » et la décolonisation dans la société moderne par un penseur natif Mohawk essentiel, spécialiste de la gouvernance indigène en Amérique du Nord et que nous avons souvent cité sur ce blog, Taiaiake Alfred tant ses recherches sont essentielles à la compréhension du monde toujours colonialiste dans lequel nous vivons et comme nous l’avons également par ailleurs expliqué dans cet article.

Il nous faut réaliser deux choses sur lesquelles nous nous devons d’insister:

  • La relation colonisateur/colonisé, dominant/dominé s’exerce avant toute chose du petit nombre au grand nombre et non pas nécessairement de nation à nation. Nous, peuples occidentaux sommes également colonisés par l’oligarchie, ce n’est qu’une question de degré, mais la relation dominant/dominé n’en existe pas moins.
  • Il nous faut sortir de cette spirale infernale. Le seul moyen est de joindre nos forces avec les nations en lutte contre la colonisation des territoires, des corps et des esprits depuis parfois des siècles… C’est unis, solidaires que nous vaincrons… Une fois pour toute !

— Résistance 71 —

 

Souveraineté indigène

 

Taiaiake Alfred

 

Juillet 2010

 

url de l’article original:

http://indigenousknowledge.org/discussion/native-conversations/big-question-1-does-tribalism-have-a-valid-role-in-modern-life/post/taiaiake-alfred/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Pour bon nombre de gens, le mot “tribalisme” est devenu un terme abusif, d’autres y voient un idéal qui en vaut la peine. Le “tribalisme” a t’il un rôle valide à jouer dans la société moderne ?

Taiaiake Alfred dit: “Les peuples indigènes ont engagé avec succès la société occidentale dans les premières étapes de la gouvernance. Le mouvement est fondé sur une idéologie de nationalisme indigène et un rejet des modèles de gouvernement enracinés dans des valeurs culturelles européennes. C’est un processus cahotique de réinstauration de systèmes qui promeuvent les buts et renforcent les valeurs des cultures indigènes, contre les efforts constants des gouvernements canadien et états-unien de maintenir des systèmes de dominance imposés sur les communautés indigènes depuis plus de cent ans. Bon nombre de communautés se sont désengagées du contrôle d’état paternaliste en administrant des institutions au sein de jurisdictions qui leur sont importantes. Bien d’autres se sont récemment engagées dans des négociations substantielles au sujet de territoires et de gouvernance, et espèrent, croient, que cela mènera à un meilleur contrôle de leurs vies et de leurs futurs.

Jusqu’ici, la plus grande partie de l’attention et de l’énergie dépensées, ont été dirigées sur le processus de décolonisation… Il y a eu une ignorance fondamentale des valeurs finales de la lutte. De quoi aura l’air un gouvernement indigène une fois que l’on aura obtenu l’auto-gouvernement, l’auto-gestion ? Quelques personnes imaginent que ce sera une réplique exacte du système pré-colonial qui gouvernait les communautés dans le passé. La plupart reconnaissent le fait que les structures indigènes vont s’adapter aux méthodes modernes en termes de technique administrative et de technologie. Il y a un univers politique de possibilité quand on en vient à considérer la personnification des valeurs fondamentales de nouveaux systèmes.

Le grand espoir est que les systèmes de gouvernement qui seront mis en place pour remplacer le contrôle colonial dans les communautés indigènes embrasseront les valeurs culturelles intrinsèques de ces communautés. La grande peur demeure que les systèmes de gouvernement post-coloniaux qui seront désignés ne seront que de simples répliques de systèmes non-indigènes pour des zones plus petites et racialement définies: l’oppression devenant ainsi auto-infligée et plus intensive dans sa localisation…

Y a t’il une alternative philosophique native ? Et à quoi peut-on s’attendre en s’élevant contre le retranchement plus avant des institutions modelées sur l’État ?…

Les perspectives indigènes offrent des alternatives, en commençant avec la restauration d’un régime de respect. Cet idéal est en contraste avec la solution étatique… Les formulations véritables indigènes ne sont pas intrusives et construisent leurs cadres sur le respect de la co-existence en reconnaissant l’intégrité et l’autonomie des éléments  constituant variés d’une relation. Elles vont bien au-delà des conceptions occidentales de justice les plus libérales en promouvant la réalisation de la paix, parce qu’elles permettent de manière explicite les différences tout en mandatant la construction de relations solides au sein d’éléments autonomes… On ne peut plus donc soutenir la théorie qu’il n’y a qu’une seule façon de voir et de faire les choses. Les voix indigènes ont été constantes au cours des siècles pour demander cette reconnaissance et ce respect.

Il y a une grande sagesse codée dans les langues et les cultures de tous les peuples indigènes – ceci est la connaissance qui peut donner des réponses à des questions pertinentes si respectée et sauvée de son statut d’objet culturel de musée. Il y a aussi un grand potentiel pour résoudre bon nombre de nos problèmes en apparence ingérables en ramenant à la vie des idées et des valeurs traditionnelles… Alors que notre monde émerge dans un âge post-impérialiste… Les valeurs centrales contenues dans leurs cultures traditionnelles sont la contribution des Indiens d’Amérique du Nord à la reconstruction d’un monde juste et harmonieux.

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Cet essai est un concentré de l’essai de Taiaiake Alfred “Sovereignty” in A Companion to American Indian History, (Blackwell, 2002) eds. Philip J. Deloria and Neal Salisbury, pp.460-474.

Taiaiake Alfred est le directeur des programmes de gouvernance indigènes et a la chaire de recherche sur les peuples indigènes de l’Université de Victoria en Colombie Britannique, Canada. Il est Mohawk du clan de l’ours du territoire de Kanahwake.

Résistance politique indigène au Canada: Le mouvement Idle No More coopté… Il est temps de passer à la vitesse supérieure…

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Nation indigène: Au-delà du mouvement Idle No More

 

Gerald Taiaiake Alfred

 

29 Janvier 2013

 

url de l’article:

https://www.commondreams.org/view/2013/01/29-0

 

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Notre action collective dans le mouvement Idle No More (INM) a montré qu’il y a un soutien réel parmi les Canadiens pour un mouvement qui personnifie l’opposition de principe à la destruction de la terre et à l’expansion de la justice sociale pour les indigènes. Quand nous, les personnes aborigènes, avons un agenda politique qui est consistent avec nos enseignements originaux traditionnels, une relation de respect avec la terre et l’environnement naturel et une relation respectueuse entre toutes les nations qui partagent cette terre, nous avons vu que cela devient une grande motivation pour beaucoup de gens de nos propres nations tout aussi bien que de la société plus vaste (non-aborigènes).

Il est aussi maintenant clair que le mouvement a atteint un plateau. La plupart de la passion, de l’urgence et de l’attention que le mouvement INM a généré dans le sillage de la grève de la faim du chef Theresa Spence et de la “déclaration en 13 points” soutenue par chef Spence, l’AFN et les deux partis d’opposition canadiens, que trop de gens dans le mouvement représentent, a mené à la récupération des demandes du mouvement par les chef de l’AFN (NdT: dénoncée par beaucoup comme étant les agents du système…) en soutien de leurs négociations perpétuelles et des processus bureaucratiques de longue haleine qu’elles suscitent.

La question qui vient à l’esprit de beaucoup de gens du mouvement qui sont motivés pour continuer à lutter pour des buts plus sérieux de transformation, est de savoir comment raviver le momentum vers un changement fondamental comme celui que nous avions au début du mouvement ? Je pense que le seul moyen de maintenir ce mouvement dans la bonne direction est que nous voyons nos actions faites au sein d’INM comme faisant partie d’un engagement plus profond et de plus longue haleine vers la restauration du système de nation indigène.

Nous devons recentrer notre activisme sur la racine du problème à laquelle nous devons faire face collectivement: Notre dépossession et notre mauvaise représentation en tant qu’indigènes. Maintenant est venu le temps de nous replacer sur nos terres spirituellement et physiquement et de détourner notre soutien du système de l’Indian Act et de commencer à énergiser la restauration de nos propres gouvernements (traditionnels). Nos gens, nos langues et nos cérémonies traditionnelles devraient saturer nos patries et territoires. Nos leaders devraient nous répondre et non pas au ministre des Affaires Indiennes et à ses sbires. Nos gouvernements devraient être des cercles autour desquels chacun s’assied en égal et y participe totalement et devraient être là où nos voix se font entendre et non pas celles des systèmes de hiérarchie et d’exclusion, légitimisés et renforcés par les lois canadiennes. Restaurer notre sentiment de nation de cette manière est une lutte fondamentale. Notre concentration devrait être de restaurer notre présence sur la terre et de régénérer notre véritable nation. Ceci va la main dans la main et l’un ne peut pas se faire sans l’autre.

Idle No More a été utile et nécessaire. Comme des milliers d’autres personnes ces derniers mois, je suis fier d’avoir été un participant motivé à éduquer un public plus large, de faire la connexion entre les droits natifs et les droits démocratiques de tous les citoyens et d’avoir argumenté pour la protection de notre environnement sous la bannière Idle No More. Mais les limites du mouvement sont claires et beaucoup de gens commencent à réaliser que le type de mouvement que nous avons mené sous la bannière d’Idle No More n’est pas suffisant en lui-même pour décoloniser ce pays et même de produire des changements signifiants dans la vie des gens.

Ceux d’entre nous demeurant au sein du mouvement doivent se poser cette difficile question: Qu’avons-nous accompli au travers d’Idle No More ? Il y a eu une politisation de quelques indigènes. Il y a eu une certaine attention des médias. Il y a eu des rallies et des manifestations. De superbes créations artistiques et musicales en ont découlé. Tout ceci est très bien. Mais en termes de changement signifiant dans la vie des gens et de la lutte pour la justice, les choses ne sont pas différentes qu’avant que ce mouvement ne démarre. Le gouvernement fédéral n’a pas répondu, n’a pas senti le besoin d’adresser à quelque niveau que ce soit, le défi que nous lui avons proposé. Nous sommes en danger de devenir institutionnalisé (NdT: c’est déjà fait à notre avis…) et d’être trop prévisible en tant que mouvement, ou pire même, de devenir un genre de grand mouvement râleur sur Facebook et d’entrer dans un circuit fermé trop facile à ignorer et qui n’a plus rien de tangible avec ce qu’il se passe quotidiennement dans la vie des gens. Ce que cela veut dire si nous demeurons motivés à produire le changement et à parvenir à la justice pour nos gens, est que nous devons changer nos stratégies et nos tactiques pour présenter un défi bien plus sérieux sur la base de forcer le gouvernement fédéral à engager notre mouvement et à nous répondre de manière sérieuse.

Je pense que ce dont notre mouvement a besoin, c’est d’une mobilisation des gens sur la base de la nation indigène, emmenée par nos chefs traditionnels et les clans des mères, des hommes médecines, des anciens et des jeunes, de commencer à agir directement sur nos droits inhérents sur la terre et de demander le respect de nos gouvernements traditionnels. En termes pratiques, nous devons aller au delà des manifestations et des rassemblements publics dans les centres commerciaux, la voie publique et les législatures et nous devrions commencer à réoccuper nos sites ancestraux culturels, traditionnels et sacrés, utiliser les sites pour ré-établir notre présence sur notre terre et de cette façon, d’éduquer les Canadiens à nos connexions continuelles avec ces endroits et signifier leur importance pour notre existence en tant que peuples indigènes.

Si nous faisons cela, nous pourrons, une fois de plus, faire que l’Assemblée des Nations Premières (AFN), les médias de masse et les partis d’opposition, entendent la véritable voix des peuples indigènes dans ce pays et si nous sommes forts et pugnaces en faisant part de notre engagement à défendre ces buts, alors nous pourrons forcer le gouvernement fédéral à nous prendre sérieusement.

Maintenant vient le temps de la transgression (désobéissance civile), de la réoccupation, du soulèvement… en tant que peuples indigènes !